LE COMPLOT
§1. — En quoi consista- t- il?
Il fallait à tout prix effacer l'impression funeste produite sur le peuple par le vote de la loi de Séparation et les inventaires.
Le grand démocrate Clemenceau n'imagina rien de mieux que le fameux complot contre la République. Il y impliqua les royalistes, les bonapartistes, les curés et les socialistes. L'intervention de ces derniers lui avait été indispensable pour intimider le peuple. La franc-maçonnerie, qui dirige le socialisme, avait suscité et préparé savamment les grèves du Nord. Ordre avait été donné qu'elles fussent violentes, afin de produire un effet plus salutaire sur les honnêtes gens. Pourvu qu'elle règne et jouisse dans le vol, que lui importe si le sang du peuple coule ! — « Il nous faut du pain ou du sang ! » criaient les meneurs dans les rues de Lens, en chantant V Internationale .
Tandis que l'agitation gréviste impressionnait toute la France , et que la manifestation du 1<^»" mai à Paris était annoncée comme devant être très violente, afin de faire fuir de la capitale tous les honnêtes gens peureux, le clergé était rendu responsable de toute cette comédie admirablement organisée. Elle priva les candidats libéi'aux parisiens d'un grand nombre de voix, car les froussards ne rentrèrent dans la capitale qu'après les élections. Elle fit un tort énorme également aux libéraux de la province. Défenseurs de la liberté et de la religion, on les considérait comme les amis du clergé. Celui-ci étant indignement accusé d'avoir conspiré contre la République, les candidats antiministériels se trouvaient naturellement englobés dans le même complot. Aussi les accusait-on publiquement de vouloir renverser la République et de ramener le peuple à l'esclavage, à la misère.
Le 27 avril, à cinq heures et demie du matin, le païquet ])erquisitionna à la Croix, aux bureaux du Jaune, au Comité antimaçonni(|ue, à l'Union des travailleurs libres, aux ligues antimaçonniques et de Jeanne-d'Arc, à la Confédération générale du travail et chez de nombreuses personnalités. Au total, cinquante-cinq perquisitions furent opérées. On répandit le bruit dans le peuple que les grèves du Nord avaient été organisées et payées par les
curés. Ils avaient, disait-on, cinquante milliards entassés dans un coin. Comme si une somme pareille pouvait tenir dans un espace aussi i-estreint î Ils puisaient à pleines mains, disait-on, dans ce trésor imaginaire pour soutenir les révolutionnaires.
Les honnêtes Tourangeaux paraissaient un peu sceptiques à la première nouvelle de cette infamie. ((Vous en doutez? répondaient les meneurs anticléricaux, mais lisez donc la DépêcJie. Elle vous apprendra que le complot a été découvert et les conspirateurs arrêtés. »
Voici comment ce journal sectaire présentait la chose dans son numéro spécial du ler mai 1906.
(( Le complot contre la République. — Une journée fertile en surprises. — Le co7nte de Beauregard, chef du 'parti impérialiste, est arrêté ci Nice, tandis que le sont, à Paris, deux royalistes et un secrétaire de la Confédération du travail.- — On recherche d' autres personnes. — Des arrestations sont opérées à Brest et dans le Nord,
ce L'enquête ouverte sur les menées réactionnaires et révolutionnaires a amené aujourd'hui plusieurs arrestations.
ce On lira plus loin les dépêches qui nous apportent les sensationnelles nouvelles de l'arrestation de royalistes militants et de l'un des chefs bonapartistes, le comte Durand de Beauregard.
(( On a aussi mis en état d'arrestation le citoyen Grilfuelhes, secrétaire de la Confédération générale du travail.
ce Enfin le bruit court que les capitaines Tamburini et Volpert, aiTêtés déjà l'an dernier, vont être à nouveau mis sous les verrous.
(( Ainsi, peu à peu, les intrigues criminelles de la réaction se précisent, et ceux qui affectaient de faire des gorges chaudes sui' la découverte du complot vont bientôt avoir fini de rire.
(( Un coup de filet. — De nouvelles arrestations relatives au complot ont été opérées ce matin à Paris.
(( M. Picot, commissaire de police, s'est rendu au domicile de M. Xavier Feuillant, ancien officier de cavalerie et secrétaire du journal royaliste VAva7it-Garde.
ce M. Xavier Feuillant a été arrêté et conduit au parquet pour y êtreinterrogé par M. André, juge d'instruction.
ce M. Egarteler a procédé de son côté à l'arrestation de M. Griffuelhes, secrétaire de la Confédération du travail, et M. Bleynie, commissaire aux délégations judiciaires, a mis en état d'arrestation M. Henri Bibert, rédacteur à V Autorité.
(( M. Blot, sous-chef de la sûreté, avait reçu la mission de procéder à l'arrestation de M. Lévy, autre secrétaire de la Confédération du travail.
