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5a 2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
dîtait sa retraite , Pavait élu pour remplir ce siège; et l'on voit dans les preuves du Marca liispanica (n. 290) un de ses diplô— « mes où il prend la qualité ftèvéque élu de 7*arragone et de Bnrcelonne. Mais il renonça depuis à son élection. Z 11 ri ta rapporte un autre de ses diplômes qu'il donna étant encore sur le trône , où il s'intitule roi et prêtre» Roderic de Tolède loue sa valeur, sa bonté , sa libéralité , qui fut telle» dit-il , qu'il distribua la plupart de ses terres et châteaux à ses chevaliers.
DONÀ PÈTRONILLA et RAIMOND-BÉRENGER.
1 1^7. Don a Petronilla , fille de Ramirc le Moine et d'Agnès d'Aquitaine, âgée d'environ deux ans , commence à régner sous la tutelle de Raimond-Bérenger IV, comte de'Barcelonue, à qui son père l'avait fiancée. Ruimond gouverne îc royaume sous le titre de prince d'Aragon. L'an 1 i5i, il célèbre son mariage avec Pétronille. L'an 11 55 , le prince d'Aragon profitant de la trêve qu'il venait de conclure avec le roi de Navarre , fait une campagne glorieuse contre les infidèles qu'il chasse de la Catalogne. Pour être en état d'agir contre eux, Raimond , l'an 1 i5y , fait avec les rois de Castille et de Navarre un traité portant que tout ce qui est à la droite du courant de PEbre appartiendra à l'Aragou , sous la coudition de la foi et hommage envers les rois de Castille , au couronnement desquels les rois d'Aragon seront obligés d'assister, tenant l'épée nue à la main. Ces trois princes marchent ensuite contre les Almohades, sur lesquels ils remportent une grande victoire. Raimond se proposait de les pousser vivement, et faisait pour cela de grands préparatifs. Mais, l'an 1 162, la mort l'enleva le 8 août à S. Dalmacc , près de Gènes, dans un voyage qu'il faisait pour se trouver àr une assemblée couvoquée par l'empereur Frédéric à Turin. Guillaume de Neubrige remarque comme une preuve de la rare modestie de Raimond-Bérenger, le refus constant qu'il fit de prendre le titre de roi , même après la mort de son beau-père r malgré les instances que lui firent à ce sujet les états d'Aragon. Il laissa de la reine Pétronille don Alfonse; don Pèdre, dit aussi Raimond -Bereuger ; don Sanche , et dona Douce , mariée à Sanche I , roi de Portugal. La reine Pétronille survécut dix ans à son époux, et mourut à Barcclonne le 18 octobre 1172.
ALFONSE II
1162. Alfoxse II, né l'an n52 , appelé auparavant Raimond, fils de la reine Pétronille, et de Raimond-Bérenger IV, comte de Barcelonne, succède à son père dans le comté de Bar-
des rois d'espagm: (aracon.) 523
lionne, et dans le même tems place par sa mère sur le trône ri' Aragon. Celte ample succession ne remplit pas son ambition. L'an 1 167, il reprend la Provence sur Rainiond V, comte do Toulouse, qui s'en e'tait empare* l'année précédante* après la mort du comte Raimond-Berenger le jeune , cousin d'Alfonse, Mais l'an 1168, il donne ce comte à Pierre, ou Rairnond-Bc— ranger, son] frère, pour le tenir eu commende , et à condition de le lui rendre lorsqu'il en serait requis. L'an 117?., il licrilc du Jloussillnn par le testament