ROIS DE BABYLONE ET D'ASSYRIE
1993. Bel, régnait depuis trente ans en Assyrie , lorsqu'il se rendit maître du royaume de Babylone. .(1 paraît qu'il avait un autre nom propre et primitif qui est resté dans l'oubli ; car celui de Bel ou Baal , qui veut dire , comme on l'a déjà remarqué, seigneur, était commun à tous les princes que les Lhaldéens ont divinisés. Bel régna vingt— cinq ans sur les deux royaumes , et mourut Tan 1968 avant J.-C.
1968. NiNtfS,. fils et successeur de Bel, monta sur le trône l'an 1968 avant Jésus-Christ. Cette époque est fondée sur l'autorité d'^Emilius-Sura, qui, dans un passage rapporté par Velleius-Parterculus (L I, c. 6), compte 190S ans , suivant la meilleure leçon , entre le commencement du règne deNinus et le consulat de Cicéron, qui répond à l'an 64 avant Jésus-Christ*. Ni nus marcha sur les traces de son père, et recula fort loin les bornes de son empire. 11 paraît que ses premières expéditions furent du côté de 1 Arménie. Tournant ensuite ses armes du côté de l'Orient , il attaqua la Susiane, la Perse, l'Hircanie, et subjugua tout ces pays dans le cours de dix-sept ans. Ni nus, à son tour, donna ses
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soins à l'embellissement de la ville bâtie sur les bords du Tigre , par Assur, dont il est regardé ^ par cette raison 9 comme le fondateur, et qui, de son nom, fut appelé Ninive ou Ninève, de même, queBizance prit le nom de Constan-* tinople , lorsque Constantin en eut fait une seconde Rome. 11 est marqué dans le prophète Jonas ( chap. 3, v. 3. ) que cette ville avait trois journées de chemin ; ce qui semble, à M. Fréret, devoir s'entendre desoncircuit. Mais Jonas n'avait point été envoyé pour faire le toiy de Ninive. H parait plus naturel de dire, qu'il fallait trois journées pour parcourir ses différents quartiers. En effet, Ninive, suivant le témoignage des anciens , formait un carré long , dont les deux grands côtés avaient chacun cent cinquante stades , et les deux petits, quatre-vingt-dix ; ce qui forme un circuit de quatre cent quatre-vingts stades, qu'on évalue ordinairement à vingt-cinq ôu trente lieues t en donnant au stade cent vingt-cinq pas géométriques. Mais les stades de, la haute antiquité , selon M. Delisle, ( Mcm. de l'Acad. des se. , an. 1721 , p. (ji ) f doivent être évalués beaucoup plus bas. Suivant la réduction qu'il propose, Ninive' ne devait avoir qu'environ six lieues quarrées d'étendue, et , par conséquent , n'était qu'un pei* plus de six fois plus grande que Paris. Diodore de Sicile , donne cent pieds de hauteur à ses murs, -et une épaisseur si considérable que trois chars, dit-il, y pouvaient passer de front. A l'égard de- la population , il est dit , dans le prophète Jonas, qu'il y avait, de son tems, à Ninive, cent vingt mille personnes qui ne savaient pas distinguer leur main droite de leur main gauche, ce qui s'explique des enfants qui n'avaient pas encore l'usage dè la raison. Or, les enfants de six ans et au-dessous, forment environ la vingtième
Sartie d'une ville. Ainsi, la population de Ninive était 'environ deux millions quatre cent mille habitants, et, par conséquent inférieure à celle de Pékin , qu'on fait monter à plus de trois millions.
Ninus, dans les dernières années de son règne , entreprit la conquête de la Bactriane. Les peuples de ce royaume étaient, dit-on, nombreux et aguerris, et ses places bien fortifiées. Cependant il n'y eut que la ville de Bac très qui soutint un siège. 11 fut long, et Ninus y aurait, échoué sans, la ressource que lui fournit Sémiramis, femme de Mennonès, gouverneur ae Syrie. On ignore le stratagème qu'elle employa pour le* rendre maître de cette place. Epris de- son mérite et de sa beauté, Ninus la demanda à son époux, qui
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ne pouvant ni l'accorder, ni la refuser, se donna la mort de désespoir. Nina» , après avoir eu , de cette princesse , un fiU nommé Ninyas, mourut la cinquante-deuxième année de son règne.