(L Ce magistrat n'a pu exécuter son mandat, n'ayant pu rejoindre M. Lévy, qui serait, dit-on, en fuite.
(( De même, M. Guichard, de la brigade spéciale, chargé d'arrêter M. Fro-
mentin, anarchi.>?Le millionnaire, demeurant à Choisy-le-Roi , n'a pu s'acquitter de sa mission.
ce M. Fromentin, a-t-on dit à M. Blot, est parti hier en voyage.
(( MM. d'Homme et Martin, commissaires de police, n'ont pas encore terminé leui^s opérations.
(( Un bruit. — Le bruit court au Palais de justice de l'arrestation du capitaine Tamburini et du capitaine Volpert, qui turent mêlés l'an dernier à une affaire de complot dont le procès fut interrompu par le vote de la loi d'amnistie.
(( A Vinstruction. — M. x\ndré, juge d'instruction, a procédé, cet aprèsmidi, à l'interrogatoire de MM. Griffuelhes, Xavier Feuillant et Bibert.
(( Après cet interrogatoire, les mandats d'amener décernés contre eux ont été transformés en mandats de dépôt.
« Chez M. Clemenceau. — M. Clemenceau a reçu la visite de M. Robert Mitchell, rédacteur au Gaulois, qui est venu lui demander la mise en liberté provisoire de M. Feuillant, atteint, a-t-il dit, d'une maladie de cœur.
(C Le ministre de l'intérieur lui a promis d'intervenir en faveur de M. Feuillant auprès dé M. Sarrien, garde des sceaux.
(( M. Clemenceau a également reçu la visite de M. de Rouvre, qui est venu protester contre les accusations dirigées contre lui d'avoir pactisé avec les comités bonapartistes.
(( Perquisition . — M. Martin, commissaire de police, a perquisitionné chez M. Léon Robert, secrétaire d'une section de la Confédération du travail.
« Les perquisitions chez M. de Beauregard. — M. Doray, commissaire de police du quartier Saint-Thomas-d'Aquin, a perquisitionné ce matin chez le comte de Beauregard.
(( Compiègne, 30 avril. — Ce matin, à 6 heures, le procureur de la RépubUque a perquisitionné dans une villa appartenant à M. Durand de Beauregard.
(( Le concierge a opposé quelque résistance, et un serrurier a dû être réquisitionné. Les scellés ont été apposés sur deux coffres-foiis.
« A Nice. — Nice, 30 avril. — On a perquisitionné hier chez M. Durand de Beauregard.
« Vers midi et demi, M. Galabert, commissaire de police du troisième arrondissement, s'est présenté à la villa de l'avenue de Beaulieu. En sa présence, M. de Beauregard a ouvert les tiroirs de ses meubles. Le commissaire a examiné divers papiers sans grande importance, et il s'est retiré en emportant quelq»ies lettres.
(( M. de Beauregard arrêté. — Nice, 30 avril. — Le comte Durand de Beauregard, qui se trouve actuellement à Nice, a' été mis en état d'arrestation.
(( Pcrquisilion à Bra^t. — Brest, 30 avril. — Hier matin , le commissaire central, accompagné d'un commissaire de police, a perquisitionné chez un sieur Bivssolles, qui lut dernièrement garçon de bureau de M. de Beauregard .
« Les magistrats, qui avaient d'abord dit n'avoir saisi que deux journaux et un livre de M. Biétry, le Socicdisme et les Jaunes, ont dû trouver d'autres documents, car Bressolles a été mis en état d'arrestation hier soir, à 9 heures, à sa sortie du cale du Commerce, et immédiatement incarcéré.
« Bressoles était chargé de surveiller l'affichage de M. Biétry. Ce dernier, interrogé, a déclaré que c'était là une fumisterie; que, pour sa part, il j-epousse toute participation au complot dans lequel on prétend l'impli- <pier.
« L'enquête dans le Nord. — Valenciennes, 30 avril. — Le parquet s'est occupé, pendant la plus grande partie de la journée d'hier, du dépouillement et du classement des papiers saisis dans les dernières perquisitions relatives aux menées révolutionnaires qui se sont manifestées pendant la grève qui vient de s'achever. La plus grande réserve est gardée sur le résultat de cet examen ; mais un fait paraît en démontrer la gravité : une arrestation importante a été en effet opérée dans l'après-midi, sur mandat d'amener décerné par M. Gobert, juge d'instruction.
« M. Mugnier, commissaire de police à Condé, a arrêté M. le docteur Tanche, de Vieux-Gondé, qui aurait pris une part très active au mouvement gréviste. Le docteur Tanche est inculpé d'entraves à la liberté du travail et de bris de clôture. De plus, des présomptions graves de menées révolutionnaires pèseraient sur lui.
