FORCES COMPARÉES DE L'ANTICLÉRICALISME ET DU CATHOLICISME
§ 1. — Impuissance numérique de l'anticléricalisme
Rien ne peut mieux prouver la répulsion ressentie par le peuple pour l'anticléricalisme et ses lois tyranniques que sa participation presque nulle à toutes ses manifestations.
Le socialisme anticlérical fait beaucoup de bruit afin de donner l'illusion qu'il est fort. La Confédération générale du Travail prétend qu'elle a 180 000 adhérents réformistes et 100000 révolutionnaires. C'est du pur bluff. En allant assister à une importante réunion socialiste, à Marseille, les délégués de la Fédération des textiles annonçaient 57000 adhérents. Or, dans une discussion assez vive avec M. Luquet, M. Renard avoua qu'ils n'étaient que 2 000 cotisants ! Il faut donc soustraire 55000 du chiffre précédent, pour être dans la vérité. On peut effectuer la même opération sur les prétendus 108000 adhérents métallurgistes qui avaient aussi envoyé des délégués à cette réunion. Jaurès n'a-t-il pas avoué, dans un congrès, que le parti ne comptait que 25 000 cotisants ?
Il faut savoir que 15 p. 100 seulement des ouvriers sont syndiqués. La Confédération générale du Travail apparaît aux 85 autres centièmes comme une machine de guerre au service de la franc -maçonnerie, dans laquelle il ne leur plaît pas d'entrer.
On a pu se rendre compte des forces réelles du socialisme anticlérical à Paris au moment de l'affaire Ferrer. L'anticléricalisme avait mobilisé toutes ses troupes, qui marchaient militairement, bien qu'elles fussent antimilitaristes ! Leur chiffre s'élevait à 30000. Pour venger la mémoire de Ferrer, jugé par des soldats, et pour protester contre une prétendue condamnation sans jugement, ils assassinèrent un agent, en blessèrent 64 et tentèrent d'assassiner le préfet de police et un prêtre. Ces innocents avaient-ils été reconnus coupables dans un jugement par la démocratie laïque et sociale? Les anticléricaux ont donc fait à d'autres ce qu'ils
reprochaient injustement au clergé espagnol d'avoir entrepris contre le criminel Ferrer. Quel illogisme et quelle barbarie !
Mais 30000 sur le chiffre total de la population de Paris, qui s'élève à 2714068 habitants, c'est bien peu de (-hose. L'anticléricalisme ne compte qu'une infime quantité de citoyens dans la nation.
Les libres penseurs, radicaux ou socialistes, n'atteignent- ils pas le r-hiffre de 85000, d'après le dernier recensement, sur 37800600 Français ?
On peut juger de leur force d'après la statistique des enterrements civils.
La proportion de ceux-ci est de 6 p. 100 en province et de 20 p. KX) à Paris.
Malgré l'énorme réclame lîaite en leur faveur par les sociétés de cérémonies civiles, malgré la Séparation de l'Eglise et de l'Etat, la moyenne des enterrements civils baisse depuis quinze années, et celle des enterrements religieux ne fait que monter. Nous n'inventons rien. C'est M. Jacques Bertillon qui fait cet aveu d'après les statistiques.
Ah I que vont donc devenir ces pauvres anticléricaux quand ils sauront cela I
(( Le peuple ne veut plus de curés! Il a ratifié la loi de Séparation par son vote, » disaient- ils. Et voilà qu'il délaisse de plus en plus les enterrements civils ! Une telle constatation n'est-elle pas déconcertante ?
Mais au moins reçoivent-ils des consolations et des encouragements de la part du peuple dans leurs congrès ? Nous allons le voir.
En 1905, le congrès socialiste réunit 428 congressistes à Paris.
En 1908, il n'en groupa que 324 à Toulouse.
En 1904, le congrès de la Ubre Pensée rassembla à Rome 800 esprits forts.
En 1909, il fut fréquenté par 104 anticléricaux! Quelle foule ! Comment la ville de Tours a-t-elle pu les contenir !
Au moins la jeunesse marche-t-elle militairement, tout en étant antimilitariste de cœur, comme les amis de Ferrer à Paris? Hélas ! le (-ongrès national des Jeunesses laïques, tenu à Tours en 1905, ne réunissait qu'une cinquantaine de congressistes. Néanmoins les doctrines hervéistes furent approuvées par 2105 voix et condamnées par 1957.
Les mathématiciens se demanderont sans doute comment une assemblée de 50 personnes peut produire 4062 votes. C'est un mystère et un miracle anticléricaux, que nous ne voulons pas approfondir. Nous sommes trop modeste }X)ur oser mesurer ou peser le progrès et la science de l'anticléricalisme. Nous laissons ce soin aux génies du blo<i.
En 1909, la ville <lu Mans eut la bonne fortune d'abriter le grrrand congrès national des Jeunesses laïques de France. Une quarantaine à peine de congressistes, dont la moitié au moins n'avaient pas loin de 70 ans (?), vinrent éclairer la ville avec leurs lumières. Comment un vieillard <le 70 ans peut-il être un jeune homme? C'est une énigme dont l'anticléricalisme a encore le secret !