1916. Sémiramis, mere et tutrice de Ninyas, se fit reconnaître reine de Babylone et d'Assyrie , après la mort de son époux, et conformément à ses dernières volontés. Portée, par son caractère, aux grandes choses, et dominée par la passion d'immortaliser son nom , elle entreprit de rebâtir Babylone, et d'en faire une ville superbe nar l'étendue de son enceinte et la beauté de Ses édifices. Elle y réussit, de manière que Babylone fut regardée comme une des merveilles du monde. On ne doit pas néanmoins admettre, sans critique , tout ce que les anciens racontent de la magnificence et de la grandeur de cette ville. Pour nous donner une idée de sa vaste enceinte, Aristote rapporte sérieusement «me , lorsqu'Alexandre la prit , il y eut tel quartier où , trois jours après, la nouvelle de cet événement n'était pas encore
Sarvenue. Hérodote est moins hyperbolique à cet égard , et 'autant plus digne de foi, qu'il avait vu Babylone dans un tems où elle n'élait pas entièrement déchue de son ancienne splendeur. Babylone, suivant cet historien, avait de circuit quatre cent quatre-vingts stades, de même que Ninive; mais, comme elle formait un carré parfait , elle était plus grande que cette dernière, et son emplacement, selon la déduction qu'on a ci -dessus indiquée, ooit être évalué à environ sept lieues de surface, d'où il faut conclure qu'elle était plus de sept fois plus grande que Paris. Mais Babylone n'était pas peuplée à proportion de son étendue. Toutes les maisons étaient isolées, et fa plupart environnées de cours et de jardins. C'est ainsi que sont encore bâties plusieurs villes modernes dans les pays chauds, pour éviter les suffocations et les autres maladies où l'on s'expose en habitant des maisons trop serrées. Le même Hérodote , donne aux murailles de Babylone deux cents coudées de hauteur et cinquante d'épaisseur. Mais il n'en parlait, peut-être, que sur le témoignage des habitants; car lui-même nous apprend que les murailles de Babylone étaient plus des trois quarts détruites de son tems. Au milieu de la ville s'élevait le temple de Bel, composé de huit tours, qui allaient toujours en diminuant , et dont la première avait une stade de hauteur. 11 était de figure quarree et son enceinte était de huit stades. L'Euphrate traversait la ville
DBS &OIS Dfc fcABtLOK*. Ô4S
du non) au midi, et le pont sur lequel on le passait , avait près de quatre-vingt-seize toises de longueur , mais il n'en avait que quatre et demie de largeur, et la dislance d'une pile à l'autre n'était que de onze pieds ç de plus ce pont n'était point voûté. L'art des voûtes n'était point encore connu» Hérodote fait honneur de cet ouvrage à Nitocris, femme d'Evilmerodac , ainsi que d'un grand lac creusé pour la dé- • charge et la conduite des eaux de l'Euphrale. Cet historien
Sarde le silence sur les jardins suspendus de Babylone ; et e tous les anciens écrivains, il n*y a que Bérose, prêtre chaldéen et grand exagéraleur des beautés de son pays ,^qui en fasse la description.
L'attention de Sémiramis ne se borna pas à l'embellissement de Babylone. Elle parcourut ses états , laissant partout des marques de sa magnificence et de son amour pour ses peuples. Plusieurs bourgs furent changés en villes et fermés de murailles par ses ordres. Elle Ht déssécher' les marais oui inondaient les campagnes , conduire des eaux dans les lieux qui en manquaient, pratiquer, pour la facilité du commerce, de grandes routes, dont quelques -unes # passaient à travers des montagnes qu'elle avait fait couper. On chemine encore aujourd'hui de Bagdad à Hamadan , sur la voie de Sémiramis, et on voit encore le bas- relief qui fut sculpté dans le roc qu'elle avait fait trancher pour l'alignement de cette voie.
