‹ L'art de terre chez les PoitevinsChapitre 23 sur 57 · F AIES CES DE LA PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

F AIES CES DE LA PREMIÈRE PÉRIODE

Je l'ange dans cette première catégorie toutes les pièces dont les ornements incrustés sont d’une seule couleur, et celles qui, sans être conçues dans un sentiment aussi sobre, n’ont qu’un petit nombre de parties colorées autrement qu’en brun noir, en brun plus clair ou en rouge d’œillet. Ce sont, selon moi, les plus parfaites; celles que je préfère entre toutes. Le recueil de M. Delange en reproduit seulement douze. Un fragment d’une autre m’a été signalé. Chacun de ces beaux vases mérite une attention particulière.

1® Coupe sans couvercle (collection de M. le duc d’Uzès; Recueil Delange , n® 1) (I),

— Sa forme a été servilement copiée sur celle de certains vases chinois appelés, inexactement peut-être, brûle-parfums. J’en possède un, décore en bleu à l’intérieur et à l’extérieur, dont les profils sont identiques (vignett e ci-jointe). Son couvercle est pareil à celui des coupes qui vont tout à l’heure nous passer sous les yeux. l T n autre m’a été montré, ayant la marque de la période Houng-tchi (1488-1506) sous le pied, qui est encore plus exactement omomentâ bleus avec relief*. semblable. La disposition générale des urne

ruents est surtout d’une ressemblance frappante. Il est donc à présumer que les potiers

(1) Le* planches de ce recueil ne sont pas numéroté; mai*, te* faïence* y étant décrite* dantua certain ordre, le chiffre que j'indique marque la place de chacune d'ctlc* dans la nomenclature de M. Delange.

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d’Oiron avaient vu chez les Goufilcr quelques porcelaines orientales lorsqu'ils ont adopté ce modèle, porcelaines qui no furent pas sans influence sur leur façon de comprendre la décoration des faïences. Au fond de la coupe sont les armes de Gilles de Laval , vicomte de Brosse, seigneur de Bressuire, Maillé, la Roche-Corbon, Pont-Château et la Molhe-Saint- Héray, qui portait : de tarai brisé (T un franc quartier <ftiur au lion d'or, semé de fleurs de lis de même, qui eslBeauraont-le-Vicomte. (N° 18 de la planche des Origines.) Ce seigneur faisait sa résidence au château de Bressuire, ville éloignée de quelques lieues d'Oiron, et avait été le compagnon d’armes et l’ami personnel d’Artus Gaultier. Son sceau privé, attaché à une pièce du 11 novembre 1523, porté le même écusson. Onze ans plus tard, les armes pleines des Laval apparaissent sur celui de la châtellenie de Bressuire.

2* Pot à l’eau à couvercle (collection de M. Alphonse de Rothschild; Recueil Delange, n° 4). — Cette fois, la forme a été empruntée à celle des vases d'étain contemporains. Sur le dessous sont les armes de Gilles de Laval. La forme de ce pot s'est conservée, jusqu’au xviii* siècle, dans les faïences poitevines.

3° Gourde (collection de M. le duc d’Uzès ; Recueil Delange , il" 3). — Sur l’un de ses flancs sc voient encore les armes du seigneur de Bressuire. Elle porte aussi en relief un médaillon où est représenté saint Jean et qui u l’air d’avoir été moulé sur le fond d'une patère d’église ou d’un plat de métal, analogue à celui qui faisait partie du trésor déposé dans le cabinet joignant la chambre à coucher de Claude. (V. plus haut, p. 17.) On sait aussi que la collégiale d’Oiron renfermait une chapelle dédiée au précurseur du Christ. Autour du col est un cercle de coeurs percés de flèches, emblème reproduit dans une autre chapelle, dédiée d’abord au Chapelet de Noire-Seigneur, et plus Lard au Rosaire, et que nous retrouvons, deux fois répété, sur la bannière gravée au n° 9 de la planche intitulée : Faïences d'Oiron, Origine*. — Celle bannière mérite, sous plusieurs rapports, qu’on s’y arrête. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un morceau d’une épaisse toile de lin, employée autrefois comme doublure d’une étoffe plus précieuse. Les dessins des broderies sont demeurés parfaitement visibles, parce qu’ayant été faits en applique, leurs contours se trouvent tracés par les fils d’or, d’argent et de soie de couleurs variées, qui les fixaient jadis sur le fond. M. O. de Rochebrune a donc pu les restituer avec une exactitude parfaite. Au milieu se trouve le monogramme du Christ, mélé à celui de la Vierge, avec un cceur percé d’une flèche au-dessous, et avant autour le chapelet, dit de Notre- Seigncur, composé de trente-trois oraisons dominicales et de cinq Are, qui fut inventé ou plutôt régularisé, au commencement du xti p siècle, par le camaldule florentin Michel. La forme de la croix a cela de particulier que scs bras sont terminés par des fleurs de lis. Les Gouflier l’avaient importée dans leur collégiale, où une chapelle existait déjà en son honneur en 1535. Plus tard, lorsque Pie V eut établi la fête du Rosaire, en commémoration de la victoire de Lépante, le chapelet fut remplacé â Oiron par la nouvelle institution papale. Une banderole sur laquelle est la devise : hic tehminvs haebet, voltige au-

dessus; tandis que les quatre coins sont remplis par autant d’écussons. A droite, dans le haut, est celui de François I ef , surmonté de la couronne royale; le second est chargé de trois croissants enlacés, emblèmes de son fils Henri, dont le monogramme occupe le milieu de la partie inférieure de la bannière ; au bas sont les blasons de Claude Gouflier, décoré du collier de l'ordre, et d'Hélène de Hangest, qu’entoure un chapelet et que surmonte, en signe de veuvage, le cœur percé d’une flèche. Les fils d'or, d'argent et de soie, encore visibles, permettent de reconnaître ta couleur de chaque partie de l'ensemble. Les armes étaient figurées au naturel , la banderole était bleue, les chapelets noirs, ainsi que les flèches perçant les coeurs rouges et que les arabesques de la frise, qu’on dirait prises sur l’une des faïences. Ce qui reste de celle bannière sert à couvrir un banc de pied. La doublure d'un dais magnifique, datant aussi du xvi e siècle, gtt à quelque distance, dans un coin du clocher. Il serait bon de relever le dessin de ces anciennes broderies, avant qu'elles s’en aillent tout à fait en poussière.

La chapelle du Chapelet, devenue ensuite celle du Rosaire, a conservé quelques traces de peintures, figurant un rideau, dont les ornements jaune, brun et gris, ont un lien étroit de parenté avec ceux employés par Rernart et Cherpenticr.

4* Couvercle de coupe (collection de JH. le duc d’Uzès : Hecueil Delaïuje, n* 2).

5* Fragment de coupe (possédé autrefois par M M de la Sayette). — Il n’y avait absolument que le fond de la coupe, où se voyaient les armes des La Trémouille, vicomtes de Thouarsot suzerains d’Oiron, dans une couronne de feuillage, tout à fait semblable ù celle qui encadre ailleurs l’écu de Gilles de Laval. Trois cercles concentriques et une rangée de fleurons d’un brun presque noir complétaient la décoration de ce précieux débris.

6° Autre couvercle presque semblable , mais dont les incrustations sont rouge-œillet (collection deM. Anlony de Rothschild ; Hecueil Delange, n°Ô).

V Coupe sans courercle (appartenant à M. H. Relange, n" 9 de son Hecueil).

K° Biberon (collection Sauvageot; Hecueil Delange, n° 6). — Imitation des buies d’étain fabriquées en Poitou. Sur le devantes! la croix du chapelet dit de Noire-Seigneur. Peut-être doit-on y voir, au contraire, celle de l’abbaye royale de Fontcvrault, où était religieuse l’une des filles de M** de Boisy. Les écussons fleurdelisés ont été ajoutés par M. Ronde 1 en refaisant les anses. M. A. de Montaiglon croit que ce vase était destiné à transporter de l’eau bénite.

9° Coupe avec son couvercle (musée de Cluny ; Hecueil Delange , n° 7). — A l’intérieur

sont les armes de Guillaume Bodin, seigneur de la Marlinière, maître d’hôtel du sire de Boisy. Elles étaient d’azur à neuf besanls d’or, poses 3, 3. 2, l. Comme terme de comparaison, voici l’écusson de la famille de ce personnage, qui tenait un rang distingué dans la noblesse du pays. C’est la reproduction de celui sculpté sur la porte du petit manoir de Revroc, qui appartenait, sous François I*% à l’un (les cousins de Guillaume.