du comte Guinard II. (Voyez les comtes de Roussillon). La même année , tandis qu'il poursuit les Almohadcs jusqu'à Xativa , il est rappelé' en Aragon par une irruption qu'y fait le roi de Navarre. Ligue des rois de Castille et d'Aragon contre ce dernier. Le second s'c'tant rendu , l'an I I75'i à Montferrand , en Auvergne , auprès de Henri II , roi d'Angleterre , se réconcilie dans le mois de fe'vrier par sa me'diation avec Raiinond V , comte de Toulouse son ennciui, et devient ensuite le nëgociatcur de la paix entre celui-ci et le monarque anglais. La guerre recommence, l'an 1 179, entre Alfonse et Uaimoud V. Ce qui en faisait le sujet , c'étaient les prétentions du roi d'Aragon sur le comté de Melgueil et le château d'Albaron, posse'de's par le comte de Toulouse , et réciproquement les prétentions de ce dernier sur les domainesdu Rouergue et du Gévaudan , qui étaient entre les mains du premier. Raiinond-Berengcr étant mort l'an 1181, Alfonse dispose de la Provence en faveur de son autre frère (et non sou fils), don Sanchc , pour tenir de même ce comte' en commende. Mais il le lui retira, l'an 1 185 , et lui donna en échange les comtes de Roussillon et de Cerdagne. La même année , au mois de février, il s'ahouchc aux environs du Rhône avec le comte de Toulouse, et là ils conviennent de s'en rapporter sur leurs différents à des arbitres (Vaissète , T. 5 , p. 65 ). L'an 1 it)6 ( 1234 de l'ère d'Espagne J , Alfonse meurt le 25 avril à Perpignan , fort regrette' de ses sujets. Son corps fut inhume au monastère de Poblet , qu'il avait fonde'. Ce prince ne se distingua pas moins par les talents de son esprit, que par ses exploits militaires. Il protégea les troubadours, et lit lui-même plusieurs vers en langue provenic. Alfonse avait e'pouse , i° Mafaldk , filie d'Alfonse I, roi de Portugal, dont il fut sépare' sans en avoir eu d'enfants ;2° le 18 janvier 1174, Sancie, tille d'Alfonse VI 11 , roi de Castille , dont il laissa trois fils et quatre filles. Don Pedre , l'aine des fils , lui succéda au royaume d'Aragon et au comte' de Barcelonne ; don Alfonse, le deuxième, eut en partage la Provence; don Ferdinand, le troisième , se fit moine de Citeaux, et devint abbé de Mont- Aragon. Les filles sont, Constance, mariée i° à Emc'ric, roi de Hongrie , a à Frédéric, roi de Sicile, puis empereur; Ele'ouorc,
5a4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
femme de Raimond VI , comte de Toulouse ; Sancîe, mariée à Baimond \ II , fils du pre'ce'dcnt : on ne counait point la der-» nière ( Troyez Alfonse I , comte de Provence ).
Alfonse II date ses diplômes de son règne sans en marquer les années , et se sert de cette formule , Régnante me. ,
D. PEDRE II.
