‹ L'art de terre chez les PoitevinsChapitre 30 sur 57 · IMITATEURS DE PALISSY EN POITOU · texte numérisé non relu

IMITATEURS DE PALISSY EN POITOU

En Poitou, les imitations des poteries de Palissy furent aussi nombreuses qu’en Sainlonge. La première qu’il faille mentionner, après la faïencerie d’Oiron, est celle de F 011 tenay-le-Comte.

Fontenay-le-Comte. — Lorsque Palissy vint en cette ville, au mois de juin 1555, il se trouva dans un milieu conforme à ses goûts (1). Parmi les hommes distingués qu’il y rencontra, il faut citer en première ligne le sénéchal Michel Tiraqueau, digne fils du savant jurisconsulte ami de Rabelais, et grand amateur d’objets d’art, d'histoire naturelle et d’antiquités, qui le reçut, quelques années plus tard, dans sa belle demeure deBelesbat (2). Il y connut aussi Sébastien Collin , médecin naturaliste adonné à l’étude des plantes (3). Ce dernier était calviniste et avait quelques relations avec Antoinette d’Aubetcrre, dame de Soubise (4). C’était plus qu'il n’en fallait pour que ces deux hommes se sentissent attirés l’un vers l’autre. Palissy v impénétrable pour tous quand il s’agissait des secrets de son industrie, fit-il une exception en faveur de Collin ou se contenta-t-il de lui transmettre des procédés déjà répandus parmi les potiers des environs de Saintes? Toujours est-il que, trois ans après , le médecin fontenaisien se mit à la tête d’une fabrique de vaisselle de terre. L’acte d’association passé entre les parties contractantes constate te fait, sans nous initier complètement aux secrets de leur fabrication (5).

premier» «sais, puisqu'il était obligé d’aller tes porter cuire k une lieue et demie de là, à la Chapelle- des- Pots. L'inventaire des meubles que laissa k sa mort Suzanne de Lezay, femme d’ Agrippa d’Aublgné, dressé

k* 8 janvier 1597, porte pourtant celle mention : deux grands a quiers de terre de S'iinclci 6 quarts. S'il

s’agit réellement de poteries fabriquées dans cette ville . Il faut admettre qu’il a’y était établi on four «tans la seronde moitié du *vn« siècle.

(t) lettres de AI. À. de Montaigton. p. Ci. Il se trouvait k Fontenay au moment de la foire de la Saint- Jean, l’une des plus renommées des provinces «le l'Ouest. C'était probablement pour y débiter ses faïences qu’il y était venu, quoiqu’on ne puisse l'affirmer. Nous savons seulement qoll fut alors caulioo d’un certain Pierre Beyoaud, marchand k Saintes.

(S) Voir les Œurrrs poétiques d'André de Rivaudeau, et les Lettres à .H. A - de Montaigton, p. 61.

(3) Auteur de la Déridi'affoii des abus et tromperies que font tes apothicaires, k taqucUe on répondit par la Déclaration det abus et ignorance des médecins, avec dédicace k Claude GouflSer, pampblet fort médiocre, attribué, sans aucune vraisemblance, k Bernard Palissy. — Ce n'est pas non pins k Collin que fait allusion ce dernier dans son Traité de l'or potable, mais bien k un médecin aux urines de Luçon. du nom de Baptiste Galland, dit Alarcou, si l'on en croit La Fontenelle de Vaudoré.

(A) Il lui dédia, en 1558, l’ouvrage intitulé : L'ordre elle régime qu’oit doit garder en ta cure des fièvres. (Poitiers, Enguilbert de Maroef, iii-8*.)

(5) Lettres «i V. de Montai glon. p. 63.

