‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 11 sur 146 · VI. 1a · texte numérisé non relu

VI. 1a

t)0 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

en recevant de sa main Georges de la Trémoille pour premier ministre , se vérifia l'an 1427. Le nouveau favori supplanta l'ancien et le fit éloigner de la cour. Cette disgrâce dura l'espace d'environ 6 ans , au bout desquels le connétable , avant trouve l'occasion de se venger, ne la manqua pas. L'an 1432, au mois d'octobre , la cour étant à Chinon , il fait enlever nuitamment la Trémoille dans son lit par trois seigneurs bien escortés, mécontents, ainsi que beaucoup d'autres, des hauteurs de ce ministre. Le roi fit d'abord éclater sa juste indignation d'un pareil attentat commis dans son palais et presque sous ses yeux; mais, comme il commençait à se lasser de la Trémoille, il s'appaisa bientôt, et le connétable étant rentré en grâce, continua de rendre des services importants à l'état. Depuis quelque .tems il travaillait à détacher le duc de Bourgogne du parti des Anglais. L'an 1 4*35 , il réussit à lui faire accepter des conférences dans l'abbaye de S. Wast d'Arras. Elles s'ouvrirent le 6 d'août, ce fut la plus auguste assemblée qu'on eût vue depuis long-tems. Tous les princes de la chrétienté y avaient leurs ambassadeurs , le pape et le concile de Bâle chacun leur légat. Les plénipotentiaires des Anglais s'y trouvèrent aussi ; mais ils firent des propositions si déraisonnables qu'on rompit toute négociation avec eux. On traita, malgré leurs intrigues, avec le duc de Bourgogne , auquel on accorda bien des choses qu'on n'aurait point passées dans des tems moins fâcheux. La paix fut enfin conclue avec ce prince et siguée de part et d'autre le 21 sept. {T^qy. Philippe le Bon, duc de Bourgogne et comte de Flandre.) Les Anglais, invités à prendre part à ce traité, n'opposent à l'offre qu'on leur fait Je la Normandie pour la tenir en fief de la France et à d'autres propositions avantageuses , qu'un refus dédaigneux dont ils eurent bientôt lieu de se repentir. Le 3o du même mois , taudis que le maréchal de Rieux leur enlevé la Haute-Normandie , la reine Isabelle meurt à Paris , détestée des Français et méprisée des Anglais. Son corps fut porté par eau, pour éviter les frais, à S. Denis; n'ayant pour tout convoi que quatre personnes. Ce fut l'abbé qui l'inhuma, pas un évêque ne s'étnnt présenté pour faire ses obsèques. Cette princesse , presque aussi décriée pour ses dissolutions que par sa haine contre son fils , avait établi chez elle , du vivant de son époux , un parlement d'amour , compose d'hommes et de femmes. On y voyait un chancelier, des présidents, des présidentes, des conseillers, des conseillères, des avocats , des greffiers , etc. C'était dans ce tribunal ridicule et scandaleux qu'on discutait et qu'où décidait tous les points concernant l'araour, et Dieu sait si l'on s'en tenait à la simple théorie. La mort de la reiue fut suivie de celle du comte d'Arondel, général au*

DES ROIS DE FRANCE. r>r

glais, qui ♦ ayant été battu et pris devant Gerberoi par la Hire et Saintraillcs , périt, comme Achille, d'une blessure] qu'il avaitreçu e au talon dans le combat.