(( Une perquisition a été faite à son domicile, et une volumineuse correspondance a été saisie et déposée au parquet.
« Le docteur Tanche a été conduit à Valenciennes dans un fourgon militaire escorté par la gendarmerie de Condé. Il a été écroué à six heures du soir, après avoir subi un premier interrogatoire devant le juge d'instruction. Bien n'a transpiré de ses déclarations.
« Dernière heure. — Paris, 30 avjil. — A la dernière heure, le bruit court au palais que des arrestations sensationnelles seront* opérées demain matin. »
Telle fut l'annonce du complot donnée par la Dépêche de Tours.
|î 2. — Que pî:nser du grand complot?
Les journaux libéraux ou catholiques mirent bien leurs lecteurs en garde contre cette invention sectaire. Mais comme neuf lecteurs sur dix lisent des feuilles biocardes et que, dans les campagnes, les meneurs anticléricaux
n'ont pour leur résister que le silence des honnêtes gens, le coup du complot fut admis de tous et fit son effet.
D'ailleurs, dans son discours de Saint- Ghamond, M. Briand déclara que (( les émeutiers du Nord et du Pas-de-Calais avaient été payés par la réaction». Un bon républicain pouvait-il douter de la franchise et de la sincérité d'un ministre ? M. Clemenceau n'avait-il pas dit aussi, à Lyon, que les grèves du Nord avaient été (( l'œuvre des agitateurs politiques excités dans l'ombre par la démence des partis réactionnaires », et que les émeutiers avaient été poussés à la révolte « par la réaction, qui voulait un massacre sauveur » ?
Dès le *2 mai, la Croix faisait entrevoir ce qui allait en advenir. On lisait ces lignes dans les colonnes de cet estimé journal :
(( Le complot!!! — Hier, on a fait courir le bruit de l'arrestation des capitaines Tamburini et Volpert , les héros du complot burlesque de l'an dernier.
(( La nouvelle était inexacte. C'est presque regrettable. Il ne manquait plus qu'eux.
(( Mais même en leur absence, le complot de M. Clemenceau est suffisamment grotesque. Il s'effondrera dans le ridicule; il ferait d'ores et déjà rire, s'il ne s'agissait de la liberté et de l'honneur des gens et s'il ne révélait, chez ceux qui nous gouvernent, une fourberie peu ordinaire.
(( Le but du gouvernement est visible.
(( Les amis du ministère ne le cachent même plus.
« — Tout cela, nous disait ce matin l'un d'eux, peut vous paraître grotesque ; mais ce n'en est pas moins un coup de génie de M. Clemenceau. »
« Le peuple, qui est naïf, croit encore à la justice. Il se dira : « Pour que des magistrats ordonnent ces perquisitions, ces arrestations, c'est qu'il y a quelque chose. Il n'y a pas de fumée sans feu. »
(( On va faire traîner l'instruction jusqu'aux élections. Après nous verrons. Il est si simple de dire que, dans son impartialité, la justice n'a pas trouvé la preuve suffisante et de clore l'affaire.
(( Tel est bien, en effet, le mobile qui a fait agir le Gouvernement.
(( C'est si vrai qu'on annonce, au parquet, que les inculpés arrêtés ne seront pas conduits à Béthune avant quelques jours. M. André, le juge d'instruction parisien qui, au début, — on l'affirmait du moins, — était un simple agent d'exécution, a reçu une nouvelle commission rogatoire de M. Baudry, son collègue du Pas-de-Calais, « à l'eûet de faire la lumière sur les agissements qui ont motivé les arrestations et de continuer à rechercher les complices possibles. »
(( Ainsi, si officiellement c'est le juge de Béthune qui est chargé d'instruire cette affaire, en réalité c'est M. André qui fera toute l'information,
(( On va gagner du temps. Après les élections, les prisonniers seront mi> en liberté sans qu'ils aient eu à effectuer le voyage de Béthune. Et le tour sera joué.
(( Malgré les déclarations de l'ami du ministère, nous continuons à penser que M. Clemenceau, à force de vouloir être habile, a été maladroit. Il a pris le peuple vraiment pour trop naïf. Il a presque aussi mal joué que son compère le Matin, avec ses fausses fiches. »
Collougy, directeur du Gri populaire de Nancy, condamné à deux ans de prison pour son antimilitarisme, a déclaré naguère publiquement que ce le préfet lui avait remis jadis cent francs pour soutenir la politique radicale ». On se demande si Bressolles ne fut pas un agent gouvernemental dans Taffaire du complot. Tout porte à le croire.
Voici ce que la Croix disait à son sujet :
(( Après avoir exploité M. le comte Durand de Beauregard, Bressolles, arrêté hier à Brest, avait cherché à compromettre M. Biétry, président de la Fédération nationale des jaunes, candidat antisocialiste.