Au milieu de ces paisibles occupations, Sémiramis formait des projets de conquête, et levait des armées pour subjuguer les royaumes qui l'avoisinaient. On n'a rien de bien certain sur ses premières expéditions militaires ; ce qu'il y a de moins équivoque dans les récits des anciens, c'est qu'elle soumit l'Arabie et l'Ethiopie, c'est-à-dire, la terre de Chus, voisine de la mer Rouge , mais non pas l'Ethiopie qui est au midi de l'Egypte , ni même ce dernier royaume qu'elle trouva dans un état trop respectable , pour oser l'attaquer. La conquête de l'Inde lui parut plus facile. Elle assembla , pour y pénétrer, la plus grande armée qu'on eût vue jusqu'alors; Stabrobatès, roi de L'Inde, apprenant la marche de Sémiramis , vient au devant d'elle, a la tête de ses troupes, jusqu'au fleuve qui donne au pays son nom. La reine passe 1 Indus à la vue de l'ennemi qu'elle met en fuite. Elle avance dans l'intérieur du pays ; mais Stabrobatès étant revenu en forces , livre aux Assyriens un sanglant combat , où ils sont mis en déroute : la reine elle-même , après avoir reçu deux
blessures, est entraînée par les fuyards. Ayant répassé le fleuve, non sans peine, avec les débris de son armée, elle revint en Assyrie , bien résolue d'y travailler à réparer la honte de sa défaite. Mais un revers bien plus sensible lui fit oublier ce qu'elle venait d'essuyer. Ninyas, las de vivre sous la domination de sa mère, conspira contre elle, et réussit à lui enlever le trône. D'autres disent qu'elle le céda volontairement dans la crainte que ce fils dénaturé ti 'attentât à ses jours. Quoiqu'il en soit, elle 9e retira dans une forteresse, où elle passa le reste de ses jours dans le silence et l'obscurité, après avoir régné avec eloire l'espace de quarante-deux ans. Après sa mort, elle tut honorée, comme une divinité , sous la forme d'une colombe,
1874. Ninyas, nommé aussi Zamès, prit en main les rênes du gouvernement après la déposition ou la démission de Sémiramis, sa mère. L'histoire ne nous apprend rien des actions de ce prince ; elle garde le même silence sur celles de ses successeurs. On attribue l'obscurité de leurs règnes, à la mollesse dans laquelle on suppose qu'ils étaient plongés. « Mais, peut ctrc, dit M. Frérct, vient-elle moins » du renos dans lequel ils ont vécu , que de la tranquillité » dont ils ont fait jouir leurs sujets. L'histoire ne se charge » guère que des conquêtes et des révolutions éclatantes t » surtout lorsqu'elle parle des pays étrangers. Or, ce sont » des Grecs qui nous ont transmis ce que nous savons >» des rois d'Assyrie. *» Quoi qu'il en soit , la chronologie a sauvé de l'oubli les noms et la durée du règne de ces princes, que l histoire a négligés. Nous avons deux catalogues des rois d'Assyrie , l'un donne par Jules Africain et copié par Georges le syncelle, l'autre publié par Eusèbe. Le premier, plus ancien et plus complet que le second, nous paraît mériter la préférence. C'est celui auquel nous nous attacherons.
i836. Ninyas, après un règne de trente-huit ans, eut pour successeur Arius, qui tint le sceptre trente ans.
1806. Aralius monta sur le trône après Arius, et l'occupa l'espace de quarante ans.
1766. Xercès, successeur d' Aralius, régna trente ans.
i 7 36. Armamithres remplaça Xercès , et régna trente huit ans.
DES ROIS DE BABYLONE
1698. Be LOCH us vient ensuite, et disparaît après un règne de trente- cinq ans.
i663. Balœcus qui succéda à Belochus, régna cinquantedeux ans.
