PRÉJUGÉS ENSEIGNÉS AUX ENFANTS PAR L ÉCOLE LAÏQUE
De toutes les ruses énumérées plus haut et exploitées par le bloc en faveur de ses candidats et de sa politique, les principales sont celles-ci :
Les candidats libéraux veulent la guerre , le rétablissement du service de sept ans et le renversement de la République, c'est-à-dire le retour du peuple à la misèi^e d'autrefois, à l'esclavage sous la domination des seigneurs. Les cultivateurs seraient condamnés de nouveau à manger de la paille et du foin.
Cette conviction est fortement ancrée dans le cœur des ouvriers des villes et des campagnes. Des témoignages le prouvent d'une façon certaine.
Dans un article intitulé (( Un des hiboux )), on pouvait lire, dans le Petit Démocrate du 6 septembre 1908, cette phrase significative, sortie de la bouche d'un ouvrier :
(( n y a cent ans, quand les curés étaient les plus forts, ils faisaient mourir le peuple de faim dans les catacombes {sic). ))
Dans le Dauphiné, les paysans déclarent qu'ils voteront bien pour le marquis de V... comme maire et conseiller général, parce qu'ils le savent compétent et dévoué à leurs intérêts. Mais ils ne veulent pas le nommer député, parce que, disent-ils, s'il était élu, les paysans laboureraient euxmêmes la terre. « On a vu dans sa cave un joug tout neuf pour leur mettre sur le cou ! »
Dans le Lot, les électeurs d'une commune importante votaient bien. Pour attirer leurs voix vers le radical , on répandit le bruit que cinq cents curés et cinq cents nobles étaient prêts à s'embarquera Londres pour venir se partager les biens de la commune, aussitôt l'élection du libéral. Le radical fut élu.
D'où vient cet état d'âme aussi mensonger que ridicule ? De l'enseignement donné au peuple, dans les conférences et à l'école .
Dans tous les discours adressés au peuple, ces idées reviennent sans cesse.
Aiiibi, à la conférence organisée par l'Action française à la Porte-Dorée, en décembre 4909, M. Fribourg a déclaré : (( Sans la Révolution française, nous serions tous dans un petit village en train de piocher la terre. Nous serions serfs, au service des grands seigneurs. »
((Ce qui me saigne le cœur, s'écriait un blocard à Noyant (Indre-et-Loire), le 24 octobre 1909, c'est de voir ceux-là même pour lesquels la République est leur raison d'être, les travailleurs, les humbles et les petits, dont nous sommes : c'est de voir, dis-je, à Noyant et ailleurs, nombre de ceux -là faire cause commune avec ceux qui, s'ils devenaient les maîtres, les plongeraient dans la misère et les écraseraient sous leurs bottes, comme jadis. »
Au fond, les anticléricaux n'ont rien inventé. Les pharisiens, qui étaient les sectaires d'alors, n'ont-ils pas accusé le Fils de Dieu d'avoir voulu détruire le temple, qui était le centre de la nation juive ?
Quand, au témoignage de saint Jean (ch. xi), les piinces des prêti-es disaient à ceux qui les entouraient : a. Si nous le laissons , tous croiront en lui, et les Romains viendront et ruineront notre pays et notre nation, » cela ne signifiait-il pas : Nous aurons la guerre, si le Christ ne meurt pas ! Ce raisonnement triompha des résistances qu'opposait l'honnêteté de quelquesuns à un crime aussi odieux.
Une certaine fraction du peuple français est butée aux idées énumérées plus haut, c'est un fait. Où les a-t-il puisées ? Dans les conférences, avonsnous dit, mais surtout à l'école.
Dans son discours du 24 juin 1906, le docteur Héron, conseiller municipal de Tours, faisait cet aveu : (c Cette année, aux élections dernières,... le parti républicain a recueilli le fruit de si persistants et généreux efforts, et adversaires acharnés comme ardents défenseurs de notre régime démocratique, tous s'accordent à reconnaître et à proclamer que ce triomphe éclatant, — écrasant, devrions-nous dire, — de la République était dû à l'avènement à la vie politique de ces générations nouvelles issues de l'enseignement laïque. »
M. Steeg, pasteur protestant et député, émettait la même idée en disant: (( L'instituteur a été le véritable artisan de la victoire de 1906. »
Comment l'instituteur qui ne s'occupe que des enfants a-t-il pu avoir une part aussi active au triomphe de l'anticléricalisme en 1906 ?
