‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 9 sur 146 · VI. p · texte numérisé non relu

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74 CHhO.NOl OCIF HlSTOÏWf l*E

Bourbon-Préaux , et l'archevêque de Sens , Jean de Moulagci , furent de ce nombre. On regretta peu ce dernier , parce qu'un archevêque est si de'place' dans une Ijataille , qu'il ne peut être plaint quand il y est tue'. Le maréchal de Boucicaut mourut quelques jours aprè« de ses blcssmcs. Les Anglais emmenèrent quatorze mille prisonniers , parmi lesquels se trouvèrent les ducs d'Orléans et de Bourbon , les comtes d'Eu et de Ver— ma n dois. Ils en avaient fait bien davantage; mais le monarque victorieux , sur un faux avis que les vaincus allaient revenir à la charge, ordonna de passer au fil de l'épée tous les prisonniers , de prurque, le combat recommençant, ils ne causassent de l'cmbanas à ses soldats, et ne se rejoignissent à leurs gens. L'ordre ne fut exéculé qu'en partie , ceux qui en étaient charges, plus humains que leur mailre , ayant répugnance d'égorger de sang froid des hommes désarmes. Le 18 décembre , le dauphin Lonis meurt à Paris, peu regretté, dit un moderne, et méritant peu de l'être. Il était, par Marguerite, sa femme, gendre du duc de Bourgogne, dont il fut alternativement le partisan et l'ennemi. Son frère Jean, .duc de Touraine , le remplaça; il était alors chez le comte de Hainaut, son beau-père , d'où il refusa de revenir à la cour de France. L'épée de connétable fut donnée , le 3o du même mois , au comte d'Armagnac. On n'en demeura point là à son égard ; l'an î/Ji^i Ie '2 février, il est fait surintendant des finances, et gouverneur général de toutes les places fortifiées du royaume. Pour affermir son autorité, il met dans loin les postes considérables , des personnes dont il est sûr , et chasse de Paris tons ceux qu'il juge capable de brouiller en faveur du duc Je Bourgogne. Le premier mars suivant , l'empereur Sigrmond arrive à Paris. Il veut, ou feint de vouloir se rendre médiateur entre la Frauce et l'Angleterre ; îe connétable s'oppose aux voies de conciliation quM ouvre. Le ?. avril , tandis que celui-ci est en Normandie, on découvre à Paris une horrihie conjuration tramée par les émissaires du duc de Bourgogne , contre le roi et le duc de Bcrri , le roi et la reine de Sicile , le chancelier de Marie et d'autres seigneurs attachés à la maison d'Orléans. Les coupables sont exécutés à mort , excepté Guillaume d'Orgcmont , chanoine de Paris , fils du chancelier de ce nom. Son évêque l'ayant réclamé, il fut condamné par l'official à être milré, prêché publiquement, renfermé pour le reste de ses jours et restreint au pain et à l'eau. Le i5 juin suivant, mort du duc de Berri , à l'âge de Soixante-seize ans ) prince ambitieux , inconstant, avare et prodigue à Ja fois, pillant sans scrupule, et donnant sans discernement. Dans le même te/ns, le comicloble forme le siège d'Uartfeur, poar

lequel il avaït fait de grands préparatifs. Il se croyait assuré du succès ; mais deux fJoHcs , qui devaient le seconder, ayant clé dissipées par les Anglais , et lui -môme ayant été battu' par le duc de Betfort , il fut obligé de se retirer.

Le dauphin Jean était toujours à la cour du coro'c de Rainant, son beau-père Le roi et la reine désiraient également soq retour. Le comte, pressé là-dessus par les messages qu'ils lui envoyèrent, amena son gendre à Compiègne , et dc-là se rendit s~ul à Paris pour conférer avec le roi sur les conditions auxquelles il consentait de lui ramener le dauphin. Mais sYlaut aperçu qu'on avait dessein de l'arrêter , il revint en diligence ii Compiègne où il trouva le jeune prince à l'extrémité. Sa maladie était un abcès à la tcle , qui l'emporta le 5 avril 1 4 1 7 ( N. S. )• Quelques-uns néanmoins , d'après Moustrclcl, prétendent qu'il fut empoisonné, et imputent ce crime au roi de Sicile , beau-père de Charles , comte de Ponlhicu , frère du dauphiu auquel il succéda.

