‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 28 sur 79 · LA FRAUDE APRÈS LE SCRUTIN · texte numérisé non relu

LA FRAUDE APRÈS LE SCRUTIN

Nous avons vu quels procédés l'anticléricalisme emploie avant et pendant le scrutin, afin de se ménager un apparent triomphe électoral.

Mais c'est surtout au dépouillement du scrutin que la fraude se commet. Généralement on réunit ensemble , par paquets de cent , les bulletins d'un même candidat. On substitue alors un paquet blocard à un paquet libéral. On multiplie l'opération jusqu'à ce que la majorité soit acquise au sectaire. Pourvu qu'il ait une majorité de quelques voix, cela suffit. On le préfère même, car la supercherie est moins évidente. Le peuple croit que la lutte a été chaude et que le résultat est sincère !

Quand les libéraux sont en nombre pour surveiller le dépouillement du scrutin, et que cette substitution est impossible, le bloc suscite une bagarre arrêtée jusque dans ses plus petits détails : l'urne est renversée, la liste d'émargement déchirée pour supprimer tout contrôle, et alors des bulletins libéraux sont remplacés par des radicaux. Ainsi que les fraudeurs, les fauteurs de troubles sont payés généreusement pour faire leur besogne.

Qui donc pourra mesurer le respect de l'anticléricalisme pour la volonté nationale? Un ancien député du Midi a fait cet aveu : (( Les élections se font, dans ma région, avec l'argent que les fraudeurs en vin donnent pour ne pas être inquiétés. Ah ! si on poursuivait jusqu'au bout les affaires de fraude, on découvrirait des scandales inouïs, dans lesquels le régime luimême serait englobé. Malgré toutes les enquêtes judiciaires, on peut être assuré que le public ne saura jamais qu'une faible partie de la vérité. »

Ces paroles en disent long sur les scandales électoraux que l'on découvrirait, si une instruction judiciaire sérieuse était entreprise sur les fraudes !

Non seulement les fraudeurs électoraux sont grassement payés, mais ils sont assurés de l'impunité la plus absolue.

L'un d'entre eux, ayant été pris en défaut à Paris, en substituant un

paquet de bulletins à un autre, fut condamné à six mois de prison. Il ne les fit pas. Chaque jour il rentrait chez lui.

Passons en revue les principales fraudes commises dans ces dernières années.

Dans une grande ville du centre, vers midi, un commissaire central causait avec deux autres fonctionnaires des chances du candidat libéral. « Le résultat des élections est dans ma poche, » dit-il en frappant sur des paquets de bulletins qu'elle contenait. De fait, le radical fut proclamé élu le soir même.

Aux élections municipales de 1908, le résultat fut annoncé dans une préfedture du centre une heure avant la fin du dépouillement des votes ! Est-ce assez concluant?

En 1902, M. Leret d'Aubigny, candidat libéral, qui avait obtenu dans les cantons de La Flèche, de Malicorne et de Sablé, des majorités formidables et dont la victoire ne faisait de doute pour personne, a été déclaré battu par 10177 voix contre 12141 à M. d'Estournelles de Constant, député sortant blocard.

La plaisanterie parut un peu forte. Devant les réclamations indignées, la préfecture ajoutait le lendemain 600 voix à M. Leret d'Aubigny, soit 10777 voix. N'était-ce pas l'aveu que des tripatouillages avaient été commis le dimanche soir au détriment de M. Leret d'Aubigny?

On a assuré que, dans plusieurs communes, on avait trouvé plus de bulletins que d'électeurs inscrits.

Dans une commune de la Corrèze, les bureaux électoraux ont été toute la journée tenus par un seul individu, qui faisait à la fois fonction de président, secrétaire et assesseur, abusant de l'ignorance des électeurs. Des paquets de bulletins du candidat radical voisinaient avec l'urne.

A Paris, M. Daniel Cloutier, candidat antiministériel, a raconté ce qui suit :

(( Dans la 2^ circonscription du IV^ arrondissement, à la section du passage Saint-Pierre, où j'ai obtenu plus de 50 p. 100 des suffrages, un scrutateur a été pincé au moment où il fi... lait sur la table un paquet de bulletins au nom de l'un des candidats ministériels. Arrêté immédiatement et conduit au poste, cet individu fut reconnu pour un des multiples « entretenus » de la mairie. »

Dans le Gers, M. Delpech-Cantaloup, candidat libéral, n'a été battu que grâce à la pression et au vol. Des protestations ont été formulées dans presque toutes les communes contre la sincérité des opérations électorales : au dépouillement, on a trouvé 700 bulletins de plus qu'il n'y avait d'émargements ; à Fleurance, sur 1300 inscrits, M. Delpech-Cantaloup obtint 46 suffrages, quand 300 électeurs proclamaient avoir voté pour hii.

Dans le XXI^ arrondissement, à Paris, quartier de Bercy, fiefélectoial du ministre Millerand, M. Colly a été proclamé élu, au scrutin de 1^R)2, par le président de la section, le dreyfusard Sabot, adjoint au maire.

Or le procès- verbal et le Bulletin municipal officiel portaient les chiffres suivants :

Bulletins dans l'urne 2062

Bulletins blancs et nuls à déduire 33

Suffrages exprimés 2029

Majorité absolue 1016

Suffrages en faveur de Colly 1011

Il manquait donc 5 voix à M. Colly pour être élu.

Le 16 mai 1902, on lisait dans la Croix, relativement aux élections de Montauban, l'article suivant :

(( La commission de recensement du Tarn-et-Garonne, réunie à Montauban, a proclamé le scrutin de ballottage du 11 mai.

(( M. Gapéran, ministériel, est élu député par 12994 voix contre 12993 données à M. Prax-Paris, député sortant, antiministériel.

(( Le résultat de la longue séance de la commission de recensement a provoqué un grand étonnement.

