‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 127 sur 146 · VI · texte numérisé non relu

VI

Cal. mss. Bibl. Bern.) Alfonse, Tan 1276, tient les états-géneraux à Ségovie ; et, de sou consentement, on y déclare héritier de la couronne l'infant D. Sanchc , an préjudice des deux princes, Alfonse et Ferdinand de la Ccrda , fils de Ferdinand et de Blanche. On fondait cette décision sur les lois des Goths, qui, pour la succession, préferaient le droit de la proximité immédiate au droit de la représentation; mais le meilleur droit de D. Sanche fut d'avoir sauvé la Castille. Après avoir déconcerté toutes les mesures des Maures , il venait de conclure avec eux une paix glorieuse. Ces succès lui concilièrent tellement tous les cœurs , qu'on crut ne pouvoir le réedrapeuser dignement qu'en lui assurant la couronne. La reine Yolande , mécontente de l'injustice faite aux enfants de Ferdinand , ses petits- fils , se retire avec eux et Blanche , leur mère, en Aragon. Alfonse, soupçonnant D. Frédéric, son frère, et D. Ruiz de los Canieros, d'avoir favorise cette évasion, les fait périr l'un et l'autre sans forme de procès. Philippe le Hardi, roi dë Frauce , envoie sommer Alfonse de rendre ta dot de Blanche, cl d'assurer le tronc aux eufauts de Ferdinand. Alfonse n'accorde ni l'une ni l'autre de ces demandes. L'an 1278, Yolande retourne auprès de son mari; Blanche se retire en France. (Cette princesse mourut à Paris le 22 juin i320 , et fut inhumée aux Cordelicrs, suivant son épitaphe.) Biais les princes , fils de Blanche , sont retenus en Aragon par le roi D. Pedre III. Trois papes consécutifs, Jean XXI , Nicolas III etMarlin IV, travaillèrent avec zèle, mais sans succès, à terminer la querelle des dcuK monarques. On tinta ce sujet deux congrès, l'un à Bordeaux,

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séquence , il le fait sommer de comparaître devant lui , pour répondre sur ces griefs. D. Jayme ne se sentant pas en état de tenir tète au roi d'Aragon , fit tout son possible , mais inutilement , pour l'apaiser. Le parti était pris de l'écraser ; et le 2.5 mai tic la même année , on vit débarquer à Majorque la (lotte de D. Pèdre , oui s'empara de l'île, malgré les efforts de don Jayme, et le réduisit à chercher son salut dans la fuite. D. Pedre se rendit maître ensuite de Minorque et d'Ivica. Le pape Clément VI s'entremet eu vain pour réconcilier les deux princes. D. Pedre, poursuivant ses succès, entra dans le Roussillon et la Ccrdague à la tête d'une armée , soumit une grande partie de ces pays , et mit le siège devant Perpignan. On vint toutefois à bout d'obtenir de lui une suspension d'armes jusqu'au moi> d'avril i344 •* mais ayant rompu la trêve, il unit, le 29 mars

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l'an 1279 » depuis le ier mars jusqu'au ier juin , en présence des légats du S. siège ; l'autre à Dax en 1280, sous la médiation du prince de Salcrne. Les choses se disposaient en 1282 pour un troisième congrès dont on cspe'rait une meilleure issue. Mais l'infant D. Sanche, las de voir mettre sans cesse en compromis son droit à la succession de son père , et craiguant avec fondement qu'elle ne fût au moins partagée entre lui et les fils de Ferdinand, prit le parti de s'en emparer pour écarter le danger dont il était menacé. A peine eut-il fait éclater cette résolution , qu'Aiionse se vit abandonné de tous ses sujets qui reconnurent son fils pour leur souverain. Le pape Martin IV vint au secours d'Alfonsc avec les armes spirituelles, menaçaut le fils rebelle des censures ecclésiastiques , et déclarant nuls les serments qu'il s'était fait prêter. Alfonse employa de son côté les armes de l'autorité paternelle ; il déshérita Sanche par un acte daté de Séville le 8 no* Tembre 1282, confirma cette exhérédation par un premier testament du 20 avril de l'année suivante , et eufin par un becond du 22 juin 1284- Sa succession, par l'un et l'autre testaments, devait passer aux deux fils de Ferdinand , l'un après l'autre , et à leurs descendants, ou à leur défaut au roi de France , l'intention du tes* fatcur étant qu'en ce cas ses royaumes fussent unis à celui de France pour n'être jamais séparés. Mais les choses changèrent bientôt de face. Sanche effrayé demanda pardon et l'obtint; l'cxhérédaliou fut anuullée, et Alfonsc le notifia au pape le 25 mars 1284» Ce prince décéda le 4 avril suivant, et fut inhumé à la cathédrale de Murcie où l'on voit encore son tombeau. 11 avait

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j344> Par un ac*e solennel, le royaume de Majorque , aveç tout le reste des états de D. Jaymo, à la couronne d'Aragon. Il entre après cela dans le Roussillon , et continue la conquête du pays. Tandis qu'il est occupé au siège d'Elne , l'infortuné D. Jayme , abandonné de presque tout le monde , vient se mettre à sa discrétion ; mais D. Pcdre lui impose des conditions si dures , qu'il aime mieux tout risquer que de s'y soumettre. 11 se retire; et ayant trouvé des amis en Cerdagnc, il y fait quelques conquêtes, qu il abandonne presque aussitôt par l'impuissance où il est de les conserver. Dénué de tout , il se rendit, sur la fin de novembre i344> auprès du comte deFoix , Gaston-Phébus, qui le reçoit généreusement, et lui fournit quelques secours, mais trop faibles pour le mettre en état de tenir la campagne. Le pape Clément VI, qu'il va touver ensuite , s'intéresse encore