Les galanteries de la reine l'avaient depuis longtems rendue méprisable aux yeux du peuple qui l'appelait ordinairement la grande Gante , dénomination outrageante dont nous rions abstenons de donner l'interprétation. Le roi , son éponx , s'éfait long-tcms aveuglé sur sa conduite. Ce fut le connétable qui, l'an l 4 1 7 , lui dessilla les yeux. Transporté de colère , au récit qu'il lui fit, il vole à Vi urémies où la rciuc était avec ceux qui pissaient pour ses amants. S<ir la route il rencontre le chevalier de Bois-Bourdou , maitre-d'liôtel de îa princesse , qui venait delà quitter. L'ayant laissé passer, il ordonne au prévdt Tann gui du Châtel , qui l'accompagnait , de courir après lui et de l'arrêter. Bois-Bourdon est mis au Chatclct , appliqué à la qu?stion , puis, sur ses aveux, cousu dans un sac de cuir et jeté la nuit dans la 6eine avec cette inscription sur le sac : Laissez passer la justice d'trof. La r?une elle-même: est enlevée, conduite à Blois,vde-là à Tours où, sans être prisonnière , e'Ie est gardée à vue. Pour comble de disgrâce , le dauphin son fils se* saisit des sommes d'argent et des bijoux , fruits de sa rapacité , qu'elle avait déposés en différents lieux. Cet éclat acheva de tout perdre- Les affaires du royaume se trouvent bientôt dans la plus déplorable situation D'un coté le roi d'Angleterre , ayant fait une djscenlc à Toupies, en Normandie, se rend maître de cette place le c) août , oblige Caen à lui ouvrir ses portes dans le mois suivant, et soumet sans efforts la plus grande partie de la province. D'un autre côté le duc de Bourgogne , ayant délivre la reine de sa captivité , l'amène à Troyes où elle* établit sa cour et prend le titre de régciue

<lu royaume pendant l'occupation du roi. Elle avait déjà crée' sur sa route , au mois de novembre , en passant par Chartres , une chambre souveraine à Amiens , pour les bailliages d'Amiens , de Tournai , de Vcrmandois cl de Senlis. A Troyes , elle créa , le 16 février suivant , un nouveau parlement avec une nouvelle chambre des comptes , et fit un nouveau chancelier de France dans la personne d'Eustache de Laistrc. L'an i4'8, la nuit du 28 au 29 mai, l'Ile- Adani, Gui de Bar, bailli d'Auxois, et le sire de Chateiux, partisans du duc du Bourgogne , sont introduits par le quariinier Perrinet dans Pari» , avec huit ceuts hommes d'armes. Appuyés par la populace, ils s'assurent de la ville, s'emparent de la personne du roi, et arrêtent le connétable et le chancelier . avec grand nombre d'autres seigneurs et de bourgeois attachés au dauphin. Tanncgai du Ch;<lel bit heureusement évader ce prince ; tremblant pour ses jours, il court à son hôtel, où il dormait profondément, l'enlève de son lit, et l'emporte enveloppe dans un de ses draps à la Bastille , d'où le lendemain il le conduit à Meluu. Le 12 juin , jour à jamais mémorable , le peuple se livre à la plus barbare fureur contre les Armagnacs ou Orléanais j il assomme les femmes, les vieillards, les enfants, il enfonce les portes des prisons, en tire ceux qu'il y avait renfermés; la cour du palais regorge du sang des plus notables bourgeois, du connétable , du chancelier , de six évêques , d'uu grand nombre de magistral s. Ceux qui étaient renfermés au grand Châlelet, ayant opposé quelque résistance, éprouvèrent encore moins de pitié ; 011 les obligeait de se précipiter eux-mêmes sur des piques que l'on tenait en bas pour les recevoir. De-là ces forcenés se répandent en différents* quartiers où ils massacrent chacun leurs Ennemis personnels de quelque parti qu'ils fussent. On compte plus de trois mille cinq cents personnes qui perdirent la vie pendaut les trois jours que dura le plas graud feu de celte émeute. On les incisait sur le dos en forme de bandes* dit un écrivain du tems, en haine du parti des AimagnacS) qu'on nommait aussi, comme nous l'avons dit, les Pandcs. Le 14 juillet suivant, la reine et le duc de Bour-