((A 5 heures," hier, cette commission reconnaissait que M. Prax-Paris avait 12995 voix et M. Gapéran 12994. M. Prax-Paris était élu. La préfecture, sur l'ordre du ministère, voulait à tout prix l'élection du ministériel ; et la commission recommença son travail. Une heure après elle annulait deux bulletins à M. Prax-Paris, précédemment jugés valables, et elle proclamait M. Gapéran élu à une voix de majorité. »

En 1902, la commission de recensement de la Gharente-Inférieure a constaté que, dans la circonscription de Jonzac, M. Marchand, antiministériel, avait obtenu 10179 suffrages, et M. Pommeray, député sortant, radical, 10172.

Et elle proclamait M. Marchand élu. Puis, probablement sur un ordre de la préfecture, la commission a déclaré que huit bulletins devaient être retranchés du chiffre de voix obtenu par M. Marchand , et elle a décidé de laisser à la Chambre le soin de proclamer quel était le député élu.

La commission est revenue sur sa décision. Pourquoi? Elle a déclaré se désintéresser de la question !

§ 1. — Invalidations

Quand l'anticléricalisme ne peut exercer la fraude à cause d'une intelligente surveillance du scrutin, il réclame l'invalidation des élections qui lui sont défavorables. 11 ne doute de rien, en vérité 1 II n'est pas embarrassé pour trouver des arguments en faveur de ses réclamations ! Men-

songes, calomnies, etc., tout lui est bon. VÉclairen a donné une preuve saisissante au mois de juin 1904.

<c Le l^r mai 1904, raconte ce journal, la municipalité anticombiste de Nevers a été réélue, malgré les quatre cents coups faits par ses adversaires. (( L'ancien maire, M. Pigalle, fut en conséquence maintenu dans la fonction qu'on destinait à M. Massé.

ce Un si cuisant mécompte ne se pouvait souffrir, et comme la majorité obtenue, sur un chiffre de 6000 électeurs inscrits, n'était que de 2 à 300 voix, les entrepreneurs d'invalidations, qui abondent dans le (( bloc » pour corriger les décisions du corps électoral, dénoncèrent à tout hasard les nouveaux élus au conseil de préfecture.

(( Que demandaient -ils? Presque rien : l'annulation des élections de Nevers, Ils n'en fournissaient, d'ailleurs, aucun motif qui pût être retenu par aucune juridiction, sinon que le a bloc » devait avoir raison, parce que le a bloc », en principe, doit faire ce qui lui plaît, et que c'est là toute sa loi.

a Une telle requête n'avait guère de chances d'aboutir, même devant un conseil de préfecture docile aux désirs d'un cabinet où le vertueux Edgar est tout-puissant.

(( C'est alors qu'on inventa le fameux scandale.

« On se flatte, continue M. Thiébaud, par des histoires de ce genre, non seulement de rendre le maire de Nevers impossible, mais de décourager le monde catholique de voter pour des libertins aussi dévergondés.

a Comment donner ses suffrages à une liste municipale dont le chef se promène par les concerts de la ville dans le costume du père Adam?

(( Telle est la jolie tactique ^des inventeurs de cette perfidie, fort drôle, mais aussi fort mensongère. »

Une autre tactique a été employée par l'anticléricalisme pour obtenir' l'invalidation de ses adversaires.

En Vendée, des individus, notoirement connus comme partisans de M. Chailley, député ministériel des Sables, allèrent de porte en porte, circulèrent sur le remblai, sur le port, à l'approche des chantiers de construction, sollicitant des signatures sur papier blanc. Ils s'adressèrent même aux femmes, aux jeunes gens.

ce Ce n'est pas, disaient-ils, pour demander l'invalidation de M. de la Rochethulon ; c'est, disaient les uns, pour protester contre un curé qui demande de l'argent pour agrandir son église; c'est, disaient les autres, pour demander l'expulsion des rédemptoristes, »

11 y a des gobeurs partout, et ils trouvèrent des signataires. Quel culte les anticléricaux professent pour le suffrage universel ! Seuls ils ont droit au succès. Certes, il n'est pas surprenant qu'ils soient si opposés à la représentation proportionnelle! Ce mode d'élection consacrerait les droits de la minorité et réaliserait le gouvernement du peuple par le peuple. De cela ils ne veulent à aucun prix. 0 les grands démocrates ! Néanmoins ils prétendent être les serviteurs du Peuple souverain I

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§ 2. — Élections de 1906

Le 25 mai 1906, un article paru dans un journal parisien signalait à l'attention du public des fraudes plus importantes que n'avaient été celles de 1902.

(( Il est faux de dire que l'opposition libérale a été vaincue dimanche dernier. Elle a été simplement volée et volée honteusement par les séides du « bloc )). L'élection de Montauban en est une preuve manifeste. Je ne crois pas, même en remontant aux plus mauvais jours de la candidature officielle, du vol, de la fraude et de la pression gouvernementale, que l'on puisse trouver semblable banditisme électoral.

(( M. Capéran, battu au premier tour de scrutin à 13 voix de majorité absolue et 632 voix de majorité relative par M. Henri Delbreil, ancien sénateur libéral, a été proclamé député dimanche dernier, à 900 voix de majorité.

(( Or on a trouvé, dans les 30 communes de l'arrondissement gouvernées par les municipalités radicales, 600 bulletins en plus des votants.

(( Dans la ville de Montauban, il y a eu, au second tour de scrutin, 600 votants de plus que le 6 mai. Ce sont les morts et 'les soldats sans congé qui forment le contingent principal de cette augmentation inexplicable.

(( M. Fernand Rey, maire blocard d'une petite commune, a été surpris au moment où il substituait à des bulletins de M. Delbreil des bulletins de M. Capéran.

(( Dans une autre commune, les scrutateurs chargés du dépouillement appelaient les bulletins de M. Delbreil au nom de M. Capéran. Ajoutez à tous ces tripotages l'annexion aux procès-verbaux de bulletins Delbreil parfaitement valables, une distribution de bons de secours que l'on dit atteindre 20 000 francs, une pression indigne sur les cantonniers et autres employés, conduits par bande au scrutin , comme un troupeau d'esclaves , la diffusion des journaux blocards, remplis de mensonges, d'insultes et d'ignominies, et vous aurez une idée de l'élection de Montauban le 20 mai.