{( Voici ce que nous a dit M. Biétry à ce sujet :
(( — Je ne connais pas Bressolles. Il se disait garçon boulanger sans travail. Je le trouvais pendu tous les jours à ma sonnette et, pensant rendre service à un pauvre diable, je le pris pour surveiller mes afficheurs. Je crois que cet homme m'a été lancé dans les jambes pour me compromettre dans le prétendu complot. »
(( Divers papiers compromettants ont été trouvés sur Bressolles. Celui-ci s'est vanté d'être l'auteur de la plupart des troubles qui se sont produits ces temps derniers. Il prétend aussi avoir été employé par M. Clemenceau dans bien des affaires. A l'interrogatoire qu'il a subi hier soir, il a avoué cyniquement qu'autrefois il faisait de l'agitation par conviction, mais que maintenant il ne faisait que de l'agitation intéressée. Il a ajouté qu'il était prêt à manger le morceau, si on lui offrait des conditions convenables. »
M. Clemenceau, ayant voulu impliquer les jaunes dans son complot, s'attira la réponse suivante de M. de Bellaigue :
« Fédération des Jaunes de France
c( Lettre ouverte à M, le. 7ninistre de V Intérieur.
(( Monsieur le Ministre,
a Vendredi dernier, de cinq heures et demie à neuf heures du matin, vos agents ont perquisitionné chez nous dans les bureaux du Jaune. Gomme membre du conseil d'administration de ce journal, journal uniquement corporatif et social, je dois protester avec la plus grande énergie contre cet abus de pouvoir, contre votre coup de force.
ce Nous ne faisons pas de politique , vous le savez bien ; et c'est même ce qui vous navre de ne pouvoir enfermer les jaunes dans un parti politique quel qu'il soit pour les dominer, les domestiquer, les réduire.
« Vous voudriez faire croire que nous marchons de pair avec la Confédération générale du travail, alors que notre première raison d'être, alors que tous nos actes, toute notre vie, toute notre action est de lutter contre le socialisme, partout, toujours- et de toutes nos forces.
c( Contre pareille prétention de votre part, monsieur le Ministre, nous protestons.
« Mais cette protestation une fois faite, j'ai autre chose à vous dire encore.
(( Voici :
(( Si le juge de Béthune voulait obtenir des indications utiles à son enquête sur les événements de ces dernières semaines, si le juge de Béthune avait la velléité de rendre la justice, il n'aurait eu qu'à rechercher les deux hommes qui sont cause de tout le mal dans les grèves du Nord et sur qui retombent les ruines et le sang.
(( Ces deux hommes, il les connaît comme moi, comme vous, comme tout le monde. Mais puisqu'il n'ose pas les incriminer, puisqu'il cherche, au contraire, à violer à leur profit la liberté des innocents, je viens, moi, vous les désigner, monsieur le ministre de l'Intérieur; je viens, moi, proclamer devant vous et devant le pays leur nom, leur audace, leur culpabilité, leur infamie.
(( Le premier est cet homme qui prôna en des discours célèbres la grève générale et la révolte armée. C'est cet homme qui, dans un but de popularité de mauvais aloi , fit naître les convoitises , excita les appétits de multitudes inconscientes. C'est cet homme qui donna l'idée, — s'il ne fit luimême le geste, — de placer sur la Bourse du Château -d'Eau cet écriteau mensonger et révolutionnaire : (( A partir du l^^" mai 1906, nous ne travaillerons plus que huit heures. » C'est cet homme qui hier encore, en plein Parlement, à vos côtés, proclamait qu'il ne répudiait aucune parole, aucun acte de son passé.
(( C'est cet homme qui, depuis des années, prépare l'échéance du 1er jïjai 1906 et qui, — comme par hasard, — devient ministre six semaines avant la date fatidique.
« C'est Briand.
(( Mais Briand n'est pas le seul coupable, il y en a un autre. Cet autre, vous le connaissez bien, monsieur le ministre de l'Intérieur.
(( Comme Briand , il est du Gouvernement. C'est lui qui a la charge de maintenir l'ordre et de défendre les droits et les biens des citoyens. Il est le ministre de l'Intérieur.
(( Cet homme, c'est vous-même !
<( Et je vous accuse !
(( Je vous accuse de forfaire à votre devoir.
(L C'est par votre faute que les grèves du Nord ont pris un caractère révolutionnaire. Si vous aviez fait ce que vos fonctions vous obligeaient à faire, vous auriez mis tout d'abord et dès le premier jour dans l'impossibilité de nuire tous ces agitateurs qui firent les émeutes d'hier et qui préparent celles de demain. Si vous aviez fait ce que vos fonctions vous obligeaient à
faire, vous n'auriez |>as livré sans défense à quelques centaines de meneurs des milliers de braves gens qui ne demandaient qu'à travailler.