fogne arrivent à Paris # où ils sorrt reçus , comme en triomphe, •c 16 du même mois, lettres -patentes du roi, par lesquelles, de l'avis, dit-il, de nostre compaigne la Roy ne , ayant à ce de nous povoir et auctoriié , il révoque et met en sa main tous (Johs tant d'offices et d* états , comme de Terres , «Se*— greur/rs et auties biens , faits par lui, paria reine, ou par autres en son nom. Le 22 du même mois autres lettres de ce prince, parlant en substance ; qu'attendu que tous les oflices de son royaume sont vacants, eu vertu des Içttres-palcnlcs ci-

dessus, de Pavis , dit-il, de nostre chîereet très amêe compaigrte la Hoyne, de no sue très chier et très amè cousin le Duc de Bourgogne t de plusieurs autres de nostre sang et lignage , et autre* de nostre Grand-Conseil, il élit, crée , ordonne, constitue et établit Philippe de Morvillier premier président, et tous les autres magistrats qui doivent composer le nouveau parlement. C'était la reine et le duc de Bourgogne qui parlaient réellement dans ces lettres sous le nom du roi. Ils renouvellent non-seulement le parlement, mais la chambre des comptes et la maison du roi, et s'attachent à ne laisser en place aucun des parisiens de la faction proscrite. Les troupes bourguîgnoncs , nui rôdaient autour de Paris , empêchaient cependant les vivres <T y entrer. La famine ne tarda pas à s'y faire sentir. On trouva le moyen de persuader au peuple que les Armagnacs étaient les auteurs de ce il eau. Il n'eu fallut pas davantage pour renouveler sa fureur. Les massacres recommencèrent, et les prisons regorgèrent encore du sang des malheureux , qu'on v tenait renfermés. C'était le bourreau Capeluche qui commandait cette populace rfïrénée; il ordonnait les exe'cutions ; il dictait ses lois, et ne trouvait point de contradicteurs. Les prisons de Paris étant ainsi vidées , le peuple , dont la rage n'était pas encore assouvie , demande les prisonniers qui étaient à Vincenucs. On les livre, sous promesse qu'ils seront conduits au Chàlelct. Mais avant

3u'ils y arrivent, ils sont mis en pièces. Ce fut dans le cours e ces troubles , qu'un soldat du duc de Bourgogne , sortant d'un cabaret de la rue aux Ours, où il avait perdu son argent , frappa de plusieurs coups de dague une image de la Vierge. Le sacrilège fut saisi , et puni du dernier supplice. Pour conserver Ja mémoire de cet événement, l'usage s'est perpétue de brûler tous les ans , le 3 juillet , dans cette rue , la représentation d'un homme armé d'un poiguard.

Tandis que la capitale est en proie aux horreurs de la famine et de la sédition , tandis que les Anglais continuent leurs conquêtes en Normandie 3 le dauphin Charles , retiré au-delà de la Loire, où grand nombre de gentilshommes l'avaient suivi , n'abandonne pas le soin de l'état. Pour accroître son autorité dans l'opinion publique , il substitue le titre de régent du royaume à celui de lieutenant-général , que son père lui avait donné. En cette qualité il établit par lettres patentes, données le 2 septembre â Niort, une cour souveraine à Poitiers pour l'opposer au nouveau parlement de Paris. Cette cour fut composée en partie des magistrats de l'ancien parlement , qui avaient échappé au carnage, et que ceux de la faction bourguignone avait destitués. Il accueillit de même les membres fugitifc de l'université de Paris ,

7S ClIUONCI.OGlL HISTORIQUE

et les employa pour former celle île Poitiers , qui acquit cle la célébrité.

