‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 13 sur 79 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

COMMENT LES ANTICLÉRICAUX EXCUSÈRENT LEURS MÉFAITS (suite)

§ 1. — La séparation et les inventaires

La loi de Séparation , votée par tous les députés blocards, alors que cinquante-deux d'entre eux seulement en avaient parlé dans leur profession de foi de 1902 , gênait beaucoup les anticléricaux. Les inventaires avaient soulevé le pays. Il fallut détruire le mauvais souvenir qu'ils avaient laissé dans les esprits. Les sectaires s'y appliquèrent avec leur hypocrisie habituelle. Voici comment la Dépêche traita la question dans son numéro du 4er mai 4906.

La Séparation et les Inventaires. — «: Au cours de la campagne électorale, les adversaires de la loi de Séparation ont été amenés à déclarer publiquement que l'inventaire des églises n'était qu'un détail, un simple prétexte pour protester contre la loi de Séparation. Il y a beau temps, certes^ que le parti républicain était éclairé sur ce point; mais il ne nous déplaît pas que l'un des représentants les plus qualifiés du parti conservateur vienne, par un aussi solennel aveu, nous aider à dissiper l'équivoque déloyale dont on a entouré les premières mesures d'application de la loi nouvelle.

(( L'inventaire n'était pas inscrit dans le projet présenté aux Chambres par le Gouvernement. C'est au cours de la discussion que, par la procédure d'un amendement, et sur l'initiative du parti conservateur, il fut incorporé dans le texte législatif. A ce moment, il apparaissait à tous comme une mesure de conservation et de sauvegarde. Nous voudrions bien qu'on nous montrât par suite de quelles circonstances exceptionnelles il aurait perdu ce caractère.

« Quand une succession est ouverte, les divers héritiers qui ont des droits respefiifs à faire valoir garantissent ces droits par un inventaire. Quel est le commerçant soucieux de ses intérêts qui ne procède, à de.s époques déter^ minées, à la même mesure, afin de se rendre compte exactement du degré

de prospérité de ses entreprises? Toutes les fois qu'un locataire prend à bail une maison ou une ferme, il dresse, de concert avec le propriétaire, un état des lieux qui n'est autre chose que l'inventaire des biens tels qu'il devra les rendre. L'inventaire est donc bien une sorte d'analyse et de catalogue, qui est généralement établi au moment où un corps de biens passe des mains d'un premier individu aux mains d'un second, et qui a pour effet de fixer avec précision ce que l'un donne et ce que l'autre reçoit. N'était-il pas naturel, à l'instant où l'administration des biens cultuels allait être soumise à un régime nouveau, de dresser préalablement le catalogue de ces biens?

(( Sous le régime du Concordat , les églises étaient administrées par les fabriques. Sous le régime de la séparation, elles seront administrées par les associations cultuelles. L'inventaire prescrit par la loi a pour but de décharger les premières et de charger les secondes de la responsabilité qui est la conséquence naturelle de cette administration.

« A la rigueur, le législateur aurait pu, au lieu de laisser à l'Etat le soin de procéder à cette mesure, en imposer l'initiative aux associations cultuelles. Il aurait pu dire : Les associations qui voudront succéder aux fabriques devront établir préalablement l'inventaire authentique des biens dont elles réclameront l'attribution. Il ne l'a pas fait, parce que, dans son esprit, l'inventaire ne pouvait avoir d'autre effet que de sauvegarder des droits en suspens et qu'il n'était pas permis de supposer que des polémiques déloyales tenteraient de dénaturer ce caractère. Car il n'est pas vrai que l'inventaire, soit une mesure d'exécution et de spoliation ; ceux qui disent le contraire savent bien que c'est là un mensonge électoral indigne.

(( Ainsi donc, c'est dans un but uniquement politique que la réaction a ameuté les populations à l'occasion des inventaires. C'est dans un dessein purement intéressé qu'elle a prêché la violence et la révolte dans toutes les communes de France. C'est au moyen d'un mensonge criminel qu'elle a envoyé à la mort quelques fanatiques inconscients qui croyaient sacrifier leur vie à la cause de la Justice et de la Liberté.

a Le pays jugera le 6 mai ; nous avons la conviction qu'il a condamné d'avance les organisateurs de la funeste campagne qui a failli, pendant quelques jours, troubler si profondément le pays. »

§ 2. — La vérité sur l'inventaire

Quelle est la vérité sur ce point? (( Le mensonge électoral indigné, » dont parle la Dépêche, doit-il être attribué aux catholiques ou aux anticléricaux? Il est la propriété de ces derniers.

L'inventaire était-il une simple formalité? une mesure de conservation? Non. — Ce fut un acte vexatoire, kh attentat à la propriété, une mesure de spoliation.

