X. L No
du recrutement de X..., qui passe le conseil de re vision le... mars prochain. « Vous serez bien aimable de me faire connaître la décision du conseil à son égard.
(( Veuillez agréer, monsieur le médecin-major, l'assurance de mes sentiments respectueux,
« Docteur Sallet,
Médecin-major de 2^ classe,
« Cabinet du sous-secx'étaire d'État, 14, rue Saint-Dominique, Paris.
(( Ce conscrit aurait une affection... ?
« D'autre part, on me signale que le conscrit X P profession
ferait son possible pour être indûment exempté. (( Vous verrez ce qu'il en est. »
N'est-ce pas admirable ?
Les anticléricaux sentent si bien que leur politique est détestée par le peuple, qu'ils cherchent à se l'attacher par tous les moyens, surtout par L'intérêt. Ils n'ont plus que ce moyen pour triompher.
§. 2. — Décorations
La corruption est si grande sous ce rapport, que des journauxj blocards eux-mêmes en ont des nausées. Le Rappel faisait cet aveu à ses lecteurs, à la fin de décembre 1908 :
(( Le nombre des décorations distribuées du i^"^ janvier au 30 novembre 1908, dans le département de la Seine, est exactement de 7260,
sur lesquelles un aimable hasard en fit échoir 958 aux 75 communes de la banlieue, soit environ 13 par commune.
(( Que d'attentats à la pudeur ministérielle !
ce Comme ils ont dû souffrir !...
ce Les noms des 7260 décorés, dont 958 habitants de banlieue, figurent avec leurs prénoms, titres et qualités, dans les journaux officiels...
(( Il est bien entendu que nous ne doutons pas un seul instant de la parfaite honorabilité, des mérites certains et de la complète indépendance de ceux qui ont été l'objet de ces distinctions honorifiques.
(( Il faut simplement convenir que M. Maujan, — déjà surnommé Monte-au-Giel , — est un des bienheureux de ce monde politique, puisque la destinée lui a permis de distinguer tant de mérites et de vertus , et de faire récompenser tant de services, en une année qui, grâce aux jeux du hasard, coïncide avec la préparation de son élection sénatoriale. »
En décembre 1908, M. Latapie, dans la République française, commentait en ces termes la campagne du Rappel contre la candidature officielle :
(( Le Rappel justifie singulièrement son titre, à la façon des personnages de la comédie, au xviiie siècle, qui étaient qualifiés par les vertus dont ils manquaient le plus. Un valet endormi s'appelait VÉveillé, et un vieillard cacochyme répondait au nom de la Jeunesse. Le Rappel, lui, ne se rappelle rien.
(( Le Rappel ne se rappelle rien, mais cela ne l'empêche pas de discerner très bien les erreurs du temps présent. On dirait, au contraire, que la faculté de voir dans le présent s'augmente par la faculté d'oublier le passé. C'est ainsi qu'aujourd'hui il découvre avec émotion et dénonce avec force un mal très ancien parvenu à son point d'éclatement : la candidature officielle.
(( Le 31 mai 1881, M. Clemenceau, réclamant avec énergie la suppression du Sénat, démontrait que, le corps des électeurs sénatoriaux étant peu nombreux, il était plus facile de le corrompre et d'exercer sur lui la pression gouvernementale et administrative. A cette occasion, il flétrissait l'administration préfectorale de la Savoie, qui avait fait élire un sénateur à l'aide de promesses d'emplois et de corruptions diverses. Et il ajoutait : ce Si vous vous mettiez à faire de la candidature officielle comme l'empire en faisait avec ses préfets, je ne serais pas le dernier à flétrir ces manœuvres et à voter pour l'invalidation de l'élection do tous ceux qui en auraient profité. »
(( Flétrissez, monsieur le président, et apprêtez-vous à deiuander l'invalidation de quelques-uns de vos amis, car les préfets font de la candidature officielle à tour de bras en vue des élections sénatoriales très prochaines. Les préfets n'y mettent aucun ménagement, parce qu'ils reçoivent des encouragements du ministère môme. Le Rappel établit, en efl^et, avec des preuves à l'appui, qu'en onze mois le ministère a distribué, dans le
seul département de la Seine, 7260 décorations, soit 660 par mois, 22 par jour, 2 par heure.
(( Quelle étonnar^te découverte !
(( Toutes les trente minutes , une étoile se détache de la constellation du chariot de l'Etat et viole la redingote de quelque délégué parisien. Jamais plus effroyable épidémie ne s'est abattue sur des êtres vivants. Le rouget du porc n'est rien auprès de ce fléau, qui abat les convictions les plus fortes et met à mal les boutonnières les plus étroites.
(( Voulez -vous savoir ce qui s'est passé à Ghoisy-le-Roi, par exemple? En moins d'une année, trente -huit personnes ont été aff'ectées d'une décoration : le maire, les deux adjoints, six conseillers municipaux, deux administrateurs du bureau de bienfaisance, deux employés municipaux et vingt-cinq personnages divers.
(( Si le ministre ou le sous -secrétaire d'Etat, candidat aux élections sénatoriales dans la Seine , qui distribue ces décorations, ne fait pas cela pour s'attacher les électeurs, c'est apparemment parce qu'il doit avoir des intérêts à Saint -Etienne dans une fabrique de rubans. Ce serait sa meilleure excuse.