1196. D. Pedîu II , fils aîné d' Alfonse II , est proclamé roi d'Aragon i Daroca , et possède en nu-inc tems la Catalogne. L'an 1204 , il épouse Marie , fille et héritière de Guillaume , comte de Montpellier. Par une des clauses du contrat de mariage, Pierre s'engagea solennellement à ne jamais répudier Marie , et qui plus est , a n'en jamais épouser aucune autre pendaut sa vie,. 11 fallait que le divorce fut une chose bien commune alors, puisqu'on prenait de telles précautions pour préserver Marie d'un pareil affront. La même année, Pierre se rend à Rome, où il est couronne le 11 novembre , par le pape Innocent III, auquel il s'engage pour lui et pour ses successeurs de paver chaque année un cens de deux cent cinquante doubles. C'est le premier roi d'Aragon qui ait été couronné. Ses prédécesseurs , lorsqu'ils avaient atteint l'âge de vingt-cinq ans , se mariaient, étaient faits chevaliers , et alors ils prenaient le titre de roi. L'an 1212 , D. Pedre se trouve à la bataille gagnée , le iG juillet, sur les Mahométaus. L'an i2i3 , étant allé au secours du comte de Toulouse, il périt , le 1 7 septembre , à la bataille de Muret. Voici ce que son successeur et son fils rapporte de cet événement. « Simon » de Montfort, dit-il, était à Muret, et avait avec lui huit cents d ou mille chevaliers. Le roi, mon père , vint contre lui avec » plusieurs seigneurs de son royaume dont quelques-uns furent v tués dans l'action, les autres prirent la fuite. Don Nu nez -San- » che ( fils du comte de Roussillon ), Guillaume de Moncadc et » quelques autres ne s'y trouvèrent pas : ilsavaient envoyé prier le » roi de les attendre, ce qu'il ne voulut pas faire. Le roi cette nuit » avait couché avec une de ses maîtresses , et il était si fatigué , » que lorsqu'il entendit la messe avant le combat , il ne put de- » raeurer debout duraul l'évangile , et fut obligé de s'asseoir. » Avant la bataille, le roi, mon père, voulut que Simon se rendit » à discrétion , et c'était une condition qu'il exigeait. Simon et » ceux qui étaient avec lui , la trouvant trop dure , eurent rc- » cours au sacrement de pénitence, reçurent le corps de J.-C. * et déclarèrent cju'ils aimaient rairux mourir en rase campagne » que renfermés dans la ville (de Muret). Ils sortirent ensuite « pour livrer bataille. Les troupes du roi ne surent pas bien a se ranger , et autant par leur mauvaise ordonnance que pour.
DES rois d'espagne (aragon.) 5^5
» leurs péchés , elles furent vaincues. Ainsi mourut mon père \ » car c est de celle manière qu'en ont toujours use mes ancêtres )> dans les batailles qu'ils ont données , et que j'en userai dans » celles que je donnerai , vaincre ou mourir ». La reine Marie , qui s'était retirée à Rome pour plaider sa cause conlre le roi qtii voulait faire casser son mariage , y mourut au mois d'avril de la même année , selon D. Vaissètc , et «non pas l'an 1219 comme le marque Ferreras. Le corps du roi fut inhumé au monastère de Siveua, en Aragon. Il ne laissa de son mariage qu'un fils qui lui succéda. Le roi D. Pedre H était à la Heur de son âge lorsqu'il fut tué. Tous les anciens historiens , dit D. Vaissètc , font un grand éloge de ce prince. Il était grand , bien fait , libéral , gracieux, magnifique jusqu'à la prodigalité, et d'une probité à toute épreuve. Il avait donné des marques de sa valeur dans toutes les occasions Le seul défaut qu'on peut lui reprocher . c'est de s être trop livré à son penchant pour les femmes. Ce fut cette passion qui l'engagea à cultiver la poésie provençale , et à proléger les poètes provençaux qu'il aida de ses libéralités.
JAYME, ou JACQUES I, d«t LE CONQUÉRANT.