Le siège de Rouen était alors commence' depuis le 26 août par le roi d'Angleterre, Henri V, cl se poussait avec toute l'ardeur imaginable. Les habitants, quoique traliis par Gui Bouteiller, que le ducdeBourgogne leur avait donne' pour gouverneur, tirent la plus vigoureuse défense pendant cinq mois. A la fin , réduits a la dernière extrémité, ils capitulèrent le i5 janvier 1419 (N. S. ) , et rendirent la place six jours après. Le vainqueur, par la capitulation , s'était réservé un petit nombre de citoyens , pour en disposer à son gré. De ce nombre fut Alain Blanchard, maire de la ville. Lui seul paya pour tous -, Henri eut la cruauté de faire trancher la léte à ce brave homme. Après cette exécution, il fait son entrée daus Rouen , précédé d'un paçe, qui portait au bout d'une lance une queue de renard. C'était, àit-on, l emblème cle la trahison de Gui Bouteiller, qui donuait avis au roi d'Auglcterre de tout ce qui se passait. Le aq mai suivant , entrevue du roi d'Angleterre avec la reine et le cluc de Bourgogne, dans le parc de Meulenl : elle dura trois semaines. On y traita du mariage de madame Catherine avec le monarque anglais , et en apparence des conditions de la paix ; mais dans le secret , si l'on en croit M. de Saint-Foix. Henri et le duc de Boureoçne v concertèrent des mesures pour perdre le dauphin, cl le priver de son droit à la couronne. Au mois de juillet , le dauphin et le duc de Bourgogne se voient près du château de Poilly le Fort , entre Corbeil et Melun , sur le ponceau qui est à une lieue de Mcultm , en droit chemin /le Paris , près de Poilly-le-Fort , disent les actes passés à cette entrevue , qui dura ru moins huit jours , puisque l'un de ces actes est du mardi 4 juillet , et un autre du mardi suivant. Là , ces deux princes se jurent (entre les mains du légat ) de s'aimer comme frères , et de résister en commun à la tlamnnble entreprise des Anglais. Ils se donnent rendez-vous pour une autre entrevue à Montcreau. Elle se fil le 10 septembre (et non le t8 août; sur le pont de la ville entre deux barrières , chacun étant accompagné de dix personnes. Le duc de Bourgogne y fut tué par les gens du d4uphin. Ce ineurlre , qu'on raconte différemment (1) , et qui fut rejeté par l'opinion commune sur le dauphin , mit le comble aux maux de la France. Le dauphin se rend d'abord a Gien j <fc là il passe à Bourges , où il assemble un corps de troupes, pour être en état

(1) Ce meurtre dit W. de Gmdillac 1 e*t raconté »i différemment , qu'oo tic ( eut assurer que le dauphni en ait ëiv complice : mais il serait encoïc plu» difficile de prouver iju il uc i'« p»c\é.

