VI
uiginze
Les troubles que les Anglais excitèrent en France dans le* dernières aimées de Charles VI et les premières de son successeur , ont influé sur l'histoire de ce tcms là , et y ont répaiulti de grandes obscurite's. Il sera toujours difficile de démêler lequel était leve'ritable grand-chancelier, leve'ritable grand-chambellan, le véritable connétable, tant que l'on trouvera des actes de différentes personnes qui prennent ces titres en même tems. Charles VI avait ses officiers, dont la plupart suivaient le parti de l'anglais. Le dauphin , s'étant déclaré régent du royaume , nomma des grands-officiers parmi les seigneurs qui lui étaieut attachés , et leur conserva toujours les mêmes charges et dignités à son avènement à la couronue. Alors le duc de Betfort ayant fait proclamer , comme on l'a dit , Henri VI roi de France , remplit les mêmes places d'anglais ou de français qui lui étaient affectionnés On compte jusqu'à six grands-chambellans en 1427.
On voit, sous le règne de Charles VI, le premier exemple de la taille réelle, dont le système a été si souvent renouvelé.
Jusqu'à ce règne, le parlement que Philippe le Bel avait rend a sédentaire , ne s'assemblait que deux fois l'an. La faiblesse du cerveau du roi (Charles VI) , et les parti alités des princes , dit Pasquicr,/wre«/ cause qu'ayant leurs esprits bandés ailleurs , on ne se souvint plus d'envoyer nouveaux rôles de conseillers , et par ce moyen le parlement fut continué.
On peut juger de la rareté des livres au commencement du quinzième siècle , par la difficulté que les pauvres clercs avaient à se procurer celui qui était pour eux de l'usage le plus indis-
Î >ensable. Ce fut en leur faveur que Henri Beda, prêtre de Sainiacques de la Boucherie à Paris, légua, l'an 1406, en mourant, son bréviaire écrit sur vélin , à cette église , pour être enfermé dans une cage de fer scellée contre le pilier le plus clair et le plus visible de la nef. Cette cage était pour empêcher que ie bréviaire ne fut volé , et on pouvait passer la main et le bras à travers le treillis, pour tourner les feuillets. On fit la même chose , l'an 1415, àSaint-Sévcrin. A Bordeaux, à Seulis, à La< 11, et dans d'autres églises, il y avait pareillement des bréviaire publics renfermés dans des cages trei Hissées , pour l'usage des ecclésiastiques qui n'avaient pas le moyen de s'en procurer.
Avant le règne de Charles VI c'était un crime de disséquer les cadavres pour connaître la conformation du corps humain et les causes de ses infirmités. Ce ne fut qu'en 1 3y6 qu'il fut enjoint aux magistrats de Montpellier, par ordonnance de ce prince, de délivrer tous les ans à l'école de médeciue le corps d'un criminel condamné à mort.
Sous le règne de Charles VI une fille sauvait la vie à un criminel condamne' à mort , en s'offrant de l'épouser. Lettres de grâce de l'an 1 382 : Hennequin Doutart a été condemné par
nos hommes-liges jugeons en nostre cour à Péronne à estre
trajrné et pendu. Pour lequel jugement entériner , il a esté trujrné et mené en une charrette par le pendeur jusqu'au gibet , lui fut mis la hart nu col ; et alors vint illec , Jehannette , 3Jourchon, dite Rebaude, josne fille née de la ville de Hamaincourt, en suppliant et requérant audit Prévost ou son lieutenant que ledit Doutart elle peut avoir en mariage, en cas qu'il nous
plairait ; pour qui il fut ramené et remis esdictes prisons
Parla teneur de ces lettres, remettons, pardonnons et quittons le fait en cas dessus dict. On voit de pareilles lettres accordées par Charles V en 1376. (DuCange, SuppL verbo matrimonium. )
Pendant les premières années du règne de Charles VI , le marc d'or et le marc d'argent furent au même prix où on les a vus sous le règne précédent. Mais la guerre qu'on eut à soutenir contre les Anglais, obligea d'affaiblir les monnaies à différentes reprises, de sorte qu'en 1420 le marc d'or valait cent soixanteonze livres treize sous quatre deniers , et le marc d'argent vingthuit livres.