161 1. Séthos paraît, après Balœcus , sur le trône d'Assyrie, qu'il remplit l'espace de trente-deux ans. Le père <*oar, dans l'édition du Syncelle, a suivi une mauvaise leçon en donnant cinquante ans de règne à Séthos, ce qui se prouve par Tan du monde, où le syncelle place l'élévation de ce prince, et celui auquel il assigne le commencement du règne de son successeur ; car la première de ces deux époques est de l'an du monde 3628, et la seconde 366o. Séthos est le même , suivant M. Fréret , que Sésostris , roi • d'Egypte, a qui les Grecs, en effet, donnaient les deux noms , et dont Manethon raconte qu'il avait soumis les Assyriens. Au lieu de Séthos, Eusèbc met Alladas dans son canon des rois d'Assyrie , soit que ce fut le nom assyrien
îégligèn
avait faites; mais plusieurs des provinces de l'empire d'Assyrie, après s'être soustraitesà la domination des rois d'Egypte, ne retournèrent pas sous leurs premiers maîtres , et formèrent des états particuliers.
1D79. Mamythus I se mit en possession du trône de ses ancêtres après la mort de Séthos. On lui donne trente ans de règne.
1549 Aschalius, appelé M ANC A par Eusèhe, fut le suo cesseur de Mamythus, et régna vingt-huit ans.
i5ai. Sphjerus, qui suivit Aschalius, remplit vingtdeux ans le trône d'Assyrie.
1499. Mam¥THùs II, successeur de Spboerus, régna trente ans.
a 469. Spa*tacus remplaça Mamythus H, et oecupa le trône quarante-deux ans.
. 1427. Ascatadès, substitué à j^axtacwj mourut après quarante-huit ans de rè&ne.
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1379. Amyntes, qui occupa le trône après Àscatadès , mourut au bout de quarante-cinq ans de règne.
i334- Belochus II, nommé aussi Belimas et Balocus, suivit Amyntès, et mourut après un règne de vingt-cinq ans, laissant une fille , qui suit.
i3o<). Atossa, nommée aussi Sémiramis , succéda à Belochus, son père, qui l'avait, de son vivant, associée au trône. On ignore le nom de son époux ; mais Photius nous apprend, qu'éprise d'amour pour son fils, qu'elle ne connaissait pas, elle eut d'abord quelque intrigue secrète avec lui , et que l'ayant ensuite reconnu, elle ne fit pas difficulté de l'épouser. Ci'st depuis ce tems, ajoute-t-il, que lesMèdeset lés Perses se sont permis ces sortes de mariages , dont ils avaient eu , jusqu'alors , une juste horreur. Aîossa gouverna ^1* Assyrie douze ans depuis la mort de son père. Elle fut le dernier rejeton de la famille de Ninus et de la grande Sémiramis.
1297. Baletores ou Beletarès, dit aussi Belleparjès, intendant des jardins du palais de Babylone , parvint au trône, soit par violence, soit par intrigue, après la mort d' Atossa ; mais il paraît que ce ne fut pas sans contradiction. On remarque en effet que plusieurs des peuples tributaires de l'empire d'Assyrie, voyant le sceptre transféré dans une autre famille ^ saisirent cette occasion pour secouer le jougw De là l'état d'affaiblissement où cette monarchie tomba. Je syncelle donne trente ans de règne à Baie tores ; mais , comme il ne parle point d'Atossa , il semble que dans ces trente années doivent être comprises les douze du régne de cette princesse.
1 279. Lampridés, successeur de Baielorès, régna trente ans;
j 249- SosarÈs jouit du trône après Lampridés, l'espace de vingt ans.
1229. Lampraès ou Lamparès suivit Sosarès, et régna trente ans.
1199. Paîtoas, après Lampraès, tint le sceptre quarante-; cinq ans.
11 54- Sôsarmus, successeur de Panyas , régna vingts Jeux ans.
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n32. Mithraeus remplaça Sosarmus, et régna vingtsept ans.
i io5. Tautanes I , qui succéda à Mithraeus, régna trentedeux ans.
1073. Teutaeus vient à la suite de Tautanès, et régna quarante-quatre ans.
1029. Arabelus, Chàlaus, ànebus et Babius, quatre rois omis par Eusèbe, régnèrent, le premier, quarante-deux ans, le deuxième , quarante-cinq , le troisième, trente-huit ^t le quatrième, trente-sept. Ce qui fait en somme cent soixante-deux ans.
867. Teutamus II , nommé Teutanès par le syncelle et Thinaeus par Eusèbe , fut le successeur de Babius , et régna trente ans.