(( Malgré ce torrent d'infamies, M. Delbreil a été élu deux fois député par le suffrage universel, et deux fois de suite la préfecture a proclamé son concurrent. Un volumineux dossier de faits scandaleux se forme en ce moment et sera étalé au grand jour de la Chambre par un député de l'opposition. Nous verrons bien si le Parlement français osera couvrir de son approbation un escamotage aussi révoltant de la volonté populaire 1 »

En 1906, la falsification du scrutin a été vraiment officielle.

M. de Barbançois a relevé dans une lettre les agissements scandaleux des

fonctionnaires pour falsifier les scrutins dans la 2^ circonscription de Ghâteauroux :

« Député sortant de la 2^ circonscription de Châteauroux, dit-il, j'ai vu mon élection volée le 20 mai , grâce à des fraudes qui ont attribué à mon concurrent 77 voix de majorité.

oc Je me garderai bien de vous signaler ce fait comme une curiosité ; mais ne pensez-vous pas que, lorsqu'on a volé un homme, il est de mauvais goût de se moquer de lui ?

ce Or, voici l'excellente plaisanterie qu'a imaginée M. le préfet de l'Indre :

(( La commission chargée du recensement du scrutin est, comme vous le savez, composée de trois membres. M. le préfet a jugé spirituel de désigner comme membres de cette commission mes deux concurrents : MM. Parise et Mirveaux, qui se sont tous deux présentés contre moi en octobre, et dont l'un s'est représenté à nouveau contre moi le 6 mai. Tous deux s'étaient désistés en faveur de M. Gosnier, qu'ils ont été appelés à proclamer élu par 77 voix sur 12354 votants.

(( N'ayant eu que deux concurrents, on a été obligé de compléter la commission de recensement au moyen d'un non combattant, et c'est dommage. »

La lettre de remerciements de M. Paul Leroy - Beaulieu à ses électeurs de Montpellier n'est pas banale. Elle établit, en effet, avec une admirable précision les faux matériels commis à son détriment :

a Les procès -verbaux des communes me donnaient 18 voix de majorité sur mon concurrent, et cependant vous connaissez les fraudes énormes accomplies contre nous dans la seule commune de Paulhan. Vous savez que, dans l'arrondissement, il y a eu 88 bulletins de plus que les émargements, et tous, sauf 2, dans les communes dont les administrations appartiennent à nos adversaires : 10 bulletins de plus que d'émargements dans la commune de Saint -Jean- de -Fos, 11 dans la commune de Jonquières, sur 82 votants, 15 dans la commune de Canet, 25 dans la commune de Saint- Félix-de-Lodez, sur moins de 130 votants.

({ Malgré toutes ces fraudes des scrutins , malgré une effroyable pression administrative, les procès- verbaux des communes me donnaient 18 voix de majorité.

(( La commission de recensement a, cependant, proclamé élu mon adversaire à 55 voix de majorité.

« Depuis plusieurs jours, le bruit s'était répandu qu'il en serait ainsi.

(( Voici comment s'est opérée cette transformation : parmi les 149 bulletins nuls de la commune de Clermont- l'Hérault, on en a pris 58 sur lesquels on a inscrivit le nom de Pelisse, qui ne s'y trouvait pas; parmi les 94 bulletins nuls de la commune de Nébian, on en a pris également 30 sur lesquels on inscrivit aussi le nom de Pelisse, qui ne s'y trouvait pas davantage. Les pièces relatives au dépouillement, dans ces deux communes, dont les maires soutenaient la candidature de M. Pelisse, témoignent de la façon la plus décisive que son nom ne figurait pas sur ces 78 bulletins déclarés

nuls et qui, d'ailleurs, lors du dépouillement, n'avaient fait l'objet d'aucune contestation.

(( Ces 78 bulletins ainsi falsifiés, on les a attribués à M. Pelisse, pour lui procurer une majorité factice de 55 voix, alors que c'est moi qui détiens la majorité réelle.

(( C'est le faux et le vol sous leur forme la plus élémentaire et la plus

cynique.

(( Paul Leroy-Beaulieu,

« Membre de l'Institut, Professeur au Collège de France, Président honoraire de la Société des Viticulteurs de France. ))

Le Nouvelliste commenta ainsi l'élection de M. Caillaux dans la Sarthe :

(( A 5 heures du matin, après sept heures de tripatouillage, la préfecture déclare M. Caillaux élu avec 7 voix de majorité sur 30000 électeurs.

(( La fraude est manifeste.

a Pour tous, amis et adversaires, M. Louis d'Aillières a été élu le 6 mai député de Mamers.

ce La pseudo-élection de M. Caillaux va donc être contestée, »

Les tripatouillages du scrutin n'ont pas été moins scandaleux dans l'Aveyron, où M. Vidal de Saint-Urbain, libéral, avait obtenu 8550 voix au premier tour, et M. Balitrand, 8542. Le passage devant la commission de recensement a donné 20 voix de majorité à M. Balitrand.

C'est ainsi que les agents du gouvernement falsifient les décisions du suffrage universel.

A Mâcon, le dépouillement du scrutin ne s'est terminé que le lundi à midi.

Dans la nuit, un électeur, appelant les noms inscrits sur les bulletins et quelque peu somnolent, a commis plusieurs erreurs, faussant les résultats.

Des témoins ont protesté, et une bagarre s'en est suivie.

Des vérifications et des rectifications ayant été faites, procès -verbal de l'incident a été dressé, et la préfecture avisée.

Un véritable scandale s'est produit à la commission de recensement au sujet de l'élection de M. Bepmale dans la première circonscription de Saint-Gaudens (Haute- Garonne).

Malgré tous les truquages, il paraissait impossible de le proclamer élu, et la préfecture affirmait même qu'il était en ballottage ; mais dans la nuit tout a été changé.

Le bruit de ce changement s'étant répandu, M. Daure, le concurrent libéral de M. Bepmale, se rendit devant la commission, assisté de M. Laporte, son avocat; il démontra, avec les chiffres officiels à l'appui, que son adversaire était en minorité de 200 voix. Aussi la surprise fut-elle générale lorsque le président , donnant lecture d'un travail manifestement préparé d'avance, proclama M. Bepmale élu à 43 voix de majorité.