Pour qu'il fût une mesure de conservation , il eut fallu que la loi ellemême respectât et garantît la propriété de l'Eglise. Il en était tout autrement. Elle confisquait : 1° les fondations antérieures à la Révolution (art. 5); 2» les biens de fabrique n'ayant pas pour objet direct le culte catholique, comme les écoles, les hospices et les collèges libres (art. 7); 3<* les édifices du culte ainsi que les objets mobiliers qui les garnissaient avant la loi du 18 germinal an X (9 avril 1802) (art. 12).

La loi de Séparation volait donc à l'Église ses propres biens. Comment l'inventaire qui les recherchait et les inscrivait pouvait -il être une mesure de conservation ? Il fallait avoir une dose de naïveté ou de perversité peu commune pour émettre une pareille affirmation! Loin d'être une simple formalité , l'inventaire était donc la prise de possession officielle, par l'État, de tous les biens de l'Église catholique. Il était un acte essentiellement malhonnête.

L'article 12 de la loi laissait à l'Église catholique la propriété des objets mobiliers qu'elle avait acquis depuis le 9 avril 1802. Il est certain que tous ceux qui en 1905 garnissaient les édifices religieux rentraient dans cette catégorie ; car ceux qui , en 1802, avaient été rendus au culte, étaient hors d'usage. Ces objets n'appartenaient pas à l'État. De quel droit en ordonnait- il l'inventaire, alors? Dans quel pays civilisé la loi permet elle à un propriétaire de faire saisir le mobilier de ses locataires, quand ceux-ci ne lui doivent rien ? Elle ne lui accorde ce droit que dans le cas où ils refusent de le payer après l'échéance de leur terme. Est-ce un motif de ce genre qui a poussé l'État à ordonner l'inventaire des Églises? Non, certes. Les fabriques ne devaient rien à l'État. De plus, puisque celui-ci laissait aux associations cultuelles la jouissance gratuite des églises, il ne pouvait craindre de n'être pas payé. L'inventaire ne s'expliquait donc pas de sa part.

Le Gode prescrit un inventaire après le décès d'une personne lorsqu'elle laisse un héritage, afin de pouvoir établir l'impôt qui doit être perçu par le Trésor.

Entre ce cas et celui qui nous occupe, il n'y a aucune analogie qui puisse justifier la mesure vexatoire que nous réprouvons. L'article 10 de la loi de Séparation déclarait que la dévolution des biens des fabriques aux associations cultuelles ne donnerait lieu à aucune perception au profit du Trésor. Puisqu'elle devait être gratuite, l'inventaire était inutile. De plus, l'Église étant l'assemblée des chrétiens ayant la même foi et soumis au pape ainsi qu'aux évêques nommés par lui, elle était une société de catholiques vivants, propriétaires des mêmes biens avant comme après la promulgation de la loi de Séparation.

Les propriétaires restant les mêmes, il n'y avait pas d'héritage. Il n'y avait lieu à aucun transport, comme dans les successions de fermiers. Par suite, à quoi bon un inventaire?

Si, par pure fantaisie, un propriétaire faisait inventorier, c'est-à-dire saisir le mobilier d'un locataire n'ayant aucune dette à son égard, celui-ci

n'aurait-il pas le droit de s'opposer à cette mesure injuste, humiliante et tyrannique? Tout homme de bon sens approuverait sa fière attitude. Eh bien! les catholiques l'ont adoptée résolument, et ils ont bien fait. Seuls, les ennemis du droit, de la justice et de Dieu, ont eu l'audace éhontée de les en blâmer.

Le droit commun ne justifiait en aucune manière l'inventaire ordonné par les loges. Pourquoi le Gouvernement s'est-il entêté à le faire, malgré la réproi)ation universelle du peuple français? Pour un motif secret qu'il n'osait pas avouer, mais que l'étude de la loi permit facilement de découvrir.

L'article 4 ordonnait, dans le délai d'un an, le transfert des biens paroissiaux aux associations cultuelles légalement formées suivant les prescriptions de l'art. 19. Puis, l'article 9 déclarait que si, dans ce laps de temps, aucune association ne s'était formée, ces biens seraient attribués par décret aux étaljlissements communaux d'assistance ou de bienfaisance. En outre, il y avait plusieurs cas de désaffectation des ^lises prévus par la loi.

Le Gouvernement mettait donc l'Eglise dans l'alternative ou d'être schismatique en consentant à la formation des cultuelles ou de perdre tous ses biens mobiliers, un an plus tard, si elle s'y refusait. Voit-on pourquoi l'inventaire avait été ordonné? Il avait pour but d'empêcher les catholiques de conserver leurs biens au moment de la dévolution ordonnée par la loi , un an après sa promulgation.

Que seraient alors devenus les objets du culte dont la loi n'avait pas osé contester la propriété aux catholiques? Auraient-ils pu les enlever pour les transporter dans le local qu'ils auraient choisi pour adorer Dieu librement ? Non, ils n'auraient pu y toucher, puisqu'ils avaient été saisis et inventoriés auparavant. Ils auraient dû les laisser dans l'édifice religieux, comme les locataires dont le mobilier a été saisi sur la demande du propriétaire. Encore ceux-ci ont-ils un moyen de faire lever la saisie , c'est de payer leur loyer. Mais les catholiques n'auraient eu aucun recours contre la décision prise; ils auraient été victimes de la plus infâme confiscation.

