DÉBITS DE LA RENAISSANCE
Avant d'entrer de plain-picd dans le monde qui nous attire , j’ai à décrire quelques objets conçus dans un ordre d’idées différent, au point de vue du sentiment artistique, de celui des ouvrages de terre, dont j’aurai A m'occuper désormais. Quatre sont des débuts de la Renaissance ; le cinquième date d'une époque un peu moins ancienne, du second tiers du xvi* siècle. Tous ont été recueillis en Poitou ; mais leur véritable origine est incertaine. Elle le sera mémo tant que de nombreuses publications sur la céramique provinciale, conçues dans la donnée de celle-ci, n’auront pas vu le jour.
1° Grand carreau de terre rouge peu foncée, incrusté de terre blanche et couvert d'une glaçure jaunâtre transparente. L’incrustation représente les armes de France et de Bretagne, plus deux fleurs de lis et deux mouchetures d’hermines aux angles. L’ exécution en est bonne et très ferme. Il provient, m’a-t-on dit, de Champigny, ancienne résidence des Bourbon-Montpensier, et date du règne de Louis XII.
2° Partie supérieure d’une statue do la Vierge, modelée en terre rouge. L’enfant a disparu en laissant quelques traces sur l’épaule gauche de sa mère, dont la tête, ornée d’une couronne royale fleurdelisée, est très délicate et d’une douceur infinie. Ce fragment remonte aux vingt premières années du xvi° siècle, et a été trouvé, dans le Haut-Poitou, aux environs de Lussac. C’est l’une des œuvres les plus remarquables, en ce genre, qui me soient passées sous les yeux. Le mouvement très simple, très naturel des draperies, et l’étroitesse de la poitrine, rappellent certaines productions de l’école de Tours. La hauteur de ce beau débris est de cinquante et quelques centimètres.
3° Fragment d'une plaque de poêle ou de rétable d’autel, de 0* 31 de largeur. Terre rouge peu foncée. Le sujet, représenté en relief, devait être saint Georges terrassant le dragon ; car on y voit un reptile ailé, renversé sur le dos et mordant le bois d'une lance qui lui pénètre dans le corps. A côté, sont les jambes de derrière d’un cheval et les pieds bardés de fer d’un cavalier. Dans l’angle droit, paraissent aussi les restes d’une ligurine de femme, dont il faut faire, dans ce cas, l'Église victorieuse. Cette plaque est complètement enduite d’une épaisse couche de vernis vert. Elle me semble être l’œuvre d’un ouvrier qui travaillait au commencement du règne de François I* r .
4° Buie A quatre anses, de terre fort blanche, mais mal polie et sans aucun vernis. Elle est, au contraire, couverte, du haut en bas, de zones de gros pois et de doubles et triples filets circulaires en relief, alternativement gris et rouge tuile, formés avec
une terre plus fine , posée sur les parois à l’étal de barbolinc. On a des vases
gallo-romains décorés de la même façon.
Sur le devant de la panse, au-dessus de l’épaulement, est un cartouche allongé, sur lequel on lit en lettres romaines pâtées, tracées par le même procédé : vive le hoy fransoys.
Les anses ont reçu une ornementation semblable. Cette buie a été achetée d’un paysan de Pamproux ,'Deu\-Sèvm) par nn marchand coureur, qui me l’offrit à Saint-Maixent, en 1861. J’ai souvent regretté de ne pas en avoir fait l’acquisition; car sa terre et sa décoration bizarre m’ont donné depuis à réfléchir. Si ce travail arrive jusqu’au possesseur actuel de cette curieuse poterie, je l’engage à la soumettre à quelque céramiste expérimenté. Peutêtre a-t-il là entre les mains l’un des premiers essais, capricieux et isolés, des ouvriers dont les œuvres vont faire le sujet du chapitre suivant. L'analyse bien faite de la terre, d’une blancheur exceptionnelle, serait particuliérement chose utile.
5° Pilastre brisé en terre cuite rouge, haut de 0“ 85. 11 a été trouvé à Luron, il y a une trentaine d’années, par nn habitant de la Rochelle, qui le possède encore aujourd’hui.
La gravure que j’en offre ne donne qu’une idée imparfaite de ce beau débris, paraissant moulé, puis retouché par un artiste de mérite, de façon A devenir une œuvre originale. Il a dû servir à la décoration de quelque retable de chapelle.
Passons maintenant aux poteries incontestablement poitevines.