SCÈNES HONTEUSES ET INTIMIDATION" VIOLENTE APRÈS LE SCRUTIN
L'anticléricalisme n'ayant triomphé qu'à l'aide du Qiensonge, de la fraude et de la violence, il fallait s'attendre à ce que celle-ci se manifestât sur divers points du territoire français après le scrutin. Il ne suffit pas, en effet, d'intimider les électeurs avant et pendant le vote. Il est aussi utile de le faire après , afin d'enlever le courage de protester aux témoins de la fraude. Les anticléricaux ont observé cette tactique, obéissant docilement sur ce point aux ordres donnés par leurs chefs. Tous les actes qu'ils ont accomplis étaient sans doute inspirés par la tolérance. Ils sont seuls, paraît -il, à connaître cette belle vertu! Le catholicisme l'ignore, à leur humble avis. Qui sait? le progrès a peut-être changé la signification des mots et remplacé le sens donné autrefois au mot de tolérance par celui appliqué au mot de tyrannie ! La science anticléricale a une puissance secrète que tant de catholiques ignorent !
Que le lecteur lise attentivement les manifestations de sauvagerie tolérante (?) accomplies ici et là par l'anticléricalisme. Il sera édifié sur sa valeur morale.
De graves incidents eurent lieu en divers endroits en mai 1902.
A Belfort, des désordres ont suivi la proclamation de M. Schneider, ministériel, comme député. Ils se produisirent à la suite d'une manifestation organisée par ses amis et consistant en un cortège précédant un corbillard.
Les manifestants, chantant et soufflant dans des instruments de musique, allèrent, poussant des cris de mort, devant les bureaux du journal le Ralliement, qui avait combattu la candidature de M. Schneider.
Le soir, un nommé Philippe, porteur de journaux, ancien douanier, fut assailli par une troupe et eut le crâne fracturé à coups de matraque.
Un cafetier, au Valdoie, fut frappé de deux coups de couteau dans, le côté gauche.
Un nommé Gardani eut une jambe brisée en deux endroits au cours d'une rixe.
Dans la matinée, les boueux municipaux avaient planté le drapeau tricolore dans le fumier de leurs tombereaux. L'après-midi, on vit circuler en ville un individu, ridiculement costumé en femme, également porteur d'un drapeau tricolore. A quatre heures et demie, un cortège carnavalesque traversa toute la ville. Il comprenait quelques jeunes filles, coiffées du bonnet phrygien et brandissant deux vieux drapeaux tricolores. Au milieu d'elles, un cafetier, revêtu d'un grotesque costume de général, prétendait représenter le général Zurlinden. Il portait un chapeau de papier et saluait ironiquement la foule. Cette odieuse manifestation , dont le caractère était d'autant plus honteux que la frontière était plus proche , fut d'abord arrêtée sur la place d'Armes, après une plainte du capitaine de Saint-Loup, et grâce à l'intervention ce forcée » du préfet. Celui-ci intima l'ordre aux agents de faire descendre de cheval le triste figurant; mais la foule, prenant parti pour le cafetier, injuria grossièrement le préfet, qu'elle traita de « réac » et de (( cafard ». Des femmes même lui crachèrent dans le dos. A la faveur du désordre, le cortège continua de s'avancer, et ce ne fut que place de la République que le cafetier fut enfin contraint de mettre pied à terre. Il put, d'ailleurs, partir sans être autrement inquiété. Le cheval fut conduit à la gendarmerie.
La fin de cette ignoble parodie se passa en face du cercle militaire, en présence des généraux Pau et Lefort, qui, du balcon, assistèrent indignés à ce spectacle révoltant.
Un autre char, chargé de malles, symbolisa le départ du général. Sur ce char, se trouvaient des fillettes costumées, élevant en l'air un drapeau tricolore.
Dans la Meurthe-et-Moselle, il y eut aussi des scènes regrettables de désordre. Vers neuf heures et demie du soir, une bande de jeunes gens (dont trois seulement étaient électeurs), escomptant par avance le succès du célèbre « papa Ribierre », candidat radical ministériel, parcourut les rues de la ville, drapeau rouge en tête, en poussant des cris sauvages. Les autorités laissèrent faire, et la police n'intervint pas pour faire cesser le scandale.
Des manifestations tapageuses se sont aussi produites à Pontarlier. Des énergumènes, furieux de l'échec de M. Magnin, brisèrent les vitres de l'école des frères , du cercle catholique et de plusieurs habitations particulières. Sans l'intervention de la police et de la troupe, et n'eût été le sangfroid des libéraux qui surent rester calmes devant ces provocations, il y aurait certainement eu des désordres plus graves.