837. Dercylus, successeur de Teutamus, posséda le trône quarante ans. Ce fut vraisemblablement sous son règrie que le prophète Jonas vint de la terre d'Israël prêcher la pénitence à Ninive. Cette capitale immense qui jouissait d'une longue paix , et où. venaient s'engloutir les richesses de > l'Assyrie , était plongée dans les délices et la débauche , suite ordinaire de l'opulence et du repos. Jonas après avoir parcouru la ville pendant trois jours, pour s'assurer par ses yeux de l'état et des mœurs de les habitants, élève la voix dans la place publique, et annonce que la ville, en punition de ses crimes , sera détruite dans quarante jours. Le roî touché de la prédiction du prophète , quitte les ornements de sa dignité , se revêt d'un sac , s'assied sur la cendre , et ordonne un jeûne général, non- seulement pour les hommes, mais aussi pour les animaux. Dieu fléchi par ces marques de pénitence, pardonne aux Ninivites, et révoque l'anathème qu'il avait prononcé contre leur ville. Jonas retiré, cependant, à l'orient de. la ville, attendait sous un feuillage l'événement de sa prédiction; voyant qu'il n'arrivait point, il craint de passer pour un faux prophète, et se plaint au Seigneur de ce qu'il n'a pas accompli ce qu'il l'avait chargé d'annoncer. Dieu fait croître autour de lui , en une nuit , une espèce de Hère ou de palma ChrisH, pour le mettre, par son ombre , à couvert des ardeurs du soleil ; mais le lendemain , il envoie un ver qui ronge la racine de l'arbre et le dessèche. Le prophète , exposé comme auparavant à la
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violence du soleil , regrette si vivement l'ombrage dont il est prive, que dans l'excès de sa douleur, il souhaite de mourir. Alors Dieu , pour l'instruire , lui dit : puisque la perle d'un Hère qui ne vous a rien coûte, vous cause tant de regret , devez-vous être surpris de voir ma colère apaisée envers une ville où il y a plus de cent vingt mille personnes qui ne savent pas distinguer entre le bien et le mal. Jonas quitte Ninive, et retourne en sa patrie. ( Voy. Jéroboam 11 , roi d'iracl.)
797. Empacmes ou Eupales ferme la liste des souverains du premier royaume d'Assyrie. C'est lui que Diodore et Justin nomment Sardanapale , soit qu'il ait effectivement porté ce nom T soi* qu'on l'ait confondu avec un autre Sardanapale ; car il y en a eu plusieurs de ce nom qui signifie en langue assyrienne ou Chaldéenne , prince donné du ciel. Ainsi c'est inoins un nom propre qu'une épithète honorable. Jamais prince ne le mérita moins, s'il est vrai, comme ke racontent Ctésias et Justin, qu' Empacmes passait sa vie au milieu de ses femmes, habillé et fardé à leur manière , et occupé , comme elles, à filer. Quoi qu'il en soit, ce fut sous son règne qu'Arbace ou Pharnace , satrape de Médie , et Bélcsis, gouverneur de Babylone, concertèrent entre eux le plan d'une révolution, qu'on regarde communément, et sans raison, comme l'extinction totale du royaume d'Assyrie. Ces deux seigneurs ayant mis dans leurs intérêts les Arabes et les Perses , se révoltèrent ouvertement contre leur souverain , et lui déclarèrent la guerre. Elle fut longue, et trois batailles
3 ne les rebelles perdirent consécutivement , ne purent les éterminer a mettre bas les armes. Devenus 'plus obstinés par leurs pertes, ils travaillèrent à grossir leur ligue , et vinrent a bout d'y faire entrer les peuples de la Bactriane ou des provinces orientales. Alors se voyant supérieurs en forces > ils attaquèrent le roi d'Assyrie dans son camp , qu'il fut obligé d'abandonner. Sardanapale, dans sa déroute, alla se renfermer clans Ninive , laissant le commandement de son armée à Salamenès , frère de la principale de ses femmes. Ce général fut défait, et du champ de bataille, les vainqueurs allèrent mettre le siège devant Ninive. 11 durait depuis trois années, sans que les murs de la ville eussent été endommagés, lorsqu'un débordement du Tigre en abattit vingt stades. Cette brèche ayant ouvert un pasage aux ennemis, le roi, de désespoir , mit le feu à son palais*, où il périt au milieu de*
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flammes avec ses femmes et ses trésors, après tin règne de trente-huit ans. Tel est le récit de Ctésias, qui paraît avoir confondu l'entreprise. d'Arbacès et de Béiesis contre Sardanapale , avec celle de Napobolassar, roi de Babylone, et de Cyaxare, roi des Mèdes, contre Chinaladan, roi d'Assyrie. Ce qu'il y a de certain , c'est que la première ne détruisit pas entièrement ce royaume, et qu'elle ne fit que le rétrécir par le démembrement de plusieurs provinces, dont lès principales furent la Babylonie et la Médie , qui commencèrent dès-lors à former deux états à part et indépendants ou presqu'indépendants du royaume d'Assyrie.