(( Mais, pour vous, l'intérêt électoral prime tout. C4'est lui qui vous fait visiter le révolutionnaire Broutchoux. C'est lui qui vous fait parlementer avec les délégués officiels de la Confédération du travail. C'est lui qui vous empêche d'arrêter les meneurs. C'est lui qui vous fait ordonner à la troupe de s'offrir sans défense aux insultes et aux coups.
(( Et après cela, après tous ces crimes, vous voudriez encore égarer l'opinion ! Non, nous ne vous laisserons pas la possibilité de ce nouveau mensonge.
(( Au début de votre triste carrière, le sang des généraux innocents vous marqua au front... pour toujours. Et voilà qu'aujourd'hui encore un autre sang crie vengeance contre vous.
(( Oui, vengeance !
(( Le juge de Béthune pourra perquisitionner tant qu'il voudra au Jaune ou ailleurs; l'heure du châtiment est proche. Malgré l'intérêt de certains à travestir l'histoire , tôt ou tard la vérité apparaît. Et la vérité précède la justice, la vraie justice, non pas celle qui se fait la domestique du pouvoir, ni celle que vous ce dirigeâtes » autrefois, mais la seule digne de ce nom, celle qui exalte les innocents et brise les infâmes.
ce H. DE Bellaigue,
« Membre du Comité national de la Fédération des jaunes de France. »
Au milieu de toutes les perquisitions et arrestations opérées sur son ordre, M. Clemenceau faisait annoncer ceci par les agences :
(( Les inculpations relevées contre les prévenus sont celles de provocation, suivie d'effets, aux crimes de meurtre, de pillage et d'incendie, et cela dans un but de propagande anarchiste.
a Ce sont celles prévues par les articles 23 et 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse, modifiés par la loi du 12 décembre 1893, et par la loi du 28 juillet 1894 sur les menées anarchistes.
« Lorsque la provocation n'est pas suivie d'effet, la peine est d'un an à cinq ans de prison et 100 à 3000 francs d'amende; mais, dans le cas contraire, la peine prévue pour les complices est la même que celle édictée contre les auteurs principaux de crime, de meurtre, pillage et incendie. »
Les personnes arrêtées étaient donc coupables de meurtre, pillage et incendie, au dire du Gouvernement. Furent- elles condamnées après jugement par les tribunaux ? Il n'en fut rien. Le lendemain des élections, le 6 mai, le président du Conseil remettait en liberté les prétendus conspirateurs, disant, en riant aux éclats, à ceux qui s'étonnaient de cette mesure : (( Mais il n'y a plus de complot ! »
Il n'avait pas craint de diffamer indignement d'honnêtes citoyens pour remporter une victoire électorale ! Des procédés aussi honteux ne méritent-
ils pas d'être à jamais flétris? Ils le seront, et l'histoire portera un jugement très sévère sur un homme et un parti qui se sont ainsi disqualifiés par leurs indignes procédés.
Voilà ce que les anticléricaux appellent donner au peuple (( toujours plus de justice » ! Ils ont vraiment un culte curieux pour la vérité ! Si leur science et leur progrès consistent à diffamer d'honorables innocents et à tromper les simples, nous les repoussons avec énergie.
§ 3. — Dans toute la France, le complot fut exploité par les anticléricaux contre les libéraux.
Les anticléricaux choisirent le Nord comme théâtre des grèves, parce qu'ils le savaient mieux organisé que les autres provinces. Ils espéraient, en intimidant et en trompant les électeurs, obtenir la majorité. Ils ont réussi en partie. Dans les autres circonscriptions, ils exploitèrent le complot avec la même audace, surtout là où le candidat libéral avait plus de chances de succès. En voici une preuve.
Le concurrent de M. Piou, à Mende, a osé signer et faire placarder l'affiche suivante :
(( Aux gens de bonne foi.
«. Les révolutionnaires.
(( Une grève considérable a éclaté dans le bassin houiller du Nord ; elle fut d'abord pacifique.
(( Mais des agitateurs venus de Paris surexcitèrent les passions et provoquèrent des troubles graves qui nécessitèrent l'intervention de l'armée.
(( A ce moment, les agitateurs disparurent. Leur œuvre était terminée. Les colères ouvrières étaient exaspérées et des conflits sanglants inévitables.
(( Les conséquences de cette agitation criminelle furent tragiques : dans une rencontre avec les grévistes, le lieutenant Lautour fut tué, le lieutenant Alut, des soldats et des gendarmes furent en grand nombre grièvement blessés.
d C'était la révolution.