Le 11 juillet 1909, la Libre Pensée avait organisé une conférence à Neuillé-Pont-Pierre (Indre-et-Loire). 50 habitants s'y pressaient. Le 5 septembre de la même année, une seconde conférence ne réunit plus que 37 personnes, venues d'ailleurs en grande partie. Un grand banquet avait été annoncé. Les tables furent occupées par 6 convives !
A Thilouze, (Indre-et-Loire) le citoyen Noël n'a pas pu trouver trois personnes pour former le bureau à sa réunion du 19 décembre 1909.
A Langeais (Indre-et-Loire), la société des cérémonies civiles organisa une conférence pour la fondation d'une section , le 5 janvier 1910. Vingt curieux écoutèrent l'orateur.
Néanmoins les anticléricaux proclament très haut que le peuple a réclamé la loi de Séparation ! Ils sont aussi sincères que démocrates. Leur hypocrisie égale leur tyrannie. Un anticlérical avouait, au début de janvier 1910, que, dans nombre de départements, des associations catholiques avaient été constituées, et il ajoutait : ce Le nombre de nos associations est minime, comparé aux associations adverses. y> Pourtant le Rappel déclarait emphatiquement, le 10 octobre 1908 : «Aux 1400 associations cléricales de pères de famille, nous opposerons l'activité de nos groupes de Libre Pensée. » L'anticléricalisme a fondé à grand'peine quelques associations pour la défense de l'école laïque. Le catholicisme en a établi des milliers. Néanmoins les anticléricaux disent partout que le peuple veut un enseignement anticlérical à l'école I
Enfin, terminons cette statistique des forces anticléricales par l'indication du chiffre des congressistes au congrès radical de Nantes, en 1909. Ils étaient 600.
§ ^. — Puissance numérique du catholicisme
Les forces du catholicisme sont autrement imposantes.
M. Guyot-Dessaigne, ministre delà Justice, a avoué à la Chambre que les acheteurs des biens congréganistes ont été rares parce que les Français ont été détournés du projet de se porter adjudicataires, tant par la crainte des excommunications que par celle de la réprobation de leurs concitoyens. La conscience chrétienne du peuple français s'est donc révoltée devant la formidable rafle des biens d'Église. On peut dire, en toute vérité, que celle-ci est condamnée par l'immense majorité des Français.
Mille jugements ont été rendus par les tribunaux consacrant le droit des collatéraux de faire révoquer les testaments dont le Gouvernement a refusé de respecter les clauses.
Ainsi, la loi de Séparation a été condamnée par le peuple et les tribunaux. Elle n'a pour elle que quelques centaines de députés et sénateurs , esclaves du Grand-Orient de France.
Tandis que le congrès général de la Libre Pensée à Rome ne groupait que 800 anticléricaux , 70000 hommes assistaient à la procession du con-
grès eucharistique de Cologne. La différence est petite, on le voit. Chaque année, il y a entre 40000 et 50000 hommes qui prennent part au défilé des congrès catholiques allemands.
Les anticléricaux ont fait ressortir avec force réclame le nombre des manifestants en l'honneur de l'incendiaire Ferrer. Peut-il être comparé avec les 100000 Parisiens qui défilèrent devant le corps du cardinal Richard ?
Dans son rapport, M. Edouard Petit reconnaît l'existence de 6000 patronages catholiques. Il mentionne à peine 2250 patronages laïques.
En 1908, de splendides fêtes ont eu lieu à Lourdes pour le cinquantenaire de l'Apparition de la bienheureuse Vierge Marie.
Le premier jour, on compta plus de 8 000 pèlerins.
Le deuxième jour, il y en eut 20000.
Le troisième jour. Lourdes abrita 40000 pèlerins.
En 1909, de réconfortantes manifestations eurent lieu en France en l'honneur de Jeanne d'Arc. Y prirent part à :
Notre-Dame de Paris 12000 personnes.
Compiègne 15000 —
Montaigu (Vendée) 20000 —
Épernay. 3000 —
Blois. 10000 —
Dijon 4000 —
Nancy . 5000 —
Limoges 10000 —
Reims 10000 —
Saint-Joseph-des-Chénes (Maine-et-Loire). . 10000 —
Enfin 50000 pèlerins français allèrent assister à Rome aux fêtes de la Béatification. Par leurs ovations respectueuses, ils dédommagèrent amplement la papauté des insultes et des cris que lui avaient adressés, en 1904, les 800 congressistes libres penseurs en faisant un pèlerinage laïque à la brèche de la Porta-Pia.
En 1909, le lundi de la Pentecôte, 2000 hommes ont défilé dans les rues de Vitry-le-François.
Le 7 juin 1909, 8000 hommes ont affirmé leur foi dans les rues du Puy.
Le 20 juin 1909, 3000 hommes et 2000 femmes et jeunes filles ont parcouru les rues de Gravelines (Nord).
A Ponthieu, faubourg du Mans, 6000 personnes ont assisté à la messe dite en plein air, à l'occasion d'une fête de gymnastique.
