‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 12 sur 146 · VI. i · texte numérisé non relu

VI. i

QO 'CHfiONOLOClE HISTORIQUE

nislre , le déterminèrent à s'y fixer. L'an 1 456 > sollicite? de revenir, et voyant Cbabannes , sur son refus, arriver avec une «année en Dauphiné, pour l'y contraindre, il prit le parti de se réfugier en Urabant, sous la protection du duc de Bourgogne. Le roi dit à cette occasion : Le duc de Bourgogne ne connaît pas le dauphin : il nourrit un renard qui, dans la suite , man» çera ses poules. Pendaut cette retraite , qui dura jusqu'à la mort du roi , nous voyons le dauphin résider tautôt à Genap , sur la Dyle (et non pas, comme le dit un moderne, à Genep, eu Bourgogne) , tantôt à Nainur.

Les Français , après avoir chasse les Anglais de presque toutes les places qu ils possédaient en France , s'enhardirent à les aller relancer jusque dans leur île. L'an i4$7 i ayant faitf le 28 août , une descente au port de Sandwich , ils pillèrent cette ville , et s'eu revinrent charges d'un riche butin. Tous les princes <lu sang n'avaient pas néaumoins alors le cœur frauçais. On avait découvert, en 1456, des correspondances dè Jean 11 , duc «i'Alençon, avec lès Anglais, pour les engager à rentrer en Normandie, et leur en faciliter les moyens. Le duc ayant été arrêté, le roi fit travailler à l'instruction de sou procès, qui fut longue, et aboutit, le 10 octobre 1458, à un arrêt de la cour des pairs , qui le condamna à perdre la tête; mais le roi commua cette peine en une prison perpétuelle, qui ne dura toutefois qu'autant que la yie du monarque. (Voy. les Ducs d'Jlençon.)

Quoique dans un âge oùl'on conserve encore de la vigueur, Charles VII commençait dès lors à sentir une diminution considérable de Ees forces. Elle alla toujours, depuis en croissant. Etant à Mehun-sur-Yèvre, en 1461, il y tomba malade , et y mourut le 22 juillet de celte année , après avoir passé sept jours saus boire ni manger, dans la crainte d'être empoisonné, comme un bruit .vrai ou faux l'en menaçait. Cette circonstance , sur laquelle des modernes ont répandu des doutes, est attestée par le continuateur de Moustrelct et le chroniqueur de Saint-Denis, deux auteurs contemporains. Charles était daus la cinquante-neuvième aimée de son âge et la trente-neuvième de son règne. A la mort de ce prince , le brave Danois dit : I\rous avons perdu notre maître , que chacun songe à se pourvoir. Chacun n'y songeait que trop, a Tandis que le peuple, qui ne sait rien dissimuler, » pleurait son père et son ami , personne à la cour n'osait plus » se vanter d'avoir aimé Charles Vil. La crainte de déplaire au » nouveau monarque , dont on connaissait l'esprit ombrageux , » avait glacé tous les cœurs. On n'osait pas même rendre au roi » défunt les derniers devoirs. On négligeait jusqu'au soin de sa

