‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 2 sur 79 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Dans un article intitulé : « Faut-il ne plus faire de politique ? -p M. de Boissieu écrivait ces lignes dans le Peuple Français :

(( Les nombreuses défaites subies par nos amis sur le terrain électoral ont sensiblement refroidi le zèle politique de beaucoup d'entre eux et créé chez un trop grand nombre, un état d'esprit déplorable contre lequel je crois utile de protester. On entend répéter couramment : « Je ne veux plus m'occuper de politique ; je me confine dans l'action charitable ou l'action sociale. Je me désintéresse complètement des élections et des affaires électorales, d

« Qu'il faille, à l'heure actuelle, un rare courage et un tempérament spécialement trempé pour affronter le métier de candidat, pour avaler les « crapauds j quotidiens que ce métier comporte ; que l'on ne doive s'imposer comme candidat que là où n^existe aucun autre candidat désigné par son passé ou les services rendus, et ayant infiniment plus de chance que vous de décrocher la timbale; que pour la plupart d'entre nous, comme le disaient M. de Poix et M. le marquis de Vogué au Comité d'initiative rurale, la conquête d'un mandat ne doive être qu'un incident (ou un accident) dans une vie consacrée à l'action sociale, tout cela, c'est le bon sens même, et l'on aurait tort d'y contredire.

< Mais de là à prétendre qu'il faut se désintéresser des élections et de la préparation des élections, il y a un grand pas, un pas qu'on ne doit pas franchir. Vous ne vous occupez pas de politique. Fort bien. Empêchez-vous la politique de s'occuper de vous? Vous créez des œuvres admirables où vous mettez non seulement votre argent (ce serait peu), mais votre cœur, votre intelligence. Une toute petite loi passe en sourdine, votée par ces députés et sénateurs que vous méprisez par principe, et voilà votre œuvre à bas. « Qu'on s'en afflige ou qu'on s'en réjouisse, en démocratie, la politique se mêle à tout. En ces conditions, ce n'est pas seulement un droit, mais un devoir pour tout bon citoyen de s'occuper des choses publiques. Dans les républiques antiques, on

marquait dune note d'infamie ceux qui, dans les querelles qui déchiraient la cité, s'abstenaient de prendre un parti et se réfugiaient dans une indifférence commode et hautaine. Catholiques de France, fuyons comme la peste l'indifférence en politique! Multiplions les œuA'res sociales, les œuvres d'apostolat et de conquête populaire. Mais en même temps, revendiquons hautement notre place dans la vie publique d'un pays que nous avons fait grand. Et si, une fois encore, nous sommes des vaincus, consolons-nous en songeant que les victoires politiques sont éphémères, en nous disant aussi que l'estime des adversaires ira plutôt aux vaincus qui les auront fait trembler qu'à ceux qui n'auront même pas essayé de vaincre. »

Les conseils donnés aux cathiohques par M. de Boissieu sont excellents. Il serait vraiment puéril, de leur part, de croire que les anticléricaux respecteront leurs œuvres sociales. Ont-ils respecté leurs écoles? Ils les ont fermées une à une, au nom de la tolérance et de la liberté. Ils détruiront certainement toutes leurs œuvres sociales au nom des mêmes principes, s'ils gardent longtemps le gouvernement en France. D'ailleurs, ils ont déjà commencé à le faire. En 1907, les syndicats de la Meuse possédant des magasins de vente pour les denrées alimentaires ont été poursuivis et condamnés à les fermer. Ils avaient été fondés par des catholiques , et le plus important d'entre eux, celui de Ghaumontsur-Aire, était dirigé par un prêtre remarquable, M. l'abbé Mazelin.

Les catholiques belges, qui ont établi partout des œuvres sociales si belles et si prospères , déclarent sans hésitation que , s'iis n'avaient pas une organisation politique très sérieuse, cellesci seraient promptement détruites par leurs adversaires, dès leur arrivée au pouvoir.

Les catholiques sont découragés de leurs insuccès électoraux, c'est un fait. Mais en connaissent-ils bien la cause? S'il leur était démontré qu'ils peuvent y remédier facilement, leur dégoût ne se changerait-il pas bientôt en ferme espérance?

Tel est le but poursuivi par l'auteur de ce livre. Il a cherché à donner du courage à ceux qui n'en avaient plus , afin qu'ils travaillent avec une ardeur invincibte au triomphe àw catholixîisme en France. La tâche est trop noble peur que les catholiques ne l'entreprennent pas avec générosité, dès qu'ils se rendront compte de la situatioiit et du rem.ède à y apporter.

Ghinoa, le 30 juin 1910..

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