Le 18 juillet 1909, à la Roche- sur -Foron (Haute -Savoie), une fête de Jeanne d'Arc réunit 800 jeunes gens, 25 sociétés, fanfares et chorales.
Le 25 juillet 1909, 1200 jeunes gens acclamaient le parti de Dieu, au Mont-Saint - Michel .
Les 26 et 27 septembre 1909, 4000 personnes ont assisté à des fêtes patrio-
tiques et religieuses à Saint -Wolfroy (Ardennes). 600 gymnastes prirent part au festival du 26 septembre.
A Saugues (H^'^-Loire), le 26 septembre 1909, 1800 personnes du canton ont assisté à une réunion publique et entendu des orateurs catholiques.
A Notre -Dame-de-l'Osier (Isère), le 26 septembre, 3500 pèlerins, dont 2500 hommes ou jeunes gens, assistèrent à un congrès présidé par Ma"" Henry. 600 hommes communièrent le matin.
Le 10 octobre 1909, 150 représentants de 24 groupes, avec 16 drapeaux et bannières, assistèrent au Congrès des cheminots à Bourg. A midi, banquet de 200 couverts.
Le congrès régional des œuvres, tenu à Vichy les 10 et jl octobre 1909, groupa au moins 1 000 hommes dans l'église Saint-Louis.
Le 11 décembre 1909, 3000 personnes prenaient part au Congrès des catholiques de l'Anjou. 8000 jeunes gens avaient assisté, en 1908, au Congrès de la jeunesse catholique dans la même ville. Quelle masse énorme, si on compare ce chiffre avec les 40 jeunes laïques de 70 ans, formant le congrès anticlérical sandwich du Mans!!! Il évoque le souvenir du hareng -saur en présence d'une baleine !
A la fin de décembre 1909, plus de 2000 catholiques, réunis en meeting sous la présidence de M^^' Amette, à Paris, ont voté un ordre du jour réclamant des mesures contre le travail de nuit des ouvriers boulangers.
A la réunion du 27 décembre 1909, à Nîmes, 3500 dames faisant partie de la ligue des Femmes françaises étaient présentes.
Le 30 janvier 1910, 1 000 hommes assistaient à une réunion d'organisation catholique, à Rodez.
Le 5 février 1910, 4000 chefs de famille proclamaient, à Angers, leur droit et leur amour de la liberté.
A la clôture du Congrès diocésain de Paris, le 20 février 1910, 15000 personnes, dont 10000 hommes, acclamèrent un ordre du jour repoussant les attentats commis en France contre les consciences et condamnant le monopole de l'enseignement.
Le 13 mars 1910, 6000 hommes se pressaient dans le grand cirque d'Orléans, sous la présidence de M&i' Touchet.
Aux obsèques de M. Chenieux, maire libéral de Limoges, plus de 20 000 personnes suivaient le cortège, au mois de mars 1910.
Le 22 mars 1910, 2 000 personnes, comprenant des délégués de toutes les paroisses d'Ille-et- Vilaine , assistèrent, à Rennes, à une importante réunion présidée par M^^" Dubourg.
Le 28 mars 1910 , 1 600 congressistes étaient groupés à Foix dans une réunion catholique.
Les 28 et 29 mars 1910, la jeunesse catholique bretonne tint sa huitième assemblée générale à Sainte- An ne-d'Auray et à Auray. Plus de 3 000 jeunes gens, venus de tous les coins de la Bretagne , y assistaient .
Le 29 mars 1910, 6 500 cultivateurs , jardiniers et vignerons de la Loire- Inférieure firent leur i>èlerinage annuel à Nantes pour les biens de la terre.
Aux fêtes jubilaires de Notre-Dame du Puy, on a compté :
Le 30 mars 1940 20000 pèlerins.
Le 3 avril — 48000 —
Le 4 avril — 4 000 —
Le 7 avril — 40 000 —
Le 40 avril — 46 000 —
Le 40 avril 4940, une procession de 3 000 personnes, dont 4 000 hommes, clôtura le Congrès eucharistique dans la cathédrale d'iVmiens.
Le 42 juin 4940, 4500 hommes assistèrent, à Tours, au grand meeting de clôture du Congrès catholique, et défilèrent en ])on ordre dans les lues de la ville pour se rendre à la cathédrale.
Tous ces chiffres sont absolument authentiques. Ne sont-ils pas de nature à donner confiance aux catholiques, et ne démontrent-ils pas d'une manière évidente l'opposition du peuple à toutes les lois sectaires? Osez donc nous dire maintenant, anticléricaux, que les Français les ont réclamées. Où sontils, ces Français qui vous suivent ? Nous en comptons 40 , 404 et 800 . Que sont-ils en face des 40000, 45000 et 50000 qui vous condamnent ?
De ces chiffres il ressort clairement que les anticléricaux sont très peu nombreux. Comment triomphent -ils alors aux élections? Leur victoire est due aux ruses qu'ils emploient, à la fraude qu'ils commettent, à l'organisation qu'ils possèdent. Ils sont plus forts que les catholiques qui sont le nombre, parce qu'ils sont cent fois mieux organisés qu'eux.