« Aujourd'hui/, en la court du scel estably aux contracts de Fontenay le Comte pour le roy nostre Sire , ont ete' présens et personnellement estably en droit, sire Benoist Durand, maistre potier de terre , et sire Gilles Cardin, maiefre /anneur, plage et caution du diet Durand ; Abraham Valloyre, potier ef estaing, et Dydierde Maignac, painctre-eerrier , natif de la paroisse de Bourganeuf, en la Marche, et de présent estably au dict Fontenay , d'une part; et honorables hommes, M* Sébastien Collin, docteur en médecine, et Jacob Bonnet, physicien, (T autre part; entre les quelles partyes a esté faict et convenu ce qui sensuyct; c'est assavoyr que les dicts Benoist Durand, o le dict Cardin, son pleige. Abraham Valloyre et Didier de Maignac s'engagent à fornir et donner leurs soins, temps et labeurs, chescung d'iculx sel Dm et en rayson de son mestier et industrie, et les diets M r ’ Collin et Bonnet en la fasson et manière ci-après expousée, pour l’establissement et la conduycte d'un four à euyre vaisseaux de terre de Faye-Moureau et la Roche, et vendicion d'iceulx vaisseaux ; et, pour ce, le dict M* Collin a dcsclaré et desclare délivrer la joyssance d’une maison, sise au faubourg des Loges, o son verger entre la dicte maison et le foussé des Hors (jardins), tauxée au prix de ferme de dix escus, et impétrer T obtention et donner tous soins et diligences 4 la délivrance des privilèges et oetroy de faire et bastir le dict four, et mestre en vente les dicts r aisseaux de terre; et le dict Bonnet a proumts et proumet bailler et fornir, les présentes signées, les ingredicns et segrets des tcinctures à Dydier de Maignac, painctre sus nommé; dont et desquelles chouses susdites les dictes partyes, à leurs requête et consentement, ont esté jugées et condamnées par nous Nicolas Misère et Guillaume Joly, notaires jures d’icelle, d la jurisdiction de laquelle se sont soubzmises et se soubxmettent et tous leurs biens, quant ad ce, et acons déclairé es partyes les présentes estre subgectes à insinuer es greffes des insinuations, suyeant le règlement de monsieur le seneschal de Poictou, en date du kuictiesme de mars mil cincq cens trente et ung . Faict et passé au dict Fontenay, le vingt huicticsme jour de septembre, l’an mil cincq cens cinquante et huict.

» Pi. M ISERE. n ,e . f». Joly, n". »

Mais le nerf de toute spéculation manquait; les associés le comprirent aussitôt. Dès le

lendemain, intervint un autre acte, réglant l’apport en argent de chacun d'eux, sauf celui du peintre-verrier, apport qui s'éleva à 265 écus. Les outils et engins livrés par Durand et Valloyre leur tinrent lieu d’espèces sonnantes, et furent estimés soixante-quinze écus et un tiers. Je ne possède pas le texte de ce second document, mentionné seulement dans la transaction opérée lorsque l’association fut dissoute.

Sébastien Collin, le bailleur de fonds de l’entreprise, fut obligé de venir plus d’une fois au secours des trois industriels, chargés plus spécialement de la diriger. Au dossier se voit, par exemple, une quittance de dix-huit ccus, à lui donnée par eux le 21 mars 1561. Ce ne fut pas sans doute le seul emprunt fait A sa bourse.

Quelle était la nature des terres de Faymoreau et de la Roche que les associés exploitaient ainsi? Toutes mes investigations à cet égard ont été jusqa’ici sans résultat. J’ai toutefois constaté que la contrée oü ces localités sont situées, et dont le sous-sol recèle des mines assez riches de charbon de terre, possède des dépôts nombreux d’argiles propres à faire de belles poteries. Le kaolin s’y rencontre aussi en abondance.

