IU H N ERRE
Claude avait remplacé les portraits aux trois crayons, que réunissait sa mère, par des peintures sur ltoi*. Un autre peintre de Paris , appelé Robert Roussel , avait précédé Jaquier dans cette entreprise. Un fragment de compte de Tan 1558 constate qu'il reçut 38 écus, pour avoir peint les images de Françoise de Brosse, seconde femme du grand écuyer, du seigneur de Bressuire (3), et du connétable Anne de Montmorency . Le 17 juillet 1359, il donnait aussi lui quittance de la somme de dix livres, prix des armoiries et livrées exécutées pour le jour du mariage de Claude avec Marie de Gaignon.
I.e grand écuyer employait habituellement, en outre, trois miniaturistes. Jean Lemaire, de Cien, l'un d'eux, demeurait à Paris, proche le Louvre. Il peignit pour lui un livre d’heures, en 1555, et reçut comme salaire 165 livres 10 sols (4). Les deux autres, nommés Charles Jourdain et Geoffroy Ballin, qualifiés enlumineurs, dans une quittance du 12 mai 1539, décorèrent les livres de prières qui servirent également h ses noces, moyennant 2C1 livres 8 sous 4 deniers tournois (5).
Mais tous ces individus sont de trop médiocres artistes, pour qu'on s'y arrête plus longtemps. D'ailleurs j’ai hâte d’introduire le lecteur dans le château d’Oiron.
(I) Louise de Savoie.
(J) Dans la quittance placée au dos du mémoire, en date du vendredi îü février 1367, U su qualifie malin- peintre il Paria.
(3) Parmi tes crayons du cabinet de* estampes et de celui de M. Itslfé, ligureru les portraits du seigneur et de la dame de Itreuuire. Il sera question d u premier à l’article des faïences d'Oiron.
(il II ne peut s’agir ici du volume d’où sont extraites les deux miniatures que Je possède; car elles sont de mains différentes, cl l'une des deux est signée d’un P.
(.Y; Les renseignements sur ces divers artistes sont extraits de documents originaux provenant de Msulevrier, ancien domaine des Courtier.
Michel Vascosan imprima en I5&8, à la requête de Claude GouQicr, des Heures a l'usafft dt Borne. La Ititjl. nai. en possède ou exemplaire en vélin, avec initiales peintes et quatre miniatures. (Van Praet, Livre* sur vélin, I. t, p. 133-34.)
LE CHATEAU D’OIRON. ARTISTES OUI Y ONT TRAVAILLÉ. SON MOBILIER SA COLLÉGIALE
Le ciiateau. — Le premier volume du terrier ou censi f de lu court et haute justice d’Oiron s'ouvre par une notice historique, que rédigea jadis le feudiste chargé de mettre un peu d’ordre dans le chartrier. Elle débute ainsi :
La seigneurie < TOiron tir? son nom d'une plaine considérable. En hiver, cette plante est couverte d'oies saurages, et comme ces animaux , en volant par bandes, forment des lettres, Vo ou le cercle est celle gui a paru la plus commune aux premiers habitants de ce pays; ce gui, joint à son local, l'ont fait nommer Rond d'oies, pays aux oies, d'où sont renus les mots d’Oiron et de pays oironnais (l). •
Lorsque le pauvre feudiste enregistra consciencieusement, dans sa notice, celte belle étymologie, qui m’a tout l’air de dater du commencement du xvi e siècle, il ne pouvait certes se douter de la joie que sn lecture me ferait éprouver un jour, aussi bien que la vue de la vieille enseigne, sur laquelle apparaissait, au-dessous de l’image de l'intéressant volatile, l’inscription traditionnelle : a l'ove sauvage, ches Dudouyt , loge à pied et à citerai. J'avais raison do me réjouir. Les oies placées sur le fragment de poterie verte, décrit à la page 54, et sur une des prétendues faïences de Henri II, avaient maintenant leur explication, leur raison d’étre (2). C'était débuter, il faut l’avouer, par le cété le moins poétique du problème, dont j’étais venu chercher la solution en ces lieux ; mais, ayant couru d’abord au chartrier, la vérité ne devait m’apparnilre que plus tard, sous un jour moins grotesque.
