‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 3 sur 79 · CHAPITRE PREMIEPv LES CATHOLIQUES SONT LE NOMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEPv LES CATHOLIQUES SONT LE NOMBRE

Les catholiques doutent d'eux-mêmes, car ils ignorent leur force. Sous prétexte que les anticléricaux font beaucoup de bruit, ils se croient les plus faibles. Qu'ils sachent bien que leurs adversaires ne manifesteraient pas bruyamment et n'auraient pas recours à la terreur pour régner en France, s'ils avaient la majorité du peuple pour eux dans leur lutte acharnée contre la religion. Il n'y a rien de plus éloquent que les chiffres, dit -on avec sagesse. Que les catholiques peu courageux se rassurent un peu en méditant ceux qui vont leur être soumis.

A la plus récente statistique officielle sur la religion des Français, 37800600 personnes se déclarèrent catholiques, et 85000 seulement inscrivirent sur leur feuille de recensement : a. néant ou libre penseur. » La France renferme donc quatre cent quarante-quatre fois plus de catholiques que de libres penseurs ! Logiquement, s'il y a un Français qui approuve les lois sectaires votées par les Chambres, quatre cent quarante-quatre Français les désapprouvent, puisqu'ils ont déclaré librement, sur leur feuille de recensement qu'ils étaient catholiques.

Aux inventaires, vingt mille communes sur trente-six mille ont résisté à ce prélude de la spoliation, malgré toutes les ruses employées par les agents du Gouvernement pour éviter cette résistance. Dans la circonstance,

le peuple n'a-t-il pas condamné la loi de Séparation votée sans son autorisation, puisque cinquante-deux députés seulement sur cinq cent quati^evingt-quatre l'avaient inscrite dans leur programme électoral sans expliquer, bien entendu, en quoi elle consisterait ? Rien n'est plus évident.

Par la voix de ses conseils généraux, le peuple s'était généreusement prononcé déjà contre la loi sectaire sur les Associations. Les deux tiers des assemblées départementales avaient refusé de l'approuver. Mais le Gouvernement avait passé outre, prouvant par cet acte autocratique qu'il était antidémocratique .

Des catholiques liardis et dévoués organisèrent un pétitionnement contre la loi de Séparation dans un certain nombre de départements. Si cette mesure avait été adoptée partout, elle eût eu une éloquence irréfutable et elle eût prouvé au monde que le peuple français désapprouvait cette loi schismatique. La tyrannie maçonnique eût été manifeste et se fût écroulée sous la réprobation universelle. Mais tous ne comprirent pas l'importance de cette pétition. Néanmoins elle recueillit quatre millions de t^ignatures. Le Gouvernement, effrayé de ce mouvement qui pouvait rendre sa politique impuissante, iit circuler une pétition en faveur de la même loi, engageant fortement tous les fonctionnaires à la signer. Malgré une pression énorme, -elle obtint avec beaucoup de peine, dans toute la France, cent mille signatures. Est-ce concluant?

Enfin la statistique suivante éclaire la situation d'un jour tout particulier.

A Tours, les vicaires de la cathédrale visitèrent leurs paroissiens après le vote de la loi de Séparation. Ils demandèrent à chaque famille si elle désirait le maintien des ministres du culte. Sia^ quinze cents ou seize cents personnes interrogées, dix ou douze seulement donnèrent une réponse équivoque. Toutes les autres déclarèrent qu'elles voulaient conserver leurs prêtres.

Cette statistique absolument authentique ne prouve-t-elle pas éloquemment que le peuple n'est pas ennemi de la religion et que la loi de Séparation n'avait nullement ses sympathies?

^i. — Le peuple et les inventaires

Au moment des inventaires, les manifestants favorables à la loi de Séparation furent-ils nombreux? Voici des chiffres très éloquents.

