CHAPITRE X
PALISSY. — SA VIE, SES ORIGINES ARTISTIQUES ET INDUSTRIELLES RANG QU’IL OCCUPE DANS LES ARTS.
Il esl impossible do poursuivre l’étude des poteries poitevines sans rencontrer l’influence souveraine de Bernard Palissy, qui domine l’art de terre français dans la seconde moitié du xvi* siècle (i). Nous venons déjà de voir celle qu’il exerça sur les derniers faïenciers d’Oiron. Les autres potiers du pays , moins intelligents et moins originaux , entrèrent plus avant encore dans sa manière. Pour bien comprendre les œuvres des disciples, il importe de savoir à quoi s'en tenir sur celles du maitre.
>1. Anatole de Montaiglon nous donnera bientôt une étude complète sur cet homme illustre , en tête de la nouvelle édition annotée de ses Œuvres qu’il fait imprimer en ce moment à Fontenay (2}. Il nous montrent le penseur sous toutes scs faces. Moins bien partage , je ne m’occupe ici que du praticien , de l’ouvrier, qui chez lui primèrent de beaucoup l’artiste.
Scs origines de famille sont restées enveloppées d’un voile dont personne n'a encore pu soulever le plus léger coin. M. de Montaiglon nous dira la plupart de ses origines scientifiques , si bien dissimulées, ses voyages, les relations qu'il eut avec ses contemporains. J'essaierai tout à l’heure de divulguer quelques-unes des sources artistiques et industrielles auxquelles il a puisé. Ce n’était pas non plus chose facile. Le géologue qui . devançant son siècle , sondait d’un œil si perçant les révolutions du globe ; le philosophe chrétien qui savait s’élever au-dessus des passions misérables de son siècle si tourmenté, devenait un ouvrier jaloux chaque fois qu’il prenait en mains les instruments du potier ou les pinceaux de l’émailleur. Il est vrai de dire qu’au temps oü il vivait , l’inventeur n'avait aucune garantie , et que le pain de ses enfants , acheté souvent au prix des plus grands sacrifices , dépendait du secret qui enveloppait la fabrication do ses œuvres et les empêchait de déchoir dans la vulgarité. Il est difficile de faire du désintéressement et de jeter au vulgaire les découvertes de son génie
(I) Il n'est question ici que de la poterie artistique , Palissy n'ayant eu à peu près aucune action sur U fabrication de la poterie usuelle.
(3) Ut Œuvres de maislre Bernard Palissy , réimprimées d'après les éditions originales , arec éluda biographiques et historiques cl note* nouvelle* (3 vol. to-fl*; Imprimerie de Pierre Robuclion).
quand elles seules fournissent aux besoins des bouches affamées qu'on a derrière soi.
On a Vainement cherché à savoir en quel lieu est né Palissy. Tout ce qui a été dit jusqu'ici, à cet égard, repose en réalité sur des assertions peu probantes, qui le font originaire du Périgord ou de l'Agenais. Je le tiendrais plutôt pour Sainlongeois, en raison de son langage, qui est essentiellement celui des bords de la Charente. Le style de ses livres lui sert d’extrait de naissance, les expressions populaires du terroir étant trop profondément incrustées dans sa chair pour ne pas y être entrées avec le sang de ses pères.
Quoi qu’il en soit, aussi haut que nous puissions remonter, à l'aide de renseignement» certains, dans sa vie, nous le trouvons, au retour de plusieurs voyages dans le midi , et après un séjour assez prolongé à Tûtes dans quelque verrerie , exerçant en Saintonge le double métier de peintre-verrier et d’arpenteur. Nous le voyons, vers la même époque, entrer en relations avec Antoine de Pons , son premier et l’un de ses derniers protecteurs (1). Ce seigneur arrivait alors de la cour de Ferrure , oii il s’était rendu pour épouser, en 1533 , Anne de Parthenay, fille de la douairière de Soubise, Michelle de San bonne, première dame d’honneur de Renée de France, femme du duc Hercule d’Este (2). Il rapportait d’Italie les idées de la Réforme, qu’il enracina davantage chez Bernard, gagné dès ce moment sans doute aux mêmes idées, et, indubitablement aussi, cette coupe de terre tournée et esniaillée d’une telle beauté qu’à sa vue celui-ci entra en dispute avec sa propre pensée. Tous ceux qui ont porté leur attention sur ce point capital de l’histoire de la céramique française ont varié d’opinion sur la nature du vase dont l’examen révéla sa vraie vocation au pauvre verrier. Les uns y ont vu une porcelaine orientale; les autres une poterie allemande ; ceux-ci, et j’ai été du nombre (3) , une faïence d’Oiron ; ceux-lé une majolique italienne.
