‹ L'art de terre chez les PoitevinsChapitre 29 sur 57 · IMITATEURS DE PAL1SSY EN SAINTONGE · texte numérisé non relu

IMITATEURS DE PAL1SSY EN SAINTONGE

Ce serait m'aventurer en des régions inconnues que de rechercher les divers ateliers du royaume d’où sont sorties des imitations vulgaires des faïence» de Palissy. La nomenclature en serait plus longue qu'on ne le pense généralement. Paris surtout et ses environs, Fontainebleau, certaines localités du nord, d’autres de Normandie, qui avaient commencé antérieurement à produire force épis et crêtes de toitures, du centre de la France, de Poitou, de Saintonge, etc., fourniraient un large contingent, qu’on saura trier tôt ou tard pour restituer à chacun ce qui lui revient dans ce fonds commun. D'autres porteront l’ordre où il y a présentement confusion apparente. Ma part est plus modeste : je ne franchirai pas les limites de la Saintonge et du Poitou.

Parlons d'abord de la première do ces provinces , la mère patrie du genre de poteries qui nous occupe.

La C.Hii>fUXK-i>£*-PoTS. — La plus ancienne et la plus importante de ces fabriques est celle de la Chapelle-des-Pots , à quelques kilomètres de Saintes. Ce fut là, nous l’avons vu. que Palissy apprit les premiers éléments du métier, et qu’il laissa ensuite quelquesuns de ses procédés. Il a été souvent question de ses faïences, mais on n’a jamais signalé les caractères distinctifs qui servent à les reconnaître. Ces caractères sont de cinq sortes : I* le ton jaunâtre et parfois rosé de la terre, selon le degré de cuisson , son grain peu fin et sa propension à s’exfolier: — 2" le choix des reliefs, consistant de préférence en mascarons, oiseaux, lions et animaux divers, fleurons, fleurs de lis isolées, armoiries entourées de couronnes de feuillages, imprimés à l’aide de poinçons séparés, d’un dessin souvent très incorrect, et grossièrement exécutés; — 3° le ton sourd des émaux égalisés où se mêlent le brun violacé, le bleu, le vert et le blanc tirant sur le jaune; — 4° les mouchetures vertes et du même ton brun violacé qui couvrent le dessous des pièces ; — 5* la façon dont sont formés les cheveux des mascarons de haut relief et des statuettes, qu’on a simulés A l’aide d'une multitude de petits lils de terre fixés un à un. Souvent aussi on trouve des vases de formes identiques et ornées des mêmes estampages , dont une couche d’émail vert couvre la superficie tout entière. Les surmoulés de plusieurs faïences de Palissy

sont couverts do ce vernis, le même qu'on employait au moyen-âge sur les vases sigillés de la Chapello-des-Pots.

On y a fabriqué une foule d'objets : plats , assiettes , surtouts et cloches de table , en forme de femmes vêtues de vastes jupons découpés A jour, buies à double fond, pois trompeurs, écuclles à boire en forme de sabots de paysanne (1), barils, sébiles, bénitiers, lampes , chandeliers , jouets d’enfants , statuettes de la Vierge et de saints , costumes et caricatures, etc. La fabrication en a continue, dans cette donnée, jusqu'au milieu du XVII* siècle, et peut-être au delà. On y fait encore aujourd’hui beaucoup de poteries communes. De nombreux fragments de vases défectueux et mal cuits, des xvi* et xvii* siècles, recueillis dans les tranchées opérées à la Chapelle-des-Pots, et sur lesquels se voient las mêmes figures que sur les pièces intactes, m’ont surtout fourni les indications précédentes. Elles peuvent donc être acceptées comme certaines. La plupart de ces fragments m’ont été communiqués par M. l’abbé Lacurie, chanoine de Saintes, bien connu des archéologues par ses nombreuses éludes sur la contrée qu’il habite, et par M. Gaudin, avocat de la même ville, qui a recueilli une nombreuse collection de poteries. M. de la Morincrie, chef de bureau à l’hôtel de ville de Paris, possède un mascaron de faune , vierge encore de l’émail, qui a la même provenance.

S’agissait-il de produits de la Chapelle-des-Pots ou d’autres sortis de la fabrique de Brizambourg, dont il va être question tout à l’heure , dans la lettre qu’écrivait Balzac, le 10 août 1638, à l’abbé Sennct , théologal de Saintes?

