‹ L'art de terre chez les PoitevinsChapitre 21 sur 57 · LE GARDIEN DE LIBRAIRIE ET LE POTIER D’HÉLÈNE DE HANGEST · texte numérisé non relu

LE GARDIEN DE LIBRAIRIE ET LE POTIER D’HÉLÈNE DE HANGEST

J'ai omis intentionnellement deux noms sur la liste des artistes qui ont travaillé à Oiron. Ils sont fournis par divers documents extraits des archives de la châtellenie. Le premier de ces documents est une lettre de Claude Gouiller :

« Rccepveur d'Oyron, vendes les fomitures de blez de rostre recepte. pour poitr les coûts de mes gents du terme de la Sainct Jehan prouchaine, et rendes les bois du cousté de Montpalet et dix tounaulx de vin de eeste année, le plus cher que pourrez , et m’envoires céans le prix. Le porteur vous mettra es mains la confirmation de l’acte de la maison Gruyet, proche la halle, passe’ le xv* jour de l'an xxix (7529), par feu madame et mere , au proufiet de Françoys CnERPECTiER, potyer de ma dite dame, et Jeha.\ Berxart, son segreltayre et gardyen de lybrairie, et du vergier oit est basty le four et appentifs <T icculz, aux quels mandons le faire registrer à Méry. Rapportes, Rccepreur, la présente , avec certiffieation de Lanrens Chevreau de la dite vente, et tiendrez pour vous compte des deniers débourses r endredy. Escripi à Mauletrier, le xj' jour de décembre (1).

Deux choses ressortent du document qui précède : c’est que M** de Boisy avait, en 1529, à Oiron, un potier spécialement attaché A sa personne, et que son bibliothécaire était associé A la fabrication des vases qui se faisaient dans l’ofiicine privilégiée. Une

(I) CRU lettre est signée : Boisy ; mais j’ai préféré reproduire la signature ofBctellc de Claude Courtier.

seconde missive, également sans indication d'année, mais antérieure au 26 janvier 1637, puisqu'elle est adressée À Hélène de Hangest elle-même par son homme d' affaires, montre Chcrpcntier travaillant à l’église :

« Madame, très humblement me recomande à vostre bonne grâce. Kou# plaise savoir. Madame, que rostre maison est en bonne santé et attend en grand joye sa bonne mestresse, et n’y trouver ex à reprendre ne blasmer. Jehannot sera gentil compaignon à rostre retenue, estant desmeshuy çuipte de ses fiebvres. Ciierpentier a besoigne à vos ordres dedans la chapelle de senestre, qui ne sera fatxte de ce moys , mis d la fin de l'aultre, aidant nostre Seigneur, ausquel je prie. Madame, vous bailler santé et ce que désires en ce monde. Escrit à Oiron le vi‘ jour d'aptril.

■ Lairens Chevreau. »

Il ne peut être question, dans cette lettre, de la chapelle du château , qui n'élait pas encore construite , mais bien de l une de celles placées dans la partie gauche du transept de l’église, peut-être de la chapelle dite de François l ,r .

Le dernier document est un extrait de l'état de la maison d’Uiron pour l’année 1538:

« Item, sera délivré par le récepteur, par chascune sepmaine, à maistre Jehan Bernart, les deux painctres et le vatlet de pains , ung boisseau froment, et demy mes tail; seize fagots pour faire cuire la viande; laquelle sera par jour : piece de boeuf voilant troys sols troys deniers; demy carticr de mouton, voilant deux sols, livre de lard r allant deux sols , ou poule ou poulet de la ferme ; demy livre chandelle; pour troys deniers sel, et une demy pipe vin vieil, par chascun moys. Pour le repas des jours maigres , sera livré, tant en beurre qu’en oeufs et poisson, jusques d la somme de cinquante sols par semaine. » Ici, le garde de librairie a sous ses ordres deux peintres et un valet de peine, qu’il employait on ne sait trop à quels travaux. Douze années plus tard, il n’esl plus question de Bernart dans l’état de la maison. Sans parler des nombreux serviteurs qui accompagnaient partout les maîtres dans leurs changements de domicile, il se composait, en ce moment, du concierge Léonard, le gros bonnet de la domesticité : de son valet; de Jehannot, déjà connu de nous, qui lui aussi avait lin valet ; du jardinier Jacques, dit le Génevois : de deux peintres et du charretier (1). Le rang donné aux deux artistes ne semble pas indiquer qu’ils eussent beaucoup de talent et qu’on eût grande considération pour eux. l’n seul individu m'intéresse : c'est ce Jehannot, dont les fonctions ne sont pas définies, et que Laurens Chevreau cite en même temps que Charpentier, comme s’il y eût eu quelque lien entre eux. Peut-être était-il alors l’apprenti du potier et le remplaça-t-il plus tard. Tout ce personnel était, par conséquent, composé en grande partie de gens étrangers au pays. Il n'en était pas ainsi de Jean Bernart et de François Charpentier, qui y avaient indubitablement pris naissance. Le nom du premier est encore porté par une foule de familles de la contrée ; celui du second est oironnais. Il se lit sur

(!) Etal dressé le JO octobre 1550 et signé de Françoise de Brosse.

une tombe placée dans le pavé de la collégiale, et se rencontre souvent dans les registres d'état civil de la paroisse.

En résumé, ce fait capital nous est désormais acquis , à savoir: que le bibliothécaire de M®* de Boisy était sinon an artiste, du moins un homme fort entendu dans les questions d'art. Nous savons, en outre, que le potier en litre de la châtelaine d'Oiron était, aussi lui, sous la direction de ce personnage. Tl ne s'agit plus maintenant que de chercher quelles ont pu être les poteries produites par une association aussi anormale ; poteries qui doivent révéler dans leurs formes, et plus encore dans le choix de leurs décors, l'intervention délicate d'une femme distinguée et celle d'un lettré doublé d’un artiste, que la pratique des livres a initié à tout ce qui concerne l'ornementation typographique. Or ne sunt-ce pas là précisément les caractères distinctifs des prétendues faïences d'Henri 11? Exislc-l-il, même dans la céramique, je ne dis pas contemporaine, mais de tous les temps et de tous les pays, d’autres spécimens qui puisseut, de près ou de loin, revendiquer une telle origine ? A dater du moment où j'eus découvert les documents qae je viens de produire, j’ai considéré la démonstration comme complète, et j'ai restitué aux faïences, exécutées sous l'inspiration des Goufller, leur véritable nom. le seul qui leur convienne : celui du lieu où elles ont été fabriquées (1).

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