C'est à Lille qu'ils parurent en plus grand nombre. Or ils n'étaient que ■deux ou trois cents, tandis que l'église Saint-Pierre-Saint-Paul était archicomble et que plus de six mille personnes étaient groupées sur la place Nouvelle- Aventure. Cinquante socialistes ont montré leur courage en frappant un vieillard qui criait : a Vive la liberté! » , en injuriant et en frappant lâchement des femmes. Ils ne s'attaquèrent pas aux hommes robustes et valides. Ils allèrent manifester par bandes sur la grande place, en réponse

à la manifestation des catholiques qui, partis au nombre de trois mille, étaient allés protester quelques jours auparavant à la préfecture, contre l'absence de l'agent du fisc, qui n'avait pas paru à l'église Sainte-Catherine, le jour désigné. Leur nombre avait considérablement grossi sur tout le parcours. Le monde se mettait aux fenêtres et applaudissait... Mais personne n'applaudit au passage des bandes socialistes personnifiant la tyrannie anticléricale. La sympathie de la foule allait manifestement à ceux qui réclamaient la liberté. Des arrestations furent opérées; les personnes arrêtées appartenaient toutes au monde ouvrier. Celui-ci avait donc, dans la circonstance, revendiqué hautement la liberté de croire. La manifestation des catholiques avait été toute spontanée. Il ne se trouva que quelques apaches pour les contredire ce jour- là. Les socialistes ne furent en nombre à l'inventaire de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul qu'à cause de l'injonction qu'ils reçurent des loges de s'y trouver. Qui oserait dire que la majorité des habitants de Lille était favorable à la loi de Séparation ?

A l'inventaire de l'église Sainte -Clotilde, à Paris, les catholiques furent au nombre de plusieurs milliers. Une douzaine de pâles voyous crièrent : « A bas la calotte ! » A Saint -Pierre du Gros-Caillou, où la défense fut si énergique, vingt mille personnes se pressèrent dans les rues adjacentes. Les trois cents héros qui ont bravé l'assaut des cambrioleurs légaux étaient pour la plupart des ouvriers, des employés et des jeunes gens. Pas un anticlérical n'a paru.

A Compiègne, le receveur de l'enregistrement n'a pu trouver les deux témoins réglementaires. Ce furent deux vieillards de l'hospice civil qui en tinrent lieu à l'inventaire de l'église de la Visitation, à Saumur. A Saint- Servan, on compta cinq mille manifestants contre l'inventaire. « Je me suis adressé à des ouvriers servanais, dit le commissaire central au capitaine Spiral. Mais ceux-ci n'auraient pas pu marcher sans s'exposer à être chassés de leurs ateliers. » Les anticléricaux invoqueront-ils cette phrase en faveur de la popularité de leur loi ?

Dans la plupart des communes de France, les agents du Gouvernement ne purent trouver des crocheteurs. Ils durent employer des malfaiteurs extraits de la maison d'arrêt voisine. Comme la foule indignée conspuait ces individus au Monastier, l'un d'eux avoua : (( On nous a promis la liberté, si nous consentions à crocheter la porte de l'église. »

Après que le Gouvernement eut modifié la formalité des inventaires dans les départements où la résistance était le plus énergique, M. Bouhoure, préfet de la Haute-Loire, fit cette déclaration à M. Jules Râteau, rédacteur à VÉcho de Paris : a. La dépêche de M. le ministre de l'Intérieur m'a causé une grande joie, car elle supprime les chances de conflit dans la proportion de 95 p. 100. Depuis quelques jours je vivais, je vous avoue, dans des transes perpétuelles, car d'heure en heure je redoutais d'apprendre les plus grands malheurs ; le déjmrtement tout entier est soulevé. Très catholiques et profondément attachés à leur sol, les paysans sont décidés à tout, même à mourir, plutôt que de céder. »