de résister aux efforts d'une mère dénaturée , qui veut l'excluie du trône. 11 parcourt ensuite la France méridionale, pour v affermir sou autorite. Le roi cependant, gouverne par sa vindicative et cruelle épouse, donne une déclaration , portant ordre à, ses sujets de se retirer du service de Charles, son tils, iufracteur d'une paix deux fois consacrée par ses propres serments. Pour rendre plus terribles et plus inévitables les effets de sa haine , Isabelle sollicite le nouveau duc de Bourgogne , Philippe, 'd'unie contre le dauphin leurs rcsseutiuients communs, et ne rougit pas d'implorer l'alliance des Anglais. Rien ne lui fut plus aise que de faire entrer ces deux puissances dans ses vues. Tout c'tant convenu dans un congrès tenu le 17 octobre à Àrras , le roi Charles VI est amené', l'an 1420 , à Troves , où , le ar mai, il fait avec le roi d'Angleterre , Henri V, le traite' le plus infâme et le plus funeste à la France, traite <mi fut enregistre le 5o du même mois au parlement se'unt à Pari), et jure* par les quatre facultés. Deux articles en forment l'essence. Par le premier, Charles donne au monarque anglais s i tille Catherine en mariage; par le second , il le d-claie régent du royaume et hentier.de la couronne de France à l'exclusion de toute autre personne de la famille royale. C'est ainsi que Philippe, duc de Bourgogne , petit-fils du roi Jean, sacrifiait les droits de sa naissance à l'esprit de vengeance , dont il était anime. Mai» son exemple ne séduisit pas les bous français , et la seconde des deux dispositions qu'il avait suggeret s au roi Charles , leur parut trop contraire aux lois fondamentales de la monarchie pour l'adopter. Il e'iait d'ailleurs vissblemenl de'raisonuabie qu'un prince lut capable de donner un royaume qu'il e'tait hors d'état de gouverner. Le roi d'Angleterre, aveugle par son ambition , n'en fut pas moins ardent à poursuivre lVxe'culion de ce traite'. Le 2 juin de la même année , il e'pousc à Troyes la princesse Catherine. Les deux rois , ayant joint ensuite leurs forces, prennent sur le dauphin, Sens, Montcrcau , Meluu, et arrivent le premier dimanche de l'Aveut à Paris, où i)s tiennent séparément leur cour. Le roi d'Angleterre se fait remettre le Louvre, la Bastille et le château de Vinccnncs , ôte le gouvernement de Paris au comte de S. Pol , et le donne au duc de Clareuce. Le 20 décembre , le dauphin , cite' à la table de marbre, y est condamne par contumace , bauni à perpétuité, et déclare' par arrêt du parlement indigne et incapable de succéder à la couronne. Ce lait, quoique atteste' par Moustrelet et par tous les historiens , ue parait néanmoins pas constant. D'ailleurs il faut se ressouvenir que les Bourguignons avaient composé le. parlement de gens de leur faction , après avoir destitue' ou massacre' la plupart des anciens membres de celte compagnie. Le dauphin , toujours occupe à maintenir sa domination dans les

8a CHRONOLOGIE HISTORIQUE

provinces d'oulre-Loire , apprend sa condamnation sans se déconcerter. // en appela, dit un ancien, à Dieu et à son épéc.

L'an Henri V, ayant ruine' son armée par ses conquêtes,

repasse en Angleterre , pour Faire de nouvelles levées. Pendant $on absence, le dauphin reçoit d'Ecosse un secours de sept mille hommes , commandes par le comte de Bucban , fils du duc d'Albanie , régent, ou plutôt tyran de l'iîcossc. Ce général s'élant joint avec ses troupes au maréchal de la Fayette , ils marchent à l'ennemi , et défont , le l'y. mars , à Baugé , dans l'Anjou , le duc de Clarcncc, qui pc'rit dans la mêlée. Le dauphin, pour attacher les Ecossais à son service , choisit parmi eux un certain nombre de braves, dont il forma nue compagnie d'ordonnance, à laquelle il confia la garde de sa personne. La première compagnie des gardes du roi en a retenu le nom de garde écossaise. Henri de retour en France, le lojuin, avec vingt-huit mille hommes, poursuit le dauphin dans la Beaucc et l'Orléanais , et dc-là il passe dans la Brie. Au mois d'octobre , il met le siège devant M eaux , qui ne se rendit qu'au mois de mai l'annc'e suivante. Le bâtard de "V au rus , qui avait défendu avec tant de valeur cette place dont il e'tait gouverneur, est pendu par ses ordres au même arbre où il avait fait brancher tous les Anglais cl les Bourguignons qui étaient tombe's entre ses mains (On appelait cet arbre Yorme de Vaitrus ). Henri tombe malade au commencement d'août de la même année , et meurt le 3i de ce mois à Vincennes , âgé seulement de trente-quatre ans. Il était à la veille de Recueillir le fruit de sa valeur et de ses travaux. Car s'il eût vécu quelques années de plus, il e'tait humainement impossible que la France ne passât toute entière sous sa domination. Mair» quelle domination ! On peut la préjuger par le trait suivant. Le maréchal de l'Ile-Adam, s'étant un jour présenté, vêtu d'une robe de blancgris , devant ce prince , est-ce là la robe d'un maréchal de France ? lui dit Henri. Très cher seigneur, répondit le maréchal , je V ai fait faire pour venir depuis Sens jusquici , et en parlant il regardait le roi avec cet air de liberté si naturel à la nation. —Comment, dit le roi, vous osez regarder un prince au visage ! — Très redouté seigneur, repartit l'Ile- Adam , c'est la guise de France, et si aucun n ose regarder celui à qui il parle> on le tient pour mauvais homme et traitre: eh, pour Dieu ne. vous en déplaise.— Oh bien ce n est pas notre £t/j5e\iulerroiupit brusquement le monarque anglais. Peu de teins après l'Isle-Adam, sous un faux prétexte de trahison, fut conduit à la Bastille, d'où il ne sortit qu'après la mort de Henri; encore fut -il heureux qu'il ne lui arrivât pas plus grand mal : car Henri voulait lui faire couper la tête, et le duc de Bourgogne eut bien de la peine à le sauver à force de sollicitations. (Juvenal des Ursins} La