L'indignation s'est alors donné libre carrière. « Au voleur ! » a-t-on crié de tous les côtés. Ce que voyant, et poussé dans ses derniers retranchements par M. Laporte, le président déclara que M. Bepmale n'était pas élu, mais que, la proclamation étant faite, il ne pouvait pas la changer.

Le tapage alors redoubla ; les épithètes les plus malsonnantes se firent entendre, pendant que les commissaires disparaissaient sous les huées.

Les journaux locaux publièrent une lettre de M. Daure, dans laquelle il flétrissait les trois membres de la commission de recensement, les traitant de voleurs. et les rendant responsables de l'illégalité commise. Cette lettre fut suivie d'une déclaration signée par les témoins qui entendirent le président affirmer que M. Bepmale était certainement en ballottage.

Et dire que ces fraudes sont commises sous l'égide tutélaire de la République laïque, démocratique et sociale ! Les anticléricaux vantent beaucoup sa tolérance. Il est certain qu'elle tolère la fraude électorale avec une patience inlassable, à tel point qu'elle ne veut rien faire pour la supprimer. C'est sous cet aspect qu'il convient d'entendre la tolérance anticléricale .

Comment le préfet des Vosges « a élu » un conseiller généraL — Le 28 juillet 1907, l'émeute de Raon-l'Êtape avait interrompu le scrutin pour l'élection du conseiller général. Le conseiller sortant, républicain modéré, M. Adam, ne se représentait pas. Les deux candidats en présence étaient : M. Fleurent, député radical-socialiste, et M. Marchai, socialiste. Le préfet, voulant obtenir l'élection du député, pour que cette voix départageât le conseil, divisé en deux fractions de 14 membres, au moment de l'élection du bureau, ne tint aucun compte de la clôture anticipée du scrutin à 3 heures au lieu de 6 heures, pas plus que du transfert des urnes à la sous- préfecture au lieu de la remise au conseil d'État, juge de l'élection.

Le préfet, M. Causel, contre tous les précédents, convoqua le vendredi 10 août le bureau électoral de Raon, transformé en commission cantonale de recensement, et le chargea du dépouillement des urnes. Une attribution de deux bulletins nuls à M. Fleurent lui donna le nombre des voix nécessaires pour la proclamation du résultat.

Inscrits : 4301. — Votants : 2954. — Nuls : 74 Majorité absolue : 1442.

MM. Fleurent, député, radical-socialiste 1442

Marchai, socialiste 715

Adam, maire de Raon, non candidat 706

Divers 17

§ 5. — Élections de 1908

De nombreuses fraudes furent constatées aux élections municipales en 1908. Voici celles qui furent signalées dans la presse :

A La Renaudie (Puy-de-Dôme), le maire blocard sortant, ne pouvant compléter sa liste, avait pris quatre candidats de la liste d'opposition. Ces quatre candidats furent seuls élus au premier tour.

Les résultats une fois proclamés , tandis qu'on brûlait les bulletins , un électeur, saisissant la liste électorale, les listes d'émargement, les feuilles de pointage et les procès-verbaux, lança le tout dans le feu en s' écriant : (( Comme ça, il n'y aura pas de jaloux ! »

Le conseil de préfecture de la Loire a annulé l'élection des 25 conseillers municipaux de Rive-de-Gier, considérant que le bureau du 10 mai avait été irrégulièrement constitué; que la table supportant l'urne était placée sur la scène du théâtre, et que 65 bulletins avaient été trouvés en excédent.

A Cette (Hérault) , pendant le dépouillement, dans six bureaux de vote, les électeurs blocards, furieux du succès de l'opposition, déchirèrent les feuilles d'émargement et jetèrent les morceaux par la fenêtre, ainsi que les tables, les urnes et les bustes de la République.

Les élections de ballottage de Cette ont donné lieu à des bagarres. Pendant le dépouillement, les urnes, les bulletins et la liste d'émargement ont disparu. Le conseil de préfecture a déclaré impossible de proclamer aucun résultat.

A Montpellier, au bureau de vote de la rue Emile -Zola, un groupe d'apaches a brusquement éteint le gaz. Dans l'obscurité, une terrible bagarre s'est produite. M. Pontingon, candidat, a été blessé; plusieurs autres personnes ont été contusionnées. La troupe est intervenue pour rétablir l'ordre.

Dans un autre bureau de vote, les blocards ont provoqué un indescriptible tumulte. Un électeur, jeté par la fenêtre, a eu une jambe brisée; un autre électeur a été contusionné.

M. Mares, candidat libéral, a reçu à la tête un terrible coup de canne plombée.

A Vailhan (Hérault), pendant le dépouillement du scrutin, deux bulletins de plus furent trouvés. Une discussion et une bagarre se produisirent, et, malgré la présence de deux gendarmes, l'urne fut brisée et les bulletins furent dispersés.

Les listes d'émargement furent enlevées, et l'instituteur dut se réfugier sur le toit de la mairie.

Le conseil de préfecture d'Amiens a annulé, en 1908, l'élection de 28 progressistes et libéraux élus à Amiens, prenant prétexte d'une affiche accusant de faux la municipalité sortante dans l'établissement du budget de l'hospice laïcisé !

L'élection de six conseillers municipaux de Soleymieu (Isère), a été également annulée.

Dans le XIII^ arrondissement, à Paris, M. Fribourg et quelques-uns de ses amis prétendent avoir aperçu , dans la rue du Sergent-Bobillot, un individu qui jetait dans le ruisseau quatre enveloppes contenant 400 bulletins, dont la plupart étaient au nom du conseiller sortant.

A Avignon, la liste de M. Guigou, maire républicain sortant, a obtenu, dès le début du dépouillement du scrutin, un résultat avantageux faisant espérer l'élection, au premier tour, de toute la liste.

Vers minuit, au dépouillement de la septième section, au Tribunal de commerce, des individus se sont rués sur les listes d'émargement, et une scène de pugilat s'est produite.

La police a été requise par M. Viales, président de la section ; l'urne a été saisie, placée sous scellés et transportée à la préfecture pour y être dépouillée en présence de témoins.

Le transport de l'urne a donné lieu à une bruyante manifestation.