(( A Fontenay-sous-Bois, il y avait un conseiller municipal qui se faisait tirer l'oreille; le 11 mai, il reçut une première décoration ; le 20 juillet, une seconde et, le 18 octobre, une troisième. Si celui-là ne vote pas bien, c'est qu'il est bourré moins d'ambition que d'ingratitude. Il y a des sujets qui prennent toutes les fièvres et meurent de vieillesse.
(( Le scandale est énorme ; mais ce qui est plus énorme encore, c'est de le voir proclamé et flétri par le Rappel, organe de M. Combes. C'est M. Combes qui a porté le régime de pression et de corruption au point de perfection où il est. Ce sont ses préfets qui se distinguent.
(C M. Clemenceau ne fait en somme que distribuer le ruban que M. Combes avait fabriqué et mis en bobine.
(( Ces gaillards étaient faits pour s'entendre dans le cambriolage du scrutin ; mais, comme les cambrioleurs à l'heure du partage, ils ne s'entendent plus du tout et se dénoncent. La justice, ce serait de les condamner tous sans distinction... ou plutôt avec les distinctions qu'ils distribuent. »
Aux élections législatives de 1902, on a vu un nationaliste peu convaincu céder sa place à un blocard pour une décoration.
Un grand industriel parisien a été fait chevalier [de la Légion d'honneur entre le premier et le second tour de scrutin , la même année.
A ce sujet, le Gaulois posa les questions suivantes :
(( Est-il vrai que cet industriel, qui emploie un grand nombre d'ouvriers, ail combattu avec acharnement la candidature de M. Millerand avant le scrutin du 27 avril?
(( Est-il vrai que celui-ci lui ait promis la croix en échange de son appui pour le scrutin de ballottage ?
« Est- il vrai que l'inclustriel ait exigé que le décret fût signé avant le 11 mai ?
« Pourquoi, enfin, cette nomination n'a-t-elle pas paru au Journal officiel le lendemain de la signature du décret présidentiel, comme c'est l'usage ?
(( Or, ajoutait ce journal, le Temps annonce que M. Maggi, le grand fabricant de potages comprimés, est nommé chevalier de la Légion d'honneur. Ce n'est évidemment qu'une coïncidence; car M. Maggi, qui est étranger, doit avoir à honneur de ne pas s'occuper de politique française. »
M. Millerand s'e&t bien gardé de répondre. Son silence fut un aveu.
Avant les élections de 1910, des centaines de décorations ont été accordées, ainsi que de très nombreuses bourses dans les écoles de l'Etat.
Le marchandage électoral a été inouï. Le fait suivant a été raconté par un journaliste :
(( Entrant dans un café du cinquième arrondissement, dit-il, je vis venir à moi un agent électoral qui soutient le candidat officiel contre M. Auffray.
(( Il m'aborda et, à brûle -pourpoint : (( Vous savez, me dit-il, si vous soutenez notre candidat, vous pouvez avoir une faveur ...» Puis, avec un clignement d'yeux : (( Une petite décoration ne ferait pas mal, ajouta -t-il. Je pourrai vous faire donner les palmes ou... le Mérite agricole.
— Merci, répondit le journaliste, je suis un socialiste unifié, »
Près de dix mille récompenses furent distribuées par le Goiiverriement à ses amis, en juillet 1910.
s^ 3. — Cadeaux
Le bloc est d'une générosité admirable, ou plutôt il a un cœur d'or. Sa tendresse pour ses amis est si grande, qu'il ne peut résister au plaisir de leur être agréable. Il leur fait des cadeaux, leur paye des voyages, etc.
Le lecteur pourra-t-il retenir son admiration (?) pour cet anticléricalisme qui joue si hypocritement au (( bon papa » ? Il le fera difficilement après la lecture du passage du discours prononcé à la Chambre des députés par M. Charles Dumas, le 17 juin 1910, lors <le la discussion de féleclion de M. Gérault-Richard à la Guadeloupe :
a. M. Gérault-Richard, dit l'honorable député, est ariivé avec des soldats. Ici, permettez-moi une parenthèse : il est arrivé aussi avec des cadeaux pour ses sujets. On m'excusera d'apporter des documents de colle nature devant la Chambre, mais il faut que je précise.
(( M. Gérault-Richard a d'abord apporté pour noiribre de ses électeurs des médailles avec une chaîne. Sur une des faces de cette médaille, on lit : « Gérault-Richard, député de la Guadeloupe» ; sur l'autre, on voit l'effigie
de notre honorable collègue, et comme je l'aperçois en face de moi, je dois reconnaître qu'il est assez ressemblant. (On rit.)
ce En outre, il a apporté des montres. On nous a dit, à la commission, qu'il n'en avait apporté qu'une centaine. J'accepte cette affirmation. Il les destinait, sans doute, à ses amis les plus intimes.
«La Chambre me permettra cependant de lui montrer cet objet. Voici la montre. Il y a au dos : « Souvenir de Gérault-Richard, » et comme si notre honorable collègue avait voulu par avance donner un sens à son élection, il y a aussi gravé un bateau. (On rit.)
