VERS L'AN
Causerie sur la gravure. — Aspects divers de la guerre. — Le seigneur et ses liommes d'armes sont à cheval. De solides cottes de mailles les protègent, La guerre est pour eux un jeu. Les paysans sont à pied; les malheureux n'ont pas de cuirasse pour les préserver des coups ! La guerre est pour eux un objet d'effroi.
Récit. — 1. Le château fort appartient à un seigneur. — 2. La guerre est la principale occupation du seigneur. — 3. Revêtu d'une armure de fer, le seigneur assiège le château voisin, dévaste les champs, ou dépouille les voyageurs et les marchands.
Le seigneur du Puiset.
La guerre est la principale occupation du seigneur ou sire du Puiset.
Dès l'aube, les trompettes font entendre un air guerrier; le pont-levis s'abaisse. Le sire du Puiset sort du château. 11 est monté sur un destrier, vigoureux cheval de bataille. Il porte le haubert, tunique à mailles d'acier; sa tête est enfermée dans le heaimie, casque en fer, ayant la forme d'un œuf, avec deux trous à la hauteur des yeux. Sa main serre une longue lance en bois de frêne, tenue bien droite. Un bouclier, Vécu , est attaché à son bras gauche.
Quelques cavaliers l'accompagnent. Derrière, la foule des paysans ou vilains marche péniblement. Les uns sont armés de gros bâtons ferrés ; les autres, de casse-tête et d'arcs.
Le sire du Puiset a déclaré la guerre au seigneur voisin : il ravage les terres, hriÀle les moissons, incendie les chaumières.
Parfois il se cache, avec sa troupe, auprès d'un chemin isolé qui traverse une forêt. Il 'attend de riches marchands. Les malheureux sont faits prisonniers ; amenés au château, ils sont enfermés dans une noire prison. Ils n'en sortiront que le jour où ils auront payé une forte somme d'argent.
Le dévouement des paysans.
(VERS L'an 1000)
Causerie sur la gravure. — La défense du château fort. — Le château fort dresse bien haut ses tours. Aussi la défense en est facile. Placés sur les remparts, les soldats frappent à coups de hache les assiégeants qui montent un à un sur les échelles. Aujourd'hui le château fort serait démoli en quelques heures par les boulets de canon.
Récit. — i. Souvent le château fort est attaqué. — 2. En cas de danger, le guetteur sonne et crie : « Aux armes ! » Les paysans s'enfuient alors dans la forteresse. — 3. L'ennemi brûle les chaumières et les moissons; mais les paysans sont dévoués au seigneur. Ils défendent le château fort.
L'héroïsme de Jacques Bonhomme.
Le sire du Puiset est en guerre contre le seigneur de Goucy. Depuis trois jours, il a quitté le château avec ses hommes d'armes.
Tout à coup la cloche du donjon, agitée avec force par le guetteur, annonce l'arrivée d'un ennemi. Un voisin, le sire de Montlhéry , vient attaquer le château. Il sait que la place est 'privée de défenseurs.
Jacques Bonhomme et les serfs, occupés dans les champs, abandonnent leurs charrues. Hommes, femmes, enfants, s'enfuient affolés vers le château, poussant devant eux leurs troupeaux.
Qui défendra le château, alors que le sire du Puiset est loin, bien loin ? — La dame châtelaine : dès l'enfance, elle est habituée â la vie guerrière. — Les serfs : ils sont maltraités, mais les braves gens demeurent toujours fidèles.
Déjà les fossés sont comblés avec des fascines; des échelles sont appliquées contre les murs. Déjà les ennemis grimpent sur les derniers échelons.
Les serfs les reçoivent à coups de flèches; ils versent sur leurs tètes l'huile bouillante et la poix brûlante. D'un coup de hache, la dame du Puiset fend la tête d'un soldat qui s'accroche aux créneaux. Jacques Bonhomme lutte avec courage. Avec une vigoureuse poussée, il renvoie dans les fossés l'échelle où sont suspendus de nombreux ennemis.