tnort de ce monarque fut de près suivie de celle du roi Charles VI, arrivée le 9.7. octobre (DucloS; au palais de Saint- Pol. Ce dernier était dans la quarante-troisième année de son règne , et la cinquante-quatrième de son âge. Après son inhumation faite è Saint-Denis , le duc de Betfort , oncle et tuteur du jeune Henri VI , roi d'Angleterre , fit crier par un héraut : Vive Henri de Lancastre , roi d' Angleterre et de France ! Charles eut d'IsABELLE , entr'autrcs enfants , Louis , dauphin , duc de Guienne , né le in janvier i5cy6 (N. S. ), mort sans enfants le 18 décembre i4'5j Jean, dauphin après son frère, né le 5i août 1 3f)8, mort sans enfants le 4 avril 1 4 1 7 (N. S.)j Charles, qui .«uit ; Isabelle mariée, 1' à Richard II, roi d'Angleterre , 2° à Charles , comte d'Angoulêrue , puis duc d'Orléans ; Jeanne , fernme de Jean VI, duc de Bretagne j Marie, religieuse à Poissi; MirKelle mariée à Philippe le Bon, duc de Bourgogne; Catherine, femme de Henri V, roi d'Angleterre, puis d'Owen Tudor, qu'elle fit père du comte de liichmond . dont le fil* Henri devint roi d'Angleterre , et fut le VU* du nom. Malgré la corruption qui s'introduisit en France sous le règne de Charles VI, ce qui fit appeler ce règne, le tombeau des mœurs, malgré les fléaux qui accablèrent ce royaume depuis l'époque de la démence de ce prince , il ne laissa pas d'être chéri du peuple qui lui confirma à ses funérailles le titre de bien-aimê , qu'il lui avait donné lorsqu'il monta sur le trône, tant la bonté et la générosité de son cœur étaient connues , et tant on était persuadé qu'il n'était que l'occasion et non la cause des malheurs publics.

Charles VI supprime quelque fois le jour du mois dans les dates de ses diplômes. Les formules finales de ses lettres- patentes font souvent mention des princes et des seigneurs présents au conseil. Apres que la France eut clé soustraite a l'obédience de Benoit XIII , il ordonna par ses lettres du 22 août 139b, aux. notaires apostoliques de dater leurs actes, ab clectione Domini ultimo in Papam élecli , etc. , et non pas , anno Pomijicalûs Domini etc. Depuis le traité de Troyes , fait entre Charles VI et Henri V, le ai mai 1420 , jusqu'au décès du premier , le chancelier le Clerc faisait mettre au-dessous des lettres qui s'expédiaient à la chancellerie , ces mots : Par le roi , à la relation du roi d'Angleterre , héritier et régent du royaume de France (N. Tr. de Dipt.).

Avant ce règne, le nombre des secrétaires d'étit qu'on nommait notaires secrétaires , ou notaires du secret , n'était pas réglé. Charles VI le fixa à douze , et leur douna des commissions pour signer eu fiuance.

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