En apprenant la décision gouvernementale, les paysans dirent : (( Nous avons fait capituler le Gouvernement. On nous a laissé nos églises, c'est tout ce que nous voulions. » Cet aveu caractérise admirablement le motif de la résistance aux inventaires dans toute la France. Le peuple a manifesté de lui-même. Le président du tribunal de Versailles l'a reconnu publiquement : (( M. le curé de Saint-Symphorien avait autorisé l'entrée du préfet et de l'inspecteur. Mais partout les curés ont été débordés par leurs paroissiens. )) Ceux-ci ont flairé la tyrannie sous les promesses hypocrites des sectaires. Tandis que les juges affirmaient, comme le président du tribunal, de Versailles : (( Le gouvernement n'a pas l'intention de s'emparer des biens des catholiques, » le peuple chrétien vit dans les inventaires le préambule de la confiscation. L'avenir a prouvé qu'il ne s'était pas trompé. Son héroïque protestation n'a pas été inutile, car elle a sauvé les églises et leur mobilier. Les voleurs anticléricaux n'ont pas osé mettre la main dessus.

Dans la séance du 7 mars 1906, M. Lerolle a mis à nu l'impopularité de la loi de Séparation, quand il a dit à la gauche : (( N'est-ce pas votre faute, puisque vous avez rompu avec Rome sans l'aveu du pays ? Quatre millions de signatures vous avaient prévenus de l'indignation du pays. »

En manifestant, les paysans catholiques partageaient la manière de voir d'André Régis, qui fit cette déclaration avant de mourir : « Nous suivions les gendarmes. Nous étions dix ou vingt. Nous les avons suivis jusqu'au bois de Chazottes. Je ne les ai pas frappés, mais j'avais un bâton et je leur criais : « Fainéants, vous venez voler le bon Dieu de Montregard ! » Alors le brigadier de Montfaucon s'est retourné... Régis fut assassiné au nom de la tolérance , de la liberté et de la fraternité anticléricales ! ! !

Voici un autre fait qui prouve bien que, si le peuple français est républicain, il n'est pas anticlérical. A Gaudebec-les-Elbeuf (Seine-Inf^e), le conseil municipal vota la destruction du splendide calvaire érigé dans le cimetière. De prime abord, on serait tenté de croire que l'assemblée municipale reflétait la mentalité des habitants. Illusion ! Aucun d'entre eux n'a consenti à se déshonorer en se prêtant à cette sacrilège opération. Les conseillers municipaux ont dû eux-mêmes, adjoint en tête, y procéder à coups de pioche, de pic et de pelle. Les débris du calvaire ont été enlevés par l'un d'eux dans le tombereau qui sert à emporter les ordures et déversés dans un coin inconnu.

Nombreux furent, parmi les manifestants, ceux qui avaient voté pour des députés blocards. Aussi vit -on en maints endroits des affiches comme celles-ci, apposées à la porte des églises cambriolées : « Électeurs de Gère (député blocard de l'arrondissement de Saint-Claude), voilà votre œuvre I )) Cette affiche fut apposée à Saint-Laurent- Grand veux (Jura), où les gendarmes s'étaient conduits avec une brutalité révoltante.

Partout les journaux enregistraient cette opinion générale : (( Les élections législatives sont faites. Un candidat gouvernemental serait chassé de partout à coups de fourches et au son des casseroles. » Gomment expliquer le

succès du Bloc aux élections de 1906 ? N'est-ce pas un mystère qui doit cependant avoir une explication?

A Auch, les camionneurs, les tapissiers, les portefaix ont tous refusé de porter les meubles de M»'' Ricard sur la place publique. Quatre manœuvres ont été difficilement trouvés. La veille, trois mille hommes, dans un meeting, avaient approuvé l'attitude énergique de leur vaillant archevêque. Oserat-on tirer de ces faits un argument en faveur de la popularité de la loi de Séparation ?