« M. Adolphe Girod. — Il avait bien le droit de donner des montres à ses amis.
ce M. Charles Dumas. — Notre honorable collègue sait sans doute que s'il convient d'avoir pour soi les électeurs , il n'est pas négligeable de se concilier aussi, dans une certaine mesure, leurs femmes, et il a songé à apporter pour elles d'autres objets sur la valeur desquels je n'insisterai pas, puisqu'on peut en avoir, je crois, trois pour un sou. (Exclamations.)
(( Il a apporté des colliers. En voici un exemplaire. (Mouvements divers.)
(( M. Gérault-Richard. — Il est inutile de vous étendre plus longuement sur cet article de bazar que vous venez de nous montrer ; je ne l'ai pas distribué ; votre bonne foi a été surprise en ce qui concerne les colliers en question. J'ai donné des montres, mais j'ai bien le droit de donner des montres à mes électeurs.
(( Quant aux médailles que vous étaliez tout à l'heure aux yeux amusés de la Chambre, c'est un industriel qui en avait fait fabriquer et qui les vendait là-bas. Je dois même vous dire, sans aucune modestie, que plusieurs ont" atteint des prix élevés. [On rit.)
(( M. Charles Dumas. — On m'a affirmé que notre collègue M. Gérault- Richard avait distribué, non pas seulement au moment de l'élection, mais de tout temps, les colliers dont je viens de montrer un exemplaire en argent. En voici un autre, marron, qui semble s'harmoniser merveilleusement avec la couleur des personnes auxquelles il était destiné. (Mouvements divers.)
(( En voici un troisième échantillon (on rit) de la couleur des mers guadeloupéennes ; il a certainement dû faire rêver plus d'une brune.
ce M. Simonet (Creuse). — On ne se croirait pas à la Chambre, mais à la foire.
et M. Charles Dumas. — Ce n'est pas ma faute si certaines élections ressemblent à des foires. »
Les candidats blocards de France n'ont pas osé payer des médailles ni des montres à leurs électeurs ; mais un certain nombre d'entre eux leur ont envoyé leur photographie accompagnée de ces mots : (( Avec tout mon dévouement. » Les électeurs du Chinonais ont eu cette faveur.
D'autres anticléricaux se sont assuré leur élection en payant le voyage d'amis pauvres, enchantés de la bonne fortune qui leur était o fierté de revoir le pays natal, sans bourse délier. Le 8 mai 1910, VAiUorité annonçait cette intéressante nouvelle à ses lecteurs :
(( Les maçons balladeurs. — Il paraît que le V*^ arrondissement de Paris comptait parmi ses habitants un certain nombre de maçons de la Creuse, sans parler des francs -maçons. Et ce sont peut-être ces maçons, — grouillant dans cet arrondissement, où ils foisonnent en effet dans les rues a voisinant la place Maubert, — qui ont inspiré à Yiviani l'idée d'aller poser sa candidature à Bourganeuf. Une fois candidat dans ce bourg pourri que lui cédait, contre une promesse de grasse sinécure, le Q. M. qui en est détenteur, voici ce que s'est dit à lui-même Yiviani : « Je possède dans l'ancien arrondissement où j'ai cessé de plaire un noyau d'électeurs. Si je les emmenais avec moi dans la Creuse, leur pays? Ces maçons, qui viennent à Paris bâtir des maisons de rapport, ne seront certainement pas fâchés d'aller faire un tour dans leur patelin. Comme ministre du travail, je vais leur offrir un petit chômage payé qui ne sera pas démoucheté. » Qui fut dit fut fait. Voilà Viviani qui emmène son équipe de maçons dans la Creuse ; il les fait inscrire sur les listes électorales de Bourganeuf, et il les utilise comme agents électoraux, a Vous avez la journée de huit heures payée double, leur dit-il, pour parcourir les communes de Bourganeuf en répétant partout que je suis le père des maçons. Au lieu de mettre la main au mortier, vous mettrez la main à la pâte électorale; au lieu de bâtir des maisons, vous bâtirez mon élection. Et vous savez, quand le bâtiment va, tout va. » Enfin, tout se passa selon le programme. Viviani fut élu.
(( Après son triomphe, que fait Viviani? Il rassemble de nouveau son équipe et, après avoir réglé le compte de ces missl dominici du plâtre et du ciment, il leur tint ce langage : a Mes enfants, ça n'est pas tout. Je vais de nouveau faire appel â votre loyal mortier. Maintenant vous allez retourner à Paris, dans cet affreux V^ qui menace de devenir l'auge de la réaction, et vous irez voter contre Auffray. »
(( Et c'est ainsi que, dans la journée d'hier, on a pu voir débarquer à Paris et faire irruption dans le V^ arrondissement une nuée de maçons émoulus de l'arrondissement de Bourganeuf.
ce On sait que des électeurs qui ont voté au premier tour dans une circonscription n'ont pas le droit de voter au scrutin de ballottage dans une autre circonscription, où ils sont, par un abus frauduleux, également inscrits.