(( Des bandes de pillards parcouraient le pays, volaient, incendiaient, pillaient.
ce Le Gouvernement prit des mesures énergiques : les fauteurs de désordre furent arrêtés, et parmi eux se trouva un anarchiste des plus dangereux, le sieur Monatte.
(( Celui-ci, pressé de questions par le juge d'instruction, signala tous ses complices.
« Et jeudi 25 mars, des perquisitions furent opérées à Paris, dans les bureaux de la Croise, du Pèlerin, âe V Action lihércde, dont le présideni; e^>t M. Pion, et chez un grand nombre de présidents de groupes royalistes, iini)érialistes et plébiscitaires.
ft La paiiicipaiion de ces jotirnaux et groupes à la préparation des désordres qtii ont ensanglanté le bassin houilier du Nord serait certaine, d'après les renseignements fournis par le ministère de Tintérieur.
(( Les royalistes, les libéraux à la manière de M. Piou et de la Croix, comptaient encore, pour déchaîner la guerre civile en France, sur la journée socialiste du l*^'' mai.
{( Ils avaient répandu des agitateurs dans les imilieux .prolétariens pour provoquer des troubles sur toute l'étendue du .territoire.
(( Réussiront-ils dans leurs projets fratricides ?
« Non : l'ordre public sera partout maintenu,
« Mais les électeurs du 6 mai se rappelleront que les réactionnaires comme M. Piou ont mené la France à deux doigts du pillage et de l'anarchie.
(( Ils se rappelleront que ces prétendus hommes d'ordre sont, en vérité, des révolutionnaires, et ils ne voteront pas pour eux.
(( M. Daudé, sénateur, exhibant M. Piou à Mende, le jour de la foire de Pâques, l'a affirmé : Nous sommes des révolutionnaires, a-t-il dit.
(( Les perquisitions qui viennent d'être opérées dans les bureaux de la Croix de Paris et chez les présidents des groupes réactionnaires prouvent que M. Daudé disait la vérité.
(( Oui, M. Daudé, M. Piou et la Croix sont des révolutionnaires.
(( Du sang français tache déjà leurs mains.
(( Honnêtes et paisibles laboureurs de Lozère, vous ne pouvez voter ni pour eux ni pour leurs candidats.
(( Vous voterez pour le candidat lozérien , pour l'ami de la paix sociale, pour le candidat vraiment républicain. »
Ainsi donc, c'était M. Piou qui avait fait les grèves de Lens, et c'était lui dont les mains étaient tachées de sang français ! Est-il permis de mentir avec ce cynisme ! Et comme il est commode de l'emporter sur son adversaire en débitant contre lui avec cet aplomb des accusations aussi graves I Mais ce n'est pas tout.
Voici une autre affiche qui représente M. Piou comme poursuivi par les gendarmes et à la veille d'être mis en prison :
(( Electeurs,
« Vous avez vu dans les journaux que des hommes de tous les partis avaient formé le complot de livrer la France aux mains des suppôts de la monarchie ou de l'empire, et qui lâchement soulevaient l'ouvrier et fomentaient les grèves. Plusieurs de ces gens ont été arrêtés ; des perquisitions se font chez d'autres et chez Piou,
a Piùu fait partie de celle bande, et peut-être demain sera-t-il l'objet d'une arrestation.
(( Lozériens,
(( Ne votez point pour cet homme, qui sera sous peu obligé de rendre des comptes à la justice de son pays.
c( An'ièï'ey Pion, le fauteur des désordres, et vive Vami de la paix et de V ouvrier / »
Voilà des preuves. Le blocard, à Mende, n'a pas eu le dessus sur M. Pieu; sa majorité était trop grande, et l'esprit delà population trop excellent. Mais qui doute que -de telles calomnies n'aient suffi à faire battre les libéraux quand ils n'étaient distancés que de quelques voix ?
Personne n'ignore que le socialisme révolutionnaire est aux inains de la Iranc-maçonnerie. Celle-ci est l'ennemie de la royauté et de l'empire. C'est elle qui a soulevé , de connivence avec le Gouvernement , les ouvriers du Nord contre leurs patrons. Comment pourrait-on croire que les grèves soient l'œuvre des royalistes ou des impérialistes? A-t-on vu aussi des curés parmi les meneurs? Mais les grévistes étaient des anticléricaux fanatiques, puisqu'ils ont dynamité l'église de Montigny-en-Gohelle et incendié celle du Bourget. Et les curés les auraient payés pour détruire leurs églises ! Dans quel pays du monde les assassins sont- ils soudoyés par leurs victimes pour commettre leurs crimes ?
§4. — Dans les siècles passés, l'anticléricalisme a souvent kecouru aux complots pour triompher.
Ce n'est pas la première fois que l'anticléricalisme recourt à de tels procédés pour nuire au catholicisme et avoir une raison apparente de le détruire.