II e . ROYAUME D'ASSYRIE.
75pj. Pox ou Phul devint le successeur d'Eirrpacmès Sardanap»ale dans le royaume d'Assyrie. Il eut aussi le surnom ou l'épithète de son prédécesseur , et c'est lui qui est Sar- Dana pale II. Quoique les Babyloniens et les Mèdes eussent entièrement secoué le joug de l'Assyrie, cette monarchie ne laissa pas de conserver encore une puissance redoutable. Ce fut à Pul que Manahem, roi d'Israël eut recours pour se maintenir contre les factions qui tendaient à le détrôner» Pul vint dans le royaume d'Israël , et sa présence en ayant imposé aux mutins , ils s'en retourna après avoir reçu de Manahem mille talents d'argent qu'il lui avait promis, pour l'engager à venir à son secours. Le règne de Pul fut tout au plus de dix-sept ans ; car il était remplacé ou du moins il avait un collègue l'an 742 avant Jésus- Chrst.
742. Teglat-Phalasar ou Tilgath-Pilasar, nommé par quelques-uns Ninus II, avait succédé à Pul , son père* ou lui était associé dès Tan 742 avant J.-C. Ce fut un prince belliqueux, qui travailla à réparer les pertes que le royaume .d'Assyrie avait faites. Ne pouvant s'étendre ni du côté de la Chaldée, ni du côté de la Médie, il porta ses armes en «Syrie, attiré par les troubles qui régnaient à Samarie et à Damas. La première année où nous le 7 voyons sur le trône * il vint à la tête d'une armée dans le royaume d'Israël . prit plusieurs villes, se rendit maître du pays de Galaad, de la Galilée et de tout le territoire de Nephtali, et emmena t»ptifs en Assyrie tous les habitants de ces lieux. Rasin , roi de Damas, effrayé par ces conquêtes, prévint Teglat-Phalasar |
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et détourna , par ses soumissions , l'orage dont il était menacé.
^35. Mais sept ans après , le toi d'Assyrie , sollicité par Ach az, roi de Juda , de venir le défendre contre Phacée, roi d'Israël, et Rasin, roi de Damas, ligués ensemble pour le détrôner, entre avec une armée formidable dans la Syrie , prend Damas, et en transporte les habitants dans ses états , après avoir fait mourir Rasin. Il ne paraît pas que ce conquérant se soit avancé jusqu'alors sur les terres d'Israël. Mais Achaz vint lui-même le trouver à Damas. Au lieu de le soutenir, Tcglat-Phalasar ne fit que l'opprimer. Après avoir tiré de lui une somme d'argent si considérable, que ses trésors et ceux du temple suffirent à peine pour la payer, il se retira, laissant le royaume de Juua sans défense, et assujéti au même tribut qu'il venait de recevoir. Teglat- Phalasar, l'an 724 avant Jésus-Christ, n'existait plus, ou du moins avait pour collègue son (ils qui suit.
