‹ L'art de terre chez les PoitevinsChapitre 20 sur 57 · DERNIER · texte numérisé non relu

DERNIER

DVC. DE.

BovmoONCNK.

Firr. M. IIIP LX. et VI.

Il s'agit évidemment, encore là, de portraits originaux de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire. Celui de Claude, peint sur bois à la détrempe, était placé sur l'un des panneaux du retable ; mais on l’a transporté depuis dans la sacristie de l'église Saint- Maurice. Il est représenté à genoux à côté de son patron , et revêtu des insignes de grand écuyer. Ce portrait a été gra\é, en supprimant le fond de paysage, sur la pl. xlvi dut. iv, p. 360, des Monuments de la monarchie française de Montfaucon. Gaignières en a aussi fait prendre un dessin. (T. vm, P* 30, de son recueil) (I).

Le pavé de la chapelle sera décrit plus loin, au n° 40 des faïences d'üiron. Audessous est la chambre du Trésor.

L’escalier, dont les marches, formées d’une seule pierre, ont trois mètres de longueur, s'enroule autour d’un faisceau de quatre colonnes étagées, et a dû, dans le principe, être surmonté d’une élégante lanterne, plus élevée que le» tours latérales. Sur les frises courantes, et en maints autres endroits, apparaissent le monogramme de Henri, alors dauphin , la devise de Claude et les initiales de son nom et de celui de Jacqueline. La date 1541, inscrite sur un chapiteau, rappelle la réconciliation passagère des deux époux, au commencement de cette année.

Lorsqu’on sortait du château par la porte principale, donnant sur la cour d’honneur, on avait devant soi la statue équestre en bronze de Henri II, comme nous l’apprend l’inventaire dressé en 1559. à l’occasion du troisième mariage du grand écuyer :

a Item, nous sommes transporte: de. la ditte yallerye en la cour devant le rhasteau, où estant avons trouvé u statue du feu rot en victorieux a cheval, laquelle est de layton et , de là en avant, sou h: un appmtif, la fontayne de pierre de marbre, que ledict seigneur de Boisy a ordonné faire cest an présent. »

De quel artiste pouvait être cette image de Henri II en victorieux, c’est-à-dire tenant une palme à la main? Le Ruslici avait fait le cheval d’une statue équestre de François I", qui ne fut probablement pas terminée. Il était en cuivre gris, ce qui était peut-être la

(I) Gulgnières prétend que ce portrait élait placé au retable de Saint-llaurice. l'ne noie d’on ancien curé de cette églto .semble pourtant dire qu'il était, au contraire, posé dans la chapelle du ebileau.

même chose que le laiton dont parle l'inventaire. Or. comme Catherine do Médicis n’utilisa pas ce choral lorsqu’elle songea à une représentation équestre de son époux, cl qu’elle eut recours à Daniel de Vollerre, on en conclut naturellement que le premier n’existait plus alors, ou qu’il était sorti des mains royales. Si la seconde supposition est la vraie, il n’y aurait rien d’impoasible à ce qu'il eût été abandonné à Claude Couiner, qui s'en serait servi pour la statue placée dans la cour d'honneur de son habitation.

Un autre fait vient wrrohorer cette assertion : c’est qu’il existe probablement au Louvre une reproduction fidèle et contemporaine de la statue d'Oiron , dans l'émail inscrit sous le numéro 238 du catalogue rédigé par >1. de Labordc , émail qui nous montre Henri II en costume antique, à cheval, portant une palme à la main. Pour toute personne habituée aux œuvres d’art, celte belle grisaille est faite d’après une sculpture, et les formes du cheval, imitées de l’antique, dénotent une main italienne.

La vasque de la fontaine en marbre existe encore. Séparée de son pied, elle sert de bénitier A l’ancienne collégiale de Saint-Maurice, devenue église paroissiale depuis 1801. Le stylo de ses sculptures me la fait attribuer à Jean Juste, de Tours, qui a beaucoup travaillé pour les Gouflier.

Artistes oui ont travaillé au chatbau d’Oiron. — Le Rustici et Jean Juste ouvrent dignement la liste des artistes qui ont concouru à 1* embellissement d’Oiron. Le second était sans doute fils d’un autre sculpteur du même nom.