Sons Charles VI , les troupes quittèrent le haubert on Phabit maillé, pour reprendre l'armure de fer battu , qui , pour faire un armement complet, consistait en un casque et une cuirasse, à laquelle se joignaient les brassarts , les cuissarts et les grèves. Y eut-on savoir comment les troupes se comportaient au quator- *'ème siècle en traversant un pays qu'elles devaient protéger? Froissard va nous l'apprendre dans son style naïf et vrai. C'est en parlant du passage de l'armée que Charles VI conduisit en riandre pour a lier, l'an i386 , faire une descente en Angleterre. Adonc, dit - il , vint le roi de France à Bapaume , à Arras , à Lille, et toujours avaloient gens de tout côté si grandement, que tout le pays en es toit mangé» On prenoit partout sans rien yajer. Les pauvres laboureurs , qui avoient rempli et recueilli faurs grains, n'en avoient que la paille, et s'ils en parlaient, ils estoient battus ou tués; les viviers estoient peschés , les maisons abbatues pour/aire du Jeu. Ne les Anglais , s'ils fussent arrivés en France , ne pussent point faire plus grand e ril que les troupes de France jr faisoient, Là les maudissoient les povres gens.*, mais les maudissoient entre les dents, disant : Or allez en Angleterre , que jamais n'en puisse-t-il revenir pièce.
8/f CHRONOLOGIE HISTORIQUE
CHARLES VII, dit LE VICTORIEUX.
1422. Charles VII, dauphin de France, ne le 22 février i4o5 (N. S.), ayaut appris à Espali, près du Pui, le 27 octobre 1422, la mort de Charles VI, son père, prend le deuil en noir, et le lendemain, s'étant revêtu de la pourpre, il se rend à la chapelle du château-, où les courtisans, ayant déployé le grand étendard de la France , semé de fleurs de lys d'or, le proclament en s'écriant: Vive le roi! De là il marche eu diligence à Poitiers, où il est couronne avec plus d'appareil. Dans le même teins le » duc de Betfort, nomme' re'gcnt de France par les Anglais, observait toutes les formalite's pour faire reconnaître roi de France son neveu Henri VI, âge' d'environ dix mois. Tel était l'état d'avilissement où la capitale était réduite , que tous les ordres qui la composaient prêtèrent serment de fidélité au monarque anglais, sans égard pour le légitime héritier du trône. On commence le 9 novembre à la chancellerie du palais à sceller au nom de ce jeune prince , et on met à la tète de tous les actes publics : Henri , par la grâce de dieu , roi de France et d'Angleterre. [Edouard III avait déjà pris ce titre j mais c'est ici proprement l'époque de la prétention chimérique des rois d'Angleterre, soidisant rois de France. La détresse où Charles se trouve le met sur le point d'être accablé par son rival. Réduit aux seules provinces du Dauphiné, du Languedoc, du Bourbonnais, de l'Auvergne, du Berri, du Poitou, de la Saintongc, de la Tourainc, de l'Orléanais, il voit le rej>te du royaume entre les mains de l'anglais ou du bourguignon , son trop fidèle allié. On pourrait toutefois excepter la Bretagne, dont le duc dans les commencements , ainsi que le comte de Richemont, son frère , gardaient une espèce de neutralité. Mais bientôt , séduits par les ducs de Betfort et de Bourgogne, ils se liguent l'un et l autre avec eux par traité signé le 27 avril 1423. L'usurpateur ne l'emportait pas seulement par l'étendue de ses provinces sur le souverain légitime, il lui était encore supérieur par la bonne discipline qui régnait dans ses troupes et l'habileté de leurs chefs. Charles