Nous avons vu que les Gouffier avaient, depuis la seconde moitié du xv c siècle, choisi le château d’Oiron pour leur maison de plaisance. Philippe de Montmorency l’avait surtout eu en grande affection, et y avait fait de longs séjours. A son lit de mort, elle avait ordonné qu’on y transportât ses restes. Son fils Artus avait hérité de sa prédilection pour ce domaine, et l’avait singulièrement agrandi. Si sa fin n’eût pas été si prématurée, il se fût complu A y bâtir l’une des plus charmantes constructions du royaume. Louis de la Tremouille, le chevalier sans reproche, seigneur suzerain du lieu, en sa qualité de vicomte de Thouars, l’avait presque affranchi de tout vasselage, en lui accordant, le l* f mars 1514, droit de haute justice. Mais Artus eut â peine le temps de faire ériger, le
(1) Archives du cblteau (TOiron.
(2) Décoration intérieure de I» coupe appartenant ik N. James de Rothschild. L'une des coupes du Louvre est ornée «roi*e*us,q«e je suis lenlé de prendre aussi pour désolés, mais qui peuvent bien être intention nellenient «les aigles. Nous les retrouverons encore sur le* faïence* de la dernière période.
tO mars 1518» l’église du bourg, dédiée à saint Maurice, en collégiale, fondation approuvée de nouveau, au mois de septembre 1518, et. le 13 mai 1519, parle pape Léon X, à la sollicitation de Bembo, son ami personnel i l), et de Sadolet, qui rédigea luiméme l’une des bulles, et la contresigna. Sa femme et son fils se chargèrent d'accomplir ses dernières volontés. C’était le moment des grondes bâtisses. Guillaume, l'amiral, frère, du grand-maître, était occupé à celle du château de Bonnivet (2), dont le but principal élAif d’éclipser Champignv, résidence du comte de Montpensier, et de Châtellerault , apanage du connétable de Bourbon, son redoutable rival. Les f.ouffior, comme tous les nouveaux venus à la richesse, avaient à cœur de mettre au jour leur fortune de fraîche date, de faire échec aux plus vieilles maisons. En élevant Oiron au rang des palais, le sage Boisy songeait, lui aussi, à rivaliser avec les La Treraouille, qui venaient de commencer la rééducation de château de Thounrs, par celle de sa jolie chapelle.
lin fragment de sculpture encore gothique, portant la date de 1530, jeté sur un coin de la terrasse du château d’Oiron, et provenant, selon toute apparence, de l’habitation bâtie ou restaurée par Hélène de Hangest, indique l’époque otl fnrent exécutés les premiers travaux, fondus plus tard par Claude dans un plus vaste plan. La bâtisse de l'église collégialo une fois achevée, afin de se conformer aux ordres de son père, et de placer sa sépulture dans nn lieu digne d’elle, celui-ci, qu’une mission politique avait tenu loin de la cour pendant les années 1544 et 1345 (3), so mit à la reconstruction de sa propre demeure, qui ne fut achevée qu’en 1559 (4). Il fit bâtir un grand corps de logis, avec pavillon central, contenant l’escalier en spirale, et llanqué de pavillons latéraux, auxquels venaient sc souder, en angle droit, deux longues ailes, terminées chacune par de grosses tours rondes. Il ne reste plus aujourd’hui que l'aile gauche, le pavillon latéral du même cAté, contenant la chapelle et l’escalier central, encore a-t-il été englobé dans les remaniements que firent opérer, nu xvu* siècle, Louis Gouffîer et le duc de la Feuillade. La grosse tour de l’aile droite est du fait du premier. Le reste doit être imputé au second. I.e tout était entouré de douves profondes, fermant la grande cour qu'enceignail l’édifice, et laissant autour des murailles une large terrasse, oti les habitants du château pouvaient circuler â l’aise. L’ensemble des bâtiments avait, en un mot, des proportions plus vastes
(I) Les relations d‘Artii% avec IkmlM sont attestées far une lettre de ce dernier, 'tans laquelle il le truite il'owr chtr à son aeur.