Les guerres de religion, la mort de Jacob Bonnet, le physicien, et celle de Benoist Durand, le potier, firent avorter l’entreprise. La liquidation se fil le 15 avril 1566, par acte passé par-devant les notaires Jacques Pichard et N. Misere. Par suite de cette transaction, Sébastien Collin reprit purement et simplement sa maison, et reçut une cédule de 27 écus, plus quelques meubles. Abraham Valloyre, le potier d’étain, qui avait touché diverses sommes, s’élevant à 165 écus, dut en rapporter 49, qui furent remis au peintre Didier de Bflaignac, auquel échut en outre la plus grande partie du matériel de la fabrique : « fours, formes, patrons et vaisseaux de terre axurins et marmores. • Quant aux héritiers de Jacob Bonnet, tous comptes faits, il ne leur revint que 7 écus, et ceux de Benoist Durand, le directeur de l’entreprise, s'engagèrent à solder plusieurs créances, entre autres 72 écus dus A Macé Robin, maître maçon, qui avait construit, en 1559, le four et divers appentis, et qui n’avait pas été payé de son travail depuis cette époque (1). Il ne parait pas qu’on se soit beaucoup hâté de désintéresser le maçon; car, le 3 août 1570, un sergent porta sommation A tons les associés ou A leurs ayants cause, sauf A Didier de Maignac, qui était mort ou parti de Fontenay, de régler enfin ce compte, arriéré depuis onze années (2). Il ressort, de l’ensemble de ces indications, que la comptabilité n’était pas tenue régulièrement et que Durand conduisait tout selon son bon plaisir.

La mention de vaisseaux de terre axurins et marmorés jette quelque jour sur les procédés de fabrication et sur le genre des produits de l'officine. Les émaux bleus et marbrés devaient être d’un bon effet, le dernier surtout, qui donnait sans doute A la vaisselle un aspect analogue à celui de certaines pièces de Palissy.

(1) Expédition de l'acte original, délivrée le 3 aoûl 1570.

(2) Sébastien Collin mourut vers 1581.

J’avais d'abord cru que la fabrique de Fontenay s'était éteinle après la liquidation de 1566, mais j'ai recueilli depuis quelques mentions de nature à faire supposer que la famille Valloyre en aurait rallumé le four. Je trouve, en effet. Abraham Valloyre, qualifié potier de terre , dans un acte du 8 juillet 1581 , relatif A la vente d’une maison située dans la rueSainte-Cathcrine-des-Logesou de la Caillère, c’est-à-dire près de l’église Saint-Jean. Un certain Nicolas Valloyre était encore potier dans notre ville en 1609. Il ligure dans un acte d’assemblée des gens de métiers, réunis, cetle année-là, pour mettre obstacle à une mesure fiscale.

>1. Riocreux croit avoir trouvé un spécimen de la fabrication fonlenaisienne dans la coupe couverte d’un émail bleu marbré mélangé d’une légère teinte de brun, que je reproduis, Sa forme a été empruntée à l’une de ces pièces en verre de Venise . comme on en rencontre dans plusieurs collections. J’en possède une fort belle , qui diffère seulement de la faïence du musée de Sèvres par le galbe des anses. Quant à l’âge de cette dernière, je ne puis la faire remonter plus haut que la fin du règne de Henri III. Elle pourrait donc être l’oeuvre de l’un des Valloyre.

Ai* a km o.\r. — Il y a pénurie encore plus grande de renseignements sur les produits d’une autre fabrique de poteries, qui s’établit en Uas-I'oilou presque en même temps que celle de Fontenay-lc-Comte. Des lettres patentes de François II , accordant un privilège aux créateurs de cette manufacture , voilà tout ce qui nous en reste.

« Françoys, par la grâce de Dieu . roy de France , à tous ceulx qui ces présentés lettres r erront, salut. Nos bien âmes le sieur de la Brossardière et Benoist Georget nous ont faict remonstrer qu'ils ont cy-dctant estaùly en lieux proches le bourg et paroisse d’Aspremont, pays du Poicton , fours à fabriquer bouteillages de terre blanche, laquelle fabrique leur a cousté jà grands frais et coustcra encore grandement pour les bastisses et conduits d’eaue, que pour les ouvriers domestitiues qu'il leur convient avoir à gages; ils craignent et doublent qu' après avoir dressé le train d’icclluy mestyer, aultres de nostre pays de Poictou le voulussent semblablement dresser et contrefaire vaisseaux de bouteillage , et, par ce moyen, frustrer tes exposants de leurs frais et mises, et leur faire advenir perte et dommage ; pour à quoy remédier, et sur la requeste de notre bien aimée cousine madame de Piennes (i), qui nous a humblement requis favoriser le dict sieur de la Brossardière , ftous , de l’avis de nostre conseil, roulant favorablement traicter les dict» exposons, d’auhant que le dtet sieur de la