7*4. Salmanasar , fils de Teglat-Phalasar lui succéda, ou lui fut associé Tan 724 avant Jésus-Christ, au plus tard* Ce fut en effet, cette année, qu'étant entré sur les terres d'Israël , il assujétit ce royaume à un tribut. Après l'avoir payé durant trois ans, le roi Osée, pour s'affranchir de cette servitude, fit alliance avec l'Ethiopien Sabacus, nommé Sua dans l'Ecriture , qui venaij de conquérir l'Egypte (720). Salamanasar, apprenant sa révolte, revient sur les terres d'Israël, subjugue tout le pays plat , et jenferme Osée dans Saroarie, où il le tient assiégé pendant trois ans (71b*). S'étant rendu maître enfin de la place , il charge Osée de chaînes, et remmène en captivité avec le reste des dix tribus, qu'il dispersa dans le pays des Mèdes; ce qui montre qu'une partie de ce pays dépendait encore alors du royaume deBabylone (7 17). Il y avait peu déteins qu'il était de retour à Ninive , lorsqu'il reçut une ambassade dés Cit tiens en Chypre, qui venait implorer son secours contre Elulée, roi de Tyr, leur souverain dont ils avaient secoué le joug. Salmanasar , déférant a leur prière, repasse en Palestine, et remporte divers avantages sur les Phéniciens. Elulée ayant proposé un accommodement, on l'accepte, et Salmanasar ramène son armée à Ninive. Mais bientôt le soulèvement de la) plupart des villes maritimes qui obéissaient à Tyr, le rappelle en ce pays qu'elles s'offraient de lui livrer. Ea ajçn-
DES AOIS b*AS5îfttlL 35$
yant il trouva une flotte de soixante vaisseaux quVlles lut fournirent avec huit cents rameurs Phéniciens. A cet armement formidable , les Tyriens n'opposèrent que douze vais-* seaux , et réussirent néanmoins à le dissiper. Le roi d'Assyrie n'osa faire le siège de Tyr ; mais il laissa des troupes aux environs pour couper aux habitans la ressource des fontaines qui leur fournissaient de l'eau douce : précaution inutile , par le soin que les Tyriens eurent de creuser des puits au-dedans de leurs murs. Salmanasar paraît avoir cessé de vivre environ cinq ans après cette expédition (712).
712. Sennach^rib, fils de Salmanasar, monta sur le trône après lui. C'est le même qui est nommé Sargum dans Isaïe. Son père avait montré de l'humanité envers les Israélites captifs dans ses états. Mais Sennachérib ayant en horreur cette nation, il permit à ses sujets d'exercer envers eux toutes sortes de cruautés. Non-seulement on les tuait impunément ; mais il était défendu de. leur donner la sépulture : Tobie s'acquittant de ce devoir envers ses frères , fut poursuivi à ce sujet et obligé de se cacher. Les conquêtes que Salmanasar avait faites ne satisfirent pas l'ambition de Sennachérib. Il voulut y en ajouter de nouvelles. Mais on n'a aucun détail sur ses exploits avant la guerre qu'il fit à Ezéchias , roi de Juda (710). Elle fut occasionnée par le refus que ce dernier fit de lui payer le tribut auquel Salmanasar l'avait assujéti. Dans la presse où les armes de Sennachérib mirent le royaume de Juda , les grands de l'état appelèrent à leur secours Tharaca , roi d'Egypte. Sennachérib apprenant qu'il est en marche pour venir l'attaquer , va au-devant de lui , l'oblige à rebrousser chemin , entre en Egypte , et ravage ce pays pendant trois ans , au bout desquels il revient en Judée, chargé de dépouilles , et traînant après lui une multitude innombrable de captifs (707.) Pour trancher d'un seul coup la conquête de ce pays, il va droit à la capitale dont il forme aussitôt le siège. Mais avant qu'il ait tiré une seule flèche contre Jérusalem , l'ange du Seigneur lui tue pendant la nuit cent quatre-vingt cinq raille nommes. Consterné de ce désastre, il reprend en diligence la route de Ninive avec les débris de son armée ; mais un nouveau malheur l'attendait là. Deux de ses fils , Adramelech et Sarasar , irrités contre lui , le mirent à mort , comme il adorait le Dieu Nesroch dans son temple , quarante-cinq jours après son retour. La fuite les sauva du 11. 45
supplice que ce parricide méritait. Us se retirent en Âf« ménie, d'où il ne paraît pas qu'ils soient jamais revenus.