(3) JoHee sur le etultenu de Bonnirtt , par M. Lee Oiairt-Dopoot , dan* les Mtmoires de la société des anUnuaitn de l'Ouest, 1830, p. 220. — V., sur Cliampignjr-sur-Veiide. les articles publiés par M. Gb. de Cbergé, dans le même recueil, 1837, p. 147, et 1839, p. 85.
(3) Le Journal de Michel te Riche, île Saint-Muixenl, publié par la Fonlcnclle «le Vaudorê, mentionne h part «|u*il prit, pendant ees années, â la brutale répression des troubles causés en Saiulunge par l’étaldissi iim'dI de la GaMIc.
(4;. Nicolas Dcachampt, prêtre d’Oiron, rerut, le 19 avril 1550, la Somme de dix livres tournois, pour avoir fait la copie de cioq volumes en papirr, « on i/uct estuil la detpense des bastiments f ticle par 1rs mains de maître François Turreau 'ou Tarrtau), reetpieur du li-.u d‘ Oiron. »
que celles du palais du Luxembourg, tel qu'il avait été fait pour Marie de Médias.
Nous n'avons pas & nous occuper ici do tout ce qui est postérieur à Claude. Il ne conserva de l’édifice de sa mère qu’une galerie ouverte, encore inachevée en 1537, dont il forma le rez-de-chaussée de l’aile gauche. Les arcades de cette galerie, en forme de cloître, s'appuient sur des piliers en spirales, qui font saillie extérieure pour former la base d’élégftnts contre-forts. Le style gothique et celui de la Renaissance se marient heureusement dans la décoration. Les voûtes à vives arêtes ont^té refaites en 1546, et ont leurs clefs ornées des écussons, chiffres et emblèmes des Goufller, d’Hélène de Hangest, de Françoise de Bretagne, etc., entourés de couronnes de fruits. Le n° 17 de la planche qui a pour titre : Faïences d’Oiron (Origines), reproduit le monogramme de la veuve d'Artus. Sur les parois du mur sont les noms et les marques (1) des grands chevaux possédés par le roi Henri II, lors de son avènement à la couronne.
Au-dessus règne une autre galerie, achevée en 1548, dont les murs sont décorés à l'intérieur de fresques en grisaille, représentant des sujets de l'Enéide. Au bas de ces grandes peintures se voient, plusieurs fois répétés, le croissant seul ou enlacé à l'initiale du nom de Henri II, surmontée de la couronne royale; des arcs, des flèches, des palmes géminées, etc.; enfin , toits les emblèmes du nouveau règne, avec la devise : donec totvm imple.vt obbem. A l’extrémité, est une grande cheminée sculptée et peinte, dont le manteau est divisé en compartiments par des termes barbus, vêtus de draperies bleues, qui *u|>~ portent la corniche (V. le n° 8 de la planche des Origines), et où .se montre le monogramme, formé des initiales enlacées du roi et de Catherine de Médicis, et celui de Claude et de Françoise de Brosse, sa seconde femme. La devise du propriétaire du château : me tkrmi.ws h.eaet, complète l’ornementation, qui est d’une médiocre facture. Nous retrouverons les termes à draperies bleues et à longues oreilles exactement reproduits sur les faïences. La devise de Claude a besoin d’une explication.
Elle est tirée du 614* vers, livre IV, de l’Enéide, mis dans la bouche de Didon délaissée :
. . ....... Si lançetr port us
Infatulum caput ae Unis aànart neettse rit.
El tic faut Jovis potcunl, hic lcrminut htrrel (2),
Il est assez difficile de déterminer le sens attribué par Claude a cette devise, d’autant plus qu’elle n’eût pas été bien choisie, si elle n’en eût présenté plusieurs. Je croirais
(1 . Ce mol, inscrit sur le mur Je la galerie, s'applique aux marques imprimées sur la cninc Je chacun des chevaux du roi.