(1) Ce doit Être Aiiue Chabot , femme de Charle d'Ikhvin , sirur de Plcnnes, dame d'honofur de Marie Stuart, Clic était fille «Je Ptiili|«|ic Cliabol, fcW'iir de for km et d'As|>rr‘n»»»t. amiral de France, et de Françola»* de Longwjr,

Brossardière est homme ydoine et expérimenté es arts de dessing, alchemye, coccion de terres et aultres intentions de grand labeur, et que le dict Georget a de longtemps praticqué son mestieret a secrets particuliers d ce faire, mandons et enjoignons, par ces présentes, à nos lieutenant, gouverneur, senéchaulx et aultres représentant nostre personne es pays de Poictou , qu'ayez à permettre, comme nous permettons, par ces présentes aux dicts exposons qu'ils vendent et fassent vendre, sans cmpesehements, par tout nostre dict pays de Poictou les bouteillages de terre blanche, sortis de leurs dicts fours , faisant inhibition et deffense 4 tous pottiers et trafiquons cCicUuy pays contrefaire et mettre en vente bouteillages , sans le congé exprès du dict sieur de la Brossardière, avant le temps et terme de dix ans, après que le train et fabrieque d'iciluy sera dressé, sous peine de deux cents escus d'amende, de laquelle somme moitié nous appartiendra et moitié aux dicts supplians , et de confiscation des bouteillages expouses. El, /tour ce que de ces présentes les exposants pourraient avoir affaire es plusieurs et divers endroietz , nous roulons que au tndimus d'icelles, sous scel royal ou de l’ung de nos notayres et secrétaires signé, foy soit adjoustée comme au présent original.

>* Donné 4 Fontainebleau , au mois de juillet fan de grâce mccccclx , et de nostre rfgne U deuxième. , p ar h Roy „ con , til .

» Bourdin. *

J’ai trouvé une copie défectueuse, prise sur un vidimus de 1563, de ces lettres patentes, dans l'étude de M. Orilhon, notaire à Saintes. Une ordonnance du lieutenant général de cette ville, en date du 13 février 1586, enjoignant de faire le dépôt de la pièce, apprend que Benoist Georget était de Saint-Sorlin, bourg situé à quelque distance de Marennes, en Saintonge. Du temps de Palissv, on lirait de ce lieu de l'argile pour faire de la tuile (1).

Quant au personnage désigné, dans les lettres de François II, sous le titre de S r de la Brossardière, et qui fut l’associé de l’ouvrier sainlongeois. il n’est autre que Julien Mauclerc, seigneur de Ligneron (paroisse d’Apremont) et de la Brossardière (paroisse de Coéx), gentilhomme protestant, dont ou a un livre d’architecture imprimé à Paris en 1648. très longtemps après sa mort, par les soins du graveur Pierre Daret, qui était devenu propriétaire des planches, exécutées jadis par René Boivin. Voici le titre de cet cuivrage : Traittéde l' architecture suivant Vitruve, où il est traité des cinq ordres de eolomnes desse ignés par maistre Julien Mauclerc, sieur de Ligner on- Mauclerc, la Brossardière

et Homanguis ; le tout représenté en cinquante grandes planches en taille douce

in-f®. En télé se trouve un fort curieux portrait de l’auteur, gravé sur un dessin de sa main. U est représenté mesurant un globe terrestre, sous une arcade de style rustique, décorée de bas-reliefs, sujets emblématiques, inscriptions et armoiries, ayant rapport aux goûts, croyances et alliances du personnage. On y lit : Foy, Espérance , Charité, Pru-

(1) Rercpte véritable, p. 40.

dence, Tempérance, Force et Justice; — Astrologie, Grammaire et Rhétorique; — Géométrie et Musique; — Dialectique et Arithmétique. En un mol, c’est presque la répétition, comme idée, du plateau de l'aiguière de Briot. Des bas-relief*, sur lesquels on voit les Grâces et les Parques, décorent les assises inférieures du monument. — Au-dessus de la tête de Julien sont gravés ces deux vers :

En fuyant oisiveté

Jo acquiers immortalité.