tue étude plus minutieuse de diverses circonstances de la vie de Palissy, surtout de ses relations avec Antoine de Pons, entamées immédiatement après que ce dernier fui •le retour de Ferrare , me démontre maintenant que je me suis trompé. Il s’agit décidément d’une faïence sortie de la fabrique de cette dernière ville , créée par Alphonse d’Este, beau-père de Renée de France, où l'émail blanc était en plus grande estime que dans toute autre fabrique de la péninsule. Les reliefs de certaines majoliques ferraraises eurent peut-être même une influence indirecte sur notre chercheur, qui fut certainement à portée d'en voir de nombreuses variétés ; car M** de Soubise et son gendre rapportèrent, sans nul doute, dans leurs châteaux du Parc de Mouchamps et de Pons, quelques beaux spécimens d’une poterie que se disputaient les princes. J’ai, du reste, autre chose
(Il Thomas île Leu a gravé le portrait d'Antoine de Pons.
(i) Le* relations qu'eut , dès celle époque , Palissy «sec le Sire de Pons sont constatée* par an passage de la dédicace à ce seigneur des Ditcawi admirables (éd. de Cap, p. I30j.
Tons 1rs renvois aux Œuvres de Palissy se rapportent ii la pagination de l'édition de Cap, qui est provisoirement la plus répandue.
(3) Let Faïences d Otron , Mire à M* Biocrtvx, p. 7.
que de simples conjectures à offrir , sur ce point , aux curieux. Voici ce qu'on lit dans les Mémoires de la rie de Jean L'Archevesque, sieur de Soubixe, par François Vic*lc (manuscrit inédit de ma collection) (1) :
u Elle (la dame de Soubise) demeura 4 Ferrare neuf ou dix ans (1528-1588) (2), ex y fusi autant aimée et honorée que jamais dame française qui y fust, mes me du duc Alphonse , qu'on ternit pour le plus grand personnage d'Italie; lequel disoit n'avoir jamais parlé 4 une si sage et habile femme , et ne venait de fois à la chambre de madame de Ferrare, qui estoit tous les jours, qu'il ne C entretinst deux et trois heures, disant qu'il ne parlait jamais à élit qu'il n’y appris t quelque chose. »
ho manuscrit, malheureusement incomplet, qu'a laissé sur sa propre famille Catherine de Parthenay, petite tille de Michelle de Saubonne, raconte, en outre, en ces termes la séparation de Renée et de sa première dame d’honneur : « Ces pratiques hayneuses des méchants conseillers du duc, sous couleur de rayson d' Estai, n'empcschcrcnt pas madame la Duchesse de ne se pouvoir résoudre au despartement de la dame de Sou bise et de sa fille, madame de Pons, quelle n envoya en France que les esguipages combles de présents et le cœur plein d’elle. Lui semblait-il encore, pauvre délaissée, fa sienne patrie partir avec? »
N'est-on pas autorisé par ces textes à croire que des vases sortis de la fabrique d'Alphonse prirent place , dans les bagages des amies de Renée, à côté du portrait de celle princesse, peint par Sébastien del Piomho, qui vint orner les appartements du Parc de Moucbamps (3)?
Les dates ont, en cette occasion, leur éloquence. Antoine de Pons quitta le palais du duc Hercule lorsque celui-ci eut ordonné à M** de Soubise, fort attachée au protestantisme, de reprendre le chemin du Poitou, afin d’ûtcr au pape Paul III tout prétexte de lui refuser plus longtemps l'investiture de son duché, concédé d la maison d’Este par Alexandre VI. Or ce fut en 1539 que se vida ce différend- I)'un autre côté, Palissy raconte, dans son Art de terre (p. 256 et 313), que ses premiers essais eurent lieu quelques années avant que le général des finances Boyer eut été chargé d’établir l’impôt détesté de la gabelle en Sainlonge, mission qu'il accomplit en 1513, comme l’atteste une lettre de François P' au sire de Jarnac, gouverneur de la province, qui fait partie de ma collection (4).
Une autre circonstance permit probablement encore d Palissy d'étudier bon nombre de
(1) François Yièie» le grand mathématicien , fut le précepteur de Catherine de Partbenajr et le conseiller de la maison de Soubise.