Voici le texte d’une quittance autographe de lui, qui ne manque pas d'intérêt :

« Tay, Jehan Juste, sculfeur en marbre, confesse avoir aeu et recru comptant de monseigneur le Grand, par les mains de Loys Perrinet , son argentier, lu somme de vingt cincq livres tournois, pour mes vacations <f avoir achevé f de pollir et assit la sépulture de mon dtet seigneur et de deffunete madame La Grand, de laquelle somme je me tiens contant, tesmoing mon sing manuel cy-mis, le x* de feuvrier mil cincq cent cinquante et huit (1559), et en quitte ledict seigneur et tous aultres.

Un fragment de compte de dépense» de l’année 1557 mentionne une somme de 177 livres tournois, à lui payée pour un mortier de marbre blanc, un grand bassin et le buste de Camélia , dame romaine, sortis de son atelier.

Un autre sculpteur établi à Tours, Mathurin Bonberault (I), surnommé l'Orléanais, avait fait, en 1551, huit tête* de haut relief. C’est peut-être à lui qu’on doit les médaillons d'empereur signalés plus haut.

On ne peut attribuer à aucun do ccs artistes les magnifiques tombeaux de Philippe de Montmorency et d’Artus Courtier, placés dans la collégiale, qui datent de 1539. Souvent on a dit qu’ils étaient l’œuvre de sculpteurs italiens, et M. E. de Fréville l’a répété dans son article sur les Clouet (2). Je les considère, au contraire, comme ayant une origine très française, et je ne doute pas qu’on ne trouve, tôt ou tard, le nom de leur auteur.

Voilà pour les sculpteurs. — Les peintres sont moins nombreux. Deux seulement sont connus. Le premier en date est Pierre Foulon, que Claude Goufficr avait pris à son service et fait naturaliser par lettres du 1H décembre 1538; vient ensuite Noél J allier, qui peignit, en 1549, moyennant 482 livres tournois, quatorze grandes histoires (3), dans lesquelles je crois reconnaître les sujets en grisaille, tirés de l’Enéide, qui couvrent les murs de la galerie supérieure.

Pour ce qui est des architectes, les recherches les plus minutieuses ne m’ont pas fourni un seul nom. Je formulerai plus tard une simple conjecture relativement à celui qui a donné le plan de la collégiale. On sait que Philibert Delorme eut avec le grand écuyer quelques relations sur la fin de sa vie (4). Bien ne prouve, toutefois, qu’il ail travaillé pour lui.

Mobilier nu chateal d’Oihon. — Le recueil des dessins, éxéculét par ordre de Gaignières, renferme ceux de deux tapisseries d’Oiron. L’inventaire du mobilier et de celui de Maulevrier, qui me vient de ce dernier château, décrit ces mêmes tapisseries et donne, en outre, la description de plus de cent autres meubles , étoffes et broderies qui ne le cèdent en rien à celles-ci par la richesse. Qu’il me suffise de citer les articles suivants :

« Doute pièces de tapisserie de reloux c rouans g de hnulle couleur, tant grandes que petites, chargées de broderies et entretailleries de toile d’or et d’argent, aux armoiries de mon dict seigneur et de ses alliances, tymbréesà chiffres d'argent; les dictes danse pièces bordées par le hault d'une broderie de mes me frange de sage crama isy et crespine d^or;

» Quatorze pièces de tapisserie de r eloux noir, tant grandes que petites, semées

(I) Benoît Bonberault, sculpteur d'Orleauv. fut chargé, eu lf>iS, d'achever le tombeau de Guillaume de Montmorency , commencé par Martin Claustre.

(4) iffMan de l’art français, t. ut. p. 97 et sitiv.

(3) Quittance du li juin |.V»Û, signée de IVIlivsoi», notaire b Ovron.