Tout à fait au haut du portique, on voit deux mains tenant, l*nnc une épée, l’autre un compas, avec la belle devise : PnF.sT a tovt faire. — Enfin, au bas, est écrit : Première planche des œuvres de architecture de Julien Mauclere, gentilhomme poitevin, seigneur du Ligneron-Mauclerc, contenant sa devise et chiffre, en l'an de son aage 53, de son invention, despeinte de sa main et parachevée d'estre taillée au burin au mois de septembre (566. A droite est un monogramme, composé des lettres I. B., qui ne peut être celui de René Boyvin, comme on l‘a prétendu. Une copie in-folio de ce portrait a été faite au xvn* siècle par un anonyme. La partie architecturale a été remplacée par une contrefaçon de celle d'un portrait de Vignole, gravé vers la même époque.

Celte planche est, à elle-seule, toute une biographie. Elle fournit même la date de la nuissance de notre architecte-potier, lequel, ayant eu 53 ans en 1566, avait, par conséquent, reçu le jour en 1513. L'avant-propos du livre apprend en outre qu’il avait suivi la carrière des armes sous Henri II. S'étant marié avec Pierrette Du Jardin, il se relira au petit manoir du Ligncron, où il établit probablement sa fabrique de boutcillagcs, nom qui devait servir à désigner ces vaisseaux, en forme de gourdes, propres à mettre les liquides, dont on a fait un si fréquent usage au xvt° siècle. Lu terre blanche employée venait sans doute du Fenouiller, localité peu éloignée, oû abondent le kaolin et les dépôts d'argile.

La date du document qui nous a donné connaissance de la fabrique d’Apretnoul n’est pas indifférente. Il fut expédié au moment où Michel de l’Hospital, nommé depuis peu chancelier, était en quête des moyens propres â conjurer les maux dont les discordes religieuses menaçaient le royaume. Quelques semaines après, il convoquait â Fontainebleau une assemblée de notables. Peut-être même cet homme illustre ne fut-il pas étranger â la faveur accordée aux deux Bas-Poitevins. Il sentait tout le prix des entreprises industrielles, naturellement amies de la paix. Mais son espoir fui cruellement déçu. Des flots de sang séparaient déjà, en Poitou, catholiques et calvinistes, et l’année 1562 ne s’écoula probablement pas sans que les guerres civiles eussent renversé le four du S r de la Brossardière.

Fontaine et grotte rustiques du Yeillon. — A quelque distance de Talinond, sur les bords du la mer, se trouve le petit manoir du Yeillon, situé à quelque distance des ruines d’une villa romano-gauloise, où l’on a découvert, en 1856, l'un des dépôts les plus considérables de monnaies du ni* siècle qui aient été trouvés en Europe. Le caractère primitif de cette gentilhommière, bâtie au xv* siècle, a presque entièrement disparu sous des

réparations modernes du goût le plus détestable. L’un de ses propriétaires se plut, à la Un du xvi a , à décorer ses alentours de constructions rustiques, conçues dans le genre de celles de Palissy, dont les restes existent encore. La grotte est tombée en ruines; mais la fontaine est assez bien conservée pour qu'on puisse se rendre compte de son ensemble.

Des pierres couvertes de cristaux, prises à la mine voisine de l'Essart: des cailloux de mer revêtus d'une couche de matière vitreuse, qui leur donne un aspect agatisô ; des coquillages naturels; des fragments de poteries émaillées de blanc , d’un magnifique vert et de couleurs mélangées, qu'ornent des têtes et des fleurons en relief, obtenus à l’aide de poinçons; des mascarons de terre cuite, revêtus d’un émail vert, décoraient la façade, surmontée jadis d’un entablement aujourd’hui détruit. — Ces divers objets, appliqués sur une couche de mortier de sable (in, et continuellement exposés à l'action destructive des tenls d'ouest, ont en grande partie disparu. Les fragments de poteries ont eu à subir en outre plus d'un outrage, de la part des curieux qu’attire journellement, en été, la singularité du site et le bois de chênes verts séculaires servant d’abri à la maison, du côté de l’Océan. Les deux niches principales contenaient, dit- on, des statues de Mars et de Vénus, également en terre cuite émaillée.

dont il existait encore quelques restes au dernier siècle. Cette fontaine, située sur le bord d'un canal d cau salée, embellissait le point de vue de la façade orientale du manoir, s’ouvrant sur les jardins. La grotte était, au contraire, dans la partie sud du bois, où se

voyait, sur un autre point, un pavillon de même style, destiné A abriter une statue de l’amour.