Paris était toujours au pouvoir des Anglais. L'an i436 » le connétable et le comte de Dunois , après divers avantages remportés sur eux, s'approchent de cette capitale , où ils entrent, le i3 avril, à l'aide des bourgeois, qui firent main-basse sur les Anglais. Ceux qui échappèrent, s' étant retirés , avec Wilbi, leur commandant, à la Bastille ils y furent aussitôt investis par le connétable. On les reçut à composition , et ils passèrent à Rouen , avec l'évêque de Térouenne, leur zélé partisan. Charles, ayant appris à Vienne la réduction de Paris, se rend à Tours, où il célèbre, sur la fin de juin, les noces du dauphin Louis, son fils , avec Marguerite d'Ecosse. Au mois d'août suivant , Charles donne un édit par lequel , après avoir dit qu'il avait institué sa cour de parlement à' Poitiers , et qu'il est dans l'intention de la transférer à Paris , où de toute ancienneté elle avait accoutumé d'être , il accorde en dédommagement certains privilèges à la ville de Poitiers. ( Joli, des Offices , vol. 1, p.

La fortune n'était pas toujours contraire aux armes des An-v glais en France. Ils avaient perdu Pontoise , l'an i435 , par l'iudiscrétion de leur commandant. L'an 14^7 ( S. ) * ils le reprennent par un stratagème le jour de Carnaval. Il faisait un froidf extrême , et toute la campagne était couverte de nci^e. Talbot , chef de l'entreprise , ayant fait prendre à ses gens des habits de toile blanche , les avait dispersés çà et là autour de la place, avec ordre de s'avancer en se traînant sur le ventre jusqu'à l'entrée de la nuit. On les prit pour des mottes couvertes de neige. S'étant avancés pendant les ténèbres , ils posèrent sans bruit leurs échelles dans le fossé qui était glacé , et , ayant escaladé les murs sans opposition , ils se répandirent dans la place, qui leur fut abandonnée , par la fuite précipitée de ceux qui étaient chargés de la défendre. La Hire ne fut pas aussi heureux que Talbot, dans une tentative qu'il voulut faire sur Rouen, au moyen des intelligences qu'il y avait pratiquées.

Charles , depuis qu'il était sur le trône , n'avait point encore revu sa capitale. Instruit des grands préparatifs qu'elle faisait pour le recevoir , il voulut mériter ces honneurs par quelque action signalée. Ce fut dans ce dessein qu'il chargea le connétable de faire le siège de Montereau-Faut-Yonne , auquel il se reudit en personne. La ville, après une vigoureuse déiense, fut emportée d'assaut, après quoi le château se rendit par composition, dans le mois a octobre i4^7* £>e U Charles vient à Sainte

ga CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Denis, d'où liant parti le 8, ou, selon d'autres, le 12 novembre, il fait son entrëe solennelle à Paris, accompagné du dauplun , de plusieurs princes et d'un grand nombre de seigneurs. Toutes les rues, sur son passage, étaient garnies de théâtres, où l'on jouait les mystères, suivant l'usage du tems. Le combat des sept péchés capitaux contre les trois vertus théologales et les quatre cardinales , fut le spectacle qui parut le plus original. C'était alors le tems de la grande querelle des pères de fiâle avec le pape Eugène IV. Le concile ayant envoyé au roi do France plusieurs articles aussi opposés aux prétentions ultramontaines , que conformes à l'ancienne doctrine de l'église gallicane , il tient à Bourges, dans la Sainte-Chapelle, le 7 juillet 1438 , une grande assemblée , pu l'on établit la Pragmatique Sanction, que le parlement enregistra le i3 juillet de l'année suivante : « On sait , dit un savant moderne , que cette loi , » célèbre par la contradiction' qu'elle a éprouvée , et à laquelle » on a long- tems donné le nom de Palladium de la France , » rétablissait les élections ecclésiastiques , et abolissait les ré- » serves , les expectatives et les annates » .