(I) Philibert de l’Orne avait pris b ferme de Claude l'kàlel d'E lampes, à Paris.

d’escussons aux armes du Boy et de fleurs de lys, en onze desquelles y a en chascuue une tspee royale au mylieu ; la dicte tapisserie bordée d’cscriteaux et chiffres de toile d'argent et d'escussons aux armoiries de mon dict seigneur et de madame;

» Huit pièces de tapisserie neuf ce à grands feuillages et escussons aux armoiries de mon dict seigneur et en chascune piece «ne espce royale, laquelle tapisserie mon dict seigneur fait porter avec luy d la cour;

» Neuf pièces de tapisserie de laine, figurée de gris et noir, sur laquelle y a des arbres avec des tourterelles et pennes (plumes) de broderie , et aux dicts arbres plu sieurs escussons de diverses armoiries ;

■» Un grand ciel de lit my party de toile d’or trait , noir et eeloux violet (1), semé de lis d'or, et ladicte toile d'escussons aux armoiries de mon dict seigneur et de madame, t fespees royales et chiffres, avec fond, dossiers et bas de mesme, garny de franges de soye violette, crespine d'or fin, et trois rideaux de damas violet à petite frange d’or. ■

Une vingtaine d* nuire» garniture» de lits liaient aussi riches, et les couchottes non moins somptueusement accomodécs :

« Un ciel de couchette my party de toile d’or noire et toile d’argent figurée à escussons des armoiries du Boy , semé des chiffres et devises dudict seigneur. Le dossier et bas de lict de mesme et le fond de satin blanc et noir, frangé de soye noire, crespine d'argent , garny de trois rideaux de (T amas blanc et noir sans frange . »

Oiron renfermait en outre une fort belle bibliothèque, remplie de livres portant sur leur reliure le terme et la devise : hic teiuunvs hakiiet. Le recueil de (iaignières a conservé le croquis du principal motif de l’une de ces reliure», qui couvrait un volume de Jean Bouchet.

A côté de la chambre à coucher du grand écuyer était aussi un cabinet vitré, oü se trouvait renfermée une quantité considérable de bijoux, camées, pierreries et curiosités de toutes sortes. Faute d’espace, j'en choisis seulement quelques-uns :

« Camahieu (F une femme assise dans une chaire et devant elle une victoire; — autre petit ramahieu rf une femme portée sur ung monstre marin, estnaillé au bord de blanc et rouge ; — pendant cerclé d’or dedans lequel est le ravissement d’Hélène ; — coupe d’or à deux anses, avec trois fleurs de lys au dedans; — pot de cristal garni (For etmaillé de blanc et violet ; — grand vase de chrysolite garny d'or esmailléde blanc et r erd ; — plat d’or où il y a un petit sainct Jehan assis et portant la croix; — roy antique d'agathe sur pied d'or ; — enseigne garnye d’or où y a une Céres d'agathe ; — enseigne d’or où y a une eornalyne avec ung homme r) cheval de relief; — Bacchus et bacchanales : — Céres d’argent antique ; — cassidoyne gravée d'ung Mars et Vénus prins en adultère ; — petite poire façon d’Ainde (Inde), garnye de petits rubis, saphirs

(1) Or et noir étaient les couleurs des Gotilfter, et le violet celle de la troisième femme de Claude.

et perles ; — dix-huict tableaux de pourcellayne (coquilles) : — deux tableaux d'esmail de basse taille sur or et sur un fond de toile d'argent garny d’or; — quatorze petits tableaux d’or esmuillez de basse taille; — drageouer d’or ; — coupe de jaspe yamye d’or ; — es venta il garny d'or ; — gaine de Cousteau enchâssée sur ung pied d'argent où il y a des salyères; — teste de mort de cristal yarnye d’or esmatllé de noir et blanc ; — mirouer garny d’or et de perles, esmaillè de blanc et bleu ; — huict paires d’heures pa inc tes et garuyes or et argent ; — grand canut bien garny d'or d'une femme sur un cheral maryn et de quatre enfants à la mer ; — grand camahitu dans sa boeste d’une teste d’tmpérière; — coupe de jacynthe et d'or esmaillè de rouge et vert; — teste de jaspe de l'empereur Coesar garnye de onze dtamans, et onze pierres verdes; — barils d'agathe, coquille de jacynthe, etc. «

Qo'on joigne à cela tout ce que renfermaient les appartement* de la capitainerie d'Àmboise , l’hôlel de Boisv à Paris, on sc fera une idée de ce que le marquis de Carabes avait amoncelé de merveilles artistiques.

