‹ L'art de terre chez les PoitevinsChapitre 31 sur 57 · XVII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

XVII* SIÈCLE

L'administration unitaire de Richelieu et celle de Louis XIV, qui en fut la conséquence, eurent pour résultat d'étendre les relations commerciales entre les différentes parties du royaume et de répandre sur tous les marchés des produits qui s'étaient, jusque-là, écoulés à peu prés sur place. La concurrence qui s'ensuivit, cl à laquelle prirent part les étrangers, tua les fabriques placées dans des conditions défavorables. Tel fut le sort des faïenceries du I’oitou. U no série de tentatives, renouvelées pendant prés de deux siècles, ne put les relever sérieusement une fois tombées. Le regain qui s’opéra sous Louis XVI fut lui-méme illusoire. Aussi le contingent des poteries locales , qui sera présenté désormais au lecteur, ira-t-il toujours en décroissant , à mesure que celui des fabriques étrangères importé dans le pays se développera de proche en proche. Pour plus de clarté, ce chapitre sera divisé en quatre paragraphes: poteries poitevines; poteries françaises fabriquées hors de la province: poteries étrangères à la France fabriquées en Europe : poteries orientales.

POTERIES POITEVINES.

Ce qui précède dispense de revenir sur les faïences sigillées de la première moitié du xvii*’ siècle. Quelques-unes de celles mentionnées dans les extraits suivants appartiennent peut-être encore à cette catégorie ; mais, comme de simples indications sont tout ce qu'on en sait, il fuut attendre des renseignements plus explicites avant de rien décider.

Rigné ou Rigny, près de Thouars (I). « Cinq douzaines d'assiettes de terre de Rigné » et d* Ardetois. • (Inventaire de François Berland , fait à la Guillonnière , paroisse de Përigné près de Melle, le 18 août 1629.) La fabrique de Rigné existait dès le xvi* siècle, car on lit dans le compte des dépenses de Barnabé Fouschier, lieutenant particulier a Fon-

(I) Il j a Incertitude pour savoir s’il s'agit ici du bourg de Rigné prés de Tbouars , ou du village de Rigojr paroisse de Sainl-Léger-do-Montbrun , peu éloigné d'Oiroo. Des tuileries et briquerles existent encore à la Vati-Fourclie. tout près de ce dernier lieu.

lenay, pour l’an 1536 : « Sept esc utiles, paperots (1) et ugnebuyede Ratgny, hutcisols six deniers ; — deux petites ponnes de Reigny. » Nous en reparlerons quand nous serons rendus au ivm* siècle.

Tholmas. — « Onze douzaines d’assiettes, fasçon de Thouars; item, huict autres douzaines bleux de mesme fasçon; item, une douzaine de plats grands que petits avec kistoyres ; item une douzaine de plats matamores . » (Inventaire de la boutique de Noël Tisseau, marchand & Fontenay ; 5 avril 1627.)

Le pavé de la chambre à coucher de Marie de la Tour, duchesse de laTrémouille, a-t-il été fabriqué à Thouars T C’est ce que nous apprendra quelque jour M . Paul Marchcnay, quand il aura achevé le dépouillement des archives féodales de ce grand fief. Les carreaux qui le composent sont aux armes de la maison de la Tour: d’azur semé de fleurs de lis d’or, à la tour d’argent maçonnée de sable (pi. des Poteries poitevines, n" 26). l T n petit nombre de ces carreaux porte cette marque, tracée au pinceau avec

I /\ une couleur noire sur le côté non émaillé.— Le bel appartement que Marie i J V de la Tour s'était plu & décorer a été brutalament détruit , dans ces temps derniers, par les prêtres auxquels la ville de Thouars a livré son château 1 63 G et l’éducation de ses enfants. La duchesse était calviniste.

On fit, durant la première moitié du xvn* siècle, de très beaux carrelages émaillés dans la France entière. On connaît celui de la galerie du château de Beauregard, aux environs de Blois, où sc voit une année entière peinte en bleu sur fond blanc. [Blois et ses environs, par M. de la Saussayc ; 1862, in-12, p. 249.)

Ardeuis (près des Herbiers). Voir la mention citée plus haut A l'article de Rigné. L’Ile-d’Elle (dans les marais de la Sèvre-Niortaise). — « A Monseigneur de Villemontée, chevalier, seigneur de Montaguillon , conseiller du Roy nostre sire en ses conseils d' Estât et privé, intendant de justice, finances et marine es pays de Poictou, Saintonge, Aulnis et la Rochelle.

» Supplie humblement David Rolland, mattre verrier, natif de la ville de Parthenay, pays de Poictou, disant que, par bail à luy consent y le onziesme jourd'apvril mil six cent trente six, par Mathieu Gendronneau, paroissien deSaint-Hylairede CIsled’Elle, dioctee de Saintes, il auroit affermé une maison siseaudict bourg et quairuage y joignant, d reste fin d'y establir un four et fabrique de poteries et aultres vaisselles de terre d’iceluy lieu de l'Isle d' Elle, tout ainsy que la dite industrie s’y prvtiquoit d’ancienneté, et que, par grand labeur et invention, il est en possession de plusieurs beaux secrets, tant pour la conduicte des terrez, que pour les coleurs, vitriage et cuisson d‘ icelles, dont grand bien en adviendroit pour le dietpays et perfection de la dicte industrie.

» A ces causes. Monseigneur, vous plaise luy octroyer congié et licence d’establir

( I ) Paprrot ou ftiotei , sorte de petite écuelle , manie d'une queue, qui sert S préparer les sauces. Voir le n* 38 de U planche des PolcritJ poUetiuet.

iceulx four et fabrique, aux charges, dheuz et taxes ordonnes en tels cas, et ferez bien.

* De liste d'Elle, ce xxij • jour de may mit six cent trente et six.

» David Rolland. »

Cette supplique, rédigée dans les formes ordinaires de ces sortes do pièces, vante beaucoup les talents de maître David Rolland, dont la famille occupait un rang honorable dans la population de Parthenay. On n*a pas trouve de faïences qui puissent lui être attribuées; maison en connaît du siècle suivant, fabriquées dans la mémo localité. Une maison isolée, placée sur l'autre rive de la rivière de Vendée, porte encore le nom de la Faïencerie. Le dépôt de terre de l’ile d’Elle propre à la poterie est très considérable; il a longtemps été exploité par les faïenciers de Bordeaux, de la Rochelle, de Marans et de Nantes, et ferait la fortune d’un industriel qui saurait en tirer parti.

Fabriques inconnues. Seconde moitié du xvit* siècle. Terre rouge épaisse, vernis marbré de blanc et de brun violacé. — Un plat de cette poterie est au musée de Sèvres; il est émaillé des deux côtés.

Un autre genre de poteries, ayant quelques rapports de formes et d’aspect avec celle-ci, est revêtu à l'intérieur d'émail blanc, tandis que l'extérieur est marbré de teintes brunes et violacées. La terre est d’un blanc rosé semé de petites taches rouges. Les pièces de cette fabrique ont des formes très simples et sans nul ornement. Je n’oserais pas affirmer que cette dernière vaisselle soit poitevine, mais on la rencontre assez souvent dans nos contrées.

Page 1