Charles VII avait été malheureux par son père -, il le fut encore par son fils , le dauphin Louis , qui lui donna divers chagrins, dont le premier en date fut sa révolte , qui éclata en 1439. Le principal instigateur de cette levée de boucliers, fut le sire de la Trémoillc, auquel se joignirent les ducs de Bourbon et d'Alençon, les comtes de Vendôme et de Dunois, le bâtard de Bourbon , et d'autres seigneurs que le connétable avait indisposés. On donna le nom de Praguerie à cette faction, par allusion à la guerre cruelle que les Hussites de Prague faisaient alors aux Catholiques; guerre dont ont craignait en France de voir retracer l'image dans celle dont on était menacé. Le roi , pour étouffer cet incendie dans sa naissance, se met en marche avec le connétable, l'an i44°> pour le Poitou, d'où il poursuit son fils , qui avait pris la fuite , en Ângoumois, eu Limosin et en Auvergne , où il l'atteint au mois de septembre. Le dauphin et ses complices viennent se jeter aux pieds du monarque , qui leur pardonne. Mais il fallut, dit Jean Chartier , quils eussent tous erdee et rémission ( en forme ) , et en prissent lettres scellées de son grand scel en cire verte. Le bâtard de Bourbon fut la seule victime de cette conjuration. Plus fameux encore

Far ses brigandages, que par les services qu'il avait rendus à état dans la dernière guerre, odieux d'ailleurs à Charles par les efforts qu'il avait faits pour ranimer la ligue des princes , lorsqu'elle était aux abois , il fut arrêté à Bar-sur-Aube , où il était venu plein de confiance trouver le monarque , puis jugé ,

condamne, renfermé dans un sac, et précipite' dans l'eau. Cette même année, le duc d'Orléans, prisonnier en Angleterre depuis vingt-cinq ans , obtient sa liberté, moyennant une rançon de trente-six mille livres sterlings, dont une partie fut généreusement pavée par le duc de Bourgogne.

Encouragé par le succès des premiers essais de sa valeur contre les Anglais , le roi Charles VII ne crut pas devoir en demeurer là. H les délogea, au mois de mai l'an 144* » de Creil , place importante sur l'Oise, après douze jours de siège. Pontoise, qu'il attaqua ensuite , se défendit pendant trois mois , et céda enfin, le 17 juillet suivant, à un assaut où il monta l'un des premiers l'épée a la main. L'an 1442, accompagné du dauphin , il porte la guerre eu Gascogne et en Languedoc , où il enlève plusieurs villes aux Anglais. Mais tandis qu'il est occupé à terrasser les ennemis de la France , le duc d'Orléans , mécontent de n'avoir point de part au gouvernement, excite les princes, et forme une nouvelle cabale. Le duc de Bourgogne, qui avait refusé de prendre part à la précédente, donne tête baissée dans celle-ci. Les conjurés s'assemblent à Nevers, et y publient un manifeste , dans lequel ils allèguent , pour prétexte, la nécessité de réformer les abus, laissant entrevoir les motifs d'intérêt personnel qui les font agir. La sagesse du mo* narque prévient les suites de cette confédération , en promettant aux princes les égards qu'ils peuvent légitimement prétendre, (Voy. les Ducs de Falots.) Cet orage dissipé, le roi et le dauphin continuèrent leurs conquêtes au-delà de la Garonne. Mais, avant transporté avec eux les principales forces du royaume (on comptait dans leur armée jusqu'à quatre-vingt mille chevaux), ils avaient laissé la France septentrionale exposée aux insultes de l'ennemi. Talbot, général anglais, profita de la conjoncture pour investir Dieppe, au mois de novembre i442 * avec une armée de dix mille hommes. Trop faible pour tenir la campagne, tout ce que put faire le comte de Dunois fut de se jeter dans la place. Elle aurait néanmoins succombé, malgré U plus belle défense , si l'on ne fût venu à son secours. Le dauphin acconrut, et la délivra dans le mois d'août 1 44^ > après environ neuf mois de siège. Le roi, dans le même tems , s'était rapproché de la Loire. Etant à Saumur, il rendit, le 11 octobre, un édit par lequel il instituait un «parlement à Toulouse, pour juger sommairement toutes les affaires de Languedoc et du duché de Guienne. C'est le premier démembrement qui ait été fait du parlemeut de Paris. Sa majesté, dans la suite, déclara par ses lettres, du 14 novembre 1454, que les conseillers et les présidents, institués en chacun lieu (de Paris et de Toulouse), doivent être réputés unis, comme faisant un même