tai3. Javme , fils de don Pedre II et de la reine Marie, né à Montpellier le premier février 1208, succède à son père. Il était alors depuis l'Age de trois ans, entre les mains de Simon de Montfort, à qui son père l'avait remis pour le faire élever comme son gendre futur. Simon le relient encore près d'un an après la mort de don Pedre. L'an 12 14 » »1 est reconnu dans les états-généraux tenus à Lérida. Parvenu à l'Age de treize ans, on lui fait épouser l'an 122! , doua Eléonoue , fille d'Alfonse, roi de Castille. Mais , Tan i27f), ce mariage est cassé par le concile de Lérida , quoiqu'il en fût né un fils nommé Alfonse , avec lequel sa mère se retira en Castille. Le roi d'Aragon, la même année, porta la guerre dans l'île de Majorque contre les Mahométans sur lesquels il gagna une grande victoire , après quoi il emporta d'assaut la ville de Majorque , le 3i déiEêrobre , et fit prisonnier le roi de Pile avec un de ses fils. L'aimée suivante, i25o, Abuséit, roi de Valence , étant informé d'une conspiration traînée contre lui , quitte son trône, et se retire avec son fils en Aragon , où il est reçu par D. Jayme, et embrasse le Christianisme. Jayme était ami de Sanche VII , roi de Navarre. Ce dernier n'ayant point d'enfants , et se trouvant accablé par le poids des années et des infirmités, se détermina, l'an i23i , à choisir pour son héritier, en l'adoptant pour son fils, le roi d'Aragon, au préjudice de Thibaut, comte de Champagne, son neven, dont il était mécontent. Mais , trois ans après , Jayme renonça généreusement ù ses droits sur
la Navarre eu faveur du comte de Champagne. Après avoir fait la conquête de File de Majorque , il lui restait à faire celle de Miuorque. Mais avant même d'avoir fait celle-ci , il eu était si assuré qu'il échangea les deux îles en ia5i pour le comté dTfrgel , avec l'infant don Pcdre de Portugal. Ce qu'il convoitait avec le plus d'ardeur, était la ville de Valence sur laquelle il avait acquis des droits par la cession qu'Abuséit lui en avait faite. Ses forces n'étant pas suffisantes pour emporter une place de cette importance, il obtint du pape Grégoire IX, en 1233 , la publication d'une croisade, dans laquelle entrèrent à l'envi les seigneurs du Languedoc , des prélats , avec les chevaliers du Temple et de S. Jean. Mais on ne se mit pas sitôt en campagne. Le roi d'Aragon fut occupé d'un différent qu'il avait avec le comte de Roussillon , et de son mariage avec Yolande , fille d'André , roi de Hongrie, cni'il épousa le 8 septembre 1235. Les croisés s'étant enfin réunis en 1257, gagnèrent sur les Maures de Valence une grande bataille où les vainqueurs ne perdirent, dit-on , que trois hommes. L'année suivante ils assiègent Valence dont ils se rendent maîtres , et font une trêve de sept ans avec Zaan , roi de Valence , après qu'il eut abandonné la ville. Mais, l'an 123c), tandis que Jaymc est à Montpellier , ses généraux rompent la trêve par de nouvelles hostilités. 11 en profite à son retour , sans les approuver , pour achever la conquête du royaume de Valence. D. Jaynie s'étant adressé à Bérenger , évêque de Gironne, pour le sacrement de pénitence, crut denuis avoir de fortes preuves qu'il avait révélé sa confession. Pour l'empêcher de récidiver, il lui fit couper la langue en 1246. Le pape Innocent IV ne laissa pas cet attentat impuni. Il fulmina contre le prince une excommunication qui fut levée par ses légats au concile de Lérida , sur les marques publiques de repentir qu'il donna. Les Maures de Valence portaient impatiemment le joug qu'il leur avait imposé. Pour se délivrer des inquiétudes qu'ils lui donnaient , il rendit, le 6 janvier 1248» une ordonnance par laquelle il leur enjoignait de s'expatrier. L'an ia58, il termina le