Au conseil de préfecture, M. Pourquery de Boisserin a protesté contre les opérations électorales, déclarant que l'élection devait être complètement annulée.

Le conseil de préfecture, passant outre, a proclamé élus 40 conseillers, y compris M. Guigou, maire sortant, et M. Arlaud, adjoint.

La Réplique a donné les détails suivants sur les élections municipales du Ghinonais, en Indre-et-Loire :

« Au dernières élections communales, des fraudes importantes et avérées ont eu lieu à Chinon. La commune de Ginais est également suspectée. Bien que M. Foucher se fût retiré avec toute sa liste, M. Mattrais fit imprimer une fausse liste comprenant les amis de son adversaire. Il avait appris que les électeurs chinonais devaient voter contre lui , afin de protester contre sa gestion financière. La liste Foucher recueillit de 200 à 382 voix. La liste Mattrais récolta de 569 à 695 voix ; celle de M. Gi rondeau, de 400 à 662 voix. En ajoutant les voix de la liste Foucher à celles de la liste Girondeau, celle-ci avait la majorité sur toute la ligne.

a Les anticléricaux firent leur calcul et comprirent qu'ils ne pouvaient triompher qu'avec la fraude.

« Au dépouillement du scrutin, il y avait six tables occupées par des scrutateurs. A cinq d'entre elles , la liste Girondeau avait une vingtaine de voix de majorité. Il s'est trouvé qu'à la sixième elle n'avait que trois voix, tandis que la liste biocarde en avait 97. Il faut noter que cette table avait eu à dépouiller le fond de l'urne, composé des votes de la matinée. Généralement ce sont les gens tranquilles, c'est-à-dire les libéraux, qui votent le

matin. Peut-on douter qu'une fraude énorme ait eu lieu à cette table? Les vrais bulletins avaient été subtilisés et remplacés par d'autres. Et puis un grand nombre de bulletins contenant des injures ont été comptés comme bons, alors que, suivant la loi, ils étaient nuls. »

Les anticléricaux de Marcilly-sur-Eure (Eure) méritent une mention toute spéciale dans l'énumération des procédés employés par leurs amis pour frauder le scrutin. Le 14 mai 1908, la Croix insérait ces lignes :

ce Les musiciens de M. le maire. — Gomme dans la chanson célèbre, lorsque tous les trucs semblent épuisés par messieurs les blocards, il y en a encore parce qu'ils en imaginent toujours de nouveaux.

ce Tel celui que nous révèle, à l'actif du maire de Marcilly-sur-Eure, le citoyen Tanqueray, une affiche aujourd'hui placardée sur les murs de Paris, et dont VÉcho de Paris, V Autorité, la Libre Parole et d'autres journaux soulignent comme nous l'intérêt.

(( Cette affiche, signée de M. Joseph de Reiset, relève l'ingénieux système inventé par le maire Tanqueray pour donner au dépouillement du scrutin un peu de piquant, et surtout pour empêcher le contrôle des électeurs.

ce Les pompiers en tenue, armés de clairons, pistons, tambours, cymbales, etc. etc., arrivèrent en agents provocateurs, entourant un des leurs, porteur d'une bannière sur laquelle on lisait ces mots significatifs : « Fanfare des Bigotphones de Vas-y- en-Beuglant, » et se mirent à exécuter une cacophonie indescriptible, empêchant matériellement ainsi tous les électeurs présents de pouvoir entendre ce qui se passait à la mairie.

(( Les élections de dimanche, dont je demande l'annulation pour bruit prémédité, n'ont été contrôlées que par les intimes de M. Tanqueray, car eux seuls étaient admis autour de la table du dépouillement.

ce Je fus particulièrement repoussé, injurié, menacé, lorsque je demandai que le nombre des voix obtenues par tous les électeurs fût pointé publiquement.

(( Nous savons que M. Tanqueray et ses amis jouissent dans l'Eure d'une impunité aussi scandaleuse que révoltante. Ils se croient tout permis, ne respectent plus rien, ni Dieu, ni les hommes, ni les lois.

ce Le préfet de l'Eure est saisi d'une plainte formelle contre le maire qui emploie de pareils procédés, et l'annulation des élections est réclamée.

ce Lors de l'assassinat célèbre de Fualdès), les assassins avaient payé un vielleux et un joueur d'orgue de Barbarie pour couvrir, par le son de leurs instruments, les cris de la victime.

ce Les temps ont marché : les brigandages électoraux d'aujourd'hui s'exécutent au son de l'orchestre officiel, comme à Marcilly-sur-Eure. Tel est la loi du progrès blocard. Mais il reste en France des citoyens libres qui n'entendent pas la subir sans se défendre; puissent -ils devenir légion 1 »

En voyant le nombre sans cesse grandissant des illettrés , en France , les gens intelligents se demandent avec inquiétude où se trouvent le fameux Progrès et la Science si vantés par le bloc. L'un et l'autre sont concentrés dans l'art de tromper le peuple. On ne les trouve que là. Mais ils y sont bien ! Le génie anticlérical qui a si mal éteint les étoiles a su faire admirablement briller le mensonge, la ruse et la fraude dans les élections !

Le refus de poursuivre les fraudeurs électoraux n'est -il pas une preuve que l'administration et la justice les couvrent !

La Croix publiait, le 21 juillet 1909, la lettre suivante du comte de Reiset, montrant éloquemment le souci de l'administration gouvernementale pour la sincérité du vote.

(( A la suite des scandales électoraux qui se sont produits à Marcilly-sur- Eure, le 3 mai dernier, jour des élections municipales, j'ai porté une plainte au conseil de préfecture de l'Eure demandant l'annulation des élections de cette commune.

(( On se souvient du boucan concerté par le maire, son conseil municipal et les pompiers, boucan présidé par la (( fanfare de Vas-y-en -Beuglant » et destiné, par son bruit tintamarresque , à aider les scrutateurs à pêcher en eau trouble et à proclamer tous les noms qui leur 'plaisaient.

(( Le conseil de préfecture de l'Eure s'est form^ellement refusé à entendre les témoins que j'avais demandé à citer.

