LA CORRUPTION PAR L'ASSISTANCE
Le peuple des villes et des campagnes est conquis à ranticléricalisine avec les secours de l'Assistance aux vieillards.
Les scandales auxquels cette loi a donné occasion ont été dénoncés par des inspecteurs des services administratifs dans un lumineux rapport paru à V Officiel, le 2 août 1909. Nous en extrayons les passages suivants :
(( Au cours de la dernière tournée, y est-il dit, l'inspection générale a été amenée à constater que l'assistance était donnée à des vieillards ayant moins de 70 ans, à des infirmes valides, à des incurables guéris, à des privés de ressources très aisés. ))
Et le rapporteur cite un grand nombre de faits. En voici seulement quelques-uns.
(( Ici, un neveu fait obtenir à une veuve une place à l'hospice aux frais de l'Etat, après s'être fait donner par cette veuve, en bon acte devant notaire, 15.000 francs en numéraire et biens fonciers. Là, un vieillard, logé et entretenu par ses enfants, loue fictivement une pauvre chambre qu'il n'habite pas, à la condition que le concierge de cette maison- là donne de faux renseignements sur sa misère contre promesse d'avoir moitié de la pension. Ailleurs, un assisté touche 15 francs par mois et les reverse pouctuellement et en entier à la femme qui vient lui rendre visite pério<liquement. Ailleurs encore, un père de famille qui a un fils infirme, fait insitrire celui-ci dans trois communes pour toucher trois fois. Telle assistée u possède un bien important, a une domestique à son sei'\ ice, et son fils est propriétaire d'un terrain de culture de sept hectares ». Telle auti^ renonee à une succession dont le reveiiu était de 100 fi-ancs pur an, « cette succession ne devant lui être d'aucun profit en raison de la déduction qui aurait été faite sur ses allocations lïiensuelles. »
Là contre, dira-t-on, on devrait être garaiili suit par h's certificats des médecins constatant les infirmités ou les inc^'ipaciU'S du Lravail,
soit par les conseils municipaux allouant les pensions, soit enfin par le contrôle des préfets. Mais aucune de ces garanties ne fonctionne : mieux que cela, les deux premières se transforment en véritables complicités, auxquelles les préfectures ne se font aucun scrupule de s'associer.
Sur le compte des médecins, le rapport est écrasant, et nous en admettons d'autant plus volontiers les conclusions que nous savons ce que valent les certificats de complaisance des médecins en matière d'accidents du travail. Le rapport s'exprime ainsi :
(( Dans un département du Midi , des médecins ont reconnu que les certificats délivrés par eux étaient d'une rigueur scientifique discutable (l'eupliémisme est-il assez joli?), mais qu'ils s'en remettaient à l'administration du soin d'en faire l'emploi le plus judicieux, étant, quant à eux, à raison de leurs attaches politiques , amicales ou de famille , dans l'impossibilité de refuser un certificat d'incapacité de travail à qui venait le leur demander. » Ailleurs, (( un médecin a déclaré qu'il lui paraissait inutile de refuser un certificat, puisque la personne à qui il ne le donnait pas finissait toujours par trouver un de ses confrères qui le lui délivrait. »
La loi a réservé le recours contre les enfants et membres de la famille qui auraient pu être tenus de servir une pension alimentaire à l'assisté. Eh bien, le rapport constate que jamais aucun recours semblable n'est exercé.
Tous ces abus et toutes ces fraudes sont favorisés et souvent même excités par les maires et conseils municipaux, que le rapport juge en ces termes :
(( Les maires et les conseils municipaux, qui ont généralement le souci de ménager leur situation municipale, ne voudront pas se créer des hostilités que ne manqueraient pas de leur susciter des actions judiciaires. Les constatations faites par l'inspection générale dmis tous les départements sont, sur ce point, unanimes : il ne faut pas compter sur les maires, surtout dans les communes rurales, pour l'exercice des secours. »
L'inscription sur la liste d'assistance est la monnaie dont s'achètent les voix. Le rapport cite une ville du Centre (il n'en donne pas le nom, malheureusement) où le conseil municipal sortant a inscrit en bloc quatrevingt-dix assistés, à la veille du scrutin ; puis, quand il a été battu, le nouveau conseil , faisant de la surenchère , en a inscrit à son tour cent huit autres.
En général, les commissions d'assistance sont nommées par le préfet. Celui-ci ne fait pas une nomination qui ne soit politique, et tous les secours accordés sont politiques. Les candidats officiels aux élections communales, cantonales et législatives, font des secours un de leurs plus puissants moyens de corruption électorale. (( En 1907, au retour d'une campagne électorale, rapportait naguère M. Frédéric Clément dans la République Française , un de nos amis nous raconta qu'il avait trouvé en face de lui un bloc de 4.000 assistés auquel il devait sa défaite. y>
Dans une main de l'assisté on met le secoui-s, et dans l'autre le bulletin de vote. Et si le bulletin de vote n'est pas trouvé dans l'unie, adieu la pension !