‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 4 sur 79 · DE LA LOI DE SÉPARATION · texte numérisé non relu

DE LA LOI DE SÉPARATION

A Domessin (Savoie), le maire avait expulsé le curé du presbytère. Au rnois de mai 1908, il est expulsé de la mairie avec tout son conseil. Une liste entièrement libérale est élue à une forte majorité. Dans le même département, à Goise, à Chàteauneuf, à Oncin, à Hauteville, les radicaux sectaires ont été remplacés par des libéraux.

En 1908, M. le curé de Viviers (diocèse de Laval) étant venu à mourir, M. Ribay, maire et conseiller général, refusa formellement de louer le presbytère au nouveau curé qui allait être nommé. Sept conseillers municipaux, désapprouvant la conduite de M, Ribay, donnèrent aussitôt leur démission. Les élections complémentaires eurent lieu. La liste catholique recueillit de 122 à 138 voix. Celle de M. Ribay reçut de 32 à 48 suffrages.

Dans l'arrondissement de Vesoul, à Lomont, le maire blocard, après avoir chassé le curé du presbytère pour l'habiter avec son fds, a laissé la place à celui-ci, de crainte d'avoir un échec ; mais le fils et sa liste ont été battus à plates coutures.

De même à Roye, 12 libéraux ont été élus contre le maire blocard sortant et toute sa liste, qui avaient mis le curé à la porte du presbytère.

M. de Kerdanet, ancien maire de Trégarantec (Finistère), révoqué pour avoir replacé deux fois les crucifix dans les écoles, a été réélu à l'unanimité maire de cette commune.

Le conseil municipal radical de Langueux (Côtes -du -Nord), qui avait expulsé les prêtres et fermé l'église, fut entièrement battu. Deux seulement de ses membres ont été proclamés élus, grâce à l'escamotage d'un bulletin qui devait être attribué à leurs concurrents.

M. Tribot, fondateur d'une cultuelle avortée, à Asnières (Vienne), avait expulsé le curé de son presbytère. Il a été expulsé à son tour de la mairie.

A Epernay, la liste progressiste libérale, qui avait obtenu 13 sièges au premier tour de scrutin, en a obtenu 8 autres le dimanche 10 mai 1908. Les radicaux ont pu seulement faire passer 6 des leurs.

Ils ont perdu 6 sièges. Les 6 conseillers qui n'ont pu être réélus sont précisément ceux qui faisaient preuve de l'anticléricalisme le plus étroit et le plus militant.

Il faut noter que le député Péchadre avait abandonné la lutte aussitôt après le premier tour, imitant en cela ses amis politiques de Reims, MM. les députés Pozzi et Lenoir.

A Échemiré (Maine-et-Loire), toute la liste libérale est élue contre la liste radicale sortante, qui avait chassé le curé du presbytère.

A Saloiî-la-Toiii- (Corrèze), la liste libérale du baron de Rlomac et du comte de Cosnac eut 9 élus, contre 7 élus de la liste biocarde. M. le curé de Salon-la-Tour avait été le premier curé de la Corrèze expulsé de son

presbytère. Celui-ci avait môme été vendu par l'ancienne municipalité et acheté par M. le baron de Blomac, dont la liste triompha, malgré une campaiJine acharnée, inouïe.

Benayes (Gorrèze), commune voisine de Salon, se débarrassa également de son maire expulseur et de sa municipalité biocarde et sectaire, en faisant triomphei- la liste libérale du comte Montbron-Bonnet.

Même succès à Trizay (Ghaiente-Ini"^'^) , où la victoire de la liberté fut due à la conduite du maire blocard dans l'alïaire du presbytère.

A Maizey (Meuse), 7 libéraux lurent élus contre la liste biocarde du maire et de l'adjoint, qui restèrent par terre pour avoir essayé de jeter le curé à la {X)rte du presbytère en lui imposant un -prix inabordable.

Plusieurs conseillers municipaux de Poiseul (Haute-Marne) avaient, sur les questions religieuses, telles que la dévolution des biens de fabrique, la location du presbytère, etc., affiché un sans-gène sectaire. Réponse de la jwpulation : la liste catholique est passée tout entière au premier tour.