(i) Renée de Franco partit pour l'Italie an mois de septembre 1528. (Journal d'un bourQtois de Parie, p. 303. J
(3) Lettre» à SI. A. de Mon! aiglon, p. 50.
(4) Voir le telle de cette lettre dans l'édition des Œuvres de Paloty. donnée par M. A. de MonUiglon.
faïences italiennes, quelques mois avant de reprendre le métier d'arpenteur. Un vaisseau espagnol, chargé de poteries, fut pris par les corsaires de la Rochelle et conduit dans le port de cette ville, à l'époque où François I* r y fit un assez long séjour, c'est-à-dire en décembre 1542 et janvier 1543 : « II y avoit (en ce vaisseau) grand nombre de terre de Valence et plusieurs coupes de Venise , dit Amos Barbot. Le Roy commanda qu'on luy en apportast; ce qu'ayant fait, jusqu'au nombre de grands coffres pleins , il en donna à plusieurs dames, et, pour la grand beauté quil y trouvoit, il retint tout ce qui estoit de la dite vaisselle, qui estait vingt grands coffres qu'il fit payer, et commanda qu’on les fist charger pour les porter à Rouen ou d Dieppe (I). »
Nous savons à cette heure quand et comment vint la révélation qui assigna un but déterminé à la vie entière du verrier. N'ayant pu découvrir un émail aussi parfait que celui de la coupe ferraraise, il tourna la difficulté, après avoir tenté de la surmonter, et, par un de ces coups de génie qui ne sont pas rares dans la vie des inventeurs , il dota la céramique d'éléments nouveaux. Un passage de son Art de terre, auquel on n'a pas fait assez attention , le dit en propres termes : «... Une espreutc se trouva blanche et polie, de sorte qu’elle me causa une joye telle que je pensois estre devenu nouvelle créature, et pensois dès lors avoir une perfection entière de l’émail blanc : mais je fus fort eslongé de ma pensée. Ceste espreuce estoit fort heureuse d’une part, mais bien mal heureuse de l'autre : heureuse en ce qu’elle mf. donna entrée a ce que je suis parvenu , et mal heureuse en ce qu’elle n'estoit mise en doze ou mesure requise. » Ce fait line fois apuré, il en sort plusieurs autres traits de lumière. El d’abord, Y Art de terre ayant été écrit, au dire de son auteur (p. 311), vingt-cinq ans après l'exhibition de la coupe que je viens de démontrer avoir eu lieu en 1538 ou 1539, on arrive à la date de 1564, année qui a suivi celle de l’impression de la Recepte véritable. Tous les traités de Palissy, réunis dans le second volume, donné au public en 1580 , furent en effet composés longtemps avant leur publication , et l'on n’a tenu aucun compte de l’ordre dans lequel ils ont été rédigés. Je crois même que plusieurs le furent avant son départ pour Paris (2), et qu’il se contenta, par la suite, d’en remanier quelqus-uns avant de les livrer à l’imprimeur , et d’en faire disparaitro des déclamations huguenotes , alors sans intérêt et sans but, et qui eussent été intempestives à la suite de sa dédicace à Antoine de Pons, devenu fervent catholique. Les premiers troubles, en renversant son atelier, avaient donné nn autre cours à sa prodigieuse activité. Sa profession lui laissant des loisirs, il avait pris la plume, et, comme il avait l’esprit lucide, que les sujets qu’il traitait étaient fortement empreints dans son imagination , et que son récent ministère de prédicant Pavait préparé à formuler sa pensée , il s’improvisa écrivain. Uno fois installé à Paris, le courant des affaires, les ardentes préoccupations de l’artiste et de l’ouvrier, ses
(I) HUI. de la Rochette, par Arc&re, t. U, p. 481.
(S) Voir ce qu'il dit b cct égard à ta Un de la Recepte véritable.
éludes géologiques, ses nouveaux voyages, les événements politiques qui se succédèrent sans relâche autour de son four, lui laissèrent moins la liberté d'esprit nécessaire aux travaux du cabinet.