10® Ruie imitée, comme la précédente (n° 8), de celles d’étain icollection de M. Lionel de Rothschild; Recueil Delange, supplément). — A la jonction des anses sont des écossons chargés de cœurs percés de flèches. Le devant est orné d’nn ange long-vêtu, en haut relief, portant une banderole. Cette figure, copiée sur quelqu’une des sculptures de la collégiale, est tout à fait dans le style du premier tiers du xvi* siècle. L’introduction de couleurs étrangères au noir, an brun et au rouge, se présente ici pour la première fois.

Il® Plat (musée Kensington : Hecueil Delange, n° 8). — Le blason , placé au centre dans une gloire de rayons, est celui de Guillaume Goufficr, troisième fils de l'amiral de Bonnivet, alors qu’il était chevalier de Malte. Le petit cachet privé, dont l’empreinte se trouve sur une lettre de ce personnage écrite lo 19 janvier 1542, en présente un semblable (N* 23 de la planche des Origines). Avant de connaître ce cachet, j’avais d'abord cru y voir les armes d’une maison alliée, par les femmes, aux Gouffier; mais un archéologue versé dans les questions héraldiques m’a appris depuis que, dans l'ordre de Malte, les dignitaires et les chevaliers pourvus de bénéfices avaient souvent eu, au xvi* siècle, la coutume d’écarteler leur écu des armes particulières de l’ordre, de celles des grandsprieurés on commanderiez , lesquels y tenaient la place d’honneur. La forme de ce plat est imitée de celle d’un bassin de verre. Au revers est une marque demeurée inexpliquée. On a voulu y reconnaître un monogramme; mais j'y verrais plutôt une sorte de fleur ou de fruit sur sa tige.

12° Réchaud (collection de M. Andrew Fonntainc; Recueil Delange, n° 10}. — Je ne sais trop pourquoi on a donné à ce vase, dont la destination est suffisamment indiquée par sa forme, le nom de mortier à cire. Un tableau, peint sur bois par un artiste français inconnu du milieu du xvi* siècle, et représentant les noces de Cana, que possède l'un de mes amis, en montre deux tout semblables , mais d’un travail infiniment moins délicat. Ils sont placés sur la table du festin. La fumée qui s’échappe de l’un d’eux me porte à penser qu’ils étaient remplis d’eau chaude, et qu’ils avaient pour but de conserver la chaleur des mets posés dessus dans leurs vases. Sur celui-ci, les plats ou autres récipients contenant les mets étaient maintenus en place par les chapiteaux des pilastres qui s’élèvent au-dessus des rebords du bassin. Le n° 19 de la planche des Origines donne la gravure réduite d’un second réchaud, fabriqué ü Oiron à une époque bien postérieure, et sur lequel je reviendrai plus loin. On en rencontre également faits de fer ou de cuivre.

13° Chandelier (collection de M. Antony de Rothschild; Recueil Delange, n° 31). — >ous sommes arrivés, à l’heure qu'il est, à la transition d’un style â un autre. Par certaines parties, surtout par sa base, cette jolie pièce tient encore à la première période, tandis que d’autres la rangent dans la seconde. J'ai même eu souvent la pensée, en la considérant, qu’elle a été composée, par quelque habile restaurateur moderne, avec les débris de deux fragments de vases incomplets. Je préfère donc ne pas m’y arrêter davantage, et renvoyer à des monuments moins incertains les observations que me suggèrent divers ornements.

Il n’y a en réalité que les numéros 1 à 10 qui appartiennent à la première période. Les trois suivants n’ont été placés ici que pour relier cette période à la seconde.

Des hommes pour la science desquels je professe la plus entière estime, préoccupés surtout du côté pratique, et frappés de la rare perfection des pièces monochromes et de l'incroyable habileté de main qu’elles annoncent chez leurs auteurs, les ont crues postérieures à certaines autres qui décèlent une pratique moins grande de l’art de terre. Or l’une des objections les plus sérieuses à faire à leur système est la présence, sur trois d’entre elles, des armes des Montmorency -Laval, avec le franc-quartier de Beaumont-le- Vicomte, dont les seigneurs de Bressuire ne faisaient déjà plus usage en 1533, ainsi que je l’ai constaté en décrivant la coupe n° 1 . J’ajouterai que leur style est plus simple et plus conforme à celui employé pendant la première partie du règne de François I* r ; que leur couleur et le choix de certains ornements significatifs conviennent parfaitement à la position de veuve de M®'' de Boisy, qui les a employés ailleurs : qu’il y a enfin unité parfaite dans leur série , ce qui n’a plus lieu par la suite : d’où je conclus qu’une inspiration unique a présidé à leur fabrication. Les vases multicolores portent, du reste, presque tous des écussons, chiffres et sigles divers, qui leur assignent une date plus récente, comme je n'aurai pas de peine à le démontrer bientôt.

Il est une autre méthode à suivre pour percer ce mystère. Infaillible en numismatique, elle doit avoir également son application dans la circonstance. C’est de soumettre l’ensemble des faïences d’Oiron à la loi de la dégénérescence des types. Or, si l’on ne place pas en télé de la série les vases monochromes, il y a aussitôt désordre et confusion dans toutes ses parties ; impossibilité de saisir les traces de la marche régulière que présentent, sans exception, les œuvres humaines aux yeux de l’observateur. Si celui-ci leur restitue au contraire le rang qui leur appartient, tout s’enchaîne, tout se lie ; la lumière se fait jusque dans les moindres détails. Il lui reste seulement démontré que ce ne sont pas là les débuts de Bernart et de Cherpentier dans la céramique, et qu’ils ont dû faire plus d’un essai avant d’arriver à ce degré de perfection, essais dont quelques spécimens sortiront peut-être un jour de recoins ignorés.

Mais, en procédant à cette enquête artistique, il ne Taul pas surtout oublier que les faïences d’Oiron furent le résultat de l’association de trois intelligences : Bernart y mit son talent d’ornemaniste : Cherpentier, son habileté à façonner la terre; Hélène de Hangest. son goût très fin, mais un peu minutieux et chargé de tristesse, note sombre qui tranche fortement sur les autres productions de la joyeuse Renaissance. Tant qu’ils vécurent tous les trois, il y eut unité dans la création des œuvres. Un moment arriva où la mort vint successivement les enlever â l’association, et, chaque fois que l’un d’eux disparut, il y eut amoindrissement dans la valeur dea produits de l’officine. La lettre de Claude C»ou (fier, reproduite à la page 82, lettre écrite après janvier 1537, apprend que la veuve d’Arlus fit défaut la première , et qu’au moment où se passa ce triste événement la petite fabrique avait au moins huit années d’existence. L’état du personnel de la

maison pour 1538 constate aussi que Bemart était vivant à cette date, tandis qu'il nVn est plus question dans le document de même nature dressé en IboO. Cherpenlicr ne figuro pas dans ces états, par la raison fort simple qu’il habitait sans aucun doute la maison du bourg où était l'atelier. Malgré cette lacune, les faïences de la seconde période disent, aussi clairement que le premier écrit venu, que le potier survécut à son associé. Remplacé à son tour, au commencement du règno do Henri II, par Jebannot ou tout autre, il lui légua ses procédés, ses poinçons, ses moules; mais il ne put lui transmettre le feu sacré qui l’animait. Une dernière observation me reste à faire avant de passer au chapitre .suivant. Si le goût d’une femme, qui no peut être autre qu’Hélène de Rangeât, s’est fait sentir dans les pièces de la première catégorie et a laissé une trace très marquée dans celles de la seconde, il est une autre intervention qui y est non moins apparente, celle d’un homme aimant les livres, connaissant aussi bien les pratiques de leur exécution matérielle que leur contenu. Mes devanciers ont depuis longtemps remarqué l’analogie frappante de la plupart des arabesques, entrelacs, fleurons et grotesque*, incrustés dans la pâte des faïences d'Oiron, avec ceux employés par les imprimeurs et relieurs contemporains, pour décorer leurs œuvres respectives. Indépendamment des motifs courants, puisés simultanément alors, par bon nombre d’industries, dans les recueils faits pour elles, tels qu’ils s’en imprimait, en 1 534, à Augsbourg,chez J. Schwarlzeinberget et chez certains éditeurs de France et d’Italie, nos potiers ont copié jusqu'à des marques de libraires et des figures de frontispice. Le pélican du poitevin Jean de Marnef occupe le fond du godet d’une salière de la collection Sauvageol. Les singuliers combattants, moitié hommes moitié limaçons, de la grande buie de M. Lionel de Rothschild, et sa zone de tête d’anges, me font, d'un autre côté, l'effet d'être extraits de frontispices d’ouvrages sortis des presses italiennes ; tandis que la vieille femme de l’une des salières de M. Calixte do Tusseau vient, je le suppose, d’un volume suisse ou allemand. Je n’émets en co moment que de simples conjectures. Les ressources dont je dispose en Vendée sont trop restreintes pour rien affirmer. Un séjour de quelques semaines, fait l’an dernier, à Paris, dans des conditions peu favorables aux recherches bibliographiques, ne m’a fourni non plus que des notes à l’état de croquis. A d’autres le soin de creuser cette question et d'en tirer la moëlle.