colléouib d’oiron. — Rien n’est moins religieux que ce tte église. Les derniers restes de gothique que la Renaissance a mêlés aux fines découpures, répandues à profusion sur le dessus des portes, sur la surface des voûtes, à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur des chapelles, sur le retable des autels, ajoutent sans doute h la délicatesse des détails; mais ils font ressembler toutes ces frivolités charmantes au voile de dentelle qui couvre la madone de la femme du monde sceptique et railleuse. Il su Hit d’entrer dans le sanctuaire pour être convaincu qu’Hélène de Hangest et son fils s’étaient avant tout nourris des doctrines païennes , et que le Christ du moyen-âge n'était point leur Dieu. Léon X et Bomba, ees pontifes des divinités profanes, n'avaient pas été en vain les parrains de l’édifice.

Ces réserves faites, la collégiale d’Oiron est digne, eu tous points, de la visite de l'artiste et de l’archéologue. Aucun autre monument du Poitou, A moins que ce ne soit son aînée, la chapelle du château de Tbouars, ne donne une idée aussi favorable du talent des architectes et des sculpteurs du premier tiers du xvi e siècle, originaires de nos contrées. Un assez long intervalle sépare ces deux constructions ; mais on a tout lieu de penser qu’André Amy, le maître maçon de l'édifice élevé aux frais de Gabriclle de Bourbou, entre 1503 et 1512 (1), fournit, en 1528, le plan de celui bâti sous les auspices des Gou fiier (2).

Il fallut une quinzaine d’années pour conduire l’entreprise à bonne fin. Certaines parties ne furent même terminées qu’en 1550. — Hélène de Hangest, qui s’était chargée de la direction des travaux, mourut avant leur achèvement. La perte de cette mère tendrement

(1) Léon X érigea la chapelle de Tbouars en collégiale en 1515.

(i) l.a quittance qui va stmre fait connaître le nom de l’artiste auquel est due la ehapelle du château de Tbouars :

« Je, Alexandre üutnyveau , jmbitre démarrant à Doue (Anjou), eonfeue avoir rteeu de André Amy ,

aimée, arrivée en 1537, fut très douloureuse A Claude. Son premier soin fut donc de faire achever le tombeau du grand-maître, mis en place en 1539, afin de la déposer, selon son désir, & côté de l'époux dont elle avait toujours porté le deuil. Par un sentiment d’humilité assez rare de son temps, elle avait ordonné qu’on no lui fit point de statue, et qu’une simple plaque de bronze, scellée dans le pavé à côté du mausolée d’Artus. rappelât seule sa mémoire. On y lisait cette touchante épitaphe :

et. GIST. DAME. HELENE- DE. RANG EST. VEPYK.

M r . LE. GRAND. MAISTRE. DK. BOUT, y V* ELLE.

A YM A. VMQVEMENT. EN. SA. VIE. ET. l'LOVRA.

DIX-tIVIT. ANNEES. PRIEZ. DIEV. POVR. ELLE.

Lorsque Claude prit l’œuvre en inain, il n’y avait guère d’achevés, en fait de sculptures, que le retable du inailre-uutel et la chapelle ornée des emblèmes de Frauçois 1 er . Ce fut lui qui veilla à l’exécution de la chapelle Saint-Jérôme et de celle dédiée à saint Jean, qu’il avait fondée, et où il lit mettre les chiffres du Dauphin et de Jacqueline de la Treinouillc. Le style de celte dernière diffère sensiblement de celui de la plupart des autres parties de l’édifice, où l’élément gothique a été maintenu, conformément au plan primitif, tandis que la Renaissance pure règne ici en souveraine, l’n grand pupitre de bronze, en forme d'ange supportant un livre, prit place au milieu du chœur, et trois bénitiers de même métal furent posés à côté de chacune des entrées (I). La porte latérale, communiquant du château avec l’église, fut terminée en 1540. Les monogrammes d'Artus et de sa femme , et les iusignes de grand-mailre y tiennent la première place. Le clocher et la porte principale sont les deux portions les plus récentes. Cinq cloches, dont une fort grosse, appelaient les fidèles aux cérémonies religieuses. Si l’on en croit la teneur d’une fondation d’anniversaire, en date du 8 juin 1542, faite par le grand écuyer, les chanoines chargés du service de la collégiale auraient trop souvent abusé du privilège de faire entendre leur carillon ; car le droit d'empécher de sonner, quand bon leur semblerait, y est expressément réservé au fondateur et â ses descendants (2).