» pompe funèbre. Du Châtel seul s neveu du fameux Tannegui » du Cbàtel ) , indigne de ce lâche abandon , se chargea de tout, » et fit les obsèques à ses frais, a (M. Gaillard.) Le corps fut transporte* à Saint-Denis. Les excellentes qualités de Charles VII, quoique mêlées de quelques défauts, lui assurent un rang parmi lis grands princes; et au titre de Victorieux il eût pu joindre celui Heureux , s'il eût eu une autre mère et un autre fils. Ou rapporte un mot de lui , qui fait voir combien ce prince ai-» mait la vérité, et combien il souffrait de ne pas la rencontrer cinns la bouche de ceux qui approchaient de sa personne. QuJ est-elle devenue , celte vérité , disait* il? il faut nu elle soit morte* et morte sans trouver de confesseur. Charles avait épousé, Fan 142a (et non \^i6), Marie, fille de Louis II d'Anjou , roi fie Sicile, morte le 29 novembre i463, à l'âge de 5g ans. Cette pn'ncesse , la plus respectable de l'univers , le modèle des reines et des épouses , le fit père de douze enfants , dont les pn'ncîpaux sont Louis, qui suit- Charles , duc de Berri,mort duc de Guienne, le 28 mai 1472, sans postérité ; Catherine , première femme de Charles , comte de Charolais ; Yolande , mariée à Amedëc IX , duc de Savoie; Jeanne, duchesse de Bourbon ; Madeleine , femme de Gaston de Foix , prince dç Viane. Charles VII , qui n'aimait point sa femme maigre ses grandes qualités , eut pour maîtresse la fameuse Agnès Sorcl. Celle-ci , qui aimait Pe'tat autant que le roi , retira son amant de l'indolence où il languissait , en lui inspirant les vertus guerrières qu'il fit briller à la tête des armées , ainsi que le zèle qu'il montra pour la re'formc des abus qui rc'gnaicnt daus les différentes parties du gouvernement. Elle mourut en couches à l'abbaye de Jurriègcs , 011 elle c'tait venue trouver le roi après le siège d'Honfleur , le g février 14^0. (N. S.) Agnès, outre l'enfant qu'elle mît au monde en mourant, et qui ne vécut que six mois, lui donna trois filles, Charlotte, mariée à Jacques de Brézé, sénéchal de Normandie , qui , l'avant surprise en adultère à Romicz-lès-Dourdan , la poignarda sur-le-champ* avec Pierre de la Vergne , son amant; Marguerite , femme d'Olivier de Coetivi -, et Jeanne , femme d'Antoine de Beuil , comte de Sancerrc.

Charles VII , à son avènement au trône, trouva le marc d'argent porté jusqu'à 80 livres ; il le réduisit, au mois de novembre 1422, a 8 livres ; il monta ensuite, dans l'année 1426 , à 9 et à onzeliv. L'an 1457, Charles établit une cour des aides pour le Languedoc , le Rouergue , le Querci et la* Guicnne , par une ordonnance donnée à Moutpellier , le 20 avril. Charles Vil est le premier de nos rois qui ait imposé de nouveaux tributs sau*

le concours des états- généraux. Il est aussi le premier qui ait fait fabriquer des jetons d'or et d'argent , pour servir à ses officiers des comptes dans leurs calculs. Les diamants n'ont commencé d'être bien connus que sous Charles VII. On prétend qu'Agnes Sorcl en a porté la première. Ils étaient bruts auparavant , parce qu'on ne savait pas Part de les tailler, et on ne le» employait dans cet état que pour orner les couronnes des roi* rt les reliquaires des saints. Ceux qui restent sur ces monuments jettent si peu d'éclat, qu'on les prendrait pour des morceaux de cristal. On ne connaissait point encore sous ce règne les dentelles en France , et les chemises étaient de serge. On remarque comme une singularité que la reine avait deux chemises de toile. La dot des filles de France , sous ce règne , était fixée à cent mille écus d'or, dont le titre, en 1452, était à ?,5 karats-, et leur taille de 70 i au marc ; par conséquent 100 mille écus font 1418 marcs } , lesquels , à raison de 798 liv. 8 s. 6 den. \ que valait le marc d'or avant la révolution, produisent 1,132,455 liv. 1? s. 10 d. Çj. Les tailles , "sous ce règne, étaient à 1,700,000 livres.

Une lettre de l'empereur Frédéric III à Charles VII montre qu'ils se traitaient réciproquement de sérénité. ( N, Traité de Viplonu , tom. YI , pag. 81).

Jusqu'à Charles VII , le latin était la seule langue dont on donnât des leçons publiques dans l'université de Paris. L'an i458, Grégoire de Tiphcrne , disciple d'Emmanuel Chryso* lore , obtint la permission d'y enseigner le grec. « Il est le pre- 3» mier canal, dit M. Crcvier , par lequel la littérature grecque 3> se soit communiquée à nos contrées lors de la renaissance des » lettres. » L'université , sous le règne de Charles , était composée de 25 mille écoliers : on en comptait 40 mille dans celle de Prague. *

Ce fut sous le règne de Charles VII que les mûriers blancs fureqt apportés en Provence ; mais un siècle s'écoula sans qu'on les employât à nourrir de leurs feuilles les vers à soie.

Charles VII ayant les jambes trop courtes par rapport ù sa taille qui n'était cependant que médiocre , reprit , pour cacher cette difformité , l'habit long tel qu'on le portait sous Philippe de Valois.

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