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faïences de la seconde période

Les restaurations nombreuses, qu’ont subies la plupart des faïences d’Oiron de la première période, n' empêchent pas de se rendre un compte assez exact de ce qu’elles étaient dans leur état primitif. Il n’en est pas ainsi des pièces de la seconde. Plus compliquées

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de détails, plus susceptible*, en raison de la multiplicité de leurs reliefs, d'éprouver des avaries, la restauration des parties disparues offrait des difficultés beaucoup plus grandes. Aussi, quelle qu'ait été l'habileté de ceux chargés de cette opération, il en est résulté l'introduction d'éléments hétérogènes qui dénaturent les formes et déroutent l'observateur. surtout quand il n'a, comme moi, A sa disposition, que les planches de M. Delange. Combien ne devons-nous pas regretter, en présence de ce déplorable résultat, qu’on ne les ait pas conservées telles qu’elles ont été retrouvées? Mais il fallait les remettre à neuf pour paraître sur l'étalage de l'hôtel des ventes ou derrière la vitre du marchand de curiosités. L’appellation erronée de faïences de Henri II y a fait ajouter plus d’un monogramme de ce prince, plus d'un croissant, plus d’un écusson fleurdelisé. C’était le moyen d’augmenter de quelques milliers de francs leur valeur. M. Rondel. l’intelligent artiste qui a refait leur toilette, regrettait lui-méme, dans une conversation que nous eûmes ensemble, les erreurs involontaires qu’il a dû commettre. Il eût été bon. tout au moins, d’indiquer sur leurs reproductions lithographiées les parties ajoutées après coup : le classement chronologique fût devenu plus facile.

On comprendra maintenant quelle doit être ma réserve en mettant le pied sur ce terrain scabreux. 4e me contenterai donc de signaler les caractères généraux des vases et de ne toucher qu’aux points essentiels; encore ne suis-je pas certain de ne pas me heurter A quelque sophistication.

14° Salière triangulaire (collection de M. Addington (Angleterre) ; Recueil Delange, u* 14). — Elle se distingue par sa forme architecturale. Le milieu de chacun des côtés est occupé par une fenêtre gothique calquée sur celles de la collégiale, et les angles ont pour contre-forts trois termes semblables en tout A ceux de la cheminée de la grande galerie du château. Le n° 8 de la planche des Origines reproduit l’un de ceux-oi. La draperie des uns et des autres est bleue. — Les parois sont couvertes de petits dessins brun noir imitant un carrelage. Le godet me parait avoir été refait.

13* Autre salière triangulaire (collection de M. d’Yvon ; Recueil Delange, n° 13). — Même forme que la précédente, avec quelques modifications. La décoration de la partie inférieure des parois est copiée sur des vitraux peints, dont les panneaux carrés représentent le monogramme du Christ dans une gloire. Je dirai au n° 17 où étaient les vitraux qui ont servi de modèle.

16* Salière (collection de M. Lionel de Rothschild; Recueil Delange, n* 37). — Les fenêtres gothiques apparaissent de nouveau sur cette pièce. Par exception, les termes ont des figures d’enfants.

17* Salière (collection Sauvageot : Recueil Delange, n® 23). — Ce qui la rend surtout intéressante, c'est la marque de Jean de Marncf placée dans son godet, extérieurement couvert de niellures qui reproduisent une verrière, avec l’écu de France maintes fois répété. — Etant entré par hasard dans les écuries du chAteau, j’aperçus, à travers d’autres débris, ceux d’un panneau de vitrail peint, enlevé A l’une des fenêtres. Il est gravé

au n° 6 de la planche des Origine*, et indique, mieux que tous les commentaires, où a été puisé ce motif d'ornement employé sur plusieurs autres faïences. L’imitation de verrière du n° 15 n’a pas d’autre origine. Un masque semblable à un maillet de porte tient, sur la salière, le milieu des côtés. Les pilastres ont des reliefs blancs sur fond bleu, comme ceux du retable du maître-autel de la collégiale.

18° Chandelier (collection de H. Anton y de Rothschild ; Recueil Delange, n® 19). — Sur l’une des sections inférieures de la tige est un treillis rappelant celui des sièges de bambou, dont les vides sont remplis par des H, initiale du dauphin Henri. La frise du pied est aussi décorée de petits dauphins, pareils à ceux du fragment de vitrail trouvé dans l'écurie du château, et du carrelage gravé au n° 13 de la planche des Origine s.

19° Chandelier (ancienne collection de M** de la Sayette, aujourd’hui chez M. Eugène ÎSorzy ; Recueil Delange, n" 21). — Voir aux planches la gravure sur bois de ce chandelier, qui m'a été communiquée par l’administration du Magasin pittoresque .

20° Salière (collection de M. Georges Field (Angleterre) ; Recueil Delange, ii° 11). — Dans le godet est la salamandre de François l #r ,

21° Salière hexagone (collection Sauvageot; Recueil Delange, n* 12). ~ Dans le godet, les trois croissants enlacés, encadrés dans une couronne de fruits; autour, un rang de grains de chapelet, motif répété sur un grand nombre de pièces, et qui se voit autour de la rosace de la façade de la collégiale (planche des Originel, n® 7). Les jours pratiqués dans les parois sont imités des fenêtres du clocher. Il y en a de semblables sur diverses autres salières.

22° Salière hexagone arec godet rond (collection de M. Calixte de Tusseau: Recueil Delange, n° 16). — Le dessous est orné de celte tête de vieille empruntée aux illustrations d’un livre. M. Delange a eu l’excellente idée d’indiquer, sur In planche, ce qui manque à la base.

23" Salière hexagone (collection Sauvageot ; Recueil Delange, n" 24).

24° Salière hexagone arec godet rond (collection de M. Calixte de Tusseau ; Recueil Delange, n" 17). — Sur les pilastres sont appliqués des écussons royaux.

25° Salière hexagone (collection de M. le duc d’Hamilton (Angleterre) ; Recueil Delange, n" 27). — Les armes de France sont remplacées, sur les pilastres de celle-ci, par le monogramme du Christ dans une gloire.

26° Salière hexagone à godet rond (collection de M. Calixte de Tusseau; Recueil Delange, n° 18).

27° Salière hexagone (collection de M. le prince Sol tikoff; Recueil Delange, n°26).

28" Chandelier (collection de M. Andrew Fountainc (Angleterre); Recueil Delange, n° 20). — Il présente trois particularités bonnes à noter: 1° les armes qu’il porte sous la base, et qui sont celles d'Anne de Montmorency , oncle à la mode de Bretagne de Claude Goullier; car ils avaient pour aïeul commun Jean de Montmorency, père de Guillaume, dont le connétable était fils, et de Philippe, femme de Guillaume Gouflier,

grand' mère da seigneur d’Oiron ; 2° la lettre A, initiale du prénom du connétable, souvent répétée dans le treillis de la section inférieure de la tige (N® 14 de la planche des Origines) ; 3“ le» entrelacs noirs de la base, calqués sur ceux de l’oreiller de la statue couchée sur le tombeau de Philippe de Montmorency ( Id ., n° 10).

Les entrelacs, placés au-dessous de ceux-ci, sont disposés de façon à s’enlever en blanc, sur le fond noir formant la lettre H, initiale du nom d’Henri.

29° Chandelier (collection de M. Gustave de Rothschild : Recueil Delange, n° 22).

