PRODUITS DES FABRIQUES PICTONES
Vemieiui commune. — Les localités de l'ancien Poitou où l’on a trouvé le plus de verres antiques sont Poitiers (2) et Ecuré, dans la Vienne (3) ; Rom, Verrines-sous-Celles et
(1) Le début d’espace a empécJié de maintenir l’échelle des proportions entre les objets reproduits sur cette planche.
(2) Musée areb. de Poitiers.
Faye-1' Abbesse (1), dans les Doux-Sèvres ; les Verreries de Mervent, Saint-Médard-des- I’rés, le Langon, Saint-Georges-de-Montaigu et la Bernardière, dans la Vendée : Rezé, dans la Loire-Inférieure (2). La plus ample moisson provient du tombeau de la femme artiste de Saint-Médard-des-Prés, qui datait du milieu du ni* siècle. Il en contenait, à lui seul, près de quatre-vingts. 4'ai donné, dans le chapitre de Poitou et Vendée, consacré à cette belle découverte, la description détaillée de cinquante-six de ces vases et la gravure des principaux types (S). En les confrontant avec ceux qui viennent des Verreries de la forêt de Mervent (4), on reconnaît qu’ils sortent en général de la même fabrique, aussi bien que beaucoup de ceux du Langon (5). Les fragments et les scories, extraits d une tranchée pratiquée sur le terrain des Vieilles-Verreries, voisine de la Réorthc (6), sont aussi eux tout pareils. Le verre en est vardàtre, parfois bleuâtre, et d’une médiocre transparence. Il est de même nature que celui de nos bouteilles. Ceux qui viennent de Dompierre, près de Napoléon-Vendée (7), et de la Bernardière (8), sont un peu moins anciens, et d’une pâle de couleur plus foncée et plus verte. La planche des Verrerie $ poitevines reproduit trois spécimens de cette catégorie. Le n" 2 faisait partie du mobilier de la sépulture de Saint-Médard; le n° 5 vient de Verrincs-sous-Cclles; le n“ Il a été exhumé du sol de Rom.
Cristaux artificiel». — Les matières qui composent les verres de cette sorte sont lu cilice, la potasse, la soude et l’oxyde de plomb, comme l'a constate M. Chevreul , en faisant l’analyse de quelques fragments, pris à Saint-Médard , que je lui avais envoyés (9). On en a rencontré sur la surface entière du territoire! poitevin , mais surtout à Poitiers , â Saint-Médard , au Langon et à Rezé. Une coupe malheureusement brisée, découverte dans le cimetière du Langon , se distingue autant par la délicatesse de l’exécution, la finesse de la pâte et l’extrême minceur de ses parois , que par la blancheur du verre. Ses bords sont décorés de filets en creux tracés â la roue.
Le n° 3 de la planche des V'erreries poitevines représente l’un des flacons de Saint- Médard en cristal artificiel. La pâte en est un peu jaune. Un fragment d’un troisième vase, que j’ai vu à Poitiers, avait été retravaillé au tour. Il portait les restes d’une feuille de laurier exécutée par ce procédé.
Je ne saurais dire si ces différents cristaux ont été fabriqués dans la contrée, ou s’ils
(1) Musée ardi. de Niort.
(2) Musée aieli. de N au le».
(3) Poitou et Vende r, art. de FmilcniT-4e-CoinU , 1 p. 123. Os vases sont dans ma collectait.
(4) Ma collection.
(5) Musée areb. de Napoléon- Vendée.
(6) Ma collection.
(7) Musée arcb.de Napoléon-Vendée.
(8) Ma collection.
(9) Mémoire de f Académie des sciences, t. ami. p. I9t cl 206.
viennent de quelque autre région ; mais il est certain, dans tous les cas, que nos ancêtres en ont fait un assez fréquent usage.
V un res colorés PAR des oxtdes mêtalliqi'es. — Le bleu est la couleur In pl us commune; cependant je ne connais qu'un seul vase qui soit sorti intact de terre : c'est la petite fiole gravée au n° 6 de la planche des Verrerie# poitevines. Elle a été trouvée à Coulongesles-Royaux (Deux-Sèvres) et fait maintenant partie de la collection de M. Fortuné Parenteau. Une coupe de même couleur, à demi brisée, était dans le tombeau de Sainl- Médard-des-Prés ; I). Viennent ensuite les verres jaunes, dont je possède un joli échantillon, provenant aussi lui de Saint-Médard. C'est un petit godet de forme ronde, qui a servi à contenir des couleurs liquides.
Il est bien peu de cimetières romano-gnulois où l’on n’ait pas recueilli quelques parcelles de ces deux teintes. Le vert foncé et le bran rouge se rencontrent bien plus rarement.