(( C'est dans ces conditions qu'il a rejeté ma plainte et les conclusions de mon avocat, M^ de Glerq, qui avait produit des attestations d'électeurs et de témoins confirmant les dires avancés.

(( Il est vraiment monstrueux et arbitraire de voir un conseil de préfecture agir avec un tel parti pris et mettre la lumière sous le boisseau.

(( Je compte sur votre obligeance pour faire connaître les moyens scandaleux avec lesquels certains maires , soutenus sinon encouragés par leurs préfets, faussent le suffrage universel et obtiennent une majorité frauduleuse.

(( Les procédés du conseil de préfecture d'Evreux m'encouragent à porter une plainte devant le Conseil d'Etat. Nous verrons ce qu'il en résultera.

c( Veuillez agréer, etc. etc.

(( Comte Joseph de Reiset, « Ancien conseiller municipal de Marcilly- sur -Eure. «

Puisque les électeurs sont traités en esclaves et qu'on méprise leurs réclamations, si justifiées qu'elles soient, qu'ils suivent donc l'exemple d'un habitant de l'Aude, qui attaqua un fraudeur électoral devant les tribunaux, en mai 1908.

La cour de Montpellier, statuant au civil, condamna le maire de Magrie (Aude) à payer 300 francs de dommages -intérêts à un électeur de cette commune, pour avoir mis dans l'urne plusieurs bulletins au nom de son candidat favori.

Le demandeur fondait son action sur le préjudice que lui causait la fraude du maire. Voilà donc reconnu, par un arrêt fortement motivé, le préjudice causé par la fraude électorale. L'exemple de cet électeur est à imiter. Puisque les maires blocards n'ont aucun scrupule, et que les procureurs de la République laissent dormir les textes protecteurs de la sincérité du vote, il appartient aux citoyens de demander compte aux voleurs de leurs actes malfaisants.

Le 22 février 1910, M. Le Provost de Launay dénonça au Sénat les fraudes suivantes en discutant la loi sur la sincérité du vote.

« Je connais un chef-lieu de canton que je pourrais nommer, dans lequel il s'est passé ceci : un maire dépouillait des bulletins, et tout d'un coup un électeur, qui s'était faufilé derrière lui, lui dit : (( Pardon, vous annoncez le a bulletin de l'un des candidats, et c'est celui de son concurrent qui est sous (( vos yeux I »

a Et le maire de se reprendre et de dire : « C'est vrai, je m'étais trompé, d Et cette prétendue erreur, elle était dans ses habitudes. Il suffisait qu'il fût entouré de ses amis. Voilà pourquoi il importe encore, pour ceux qui veulent favoriser la fraude, d'écarter de la salle du scrutin le représentant autorisé du candidat. »

Faisant allusion aux procédés électoraux des anticléricaux de Toulouse, il dit :

(( J'ai ajouté et je répète que la Chambre des députés d'alors a invalidé l'élection, parce que toutes les feuilles d'émargement avaient été grattées et inondées d'encre après le grattage, afin qu'on ne pût s'en apercevoir au premier coup d'œil. De plus, on avait constaté que presque tous les bureaux étaient tenus, entendez- vous bien, tenus par des employés de la mairie de Toulouse.

« La fraude est permise ; non seulement elle est permise, non seulement elle est tolérée, mais elle est couverte, attendu que, si nous avons vu invalider quelques élections, nous n'avons jamais vu punir des fraudeurs quand ils appartenaient au parti qui est au pouvoir. Pour ma part, j'ai porté à la tribune de la Chambre des députés une élection qu'on chercha à sauver pendant deux ans, celle de M. Calvinhac à Toulouse.

(( La fraude était si manifeste, que la Chambre des députés, à l'unanimité, invalida le député.

et II fut prouvé que la fraude n'avait pas été commise par quelques malheureux isolés et sans mandat, mais par les employés de la mairie, avec la complicité de la mairie elle-même, puis par la commission de recensement avec la complicité de la préfecture. Mais personne ne fut condamné, jamais aucun coupable n'eut à payer pour cette fraude formidable, monstrueuse. »

M. Le Provost de Launay n'a dit que la vérité en affirmant que les préfectures étaient complices dans les fraudes. Dans une élection partielle de 1909, un député libéral fut invalidé grâce à une fraude honteuse accomplie par le sous-préfet de l'arrondissement. ;Parmi les bulletins, il s'en trouva vingt -cinq sur lesquels le nom du candidat était raturé. Ils étaient

donc nuls. Sait-on comment s'y prit le sous -préfet pour faire proclamer élu le candidat blocard ? Il écrivit le nom de celui-ci au-dessous des noms rayés. Le libéral, qui avait plusieurs voix de majorité, se trouva du coup en minorité d'une quinzaine de voix. Son concurrent fut déclaré élu. Voilà comment le bloc respecte le suffrage universel I

§4. — Élections de 1910

A Béziers, un électeur, M. Granier, a été arrêté pour avoir voté dans plusieurs bureaux ; il était porteur de plusieurs cartes. Il a déclaré avoir reçu les cartes d'un nommé Sacy. Celui-ci, arrêté, a été trouvé porteur de cartes électorales et d'un couteau à cran d'arrêt.

A Mauriac (Cantal), M. Fernand Brun, radical, a été proclamé élu avec 5 831 voix contre 5825 à M. Fonteilles, républicain libéral. Des fraudes ont été commises à l'avantage du candidat radical.

A Riom-ès-Montagnes , chef-lieu de canton dont M. Fernand Brun est maire, on aurait trouvé, dans un paquet de 100 bulletins, 98 bulletins au nom de M. Brun et 2 seulement au nom de M. Fonteilles. Or, dans tous les autres paquets, la proportion constante des bulletins Fonteilles aux bulletins Brun était de 40 contre 60. Enfin, l'on remarqua que M. Fonteilles aurait eu, le 8 mai, juste 40 voix de moins que le 24 avril dans cette commune de Riom-ès-Montagnes, où la démarcation des partis est extrêmement nette.