n'avait que des braves à la tête des siennes , et pas un général. Les soldats ne savaient ni obéir ni se former en bataille , parce que personne ne savait les commander. A &s avantages de l'anglais , ajoutez la générosité , la concorde , la dextérité de ses ministres , l'activité du régent , opposées à l'avarice , à la désunion , à la hauteur des ministres du monarque français , et à son indolence naturelle. Telle était la position 'de Charles au commencement de son règne. Qui eût prédit que les succès de ce prince, lui vaudraient un jour le titre de Victorieux? Venons au
de la il des événements. Le 5i juillet 1423 , bataille de Crevant dans l'Àuxcrrot's , gagnée par les Anglais et les Bourguignons réunis , sur les Français et les Ecossais, commandes par Jean £tuart, connétable d'Ecosse, et le seigneur d'Estistac. Celte victoire causa tant de joie aux chanoines d'Auxerrc* seigneurs de Cre'vant , que pour en conserver le souvenir, ils e'tablirent, à perpétuité' , dans leur église une messe annuelle d'actions de grâces, appelée la messe de la Victoire. Ils firent plus, ils accordèrent au sire de Chàtelus , qui, après avoir défendu Crevant, le leur avait remis, une prébende canoniale , qui depuis ce tems fut héréditaire dans sa famille. La ville de Paris, non moins sensible à cet événement, le célébra le 6 août par une procession ' générale , à laquelle assista le parlement en corps. ( Le Bcnf. ) La même année, combat de Gravcllc, dans le Maine, où le comte d'Aumale, à la tète des Royalistes , défit les Anglais, et leur tua seize cents hommes. Ces derniers eurent leur revanche l'année suivante à la bataille de Verneuil, donnée le 17 août. Le vicomte de Narbonnc, qui l'avait engagée témérairement, y périt avec plusieurs seigneurs , et plus de cinq mille hommes des meilleures troupes du roi. La prise dç.Verneuil fut la suite de cette affaire. Les Anglais y trouvèrent tous les équipages de l'armée française, et l'argent destiné au paiement des troupes. De là ils s'avancèrent dans le Maine , dont la conquête ne leur coûta que la peine du voyage. Ce fut alors qu'enorgueillis de tant de succès, et voyant Charles VU réduità quelques provinces d'outre-Loirc, ils lui donnèrent par dérision le nom de roi de Bourges. C'en était peut-être fait de la monarchie française , sans la guerre qui survint entre le duc de Glocester et Jean, duc de Brabant : guerre où le duc de Bourgogne, en prenant le parti du second, son parent, fit une heureuse diversion pour Charles VII. ( Voy. Jean IV, duc de Brabant.) Charles fait, l'an 14^5 , une acquisition importante dans la personue d'Arthur, comte de Richement, qui revient à lui par- aniipathie pour les Anglais. Ce monarque, par reconnaissance, le fit connétable au mois de novembre suivant, à la place du comte de Boukan , tué à la bataille de Verneuil. Lé duc de Bretagne suit l'exemple d'Arthur, son frère, et fait son traité avec Charles, le 25 octobre 1426, à Saumur. Le feu de la guerre se ralentit cette année et la suivante. Au mois de janvier 1427 (N. S.), le connétable , secondé du graud-chambcllan (Georges de la Tremoillc), et du sire d'Albrcl , enlève daus le cbâteau d'Issoudun , où le roi était alors , Giac, chancelier de France et premier ministre , qui abusait insolemment de la faveur de son maître , et le fait noyer, selon les uns , décapiter , selon les autres, à Dun-lc-Roi. Personne ne plaignit le sort de ce misérable , qui , dans son