A Joué-<iu-Plain (Orne), une minorité biocarde, incitée par la ligue des Droits de l'homme, avait chassé brutalement de son presbytère M. l'abbé Deslandres. Réponse : la liste libérale passa à une forte majorité. Ignace Chrétien, maire depuis trente-deux ans, et son bras droit, Albert Misé, furent mis à la porte avec les honneurs d'une minorité dérisoire.

Dans l'Ariège, beaucoup de municipalités ont échoué aux élections à cause de leurs exigences au sujet des presbytères.

La municipalité de Yillards-sur-Thônes (Savoie), qui eut une si belle attitude dans l'affaire du presbytère, fut réélue avec une écrasante majorité.

En Haute- Savoie, la Revue du diocèse d'Annecy commentait ainsi les élections en mai 1908.

(( Ce que je puis affirmer, c'est que ces élections se sont faites, à quelques exceptions près, sur le terrain religieux.

<!C Je vous ai déjà dit le rôle prépondérant des municipalités, au sujet des presbytères et des églises.

ce Eh bien, dès maintenant il est un fait indéniable : sur ce terrain, nous ne sommes pas battus.

(( Un exemple typique :

(( La commune d'Ayse n'est pas piéciséinent une commune où fleurit la religion. Il y a nombre d'années qu'elle a à sa tête une municipalité sectaire. La dernière municipalité fit tant et si bien, que le curé dut partir. Voilà presbytère et église fermés.

(C Cette municipalité, qui eut des procédés sectaires et fut cause de la suppression du culte, vient d'être remerciée par les électeurs...

« D'autres succès sont à signaler :

«c Moye, Vallières, Étercy, Lathuile, Leschaux, Douvaine, Nernier, Drai liant, Orcier, Vinzier, Châtel, Marin, Saint- André-sur-Boëge et vingt autres que je pourrais citer.

« Les pertes sont insignifiantes : sept ou huit tout au plus. »

Bien qu'élu, à Pons, M, Comices n'a pas été content. Il arriva, en effet, bon « quinzième » sur sa liste, perdant plus de cent voix sur l'élection précédente.

Après la proclamation du résultat, il prononça un discours haineux et colère , reprochant aux opposants de le calomnier , à ses amis de manquer de discipline. Il paraît qu'il n'a pas craint d'aller jusqu'à menacer de faire désaffecter une des églises.

A Justine (Ardennes), un prêtre interdit s'était présenté comme candidat aux élections municipales sous la couleur biocarde.

Sur iO conseillers à élire, 4 au moins étaient partisans des enterrements, mariages et baptêmes civils. On parlait déjà de fermer l'église et de sortir le curé. L'interdit n'avait pas craint de prendre place dans leurs rangs.

Résultat : la liste catholique du maire a été élue tout entière.

A Vezet ( Haute - Saône ) , le maire sectaire Gibot, qui avait brutalement expulsé le curé du presbytère, fut à son tour expulsé de la mairie avec tout son conseil. La nouvelle municipalité est composée de libéraux et de radicaux modérés. Même succès à Greucourt, commune coparoissiale. Au premier tour, le farouche anticlérical Carimey, maire depuis huit ans, était rentré seul au conseil, avec deux des siens. Battu et pas content, il réussit à faire annuler l'élection. C'était reculer pour mieux sauter : 7 libéraux furent définitivement élus. Détail piquant et bien significatif : chaque électeur libéral, en présentant son bulletin au maire, président du bureau, eut soin de lui dire : a Monsieur le maire, regardez -bien, mon bulletin n'est pas taché. »

A Polaincourt, canton d'Amance (Haute -Saône), où le fameux Tavel, prêtre apostat, avait fondé une seconde cultuelle, à côté de celle de Contréglise, le chef de la dite cultuelle, Auguste Foutey, maire de la commune, marchand de vins, fut mis à la porte du conseil municipal avec tous ses adhérents ; la liste catholique fut élue,

A Maizières- lès -Tout (Meuiihe- et -Moselle), le maire Génot, auteur d'arrêtés grotesques sur les draps mortuaires laïques et obligatoires, subit un échec retentissant.