parlement , sans souffrir, pour cause de limites d'iceux , avoirentre eux aucune différence***, et voulons , ajoute-t-il , que toutes et quanles fois que aucuns de nos présidents et conseil^ 1er s de notre parlement de Toulouse se trouveront en notre ville de Paris , pour leurs affaires ou autrement , et se présenteront en noire parlement de Paris , pour jr être reçus en leurs dits offices , que ceux de notre dit parlement de Paris soient tenus de les y recevoir* et leur bailler lieu entre eux, selon le tems de leur institution faite à% Toulouse* (Hist* de Languedoc, T. V, pr. p. \,\. )

La France et l'Angleterre, avec des succès fort différents, avaient presque également besoin , pour se refaire, d'une suspension des hostilités. En conséquence, Tan 1 444 * c"cs conclurent à .Tours , le i"juin, une trêve jusqu'au 22 avril i44*>> on convint ensuite de la prolonger jusqu'en i449* Pendaut ce tems de calme , les princes et les seigneurs français s'occupèrent de joutes et d'autres ébattements de celle espèce, pour entretenir l'esprit militaire, et ne point laisser dépérir leur valeur par l'oisiveté. On parle surtout d'un pas d'armes que quatre gentilshommes firent entre Razili et Chinon, dans la Tourainc, et qu'ils cutreprirent de défendre contre tous venants , suivant la mode de ces tems-là. Au milieu d'un carrefour, était une co. lonne sur laquelle il y avait une figure de dragon, qui gardait les armes des quatre chevaliers tenants. On avait posé pour condition de l'entreprise qu'il ne passerait aucune dame ou demoiselle qu'elle ne fut accompagnée d'un chevalier, qui serait tenu de rompre une lance pour l'amour d'elle ; que si quelqu'une venait à passer seule , elle laisserait un gage que les gentilshommes ne seraient point obligés de lui rendre , qu'elle n'eût amené un chevalier pour le racheter par la joute. ( Carreau , Hist. manuscrite de Tours.) Le dauphin, de son côté, à la prière de l'empereur Frédéric III , alla faire la guerre aux Suisses, qu'il obligea de lever le siège de Zurich, après une sanglante bataille gagnée sur eux à Bottelem , près de Bâie, le 26 daoût. Les troupes françaises, après cette expédition , se répandirent en Alsace, 011 elles furent très-mal traitées; de là elles vinrent joindre l'armée du roi, qui faisait alors, en personne, le siège de Metz pour le duc de Lorraine. Cette place résista pendant sept mois , au bout desquels elle se racheta moyennant trois cent mille florins. Le roi, étant à Nanci , donna, le 17 avril, des lettres-patentes, par lesquelles il supprimait, comme trèsindécente et très-scandaleuse , conformément aux décrets du concile de Bâle , la fétc des Foux, qui, de tems immémorial, se célébrait le jour des Innocents et le jour de la Circoncision , en

diverses églises du royaume, et surlout dans la cathédrale et les deux collégiales de Troyes , qu'il nomme dans ces lettres. Cette année 1444 est aussi l'époque de rétablissement de la taille annuelle et perpétuelle , différente des impositions désignées par le même nom, en ce qu'elle était particulièrement et spécialenient affectée au paiement et à l'entretieu des troupes- C'est ici le chef-d'œuvre de la politique do Charles VII, qui s'affranchit par là de la dépendance de ses grands feudataires , en tenant continuellement sur pied une armée capable de les réprimer. Charles, dans le même tems, fit une réforme dans ses troupes* dont il réduisit la cavalerie à quinze compagnies, chacune desquelles était composée de cent hommes d'armes. Or, chaque nomme d'armes , ou gendarme , avait cinq personnes avec lui : trois archers, un coutilicr, ainsi nommé d'une espèce de baïonnette qu'il portait, et un page. Ces six personnes formaient ce qu'on appelait une lauce garnie. Ainsi, les quinze compagnies taisaient ensemble neuf mille hommes, sans y comprendre les volontaires qui s'empressaient de s'agréger à ce corps , tout composé de noblesse , clans l'espérance d'y obtenir , avec le tems , une place de gendarme. Pareille institution pour l'infanterie , sous le litre de francs-archers; on les nommait ainsi, parce qu'ils étaient exempts de tout subside. Une partie servait à pied, et l'autre faisait les fonctions de la cavalerie légère. Dès-lors on vit cesser , dans nos armées , l'usage des bannières et panons, f avec les grandes distinctions des bannerets et des autres chevaliers , parce que la chevalerie ne donna plus de commandement.