30° Grande salière triangulaire avec godet rond (collection de M. Alphonse de Rothschild ; Recueil Delange , n° 49). — D’un goût douteux. Bien que je la place à ce numéro, en raison de la nature de son ornementation, je la crois fabriquée postérieurement à certains des autres vases mentionnés plus loin.

Les di\-sept faïences de la seconde période, décrites jusqu’à présent, ont toutes, à l'exception de la dernière, un air de famille très marqué; mais il m'est presque impossible de dire dans quel ordre plusieurs d’entre elles ont été modelées. Il y aura toujours incertitude à cet égard, tant qu’on ne pourra pas les étudier toutes à la fois sur nature.

Ce qui distingue cette série, c’est la forme architecturale employée dans l'ordonnance de presque toutes les pièces. Il est évident que les faïenciers d’Oiron ont été portés à leur donner cet aspect par la vue des grandes bâtisses qui se sont faites en ce lieu après la mort d’Hélène de Hangest. La plupart des motifs leur furent même empruntes. Mais, hélas! celte femme d’élite avait emporté avec elle, dans la tombe, la meilleure partie de l’œuvre. Claude tenait bien de ses parents le goût des arts; seulement il n'en comprenait pas, comme eux, le grand côté; sans s’attacher à la pureté des formes, il allait d’instinct à ce qui étonne les regards. L’opulence lui semblait préférable à la beauté simple et sévère, tendance ordinaire des esprits médiocres, dont nous avons vu les fâcheux effets dans l’une des plus fastueuses constructions des temps modernes. Les faïences précédentes accusent on ne peut mieux cette déviation. Leurs détails captivent d’abord l'œil ; mais, dés qu’on se prend à chercher les lignes, on se trouve en présence d’un amalgame d’éléments disparates faiblement agencés. L’architecture et l’ornementation des édifices d’Oiron sont pourtant mieux comprises.

Jusqu’ici BernartctCherpcntier avaient procédé, pour exécuter les nielluresdes fonds. A la façon des relieurs, qui ne se servent que de petits fers. Plus tard, ils ont trouvé niO) en d’imprimer d’un seul coup dans la pâte, sur de plus larges surfaces, les creux destinés à recevoir la terre colorée. Cette idée leur fut suggérée par le désir de mêler à la décoration de leurs œuvres les entrelacs, universellement employés, à partir de la tin du règne de François I rr , dans l’imprimerie, la broderie, la reliure, l’orfèvrerie, la ferronnerie et autres métiers. Une coupe d'étain, trouvée dans le lit de la Vendée et recueillie par M. de Roehebrune. gravée au n* 4 de la planche des Faïences d'Oiron de la dernière période, montre que les métaux les moins riches en étaient également ornés. L’art n’avait pas, en ces temps, les allures aristocratiques qu'il se donne aujourd’hui. Les

peintres, les sculpteurs, les graveurs les plus illustres ne dédaignaient pas de consacrer leur talent A la composition de patrons, qui, de leur Atelier, descendaient jusque dans les plus humbles boutiques. Celte touchante confraternité de l’art avec l’industrie avait pour résultat de le faire pénétrer partout ; tandis que l’isolement absurde dans lequel il se complaît de nos jours, tout en abaissant le niveau du goût public, a, par un juste contrecoup. singulièrement amoindri le réservoir commun d’où il tire sa propre substance. Aussi est-il réduit maintenant à demander, à son tour, des modèles on simples ouvriers de la Renaissance. De ce grand fleuve qui, au xvi* siècle, coulait à pleins bords à travers l’Europe régénérée, il reste à peine cette source indolente que M. Ingres a fait descendre de la façade de l'hôtel de Béthune, pour la poser sur la cuve du vestibule de M. Duchàlel. Mais tel est l’empire des saines traditions, qu’à défaut d’originalité, il suffit à une œuvre d’un lointain air de parenté avec les créations magistrales de l’antiquité et de la Renaissance, pour imposer le respect, même à une génération qui a des retours si passionnés vers les mignonnes marionnettes du xvm* siècle, et les fanfreluches peintes à l'essence de cantharide de ses boudoirs.

Je continue ma nomenclature.

3 1 ° Coupe (collection Sauvageot; Recueil Delange , n* 28). — Ses tons très sobres la placent tout à fait en tête de ce genre de décoration. La forme est encore assea simple, mais elle est évidemment empruntée à l’orfèvrerie. Dans l’intérieur est l’écu de France surmonté de la couronne de marquis, confondue souvent, à cette époque, avec celle de duc. Le pied porte, à sa partie la plus mince, quatre petites fenêtres golhiqnes.

32° Autre coupe (collection de M. Hutteau d'Origny: Recueil Delange, n° 29). — Les trois croissants enlacés décorent l’intérieur.

33° Riheron (collection de M. Andrew Fountaine: Recueil Delange, n" 30). — Sur la partie supérieure est un monogramme, plusieurs fois répété, que je crois être celui d’Anne de Montmorency. (Planche des Origines, n° 15.)

34° Riberon (collection de M. de Pourtalès-tiorgier: Recueil Delange, n* 31). — Si celte pièce n'a pas suhi quelques restaurations, le barbet placé au sommet de l’anse a été copié sur celui, aujourd’hui mutilé, qu’on voit aux pieds de la statue «le Philippe de Montmorency, dans l'église d’Oiron. La lithographie me fait toutefois supposer les anses refaites.

35" flanap (collection de M. Antony de Rothschild; Recueil Delange, n # 34). — Le satyre et le dragon, qui lui servent d'anse et de goulot, sont du {dus mauvais goût et annoncent que la fabrication est entrée dans une période de décadence déjà avancée, dont les traces seront désormais de jour en jour plus visibles. Les arabesques des deux zones principales du vase .sont calquées sur celles employées de préférence par la typographie lyonnaise. Le n° 3 de la planche des Origines reproduit un fragment d’une vignette, tirée du Songe de Polgphile, qui est conçue dans une donnée à peu près semblable.

36" Aiguière (collection de M. Magnac (Angleterre! ; Recueil Delange, n° 25). —

C'est celte pièce qui a fait croire à M. Dclangc que nos faïences ôtaient dues à Girolamo délia Hohhia. ;'i cause du G qui occupe les vides du treillis de la partie inférieure de la panse. M. L. de Laborde u répondu avec raison que celle lettre devait rappeler le nom du personnage pour lequel l'aiguière avait été exécutée. Maintenant que les questions d'origine sont apurées, nous y trouvons tout bonnement l'initiale du nom des Gouflier. L’exécution du vase est encore remarquable; mais que de mal nos pauvres artistes se sont donné pour arriver à l’absurde !

37° Coupe sans couvercle imitée d’une pièce d’orfèvrerie (musée du Louvre; Recueil Dclangc, n° 39). — Les dauphins, rangé# À l’intérieur autour des trois croissants, indiquent que François 1" était encore vivant lorsqu’elle fut fabriquée. Les termes de Claude figurent aussi dans celte partie de la décoration.

38" Coupe sans couvercle (collection de M. le duc d’IIamillon; Recueil Delange, n" 42). — Même observation que pour la pièce précédente.

39° Coupe sans couvercle (collection de M. James de Rothschild; Recueil Delange, n° 40). — L’écu de France a pris, ici, la place des croissants enlacés; mais les dauphins n’ont pas encore disparu.

Ce qui donne à ce vase un intérêt exceptionnel, cc sont les oies symboliques placées autour des fleurs de lis, et les quatre petits lézards, figurés au naturel, qui le décorent A l’extérieur. Ces derniers animaux nous fourniront un jalon précieux lorsque nous serons arrivés à l'invention des rustiques figulines. Constatons seulement, à l’heure qu’il est, qu’on a fait usage, sur les* faïences d'Oiron, de reptiles en relief antérieurement à l'avènement de Henri II, qui eut lieu le 31 mars 1347.