I.a renaissance n’a point inventé ce genre de décoration, qui diffère quelque peu de celui du potier de Saintes; car on possède des constructions antiques couvertes extérieurement, comme celles du Vcillon, de coquillages naturels. Sans aller jusqu’à Pompéi chercher des exemples, on peut citer des débris de revêtements de murs trouvés aux portes d’Angers, lorsqu’on a tracé le chemin de fer conduisant à Nantes. Dans le béton de ces débris étaient fixés des buccins, des moules, des patelles , etc., encore entiers. Les architectes du xvi* siècle n’eurent donc qu’à copier les modèles fournis par l’antiquité.

Le morceau de plat où se voit la lettre H surmontée d'une couronne royale, reproduit à la page précédente, ainsi que le style des ornements en relief figurés sur tous les autres débris, me font attribuer au régne de Henri IV ces constructions rustiques. La terre de presque toutes ces poteries est la même, sauf celle des fragments revêtus d’un émail blanc. Elle est, selon le degré de cuisson, d’un blanc rosé ou rouge pâle, et ressemble beaucoup à celle employée de nos jours dans certaines fabriques du Bas-Poitou, où se fait de la poterie commune. Il est bon de noter aussi que la plupart des débris employés proviennent de vases avariés ; ce qui les ferait croire apportés d'une faïencerie établie à petite distance, où l'on aurait également couvert les cailloux de mer de leur couche vitreuse, leur donnant tout à fait l’apparence des émaux égalisés de Palissy et de son école.

M. l’abbé Baudry, curé du Bernard, commune située à quatre lieues du Yeillon, a trouvé, dans des fouilles pratiquées à la Benastonnière, ancien manoir de ce bourg, une tasse de même fabrique que les fragments dont je viens de parler.

Des tuileries considérables ont existé aux Hautes-Mers, village voisin, et, sur une foule de points de la contrée, on rencontre des gisements de terre propre à la poterie.

Le musée céramique de Sèvres possède quelques spécimens des débris de faïences et cailloux vitrifiés de la fontaine du Vcillon. Il y en a aussi plusieurs au musée archéologique de Nantes , où ils sont entrés par les soins de M. Fortuné Parenteao.

Je ne puis clore ce paragraphe sans faire un rapprochement entre les édifices rustiques du Veillon et le projet de grotte attribué à Palissv, conservé dans la collection de M. Deslailleurs , architecte à Paris. Ce projet nous montre une architecture beaucoup

plus ornée ; mais, si l’on s’en tient seulement aux lignes principales, on voit que le sentiment est le môme. Donc , si le dessin de M. Destailleurs n’est pas de la main de Palissy, il a été évidemment fait sous l'influence de sa seconde manière, et date au plus tôt du règne de Henri III. L'introduction de bustes, de modillons à figures, d’aigles, etc., le démontre du reste. Les premières compositions architecturales de Bernard étaient différentes et purement rustiques. Ce n’est point, par conséquent, la grotte d'Ecouen que nous avons là sous les yeux (1), ni celle du premier devis fait pour la reine mère.

Faïences sigillées poitevines dont les lieux de fabrication ne sont pas encore connus. — D’autres faïences sigillées, différentes des précédentes, se rencontrent plus particulièrement dans le haut Poitou; mais on ne sait pas, en définitive, où elles ont été fabriquées. Il faut se contenter d’en indiquer les caractères particuliers.