En 1904, d'odieuses manifestations eurent lieu à Marseille. M. Thierry les raconta en ces termes dans V Éclair :
(( Dès le soir du scrutin et pendant les jours qui suivirent, des cortèges plus immondes que tous ceux qu'avait jusque-là vomis dans la rue la
révolution sociale, si souvent en éveil dans nos ports, se mirent à parcourir les rues. Ils chantaient la Carmagnole et V Internationale et promenaient le drapeau rouge avec autant d'entrain que s'ils avaient accompagné M. Pelletan.
(( Des apaches en vêtements sacerdotaux suivaient des cercueils en parodiant des cantiques ou promenaient sur un brancard l'effigie du cadavre de M. Chanot. Par deux fois, ils pénétrèrent dans les églises pour s'y livrer à l'odieux et sacrilège simulacre du service mortuaire de la municipalité sortante. Des citoyens paisibles, qui avaient la mauvaise fortune de se trouver sur leur parcours, furent injuriés, molestés, violentés. Des magasins furent pillés. Détail plus attristant encore : des femmes, sinistres tricoteuses, traînant avec elles des enfants qui vociféraient, n'étaient pas en moins grand nombre, dans ces défilés, que les inévitables égarés et les escarpes coutumiers.
(( Devant ces spectacles instructifs, la population honnête et laborieuse eut subitement la vision très nette de l'avenir de désordre et de pillage, de grèves tragiques et de troubles périodiques, qui, sous l'œil complaisant de l'autorité, allait se rouvrir devant elle. Elle comprit que la vie sociale et économique du premier port français allait être à tout jamais compromise. y>
Les élections de 1906 furent caractérisées par des faits du même genre. La Touraine se distingua tristement.
Le journal la Réplique insérait l'article suivant, en mai 1906 :
« L'apothéose du F.-. Besnard à Montbazon. — Dimanche soir, lorsque les résultats du scrutin furent connus à Montbazon, nous assistâmes |à un spectacle qui, pour être emprunté aux scènes carnavalesques du mardi gras, n'en est pas moins suggestif et nous montre bien à quel joli monde le citoyen F.*. Besnard doit ses succès électoraux.
(( Donc, dimanche soir, le maire et tyran qu'aucune commune ne nous envie fit illuminer la mairie. Mustapha D... avait, paraît-il, 'des ordres de faire quelque chose de grandiose, de nature à laisser une impression ineffaçable dans l'esprit de tous les habitants de Montbazon. En conséquence, au milieu d'étourdissantes salves de pétards et de pièces d'artifice, et sous la direction du susdit Mustapha D..., fut amené dans une charrette à bras, sur la place de la Mairie, un mannequin de paille ayant la prétention de figurer M. Drake, mannequin coiffé d'un petit chapeau aux couleurs voyantes, vêtu d'une veste, avec un petit mouchoir sortant de l'une de ses poches.
((En guise de musique, \si Carmagnole eiV Internationale dïievueui avec les cris de : (( A bas Drake ! Vive Besnard ! A bas la calotte ! » Et c'est à ces suaves accents que le mannequin est brûlé sur la place.
(( — C'est tout de même un rude gars que ce Besnard ! disait une vieille commère qui assistait à l'incinération; si c'est pas vrai, je ne suis pas une femme. »
« Enfin le cortège prend le chemin de l'église. La porte étant fermée à clef, les manifestants se contentent de frapper et s'éloignent sans insister davantage.
(( Le cortège prend enfin , à la lueur des torches en guise de cierges , le chemin du cimetière avec accompagnement de parodie des cérémonies religieuses.
« Empressons -nous d'ajouter qu'il ne pénétra pas dans ce champ des morts, et... ainsi finit la comédie. Et Mustapha D... de hurler : « Tous les boutons de la veste à Drake sont brûlés, il ne reste plus que les boutonnières ! »
« C'est vraiment trop d'esprit pour un seul homme, ce qui nous fait craindre que, ainsi que son maître et ami, il ne puisse résister longtemps. ))
Le 20 mai de la même année , des faits aussi regrettables étaient racontés dans la Réplique.