Verres opaques. — Ces verres se divisent en denx classes. La matière vitreuse des uns est d’un blanc mat opaque, produit probablement par l'oxyde d’étain, tandis que celle des autres, teintée de diverses nuances, est seulement semée de lames de celle même couleur. Je ne puis citer qu'un seul exemple rentrant dans la première classe : la partie supérieure d’une urne à deux anses, de petite dimension, extraite des ruines romaines de la (irenouillère de Curson. Quant aux spécimens de la seconde, ils sont moins rares. Je signalerai, entre autres, les morceaux d’une fiole trouvés près de Neuville (Vienne), qui sont bleus lamés de blanc, et une petite bouteille, venant de Sainl-Médard-des-Prés, dont les parois sont, au contraire, jaunes avec marbrures également blanches. Des fragments de cette même nature ont été trouvés A Poitiers, au Langon, à Nalliers, à Saint- (ieorges-de-.Montaigu , A Hezé, etc.
Verres émaillés. — Ceux-ci sont généralement sortis du sol de Poitiers, de Saint- Médard, du I.angon et de Reié; mais on a rencontré quelques débris analogue* en d’autres endroits. Le contingent de la capitale des Pictons se compose de morceaux de verres bruns ou jaunes, contenant des tiges et des torsades d’émaux rouges, verts on bleus; celui de Saint-Médard, d’une ampoule faite d’une matière vitreuse verdâtre et de baguettes d’émoil jaune et rouge (2). Du Langon est venue une petite plaque bruu rouge, ornée d'une fleur blaticbc imitant celle du muguet. Le musée archéologique de Nantes possède, de son cûté, plusieurs débris fort curieux exhumés des terrains de Rezé. U sera question tout A l'heure de verres analogues provenant du Cormier de Chavagnes-en- Paillers.
Il faut ajouter A cela une foule de petits tourteaux d’émail rouge, bleu, blanc, rose, jaune ou vert, ayant dû servir à des jeux, ainsi que des perles et des anneaux de couleurs
(I) V. U figure de celle coupe sur la planche des ObjeU divers trouvé* à Saint-Médard, qui accomjrfigiK* l'art, de Fontenay, dans Poitou et Vendée,
(3) Poitou et Vendée, art. de Fontenay, p, 138 .et pi. des Objet* diver* trouvé* à Saint-Médard.
non moins variées, dont quelques-uns sont passés dans des tiges de bronze formant bracelets. Poitiers, le Langon et Rezé en ont fourni un nombre considérable.
Verres avec ornements en relief. — Ils se divisent aussi eux en deux classes. Je rangerai dans la première certains fragments de verres colorés, avec ornements de pâte blanche, rappelant, quant au procédé de fabrication, ceux du fameux vase Portland. Ils ont été recueillis par M. F. Parenteau, dans les fouilles de Rezé, et sont au musée archéologique de Nantes. La seconde se compose, au contraire, de vases en verre ordinaire ou coloré, qui ont reçu la forme humaine ou celles d’animaux et de fruits, ou bien encore dont les parois sont couverts de bas-reliefs moulés. Le musée archéologique de Niort possède, par exemple, les débris d’un petit vase ayant la forme d’une télé d'enfant. Un autre analogue, mais plus grand, a fait partie de la collection de M. de Fouschier, de Thouars, qui l’avait eu des environs de Loudun. (PI. des Verreries poitevines n° 7.) Le musée de Niort a également un vase figurant un raisin, exhumé du cimetière de Verrinessous-Celles. ( Verreries poitevines, n° 8) (1). Celui de Poitiers en contient un autre semblable, retiré d’un tombeau d’enfant découvert près de cette ville. La collection de M. de Fouschier en renfermait un troisième, trouvé à Saint-Just-sur-Dive (Maine-et-Loire). Au musée de Napoléon-Vendée est l’un des deux masques tragiques, servant d’anses A une coupe, dont je n’ai pu recueillir que les débris dans le cimetière du Langon. ( Verreries poitevines, n° 4.)
Je citerai encore l'aiguière décorée de tiges et de feuillages, sortie d’une sépulture du iv* siècle, qu’un paysan de Géré ; Maine-et-Loire) a mise au jour dans son champ (Verreries poitevines, n° 9); une fiole, portant sur la panse l’image d’un poisson, soit comme marque, soit comme emblème symbolique, prise dans une autre sépulture, près de la porte de la Tranchée, à Poitiers (2); un fragment de tête de cheval déterré* à Aulnay, sur les confins du territoire des Piclons et de celui des Santons.
Mais le monument le plus curieux de ce genre qu’ait fourni le sol poitevin est , sans contredit, la coupe de verre jaune, ornée de combats de gladiateurs, appartenant à M. Gourraud, ancieii notaire à Chavagnes-en-Paillers (Vendée). ( Verreries poitevines , n° 10). Elle a été trouvée dans une sépulture de gladiateur, au Cormier, village de cette commune. M. de la Villegille lui a consacré une notice dans le Bulletin du comité de la langue, de l'histoire et des arts de France, 1860. Je ne puis mieux faire que de lui emprunter le récit de la découverte :
n Dans une Notice sur la paroisse de Chavagnes-en-Paillers (3), nous avons mentionné différents objets d’origine romaine, tels que fragments de tuiles, poteries de toute nature
(1) de la Société de fini 0 tique du département det Deux-Sèvret , 1858-1850 , u« il et 22 de la planche des terres trouvés à Verrlnes.