\° Surmoulés ou copies très médiocres des pièces de Palissy, revêtus d’un vert cru peu transparent, terre blanche et assez fine. Les poteries originales sorties de la même officine consistent principalement en plats de forme ronde décorés à l’intérieur d’un médaillon en relief, représentant soit un sujet , une figure ou un buste, soit des armoiries, avec grand rebord, chargé d’un certain nombre d’autres reliefs. On rencontre de plus des hanaps, buies, écuelles à deux oreilles et pots sc remplissant par le fond. La pièce la plus moderne que je connaisse est un de ces pots qui reçoivent le liquide par la base. Il est de forme ronde, surmonté d'un bouton : l’anse est carrée et le broc est orné de masearons fantastiques mal exécutés. Sur le côté latéral droit est le buste de Louis XIII très jeune, copié sur celui des testons de 1612. Derrière la tête du roi est un grand L, et, devant, la couronne royale. Sur l’autre face se voit, dans un entourage de feuilles d’olivier, un mortier fleurdelisé , muni de deux pilons et surmonté de la couronne fermée, emblème de la corporation des apothicaires de Poitiers. La terre esl moins fine que celle des poteries plus anciennes. Ce vase appartient à M" w Pidoux, de Fontenay , qui le tient de sa famille.

2° Faïences presque semblables quant à la décoration , mais couverte d’un vernis agatisé, où se mêlent le brun , le vert jaunâtre cl le blanc sale. La couche de ce vernis est épaisse et onctueuse. Je n'en ai jamais vu que deux ou trois spécimens, qui avaient un peu l’aspect des dernières faïences d’Oiron ; mais leur terre était différente.

3° Poteries d’une terre beaucoup plus commune et d’un travail plus négligé, avec émail vert grossier, tirant parfois sur le brun jaune pâle. Les reliefs, composés de fleurons et de tôles de dimensions exiguës , sont plus saillants que sur les faïences précédemment décrites. Presque toutes les pièces portent un mascaron ayant la bouche très ouverte, qu’on dirait moulé sur un ouvrage de ferronnerie. — M. Hanaél Jousseaume, de Fontenay, a recueilli un petit bidon à couvercle mobile, qui caractérise parfaitement cette fabrication.

Le musée de Sèvres doit à M. F. Bonsergent, de Poitiers, l’envoi de plusieurs fragments (I) Archives de l*arf français. v«« année, p. U.

des différentes poteries qui viennent d’être énumérées. Us ont été trouvés en opérant des terrassements dans cette ville. Le cabinet de M“ e de la Sayelte , dont la dispersion est si regrettable , en renfermait quelques spécimens bien conservés , mêlés A des faïences étrangères au pays.

La disparition complète du genre, dans la vaisselle, date, en Poitou, de la seconde moitié du règne de Louis XIII. Il fut cependant continué très longtemps encore dans la fabrication des plaques de cheminées en terre cuite et des pavés ornementés (1). Parmi les plaques , une seule vaut la peine d'être mentionnée , celle qui remplissait le fond de Pâtre de l’une des chambres basses du château de Palluau. Elle avait 1" 23 de haut sur 1* 10 de large, et portait les armes du maréchal de Clér&mbault (1652-1665). Les pavés du chAteau du Puy-du-Fou, faits A la fin du xvi* siècle par ordre de Gilbert du Puy-du-Fou, sur lesquels sont l’écu de la famille de ce personnage , la couronne de duc (2) et deux G enlacés , et celui du prieuré de Mallièvre, qui offrait aux yeux des visiteurs le sujet peu orthodoxe d’un coq se livrant à d’amoureux ébats avec une poule, donnent une idée très exacte de cet emploi inintelligent du relief.

(t) le n’ai pas (routé, dans nos contrées, de pavés en relief antérieurs au iti* siècle; tandis qu'il > en a ailleurs de plus anciens.

(2) Gilbert du Puy-du-Fou , dauphin de Comberondc , fut créé duc et pair de France, et sa terre du Puy-du-Fou érigée en duché, par brevet signé à Rouen le 7 novembre 1396. Ayant été tué au siège d’Amiens l’année suivante , le brevet n'eut pas d’effet. L'original fait partie de ma collection de domine nu historiques. — Les carreaux , avec la couronne de duc, ont donc été fabriqués après novembre 1696.

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