Un journal ministériel annonçait cette honnête (?) nouvelle dès 1904. Après avoir prétendu que « le trésor des églises venait de l'exploitation du fanatisme le plus odieux (sic) », il ajoutait : « Il serait donc ridicule de laisser aux ensoutanés la jouissance de leurs dépouilles opimes. L'administration des cultes a heureusement fait classer tous les ustensiles précieux, et il est dès maintenant difficile aux sacristains d'escamoter les objets de prix qu'ils ont en garde. » Peut-on maintenant douter de l'intention malhonnête et criminelle qui a dicté cet inventaire, qu'aucun raisonnement sérieux ne peut expliquer? La franc-maçonnerie en a ordonné un en 1793, et l'histoire nous apprend que les objets inventoriés ont été enlevés ensuite des églises. Il y a quelques années, les religieux n'ont- ils pas subi un inventaire avant de recevoir l'ordre de quitter leurs couvents?

Les liquidateurs se présentaient avec des idées de paix et de conciliation, dans le but d'accomplir une simple formalité. Que sont devenus ensuite

les biens mobiliers et immobiliers inventoriés? Leur vente devait fournir un milliard pour les retraites ouvrières. Les religieux ont tout perdu, et ie peuple n'a rien gagné. Les liquidateurs ont tout empoché ; et bien plus, ne trouvant pas suffisants les millions produits par la vente, ils ont réclamé dix millions d'honoraires au Trésor. Le peuple les a payés avec ses impôts.

Les francs-maçons réservaient le même sort aux biens des églises. Voilà pourquoi ils en ont ordonné l'inventaire. Mais le peuple catholique, tromi^é et désabusé, a compris la fourberie. Il s'est levé avec indignation, et il a déclaré aux pillards gouvernementaux qu'il ne permettrait pas qu'on volât ses biens. Dans toute la France, il a protesté énergiquement contre l'inventaire des biens dont la loi elle-même lui reconnaissait la propriété. Il a fait acte d'autorité, de justice et d'honnêteté. Sous ce rapport, il mérite les plus vives et les plus sincères félicitations.

Les naïfs et les curieux demandent quelquefois à quoi les inventaires ont servi? Ils ont sauvé le mobilier des églises et maintenu ouvertes leurs portes aux fidèles. S'ils n'avaient pas eu lieu , les objets mobiliers inventoriés eussent été confisqués et les églises désaffectées. Un résultat semblable est-il minime?

Après sa piteuse explication sur les inventaires, la Dépèche vanta les bienfaits de la loi de Séparation :

Bonne aubaine. — c( M. le ministre des Cultes vient d'informer les municipalités de France que, dès à présent, une somme de quatre millions provenant de la suppression du budget des Cultes sera répartie cette année entre toutes les communes.

ce Ces communes sont au nombre de 36000 environ; cela fait donc, pour chacune d'elles, un cadeau de 100 francs au minimum.

d Comme les excédents à provenir de la suppression augmenteront chaque année et qu'ils n'atteindront leur maximum que dans une dizaine d'années, on peut prévoir qu'à cette époque c'est environ 1 000 francs par an qui reviendront, de la même source, à chaque commune.

d Cette nouvelle sera joyeusement accueillie. »

Cette bonne aubaine avait été annoncée et même affichée à la porte des mairies. Mais les communes n'ont rien reçu à cette époque. Elles n'ont touché quelque chose qu'en 1908. Peut-on se moquer du peuple plus effrontément !

A côté de cet article on en lisait un autre habilement tendancieux, où l'attitude d'un prêtre était mal interprétée. Il avait pour but de faire ressortir le payement fait par l'Etat d'ime pension aux curés, afin d'enlever à ceux-ci tout motif de se plaindre de la loi de Séparation.

Le voici.

La Chapelle-Saint-Hippolyte. — a Gros succès pour le député républicain à La Chapelle-Saint-Hippolyte, où plus de 150 électeurs s'écrasaient littéralement dans la salle Freslet, lorsque M. Chautemps arriva, accompagné de

MM. Pousset, maire de Loches, Guitton, conseiller municipal de Loches, Faidide, Pirrault, Venier, membres du comité républicain radical de l'arrondissement.

(( M. Proust, maire, assistait à la réunion, ainsi que M. l'abbé Aubry, curé de La Chapelle. Le bureau est aussitôt constitué : M. Verget, président du comité républicain de la commune, président; MM. Tessier et Mercier, meml)res du comité, assesseurs.

« Pendant plus d'une heure, le sympathique député tient son auditoire sous le charme de sa chaude parole, et recueille de vifs applaudissements en s'expliquant loyalement sur les principaux points du programme radical.

(( A la fin de la réunion, M. le curé de La Chapelle pose très courtoisement quelques questions au candidat : Il se plaint d'abord que l'inventaire ait été fait trop sommairement dans son église.