L'attaque est enfm repoussée ; le château est sauvé.
Le paysan et les impôts.
Causerie sur la gravure. — La nuit, il y a mille ans. — Silence, grenouilles! Madame dort; ne troublez pas son paisible sommeil! — Que faire? Accourez, paysans , chassez ces vilaines bêtes importunes ! — Les malheureux s'épuisent en vains efforts toute la nuit; pourtant ils ont travaillé toute la journée!
Récit. — i. Le seigneur peut prendre au serf ou paysan tout ce qu'il possède. — 2. Le serf doit travailler gratuitement pour élever les tours du château et creuser les fossés. — 3. Il est souvent le souffre -douleur du seigneur. S'il résiste, il est mis en prison.
Les souffrances du serf Jacques Bonhomme.
Tout ce que possède le serf Jacques Bonhomme appartient à son maître, le sire du Puiset.
Jacques Bonhomme, en effet, moissonne son champ. Mais dès que les blonds épis ont été battus dans les granges, il les porte au château. L'excellent pain de pur froment est pour le seigneur. Le serf se contente d'une affreuse bouillie d'avoine.
Le seigneur construit une tour ou fait creuser un nouveau fossé. Aussitôt un cavalier parcourt le village ; il oblige les paysans à venir travailler gratuitement.
Pendant les nuits d'été, les grenouilles font entendre leurs discordants concerts. La grande dame du Puiset ne peut dormir. Les serfs, exténués par le travail de la journée, battent l'eau en chantant :
« Paix, paix, renotte, paix :
Voici madame, que Dieu garde. »
Souvent Jacques Bonhomme est tourné en ridicule. C'est fête au château ; les invités sont nombreux. Jacques s'avance. Poursuivi par les moqueries, il doit faire une vilaine grimace, ou chanter une chanson plaisante. On lui tire le nez et les oreilles.
Il doit obéir et souffrir. Un geste de révolte vaut à son auteur des années entières de prison dans les sombres cachots du château.
Les famines.
(VERS l'an 1000)
Causerie sur la gravure. — Plus de famines aujourd'hui. — Quelles scènes d'horreur! — Vous craignez peut-être de les voir se renouveler aujourd'hui. Soyez sans crainte , mes enfants ; il n'y a plus de famines. Grâce aux chemins de fer et aux bateaux à vapeur, les vivres arrivent bien vite des contrées les plus lointaines.
Récit. — ^ 1. A cette époque, le paysan est bien malheureux. Les seigneurs le méprisent; personne ne le protège. — 2. Les champs ne sont plus cultivés; le laboureur s'enfuit dans la forêt avec sa famille; les loups errent dans les campagnes. — 3. C'est la triste époque des épouvantables famines.
Description d'une famine.
Vers ce temps, la famine commença à faire de grands ravages parmi les hommes, et le monde fut menacé d'être prochainement détruit.
Beaucoup de gens pétrissaient, avec ce qui leur restait de farine ou de son, une terre blanche, pareille à l'argile, et en faisaient des pains pour apaiser les tortures de la faim.
Ces malheureux avaient la figure blême et décliarnée, la peau tendue et gonflée ; ils parlaient d'une voix faible, qui ressemblait au cri plaintif de l'oiseau mourant.
Avec peine on peut se représenter les horreurs de ce temps déplorable. Hélas ! on vit des hommes se jeter sur la chair humaine ! Attaqués sur les grands chemins, des voyageurs étaient déchirés, rôtis et dévorés!
De telles atrocités vous font frémir, mes enfants ! Que vous êtes heureux de vivre à une époque tranquille et fortunée, où le faible est protégé, où régnent le bonheur et l'abondance, où des scènes aussi tristes ne peuvent plus se renouveler !
Le paysan et le village.