Ce n'est pas tout. Falissy dit, comme on l’a vu il y a un instant, qu’il trouva la composition de l’émail blanc, mais non le dosage exact des matières qui y entraient, deux ans après l’interruption momentanée de ses recherches, par suite des travaux d'arpentage que lui procura l'établissement de la gabelle ; ce qui reporte sa découverte à 1 545. L’année suivante, un ouvrier du métier lui fabriquait des pots, qu’il décorait ensuite d’appliques en relief, appelées par lui médailles (p. 316). Bientôt après, il trouva moyen de faire « des vaisseaux de divers émaux entremêles en manière de jaspe • (p. 319). Un peu plus tard encore (même page), c’est-A-dire vers 1347, l’idée de modeler les rustiques figulines lui fut suggérée, ainsi que cela a été démontré plus haut (p. 107), par la lecture d’un passage du Songe de Vvhjphile . Mais ce ne fut qu’au bout de quinze ou seize ans d’héroïques efforts et de misères sans nom. supportées avec un courage indomptable (id.) t qu’il fut enfin maître de la matière, et que la gloire et la fortune commencèrent A ne plus se détourner de lui (1554).
On voit clair désormais dans la vie de Palissy : seulement il s'agissait de saisir le fil conducteur pour se diriger dans ces ténèbres, l'ne fois ce fil en nos mains, l*.4rj de terre fournit les dates précises, conduit à chacune des stations du long martyre de son auteur.
Il ressort en outre de l’ensemble de ces détails :
1° One I’alissy n'était pas né dans une famille de potiers, puisqu’il ignorait jusqu’aux premiers éléments du métier, avant d’aller les apprendre à la Chapelle-des-Pots , dont il parle à la page 312 (I), et qu’il eut souvent recours, par la suite, A des ouvriers de celte bourgade, avant d’étre complètement initié aux pratiques de leur industrie;
2° Qu’il débuta par fabriquer, avec leur aide, des poteries à médaillons en relief!» analogues A celles de la Chapelle, où l’on en livrait depuis plus d'un siècle au commerce; que ces reliefs étaient obtenus A l’aide de poinçons isolés, et qu’une couche d’émail blanc couvrait probablement quelques-unes des pièces sorties alors de son four (2);
3° Qu’à ce premier émail monochrome succédèrent ces glaçures jaspées , dont les vases de la Chapelle-des-Pots nous ont conservé les premières teintes sourdes (3) ;
(1) * Je courrai trou a quatre cent pièce* d'emait et te* enrayai à une poterie dittante d'une lieu < >4 dtmie de ma demeurancc. » C’est précisément celle distance qui sépare la Cli apcIlc-dcs-Pols «te Saloirs.
(2) Palissy a fait , par la suite , quelques rares pièces i fond blanc. J’ai vu, par exemple , entre !r* muni* de M. Sipowicz, marchand d'antiquités polonais, un fragment du Dapl/mc du Christ, dont les figures sont seules de couleurs variées. Le fond du sujet cl celui du rebord sont blancs. Or celle composition est certainement postérieure & 1575.
(3) Le but que se proposa falissy en employant ce genre de glaça ru parait avoir été limitation de certains vues d'origine Inconnue, fabriqués avec des baguettes d'émail de couleurs jaspées, juxtaposées les unes aux autres , et réduites ensuite à l’état malléable , pour être moulées scion la forme de la pièce qu'ou
4'* Qu'il faut considérer, comme fabriquées avant 1 5354, les pièces rustiques sur lesquelles sont répandues des teintes encore peu transparentes. L'essor une fois pris, il donna libre carrière à son esprit inventif et introduisit successivement plusieurs perfectionnements dans son art.
De quel secours lui fut la famille de Pous durant ces quinze années de combats sans cesse renouvelés contre la faim? La question cstdiflicile à résoudre. Antoine avait senti son zèle huguenot se refroidir après la mort d’Anne de Parlhenay, arrivée en 1549 (1) et ne devait plus voir d’un bon œil le prosélyte trop ardent qu’il avait fait à son retour de Ferrure. Un second mariage avec une catholique augmenta encore cet éloignement. Leurs relations ne se renouèrent qu'un peu plus tard, lorsque le succès eut gagné à Bernart d’autres protecteurs. Il semble pourtant qu’avant do mourir, M"* de Pons l’ait recommandé à sa propre famille et à ses coreligionnaires, f.e que n’eût peut-être pas obtenu l’homme de génie fut accordé au sectaire. J’en lire la preuve de la missive, en date •lu 2*2 décembre 1555, adressée par Jean d’Aubeterre à sa sœur Antoinette, mariée au sieur de Soubise, laquelle a été publiée dans les Lettres écrites de la Vendée à M. Anatole de Montaiglon, p. 46. On le dit, dans celle missive, chargé, avec Philebert Hamelin, PapiMre du protestantisme en Saintonge, de régler un différend survenu entre le sieur de Soubise et ses vassaux. L’éloge qu’on y fait de sa droiture et de sa capacité indiquent assez qu’on ne le considérait pas, chez les L’Archevesque, commme un indifférent ou un inconnu. A propos du premier devis de la grotte des Tuileries, j'ai émis, du reste, dans la brochure qui vient d’être mentionnée (p. 53). l'opinion que notre potier avait connu Jean de Farthcn.iy et avait été recommandé par lui à Catherine de Médicis.