(( — C'est aux intéressés, c'est-à-dire à vous, répond M. Chautemps, qu'il appartenait de surveiller l'opération. Si l'inventaire a été mal fait dans votre église, il fallait en faire l'observation au fonctionnaire chargé de cette formalité, et non pas à moi, qui n'ai pas à entrer dans ces détails d'exécution. »

(( M. le curé émet ensuite la crainte que les associations cultuelles ne se forment pas.

Par qui, demande-t-il, seront-elles créées?

(( — Réponse. — L'association de La Ghapelle-Saint-Hippolyte ne sera assurément pas formée par moi. Mais j'aime à croire qu'il y a dans cette commune, du moins, une âme pieuse, la vôtre, qui prendra l'initiative de la formation de la société.

(( Si la religion catholique devait disparaître dans une commune, parce qu'on aura retiré au prêtre les 900 francs qu'il touchait de l'État, c'est que le sentiment religieux y serait bien affaibli. D'ailleurs, vos paroissiens peuvent être bien tranquilles : ils ont la chance d'avoir un prêtre pensionné par la République, et qui pourrait, au besoin, leur dire la messe gratuitement. ))

OL M. le curé se plaint enfin de n'avoir pas touché son traitement ni sa pension.

(( — Encore une question qui vous est personnelle, dit M. Chautemps. Si vous n'avez encore rien touché, c'est une affaire de comptabilité. Peut-être, par exemple, n'avez- vous pas fait en temps utile les démarches nécessaires. Dans tous les cas, monsieur le curé, je m'engage à vous faire payer la pension à laquelle vous avez droit.

(( Des rires unanimes accueillent cette dernière réponse, qui a dû satisfaire M. le curé lui-même.

(( — Je sais, dit en terminant M. Chautemps, que vous ne faites pas de politique. Permettez-moi de vous en féliciter et de vous dire que, si vos collègues avaient observé la même neutralité que vous, ils n'auraient pas aujourd'hui à déplorer les mesures anticléricales que nous avons prises. »

(( La discussion courtoise qui s'est établie au cours de cette réunion a eu

un résultat excellent : elle a gagné au député républicain l'estime de tous les électeurs de La Chapelle, et M. le curé lui-même a certainement emporté l'impression qu'il avait eu devant lui un homme de bonne foi, animé d'une conviction sincère , respectueux de toutes les opinions et de toutes les personnes respectables.

(( Les habitants de La Chapelle ont manifesté au candidat radical leur approbation et leur sympathie, qui sont le gage de la victoire républicaine, le 6 mai prochain. ))

Comme hypocrisie, c'est réussi. Quelle audace ne faut -il pas avoir pour mettre dans la bouche d'un prêtre des plaintes sur l'exécution trop sommaire de l'inventaire dans son église ! La Dépêche aurait dû le faire gémir également de ce que le Gouvernement n'en eût pas volé le mobilier !

Et cette crainte que les associations cultuelles ne se forment pas ! Il est vraiment regrettable que le journal blocard n'ait pas pensé à mettre ces lamentations si sincères dans la bouche du Pape. Comme c'eût été touchant !

En terminant son petit discours, le candidat de la tolérance anticléricale déclara que la loi de Séparation avait été faite par ses amis pour punir les curés d'avoir fait de la politique.

Cette affirmation est absolument fausse, nous le prouverons. Mais nous tenons à déclarer que les curés ont aussi bien le droit de faire de la politique que les francs-maçons. Puisque ceux-ci en ont fait pour les attaquer, les prêtres suivront leur exemple pour se défendre et les combattre à leur tour. En tout cas, l'aveu du candidat blocard montre combien il se moque du peuple souverain, puisqu'il satisfait les vengeances de son parti au lieu de consulter la volonté de ceux qui le nomment et le payent.

Pour justifier sa politique spoliatrice et tyrannique, l'anticléricalisme eut recours à la calomnie contre ses victimes.

§ 3. — Que voulez-vous ! ils l'ont cherché

Le bloc s'est efforcé de faire retomber sur le clergé la responsabilité de la loi de Séparation. Après le départ des religieux, on avait dit partout dans nos campagnes : (( Que voulez -vous ! ils Tout cherché. » On lança contre les prêtres la même accusation. Mais les documents suivants ouvriront les yeux à tous les gens de bonne foi.

En 1883, dans un rapport sur la Séparation de l'Église et de l'État, Paul Bert nous a révélé cyniquement la pensée intime et occulte du plan maçonnique. Il jugeait à ce moment-là l'Église encore trop puissante, pour réaliser sans danger pour la secte le rêve qu'elle avait conçu. Il fut donc décidé sur ses conseils qu'avant de renverser définitivement l'Église, on l'affaiblirait en la ligotant par une série de lois préparatoires destinées à Vachever sans péril.

Dans ce rapport, Paul Bert emploie la forme d'actualité, comme si tout s'exécutait au moment où il écrivait.