différent qu'il avait depuis long-tcms avec le roi de France , touchant la souveraineté sur la Catalogne et le Roussillon , que Jnyme ou ses pré-r décesseurs avaient usurpée sur cette couronne. Jay me de son côté avait des prétentions sur divers domaines du Languedoc et des pays voisins dont le monarque français était en possession. Le roi d'Aragon ayant envoyé l'évêque de Barcelonne et deux autres plénipotentiaires à Corbeil, où la cour de France était alors, pour y finir cette affaire, ils arrêtèrent, le 1 1 mai, avec le roi Louis IX, les articles suivants: i° Louis céda au roi d'Aragon à perpétuité tous les droits de souveraineté qu'il avait sur les comtés de Bar-i» celoime, d'Urgel, de Bezalu, de Roussillon , dXmpurias, de
DES ROIS d'eSPAGNE (ARAGON.) 5^7
Cerdagne, de Confiant, de Gironne et de Vie. Jayme, à son ton r> céda au roi de France tons les droits qu'il prétendait sur les villes et pays de Carcassonne et Carcassez, de Rasez, de Lauragais, de Termenois , de Bc'ziers, de Menervois, dcFcnouillèdes, dcPierrc- Perluse, dcSault, d'Agde et d'A^adois, d'Albigeois, deRouergue, de <x)uerci , de Narbonnc, de Greze au vicomte' de Ge'vaudan , de Milhau , de ÏSismes, de Toulouse , et du comté de Toulouse, de S. Gillesct enfin sur tous les domaines qui avaient appartenu au feu ilaimoud, comte de Toulouse. Sur quoi l'on peut remarquer, dit l'historien du Languedoc , que Louis IX céda au roi d'Aragon des droits de souveraineté incontestables dont ses prédécesseurs avaient toujours joui sans interruption depuis le règue de Charlemagne ; au lieu que Jayme ne céda à Louis que des droits la plupart chimériques (Voy. les comtes fie fioussillon). L'an 1264, don Javme se concerte avec Alfonse le Sage, roi de Castille , pour faire la guerre aux Maures de l'Espagne méridionale. Mais la difficulté fut d'ohtenir en Aragon des subsides pour celte expédition. La noblesse , après avoir bien disputé , ne consentit d eu accorder qu'aux conditions, i° qu'elle serait exempte du banale ; impôt qu'on levait sur le bétail ; 2° que le grand justicier serait remis dans toute l'autorité que lui accordaient les anciennes lois ; 5° que les charges militaires ne seraient données qu'à des nobles nragonais de naissance. Les deux rois confédérés soumettent , dans les deux années suivantes , la ÎYIurcie , et ce qui restait a conquérir du royaume de Valence. Mais ces conquêtes, par les conventions faites entre eux , furent unies à la couronne de < tille. D. Jayme voulut ensuite aller signaler sa valeur à la Tern- Saintc. S'étant embarqué , l'an 1209, pour cette expédition , il est jeté parla tempête a Aigucs-Mortes, d'où il retourne dans ses états. Ce fut là tout le fruit de son armement. L'an 1274, à l'occasion du concile général indiqué à Lyon , don Jayme se rend en celle ville, assiste à l'ouverture dû concile, et s'en revient fort mécontent du pape, qui refusa de le couronner, à moins qu'il ne promit de payer le tribut auijucl D. Pedre , son père , l'était obligé, pour son royaume, envers l'église romaine. L'an 1275 , Jayme tient à Lérida les états qui déclarent que le sceptre ne sortira jamais de la ligue directe tant qu'il y aura des mâles ; eu conséquence Alfonse , fils de l'infant D. Pedre et de Constance , fille de Mainfroi , est reconnu héritier de la couronne. L'an 1 V17 J, les Maures chassés de Castille où ils avaient fait une irruption , vinrent se jclcr sur l'Aragon, « et desconûrcnt le roy d'Arragon, j» et prindrent moult de prisonniers, et luèrcnt moultde gens, et » prindrent chastcaux et villes ; là fut prins le commandeur du » Temple , et plusieurs autres tant de religion, comme du siècle, » et d'autre peuple grant quantité. Après rassembla le roy d'Ara-
5a8 CHRONOLOGIE HlSTOMQUfc