40° Pavé de la chapelle privée du château. — Rien ne démontre mieux que les prétendues faïences de Henri II sont sorties de la petite manufacture seigneuriale d’Oiron. que l'existence de ce passé, U est composé de carreaux de 0“ 11 de cété, qui s'ajustent ensemble dans un ordre convenu. Chacun porte une lettre, un monogramme ou un écusson. Chaque caractère, peint en brun violet, repose sur un lit d’arabesques bleues, à la façon des lettres grises employées en typographie, et est disposé de manière à contribuer à la formation de la devise : mic tbrminvs hakakt. Un encadrement de quatre filets verts les entoure. Les monogrammes, de même couleur que les lettres, sont ceux de Claude Gouflier et de Henri II, non encore roi de France ; car des dessins emblématiques bleus, semblable* en tout, comme forme, h ceux incrustés dans la péta des trois coupes décrites aux n°* 37, 38 et 39, *e jouent dans les petits compartiments formés par la réunion des angles de chaque carreau. Les blasons sont aux armes des Gouflier, réunies à celles des Montmoreno et des Hangesl-Genlis, en souvenir des alliances les plus chères A celui qui a présidé à l'exécution de ce beau carrelage. Des échantillons de carreaux isolés ou assemblés sont reproduits aux n°* 12 et 13 de la planche des Origines. Mais ce qui rend la démonstration sans réplique, c'est la composition de la terre dont le pavé est formé. L’analyse faite par M. Salvetat, le savant chimiste de Sèvres, a fait voir qu’elle contenait

les mêmes éléments que celles des faïences; seulement elle a été moins épurée. Je reviendrai plus tard sur cette analyse.

Il est bien entendu qu’une place a été assignée ici à cc carrelage, en raison de sa date île fabrication et du sentiment artistique qui a présidé au choix de «es ornements, et non comme appartenant à la même classe que nos faïences. L’élément terreux a la même base chez les uns et les autre» : mais les glaçures n'ont aucun rapport entre elles. Dans les vases, cette glaçure est simplement plombifère, tandis quelle est stannifère pour les pavés. D’un autre côté, les carreaux sont peints et non incrustés. Seulement on a eu soin, avant d'exécuter les chiffres et arabesques, d’appliquer à l’état de harbotine, sur le côté à décorer, comme sur la surface des vases, une couche très mince de terre fine. Malgré ces différences radicales, on sent d’instinct que le dessinateur des faïences a fourni les patrons à l’ouvrier auquel est dû le pavé de la chapelle. Il est possible que cet ouvrier n’ait fait qu’un séjour passager dans la fabrique : mais il n’y a pas moins solidarité complète entre ces oeuvres contemporaines, fabriquées dans un lieu unique.

41* Gronde saltbe triangulaire (musée du Louvre ; Recueil Delange, n° 48). — est de la même époque que le n° 30. Leur ornementation seule les a fait séparer.

42° Coupe sans couvercle (musée céramique de Sèvres; Recueil Delange, n° 44) l'ar les armes qu’elle porte à l’intérieur, cette coupc se rapproche de celle du n" 31 ; mais elle est d’une époque moins ancienne.

43° Couvercle de coupe ovale (musée céramique de Sèvres ; Recueil Delange, n" 43). — J’en dirai autant de ce fragment brisé, qui a permis à MM. Brongniart, Kiocreux et Salvelal d’en étudier la fabrication jusque dans ses moindres détails, et de faire l’analyse de la terre.

44 ° Coupe sans couvercle (collection de M. Antony de Rothschild; Recueil Delange, n® 41). — Certes ce vase est loin d’être l’un des plus beaux de l’œuvre , mais il est, à coup sûr, l'un de ceux qui me font le plus de plaisir à rencontrer sur ma route. Il porte sa date dans l’écusson, incrusté à l'intérieur. Les trois croissants sont, cette fois, surmontés de la couronne royale , d’où je tire la conséquence qu’elle a été fabriquée après le’ 31 mars 1547, époque à laquelle Henri II monta sur le trône.

Les trois derniers numéros et ceux qui suivent n'ont plus aussi bon aspect que les pièces plus anciennes. Les couleurs en sont moins harmonieuses. La cause doit, selon moi, en être attribuée à la mort de Bemart, et à ce que C.hcrpcntier était parvenu à un âge avancé, et n'avait plus la même sûreté dans la main. Il est vrai que nous sommes arrivés au milieu du xvi* siècle. Le potier d’Hélène de Hangest. qui, pour faire de si charmants ouvrages de 1529 à 1537, devait être, alors, un homme dans Lige mûr, était vieux, par conséquent, sous Henri II. On peut recourir, d’un autre côté. A ce que j’ai dit plus haut (page 90), sur la date présumée de la mort de Jean Bornai t.

45° Coupe orale ayant son couvercle (collection de M. le prince Soltikoff: Recueil Delange, n° 45). — A l’intérieur est un écusson carré, chargé de trois fleurs de lis, posées

Hans un ordre anormal (1 et 2). Ce sont les armes d'une famille poitevine du nom de Papin, originaire de Parthcnay, à quelque» lieues d’Oiron, qui a fourni, au xv® siècle, un conseiller au Parlement de Paris. Je les ai trouvées empreintes sur le sceau de la châtellenie de l’Aubonnière-des-Champs, non loin de Sainte-Hermine (Vendée). Elles étaient de sable d trois fleurs de lis d'argent poser.» / et 2. Guillaume Papin, seigneur de la Coumaillère, paroisse de la Pératc, conseiller au Parlement, avait épousé Marguerite Boutaud, soeur de Nicolas Boutaud, évêque de Lttçon (1462-1490), et devint ainsi seigneur de l’Aubonnière, qu’il ne conserva que fort peu de temps et qu’il céda bientôt après à un autre frère de sa femme. Ce» même» armes sont aussi empreintes suides carreaux avec ornements en relief, provenant de Mallièvre (Vendée). L’uu de ces carreaux est au musée de Sèvres. Il est gravé au n° 22 de la planche des Origines.

Sous le couvercle de la coupe, est une tête de femme, copiée, ainsi que l’écusson , sur quelque vitrail peint, comme l’indique la façon dont les traits sont tracés et les teintes sontposées. Si les armes des Papin n’étaient pas là, on serait tenté de voir dans cette tête le portrait de M m " de Botsy. Peut-être est-ce simplement une figure de fantaisie.

46® Panse cT A iguière (collection deM. Hope, de Londres: Recueil Delange, n® 35). — Les reliefs figurent des bouquets de fleurs et de fruits, rattachés entre eux par des cordons. Us sont fort intéressants : c’est du style précieux jouant le rustique. Les incrustations ont été faites au moyen d’un moule composé de quatre morceaux, dont les sutures sont très visibles; autre preuve d’une exécution moins soignée.

47® Aiguière (collection de M. Antony de Rothschild; Recueil Delange, n® 32;. — Entre l’aiguière mentionnée au n° 36 et celle-ci , la décadence a fait des progrès assez rapides. La forme et l’ornementation sont encore plus défectueuses; les couleurs des incrustations et des émaux manquent d’harmonie ; l’exécution a perdu, elle aussi, de sa précision et de sa finesse.

48® Aiguière (collection de M. Antony de Rothschild; Recueil Delange, n° 33). — Les deux font la paire. On a choisi, pour décorer celte seconde aiguière, ce que les pièces antérieure» présentaient de moins heureux, notamment le» ma-scarons de vieillard, coiffé» d’un bonnet en forme de pain de Savoie, de la salière n° 26, appartenant à M. de Tusseau. Avec la meilleure volonté du monde, je ne puis admirer ce vase, lin céramiste de profession y trouvera sans doute des sujet» précieux d'étude ; mais mon goût répudie ces tour» de force d’une imagination malsaine ou vieillie.

49° Couvercle de coupe ronde (collection de M. Benjamin Delessert ; Recueil Delange, n® 46). — Le petit musicien, à part la différence de style, a l’air d’avoir été inspiré par la vne de quelque figure tracée sur une faïence italienne.

Il n'est pas bien certain que Cherpentier ne fût pas mort lorsque les n®* 47, 48 et 49 ont été faits ; mais, dans tous les cas, on ne pourra jamais lui attribuer les pièces dont je vais m’occuper maintenant. Celui qui les a exécutées avait encore à sa disposition les moules, les poinçons, tout le matériel de la fabrication de ses devanciers ; mais le senti-

ment qui les avait guidés n’était assurément pas en lui. Jamais ils n’eussent appliqué sur leurs œuvres, comme il l’a fait sur l’aiguière suivante, ce cœur moulé sur une amulette d’étain, représentant le Corbeau et le Chien de Pierre en traiD de chasser pour leur maître, tels que nous les montre le conte populaire poitevin, où sont racontées les aventures d'un homme, devenu impotent des jambes, que nourrissaient ses deux animaux favoris.