(( Mais Viviani n'y regarde pas de si près. »
De même, les électeurs originaires de la circonscription de M. Sarraul et qui habitaient Paris, Bordeaux, Lyon, etc., ont reçu la visite de courtiers officiels leur annonçant qu'ils auraient une indemnité de voyage pour aller voter à Narbonne. Mais il fut bien sti})ulé (jue cette faveur n'était accordée qu'aux électeurs de M. Sarraut.
Le sous-secrétaire d'Etat a exprimé d'ailleurs le regret que Narbonne ne fût pas desservi par les lignes de l'État, car cela lui aurait assuré une sérieuse économie.
§4. — L'argent
Le secrétaire du conseiller général du canton de Corbie a avoué en 4908 (ju'on lui avait remis d'importantes sommes, pour travailler au succès du candidat blocard. Il a déclaré devant témoins, au chef de cabinet du préfet : (( Yous avez été bien heureux de me trouver il y a huit jours, quand la candidature était compromise ; mais ce ne sont pas les billets de mille que vous m'avez donnés qui vous autorisent à me traiter en larbin... y>
On ne l'avait pas invité, en effet, à sabler le Champagne de la préfecture, en l'honneur du nouvel élu, et il en avait été froissé.
On a remarqué précédemment les sommes versées par l'administration préfectorale dans l'élection de Béthune. A l'un on remit 100 francs; à un autre, 160 francs, etc.
Aux électeurs intelligents et influents, on donne généralement des billets de mille. Les besogneux se contentent de moins.
On ne peut nier cette distribution d'argent aux électeurs. M. Isoard en a donné la preuve à la Chambre, le 21 mars 1910.
(( Dans un département, dit-il, que je ne veux pas désigner...
Sur divers bcmcs. — Si ! si I
M. Joseph Reinach. — Citez-le, et nommez-moi !
M. Isoard — ... un député, dont je tairai également le nom, a cru devoir, dès le début même de la législature, procéder dans sa circonscription à des remises d'argent. Il a d'abord pris pour distributeurs de ses libéralités des agents particuliers à lui, ou encore le service des postes. Puis, modifiant son système, il a fait distribuer ses dons manuels.
M. Joseph Reinach. — Aux bureaux de bienfaisance !
M. Isoard — ... par les maires ou les instituteurs.
M. R^einach. — C'est inexact î
M. Isoard. — Enfin cette année, — est-ce par habitude atavique d'économie (sourires)'! est-ce par besoin non moins atavique de faire rendre à l'argent le maximum d'intérêt utilitaire (rires) ? est-ce le désir, à la veille des élections, de donner un caractère officiel à ses libéralités ? lui seul le sait ; peut-être même ces trois sentiments à la fois ont -ils animé notre collègue lorsqu'il a perfectionné son système de distribution au point de réaliser en même temps par lui la corruption officielle et la corruption au rabais. Quoi qu'il en soit, ce qu'il y a de certain, c'est que, cette année, le député en question a cru bon de remettre les sommes à distribuer à M. le trésorierpayeur général du département qu'il représente, lequel trésorier-payeur
général les a fait tenir aux intéressés par l'intermédiaire des comptables placés sous ses ordres ; en sorte que, cette année, ce sont MM. les percepteurs qui ont été les commissionnaires de M. le rléputé.
M. Joseph Reinach. — C'est inexact.
M. Isoard. — Je n'avance rien qui ne puisse être contrôlé par des documents et par des preuves. (Mouvements divers.)
(( Gomme l'affaire a fait grand bruit dans le département en question, la presse s'en est saisie et, il y a environ trois semaines, un journal de l'arrondissement dont il s'agit pouvait poser à M. le député la question suivante :
(( Nous sera-t-il permis de poser aujourd'hui une simple question à M. le député Y... ? »
M. Joseph Reinach. — Mais nommez-moi donc !
M. Isoard. — c( Est-il vrai que M. le député a fait parvenir à M. le trésorier-payeur général du département de X... la somme de 6.000 francs à distribuer dans les communes de l'arrondissement de Z... ? Est-il vrai que cette somme a été distribuée au prorata par les mains de M. le trésorier-payeur général aux percei)teurs, lesquels remettent lesdites sommes aux maires des communes ? »
(( A cette question M. le député Y... n'a pas cru devoir répondre; et il a déclaré même, dans son propre journal, qu'il n'y répondrait pas. Mais le trésorier-payeur général mis en cause, lui, s'est cru obligé de donner des explications sur son attitude ; et il a écrit au journal qui avait dénoncé ces pratiques une lettre rectificative où il avoue ce qu'il a fait, et où il essaye d'expliquer sa conduite. (Lisez ! lisez!) Cette lettre, la voici :
(( En adressant moi-même aux comptables sous mes ordres de l'arrondissement les dons manuels que M. le député Y... leur avait fait parvenir les années précédentes par l'intermédiaire des municipalités, je ne suis point sorti de mes attributions. (Exclamations à Vextrème-gaiiche ei à droite. ) J'ai conscience d'avoir eu une notion exacte de mes devoirs en cette circonstance, puisque nos instructions nous prescrivent de veiller attentivement à ce que les maires ne s'ingèrent jamais, sous quelque prétexte que ce soit, dans le maniement des deniers destinés aux communes ou aux institutions charitables. »
M. Hippolyte Laroche, rapporteur. — C'est très viai !
M. Isoard. — Et comme conclusion, M. le trésorier- payeur général dit en propres termes : (( Il nous est recommandé de faciliter et do favoriser dans la mesure du possiljle l'envoi de ces libéralités au.\ bureaux de bienfaisance. Cette seule raison suffirait pour expliijuer ma conduite. »
M. le rapporteur. — Je demande la paix)le.
M. Isoard. — Je ne sais |>as si M. le i-apporteur, qui minterrompt, apj)rouve cette attitude; ce que je puis «lire, c'est que les explications (;n question n'ont pas satisfait dans notre i-égion Topinion publique. {Très bien! très bien! sur divers bancs à V e.ct rèmc-gauche .}
ce Je puis dire aussi que le minisire des finances lui-même ne ies a jias acceptées.