Les persécutions contre les protestants et les troubles de l’an 1562 vinrent lo soumettre i\ d’autres épreuves. Ses convictions protestantes, trop affichées au grand jour, lui attirèrent la haine des fanatiques du parti contraire, ayant il leur tête le doyen du chapitre de Saintes. Il eût infailliblement péri sur un bûcher sans Anne de Montmorency, pour le compte duquel il était occupé A une grande œuvre rustique (2), dans un atelier bâti aux dépens du connétable, proche une lourdes murailles de Saintes dont l’intérieur lui avait
voulait exécuter. M. Gaudin , avocat à Saintes, possède un de ces vase* presque complet, qui a été retiré des soldes de la Charente.
Palissy a continué , durant toute sa vie , la fabrication des poteries avec émaux uniquement jaspés ou avalisés. On les trouve assoi rarement. Ce sont en général des pièces de petite dimension, et surtout des lianaps. Ou connaît les beaux plats de celle couleur avec bordure» d'arabesque» courante». Il» tout plus communs que le» pièce» précédente».
(1) « il (Jean de Parlhenay L'Arebevesquc , «leur de Soubise) porta un merert/feux regret du déetz de «a mère (Michelle de Saobonue, dame d’honneur d'Auoe de llreiagne et de Henée de France) rl d'abondant eut tout <i un coup t ennui/ de la perte de madame de Pons, ta soeur. qui estait morte ri Puni d’un cancer, cinq jours avant sa mère, tetlrmenl qu’elle» ne surent point la mort lune de l’autre. » — Mémoires de U vie de Jean de Parlhenay L’Arcbevcsqne, sieur de Soubiae, |»ar François Vltto,
(2) Cette œuvre était destinée au chiteau d’Ecoueo, maison de plaisance d'Anne de Montmorenc> .
été abandonné. Son nouveau protecteur, non plus qu'une sauvegarde accordée par le duc de Montpensier, el les recommandations des sires de Pons , de Burie (1), de la Rochefoucault et de Jarnac, ne purent P empêcher d’élre conduit devant le Parlement de Bordeaux, emprisonné et menacé de mort comme fauteur d’hérésie. Tl fallut l'intervention directe de la reine mère pour le faire rendre A la liberté, tandis que le sire de Pons et sa nouvelle femme (2) sauvaient son atelier d’nnc ruine totale. La paix d’Amhoise du 22 mai 1563 lui permit enfin de recommencer ses promenades solitaires sur les bords de la Charente et d’aller écouter les chants religieux des vierges sous les aubarées (3).
Quelques mois après, il fil imprimer A la Rochelle, chez Barthélemy Rerton , sa Recette véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre <i multiplier leurs trésors, opuscule écrit depuis un certain temps, niais évidemment retouché sous l’influence des persécutions qui venaient de le frapper. Il y intercala une rédaction plus étendue du projet de grotte présenté en 1501, dont j’ai retrouvé le manuscrit portant une note de la main de Catherine de Parthenay.
La marque placée sur le titre de cet ouvrage a donné lien aune controverse, longtemps prolongée , sur l’origine de l’emblème qu’elle porte. Indépendamment de toutes autres
preuves, il en est deux de nature A en enlever l’invention et la propriété à Palissy, savoir: sa présence dans l’édition des Emhlhnes d’Alciot de 1553; son emploi par l’imprimeur Ber Ion, qui se l’était approprié, sur les titres de plusieurs antres volumes étrangers au potier de Saintes. On en fit plus tard fréquent usage. Je le donne tel qu’il est empreint sur un plat à reliefs de la fin du xvi" siècle, conservé au musée de Sèvres {4}.