Les catholiques triomphèrent à Contréglise (Haute-Saône), où Tavel, prêtre apostat, avait fondé une cultuelle. C'est là que Villatte était venu confirmer, et qu'à propos de la dite cultuelle l'infortuné Joseph Barberot avait été assassiné. Dix catholiques (la liste entière) ont été élus, dont 8 au premier tour et 2 au ballottage. Les apostats furent battus, malgré leur acharnement et la rage de l'instituteur.

A Flagey-Echezeaux (Côte-d'Oi), la liste d'entente entre libéraux et ladicaux l'a empoilé sur la liste des socialistes. Un de ces derniers avait déclaré que, s'il était élu, il proposerait de vendre las cloches de l'église; les électeurs ont répondu.

Les deux maires blocards de Fresnois- la -Montagne et de Tallancourt (Meurthe-et-Moselle), paroisses administrées par l'abbé Fougeray, le vail-

lant curé que le maire de Fresnois avait fait aller en prison l'an dernier, ont été culbutés avec leur liste entière à une majorité écrasante.

Les électeurs fêtèrent le résultat de cette élection et se séparèrent aux cris de : ce Vive le curé! Vive la calotte! » pendant que les maires des deux endroits, accompagnés de leurs maîtres d'école, se retiraient tout penauds et tout honteux.

Le maire de Saint-Gyr-Laroche (Gorrèze), M. Plautadis, et son conseil avaient fait partir le curé et installé dans l'église et le presbytère le schismatique Patorne. Le curé légitime célébrait le culte dans une pauvre grange. Les élections se sont faites sur cette question. La liste libérale a été élue. Le maire et le conseil blocards furent entièrement balayés. Le soir même de l'élection, le schismatique a annoncé son prochain départ. Cette élection a fait grande impression dans la région.

Malgré les habitants indignés, malgré l'avis unanime des architectes, le maire blocard de Ginqueux avait fait abattre le clocher de l'église, à l'aide de la mélinite.

Une liste de protestations, signée de 105 électeurs sur les 150 de la commune et de la presque totalité des non-électeurs, sommant le conseil municipal de dire si oui ou non il était décidé à la reconstitution du clocher démoli, a amené la chute du maire blocard, ambitieux et nul.

Toutes ces réponses des électeurs prouvent, d'une manière irréfutable, qu'ils réprouvaient l'anticléricalisme qui avait sévi dans leur commune, imposé par quelques-uns. Ils ont signifié leur mécontentement par un acte authentique que l'histoire a enregistré avec soin. Son importance est énorme. Il permet de réfuter victorieusement l'audacieuse affirmation de M. Briand : ce La loi de Séparation a été ratifiée par le suffrage universel. »

Si le peuple avait réellement sanctionné par son vote aux élections législatives la conduite des sectaires qui l'avaient votée, aurait-il condamné aussi sévèrement ceux qui voulaient en appliquer l'esprit ?

Le sens des élections du mois de mai 1906 n'est donc pas celui qui a été mis en relief si habilement par les anticléricaux. Les électeurs n'ont pas voté sur le terrain religieux. Ils ont eu en vue des considérations d'un autre ordre d'idées. Nous le prouverons bientôt.

Mais, dans les élections communales, la situation était nette. Ils avaient à maintenir à la mairie ou à en éloigner des concitoyens hostiles à la religion, persécuteurs du clergé, ou partisans des cultuelles de la loi de Séparation. Au lieu de les encourager dans la voie qu'ils avaient suivie jusqu'alors, les électeurs ont nommé à leur place des catholiques respectueux de l'unité et de la liberté de l'Église catholique. Le fait n'est-il pas significatif? Et il s'est produit dans la plupart des endroits où la haine anticléricale avait sévi avec le [plus de rage. La conclusion suivante s'impose d'elle-même : le peuple a désapprouvé et condamné hautement la loi de Séparation, partout où elle a été appliquée dans son esprit et à la lettre. Il n'a donc pu la

ratifier aux élections législatives. Son vote à cette date a eu un autre sens politique que nous expliquerons.

Nous avons dit, au début de ce chapitre, que nous avions le nombre. Ne serait-il pas utile de le démontrer encore en énumérant le nombre des catholiques ayant pris part à diverses manifestations religieuses ? Un regard indiscret jeté sur nos ennemis nous permettrait ensuite d'apprécier la puissance de leur armée. Quelles sont donc, en un mot, les forces comparées de l'anticléricalisme et du catholicisme ?

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