De fait, ce plan était la peinture fidèle de l'avenir.

(( D'abord, toutes les institutions monastiques ont disparu. On ne voit plus ces ordres nombreux qui dévoraient sans avantage la substance du peuple. En second lieu, les privilèges qui n'avaient eu pour but que de protéger le recrutement du clergé contre l'éloignement croissant des populations sont supprimés : les séminaristes se rencontrent sous les drapeaux avec les autres étudiants ; aucune dotation spéciale n'est plus accordée aux séminaires.

<i Les évêques , classés à leur rang de préséance parmi les fonctionnaires départementaux, ne jouissent plus des honneurs extraordinaires que leur conféraient les décrets.

(( Les établissements ecclésiastiques ne peuvent plus posséder d'immeubles, et leurs richesses mobilières doivent concourir à l'augmentation du crédit public, par leur placement en rentes sur l'État. Les prêtres, à qui vous avez déjà enlevé la domination des cimetières, perdent celle des fabriques.

(( Le clergé, par des lois que vous avez déjà votées, n'a plus aucune part dans la direction de l'instruction publique, et la séparation de l'Église et de l'école est nettement établie. Le prêtre, quelque rang qu'il occupe dans la hiérarchie, ne peut plus compter sur l'impunité, presque toujours assurée jusqu'ici aux plus coupables écarts de langage. Il ne pourra plus, sans être justement puni, sortir de son- rôle religieux, pour se mêler d'administration, de politique et d'élections. Qu'il soit pourvu d'un traitement concordataire ou d'une simple allocation due à la bienveillance de l'État, il se verra enlever ces avantages lorsque sa culpabilité sera prononcée. En même temps, des décisions gouvernementales, sous forme de décrets ou d'arrêtés, auront abrogé une foule de mesures prises dans l'intérêt de l'Église.

(( L'Église, ainsi ramenée à la stricte exécution du Concordat qu'elle a signé, sans qu'aucune apparence de persécution puisse être invoquée justeraent par elle, ne recevant plus de l'État aucune concession propre à augmenter sa richesse et son influence politique, n'aura plus que la part très grande et très légitime d'autorité que lui accorde la docilité des fidèles. C'est en ce temps-là, c'est après avoir constaté les résultats de ce fonctionnement législatif inconnu depuis 1804, qu'il pourra être, selon nous, opportun et expédient d'examiner s'il convient de prononcer la Séparation de l'Etat, rentré dans la plénitude de son pouvoir, d'avec l'Église réduite à ses propres forces et à son droit strict. Nous aurons rempli notre tâche en préparant cet avenir. »

La franc-maçonnerie a rendu des décisions qui établissent d'une manière irréfutable sa responsabilité à l'égard des lois antireligieuses.

Dans le compte rendu officiel du couvent de septembre 1891, nous lisons :

« Le F.-. Nicolas. — Voici un vœu relatif aux congrégations religieuses sur lequel la commission a donné un avis favorable...

« Les FF.-, du deuxième bureau émettent le vœu que le co7ivent, par une décision solennelle, invite tous les FF.*, délégués à poursuivre chacun, dans leurs Orients respectifs, une campagne en faveur de la suppression des congrégations religieuses et invite les FF.', faisant partie du Parlement à mettre le gouvernement en demeure d'appliquer la loi de il 92 qui n'est pas abrogée et interdit d'une façon absolue toutes les congrégations d'hommes ou de femmes. »

Le vœu qu'on vient de lire a été adopté par le couvent ^

Le couvent de 1892 revint à la charge avec une nouvelle insistance.

A la séance du 17 septembre, il adoptait le vœu suivant :

« Le couvent déclare qu'il est du devoir strict pour un franc-maçon : s'il est membre d'un conseil général,... de proposer à chaque session un vœu pour la séparation des Eglises et de l'Etat, et la suppression des congrégations religieuses; s'il est membre du Parlement, de voter la suppression du budget des cultes et des dépenses afférentes aux cultes inscrits aux chapitres des différents ministères; de voter la suppression de l'ambassade auprès du Vatican; de se prononcer en toutes circonstances pour la séparation des Églises et de l'Etat, sans abandonner les droits de police de l'État sur les églises ; d'agir vigoureusement pour amener la suppression des établissements cohgréganistes reconnus ou non et la liquidation de leurs biens ; de s'opposer à ce que la loi militaire soit violée au bénéfice des prêtres séculiers ou congréganistes par le ministère des cultes et surtout par le ministère des affaires étrangères ; enfin , de réclamer l'exclusion des élèves des congrégations ou des établissements ecclésiastiques, des écoles militaires, des grades dans l'armée et des emplois dans l'administration civile'-^.