« Monsieur,

» Il ne me fallait que deux bassins de terre cuite , et j’ay reçu un plein cabinet de belles choses . ...... Je le dis sans exagération, et tous savez bien que j’ay renoncé pour

jamais d l’hyperbole : ni le bouclier d'Achille qu' Homère a décrit, ni les autres riches descriptions des autres grands poètes , ni la thèse que d'Orléans dédia autrefois à monsieur le cardinal de la Valette, ni tout ce que je vis jamais de plus divers et de plus historié dans le monde, ne l'est point tant que ce que vous m’avez fait la faveur de. m'envoyer; et dites après cela, pour diminuer la valeur de votre présent, que ce n’est que de i argile / •

Tout cela, dit sans hyperbole, sans exagération, est de nature à piquer la curiosité. Quels étaient ces bassins si artistement historiés? ces pièces de terre cuite destinées à figurer dans un cabinet d’amateur? Balzac s’y connaissait : il n’eût pas parlé avec tant d'enthousiasme d’œuvres médiocres. Je ne serais donc pas éloigné de croire que le théogai de Saintes lui eût fait présent de faïences originales de Palissy , cl non de simples poteries des derniers imitateurs de ce grand homme.

Brizambourg. — Non loin de la même ville de Saintes, existait autrefois une seconde

(I) M. Gaillard de la Bionnerie, procureur Impérial S Givra j (Vienne), possède deux de ces Quelles, qui sont fort intéressantes. Elles ont été trouvées à Saintes, dans le lit de la Cliarcnir.

faïencerie, celle de Brizambourg, domaine des Gontaut-Biron , sur laquelle j’ai recueilli des renseignements non moins précis. Voici d’abord on document écrit qui donne le nom du maitre de la fabrique en 1600 :

« Aujourd'hui, troisième jour du mois de mars de Fan mil six eentx, parderant le notayre royal soubszcript, s'est comparu sire Estienne Sennet, marchand , demeurant en ceste ville de Saintes, lequel, au nom et comme procureur de Enoch Dupas , maistre facncier de Brizambourg et y demeurant, a déclaré qu’il est appelant et a de fait appelé , au dict nom , du jugement donné par le commissaire du siège présidial le vingt et neuviesme du mois de febvrier dernier, entre le dict Enoch Dupas, demandeur, contre noble René Arnaud, escuyer , seigneur de la Garenne, demeurant d I.uchat, depbiteur de la somme de six vingt escuz, prix et rayson de vaisselles impressées de ses armes , modérée par le jugement d celle de soixante et quinze escuz , que le demandeur n accepte, et du dict appel a requis acte, qui luy a esté octroyé par le dict notayre , pour luy servir au dict nom, et que de raison . Faict et passé les jour et an que dessus, avant midtj, an logis de maistre Jehan Hichard, ehapellain de la chapelle des Guillebaud, présents à ce appelez noble Jacques Maron, escuyer, seigneur delà Croix, et Loys Dupas, marchand, demeurant d Chermi gnac ; et ont signez avec le notayre : E. Sennet, Jacques Maron , Jehan Richard, Loys Dupas , H. Moreau . notayre royal. »

On voit par là que la manufacture de Brizambourg existait avant 1603 , époque à laquelle le président Hénault ot certains antres historiens prétendent qu'eut lieu sa fondation par Henri IV , assertion reproduite par Brongniart.

M. l’abbé Lacurie m’a donné un spécimen, probablement authentique, de ces faïences impressées de Brizambourg. C’est 'un plat long de 0“ 63, dont l’intérieur du fond est décoré de courants de feuillages , perles et stries, imprimés en creux, l’n émail agalisé. â peu prés de même couleur que celui de la ChnpcIle-des-Fots, mais d’un ton plus chaud et plus vif, couvre l’intérieur, tandis que le dessous présente partout une teinte verte, caractère distinctif de cette fabrication. Un second plat , un peu plus ancien et de meilleure qualité, était déjà venu en mes mains. Il est divisé en dix compartiments ovales, disposés autour d’un godet rond, et que séparent les uns des autres des lignes de petits fleurons en relief, terminées par une fleur de lis. Les émaux, les verts surtout . sont beaucoup plus éclatants que ceux de la pièce précédente. La terre de ces deux poteries est blanche et d’un grain assez lin.

D’autres fabriques ont probablement existé dans le bassin de la Charente; mais je n’ai aucun renseignement sur elles. On sait vaguement qu’il y eut , à la fin du xvi* siècle , une faïrnrcricàSainles(l). Il sera question plus loin de celle quiy fonctionnait cent ans plus tard.

(I) Un passage de l'.lrt de terre, de Palissy, dont j'ai déjà fait mention (p. 312 de l'édition de Cap), démontre qu'il n*; avait pas mémo de fabrique de poterie* vulgaire* i Sainte* au moment où il faisait scs

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