L'an i448> les Anglais violent la trêve le 34 mars, par la prise de Fougères, en Bretagne. La cour de France demande satisfaction de cette entreprise, et ne peut l'obtenir : le feu de la guerre se rallume ; la plupart des villes de Normandie , l'année suivante, se soumettent aux Français, les unes par force, les autres par intelligence ou par composition. Les habitants de Rouen reçoivent ceux-ci dans la ville, le 20 octobre; on attaque les Anglais, qui s'étaient retirés dans les forts , qu'ils sont obligés de rendre le 4 novembre suivant. Le roi fait, le 10, son entrée dans Rouen, 0 armé de toutes nièces, monté sur ung coursier » couvert jusqu'aux pieds de velours azuré , semé de fleurs de a lys d'or de brodure. En sa teste, ung chapel de velours vèr- » meil, et avoit une houpe de fil d'or; et après lui , ses paiges » vestus de vermeil , leurs manches toutes couvertes d'orfèvrerie a blanche , portant ses harnois de teste couverts de fin or de » diverses façons d'orfèvrerie, et de plume d'autruche de plu- » sieurs couleurs. » (Alain Chartier.) De là, il va faire le siège d'Harflcur, la première place que Henri V avait prise en Nor-

mnndie Tan i4<5 : elle tint environ six semaines, et capitula le i*r janvier i4$o. Le 1 5, ou le 18 avril suivant , bataille de Formigni, entre Carentan et Bayeux, gagnée par le connétable, à l i léte de trois mille hommes , sur Thomas Kiricl , qui en avait près de six mille, dont trois mille sept cent soixante -quatorze restèrent sur la place, et mille quatre cents furent faits prisonsonniers avec leur général. Celte victoire décisive qe coûta , si Ton en croit Jean Chartier, que huit -hommes aux Français. Enfin, après s'être rendu maître de Caen le ttr juillet, de Falaise le 22, le roi termine la conquête de la Normandie par la prise de Cherbourg, qui lui fut remis le 12 août : c'est ainsi que , dans Pespacc d'un an et six jours , les Anglais perdirent . une belle province , qui leur avait été' offerte, comme on Ta vu, pour condilion de la paix. De Normandie, lè roi conduit son armée victorieuse en Guicnne : elle y fait les mêmes progrès. Bergerac , en Périgord , assiégé dans le mois de septembre ,