La municipalité de Montpellier ayant aclieté le collège des Pères jésuites, on a vendu le mobilier. Une grande quantité de crucifix et de tableaux ont été entassés sur des charrettes par des brocanteurs qui les avaient achetés à vil prix. A leur passage, la foule indignée a poussé à maintes reprises les cris de : « Au voleur ! A bas la franc-maçonnerie ! Vive la liberté ! »

M. Faguet, maire d'Argy (Indre), ému des protestations de ses administrés contre le départ du curé, qu'il avait chassé du presbytère, est allé demander un autre prêtre à Ms'' Servonnet, archevêque de Bourges.

M . Briand a lui-même avoué l'impopularité de sa loi : « Il devait fatalement y avoir des flottements, alors que l'État voyait la masse des catholiques et leur clergé se refuser nettement à accepter la loi. » Dans cette même séance du 19 février 1906, il ajouta : « J'arrive à la déclaration des évêques. Quel que soit notre sentiment, nous sommes bien obligés de reconnaître l'union absolue des évêques, du clergé et des catholiques contre la loi. ))

La mentalité du peuple français n'a pas changé depuis cette époque. La conduite des habitants de Montpellier et d'Auch le prouve bien. L'affirmation du bloc et de M. Briand que la loi de Séparation avait été ratifiée par le sudrage universel est donc démentie par les faits.

Au mois d'août 1909, un conseiller municipal de Noyon demanda au sénateur maire, M. Noël, de liquider enfin la situation du presbytère par une nouvelle adjudication ou une mise en état d'être loué.

Le maire répondit « qu'il n'y avait rien à faire, quant au présent, sinon temporiser, attendu qu'aucun catholique de la cité ne voulait enfreindre la défense qui lui était faite d'acquérir ou même de louer le presbytère, par crainte d'excommunication ».

Le 27 juillet 1909, à Saint-Jean-le- Vieux (Basses-Pyrénées), une troupe imposante de gendarmes, encadrant deux pâles crocheteurs onbauchés on ne sait où, vint devant le presbytère. Le vicaire s'était barricadé avec quelques amis. La foule, avertie par le tocsin, a vigoureusement hué le commissaire.

Ces faits peuvent-ils être invoqués par les sectaires comme une approbation populaire de la loi de Séparation?

J^ 2. — Ll-: PKUPLK ET LES CULTUELLES

Let> sectaires ne se lassent ()as, dans leurs journaux ou leurs discours, (l'affirmer que le peuple a réclamé et ratifié la loi de Séparation î Vraiment son attitude ne prouve-t-elle pas le contraire? Si son enthousiasme avait été aussi grand qu'ils l'assurent, n'aurait- il pas formé partout des associations cultuelles? Or on n'en a compté qu'une vingtaine sur toute l'étendue du territoire français ! Et encore la plupart furent imposées aux populations par quelques libres penseurs. On vit ces hommes de génie faire baptiser leurs enfants par un curé schismatique ou se marier devant lui. Et auparavant ils avaient refusé le ministère du prêtre catholique sous prétexte qu'ils considéraient ses mômeries comme indignes d'un esprit épris de justice et de liberté, comme contraires à la raison humaine (?). Vingt cultuelles sur trente-six mille communes, n'est-ce pas un maigre succès pour Fanticléricalisme ?

Une question se pose naturellement : Ont-elles été demandées ou ratifiées par les populations? Voici quelques faits très probants.

Contréglise (Ht^-Saône), a vu se fonder, en avril 1907, une cultuelle schismatique, à la tête de laquelle se sont mis tous les libres penseurs de l'endroit. Sans droit, sans qu'aucune dévolution régulière eût été faite, les schismatiques s'emparèrent de l'église et en expulsèrent le curé légitime, l'abbé Cadet, pour y mettre un curé schismatique nommé Tavel. Celui-ci avait quelque parent dans la commune, mais ses avatars avaient eu leur écho dans les parquets. Tavel dut quitter Contréglise en fin septembre. Villatte était venu en tournée pastorale donner la confirmation aux libres penseurs du cru. Les confirma-t-il dans leur illogisme? Mystère.