Le couvent de 1893 insista encore :

« Le couvent de 1893, fidèle aux doctrines anticléricales et humanitaires de la F. -.-M.-., désireux de voir le conseil de Tordre donner à toutes les loges... une impulsion énergique,... le charge d'oi-ganiser sur toute l'étendue du territoire de la République une agitation pacifique destinée à permettre enfin l'écrasement du cléricalism,e par l'application intégrale des lois scolaires et militaires, la vulgarisation des lois destinées à amener la séparation des Églises et de l'État et la suppression pure et simple des congrégations et le retour de leurs biens à la nation^. »

Le 30 avril 1882, la République maçonnique faisait cette déclaration : (( La franc-maçonnerie doit être la maîtresse et non la sei' vante des partis politiques. » En 1898, le fr.*. Geyer confirmait cette l'ésolution en disant : (( Comme l'État c'est nous, l'État sera républicain, et nous, républicains et maçons, nous imposerons ces réfoi'mes''*. »

De fait, la franc- maçonnerie a imposé sa tyi-annie anticléricale à la

1 Bulletin du (Irand-Ovienl de France, août-septembre 1891, p. 602.

2 Jhid., 1892, p. 488.

3 Ibid., 1893, p. 467.

< Compte rendu des travaux de l'assemblée générale, septembre 1898, p. 313.

France. Le peuple, les religieux et le clergé l'ont subie. Rien dans leur attitude ne justifiait la persécution dont ils ont été victimes.

Les blocards crient très fort que ce sont les prêtres et Pie X qui l'ont cherché. Maintenant que nous avons arraché d'une manière victorieuse le masque de leur hypocrisie, nous sommes en droit de leur dire : Il n'y a que vous, messieurs, qui ayez recherché l'expulsion des religieux et la séparation de l'Église et de l'État. Vous avez réalisé point par point le plan que Paul Bert vous avait indiqué. Vous avez préparé ce qu'il appelait (( cet avenir )) qui est devenu l'époque présente. Gardez-en la responsabilité. Elle vous couvrira un jour de honte devant la postérité. Le clergé était aussi innocent que les religieux. Dans le but d'exercer une tyrannie que vous appelez ce tolérance », vous les avez odieusement calomniés. Soyez-en sûrs, la vérité finira par être connue.

En France, les religieux ont été aussi représentés comme des ennemis de la République. En quoi ceux qui s'adonnaient à la prédication, à la prière, à l'enseignement, troublaient-ils l'ordre et la tranquillité du pays? Les prédicateurs de la sociale et les instituteurs de l'internationale, qui foulent aux pieds le patriotisme, leur sont-ils donc si supérieurs pour mériter non seulement de vivre en paix en France*, mais encore d'y, jouir des faveurs du Gouvernement ! On a accusé d'exploitation les congrégations industrielles et enseignantes ; mais les commerçants et les instituteurs laïcs n'encourent-ils pas le même reproche? Enfin M. Combes a chassé 50000 membres de ces congrégations au nom de la liberté et de l'unité morale, et les loges d'Allemagne et de France l'ont félicité de son patriotisme ! ! !

Afin d'obtenir la suppression des établissements de bienfaisance privée, la franc-maçonnerie (cette grande et noble association philanthropique ! ! !) prépara une grandiose manifestation de haine et de calomnie contre eux . Les orateurs socialistes et radicaux qui se succédèrent les uns après les autres à la tribune, les FF.*. Breton, Lafferre, Goûtant, Steeg, déversèrent le même fiel et le même venin sur leurs victimes, les accusant de rapacité, d'accaparement, d'exploitation, les comparant à des bourreaux cruels se plaisant à torturer des innocents. En un mot, ils firent l'impossible pour prouver « qu'ils l'avaient cherché ».

Gomment se fait -il que le peuple n'ait pas remarqué la culpabilité des religieux, et que les deux tiers des conseils généraux consultés par M. Waldeck- Rousseau se soient montrés favorables à leur égard? Comment se fait-il qu'à leur départ, des manifestations spontanées de sympathie se soient produites dans la classe des travailleurs des villes et des campagnes? Pourquoi les anticléricaux ont-ils répandu le bruit qu'ils étaient chassés parce qu'ils refusaient de payer leurs impôts, alors qu'ils payaient celui d'abonnement en plus des autres impôts communs à tous les citoyens ? Leur triste besogne avait donc besoin d'être excusée ? Elle ne se justifiait donc pas d'elle-même? En vérité, les anticléricaux ne savent que mentir.

Avant d'entreprendre la lutte contre l'enseignement religieux, les anticléricaux accusèrent le frère Flamidien d'avoir assassiné un enfant. Le juge d'instruction ne s'empressant pas de faire la lumière sur cette odieuse accusation, quelques catholiques firent une contre- enquête qui mit à jour le complot sectaire. La magistrature dut faire son devoir et rendit hommage à l'innocence du Frère. Qui donc avait alors assassiné l'enfant ?

L'anticléricalisme se servit de ce crime pour ameuter le peuple contre les éducateurs congréganistes et donner ainsi une raison apparente de leur suppression par le Parlement.