A l'extrême gauche. — Nous l'espérons bien.
M. Isoard. — Je crois pouvoir dire qu'il a rappelé à l'ordre le fonctionnaire en question, en l'invitant à s'abstenir à l'avenir de pratiques de ce genre.
(( J'en aurais fini, messieurs, avec cette question si je ne croyais utile et indispensable de montrer jusqu'où, pour le cas qui nous occupe, peut aller le mal auquel je demande à la Chambre et au Gouvernement de mettre un terme immédiat.
ce Dans la lettre de M. le trésorier -payeur général dont j'ai donné en partie lecture, il est question de dons manuels. C'est là une définition vague autant que juridique. Le député en cause a bien voulu lui-même préciser, dans son journal, cette définition. Et c'est ainsi qu'il nous fait connaître que ce la presse s'inquiète de savoir comment sont distribués les 6.000 francs que M. Y... adresse tous les ans à ses électeurs. »
Qui saura jamais le chiffre des sommes dépensées par l'anticléricalisme pour triompher aux élections de 1910?
Le 10 mars 1910, VÉclair insinua qu'une réserve électorale avait été constituée avec l'argent provenant des liquidations des biens congréganistes.
(( Hier, écrivait-il, certaines personnalités appartenant à des groupements politiques bien connus étaient, comme on dit vulgairement, a dans leurs tout petits souliers. » Le bruit avait, en effet, couru avec persistance que M. le juge d'instruction Albanel serait appelé peut-être bientôt à examiner si une partie de l'argent des congrégations ce liquidées » n'était pas allée, sous forme de subvention directe ou indirecte, à des comités blocards. On parlait de 100.000 francs par an pour chacun de ces comités, et cela depuis plusieurs années. »
Les sommes recueillies dans la souscription pour les sinistrés de la Seine ont eu probablement le sort des millions de la Martinique. Sur les quatorze millions souscrits, vingt-trois mille francs furent d'abord versés aux survivants de la catastrophe par les envoyés du ministère. Plusieurs centaines de mille francs furent ensuite distribués en secours, bourses ou pensions. Le reste fut recueilli sans doute dans la caisse électorale du bloc. Elle est si hospitalière 1!! Elle a dû recevoir avec la même bienveillance une bonne partie de la souscription fournie par la France et l'étranger en faveur des inondés.
Celle-ci atteignit environ 50 millions. Tous les conseils municipaux de France y participèrent. Des quêtes furent faites à domicile dans beaucoup de communes, et des fêtes organisées dans nombre de villes. Le Parlement vota lui-même 22 millions et un prêt de 100 millions.
La charité privée a été admirable. Elle a soulagé la plupart des infortunes. Sept cent mille personnes ont été abritées dans Paris par les habitants ou des œuvres charitables.
L'archevêque de Paris a distribué intégralement le million qu'il avait reçu.
Le Gouvernement a bien versé quelques millions aux sinistrés. Ainsi, à Gorbeil, plusieurs d'entre eux ont reçu d'abord 25, puis 75 francs.
Dans le but de donner un vigoureux élan à la souscription, le bloc tourangeau fit venir 41 enfants de familles sinistrées. Ils furent hospitalisés })endant 66 jours. Le prix de la pension n'ayant pas dépassé 1 franc par jour, ces enfants n'occasionnèrent qu'une dépense de 2.583 francs. Ce fut une somme minime à déduire des 50.000 francs souscrits dans le département d'Indre-et-Loire !
La majeure partie de la souscription fut distribuée comme une manne électorale, et les demandes de secours furent soigneusement classées.
Le 12 juillet 1910, M. F. Bougère a lu, à la Chambre, le factum suivant publié le 24 avril précédent, par le garde-champètre de La Daguenière, commune de la deuxième circonscription d'Angers : (( M. Boulin me charge de vous informer que sur ses démarches, M. le ministre a accordé à votre commune la somme de 3020 francs à titre d'indemnité pour les pertes mobilières occasionnées par les innondations. »
ce On l'a fait dan^ toute la France » a ajouté M. Poitou-Duplessy.
M. P. de Cassagnac l'a prouvé, au conseil général du Gers.
a Dans presque toutes les communes, dit-il, à la veille du scrutin, on a distribué, sous forme de mandats venant de la préfecture, des sommes formidables.
(( Voici une lettre d'un de mes amis de Termes -d'Armagnac, qui témoigne que dans sa commune, qui compte cent vingt électeurs, on a distribué une quarantaine de mandats formant un total de 700 francs environ. Mêmes distributions partout ailleurs : à Tillac, Marseillan, Bazugues, Saint- Arrom an.