interrogatoire (car on lui fît son procès devant les juges des lieux), s'avoua coupable des plus grandes horreurs Mais ou fut étonné de voir quelque tems après Georges de ia Tréraoilleépouser sa veuve. (C'était le racine Giac qui avait de'tcrininé Jean , duc de Bourgogne, à se trouvera la funeste conférence du pont de Montcreau.) Le ministre de'chu fut remplace' par le Camus de Beaulieu, que son exemple ne rendit pas plus sage. Indigné de ses premiers déportements , le connétable , la cour étant à Poitiers , le fit assassiner au retour de la chasse , presque à la vue du château. Charles , dans l'impuissance de punir cet at— tentât, dévore son resscutiraent, et demande au connétable qui donc il veut lui donner pour ministre. La Trèmoille , répond celui-ci , et il insiste beaucoup sur ce choix. Beau cousin. , reprit le roi, vous me le baillez, mais vous vous en repentirez: car je le connais mieux que vous* Et surtant, ajoute l'historien de Richemont , demeura la Trèmoille , qui ne fit pas le roi menteur; car il fît le pis qufil put au connétable. Durant ce» révolutions de cour , le siège de Montargis est entrepris par le comte de Suffolk et le sire de la Pôle , auxquels vint se joindre le comte dc-Warvick. La place, après s'être défendue l'espace de trois mois, était près de se rendre , faute de vivres. Seize cents hommes , conduits par le bâtard d'Orléans , Jean , comte de Dunois (i ), fils naturel du feu duc d'Orléans , âgé pour lors de vingt-quatre ans, et le brave Etienne deVignole3, plus connu sous le nom de la Hire , arrivent avec un convoi. Ils attaquent les ennemis dans leurs retranchements le 4 septembre 1427, les mettent en fuite, et font lever le siège. Charles VU accorda deux foires franches et d'autres privilèges aux habitants , pour récompense de leur fidélité. Le duc de Betfort entre cette même année en Bretagne» ravage le pays, contraint le duc d'abandonner le parti du roi, et l'oblige de plus à signer, le {{ septembre , le traité de Troycs : formalité qu'il avait éludée jusqu'alors.
On vit celte année paraître, pour la première fois , en France
(j ) Marie d'Enghten, femme d'Aubert de Cani , chevalier picard , et chambellan du duc d'Orléans t frère du roi Charles VI , étant au ht de la mort et ayant appelé cinq enfant* qu'elle avait pour leur donner sa dernière bénédiction, lcnr déclara qn'un d'entre eux était fils du duc d'Orléans, niais qu'elle croyait ne devoir pas le nommer. Tous étaient également envieux de connaître celui qui n'était que leur demi-frère. La mourante leur dit que c'était Jean , que le prince, en cllel, reconnut pour son fils. C'est ce m<!mc Jean qui mérita par *es belles actions le rang et la dignité de prince sous le nom de comte de Dunois , tige de la maison de Lon^ucville , qui commença par un grand homme et finit par un insensé. ( Pièces init?rçs. , T. IV, p. 572)
cette espèce de vagabonds, qui sous la conduite d'un chef, courant toute l'Europe en niendiaut, prétendaient deviner le sort des hommes par les linéaments de la main. Ils furent nommés Bohémiens , parce qu'ils vinrent de Bohème eu France. En Kspaguc , ou ils passèrent ensuite, ils se dirent Egyptiens, origine que la couleur de leur peau ne démentait poiut. Mais leur pays natal était les montagnes situées entre la Hongrie , la Moldavie et la Valachie, où les édits des princes, en les bannissant de leurs états , les ont forcés de retourner, et d'où ils ne sortent plus.