Carvalho, dit Pombal, fut premier ministre en Portugal de 1754 à 1777. C'était un anticlérical ardent.
Il donna aux Anglais le monopole des vins d'Espagne, en établissant à Porto une compagnie anglaise. Puis il chercha à mettre sur le trône de Portugalie duc de Cumberland, en le mariant avec la princesse de Beïra. Il espérait protestantiser ainsi plus vite son pays. Comme les jésuites confesseurs de la maison royale s'étaient fortement opposés à la réussite de ce plan, Pombal ne leur pardonna pas leur fidélité aux lois fondamentales du royaume qui excluaient de la succession à la couronne tout prince étranger, surtout non catholique.
Cet homme était donc un traître, puisqu'il avait voulu mettre un Anglais sur le trône de Portugal. Les Jésuites, en combattant son plan, se montrèrent des patriotes éclairés. Pombal les châtia de leur patriotisme en les persécutant.
Le jour même de l'arrestation des Tavorn, les maisons des Jésuites furent
cernées par les troupes; on y consigna les Pères; on jeta leurs chefs dans les prisons, et tiois d'entre eux, dont le P. Malagrida, furent accusés d'avoir fomenté un complot contre le roi ; les autres furent simplement déclarés complices. Au bout de trois ans d'emprisonnement dans les cachots du Tago, Malagrida fut livré à l'Inquisition, présidée par le frère de Pombal et composée de ses créatures. Celle-ci le remit à l'Inconfidence ou à Pombal lui-même, qui le fit étrangler et brûler dans un autodafé solennel, pour crime de i<orcellerie !
Pombal avait traité la vente de la couronne portugaise avec l'Angleterre^ et il accusait les Jésuites d'avoir organisé un complot contre le roi ! Comme on reconnaît bien là la tactique anticléricale !
Le jugement de Malagrida rappelle celui de Jeanne d'Arc. Le tribunal qui condamna ce religieux innocent à être brûlé comme sorcier, était composé de purs anticléricaux. Voilà un crime dont nos adversaires ne seront certainement pas fiers. Le P. Malagrida ne fut pas le seul à être puni dans le fameux complot. La Compagnie tout entière fut atteinte.
A l'aide de promesses, de menaces et de vexations de toutes sortes, Pombal chercha à faire renoncer à leurs premiers vœux les novices et les scholastiques de la compagnie de Jésus. Ces jeunes religieux furent admirables : ils refusèrent presque tous d'apostasier. Sur l'ordre du ministre, des navires les jetèrent, ainsi que les profès, sur les terres du pape en Italie. Pombal n'en garda que deux cents dans ses prisons pour satisfaire sa vengeance. De ce nombre, quatre-vingt-un périrent de misère et de souffrance. Le P. Laurent Keuler raconta en ces termes la manière dont on les traitait dans les prisons du Tage :
ce Ce sont des cachots souterrains obscurs et infects, où, dit-il, il n'entre du jour que par une ouverture de trois palmes de haut sur trois doigts de large. On nous y donne un peu d'huile pour la lampe, une modique et mauvaise nourriture, de la mauvaise eau souvent corrompue et remplie de vers, et une demi-livre de pain par jour. Ces cachots sont remplis de quantités de vers et d'autres insectes, et de petits animaux qui m'étaient inconnus. L'eau suinte sans cesse le long des murs, ce qui fait que les vêtements et autres choses y pourrissent en peu de temps. »
Quel beau titre de gloire une telle barbarie a acquis au sectaire Pombal !
A la mort du roi Joseph P'', le nouveau roi et la nouvelle reine chargèrent un tribunal de revoir la sentence du prétendu attentat contre le roi. Après l'audition de quatre-vingts témoins, elle fut cassée. Il fut en outre déclaré que les personnes qui avaient été emprisonnées, exilées ou justiciées en vertu de cette sentence, étaient toutes innocentes du crime dont on les avait accusées.
Les prisons furent ouvertes, et huit cents personnes sortirent de dessous terre ; c'était le reste des neuf mille enlevées à l'État par la haine, la férocité ou les soupçons de Pombal , sans interrogatoire et sans jugement. — Les Jésuites survivants parurent avec les autres victimes de ce ministre, à
demi niis, sans autre vêtement que la paille qui leur servait de lit, le teint livide, le corps enflé, si faibles pour la plupart qu'ils ne pouvaient ni marcher, ni presque se soutenir, plusieurs privés de l'usage de la vue par les ténèbres profondes où ils avaient été plongés, quelques-uns enfin les pieds ■pourris et rongés par les rats et les iiisectes. Carvalho fut condamné à restituer des sommes immenses extorquées sous divers prétextes, et relégué dans sa terre de Pombal.