A Saint-Jean-d'Angély, le radical Réveillaud n'a eu que 25 voix de majorité sur le candidat libéral Villeneau. Des maires radicaux ont annulé des bulletins dans nombre de communes, parce qu'on avait rayé le nom Réveillaud et écrit au-dessus le nom de Villeneau sans rayer les mots (( député sortant » et « candidat de concentration républicaine » ! Vraiment les blocards ne doutent de rien. Comme ils vénèrent le suffrage populaire I

L'Autorité a publié, le 15 mai, les renseignements suivants, qui lui ont été adressés par un habitant de cette circonscription :

(( Il est de la conviction de chacun ici que ce n'est pas Réveillaud qui est élu, mais bien Villeneau, et il est prouvé que :

1" Bien des bulletins, qui auraient dû être comptés à ce dernier, lui ont été enlevés ;

(( 2<' Un maire d'une grosse commune de l'arrondissement, un médecin, a apporté lui-même à Saint-Jean-d'Angély le procès-verbal de sa commune avec les bulletins considérés comme nuls, et qu'au lieu de se rendre à la sous-préfecture, ce maire s'est rendu chez le candidat Réveillaud ;

(( 3» Les bulletins considérés comme nuls et qui, en grande majorité, portaient le nom de Villeneau, ne présentaient aucune tache ni aucun signe

extérieur. Le lendemain, ces mêmes bulletins étaient maquillés et revêtus de taches différentes ;

(1 40 Un autre maire a clos le scrutin à 6 h. 35 au lieu de 6 heures, ainsi que le veut la loi, parce qu'un électeur influent devait venir avec pkisieurs électeurs et faire voter ceux-ci ;

(( 5« Un troisième maire, pour faciliter le vote d'un ami politique et le départ de ce dernier par le train, a ouvert le scrutin bien avant sept heures du matin.

(( Tous ces faits, et bien d'autres, sont formellement constatés par attestations certifiées avec signatures légalisées. »

Le Havre-Éclair a rapporté que le sous-préfet de Pont-Audemer s'était refusé à proclamer l'élection de M. Legendre, candidat libéral, bien que, d'après les calculs officiels, pourtant remaniés plusieurs fois, il ait eu en définitive 12 voix de plus que la majorité absolue et 21 voix de plus que son concurrent radical.

A Soissons, la sous -préfecture fut encore plus audacieuse. Le soir du scrutin, elle avait fait afficher les résultats suivants : M. Magniaudé, radicalsocialiste, 7 949; M. Chènebenoit, républicain, 7141; M.Ghobeaux, socialiste unifié, 1601. Le lendemain matin, les chiffres étaient modifiés. Le député sortant était indiqué comme ayant gagné 648 voix et ayant obtenu 8 601 voix au lieu de 7 949. Le chiffre du socialiste était descendu de 1 601 à 1 585.

A Montauban, le candidat républicain indépendant, M. Bories, a obtenu 11 807 voix ; M. Gaperan 10 603, et un unifié 1 870. M. Bories était élu, car il avait obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés. Néanmoins on le déclara en ballottage. 400 bulletins annexés étaient favorables au candidat libéral.

Dans l'arrondissement de Foix, où M. Delcassé était candidat, des fraudes ont été commises. Dans un certain nombre de communes, le chiffre des votants était inférieur au nombre des bulletins trouvés dans l'urne. A Saleix, le dépouillement était à peine commencé, que des perturbateurs se jetaient sur les bulletins et les brûlaient. A Gourbit, des scrutateurs s'étant aperçus qu'il y avait des bulletins doubles et triples, le dépouillement fut suspendu. L'urne fut scellée et envoyée à la préfecture. Néanmoins la commission de recensement l'a proclamé élu.

A propos du duel électoral Delcassé -Lafagette, on a rappelé dans la presse que l'ancien ministre, d'après l'aveu fait par un préfet disparu, aurait été proclamé député en 1887, tandis que M. de Narbonne-Laru était réellement élu.

Le 24 avril, le résultat de l'élection de Barcelonnette était celui-ci :

MM. Guyot de Villeneuve 1475

André Honorât 1474

Il y avait donc ballottage. La commission de recensement de Digne a enlevé 49 bulletins à M. Guyot de Villeneuve et en a ajouté 4 à M. Honorât, contrairement aux procès-verbaux. Puis elle proclama ce dernier élu par 1 478 voix contre 1 426 à son concurrent. Ce fut un véritable brigandage.

En Indre-et-Loire, des fraudes furent également commises dans le dépouillement du scrutin dans bon nombre de communes dotées d'une municipalité biocarde.

La lettre suivante, adressée au rédacteur en chef de la Tour aine Républicaine, et parue dans ce journal le 12 mai, en fait foi.

« Monsievir le rédacteur,

(( Arrivé à Pont-de-Ruan dimanche matin, je me rendis à la salle de scrutin pour assister aux opérations électorales. Je constatai tout d'abord que plusieurs cartes d'électeurs n'étaient ni écornées ni numérotées.

ce A 9 heures, on m'invita à trinquer avec le bureau; puis ces messieurs se mirent à faire une manille, et pendant ce temps plusieurs électeurs purent venir voter sans même présenter de cartes et mirent eux-mêmes leur bulletin dans l'urne,

(( Le soir, au dépouillement, on trouva ma présence gênante, et, à coups de coude, on me rejeta violemment en arrière.

(( Je montai alors sur une chaise, mais par deux fois on me jeta brutalement par terre, et même on me saisit à la gorge.

(( Je demandai alors au maire d'intervenir en ma faveur. Il le fit sans grande conviction, et avec un regret non déguisé; et je dus deux fois encore faire arrêter le dépouillement, pour que l'on vînt à mon secours , et, quand tout fut; fini, je quittai Pont-de-Ruan sous les pires menaces des énergumènes qui m'entouraient,

(( Un électeur républicain écœuré. »

ce N'est-ce pas édifiant ? Mais pourquoi les radicaux de Pont-de-Ruan ne voulaient-ils pas qu'on pût surveiller le dépouillement ?... ie>

Bien qu'il fût l'auteur de fraudes énormes, le bloc accusait ses adversaires d'en commettre. Il voulait évidemment les intimider et leur enlever le courage de protester contre elles. Aussi lisait -on dans la Dépêche de Tours, le 8 mai 1910 :

(( Républicains, surveillez les urnes ! — Nous conjurons nos amis de siu^veiller la distribution des bulletins au nom de M. René Besnard et surtout d'exercer, dans les sections de vote, le contrôle le plus rigoureux.

c( Ne pas laisser une salle de vote, fût-ce une minute, en possession exclusive des réactionnaires. Qu'il y ait toujours là un ou deux républicains au moins, pour empêcher les sul)stitutions de bulletins dans les boîtes.

a On nous signale dans certaines communes des manœuvres absolument scandaleuses.