ce A Esves-le-Moutier (Indre-et-Loire), les anticléricaux ont fêté follement le succès de M. Chautemps, leur candidat. Précédés d'un accordéoniste, les plus exaltés parcoururent les rues du bourg en chantant V Internationale ^i la Carmagnole, Sur leur passage, ils lacéraient les affiches du candidat libéral, en poussant de grossières injures à son adresse ainsi qu'à celle de ses partisans. Convaincus par leurs meneurs que celui-ci voulait rétablir le service de sept ans et faire la guerre, ils allèrent au cimetière inviter les morts à trinquer avec eux pour Chautemps, dont le succès leur garantissait la paix I De là ils se rendirent auprès de la rivière. Trois mannequins furent apportés. L'un représentait M. Breton, le candidat libéral, l'autre M. le curé, et le troisième M. le maire. Les deux premiers furent brûlés à la grande joie d€S assistants, qui chantèrent et dansèrent autour du bûcher. Le troisième mannequin, celui de M. le maire, fut condamné à être noyé. Comme le malheureux relevait toujours la tète (?), ils l'enfoncèrent à coups de perche. Mais ils avaient beau taper, il revenait toujours à la surface de l'eau. Oh ! qu'il avait la vie dure ! Ce n'est pas étonnant, voilà trente -huit ans que le maire dirige la commune ! »
Le 26 mai 1906, la Croix donnait le récit des événements survenus dans la commune de l'Éguille (Charente-Inférieure).
(( Sous la conduite de l'adjoint, une bande de femmes et d'hommes avinés ont parcouru les rues du bourg, proférant des chants obscènes et des menaces grossières à l'égard du curé et de personnes notables.
(( Le lendemain , le garde champêtre , avec l'assentiment des autorités , annonçait à son de caisse que le soir, sur la place publique , on procéderait aux obsèques du candidat de toutes les sectes du cléricalisme.
« A huit heures et demie, le cortège s'organisa. Le conseil municipal, entouré d'une bande hurlant V Intern^xtionale , escorte jUn mannequin éclairé de lanternes vénitiennes, ayant dans les mains un chapelet, la
Croix de Saintonge et une grande croix de l)oi.s. La tête remue vaguement.. C'est hideux !
a. Les honnêtes gens ont harricadé leurs portes. Pendant ce temps, une grande lueur s'élève, sinistre. C'est le mannequin qu'on brûle au milieu d'une ronde effrénée et de cris de sauvages, et la nuit s'achève dans une oigie sans nom. »
Le 10 mai 1908, on lisait dans la Croix :
(( Dimanche soir, une bande de radicaux, ayant à leur tête le maire de la commune de Margencel (Haute-Savoie), M, Bouvet, vinrent sous les fenêtres du presbytère lancer d'atroces vociférations à l'adresse de M. le curé et de M. l'abbé Buffet. Ces derniers sortirent bientôt pour demander une explication et furent reçus par une bordée d'insultes et de coups de pierres.
(( Mercredi, M. l'abbé Buffet voulut demander à M. Bouvet les motifs de cette manifestation. Celui-ci répondit fort malhonnêtement et porta à la tempe droite du prêtre un violent coup de poing, puis lui sauta à la gorge. L'abbé Buffet, ne voulant pas se laisser tuer, asséna à son adversaire plusieurs coups de poing qui lui firent lâcher prise. »
Enfin, en 1910, des scènes regrettables se produisirent aussi en divers endroits après la proclamation du scrutin.
A Quiberon, le soir des élections, dès que le succès du candidat blocard fut annoncé, une troupe d'énergumènes, au chant du Ça ira, s'est dirigée vers le presbytère. La porte d'entrée s'ébranla sous leurs coups, mais résista à leur attaque ; poussés par une rage satanique, ils saisirent alors d'énormes pierres et brisèrent la croix de granit fixée au-dessus du portail. Aussitôt la bande s'éloigna, pour aller enfoncer d'autres portes et commettre d'autres dégâts. Naturellement, le maire Chanard s'est gardé de mettre la police à la poursuite de ses amis.
Dans l'Aude, de violentes bagarres se sont produites à Sigean. Le domicile du curé a été pris d'assaut par des révolutionnaires, qui ont enfoncé les portes. Le curé et les vicaires ont été insultés et hués. Les manifestants ont parcouru les rues de la ville en chantant V Internationale et en lançant des projectiles. Il y a eu deux blessés. La gendarmerie est intervenue et a repoussé les manifestants.
Aux Sables-d'Olonne, dès que le résultat du scrutin a été connu, les inie^ ont été livrées à la lie de la populace.
Protégée par la police et la gendarmerie, à la suite du drapeau i*ouge, au chant de V Internationale , poussant des cris immondes, ime tourbe, affublée d'emblèmes religieux, traînant un christ, s'est promenée par la ville. Des gens s'étaient déguisés en prôt)es, et l'on put voir s'étaler les travestissements que les arrêtés municipaux inteidisont les joui's de mardi gras.
