‹ L'art de tromper, d'intimider et de corrompre l'électeurChapitre 67 sur 79 · LA CORRUPTION INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

LA CORRUPTION INDIVIDUELLE

Corrompre tous les électeurs est un idéal trop difficile à atteindre. Le bloc anticlérical a jugé plus pratique de corrompre les personnalités influentes, afin qu'elles lui attirent les électeurs par une savante propagande. Les services, les décorations, les cadeaux, l'argent, sont les moyens généralement employés par lui pour atteindre son but.

§ 1. — Services rendus

Le 25 mars 1910, M. Alexandre Blanc attaqua à la Chambre les actes de corruption électorale accomplis par M. Sarraut, sous-secrétaire d'Etat à la guerre.

a Messieurs, dit-il, la question que j'ai l'honneur de poser aujourd'hui vient à sa place après le débat récent sur la pression électorale.

(( Le Gouvernement, par l'organe de son chef, dont tout le monde ici reconnaît, d'ailleurs, la solidité et l'invariabilité des convictions politiques (sourires), a déclaré qu'il était l'ennemi de la pression officielle. Et comme ce même Gouvernement, par l'organe du même chef, avait, à d'autres reprises, affirmé que tous ses membres étaient solidaires, on pouvait en conclure que tous les membres de ce cabinet réprouvaient, en effet, cette pression officielle. Il s'agit de savoir si M. le sous-secrétaire d'État à la guerre ou, sinon lui, quelques personnes de son entourage sont restées fidèles à cet esprit de solidarité contre la candidature officielle.

« Je n'ai aucun grief personnel contre M. Sarraut; je lui ai parlé hier pour la première fois, mais je défends un principe. J'ignore d'ailleurs sa situation électorale exacte, et je n'ai pas à me préoccuper d'incidents qui,

ces jours-ci encore, ont éveillé les échos de la presse. A en croire un certain nombre de feuilles, la situation électorale de M. Sarraut serait moins menacée que nos amis, — car ceux qui le combattent sont nos amis, — ne le disent. Des partisans de M. Sarraut ont attesté que, dans une réunion qui a fait grand bruit, M. Sarraut avait été acclamé. Ses adversaires prétendent, au contraire, que son concurrent, M. Ferroul, avait eu le dessus.

(( Je dois à la vérité de constater que le plus grand nombre des journaux sont favorables à M. le sous-secrétaire d'Etat; mais ce fait ne m'étonne pas, car il en est des journaux" comme des députés : les ministériels, quel que soit le ministère, sont toujours les plus nombreux. {Rires.)

(( Il y a deux mois environ, des instituteurs de la deuxième circonscription de Narbonne, qui avaient été promus à une classe supérieure, recevaient une lettre que quelques feuilles ont publiée, que certains d'entre vous ont lue, mais qu'il est bon de relire pour ceux qui ne l'ont pas lue et pour ceux qui, l'ayant lue, auraient pu l'oublier. Je fais remarquer d'ailleurs que la lettre n'est pas adressée aux députés de la circonscription, mais au ministre, mais au membre du Gouvernement,

(( Vous avez bien voulu appeler mon attention, disait l'auteur de cette lettre, sur M. X..., instituteur à..., qui sollicite... » — nous verrons tout à l'heure qu'il n'en était rien, et que les instituteurs qui ont reçu cette lettre n'avaient rien sollicité — ((... qui sollicite une promotion de classe.

(( Je suis heureux de vous faire connaître que , par un arrêté en date de ce jour, j'ai élevé votre protégé d'une classe à l'autre.

(( Veuillez agréer, monsieur le ministre, l'assurance de mon respectueux dévouement.

c( Le préfet de l'Aude,

(( Cornu. »

(( Cette lettre portait en marge la mention suivante : « Transmis à M. X..., T) et cette mention n'était pas signée de M. Albert Sarraut, député de l'Aude, mais contresignée :

c( Pour le sous-secrétaire d'État, le chef du secrétariat, Lapeyre. » (( La lettre dont je vous ai donné lecture n'a pas été envoyée seulement aux maîtres promus au choix , qui auraient pu , par conséquent , attendre un an ou deux encore ; elle a été adressée aussi à tous les instituteurs delà circonscription promus de droit à l'ancienneté. Il ne m'appartiendrait pas d'apprendre à des législateurs que, depuis quelques années, depuis la suppression du pourcentage , dans les classes autres que la première , les instituteurs, à l'ancienneté, avancent automatiquement, mécaniquement : ils passent de la troisième à la quatrième et de la quatrième à la cinquième classe au bout de cinq ans.

ce Vous pensez bien que ceux de mes camarades qui savent que l'année prochaine ils gagneront trois cents francs de plus, étant élevés à une classe supérieure, n'ont pas besoin qu'on le leur rappelle. Pourtant cette lettre a été adressée à ceux-là même qui devaient être promus de droit. Vraiment on se moque d'eux.

(( Pour qui prenez-vous vos instituteurs ? Pour qui les prend-il, le préfet de l'Aude ? Les juge-t-il assez simples pour s'imaginer qu'avec cinq ans d'exercice dans une classe et la certitude réglementaire de passer dans la classe supérieure, ils tiennent leurs promotions d'une influence ministérielle quelconque ? Ils ont été humiliés. Gela a été pour eux une véritable injure. » (Exclamations à gauche. — Applaudissements à V extrêmegauche.)

Les promotions au choix sont déterminées par le conseil départemental, sur l'avis donné par l'inspecteur d'académie et par les inspecteurs primaires. En prouvant aux instituteurs qu'ils devaient leur avancement, non à leurs mérites, ^ mais à l'intervention spéciale du sous-secrétaire d'Etat, le préfet de l'Aude indiquait clairement que celui-ci récompensait à l'avance leurs services électoraux.

Les stagiaires qui ont subi l'examen du certificat d'aptitude pédagogique savent qu'une fois reçus, ils sont de droit, l'année suivante , placés dans la cinquième classe et titularisés. Néanmoins ceux de la circonscription électorale de M. Sarraut ont reçu une lettre les informant qu'ils lui devaient leur titularisation.

La missive reçue par les instituteurs et les stagiaires de la circonscription de Narbonne portait, de la main du sous - secrétaire , les mots suivants :

(( Avec mes sentiments bien dévoués,

u Albert Sarraut. »

Puisque ces messieurs ont été si liuîniliés par l'attitude du sous-secrétaire, pourquoi n'ont-ils pas refusé l'avancement annoncé ? Ils l'ont accueilli sans protester, comme plusieurs de leurs collègues d'Indie-et-Loire. Cette mesure électorale leur a été certainement agréable.

Les contribuables eussent préféré voir M. Sarraut récuiupcu^er leuidévouement avec ses propres deniers. C'eût été plus; juste.

Son Excellence a aussi imaginé l.i piopa^andi*. par les cousimIs de revision.

Un (les nombreux attachés à son sous-seciétariat a adressé des lettres singulières aux médecins-majors des régiments en garnison dans la circonscription de Narbonne.

Elles étaient ainsi conçues :

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