» gon grants gens d'armes , et desconfit les Sarrasins , el recou* » vra grant partie des chasteaux et de la terre qu'il avait perdu ; » et fut délivrer le commandeur du temple d'Aragon , et plusieurs » autres qui avoient este* prins devant » ( Siuuer , Catal. cod. mis. Bibl. Bern. , T. II , p. 38o ). Mais les Maures de Grenade «'étant révoltés l'année suivante, gagnèrent sur les généraux de D. Jayme une grande bataille près de Luchente. Ce revers , joint à ses infirmités , lui causa un si vif chagrin, qu'il eu tomba malade. Etant à l'extrémité, il prend l'habit de Citeaux, et meurt lé 25 juillet 1276 , après avoir régné environ soixante- trois ans. Son corps tut inhumé dans l'abbaye de Poblet. Jayme fut père d'un grand nombre d'enfants. 11 eut , i* d'ELÉONoRE, fille d'Alfonse IX, roi de Castille, Alfonse, mort l'an 1260; 2e d' Yolande (morte l'an 1261 ) il eut D. Pedre , son successeur dans les royaumes d'Aragon et de Valence; D. Jayme, qui eutavec le litre de roi l'Ile de Majorque, les états de Roussillonet de Montpellier; Sanche , archevêque de Tolède ; Yolande , femme d' Alfonse X, roi de Castille j Isabelle , mariée l'an 1262 , avec Philippe le Hardi, fils et successeur de S. Louis, roi de France; Constance, femme d'Emmanuel , infant de Castilie ; dona Sanche , qui selon quelques auteurs, s'en alla déguisée à Jérusalem où elle servit les pauvres , et mourut saintement j Marie , qui fut religieuse , et Eléonore ; 5* de Thérèse Vidaure , qu'il avait épousée en secret , il eut D. Jayme et I>. Pedre. Jaymc I eut encore deux enfants naturels, D. Ferdinand , que D. Pedre fit jeter dans 1* rivière de Cinga, où il périt, et D. F e mandez. Le roi D. Jaymc I fut sans contredit un des plus vaillants princes de son tems, ayant livré trente-trois batailles aux Maures avec avantage, et couquis sur eux trois royaumes. La religion lui est redevable de plus de mille églises qu'il fit construire , y compris les mosquées qu'il fit consacrer. On l'eût regardé , suivant l'opinion reçue , comme un prince accompli sans le penchant excessif qu'il fit paraître pour les femmes : défaut qui mit le trouble dans sa famille et lui attira souvent des réprimandes de la part des papes à qui on en porta des plaintes.
DON PEDRE III.
1 276. D. Pedre III, fils de Jayme I et d'Yolande, sa deuxième femme , est couronné solennellement avec son épouse , le 27 novembre, dans la cathédrale de Saragosse. Il avait épousé, Tan 1262, Constance , fille de Mainfroi , roi de Sicile , et en verlu de ce mariage il prétendait au royaume de Sicile. L'au 1262, étant sur les côtes d'Afrique avec une flotte considérable destinée, à ce qu'on publiait, contre les Maures, il va faire une
DUS HOIS d'eSPACNE (aRAGON.) 52Q
descente en Sicile , sur la nouvelle du massacre des Français , connu sous le nom de F'ëpres siciliennes. Il y est reçu comme un libérateur, et tous les habitants de celte ile se jettent entre ses bras par la crainte du juste ressentiment de Charles d'Anjou , leur souverain. Il est proclame aussitôt roi de Sicile, et couronne' à Païenne. II entre ensuite dans Messine, et bat la flotte de Charles d'Anjou. Mais le pape Martin IV , français de naissance, indigne' de cette usurpation et de ce qui l'ai 'ail préparée, frappe don Pedrc , le 18 novembre, d'une excommunication qu'il renouvela l'anne'e suivante , le de'clarant en même tems déchu de ses états. Pour l'exécution de cette sentence il (il publier contre lui une croisade , et donna l'investiture du royaume d'Aragon à Charles de Valois, deuxième (ils du roi Philippe le Hardi, lequel étant neveu de L). Pedrc par sa mère Elisabeth , semblait devoir être mieux reçu des seigneurs et du peuple d'Aragon. Martin , en disposant ainsi de ce royaume , se pre'valait