Je ne décrirai point ici les tombeaux de marbre, avec statues couchées, de Philippe

mai-tre maruin de l'ouvrage de l’esqlise \o(re-Iiame on château de Thauars, la somme de cinquante-ctnq livres dix sots tournais, « rame et par raison de la rendicion des ymaget d'une Annonciation ; c'est assavoir d'une ymage de Xasirc-lhtme et d'une f/mage de s*i(nt Gabriel, que j'ay baillez jsour maire en ladite etglise, qui ont esté marchand*’: par Madame de ladicte somme; de laquelle somme de LV I. x l. I. je me lient content par les /Présentes. lesquelles j'ay signées de ma main, le xmj jour de décembre. I'<m mit cinq cens douze. • ccestveac. *

Gaenyvcan liait vralseniMatileniCfU sculpteur. Olle quittance a été puldiée par P. Marchegaj, dans la Rev. des Soc. savantes do 1803.

(t) Exlrail de ta plainte portée h k’éfèquo de Poitiers par les chanoines d'Oiron. tk la suite de la dévastation de leur église par les protestants.

(S) Revue des soc télés s ai antes des départements , 1863, p. 194.

de Montmorency, d* Altos Gouflier, de Bonnivet et de Clande, où celui-ci s* est fait représenter à l'état de cadavre. Les deux derniers sont de la main de Jean Juste, qui avait fait aussi , ainsi que le constate la quittance déjà reproduite * le mausolée de Françoise de Brosse, aujourd'hui disparu. François de Vendôme, ce magnifique vidante de Chartres, mort le 7 décembre 1502, dont parlent si souvent les historiens du temps, voulut aussi, en qualité de fils d'une Goufiicr (1), reposer à côté de ses ancêtres maternels. Son testament, du 13 juillet 1544, retrouvé dans les archives du château, par >1 . Imbert, de Thoiiars, qui a bien voulu m'en faire une copie, porte cette clause : « Ylem r eult et ordonne le dict seigneur testateur estre employée la somme de mil escus d’or sol , pour luy faire une sépulture en la dicte église if üiron. Item, le dict seigneur testateur donne et laisse au seigneur de lloisy, son oncle, la somme de dix mil écus (for sol , une fois poiés, le requérant que soit son plaisir toulloir permettre et souffrir son corps estre inhumé en la dicte église et y estre faicte la dicte sépulture. • Les guerres de religion empêchèrent l'exécution de cette clause testamentaire.

Des épitaphes, gravées également sur marbre ou sur des plaques de bronze, étaient çà et là encastrées dans les murs de l'édifice. Elles avaient été composées par Salmon Macrin, Clément Marot, Jean Lascaris, Jacques Amyot et autres poètes ou savants du xvi" siècle (2).

Parlerai-je maintenant des tableaux, dont la plupart ont du prix, et qui pourrissent dans leurs cadres vermoulus ? Toutes ces richesses mériteraient une description étendue, avec gravures , reproduisant tout ce qui a une valeur artistique ou historique. J'entreprendrai quelque jour celte tâche délicate, avec la collaboration efficace de M. Octave de Uochelirune. Une série de planches, exécutées par lui d’après de pareils modèles, sera une véritable bonne fortune pour ceux qui savent apprécier tout ce que la Renaissance française a de profondément original. A l'heure qu’il est, je ne demanderai à toutes ces belles choses que co dont j'aurai besoin, pour m'aider à dérouler la série des nombreux emprunts faits, par les auteurs de nos faïences, aux peintures et sculptures ornementales de l'église et du château d’Oiron. Malheureusement l’œuvre d'Hélène et de Claude nous est parvenue mutilée par les guerres civiles et les rapetassages de quelques-uns de ses possesseurs. Le premier désastre qu’elle ait eu à subir est raconté en ce-s termes par deux contemporains :