(VERS L'an 1000)
Causerie sur la gravure. — L'habitation du paysan. — Quelle joie aujourd'hui, quand se fait entendre le chant matinal du coq ! Notre village nous paraît gai et
oqiiet. — Qu'il est triste, le village d'il y a mille ans ! C'est la misère noire. Le paysan pleure; il se désole à la vue du cliàteau qui lui rappelle qu'il est serf.
Récit. — 1. Quand les seigneurs gouvernent, les villages, bâtis non loin du châeau , sont misérables. — 2. Le paysan est serf ou esclave. — 3. Ses enfants ne lui appartiennent pas; ils peuvent être vendus. Le fils est séparé de son père, et la fille de sa mère.
Le village du Puiset et le serf Jacques Bonhomme.
Le village du Puiset est bâti au pied de la colline sur laquelle se dresse le château. Il se compose de quelques chaumières basses, à moitié ruinées. Les murs sont faits d'argile tassée ; les toitures sont en chaume ou paille. Partout des tas d'ordures : là les poules picorent ; là se vautrent les porcs.
L'intérieur est plus misérable encore. La chaumière se compose de deux pièces : une étable pour les bêtes ; une chambre unique, servant aussi de cuisine pour la famille. Pas de meubles : à peine quelques escabeaux grossièrement façonnés. Pas de lits : bêtes et gens couchent sur la paille.
Le paysan Jacques Bonhomme habite ce taudis. Il n'est pas libre : il est serf ou esclave. Un collier en cuivre, semblable à celui d'un chien, est fixé à son cou. On y lit ces mots : Jctcques Bonhomme est le serf du sire du Puiset.
Aujourd'hui Jacques Bonhomme se désole. Il a deux enfants. Ils sont vendus comme un vil bétail. Son fils, Gauthier, est acheté par le seigneur de Montlhéry; sa fille, Hersinde, appartient désormais aux religieuses du couvent de Parthenay.
Le malheureux n'a plus qu'un enfant au berceau. Plus tard, hélas! il sera enlevé à son père î
Les défaites de Crécy et de Poitiers.
(vers l'an 1350)
Causerie sur la gravure. — Les égoïstes sans cœur ! — Mes enfants , comparez ces deux gravures et jugez : les brigands amènent dans leur château les femmes du peuple enchaînées ; ils battent les enfants qui les supplient en vain !
Oue font les nobles pendant ce temps? — Ils dansent. Leurs costumes extravagants excitent votre indignation. Remarquez les chaussures des seigneurs et les coiffures des grandes dames.
Récit. — 1. La France, si prospère au temps de saint Louis, redevient malheureuse pendant la guerre de Cent Ans, ainsi nommée parce qu'elle a duré cent ans. — 2. Edouard III, roi d'Angleterre, veut s'emparer de notre pays. Sous les rois Philippe de Valois et Jean le Bon, les armées françaises sont vaincues à Crécy (Somme) et à Poitiers (Vienne). — 3. Après ces défaites, les Anglais et les brigands ravagent le sol de notre patrie.
Les brigands et la misère de la France.
La situation de la France est épouvantable après les désastres de Crécy et de Poitiers. Les armées anglaises, parcourant les provinces, pillent et brûlent les chaumières. Plus redoutables que les Anglais, les brigands se réunissent sous le commandement d'un chef. Ils occupent des cliàteanx
forts. De là ils partent la nuit, surprennent les villes et les villages sans défense. Ils massacrent les populations et volent les enfants à leurs mères.
Les champs, dans les provinces, ne sont plus ensemencés ni labourés; les chaumières tombent en ruines. Hommes, femmes, enfants vivent misérablement au fond des bois, dans des cavernes.
Les nobles, qui auraient dû les défendre, sont les alliés des brigands. Ils s'entendent avec eux pour dépouiller les paysans. Tandis que le peuple meurt de faim , ils portent avec orgueil de magnifiques habits , des plumes et des diamants sur leurs chapeaux, des ceintures dorées et argentées.