(il Les mois Hœrcrt el terminus sc trouvent irois fois rapprochés l'un «te l'autre dans Lucrèce : Or. I. vert 76-78, vers 695-8; Hr. VI, erri 63. — Avant Claude GoufSer, Erasme avait pris le terme pour emblème. V. les Emblèmes Je Paul Jove, cl le beau périrai l en pied de cet homme Illustre, gravé sur trois par un artiste français.
volontiers, avec M. A. de Montaiglon (1), qu'elle signifie, lorsqu'elle accompagne le terme, emblème personnel de celui qui l’avait prise : Ma maison est immobile comme un terme; indestructible comme lui ; rendue, à son apogée, elle s'y tiendra. Lorsqu’elle entoure, au contraire, le monogramme de Henri II, elle prend le langage d'un homme passé maître dans l’art du courtisan : C'est là que je m'arrête; que je me fixe; que je reste attaché. Telle doit être sa valeur sur le jeton gravé au n° 2 de la planche des Origines des faïences d’Oiron. Quand enfin on la trouve sur la porte d’entrée de la collégiale, ou sur le tombeau que le grand-maître s’élait fait préparer, elle a un sens plus religieux ou plus philosophique. (N° Ifi de la mémo planche.)
L’extérieur de la galerie, élevée au-dessus de celle d’Hélène de Hangesl, est pareillement décoré de beaux termes en terre cuite rouge, posés dans les niches des contre-forts. Entre chacun d'eux sont, dans des encadrements sculptés, des médaillons d'empereurs romains en marbre blanc. L’un de ces médaillons offre seul les insignes du grand écuyer (2). Un autre, placé à l’angle du bâtiment, nous montre les traits du soltan Mahomet. Une note informe, trouvée dans les archives, m’a paru fournir les noms de tous les personnages dont les portraits étaient incrustés dans les façades de la cour, lorsqu’elles étaient toutes trois debout. Je la transcris :
« Julius César, Pompeus Magnus, Augustus palcr, imperator Tiberius, imperator Can is, imperator Claudius , imperator Sera, imperator tialha, Olko, Vitellus, imperator Yespasianus , Titus imperator, imperator Domitian , imperator New a, imperator Traianus, imperator Adrien , imperator Aelius, Di vus Antoninus , Dicus Aurelius, Verus imperator, imperator Comodus, Pertina.r, imperator Julius, Peseen. Niger, Alhinus imperator. Sept t mus Aug., Alexander, Gordian Aug., imperator Philipus, Canstantinus César Aug., Carolus imperator, Arturus rei, le sultan Mahomet, Franciscus rer. d Total: trente-quatre bustes; décoration bien en rapport avec la prédilection de Claude pour les portraits. La présence du fabuleux roi Arlur des romans de chevalerie donne encore plus de poids à mon hypothèse , puisque c’était le patron que s’était donné Boisy, le grand-maitre. I) ne reste plus maintenant en place que onze de ces médaillons. L'indication fournie par la liste est précieuse, en ce qu’elle prouve que l’ensemble d’Oiron avait été construit d’une façon uniforme , qu'on peut très bien reconstituer par la pensée.
La galerie supérieure s’ouvrait sur un vaste vestibule donnant accès dans la chapelle privée du château, qui était de petite dimension. Sa décoration intérieure a presque
(1. Lettre du 20 octobre IH03.
(2) Ils sont gravé* sur un antre jeton de Claude, dont voici la description : f c. covrm*. lotte. de. causas. et. mavlcv. — Ecu dfs frou filer, wimvonté de la couronne de comte et entouré du collier de l'ordre île Saint-Midicl. — a- «AS*. esc.iikr. ne. francs, f sncNEvn. ne »ovst.— Epée munie du fourreau cl do baudrier fleurdelisés. (Cotl. de la Soc. de tlaliilujuc de y tort.)
entièrement disparu, de même que ses vitraux peints. On voit seulement, sur les clefs de la voûte, les armes des Courtier, le monogramme de Henri II et la devise: Hic terminus h&rei. Sur le mur se lit cette inscription tracée en noir :