M. Cliailley, dé[)Ht('' l)locard des Sal)les-d'OI()iiiH', honteux shm^ dnute des odieuses manifestations qui suivirent la proclamation de son élection, écrivit une lettre à V Autorité dans laquc^llc il nia lovn^ existence. Mais le
15 mai 1910, ce vaillant journal inséra le témoignage suivant, qui n'a jamais été contredit, parce qu'il ne pouvait pas l'être.
(( Paris, 13 mai 1910.
(( Monsieur et cher confrère,
« Je prends connaissance seulement aujourd'hui de la lettre que M. Ghailley, député des Sables-d'Olonne , vous a adressée et que vous avez publiée dans V Autorité du 9 mai dernier.
(( Permettez-moi, en qualité de collaborateur de M. Henri Bazire pendant la campagne électorale qu'il a menée dans la première circonscription des Sables-d'Olonne, de donner à M. Ghailley le démenti le plus formel.
ce J'ai vu, le 25 avril dernier, au cours de l'ignoble manifestation organisée par les collaborateurs immédiats de M. Ghailley, le Christ traîné dans le ruisseau par un individu dont le nom est connu et qui était revêtu d'habits ecclésiastiques. Et les cris de : (( Vive Ghailley ! » et les chants de la Carmagnole et de V Internationale accompagnaient cette scène honteuse.
(( M. Ghailley n'a pu l'ignorer, puisque ce sont ses amis, je le répète, qui l'avaient organisée.
(( Je n'avance rien à la légère que je ne puisse prouver. La municipalité elle-même n'ignorait rien des projets des partisans de M. Ghailley, et elle n'a rien fait pour les empêcher. Elle est donc complice des faits révoltants qui se sont déroulés dans l'après-midi du 25 avril et qui ont indigné toute la population honnête des Sables-d'Olonne, sans distinction de parti.
(( D'ailleurs le Journal des Sables, dans son numéro du 28 avril, a relaté ce qui s'est passé. M. Ghailley s'est bien gardé alors d'envoyer une lettre rectificative, bien qu'il fût présent aux Sables-d'Olonne, à cette époque, parce qu'il savait que tous les témoins du scandale se seraient levés contre lui pour proclamer la vérité. Il vous en a adressé une pensant que peut-être elle ne tomberait pas sous les yeux d'une personne connaissant exactement les faits et dont plus tard il pourrait faire état. Son calcul est déjoué.
(( Je vous serai très obligé, monsieur le directeur, de faire publier cette lettre, qui n'a pour objet que de remettre au point des faits dont la divulgation peut gêner M. Ghailley, mais dont l'exactitude est absolue.
(( "Veuillez agréer, monsieur et cher confrère, l'assurance de mes meilleurs sentiments.
(( EuG. Dupas, puhliciste,
« 34, rue Véron, Paris. »
En présence de ces saturnales inspirées et exécutées par le Bloc anticlérical, quel homme honnête peut être fier de lui appartenir ?
La journée du dimanche 24 avril 1910 s'était passée dans le plus grand calme à Boutigny (Seine -et -Oise), lorsque, vers onze heures du soir, une
bande d'énergumènes , excités , par les adversaires du candidat élu Garnot , après de violentes démonstrations, restées vaines, devant la demeure de M. Saucier, et celle du débitant de tabac Gordier, tournèrent leur fureur contre le presbytère. Proférant les plus ignobles injures et au chant de refrains révolutionnaires, ils attaquèrent la porte à coups de pieds.
Personne ne répondit. L'église était toute proche. Exaspérés, les malfaiteurs s'y ruèrent : la porte céda sous leurs coups. Un pillage sacrilège alors commença. (M. l'abbé Martrand , curé, avait heureusement retiré le saint Sacrement.) La lampe du sanctuaire fut brisée. Harmonium, cierges, bancs, chaises étaient déjà entassés, et les misérables allaient y mettre le feu, quand le curé se présenta et interpella les bandits en les sommant d'interrompre leur infâme besogne. La meute hurlante se précipita sur lui en le menaçant; il dut se retirer.
Prévenu entre temps, le maire fit la sourde oreille. Avertis par quelqu'un de leur bande, des allées et venues multipliées au télégraphe, les apaches, de leur côté, prirent peur et s'éclipsèrent.