A Stenay (Meuse), une cultuelle a été établie de force par le maire avec le concours de la gendarmerie et de la troupe. Le récit de cette fondation a paru dans la Croix, le 19 août 1907. Il mérite d'être rappelé, tant il est suggestif.

(( L'introduction imprévue du sieur Constantin (?), soi-disant ancien professeur du séminaire de Périgueux (?), dans l'église de Stenay, fut un coup de surprise habilement organisé et exécuté par le maire franc-maçon de la ville. Vers 11 heures du matin, environ cent personnes font à l'apostat, au sortir de sa première messe, une conduite dont il gardera un souvenir amer.

« Barbe arrachée par d'irrespectueux gamins, huées, sifflets, etc., obligation de chercher un autre local, car les convives ordinaires de l'hôtel du Commerce ne veulent pas passer une heure de plus sous le même toit, etc., tel est le bilan de cette première journée.

(( La journée du 15 août fut fertile en incidents de toutes sortes, preuve

que la foi n'est ni morte ni près de s'éteindre dans le cœur des Stenaisiens.

(( Dès 7 heures du matin, les gendarmes de Stenay, Dun, Montmédy,

viennent cerner l'église; à 9 h. 45, une compagnie de chasseurs à pied

prend position sur la façade nord. Les blocards du canton, convoqués d'urgence, arrivent; mais les catholicjues de chaque paroisse les accompafi:nent et se moquent si bien d'eux, que plusieurs promettent de se tenir coi et de se cacher.

(( Les sonneries des cloches se font entendre dans les mêmes conditions que précédemment : pointant les sonneurs attitrés, comme du reste tous les employés de l'église, ont refusé leur concours.

« A 9 h. 50, M»'' Maugin, doyen de Stenay, escorté du clergé })aroissial et de quelques prêtres des environs, paraît sur la place de l'église noire de monde. Silence émouvant : les catholiques de Stenay arrivent successivement prendre place autour de leur curé et l'escortent jusqu'à l'entrée principale de l'église. D'une voix forte, M. le doyen réclame à M. le maire sou église pour y célébrer la messe catholique comme par le passé. Au refus du maire succèdent les récriminations de toute la foule. Pas un cri hostile n'a été jusqu'alors entendu, pas même des deux douzaines de « quarante sous » chauffés à blanc pour la circonstance. La police s'apprête à faire évacuer le péristyle de l'église ; un piquet de soldats s'ébranle, le commissaire porte la main sur M. le doyen, qui se voit contraint de reculer. M. le maire dit qu'il a la force armée pour faire respecter la loi et se protéger. M^'' Maugin s'écrie ; <s. Et moi, je n'ai pas besoin des baïonnettes des soldats pour me protéger, il me suffit d'avoir le cœur de mes paroissiens. »

(( Les bravos et les vivats éclatent de toutes parts. Mais il faut reculer pour livrer place au schismatique, qui paraît entouré d'un triple cordon de gendarmes et qu'on accueille par les cris redoublés : « A bas l'apostat ! A bas Villatte ! Vive l'Église catholique ! V^ive la liberté ! » etc. etc.

(( Sur la demande expresse des catholiques, M. le doyen se rend dans son oratoire privé, et, les fenêtres ouvertes, la foule assiste à la messe. Eftectivement, elle se masse (plus de six cents personnes) sur la place du Tribunal et chante, avec un admirable enthousiasme, le cantique Je suis chrétien, le Credo, le Pater, etc. etc.

(( Cette messe Unie, on retourne aussi vite à l'entrée de l'église i-ejoindre les braves qui sont restés là pour manifester et tenter de pénétrer dans l'église. Plusieurs réussissent et i-essortent en disant qu'on y boit, qu'on y fume comme dans un caboulot. A cette messe sacrilège, il y a bien vingtcinq assistants, dont huit femmes. A la sortie, on les voit défiler la tête basse. Plusieurs déclarent qu'ils ont voulu voir et rigoler, mais que c'est bon pour une Ibis, etc. A son tour, Constantin paraît; on hurle, et un piquet de gendarmes le reconduit par les rues détournées pour éviter les rassemblements qui pourraient se former et lui devenir fatals.