Louis XIV, le roi magnifique.
(vers l'an 1680)
Causerie sur la gravure. — Qui a payé ce château? — Qu'il est grandiose le ^nerveïlleux château de Versailles, la superbe demeure du grand roi Louis XIV ! Mais ce luxe insensé coûte excessivement cher : 500 millions de francs. — Plaignez , mes amis , le pauvre peuple de France : il s'est ruiné pour permettre au roi de faire ces folles dépenses à Versailles.
Récit. — 1. Louis XIV, qui a régné soixante-douze ans, est d'abord tout-puissant. — 2. Ses généraux, Turenne et Condé, remportent de grandes victoires. Le ministre, Colbert rend la France prospère. — 3. Louis XIV construit le château de Versailles. Les cérémonies de la cour sont imposantes.
Louis XIV.
Le grand roi Louis XIV habite le magnifique château de Versailles. Les salles sont splendides avec leurs ornements d'or et d'argent que reflètent les immenses glaces. Les jardins sont grandioses avec leurs longues allées droites, bien ombragées, avec leurs larges escaliers de marbre et leurs innombrahles jets d'eau.
Louis XIV vit dans ce palais merveilleux, entouré de ses courtisans , les grands seigneurs de France.
Dès que le roi fait un pas , il est accompagné de ses gardes , vêtus d'un habit bleu orné de broderies blanches. Dans les salons, sur les marches des escaliers, les courtisans forment la haie. Les seigneurs s'inclinent bien bas; les grandes dames font de profondes révérences.
Le lever et le coucher du roi sont solennels. Ils ont lieu en présence des principaux personnages du royaume.
Suivons le roi à table : il faut trois nobles d'illustre naissance et quatre révérences pour servir à Sa Majesté un verre d'eau et de vin I
Six mille domestiques assurent le service à Versailles ! Ce luxe insensé coûte excessivement cher.
Plaignons, mes amis, plaignons de tout cœur le pauvre peuple de France : il travaille et se ruine pour payer ces folles dépenses !
La misère de la France en 1709.
Les défaites arrivent coup sur coup à la fin du règne de Louis XIV. La France, envahie par les armées étrangères, est ruinée, affamée.
Les soldats ne sont plus payés, ni vêtus, ni nourris. Les paysans voient leurs bestiaux enlevés, leurs récoltes détruites. Ils n'ont plus de paille pour se coucher.
L'hiver de 1709 est excessivement rude : les fleuves et les rivières gèlent; tous les arbres périssent de froid. Dans les rues, de grands feux sont allumés autour desquels se chauffent les mendiants, sans cesse plus nombreux. Peine inutile : les hommes meurent comme des mouches !
La fatnine est générale. Les hôpitaux regorgent de malades ; dans beaucoup de provinces, le paysan vit de pain noir, d'eau et de racines !
Louis XVI. — La France à la veille de la Révolution.
Récit. — 1. La France pendant le règne de Louis XVL — Au moment où Louis XVI, le petit- fils de Louis XV, devient roi, la situation de la France est déplorable.
Les Français ne connaissent pas V égalité; ils sont divisés en deux classes : les nobles et les opprimés.
2. Les nobles. — Les nobles sont très riches et ne paient pas d'irnpôts. Senls, ils peuvent arriver au grade d'officier.
3. Les opprimés. — Les opprimés, ouvriers et paysans, sont misérables. Ils ne possèdent rien, et cependant ils paient presque tous les impôts.
A. Le roi Louis XVI ; son ignorance des souffrances du peuple. — Louis XVI aime le peuple, mais il manque d'énergie. Il ne soutient pas l'honnête Turgot, un grand ministre qui prend volontiers la défense des humbles.
D'ailleurs, Louis XVI ne connaît pas les souffrances de la nation. Pendant que le paysan meurt de faim, le roi et la reine jouent au berger sur les vertes pelouses du château de Trianon.
Les paysans avant la Révolution.