{Il Charles île Concis, sieur de lia r?e. avait été chargé de prêter main-forte au Parlement de Bardeau* pour arrêter les progrès du calvinisme en Sain longe, [DtoçrapMe laintongeoite, par Raingnet.)
(2) Marie de Hontchenn, dame de Gucrcbevillc.
(3) Httepie véritable, p. 13. — Une rue de Saintes porte encore ce nom d’Aubaréc.
(4) Il vient de la collection de M“* de La Saveile.
^imprimeur de Y Histoire universelle de d'Aubigné s’en est servi; il appareil, entouré de la devise : spes sûla dat vires, au revers do la médaille de Jérôme de Yillars, archevêque de Vienne.
De 1563 au mois d'octobre 1567, époque à laquelle sa présente à Paris est attestée par un document qu’a trouvé M . Jourdan , juge d'instruction à la Rochelle (1), il y a pénurie de renseignements sur Palissy. A peine si les comptes d’un bourgeois le montrent, en 1364, toujours besoigneux et faisant un emprunt (2). 11 est seulement évident que le séjour passager de la cour à la Rochelle, au mois de septembre 1565. vint l'enlever à un milieu où il se trouvait désormais mal â l’aise, pour le conduire sur un plus vaste théâtre.
L’entrée de Charles IX dans la future capitale du protestantisme donna lieu â des fêtes, où l’on déploya, selon l’habitude du temps, un grand luxe d’allégories, destinées â prouver au monarque la fidélité de sujets qui n’attendaient qu’une occasion favorable pour entrer en pleine révolte contre lui. Il est assez probable que notre artiste prit part à la composition de cette mise en scène ; mais les renseignements, trop peu précis, fournis par Amos Barbol, ne permettent pas de l'affirmer. Ils donnent cependant un détail qui vient à l’appui de ce que j’ai dit précédemment de l’emploi du croissant, comme emblème de Catherine de Mcdicis, après la mort de Henri II. A l’un des carrefours de la ville, on avait dressé un théâtre paré de verdure et de rameaux fleuris, où étaient plusieurs jeunes filles richement vêtues. L’une d’elles représentait la déesse Diane et portail sur sa tête un large croissant. Ses compagnes, habillées en nymphes, avaient aussi des croissants sur le front. On y voyait de plus leurs armes peintes, entourées du même emblème, avec la devise ; sic chescant in lues. Nous verrons plus loin des faïences, exécutées sous Henri III pour la reine mère , porter encore ces souvenirs du règne de l’cpoux de cette princesse.
Une plaquette in-4°, imprimée chez Barthélemy Berton, et ayant sur son titre la devise ; povreté empechb les rons espritz de parvenir, nous a conservé les vers latins que l’aYocat Jean de la Haize fit à l’occasion de la venue de Charles IX à la Rochelle. Il en existe un exemplaire relié en veau noir, avec un croissant couronné sur chacun des plais. Il a dù être- présenté à Catherine de Médicis.
Quel qu’était le rôle de Palissy dans celte circonstance, il est hors de doute qu’alors eut lieu la présentation de sa personne au roi et à la reine par le connétable , et qu’il ne tarda pas à prendre le chemin de Paris. Il avait prés de soixante ans lorsqu’il vit se réaliser le rêve de toute sa vie.
Le voyage des rives de la Charente à celles de la Seine ne dut pas être infructueux pour ses études géologiques. Jusque-là il n’avait visité que les régions méridionales de la
(5j lettres à M . A . de MontaiQton , p, 54.
(S) ld ., même page.
France, où il était retourné encore une fois, postérieurement À 1555 (1), et celles situées au-dessous de la Loire, y compris Tours (2). Divers événements allaient survenir qui lui feraient connaître d’autres contrées. Le plus grave fut la Saint-Barthélemy, qui parait l’avoir forcé de quitter momentanément Paris, où il courait des dangers. Il se rendit à Sédan, chez Henri-Robert de la Marck, duc de Bouillon, protecteur ostensible des protestants. Ce prince était gendre du duc de Monlpcnsier, qui, lors des premiers troubles, avait déclaré inviolable son atelier de Saintes. A la même époque, eut incontestablement lieu son excursion sur les bords du Rhin, excursion placée par certains Allemands au début de la carrière de notre artiste, afin de sc donner occasion de prétendre qu’il aurait emprunté une partie de ses procédés de potier et, qui plus est, son style à Hirschvogel de Nürnberg. Cette assertion, dénuée de tout fondement, comme l’établissent les dates (3), a surtout clé ébruitée en ces derniers temps par le Guide de l'amateur de faïences, de M. A. Demmin.