Le Kulturkampf, c'est-à-dire la persécution religieuse, débuta également en Allemagne par un scandale. Au Carmel de Gracovie, on avait muré une fenêtre jusqu'à mi-hauteur pour empêcher une religieuse atteinte de folie de se jeter dans la rue. C'était en vertu d'une décision de l'évêque que les religieuses avaient gardé chez elles la malade. Que firent les anticléricaux allemands? Ils inventèrent un gros scandale, dont leurs journaux parlèrent avec une feinte indignation. Ils excitèrent une forte colère dans l'âme du peuple. On eût compris qu'ils l'excitassent contre l'évêque qui avait pris cette décision. Mais non. Les loges avaient organisé la guerre religieuse suivant un plan arrêté d'avance. On devait d'abord attaquer les ordres religieux et surtout les Jésuites. On accusa donc ceux-ci d'avoir muré vivante la pauvre fille. Ils n'avaient rien à voir dans l'affaire; mais les anticléricaux ne sont pas embarrassés pour si peu. Ils excitèrent le peuple contre le couvent, et cinq mille assaillants s'élancèrent contre lui. Ce fut le début de la persécution religieuse. Elle s'appuyait sur une infâme calomnie. Mais cette arme est chère à l'anticléricalisme, et il l'emploie alternativement avec le crime pour arriver à la réalisation de son plan destructeur.

Avant d'expulser les congrégations religieuses d'Allemagne, Bismarck les accusa d'être les ennemies du progrès, de l'État, de la liberté et même de faire courir des dangers à VÉtat. Digne ancêtre de Clemenceau, triste émule de Pombal et de d'Aranda, il accusa également le clergé de machinations ténébreuses contre l'État et les libertés populaires. Mais revenons à la France.

Les parents ne se plaignaient nullement du sort qu'on faisait subir à leurs enfants. Néanmoins les socialistes sectaires de la Chambre clamèrent leur indignation, à la stupéfaction de tous. Ce qu'il y a de curieux encore dans cette affaire, c'est que ces orateurs admirables arrivaient à la même conclusion : (c II faut faire disparaître les maisons d'assistance religieuse. »

M. Lerolle a vengé, avec une grande éloquence, l'honneur de ceux qu'on accusait si lâchement. La Chambre a été étonnée d'apprendre de sa bouche que, le 22 septembre 1899, le F.*. Bedarride avait demandé à tous les FF.*, des Grands- Orients locaux d'ouvrir une campagne pour amener la fermeture des maisons de charité et leur suppression définitive, et que, deux mois après, le F.*. Lafferre avait porté la question à la tribune.

Sur 1 700 établissements charitables, les socialistes n'ont trouvé que trois condamnations î En quoi consistaient -elles ? M. Lerolle l'indiqua à la Chambre dans les termes suivants :

« A Orléans, la cour d'appel a refusé de retenir comme non établi le fait principal incriminé, et c'est ce fait que les députés ont présenté comme la base de leurs discours. {Longs mouvements sur de nombreux bancs.)

(( A ce qu'ils ont appelé les crimes d'Annonay, dont ont été victimes les martyrs » dont ils ont parlé, les juges les ont qualifiés faits dont V insignifiance est constatée et les ont punis de 16 à 25 francs d'amende. (Exclam,ations au centre et à droite.)

(( Ils ont stigmatisé aussi les crimes du Mans ; or , après enquête , le procureur de la République a écrit à la supérieure de n'avoir aucune inquiétude, l'enquête ayant déclaré que les faits dénoncés contre sa maison étaient sans fondement. (Applaudissements au centre et à droite.)

(( Ils ont flétri les crimes de Poitiers. A Poitiers^ il n'y a rien eu, {Bruit à r extrême-gauche.)

ce N'est-ce pas démontrer que les vengeurs de la vérité étaient mus non par le sentiment de la justice, mais par VespHt de parti pris et de haine ? » {Vifs applaudissements au centre et à droite.)

Le seul fait sérieux à retenir sur le Bon-Pasteur de Nancy fut celui d'une demoiselle Lecoannet, qui, vingt-cinq ans après sa sortie de cette maison, pendant lesquels elle avait travaillé assidûment, s'était plainte que le régime de la maison eût fait baisser sa vue ! La Cour a condamné l'établissement. Si jamais un lycéen perd la vue vingi-cinq ans après sa sortie du lycée, il pourra s'adresser à ces juges remarquables, il sera sûr d'obtenir une rente de l'Etat par leur entremise 1

Tout le monde sait que les pensionnaires des maisons du Refuge et du Bon-Pasteur sont des condamnées ou des indisciplinées dont les parents ne peuvent rien faire. Jugez de l'embarras où les sœurs doivent se trouver en face de ces mauvaises têtes et de ces cœurs vicieux. Les parents frappent leurs enfants quand leur patience est à bout; mais les religieuses n'ont pas le droit de recourir à ces moyens qui, généralement, produisent un bon effet. Si elles s'oublient sur ce point, on les poursuit : pourquoi ne conduit-on pas devant la justice les parents qui ne se gênent pas de corriger leurs enfants et les instituteurs laïques qui gifflent si facilement leurs élevas indociles? Il faut avoir au cœur une haine immense de l'humanité et de la charité pour couvrir d'insultes des femmes dévouées dont la tâche est déjà si difficile ! Mais il ne faut pas aller chercher du cœur dans la poitrine des sectaires. Ils ne savent que salir et haïr.