Les Anglais n'avaient point encore entamé nos provinces méridionales. Le duc de Betfort , voulant y pénétrer , se détermine, Tan 1428, à tenter auparavant la conquête d'Orléans. Le comte de Salisbcri , qu'il charge de celte expédition , paraît devant la place avec son armée, un mardi 12 octobre, et commence aussitôt le diége. Ce fut un des plus mémorables par la brave et longue résistance de la garnison et des habitants de l'un et de l'autre sexes; car les femmes s'y distinguèrent et disputèrent de valeur avec les hommes. L'an 1429, le 18 février, vendredi des Quatrc-Tems , Fastol , chevalier anglais, amenant aux assiégeants un convoi de harengs, (les troupes alors observaient le Carême) est attaqué près de Rouvrai, en Beauce, par le comte de Clermont à la tête de trois mille hommes , et les met en déroute. Ce combat fut appelé la journée des harengs, Orléans, malgré la belle défense des assiégés, aurait enfin succombé aux efforts des Anglais, si Dieu ne l'eut préservé par un des coups les plus extraordinaires. Ceux que le seul nom de miracle effarouche , dit judicieusement le P. Daniel , me semblent devoir être bien embarrassés à imaginer un système bien juste pour trouver d'autres causes d'une suite d1 événements aussi singuliers et en aussi grand nombre que ceux qiCon va voir. Jeanne d'Arc , appelée depuis la pucelle d'Orléans, née l'an 1412, de pauvres, mais honnêtes parents, à Doin-Rcmi , près de Vaucouleurs , fut l'instrument dont Dieu se servit pour délivrer Orléans. Cette fille , envoyée à l'âge de 16 ans par Robert de Baudricourt , commandant de Vaucouleurs , vient trouver le roi vers la fin de février à Chinon ; elle lui annonce que Dieu l'a destinée à faire lever le siège d'Orléans , et à le conduire à Reims , pour y être sacré. Mais comme elle ne devait point en être crue sur sa simple parole, elle lui découvre, pour preuve de sa mission, des secrets qui n'étaient connus que de lui seul. Charles, après l'avoir fait examiner par des théologiens et d'autres habiles gens , ne doute point que ce ne soit un secours envoyé du ciel, et se détermine ù en profiter. Jeanne d'Arc, se reud à
Blois , d'où elle part le 28 avril , avec 6000 hommes qui escortaient un convoi pour Orléans. Arrivée le lendemain à la vue de cette ville , elle y fait entrer son convoi , et y entre ellemême , à la prière du comte de Dunois , qui commandait dans la place , et des habitants. Le A mai suivant , elle y introduit un nouveau convoi sans opposition ; et le même jour elle emporte la bastille de S. Loup : tous les anglais qui défendaient ce fort sont tués ou faits prisonniers. Le 6, elle s'empare de la bastille des Augustins. Enfin le 8 mai , cette héroïne oblige les Anglais à lever le siège , après en avoir fait périr plus de 6 mille, sans y avoir perdu 100 Français. ( Il est remarquable que non moins humaine que vaillante , elle abhorrait le saug , qu'en s'exposant aux coups elle n'en portait point , et qu'elle ne faisait jamais usage de son épéc. » v Je veux chasser les ennemis du roi, disait-elle, mais je ne » veux tuer personne. » En effet il ne paraît pas qu'elle ait jamais donné la mort. Elle courait partout dans les rangs ennemis, toujours la première au combat, la dernière à la retraite. Son ardeur, sou audace, sa certitude de vaincre, son étendard qu'où croyait magique , sa grâce dans les exercices, sa sérénité dans le péril , voilà, dit M. Gaillard, le prestige qui consternait et dissipait ses ennemis. Elle quitte Orléans le i3 mai, se met à la tète de l'armée commandée parle duc d'Alençon , prend d'assaut Gergeau , où le comte de SufTolk est fait prisonnier , se saisit du pont de Mcun , et se rend maîtresse de Beaugenci. Le 18 mai, elle combat à la bataille