50° Aiguière (collection de M. Ilope, de Londres ; Recueil Delange , n" 50).

51° Aiguière (collection de M. Webb, de Londres ; Recueil Delange, n° 47). L’influence des œuvres de Palisssy, visible depuis longtemps, s’affirme ici d'une manière encore plus marquée ; mais, en revanche, la forme a perdu ce qui lui restait de la tradition de l’ancienne école d’Oiron.

52° Aiguière (collection de M. J. Martin Smith, de Londres ; Recueil Delange, n® 51). — Même observation que pour la précédente.

53° Hanap (collection de M. Gustave de Rothschild; Recueil Delange, n° 52). — La fabrication de» faïences de la seconde période ne peut plus déchoir sur cotte pente. L’exécution matérielle avait conservé jusqu’ici trace des soins qu’on y apportait jadis. Aujourd’hui, elle est au niveau de la forme. Ses moules ne donnent plus que des estampages imparfaits, recouverts d’un email inégalement étendu et rempli de coulures.

SIGNIFICATION DU MONOGRAMME ET DE L’EMBLÈME DE HENRI II SUR LES FAÏENCES DE LA SECONDE PÉRIODE.

Charles Lenormant, cet archéologue d’une imagination aventureuse, mais néanmoins très perspicace et toujours ennemie des banalités, Charles Lenormant a publié dans la Revue numismatique , 1841, page 424, un mémoire sur une médaille de Catherine de Médicis, frappée après son veuvage , qui lui a donné occasion d’établir d’une manière irrécusable que le monogramme composé des lettres II et C enlacées, vulgairement considéré comme rappelant les amours de Diane de Poitiers et de Henri II, était, au contraire, formé des initiales du nom de ce prince et de celui de sa femme légitime. II a également restitué à l’emblème du croissant son origine politique. Sans accepter quelques-unes des opinions historiques émises , à ce propos, par le savant antiquaire, je considère sa démonstration comme sans réplique. La reprendre en sous-œuvre serait chose superflue , d’autant que Catherine a eu soin elle-même de constater son droit de propriété sur ces créations des premières années de son mariage. Mentionner quelques témoignages de ce droit est tout ce que j’ai à faire dans le présent travail.

La petile fille des marchands florentins, appelée & s'asseoir sur le trône de France, avait apporté de sa patrie le jargon des littérateurs au milieu desquels s’était passée une partie de sa jeunesse. Naturellement douée d’un esprit délié, elle ne contribua pas peu à répandre davantage à la cour de son beau-père, déjà atteinte d'un commencement de cette fâcheuse maladie, l’amour des mots à double sens et de toutes les subtilités du langage. Ce fut à qui composerait des chiffres, des rébus, des emblèmes accompagnés de galantes devises. A elle appartient, à coup sûr, l’invention de ceux adoptés par son époux. Des initiales de son nom et de ce^ du taciturne Henri elle forma le monogramme si connu, et lui douna pour emblème le croissant de Diane, auquel son goût emporté pour l’exercice du cheval et pour la chasse la fit songer. Quant à la devise donec totitm impleat (ou compleat) orbem, elle accuse l'intervention d’un esprit supérieur il celui d'une enfant de quinte ans. J'y verrais, par exemple, celle du pape Clément VII, oncle de la jeune Italienne, qui aurait pris soin d’y cacher, sous des dehors séduisants, les rêves ambitieux des Médicis. On peut consulter, à cet égard, le Dialogue des devises d'armes et d'amour du S. Paulo Jorio (Lyon, Guillaume Houille, 1561, p. 25). Paul Jove se trompe en disant que Henri ne prit celte devise qu’après être devenu dauphin : mais il explique bien le sens de l’emblème.

La bannière d'Oiron (n° 9 de la planche des Origines J est l’un des plus anciens monuments connus où se trouvent ce monogramme et cet emblème. Ayant été faite du vivant d’Hélène de Hangest, morte le 26 janvier 1537 (1), elle date d’une époque antérieure à l'intervention de Diane de Poitiers dans la vie du fils de son premier amant, et trancherait la question en faveur de Catherine, à défaut d'autres preuves. La façon dont les C sont soudés à la lettre H est caractéristique. Elle prouve qu'avant la venue de l’intruse, Catherine la chasseresse avait mis là son estampille. Comment aussi interpréter la devise grecque qu'elle adopta et qui sc traduisait ainsi : Elle apporte la lumière et un temps serein 1 N’est-ce pas dire nettement quelle se comparait elle-même ô l’astre des nuits et qu’elle l'avait pris pour emblème? Cette devise, nous la lisons sur la reliure de l’admirable exemplaire de V Astronomique discours de l’écossais Jacques Bassantin, imprimé à Lyon chez Jean de Tournes, en 1557, et qui lui est dédié par son auteur. ( Bibliothèque nationale.) On remarquera que ce livre a été imprime du vivant de Henri II.

Parmi les monuments qui datent de son veuvage, je citerai son tri pli que , déposé aujourd'hui au musée de Cluny ; la reliure de l’opuscule versifié de l'avocat Jean de la Haize, dont il est question plus loin à propos de l’entrée de Charles IX et de sa mère à la Rochelle; un miroir avec garniture de vermeil et d’émail noir, semé de

(1) La seule objection aériens* qui s'offre à mon esprit, i propos «le l'âge de cette bannière, est celle-ci: bien que portant 1rs armes d'Hélène de Hangest, elles pu être fabriquée ù une époque postérieure i janvier 1537, et les armes de la mère de Claude Goutter peuvent n’y figurer qu’il titre de souvenir d'une fondation faite par elle. Le style général du monument me laisse, il bat l'avouer, quelque doute à ce sujet.

lamies blanches, de chiffres et d'emblèmes dorés; la statue enfin de son tombeau, qui la représente vêtue d’un manteau brodé du monogramme ordinaire. Peu importe maintenant que la maîtresse de Henri II ait cherché à s'approprier, au moment de sa faveur, ce qui appartenait légitimement à l'épouse; que le public ait pris le change sur la signification de ces deux symboles d'amour conjugal . devenus , dans son esprit, ceux d'un amour adultère. Le Diario de Giovanni üapcllo, ambassadeur vénitien à la cour de France, publié par M. Armand Baschet, dit positivement que telle était, en 1551, l'opinion de la cour : « Sa Majesté se tenait pris d'une fenêtre, debout , têtue d’un pourpoint de damas noir, bordé de retours blanc et brodé sur champ de deux croissants d'or, accommodés de manière à sembler être entre deux I). Dans cet enlacement des D, on voit d'abord un H. initiale du nom de Sa Majesté; on toit aussi un E, seconde lettre du même nom de Henri; on peut y toir aussi deux I), lesquels sont la double initiale de la duchesse de Valen tin ois, appelée madame la Séncchale. Son vrai nom est Diane, et l’allusion est bien manifeste dans ees deux croissants réunis et st joints par i embrassement des deux D. Sa Majesté portait au cou une chaîne d’or travaillé, et sur ta tête une tor/ue de re/ours noir avec plume blanche. » — (Joe prouve ce passage, invoqué en faveur de l’opinion contraire à celle que je soutiens, sinon que le croissant et le monogramme royal, pour prêter aux malins commentaires, n'en gardaient pas moins ostensiblement leur caractère officiel ? Il en fut de même sur tous les monuments du règne, à quelque catégorie qu’ils appartinssent... Les courtisans de Henri II, prosternés devant la dispensatrice des dons de la fortune, pouvaient se livrer à des interprétations intéressées; la favorite pouvait, avec ou sans la connivence de son royal amant , se donner le plaisir passager de supplanter en toutes choses sa patiente rivale ; les symboles consacrés ne perdaient rien en réalité, pour cela, de leur signification première.

Diane de Poitiers avait, du reste, son emblème propre : une flèche entourée d'une banderole, avec la devise sola vivit in illa , ou bien avec cette autre plus ambitieuse : coNSEoviTvn qvodgvnqve (sic) PEUT. La première st* lit sur l’un des plats de la merveilleuse reliure gravée par M. Oct. de Rochebnine . d’après l’original in-f* conservé à la bibliothèque de Poitiers (K. la planche). Là le doute n'est plus possible; car, sur le cété principal , sont les armes de Diane. La seconde apparaît partout sur les murs d’Anet. (Voir les Devises ou emblèmes héroïques et morales intentées par le sieur Gabriel Symeon ; Lyon, Guillaume Houille, 1561.)