Les gendarmes, qui attendaient la réquisition du maire pour accourir, se présentèrent le lendemain seulement pour enquêter sur cette affaire. Un coupable a pu être arrêté : il a avoué et fait connaître ses complices.
Dans la nuit du 8 mai 1940, des incidents se sont produits à Villefranche-de-Lauraguais (Haute-Garonne), après la proclamation de M. Auriol. Une bagarre a éclaté, en face du siège du comité radical socialiste, entre les partisans de celui-ci et ceux de M. Ducos.
Des coups de revolver ont été tirés. Il y eut plusieurs blessés, parmi lesquels un chauffeur, M. Jean Lautrec, grièvement atteint à la tête, qui est mort quelques jours après.
Le 8 mai 1910, à Brest, 2000 manifestants ont, en chantant V Internationale et la Carmagnole, accompagné jusqu'à son domicile le citoyen Goude, qui, de la fenêtre de sa chambre, les a harangués. Ils ont ensuite parcouru les principales rues de la ville en criant, sur l'air des Lampions, et en visant la municipalité progressiste : « Démission ! démission ! » Ils se sont arrêtés devant la préfecture maritime, où ils ont poussé de nombreux : a Hou I hou I »
Le même jour, à l'issue de la proclamation du scrutin, un groupe d'unifiés, mécontents de l'échec de M. Allard, parcoururent les principales rues de Toulon.
Arrivés devant les bureaux des journaux le Petit Marseillais et la République du Var, les manifestants en ont brisé les vitres et ont arraché les drapeaux tricolores qui flottaient sur la façade de ces immeubles.
A Marmande (Lot-et-Garonne), l'élection de M. Soussial, progressiste, a donné lieu à de violents incidents, le 8 mai 1910. Le nouveau député a été assiégé au café Valette, siège de son comité. Les vitres et les plaques de marbre ont été brisées à coups de pierres par ses adversaires politiques, maîtres de la rue. Plusieurs personnes ont été ])lessées à l'intérieur de l'établissement.
Devant l'impuissance de la police locale à rétablir l'ordre, M. Soussial y est resté, entouré d'amis dévoués, jusqu'à quatre heures du matin. Il a pu enfin regagner son domicile, à vingt-cinq kilomètres de Marmande.
Des scènes de désordre se sont produites le 9 mai 1910, dans la commune de Fruges (Pas-de-Calais).
Des bandes d'énergumènes, sous le prétexte de célébrer le succès du candidat de la veille, ont parcouru les rues de la ville, aux accents de chants révolutionnaires. Ils ont terminé cette promenade nocturne en brûlant sur la place publique l'uniforme français d'un commandant d'artillerie.
Une honteuse manifestation eut lieu à Péronne, le 8 mai au soir. Un cortège, insultant les libéraux dans leurs idées et leurs croyances, se déroula dans les rues de la ville. Le sous-préfet le suivit religieusement. Un char portait une effigie de saint Grégoire, qui devait être brûlée. Une contremanifestation fut organisée, et l'on put arracher à ceux qui les portaient les drapeaux et l'effigie. Une bagarre violente suivit, qui se termina par quelques arrestations. Il y eut de nombreux blessés.
A Saint-Omer, des manifestants se sont rendus, dans la nuit du 8 mai 1910, au Mémorial Artésien. Après avoir enfoncé la porte, ils pénétrèrent dans le couloir de l'immeuble, qui était désert ; ils cassèrent le carreau de la porte vitrée du bureau-caisse, mais ils ne purent l'ouvrir.
Ils jetèrent alors à la rue des rames de papier de journal. Ils furent interrompus dans cette besogne par des voisins réveillés par le bruit et qui les mirent en fuite.
Le 24 avril 1910, à Nantes, où M. Roch, radical, a été élu contre le colonel de Kerzerho, dans la troisième circonscription, les radicaux ont promené par les rues, au bout d'un bâton, une tunique d'officier supérieur.
Il est profondément regrettable que l'énergique attitude des habitants de Péronne n'ait pas été imitée partout. Ces scènes honteuses ayant eu lieu, il est vrai, à la même date, leur exemple n'a pu être donné comme modèle à la France catholique. Il le sera dans l'avenir.
Oui, il est très humiliant que notre pays soit le théâtre de pareilles manifestations. Elles sont pour lui un véritable déshonneur, qui ne saurait durer plus longtemps.
Que les catholiques s'organisent et expriment clairement leur intention d'empêcher à tout prix ces écœurantes démonstrations, et les anticléricaux ne s'exposeront pas à recevoir des horions pour les renouveler.