de Patai,en Beauce , oùTalbot, général des Anglais, après avoir perdu deux mille hommes , est pris avec plusieurs autres chefs. î,e roi qui , par son conseil , élait resté jusqu'alors au-delà de la Loire , vient à Gien , prend le commandement de ses troupes , dirige sa route vers Reims à la sollicitation de la pucelle j passe par la Champagne , s'empare de Troyes , de Chùlous-sur-JVIartie , fait son entrée à Heims le 16 juillet, et y est couronné le lendemain par l'archevêque Renaud de Chartres. La pucelle ayant rempli le dernier point de sa mission par cette cérémonie , demande au roi la permission de se retirer ; mais Charles la retient. Aussitôt après le sacre du roi , Laon , Soissons , Provins , et plusieurs autres villes de Champagne et de Picardie se soumettent à lui. Le duc de Belfort, alarmé de ces progrès , quitte Paris sur la fin d'août pour se rendre dans la haute-Normandie. Le roi s'avance vers la capitale , force la barrière de la porte Saint-Honoré, et met en fuite les Anglais et les Bourguiguons qui la défendaient. Mais ne pouvant faire subsister ses troupes faute d'argent, il abaudonne cette
entreprise. L'an 14^0, Sens et Melun, rentrent sous l'obéissance du roi. Compiègne ayant été assiégé dans le mois de mai , par les comtes de Su! Folk et d'Arondcl , la pucelle s'y jette, fait une sortie, le soir du u5 mai, sur les ennemis, et tombe entre les mains de Lyonnel , bâtard de Vendôme ; celui-ci la remit au comte de Ligni- Luxembourg, qui la vendit aux Anglais. Ce fut pour eux un- si grand sujet de triomphe, qu'ils en firent chanter un Te Deum à Paris. Le comte de Vendôme étant venu le 1 novembre au secours de Compiègne, force les Anglais de lever le siège. Bataille de la Croisette, près de Châlons-sur-Marae , vers la (in de cette année. Arnaud Cuilhetm de Barbazan , dit le Chevalier sans reproche , avec 5ooo hommes y défait 8000 > tant anglais que bourguignons. Ce grand capitaine fut blessé mortellement Tannée suivante à la bataille de Bullégneville , donnée le 4 juillet , entre le comte de Vaudémont et René d'Anjou. On voit son tombeau en bronze à coté de celui de Charles V à S. Denis, où le roi Charles VII voulut qu'il fût ^enterré avec les mêmes honneurs et cérémonies qui s'observent aux obsèques de nos rois. Ce fut ce monarque qui lui donna le titre de Chevalier sans reproche , avec la permission de porter trois fleurs de lys sans brisure dans ses armoiries ; privilège dont jouit la maison de Faudoas, qui descend d'un de ses neveux qu'il avait fait son héritier.
Mai très de la personne de Jeanne d'Arc, Betfort et les Anglais ne se contentèrent pas de la reteuir eu captivité. L'an 14^1 , pour venger la honte de tant d'échecs et de pertes qu'elle leur avait fait essuyer, ils font instruire son procès par des juges qui leur étaient vendus. Elle est condamnée à être brûlée vive comme magicienne , et pour s'être travestie en homme ) ce qui fut exécuté le 3o mai ( et non pas le 14 juin , comme le marque le Pr. Hénaut) au vieux marché de Rouen. Mais 24 ans après , le pape ayant fait revoir le procès , la déclara innocente à la honte éternelle des auteurs et des promoteurs de sa condamnation.
La guerre continue avec la même ardeur et avec de nouveaux succès pour les Français. Au mois de septembre, Ambroise Loré défait à S. Célerin , entre Alençon et oeaumont, un corps de troupes anglaises. Le jeune Henri VI, que Betfort avait fait venir en France pour relever le parti des Anglais , arrive de Rouen à Paris, où il est sacré, le 17 décembre, à Notre-Dame. Jl y passa les fêtes de Noël, et reprit ensuite la route de Rouen. L'an 1432 1 Chartres est surpris, le 21 avril, par les Français.
Ce que Charles VU avait prédit au connétable de Richemont.