Indépendamment des monuments publics cl des meubles ayant appartenu à la personne royale, il en est encore beaucoup d'autres sur lesquels se voient l'emblème et le chiffre de Henri II . comme sur les reliures de la bibliothèque de M** de Brézé. A tontes les époques, les emblèmes des rois sont tombés dans le domaine public et ont été placés par les particuliers soit sur des édifices privés, soit sur des objets parfois sans importance. Il est peu de villes qui ne renferment encore dans leur sein quelques

loi

maisons décorées de ceux de François I" ou de son fils. Nos régions de l'Ouest en onl conservé quelques-unes des plus intéressantes; mais, après Oiron, la plus belle est, sans contredit, celle bâtie à la Rochelle par le procureur du roi Hugues l’on tard (t).

La planche ci-jointe reproduit quelques-unes des sculptures de cette maison. Le n° I est l'un des caissons de la galerie basse : les n”* 4 et 3 en sont aussi tirés; le n° 2 rachète l’aréte du dernier étage du pavillon de gauche. Quant à In petite figure assise du n* 3, elle ne m’a été donnée qu’en raison de son originalité. Elle est placée à la hase du contrefort butant l'aréle de ce même pavillon.

La description de l’église et du château d’Oiron a montré quelle profusion de chiffres est répandue sur toutes leurs parties. L’attachement particulier que portait Claude (îouflier au monarque dont il avait entouré desoins l’enfance ne contribua pas peu à cette exubérance. Il a fait surtout un emploi excessif du monogramme. La reliure des livres de sa bibliothèque, scs jetons, son tombeau, le portent aussi bien que sa demeure et son église privilégiée. Il est dès lors naturel de le retrouver, en compagnie des croissants, sur les faïences que Bernart et de Cherpentier exécutèrent chez lui du vivant de Henri II.

Dans ma lettre à M. Riocreux, j'ai avancé que le grand écuyer avait eu pour but, en su semant du monogramme en question , de réunir l’initiale du nom de sa mère à celle du sien propre. Il est possible que, indépendamment du désir de faire sa cour au roi, relu soit entré pour quelque chose dans le choix du chiffre. J'avais été conduit â adopter cet avis par la présence du même siglc sur le sceau privé du poitevin Charles Goulard, seigneur de Massigny, et de Henriette de la Rochefaion. qui vivaient dans la première moitié du xvi* siècle.

Si je me demande, à cette heure, quelle signification le monogramme et l'emblème de Henri II peuventavoir sur les faïeuces d'Oiron. n'ai-je pas le droit d’afliriner qu’ils s’y trouvent au même litre que sur le jeton du grand écuyer et sur la plupart de scs meubles, que sur les murs de l'hAtel de Hugues Pontard, ou sur ceux des châteaux d'Oiron et d’Anet. Ils y figurent comme date, comme témoignage de respect ou d’affection de la part de ceux qui les y ont fait placer. Si quelqu’un est encore tenté d’y voir la constatation d’une propriété réelle ou fictive, autant vaudrait prétendre que tous les objets décorés des fleurs de lis de l'ancienne famille royale, du bonnet rouge et du niveau de la République, de l'aigle des Bonaparte, de la charte constitutionnelle de la monarchie de Juillet, ont appartenu aux chefs des gouvernements qui se sont succédé en France depuis moins d’un siècle.

La dénomination de Faïence de Henri II et de Dtane de Poitiers, appliquée aux produits de la fabrique patronnée par les (louffier, est donc erronée, à quelque point de vue qu’on l’envisage. Il serait convenable, dans l'intérêt de la vérité historique, de la supprimer désormais.

(I) V. dans la Revue de l'Àutnis, décembre 1863, p. 102, un fort curieux article de M. Jourdan, juge au tribunal civil de la Rochelle, sur celle maison.

FAÏENCES de la troisième période

Les premiers troubles religieux firent abandonner ce qui constituait l'originalité des anciens procédés, pour adopter ceux qu’on employait alors dans la plupart des autres manufactures. Comment, d'ailleurs, une fabrication aussi exceptionnelle, ayant pour but unique de meubler les chapelles et les dressoirs des membres d’une famille , ceux de leurs parents, voisins ou amis, se fût-elle maintenue dans les conditions ordinaires de l'industrie? Elle dut tomber ou se modifier du moment où elle ne fut plus soutenue par une protection soigneuse de sa conservation. Le grand écuyer, qui avait fait exécuter de nouveaux travaux en 1359, à l’occasion de son mariage avec Marie de Gaignon, fut bientôt obligé d’abandonner sa résidence favorite , menacée par les protestants, au moment de la prise d’armes de 1562. Il n’y rentra qu’après l’édit de pacification du 22 mars 1563, pour l’habiter encore durant quelques mois. Il y revint ensuite avec l’espoir de trouver le repos qu’exigeait un âge déjà avancé; mais sa troisième femme mourut bientôt à la suite de la naissance de son sixième enfant. Cet événement eut lieu le 15 mars 1565. Le 22 septembre suivant, Catherine de Médicis et Charles IX vinrent lui rendre visite en revenant de la Rochelle. Quatre ans plus tard , Oiron fut saccagé par les calvinistes. C’est donc entre la rentrée de Claude , à la suite de la paix d'Amhoisc du 22 mars 1563, et la dévastation du château et de la collégiale , le 19 septembre 1568, quo se place la fabrication des faïences dont il me reste à parler. Elles ont probablement été faites par quelque industriel, à qui on aura abandonné le matériel de la fabrique, puisqu'on voit, sur les pièces sorties de son four , des estampages tirés des anciens moules , et qu’on y a maintenu la tradition des formes des périodes précédentes.

54® Fontaine de table. La gravure de M . O. de Rochebrune dispense d’une description détaillée. Destinée à être vue sur ses quatre faces, cette fontaine, qui a l’aspect d’un clocher d’église de campagne, dont la flèche circulaire est aujourd’hui brisée, porte partout dis reliefs. Sur le côté du robinet et sur le côté opposé se lit la devise : hic termitcvs ii aeret. La grenouille du bas est absente sur la seconde face, ce qui permet de voir le croissant, dont les extrémités sont enlacées aux rubans du cartouche, cantonné de deux termes emblématiques, qui encadre la devise. Des médaillons occupent les pignons de deux des quatre maisonnettes , imitées des constructions en bois du temps, et posées comme faitagesâ la partie supérieure de l’édifice. Sur l’un des médaillons est un lion armé d’une épée , emblème de force , et peut-être aussi de la charge de grand écuyer. Sur l’antre est une licorne, emblème de prudence. Les gravures allégoriques de Jean Duvet, ayant trait à l'histoire de Henri II, font supposer que cet animal a été placé là en souvenir de ce

prince. Des lézards, de grandeur naturelle, grimpent le long des quatre angles, qui se terminent en clochetons, et d’autres animaux et coquillages, parmi lesquels figurent des oies mortes et plumées pour être mises à la broche , sont disséminés sur diverses parties de la surface. La plupart de ces détails sont d’une exécution très médiocre, mais il en est d’autres d’un travail bien préférable. Ce sont ceux copiés sur des gravures du temps, c’est-à-dire les cartouches occupant les quatre côtés; le cercle de fruits et de (leurs qui encadre le médaillon du lion armé, et les petites létes en haut relief du même anima), posées devant les pieds de la fontaine et dans les portes des faces latérales du faitage. Ces têtes sont sorties du moule qui a fourni celles de la coupe ovale, à l’intérieur de laquelle sont les armes des l’upin (n° 45). — Certaines salières en ont d’analogues, mais plus petites.

Une grande rosace, pareille quant à la forme à celles des petits côtés, couvre le dessous de celte bizarre pièce, qui mesure 0" 41 de hauteur sur 0" 20 au carré. Quant à l’émail , il est jaune, brun et vert, et d’un aspect onctueux.

Cette fontaine appartient à M.Guilbuud, ancien jugeait tribunal civil de Saintes, dont la famille a longtemps habité Thouars. (PI. des Faïences d’Oiron delà dernière période, n® 1 .)