Il ne fut pas le seul à inventer des complots contre les Jésuites. D'Aranda, président du conseil des ministres et grand maître de la francmaçonnerie, fut son imitateur en Espagne.
Pour perdre ces religieux dans l'esprit du roi , il organisa un complot. Cette tactique malhonnête est spécialement chérie des sectaires, car ils l'emploient dans tous les pays et à toutes les époques pour ameuter la populace contre leurs ennemis personnels.
Le duc d'Albe fut l'agent de d'Aranda dans l'organisation de son complot. Il souleva le peuple à l'occasion de la défense faite par le ministre Squillace de porter des (( capas » (grands chapeaux) et des « chambergos » (grands manteaux). On accusa les Jésuites d'avoir fomenté l'émeute, comme si les questions de mode les intéressaient et les préoccupaient ! Avant de mourir, le duc d'Albe avoua sa culpabilité au grand inquisiteur d'Espagne, et ses aveux furent envoyés par écrit à Charles III lui-même. Le duc avait donc excité le peuple à la révolte pour la faire retomber sur les Jésuites ! — Le plan de d'Aranda ayant échoué, car ce furent précisément ces religieux qui réussirent à calmer la populace, il eut recours à un autre moyen pour les faire prendre en horreur au roi. On mit sous ses yeux une prétendue lettre du Père Ricci, général des Jésuites, dans laquelle il annonçait à son correspondant qu'il avait réussi à rassembler des documents qui prouvaient incontestablement que Charles III était un enfant de l'adultère. Cette absurde invention fit une telle impression sur le roi, qu'il donna l'ordre d'expulser les Jésuites, comme on le lui demandait.
Quand on voit un roi se laisser prendre à une telle ruse, doit -on être surpris que le peuple croie celles qu'emploient les loges pour lui arracher ses suffrages aux élections !
La fameuse lettre du Père Ricci avait été fabriquée par le duc de Choiseul; le duc d'Albe l'a avoué avant de mourir. — Faut -il tout de même qu'un sang criminel coule dans les veines des francs -maçons, pour qu'ils aient recours à de pareils moyens contre leurs ennemis !
Voici, maintenant, comment eut lieu l'expulsion. D'Aranda expédia à toutes les autorités espagnoles des deux mondes des ordres signés par le roi, contresignés par lui et revêtus des trois sceaux. A la seconde enveloppe on lisait : « Sous peine de mort, vous n'ouvrirez ce paquet que le 2 avril 4767, au déclin du jour. » La lettre du roi leur ordonnait, sous peine de mort, de saisir immédiatement tous les Jésuites et de les embarquer sur des vaisseaux de guerre pour les transporter ensuite sur le territoire du pape. Au jour convenu, ceux-ci se trouvèrent prêts dans les différents ports
indiqués, et l'ordre du roi fut brutalement exécuté. Les Jésuites furent exilés sans jugetnent. — Telle est la justice des anticléricaux sectaires! Et ils osent parler de leur philanthropie et donner aux catholiques des leçons de liberté, de toléiance et de fraternité! Quelle impudence! Au lieu de manifester pour l'incendiaire Ferrer, jugé et condamné sur la déposition de soixante-dix témoins, ils feraient mieux de le faire en faveur de ces innocents.
Di«>nes émules de Pombal et de d'Aranda, les anticléricaux de France ont trompé le peuple aux élections, non pas pour martyriser les religieux, mais afin de les expulser, puis de les voler ainsi que le clei^é.
Les rois d'Espagne et de Portugal ne furent pas les seuls à croire les prétendus complots dont on accusait les Jésuites à leur égard. L'empereur du Japon y donna son assentiment en 1596. Un Espagnol, ayant vu son navire confisqué par l'empereur Taicosama, voulut lui faire peur. Il lui montra, sur une carte, toutes les colonies appartenant à l'Espagne. Un ministre de l'empereur lui demanda quels moyens on avait employés pour constituer une si vaste monarchie, ce Rien de plus aisé, répondit le. malheureux : nos rois commencent par envoyer dans le pays des religieux qui engagent les peuples à embrasser notre religion, et quand ils ont fait des progrès considérables, on envoie des troupes qui se joignent aux nouveaux chrétiens et n'ont pas beaucoup de peine à venir à bout du reste. y>
Ces paroles furent exploitées aussitôt par les ennemis du catholicisme. On accusa les missionnaires d'être des agents de l'étranger. Les protestants de Hollande et d'Angleterre , afin de supplanter les Portugais et les Espagnols catholiques dans leur commerce avec les Japonais, encouragèrent ceux-ci à exterminer les chrétiens. La persécution fit deux millions de martyrs.
Les anticléricaux excellent dans l'art d'inventer des complots pour tromper le peuple et se le rendre favorable dans la persécution entreprise par eux contre l'Eglise catholique. Ils en porteront éternellement le déshonneur.