(( Voici Juillac, avec les noms des propriétaires et les sommes qu'ils ont touchées. Dans cette liste, je signalerai le père de la casserole préfectorale, inscrit pour 58 francs, quoiqu'il soit décédé depuis vingt ans !
(( Voici Masseube : le commissaire de police, d'après les ordres du maire ou de l'adjoint, est allé trouver tous les vieillards et leur a demandé leur âge, en leur persuadant que, s'ils votaient pour Noulens, l'année prochaine pour les plus âgés, dans deux ou trois ans pour les autres, ils toucheraient une retraite de cent francs sans avoir rien versé. A ceux qui se refusaient à voter pour le candidat officiel, on demandait de s'abstenir.
(( Messieurs, cet argent, d'où vient-il, et pourquoi l'a-t-on distribué avec cet ensemble à la veille du scrutin ?
(( Quant au commissaire de police, est-il fait pour arrêter les malandrins, ou pour servir d'agent électoral au candidat officiel? d (Bravos.)
Le préfet veut interrompre, mais aussitôt M. Paul de Cassagnac lui impose silence avec rudesse et continue :
a ... On a vu, dans le canton de Miélan, M. Dupuy, conseiller général, aller à Laguian, commune qu'on vient i\o. doter d'un chemin, et dire, au
nom de la commission départementale, qui venait de décider l'attribution des 20.000 francs nécessaires : « Si vous voulez votre subvention, il faut que Noulens ait la majorité dans votre commune; sans cela, c'est l'ajournement indéfini. ))
« Quel est donc l'argent que vous distribuez si libéralement, monsieur Dupuy? Est-ce celui du département ou le vôtre? »
Ici, M. Dupuy esquisse un geste de protestation; mais, le fixant bien dans les yeux, M. Paul de Cassagnac reprend :
(( Oui, j'affirme que ce que je viens de dire est la vérité absolue, et si vous insistez, je serai obligé de dévoiler les dessous de votre élection au conseil général et la sollicitation que vous avez adressée au parti conservateur. ))
Nouveau geste de dénégation de M. Dupuy, qui s'effondre sous les risées et les huées du public, pendant que M. Paul de Cassagnac lui crie :
« Ne niez pas , monsieur Dupuy , car j e puis vous citer le nom de l'ami que vous avez chargé de demander nos voix, et, à vos protestations, je répondrai simplement que vous mentez. (Le public applaudit violemment.)
a Dois- je vous parler de l'élection d'Aiich, où l'on vit le préfet de la République conspué et menacé par la foule indignée?
(( On a vu un sénateur républicain du Gers, M. Destieux-Junca, aller dans le cabinet dudit préfet et lui dire : « Je vous donne deux heures pour destituer la commission de recensement que vous avez nommée et pour en désigner une autre. Vous faisiez partie, je crois, monsieur Alem, de cette commission?
— Parfaitement, » dit M. Alem, un peu interloqué. (Rires narquois dans V auditoire.)
M. Paul de Cassagnac. — ... Comme vous faisiez partie de la commission qui m'a dépouillé de mon mandat, il y a quatre ans. Si vous étiez bon pour voler les réactionnaires, vous n'offriez pas, aux yeux de M. Destieux- Junca, les garanties suffisantes pour juger un républicain. C'est bien flatteur pour vous. (Rires.)
(( On vit encore le même sénateur exiger que les sacs de bulletins soumis à l'examen de la commission et portés à la préfecture fussent scellés de son cachet, tant il craignait la fraude. M. Destieux-Junca connaît les mœurs de la préfecture du Gers, et on ne le refait point.
(( Voici, messieurs, l'origine de votre triomphe, et je laisse à des journaux républicains le soin de juger votre attitude. Je lis, en effet, dans la Démocratie républicaine du Gers :
(( L'arrondissement d'Auch vient d'être le témoin de la pression officielle la plus scandaleuse qui ait jamais existé; les maires deckerristes, chapitrés par un préfet qui n'a point reculé devant les pires moyens, n'ont pas hésité à user de leur influence auprès de certains électeurs, pour les mener au scrutin comme de véritables forçats. Quelques jours avant l'élection, ce
même préfet, dont nous allons être enfm débarrassés à tout jamais, n'a pas craint d'envoyer à des citoyens nécessiteux des secours en argent, sous forme d'indemnité pour sinistres agricoles; les journaux régionaux et locaux, inféodés à cette politique des appétits à satisfaire, ont essayé de nous terrasser par des moyens scandaleux et vils. Malgré toutes ces forces coalisées, malgré cette campagne d'une mauvaise foi insigne, entreprise pour terrasser la République honnête, la seule vraie République, Sanial^ns vient d'être proclamé élu député de l'arrondissement d'Auch. i>
(( Et, dans un autre numéro du même journal :
« La pression de la part de Decker et du préfet a été forcenée, formidable. Les vieux électeurs d'une commune nous ont dit que jamais, ni sous l'Empire, ni au Seize- Mai, ni sous Exbrayat, ils n'ont assisté à des manœuvres aussi viles et aussi ignobles d'intimidation et de corruption.