55® Fontaine de table (col). Meixmoron, à Dijon}. — M. Teinturier mentionne, dans son Catalogue des terres émaillées de Palissy (n® 221), cette seconde fontaine, dont les dimensions sont presque identiques à celles de lu précédente, puisqu'elle mesure 0 m 42 sur 0* 23. A defaut de renseignements plus détaillés, voici la description qu’en donne notre col lègue, qui y avait vu l’œuvre d’un continuateur de Palissy et non celle d’un de ses contemporains :

« Fontaine de forme monumentale, figurant un pavillon carré, surmonté d’un rloche- » ton et flanquée à chaque angle d’un petit bâtiment ù pignon, à travers les ouvertures » duquel on aperçoit des figurines placées à l’intérieur. Chacune des faces principales » est chargée de reliefs différents, parmi lesquels on remarque des mascarons , des singes, » des écureuils, une licorne, des écrevisses, des grenouilles, des têtes de bélier, des » lézards et des serpents. On y voit encore les armoiries, quatre fois répétées, de la » famille de Rambures, l’écu entouré du collier de Saint-Michel et surmonté d’une cou- • ronno de comte. »

Lorsque cette description me passa sous les yeux, je n’eus pas de peine à reconnaître une faïence d’Oiron de la dernière période, d’autant plus que les armoiries données pur M. Teinturier à la maison de Rambures, qui portait fascé d’or et de gueules , sont celles des Goufîier : d'or à trois jumelles de sable . La confusion entre les deux écus était facile à faire dès lors qu'on n’avait que de simples lignes, assez irrégulièrement tracées, pour sc guider dans la lecture de ce blason. La couronne comtale qui le surmonte a son importance, car elle équivaut à une date. — Claude Goufîier, dont le roi avait érigé en 1542 la terre de Maulevrier en comté, ne fut marquis de Boisy qu’en mai 1564, et duc de Roannez en novembre 1566. Or les sceaux et cachets, dont il a fait usage, montrent qu’il

modifia sa couronne héraldique chaque fois qu’il monta un degré de la hiérarchie féodale. Celle de comte atteste dès lors que In fontaine de la collection Meixmoron , et probablement celle qui précède, ont été éxéculées pour lui entre mars 1563 et mai 1564. Une inscription avec indication d’année et nom de personne no nous fournirait rien de beaucoup plus précis.

56® Plat rond (musée de Sèvres). — Au milieu se voilun grand lézard qu’on dirait sorti du même moule que ceux placés aux angles de la fontaine n® 54. Il porte également, mélés à d’autres estampages, le lion armé et la grenouille, ainsi qu’une multitude d’empreintes du même poinçon carré. Sur le marli, sont, deux fois répétées, les armes de France, entourées seulement du collier de Saint-Michel, indice d’une fabrication antérieure à 1518. année de la création de l'ordre du Saint-Esprit, dont le collier accompagna toujours depuis l'écusson royal.

51° Plaque orale armoriée (elle fait partie de ma collection).— Dans une couronne de fruits, comme celles qui entourent, à la voûte de la galerie basse du château d’Oiron, les monogrammes, emblèmes, insignes et armoiries de la famille Gouflîer, est un blason inconnu. L’émail est le même que celui de la fontaine n° 54. La terre est moins bien triturée. Cette plaque, percée de quatre trous faits avant la cuisson, était probablement destinée à être clouée au-dessus d’une porte. Elle vient du département des Deux-Sèvres. Je l’ai fait graver au n® 3 de la planche des Faïences de la dernière période. Si l’on compare son entourage avec celui du monogramme d’Hélène de Ilangcst, reproduit au n® 17 de la planche des Origines , on voit que l’un et l’autre ont été copiés sur le même modèle.

Les numéros qui viennent ensuite, à partir du n® 58, sont d’une époque encore plus basse. Je les crois du temps de Gilbert, fils de Claude.

58° Réckàud (collection de M. Roux, à Tours; n" 19 de la planche des Origines). — J’ai déjà indiqué l’existence de cette pièce à propos du n° 12. À ses trois contre-forts sont adossés des termes barbus mal modelés. Il est également couvert d’un émail agalisé. tirant sur le bleu violacé. M. Roux a bien voulu m’en envoyer un dessin colorié, qui m'en a donné une idée très exacte.

59® Saltère quadrangulaire (appartient à M. Saboureau, d’Auzay, près de Fontenay le-Comte). — Malgré la grossièreté de son travail , celte salière rappelle, par sa forme architecturale, les proportions de celles de la seconde période. Le type a subi la loi de la dégénérescence, voilà tout. Au lieu d’une élégante fenêtre d’église ou de chapelle . on a devant soi la façade de l’une de ces maisons de bois, comme il y en avait tant, au xvi* siècle, en nos contrées. Des masques, grossièrement exécutés, sont au sommet et à la hase des angles. L’émail est identique n celui du réchaud de M. Roux. (Voir le n° 2 de la planche des Faïences de la dernière période.)

60° Salière. — Celle-ci, si mes souvenirs sont fidèles, est au musée de Cluny, où elle passe pour une pièce allemande ou flamande.

61® Deux Maisons rustiques émaillées de bleu agalisé. — M. Gabriel de Fontaine,

qui m’en a signalé l’existence , les a vues . il y a quelques années . chez un marchand d'antiquités de Nantes, nommé Mondés.

62° Coupe ronde , émaillée de bleu violacé et agalisé. Son couvercle se termine par une lé te de vieillard barbu qu’on dirait appartenir à un terme. Sur le pourtour sont quatre médaillons en relief représentant, le premier un oiseau, le second un lion, le troisième un masque d'enfant de meilleur travail que le reste, le quatrième une sorte de Mélusine. Des animaux plus petits, tels que poulets, cochons, poissons, crabes, sont placés dans les intervalles et sont reliés aux médaillons par des courants de trèfles imprimés en creux. Le couvercle est décoré de la même façon. Le pied, renflé au milieu, est orné d’entrelacs mal disposés et formés A l’aide de petits trèfles ; il se termine en triangle à sa hase, oû sont appliqués trois mnscarons en relief.

Les quatre pièces, que j’ai maintenant A examiner, sont peut-être étrangères à la fabrique d'Oiron : mais, comme elles ont un air de famille très caractérisé avec les faïences décrites dans le catalogue, à partir du n" 54 , je ne puis me dispenser de les signaler. F.lles sortent, dans tous les cas, d’une manufacture voisine.

63° Pial rond (appartient à M. Eugène Imbert, greffier de la justice de paix de Thouars). — Au centre est une tête de séraphin, munie de scs trois paires d’ailes; audessus et au-dessous, sur le pourtour du fond, deux mascarons de vieillards; A droite Te soleil; à gauche un génie porté par un aigle; entre ces quatre dernières figures, deux dauphins couronnés cl deux crabes ; à la partie supérieure du rebord, un guerrier à cheval ; en bas, un mascaron grimaçant ; A droite, un H couronné ; A gauche, la lettre F également couronnée; dans les intervalles, deux syrènes, un mascaron, un cheval marin, deux turbots et une grenouille. Tous ces reliefs, obtenus au moyen d’une pression exercée avec le doigt sur le dessous de la pAte, sont entremêlés de petits dessins en creux, provenant de sept poinçons différents. La terre est blanche avec émaux agatisés jaunes , bruns et verts, comme sur les fontaines. Les initiales H et F doivent être celles de Henri III et de son frère François, duc d’Alençon, mort en 1384.

64* Parti (collection de M. Gaillard de la Dionnerie, procureur impérial à Civrav). — Sur l’un des Louis est la tête de séraphin du plat n° 63. l'n mascaron est au-dessous du goulot. Sa terre et son émail vert, bnin et jaune sont grossiers.

63° Bute (collection de M. Calixtc de Tusseau). — Le génie monté sur un aigle, du plat de M. Imbert, se voit sur la panse. Mêmes émaux. Je connais un autre exemplaire de cette buie, portant une tête d’enfant, qui n’est pas sur celle de M. de Tusseau.

66° Pet ti pial orale (ma collection). — Ses ltords sont dentelés par un cercle de fleurs de lis en relief qui s’appuient sur un autre cercle de gaufrures. Le vernis est jaune et brun , mêlé d’un peu de vert. La terre est grossière.

•7* Haie. — Quatre termes et quatre mascarons décorent le bas de la panse. Email agatisé vert, jaune et brun. Cette pièce, si elle est sortie de la faïencerie d’Oiron, est la moins ancienne que je connaisse. (N° 23 de la planche des Poteries poitevines .)

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