Où sont -ils allés chercher les témoins qui ont parlé contre ces religieusas ? Dans les bas-fonds de la société , parmi les créatures qui vendent leur honneur pour quelques pièces blanches. Les radicaux -socialistes se sont pour toujours déshonorés devant l'histoire, en recourant à de pareils personnages pour accuser d'honnêtes femmes et en demandant la

fermeture de 1 700 établissements de charité pour des fautes légères dont s'étaient rendus coupables trois d'entre eux seulement.

Où sont donc les œuvres de charité des sectaires ? Ont-ils seulement une demi-douzaine d'orphelinats laïques dans toute la France? Ils ont peut-être construit l'établissement , mais ils l'entretiennent avec l'argent des contribuables. Nous, catholiques, nous avons construit 1700 établissements de charité, et ce sont nos propres ressources qui les soutiennent. Nos largesses pour les déshérités et les abandonnés ne couvrent -elles pas de honte l'avarice anticléricale? Ah! si les malheureux n'avaient que les sectaires pour les aider et les consoler, la misère et le désespoir les conduiraient promptement dans la tombe. Les anticléricaux savent voler; ils ignorent ce que c'est que de donner.

Ils attaquent furieusement les congréganistes pour les menus faits qu'ils commettent, mais ils cachent soisrneusement les crimes de l'Assistance publique.

Ils se sont vantés d'avoir détruit le Refuge de Tours, où (( l'on martyrisait les filles du peuple )). En quoi consistait le martyre? A faire une croix sur la terre avec la langue, à rester à genoux pendant les repas et à porter un bonnet à l'envers ! On a fermé la maison à cause de ces abominables crimes. Quel déshonneur pour la magistrature d'avoir rendu un pareil jugement! Sœur Sainte-Rose a été gratifiée de deux mois de prison, tandis que la surveillante de la prison de Lille n'a été condamnée qu'à huit jours, de la même peine pour le crime suivant :

Par une température de 3^ au-dessous de zéro, elle jeta Célina Renoir dans un cachot pour la punir d'une réponse inconvenante. Elle ordonna d'ôter à la malheureuse ses bas et ses chaussures, la contraignant à se tenir debout sur le sol glacé. La suppliciée essaya vainement de réchauffer ses pieds en se pelotonnant, car on lui avait enlevé sa jupe. Au bout de cinq jours, la prisonnière avait les pieds gelés, et la gangrène les pourrissait. Le docteur Dure amputa son pied droit et une partie de son pied gauche.

A-t-on fermé la prison de Lille, pour le crime de la surveillante en chef? A-t-on fermé aussi l'hospice de Tours, où des gardiens étranglèrent un pensionnaire? Non, certes. Où est donc alors l'égalité républicaine (( laïque, démocratique et sociale » ?

Est-il nécessaiie d'insister pour prouver que les religieux et les prêtres ont été victimes d'odieuses calomnies inventées pour tromper le peuple et l'indisposer à leur égard?

Si les curés avaient été coupables, le peuple eût-il signé contre la loi de Séparation une pétition qui a recueilli 4 millions d'adhésions, alors que celle du Gouvernement n'en recevait que 100000?

Si les curés avaient été coupables, le peuple eût-il manifesté sa réprobation contre cette loi inique dans 20000 communes sur 36000?

Pourquoi les anticléricaux ont- ils donné le mot d'ordre à leurs meneurs, dans toutes les communes, de dire aux paysans que la loi était libérale? Ils n'avaient donc pas la conscience tranquille ?

Les députés blocards n'ont-ils pas dit partout que les inventaires avaient été réclamés par les abbés Lemire et Gayraud ? Quelle impudence 1 Qu'on le sache bien, ils ont été proposés, non point par ces deux prêtres, mais par deux sectaires, MM. Barthou et Lacomhe.

Si le vote anticonstitutionnel de la loi de Séparation n'avait pas inquiété les sectaires, ils n'eussent pas eu recours aux moyens qu'ils ont employés. Ils n'ont point expliqué cette loi en détail à leurs électeurs avant de la voter. Ils n'ont point réclamé de leur part l'autorisation de la discuter. Ils ont menti en attribuant la demande des inventaires aux abbés Lemire et Gayi'aud. Ils ont calomnié le clergé en l'accusant d'avoir voulu renverser la République, de concert avec les anarchistes.

En résumé, il est absolument faux que les religieux et les prêtres aient cherché la persécution. Ils ne l'ont pas plus réclamée que Gélina Renoir n'a demandé l'affreux supplice qui a déterminé l'amputation de son pied droit et d'une partie de son pied gauche.

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