Î>ar le vicomte de Limoges , ouvre ses portes aux Français , dans e mois suivant. Le jour de la Toussaint , neuf mille anglais et bordelais ayan* attaqué le sire d'Orval , qui faisait des courses sur le territoire de Bordeaux, avec sept cents chevaux, sont battus , avec perte de mille huit cents hommes , dont trois mille sept cent soixante -quatorze restèrent sur la place , et de mille deux cents , qui furent faits prisonniers. Cet échec des Anglais détermine plusieurs villes a reprendre le joug de la France. L'an 1461, au mois d'avril, le comte de Dunois , étant parti de Tours avec le titre de lieutenant et capitaine-général pour le roi , passe en Guienne , pour achever la réduction de cette proviuce. Tout plie sous l'effort de ses armes. La reddition de Bordeaux et celle de Bayonne couronnèrent celte expédition. La première de ces deux villes se rendit au mois du juin , et l'autre au mois d'août suivant. Le Héraut de Berri ( Hist. Chronol. de Charles VU.) , parlant du siège de Bayonne, raconte un trait singulier, que nous ne pouvons omettre, sans néamoins le garantir. « Un jour, dit-il, peu après le soleil Ie- » vant, que le jour estoit beau et clair, et taisoit fort beau » tems , se demonstra et fut vue au ciel par ceux qui tenoient » ledit siège, par les habitants de ladite cité, et par tous ceux » généralement qui la voulurent voir, nue croix blanche , pa- » roissanl être droitement posée sur ladite cité, et cela durant t> l'espace d'une demi-heure ; et lors les habitants ôterent leurs » bannières et pennons à croix rouges , disant qu'il plaisoit à » Dieu qu'ils fussent François, et portassent la croix blanche ; » et ils se rendirent. » La croix blanche était , de toute ancienneté , l'enseigne des Français , comme la rouge était celle des Anglais.

La France, en i455, fut témoin de la chute d'un favori de la fortune, e'galemcut envie' des uns et estime des autres. Ce» fut Jacques Cœur, argentier du roi . qu'un arrêt, prononce le * 29 mai, précipita du comble de l'opulence, dans l'ignominie et la pauvreté. 11 avait servi, dit un habile moderne , aussi bien le roi dans les finances , que ses meilleurs capitaines par les armes. Ses richesses, qu'il tfvait amassées par un commerce qui «'étendait aux quatre parties du monde , rirent tout sou crime, ajoute le même écrivain , aux yeux des courtisans avides. Ou prononça contre lui la peine de mort, que le roi se contenta de commuer en un bannissement perpétuel. Cet arrêt, néanmoins, lùt-il aussi injuste , et l'innocence de l'accusé fut-elle aussi évidente que le prétend M. Bonami (A/, de C Je. des B, L. T. XX, p. 540 ), c'est ce que nous n'entreprendrons pas de décider. On peut voir les doutes qu'oppose, sur ce point, M. Villaret (Hist. de France, T. VIII, m-4°> p» 240»), aux assertions du l'illustre académicien. Jacques Cœur s'étunt retiré à Rome, le

Sape Calixtc 111 lui donna le commandement d'une partie de la otte qu'il avait armée contre les Turcs. 11 mourut en arrivant à file de Chio , Tan i455.

. Les Auglais, qui, l'an i45a , avaient repris , par intelligence, quelques places eu .Aquitaine, en sont chassés de nouveau, l'an i455 , par les Français, le roi à leur tête. Les deux place* qui firent le plus de résistance, furent celle de Castillon, eu Pc- . rigord , devant laquelle le général Talbot , qui était venu au secours des assiégés, fut tué le 17 juillet, et Bordeaux, qui, ayant Capitulé le 14 octobre, se rendit le 19 du même mois. Le roi fit alors construire deux forts dans cette ville, pour tenir les habitants en respect.

L'an 1454 (N. S. ), au mois d'avril, ordonnance de Montillès-Tours , en cent vingt-cinq articles , dont le cent vingt-troisième porte que , de là en avant , toutes les coutumes du royaume seront écrites et accordées par les praticiens de chaque pays , puis examinées et autorisées par le grand-conseil et le parlement, pour être, dans la suite, observées comme lois, sans qu'on puisse en alléguer d'autres. Mais cette rédaction n'eut point lieu pour lors ; et ne fut entamée que sous le règne du petit-fils de Charles VII.

Le dauphin , en 1446 > avait obtenu du roi , son père , la permission de faire un voyage en Dauphiné, pour voir cette principauté , qu'il regardait comme son apanage , quoique le monarque en conservât le titre , cl en écarLelàt les armes avec celles de France. Mais l'amour de l'indépendance, et la haine qu'il portait aux favoris du roi, et surtout 4 Brczé, son premier mi-

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