Cette énigme reste incompréhensible pour quiconque ignore l'enseignement donné dans les écoles laïques. Mais il suffit de parcourir les plus répandus des manuels scolaires, ceux de Devinât, Guiot et Mane, pour se rendre compte de l'effet magique produit par ces mots :
M. X., candidat libéral, c'est la guerre.
M. X., candidat libéral, c'est le retour à la misère d'autrefois.
Dans ces manuels, les auteurs se sont attachés à développei- cette pensée siècle par siècle : Le paysan a été très malheureux en Fiance sous la royauté; il n'a connu le bien-être que sous la République.
Quelle description détaillée est faite de cette misère I II est impossible que les enfants n'en gardent pas un souvenir impérissable. Gomme les parents
lisent les livies mis entre les mains de ceux-ci, est-il surprenant qu'ils votent pour ceux qui incarnent la République, c'est-à-dire les amis du Gouvernement ?
Afin que le lecteur se fasse une (conviction sûre et éclairée, nous avons jui^é utile démettre sous ses yeux les principaux chapitres de ces manuels. Cette lecture ne pourra que lui être très profitable. Nous les copions aVec une scrupuleuse fidélité, sans y ajouter aucune observation ni remarque. Le Manuel de Guiot et Mane sera examiné en premier lieu, et celui de Devinât ensuite, dans les sujets de même ordre.
5^ 1. — Dans leur manuel scolaire, mm. guiot et mane s'appliquent
A CONVAINCRE L'eNFANT QU'AVANT LA RÉPUBLIQUE LE PEUPLE ÉTAIT
malheureux.
En tête des chapitres de leur Manuel, MM. Guiot et Mane ont mis une gravure remarquablement composée, au-dessous de laquelle se trouve une explication. En la lisant, le lecteur se rendra facilement compte des détails de rimaiJ:e.
La France il y a mille ans. — Le gouvernement des seigneurs.
{VERS l'âx 1000)
Causerie sur la gravure. — L'habitation du seigneur. — Le château fort s'élève sur une colline. Tours, donjon, hautes murailles, tout est lourd, massif, noirci par le temps. L'intérieur est sombre ; le gai soleil n'y pénètre jamais. Ce n'est pas une demeure de plaisance, c'est l'habitation d'un seigneur qui n'aitne que la guerre.
Récit. — 1. Après l'invasion des Normands, notre pays est bien malheureux. — 2. Les seigneurs sont les maîtres de la France. — 3. Ils habitent les châteaux forts, qui s'élèvent partout sur le sol de notre patrie.
Le château fort du Puisât.
Le château du Puiset est construit sur le sommet d'une colline, non loin de Paris. De hautes murailles l'entourent, dominées de distance en distance par d'énormes tours rondes. Au pied , sont creusés de larges et profonds fossés, toujours remplis d'eau.
Une seule entrée permet de pénétrer dans l'intérieur du château. Elle est détendue par une lourde porte, le pont-levis, qui se lève et se baisse à volonté au moyen de grosses chaînes. Le donjon s'élève au centre du château fort. C'est la tour la plus haute.
Du sommet, où ilotte la bannière du seigneur, la vue s'étend au loin sur la plaine immense. Là est la guérite du guetteur. Celui-ci a sans cesse les yeux fixés sur la campagne ; il agite une lourde cloche pour annoncer l'approche de l'ennemi.
Des prisons souterraines, les oubliettes, sont creusées sous le donjon. L'obscurité est complète dans ces cachots humides et sans air. De malheu-
reux prisonniers sont couchés sur la paille ; ils n'ont pour nourriture qu'un affreux pain noir. Ils pleurent sans cesse. Hélas ! peut-être aucun ne reverra plus la lumière du soleil !
Le seigneur : sa vie.