« Le lit septembre I56S, le sieur de Coulombiers entra, sous ombre tf amitié, à Oiron, appartenant à M. le grand écuyer, et se royant maistre au dit logis, prit le dit sieur le Grand prisonnier, ses serviteurs et chanoines; r o/a et pilla sadite maison, armes, meubles, grands chevaux du lloy, et eut X mille écus pour les meubles qu'il ne put emporter; bref ils firent dommage audict seigneur de L ou LX mille écus, avec

fl) Hélène, fille d’Arlus et d'ilclèno «le HaoftéiU. ’

(3) V. le te&te de ces <'j>it»[>tu's «Uns la notice de M. Cb. de Ctiergé sur Oiron

dix mille cruautés, et l'emmenèrent avec ses dits chanoines prisonniers à la Rochelle. Ils gastèrent toute l'église dudit lieu et les tombeaux de marbre, bronze, et autres choses excellentes qui y étaient (1). »

Écoutons maintenant La Popellinière :

« Pendant le séjour à Thouars (occupé alors par les bandes protestâmes de d’Andelot) , Colombières , gentilhomme normand, fut à Oiron, où résidait le duc de Roannais, de la maison des Gouffier, grand escuyer de France, et y entra comme amy, au moyen de quoy le duc, or que le bruit des harquebuxades et cliquetis des harnois s'entendist de tous costex, ne se put douter de la trousse que ceux qui *’*»vitoient à son logis luy jouèrent, le menant prisonnier d la Rochelle, pour luy faire payer rançon digne de son estât. Ce qui n’avint toutefois; car avoit despuis resmon tré, le décez de sa femme avenu (î) , quil ne pouvait, serré comme il estoit de tous endroits, trouver moyen de faire argent, s’il n estoit relâché, sous la promesse et foy de gentilhomme de retourner ou payer, pour aller es cour pourvoir aux affaires domestiques que sa femme luy avoit laissé, et fust rnis hors. Mais, dejmis, semond d’effect à sa promesse, respond qu'il n’ estoit obligé qu’au Prince de Condê, qui jà estoit décédé, et, conséquamment , affranchi de toutes obligations , nyant aussi subtilement sa rançon qu'avoit esté fin et ingénieux le chef qui l'avoit prins en sa maison (S). •

Après les vandales du calvinisme vinrent les vandales patentés, les architectes du xvn* siècle, employés par Louis Gouffier, petit-lils de Claude, qui les chargea, à partir de 1625, de défigurer le château tout entier. C’est â ce dernier qu’on doit les méchants plafonds surchargés d'ornements de la galerie haute et du grand salon, dont il confia l'exécution au pinceau de maître Jacques Despicy, peintre-vitrier, et de son collègue Vincent Mercier. Un troisième artiste, un peu plus habile que ses devanciers, le maniériste Relange, passe pour avoir fait les peintures d'une autre pièce.

Artur, deuxième du nom, petit-fils et héritier de Louis Gouffier, quittait volontiers les jouissances artistiques pour les controverses religieuses du jansénisme. Il laissa du moins Oiron en repos; mais il n’en fut pas de même de Louis d’Aubusson, duc de la Feuillade, son beau-frère. C’est lui qui bâtit la fastueuse habitation achevée par son fils Louis entre les années 1691 et 1693. Madame de Pompadour, qui l’acquit bientôt après et qui s’y réfugia en abandonnant la cour, sc contenta de quelques réparations intérieures, dont l’une, celle des pavés émaillés de sa propre chambre à coucher, nous arrêtera plus lard un instant. Depuis, la demeure mutilée de Claude a subi lo sort réservé aux choses disproportionnées. Le vide s’est fait dans ses appartements, devenus trop vastes pour

(1} Journal mt. de G inèroux, notaire a Parthenay, communiqué par M. Ledaiii.

(S) Claude <1« Rraimc , sa quatrième femme.

(3) Histoire de France, La Rochelle, Haoltin, IjSI, in-fa, t. I, Ht. xiv, p. 67.

notre époque de nivellement social, et l'archéologue qui la visite aujourd'hui éprouverait, malgré le soin apporté à sa conservation par son propriétaire actuel, ce sentiment, mélé de dégoût et de tristesse, qu’inspirent toujours les ruines où l'art n'a pas laissé son empreinte sacrée, s'il ne la retrouvait dans les restes de l’édifice primitif échappés à tant de désastres.

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