« Républicains, veillons aux portes des scrutins, veillons aux 'urnes. »

(( Gare à la fraude ! — On veut frauder, on veut faire voter les [absents, les inconnus, en se servant des cartes qui n'ont pas trouvé leurs titulaires.

(( On affirme qu'une imprimerie de Tours a fait hier un tirage supplémentaire de cartes d'électeurs , et l'on veut évidemment les employer. Ce serait le dernier cri de la fraude. Il faut s'attendre à tout.

(( Nos amis sont prévenus, et ils ont les moyens de prendre en flagrant délit ceux qui se présenteraient avec des cartes ne leur appartenant pas.

(( Qu'ils veillent, qu'ils veillent bien ! »

En lisant ces lignes, est-il facile de retenir son indignation ? Il faut aller chez les anticléricaux pour trouver une hypocrisie aussi achevée.

Ils ne reculèrent pas même devant la calomnie pour faire croire à l'emploi de la fraude dans le camp libéral.

Le 12 mai, la Dépêche offrait cet article à ses lecteurs :

(( A Monts. — On nous écrit :

(( M. Drake, qui parle toujours de corruption électorale et qui cite comme ayant atteint le summum des maquillages de bulletins les pays du midi de la France, n'aura plus rien à envier à ces pays, car maintenant, au lieu d'aller chercher des exemples au loin, il pourra les prendre dans sa propre commune , à Monts, dont il est le maire , ce qui n'est pas à l'honneur des habitants.

« Dimanche dernier, au dépouillement du scrutin de ballottage, tous les électeurs qui y assistaient ont vu M. Drake retirer de l'urne plusieurs paquets de bulletins à son nom, et ces paquets de bulletins correspondaient juste au nombre d'émargements comptés en moins sur la liste électorale, c'est-à-dire qu'on a trouvé dans l'urne plus de bulletins qu'il n'y avait eu de votants.

(( Plusieurs citoyens firent remarquer cette monstruosité à M. Drake, qui voulait que chacun de ces bulletins comptât pour ime voix à son nom. Ces citoyens s'y opposèrent, et tout ce qu'ils purent obtenir du maire fut que ces faits seraient portés au procès- verbal. Ensuite ils lui dirent de lire le procèsverbal, ce qu'il oubliait de faire. M. Drake, pâle comme un mort, s'exécuta.

(( Voilà, citoyens honnêtes, comment les élections se passent à Monts , et le bureau a été présidé par M. Drake lui-même, assisté des membres du conseil municipal.

(( Le Comité républicain de Monts. »

Mais, dès le lendemain, la Dépêche était obligée de se rétracter : (( Nous recevons de M. Jacques Drake, disait-elle, la réponse suivante à la communication que nous avons publiée du comité républicain de Monts :

c( A Monsieur le rédacteur en chef de la Dépêche.

(( Monsieur,

(( Ayant été accusé par votre journal du jeudi 12 mai^d'avoir laissé se glisser des irrégularités dans le scrutin du 8 mai, à Monts, je tiens à protester de la manière la plus formelle.

(( On a trouvé au dépouillement des bulletins plies ensemble : un double au nom de M. Besnard , un double et un triple au nom de M. Drake. Ils n'ont été comptés, comme la loi le prescrit, que pour un suffrage à chaque candidat. Les bulletins en plus ont été signalés dans le procès-verbal et déduits du nombre des votants.

a La différence entre les émargements et le nombre des bulletins trouvés dans l'urne a été inscrite au procès-verbal, afin que la commission de recensement en tienne compte dans l'attribution des suffrages.

(( Avant de clore le procès- verbal, en ma qualité de président du bureau, j'ai donné toutes ces indications, et aucune réclamation n'a été produite.

(( Tout s'est donc passé avec une régularité parfaite.

{( Je vous serai obligé d'insérer ma lettre dans votre plus prochain numéro et vous prie d'agréer, monsieur le rédacteur en chef, mes senti-

ments distingués.

(( J. Drake.

Quel cœur généreux oserait refuser son attachement et son admiration au parti politique qui emploie de pareils procédés !

Des fraudes ont été constatées aussi au bénéfice de M. Valette, concurrent de M. de Ramel, dans la 2^ circonscription d'Alais (Gard).

Le 24 avril, on avait trouvé dans les urnes 480 bulletins nuls ou contestés. Parmi ces bulletins, 200 environ portaient le nom du prince Napoléon, sans ratures ni surcharges. Or, le jeudi, quand on sortit tous les bulletins nuls ou contestés des scellés faits à la préfecture même , quelle ne fut pas la surprise indignée de M. de Ramel et de ses amis présents lorsqu'ils s'aperçurent que, sur les 200 bulletins du prince Napoléon , la plus grande partie, environ 130, portaient le nom d'un candidat, au crayon, alors que des attestations régulières signées des membres du bureau de chaque commune établissaient de façon péremptoire que, lors de leur départ de la mairie, ils ne portaient ni ratures, ni surcharges, ni aucun nom de candidat I

Un exemple topique permit de prendre les fraudeurs en flagrant délit. Dans une petite commune, on avait trouvé un seul bulletin nul au nom du prince Napoléon. Le procès-verbal de dépouillement, pièce authentique qui fait foi, avait décrit ce bulletin et indiqué en toutes lettres qu'il ne

portait ni ratures, ni surcharges, ni aucun nom de candidat. Or, chose stupéfiante, ce huUetin épingle au procès -verbal portait au crayon le nom d'un des advei^aires de M. de Ramel. Les voleurs ne s'étaient même pas donné la peine de lire le procès - verbal !

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