Rendu à cette dernière phase de l'existence de l’alissy, j'abandonne à un chercheur plus compétent et mieux placé que uioi le soin de découvrir les documents propres à la bien faire connaître, et je me renferme plus étroitement dans les limites de mon sujet. Mais, avant d’arriver é la description de ses poteries, il importe de déterminer la place qu'il convient de lui assigner dans l’art. Sans m’arrêter aux idées reçues parmi les amateurs de faïences, j’oserai dire toute ma pensée.
Palissy ne fut, selon moi, qu’un très médiocre artiste. Son œuvre, réduit & ses véritables limites. offre assurément, au point de vue céramique , un intérêt considérable; certaines pièces, surtout les rustiques bien réussies, faites avant sa venue à Paris et qui lui appartiennent en propre, ont un cdté d’originalité très tranché, un aspect plus mâle que les faïences d'Oiron : mais j’ai beau les regarder avec l’œil le moins prévenu, je n’y trouve rien du souille puissant qui anima les grands maitresde la Renaissance. L’ouvrier in’apparalt seul, ne cherchant même pas à franchir les limites qui le séparent de l’art véritable. On aura beau dire que ses compositions capitales sont détruites. Ce qu’il raconte de l’ordonnance de s»» grottes ne nous en fait pas regretter la disparition pour sa gloire. En effet, qu’estime-t-il le plus, lui-même . dans ses ouvrages? N’est-ce pas l'invention de ses émaux ? les difficultés vaincues pour arriver é la pondération complète des divers éléments employés? la conduite des fourneaux en praticien consommé? Demandcxlui sa profession . il répondra ; inventeur des rustiques figulines ; rien de plus. — Les exigences de la mode commandent-elles l'introduction de la ligure humaine sur sa vaisselle de terre? Il s’adresse au premier venu, encastrant aujourd’hui, à travers scs testions ,
(1) Œuvres de PtUUsy, p. 9t.
(2) Œuvres de PnUtty, p. 17 fl 58.
(S) Palissy parte maintes fois «le Sedan fl des contrées situées tors le Rhin , dans les traités puhtiés seulement en 1580. Il n’en est pas fait, au contraire, une s«iile rois meut km dans son volume de 1563, ni), citant les fleuves qu'il connaissait alors (p 58) , il ne donne les noms que de cous situés en deçà de b Loire.
une admirable Madeleine repentie , prenant demain des surmontés sur l’orfèvrerie de de Briot, employant un autre jour je ne sais quelle médiocre copie d’une estampe ou d'un chef-d’œuvre renommé. — Si Pal issy n'avait pas d’autres titres de gloire, et de plu* grands, à l’estime de la postérité, j’éprouverais peut-être quelque hésitation à m'exprimer avec autant de liberté, surtout en présence de ses efforts surhumains pour arriver à produire celles de ses œuvres que je me permets de critiquer. Mais, avec un homme de cette taille, les réticences sont superflues. Je formule donc mon opinion sans rien celer. IS’ai-je pas prouvé, du reste, que l’invention même des rustiques ligulines est sortie d’un cerveau autre que le sien? — Qu’on se donne lu peine, je le répète, d’ouvrir le Songe de Polyphile, de François Colonne, imprimé pour la première fois à Venise par Aide Manuce, en 1499: l’on y trouvera nettement exprimée l’idée de faire servir la représentation au naturel des animaux, plantes et coquilles, dont il a fait plus tard usage , <ï h décoration intérieure d’un édifice. Là, il a puisé l’ordonnance première de ses faïences, et tous les éléments de l’architecture de ses grottes, l’ne traduction française de ce livre parut en 1546, un an avant l’époque que l'Art de terre indique comme étant celle où il commença à produire des pièces rustiques. Or Pal issy a connu le livre du littérateurartiste italien; il n’en fait pas mystère, puisqu'il le mentionne dans la dédicace de la Recepte tcriiable au maréchal de Montmorency (p. 4). Son rôle consista donc à exploiter, d'une façon originale, l’idée d'autrui; A prendre son bien où il »e trouvait. Les extraits du Songe de Polyphile, donnés au paragraphe X du chapitre consacré à la fabrique d’Oiron, fournissent la preuve irréctisaLde de ce que je me contente d’indiquer ici, afin d’arriver plus vite à l'examen des faïences du maitre (1).