(( Jusqu'à midi, tumulte général ; quelques cris hostiles aux catholiques se (ont entendre. Un courageux jeune homme, se voyant seul au milieu d'une bande de forcenés, tire un revolver et refroidit subitement leui- ardeur sauvage. A la parole du lieutenant de gendai-merie, il rentre son arme et les toise dédaigneusement pendant quelques minutes. On pourrait citer un grand nombre de ces actes de crânerie qui honorent leurs auteurs. Ayant

refusé de recevoir les éloges mérités qu'on voulait leur offrir, nous nous abstenons de les nommer, pour ne pas blesser leur modestie.

(( A midi, un peu de calme renaît, et les cultuellistes vont se cacher conmie des taupes. En résumé, très peu de manifestations hostiles; seuls quelques personnages avinés font entendre des cris qui restent sans écho. Ce n'est pas une cultuelle que nous avons à Stenay, c'est vraiment une ridicultuelle.

(( A 4 heures, on improvise des vêpres et une procession de la sainte Vierge dans le parc de M'"^ du Verdier. Plus de six cents personnes y prennent part ; si on avait été prévenu à temps, ce nombre eût été doublé. On reconduit Ms^' Maugin d'une manière triomphale, et, sur le parcours de 500 mètres qui séparent le château du presbytère, on n'entend pas le plus petit cri contraire.

(( Si nos ennemis avaient voulu préparer une manifestation catholique, ils n'auraient, certes, pas mieux réussi ! » Tel est le résumé que M?'' Maugin fit de cette splendide journée, qui est le prélude d'autres non moins belles et non moins réconfortantes pour tout cœur catholique ! »

Le lecteui- a bien noté la différence du nombre des manifestants dans le camp catholique et le camp anticlérical. Celui-ci a réuni vingt-cinq amis de la rigolade, et l'autre, plus de six cents convaincus. L'anticléricalisme osera-t-il affirmer que les Stenaisiens on ratifié la loi de Séparation et approuvé les cultuelles avec un enthousiasme délirant? Les mêmes constatations sont à faire ailleurs.

Tavel réussit à s'emparer de l'église de Gussey-sur-l'Ognon (Doubs), sur les confins de la Haute-Saône, où une cultuelle s'était aussi fondée. Il dut se retirer devant les protestations des habitants.

Il fit une apparition à Oyonnax (Ain), mais il dut s'enfuir sous la risée universelle.

Enfin, après l'assassinat de Barberot par les cultuellistes libres penseurs de Contréglise, qui étaient allés le chercher pour faire un mariage schismatique, le préfet de la Haute-Saône lui interdit de célébrer ce mariage et lui intima l'ordre de quitter le pays. Les assassins de Barberot ne furent nullement inquiétés. Les libres penseurs réservent leurs manifestations de sympathie pour Ferrer, le chef des pétroleurs des couvents de Barcelone ! Ils ne se dérangent pas pour leurs victimes, et la justice les laisse en liberté, comme s'ils avaient commis une bonne action. Quelle bonté !

A la cultuelle de Merville (Calvados), le curé schismatique n'avait, en décembre 1906, qu'un seul homme, son servant, pour assister à la messe sacrilège, qu'il a dite sans missel, avec un verre en guise de calice. ,^ Tous ces faits nous prouvent, d'une manière éclatante, que le peuple n'a jamais voulu la loi de Séparation. Dans un sujet aussi important, l'abondance ne saurait nuire. Si nous pouvons trouver des populations chassant du conseil municipal des anticléricaux s'étant montrés des partisans zélés de la loi tyrannique contre l'Église, les sectaires seront à jamais confondus. Rien n'est plus facile.

§ 3. — Les électeurs condamnent les partisans

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