(2) Fouillé de l’évéchè de t.u(on . par M. r*M»é E. Ailler* ; introduction, P> v.
(3, 1 2 Bulletin delà société des Antiquaire» de l'Ouest, années 1841-1843, p. 281.
médailles , etc. qui avaient été rencontrés prés d’un village appelé le Cormier, et qui faisaient présumer qu’une villa avait existé autrefois dans cet endroit. Depuis lors, dans
le courant de l’année IHiH, l’exploitation d'un filon de cailloux a fait faire, au même lieu, une découverte beaucoup plus importante par ses résultats. Malheureusement, selon la déplorable coutume des paysans, qui, lorsqu'ils font quelque trouvaille, se figurent
toujours être sur la trace d'un trésor, les terrassiers ne parlèrent d’abord à personne de leur découverte. Plusieurs mois s’étaient écoulés lorsque celle-ci vint à la connaissance de M. (lourraud, ancien notaire, habitant de Chavagnes, qui recherche avec soin ce qui se rapporte à l’archéologie de celte partie de ta Vendée. M. Gourraud interrogea les ouvriers, qui lui racontèrent qu’en pratiquant une fouille dans une terre noirâtre , d’oû s'exhalait une mauvaise odeur, ilsavaienl trouvé des assiettes, des tasses et d’autres objets. Ils citèrent en particulier deux petits lions en terre, une belle soupière en verre et des espèces de petits bâtons ou baguettes en verre de diverses couleurs entrelacés ensemble. « C’était
très beau , » au dire de ces hommes, et ce qui les avait le plus frappés. Mais tout cela avait été perdu ou brisé par eux, A l’exception de trois objets en verre, dont M. Gourraud fit l’acquisition, et qui figurent aujourd’hui dans sa collection.
» Deux de ces objets ne réclament pas de description spéciale. L’un est un fragment de tige ou baguette tordue en verre jaunâtre, dont la longueur est de 0“ 065, et la grosseur de 0“ 004 A 0" 005; l’autre, une fiole en verre blanc, à panse carrée et A anse. »
» I/intérél de la découverte réside tout entier dans un vase ou gobelet qui, sauf une légère
fêlure , est dans le plus parfait état de conservation. Ce gobelet, do forme cylindrique, en verre jaune clair, semblable au fragment de baguette précédemment cité, a 0“ 075 de diamètre cl une hauteur de 0“ 070, réduite à 0* 065 dans l'intérieur. Son épaisseur est d’environ 0* 002. Le dessous offre plusieurs cercles concentriques formés par des moulures saillantes demi-rondes. * (V. les vignettes des deux pages précédentes.)
« La coupe de M. Gourraud a Oté coulée, ajoute M. de la Yiltegille; les contours des figures cl des moulures ne présentent pas ces arêtes vives que donne la taille. Des bavures, qui se sont produites aux points de jonction des parties du moule, indiquent de plus que celui-ci était de deux pièces... On remarque à l'intérieur de légères dépressions au revers des figures et des moulures les plus saillantes, comme si celles-ci avaient été repoussées. *
Au-dessus do chaque figure de gladiateur est son nom. Il y en a huit : spjcvlvs, colvmbys, calamvs, holes, tethaites, p R vois, PROcvLvs, cocvmbvs. Tous sont parfaitement lisibles, à l’exception du cinquième, sur lequel il y a quelque incertitude.
Des coupes analogues ont été découvertes A Monlagnole , près de Chambéry ; A Autun . à Trouville-cn-Caux : a Hartlip, dans le comté de Kent (Angleterre). Il en existe aussi des spécimens au cabinet des antiques de Vienne, en Autriche, et A Wiesbaden. La ressemblance frappante de fabrication et de style qui apparaît dans toutes ces coupes indique assez qu’elles ont toutes été fabriquées sur un modèle convenu , et ont eu une destination déterminée. Les sujets qu’elles représentent, assauts de gladiateurs, jeux du cirque, courses de chars, rappellent les hauts faits de combattants et d'automédons aimés du public, et que leur courage, leur force ou leur adresse avaient rendu célèbres. Tout démontre donc qu’elles étaient offertes, à titre de récompense, A ceux qui marchaient sur la trace de ceux-là. Elles doivent remonter au premier et au second siècle. Reste à savoir en quel pays elles ont été faites.
Marques de iabuique. — Elles sont en très petit nombre. Un vase du cimetière d’Ecuré, déposé, si je ne me trompe, au musée de Poitiers, en porte une composée de lettres, dont je n’ai qu’un assez vague souvenir, l!n autre.de celui deVerrines-sous-Celles, a. au-dessous, les lettres le en relief. Les sépultures de Saint- Médard-des- Prés m’en ont procuré quatre. La première représente une fourmi figurée sur le fond d’un petit vase (colL de M. II.
Jousseaunie) ; lu seconde, un phallus de satyre placé sous un flacon carré, également de petite dimension ; la troisième, une croix dont l'extrémité de chaque branche forme un angle , qui se voit sous la base d'un flacon de cristal artificiel ; la quatrième, enfin, est sur un fragment de bouteille de même matière. En voici la reproduction. On y lit : galcacvs
GALQAC.