de l'hommage que don Pedrc II en avait fait en i ?o,j , lors de son couronne* ment, au pape Innocent III. D. Pcdre III se moqua des foudres d»* Rome, et par de'rision uc prit plus que le titre de chevalier d'Aragon , seigneur de la mer et père de trois rois. Il tint aussi peu de compte du cartel de de'fi que Charles d'Anjou lui donna pour se battre avec lui, le i juin 1285 , à Bordeaux , chacun accompagné de cent chevaliers. Charles, au jour marque, comparut, et passa toute la journée sur le champ clos avec ses chevaliers , à la vue d'une foule innombrable d'étrangers que la nouveauté du spectacle avait attires. Mais Pierre , quoiqu'il eût accepte le défi, ne parut point à Bordeaux, ou, s'il y vint, il n'y resta qu'un moment presque seul et déguise, et repartit aussitôt pour l'Espagne. Philippe le Hardi, roi de Fraucc, se disposait cependant à faire la conquête de PAragon. L'an i 284 * il envoie une armée en Navarre pour être à portée d'agir contre PAragon et la Castillc confédérés ensemble , et l'année suivante il entre luirmêmc , à la lètc de cent mille hommes , eu Catalogne par le Iloussillon f où Jacques, roi de Majorque , frère du roi il \ ;on , lui avait livre passage. Les Français prennent plusieurs places ; mus leur Hotte est battue par Roger de Lauria , amirauté d'Aragon , qui se rend maître de Roses où ils avaient tous leurs magasins de vivres , et fait prisonnier Charles II d'Anjou. La disette et les maladies le?» obligent à se retirer. Philippe meurt à Perpignan, le G octobre dp la même année ia85. D. Pcdre le suit au tombeau le 10 novembre suivant, après avoir reçu à Villefranche de Penadas où il était tombé malade, l'absolution des censures , sans néanmoins renoncer au royaume de Sicile, qu'il transmit par son t< stameut à D. Jaymc , son deuxièinr (ils , laissant la courounc d'Aragon à Alfouse , son aine, D. Pedre eut cu~ VI. 67
53o CHRONOLOGIE niSTOftlQCE
core de la reine , son épouse , Elisabeth , mariée à Dents , roi dé Portugal ; et Yolande qui épousa Robert, fils de Charles II , roi de Naples. La rciue Constance mourut à Barcelonne Van i3oo, ( Voy. le pape Martin IV>)
ALFONSE III
ia85. àlfonse III, fils de D. Pedre III et de Constance t succède à la couronne d'Aragon. Lorsque D. Pedre mourut, Alfonse élait occupé à dépouiller D. Jayme, son oncle, du royaume de Majorque. Après s'être emparé de Majorque, il fait la conquête de File d'ivica , et revient en Espagne où il est couronné à Saragosse le jour de Pâques 1 286. Alfonse enlève cette année l'île de IVlinorqueaux Mahomctans, qui se retirent dans le château de Port- Mahon , et sont forcés d'en sortir l'an 1 287. Alfonse , l'année suivante , le 29 août , rend à Charles ]I d'Anjou la liberté, après l'avoir obligé de renoncer â ses droits sur la Sicile , et de donner ses deux fils en otage pour sûreté du traité conclu à Conflans par la médiation d'Edouard I , roi d'Angleterre. Alfonse relâche aussi les princes de la Cerda , à la sollicitation de quelques seigneurs qui voulaient se venger du roi de Castille , et fait proclamer Alfonse, l'aîné, roi de Castille au commencement de septembre. Cette démarche d' Alfonse III occasionne une guerre entre les rois d'Aragon et de Castille. L'an 1291 , les ministres plénipotentiaires , assemblés à Tarascon , achèvent de régler , au mois de février , les articles d'un traité entre Philippe le Bel , Charles de Valois, Charles II, roi de Naples, et le roi d'Aragon , à l'exclusion de Jay me, roi de Sicile. Alfonse et Charles, roi de Naples v ont une entrevue dans le col de Panisar, et ratifient le traité. Peu de tems après, Alfonse tombe malade à Barcelonne t et meurt le 18 juin, laissant la couronne à son frère. (Foye* Charles II , roi de Naples et de Sicile. )