(( Ce fut répugnant et nauséabond. »
(( Voilà ce qu'on trouve dans un journal républicain !
(( Aussi ai-je le droit de vous dire très haut que je ne parle pas ici au nom d'un parti politique, et pas plus en celui des conservateurs que des républicains. Oui, il y a deux partis en présence; mais ce ne sont pas le parti républicain et le parti conservateur, comme le disait hier M. Loumaigne ; c'est le parti des honnêtes gens et celui des \'^leurs ! )) {Applaudissements.)
Le préfet dut avouer qu'il avait distribué de l'argent et qu'il l'avait pris dans la poche des contribuables. Il chercha à s'excuser; mais ses explications soulevèrent les huées de l'auditoire.
M. Paul de Cassagnac lui répliqua en ces termes :
(( J'ai peu de chose à dire après une si piteuse réjx)nse.
«: Je constate que mes assertions demeurent entières devant des dénégations qui n'en sont pas, et je suis heureux d'avoir fait au nom de tous les honnêtes gens du département cette besogne de salubrité, en vengeant la morale publique.
ce Monsieur le préfet, vous avez réjx)ndu constamment à €oté de mes questions : la fraude est avouée, elle n'est pas niable. En dehors des mandats dont j'ai parlé, il y a les dégrèvements que vous avez distribués la \('i[le même du scrutin et, qui, eux aussi, ont aidé à l'achat des voix.
(( J'ai donc le droit de reprendre la parole qui fut adress<^îe par M. Def?tieux-Junca, notre adversaire, à l'un de vos prédéc>esseurs républicains et de vous dire : (( Vous êtes un préfet de grands cliemius I »
(( Je vous livre au mépris du peuple ! »
Une ovation de la foule salua cette exécution ma^iistrale.
D'autres conseils g^'néraux ont proteslf!' contre Ja fraude, la pression et la corTuption. Ils se sont grandement honorés en le faisant.
Des faits scandaleux de corruption furent également commis au profit de M. Sarraut, dans la deuxième circonscription do Narbonne. VAutoritr
rapporta, le 9 juin 1910, les révélations faites par M. Ferroul aux informateurs parlementaires, après sa déposition devant la commission.
(( Dès le début de mes explications, nous dit-il, j'ai fait devant les membres de la commission une déclaration de principe, fort nette et fort simple.
(( Je poursuis une œuvre de salubrité publique, non une procédure mesquine de mécontentement.
« Ce que j'apporte aux membres du bureau, ce sont des faits indéniables, prouvant d'irréfutable façon que l'élection de Narbonne a été viciée par la corruption et par la fraude.
a Que la commission d'abord, la Chambre ensuite, ordonnent une enquête impartiale, j'accepte celle-ci et je me soumets par avance aux résultats de l'enquête. »
(( M. Sarraut a obtenu, d'après le total de la préfecture, une majorité absolue de cent suffrages.
ce Or, je l'affirme, cette majorité n'existe pas, elle a été obtenue par des truquages officiels; mais elle ne saurait résister au moindre examen.
(( J'affirme que trente et un soldats en activité ont été mis en congé et admis à déposer un bulletin dans l'urne. Ce congé fut accordé par ordre.
a. L'intervention de M. Sarraut se fit d'ailleurs sentir d'autre manière.
(( C'est ainsi que trente électeurs ont été mis dans l'impossibilité de voter, parce que les juges de paix saisis de leurs réclamations ont, de parti pris, ajourné leur jugement jusqu'au... lendemain du scrutin.
(( Enfin, plus de trente électeurs, étrangers à la circonscription, ont pu voter indûment, grâce à des ventes fictives de terrains.
(( Ah! M. Sarraut s'entend merveilleusement à truquer un scrutin.
(( Si vous additionnez les résultats connus de ces trois manœuvres, vous obtenez un total de quatre-vingt-onze voix.
(( Voilà la majorité de M. Sarraut singulièrement compromise; mais il y a encore des tours de passe-passe plus étonnants.
(( Les mandats de secours ont été répandus avec une libéralité extraordinaire au moment des élections.
(( C'est ainsi que deux cent onze mandats auraient été distribués en trois mois; mais les élections arrivent, et, en vingt jours, deux cent quatorze mandats, vous entendez bien? deux cent quatorze mandats ont été donnés en trois semaines.
(( Toute la machine administrative n'a fonctionné que pour mon adversaire. Le 24 avril, M. Sarraut a fait inscrire d'office un grand nombre d'électeurs, tous partisans du sous-secrétaire d'État à la guerre. »
Nous avons la preuve que les électeurs se vendent. La corruption électorale anticléricale sera parfaite, s'il est établi que les candidats blocards s'achètent. Le fait existe : on ne peut plus en douter.
Aux élections législatives de 1910, M. Jacquelin, blackboulé au premier tour dans le X^' arrondissement, voulut se présenter au ballottage dans la
troisième circonscription du Xl^ arrontiissement de Paris. Mais il lui fallait obtenir le désistement de M. Chevaux, candidat radical-socialiste. Il tiouva d'excellents arguments pour le décider, et bientôt le contrat suivant, dûment rédigé sur papier timbré, fut accepté des d(;ux parties :
ce Entre les soussignés :
a M. Georges Jacquelin, industriel, demeurant à Paris, 1^4, rue Charles- Baudelaire, d'une part;
(( Et M. Louis Chevaux, industriel, 23, rue Mercœur, d'autre part,
(( Il a été dit, convenu et arrêté ce qui suit :
(( Les soussignés , tous deux candidats radicaux-socialistes aux élections prochaines législatives de ballottage du 8 mai courant, dans la troisième circonscription du XI« arrondissement, à Paris, désirant faire triompher leur parti contre le révolutionnaire, se sont rapprochés et ont établi les conventions suivantes :
ce M. Chevaux faisant abstraction de la situation acquise au premier tour, consent, et par les présentes, se désiste en faveur de M. Georges Jacquelin, qui a été désigné par M. Levraud, député sortant, et par le comité dudit Levraud, comme par le comité de la rue de Valois, pour lui succéder ;
(( De son côté, M. Jacquelin accepte le désistement de M. Chevaux, et quoi qu'il arrive, dès à présent, s'engage formellement à lui payer et rembourser la somme nette à forfait, de 30.000 francs, sur les frais qu'il a faits et exposés à ce jour, savoir : 20.000 francs à payer d'ici à fin mai courant, et le solde dans les deux mois qui suivront ;
« M. Chevaux, donnera son concours à M. Jacquelin pour faire triompher le parti le 8 mai courant.
(( Fait de bonne foi et en autant d'originaux que de parties intéressées.
« 5 mai 1910.
(( Georges Jacquelin , Louis Chevaux. »
D'autre part, entre les mêmes, un second contrat prévoyait les conditions politiques de l'entente. Il y fut convenu notamment ceci :
a MM. Chevaux et Jacquelin sont tous deux candidats radicaux-socialistes aux élections législatives de ballottage du 8 mai couiant, dans la troisième circonscription du XI« arrondissement ;
(( Étant donné le péril révolutionnaire, et dans le but de faii'e triomphoileur parti, ces messieurs se sont raj^prochés et ont fait les conventions suivantes :
(( M. Chevaux ^e <lésistera pour M. Jacquelin cl fera tous sers elloits pouile faire triompher le 8 mai ;
(( De son côté, M. Jacquelin s'engage formellement à se désister dans quatre ans, ou au prochain renouvellement, en faveur de M. Chevaux, comme à lui prêter son concouis, pour qu'à son tour il soit élu comme député de la troisième circonscription du XI'- arrondissement, M. Jacque-
lin entendant ne rester que quatre années à la tête de la troisième circonscription ;
(( Il est bien entendu qu'en cas de scrutin de liste, M. Jacquelin, ayant (sic) resté député quatre années, devra faire tout ce qu'il conviendra alors de faire pour que non seulement M. Chevaux soit candidat, mais encore il devra lui prêter tout son concours personnel et celui de ses amis pour faire qu'à son tour M. Chevaux soit élu...
(( M. Chevaux promet de faire tout ce qui dépendra de lui pour que le concours du plus grand nombre de ses amis et des membres du comité Chevaux soit acquis à M. Jacquelin, toujours afin d'assurer le triomphe de sa candidature pour le 8 mai ;
(( Enfin, M. Chevaux, désirant récompenser le dévouement de certains de ses amis, qui lui ont prêté leur concours éclairé, demande à M. Jacquelin, une fois élu, de faire l'impossible et d'obtenir les récompenses qui, en pareille occurrence, sont données par le gouvernement;
(( M. Jacquelin déclare s'y engager formellement et de tout cœur... »
Tout cela n'est pas écrit en excellent français , sans doute ; mais nous savons depuis longtemps qu'on peut faire un député d'un monsieur parfaitement ignorant de la syntaxe.
Hélas I les électeurs mirent à bas toute cette combinaison : ils "votèrent pour M. Lauche, qui fut élu.
N'ayant rien touché des 30.000 francs promis, à la fin du mois de mai, M. Chevaux se fît autoriser par M. le juge Nenglass à opérer une saisiearrêt sur les appointements de M. Jacquelin, qui, comme administrateur des établissements Jacquelin, touche 12.000 francs par an, en plus d'un tant pour cent sur les bénéfices.
M. Jacquelin a demandé, en référé, que cette ordonnance fût rapportée.
Le président Ditte lui a donné satisfaction, (( attendu que le créancier ne justifiait pas d'une masse liquide et qu'il lui appartenait de faire valoir son titre au principal. ))
Cet événement a fait le tour de la presse. Il établit irréfutablement que la corruption électorale atteint, comme une gangrène, les candidats blocards et leurs électeurs. A aucune période de notre histoire n'a été mieux justifiée l'exactitude de ce proverbe latin : Pecuniœ ohediunt omnia. Tout obéit à l'argent.
M. Jacquelin a-t-il obtenu (( les récompenses qui sont données par le Gouvernement » en certaines occurrences ? Il faut l'espérer.
En tout cas, à l'occasion du 14 juillet 1910, près de dix mille diplômes d'honneur, médailles d'honneur, de bronze, d'argent, de vermeil, et lettres de félicitations, ont été remis] aux serviteurs de la République laïque, démocratique et sociale. •