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eu d'Yolande, son épouse, cinq fils , Ferdinand dont on vient déparier, Sanche qui suit; D. Juan, marie', Tan 1280, à la fille du marquis de Montferratj D. Pedre, allie la même annoe à Marguerite, fille d'Aymeri VI, vicomte de Narbonnc, et mort Tan 1^83 , laissant de sa femme un fils nomme* Sanche; et don Jayme. Alfonse, avant son mariage, avait eu de Marie-Guillemetc une fille nomme'c dona Béatrix , mariée avec Alfonse III, roi de Portugal : il eut encore d'une autre maîtresse Alfonse le jeune, etc. La reine Yolaude mourut, Tan i3oo, à Ronccvaux , nu retour de Rome où elle était alle'e à l'occasion du jubile'. Alfonse X e'tait savant et fort habile , pour son tems, en astronomie. Ses Tables alfonsines , imaginées par lui et dressées à grands frais par des juifs de Tolède, lui ont acquis plus de gloire que ses combats. On montre encore aujourd'hui dans l'Alcasar ou Je palais de Ségovie , la chambre où il faisait ses observations dans le ciel , et le cabinet où il les rédigeait. Alfonse se mêlait aussi de poésie. On conserve dans la bibliothèque de TEscurial nn manuscrit qui contient de ses Cantigas , ou Cantiques, en langue portugaise , sur les miracles de N. S. et de la Ste. Vierge , et la musique y est notée. Les ornements dont est décoré ce manuscrit sont si recherchés, qu'il paraît que c'était l'original, d'autant plus que le texte est accompagné dénotes qu'on dit être de la main de ce prince. (Terreros y Pando, Paleogr. Espaj.oîn). Son recueil de lois , nommé Las siete partiras , auquel il mit la dernière main, prouve qu'il veillait sur la justice comme sur les lettres. Ce fut sous son régne , l'an 1283, que les états ,

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pour lui , et trouve le roi d'Aragon toujours inexorable. Il ne reste à D. Jayme que son courage qui , loin de lui manquer , s emble s'accroître au milieu des adversités. Il cherche du secours parmi la noblesse de France ; et plusieurs seigneurs lui ayant offert leurs services , il tente de nouveau le sort des armes , pour lâcher de reconquérir ses domaines : mais le roi de France , ouvertement déclaré pour le roi d'Aragon, fait défense à tous ses sujets de rien entreprendre contre ce prince. Cette défense ayant eu peu d'effet, le monarque la fit renouveler le 5o mars i347 i cc oui n'empêcha pas D. Jayme d'entrer , au mois de juin suivant, dans le Confiant et le Roussillon , à la tête d'une armée composée de ses sujets de France , et de plusieurs autres français , avec laquelle il soumit le Confiant ; mais cette conquête fut aussi peu solide que les précédentes. Le roi d'Aragon vint dans le

assemblés à Ségovre , supprimèrent l'ère de Jules César, et adoptèrent celle de J. C. Ii avait ordonne*, l'an 1260, d'écrire en langue vulgaire tous les actes publics. Roderic Sanche , dan6 son histoire d'Espagne, 1. 4 , c. 5 » assure, d'après d'anciennes annales , dit-il , que ce prince avait coutume de dire que s'il avait été admis à la création du monde, il aurait mieux arrangé certaines choses que Dieu n'avait fait. Ce discours ne doit point être pris au sérieux. Qui ne voit en effet que c'est une plaisanterie d'Alfonse qui voulait par là tourner en ridicule les systèmes absurdes imaginés par les astronomes de son tems sur l'ordre établi dans l'univers ? Ce mo'narque , qu'on avait osé taxer d'irréligion , avait Ju quatorze fois la Bible avec ses gloses , et l'avait traduite en espagnol. ^

SANCHE IV, dit LE GRAND.

1284. Sanche IV. fils d'Alfonse X et d'Yolande, né le i5 mai 1 358 , est couronné à Tolède avec Marie de Moi ïna, sa deuxième femme et sa proche parente. 11 avait épousé en premières noces, par contrat daté de l'ère d'Espagne i5o8 (de J. C. 1 270 ), Gujixemike , fille de Gaston VJI , vicomte de Béarn (Spicil. T. 8, p. 24'*j). L'an 1287 , le roi Philippe le Bel , successeur de Philippe le Hardi, sonpère, reprit l'affaire des enfants de D. Fer- clinana et de dona Blanche, leurmèrc. Les fils deectte princesse, retirés en France , étaient toujours retenus par le roi d'Aragon qui refusait de les rendre. Sanche , intimidé par les menaces du

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pays , et tout rentra sôus son obéissance. Enfin l'an i549> ^on Jayme s'élant rencontré avec le roi de France à la cour d'Avignon , il vend à ce monarque , le 18 avril , pour cent vingt mille t'eus d'or la seigneurie de Montpellier et celle de Lates , les seuls domaines (rai lui restaient. Avec cette somme , il équipe une flotte, et va tenter une descente dans l'ile de Majorque. Il y trouve l'armée du roi d'Aragon préparée à le recevoir. Elle vient à sa rencontre, sous les ordres du gouverneur de l'ile, qui livre bataille à D. Jayme le a5 octobre i3^<). L'armée du roi de Majorque est entièrement défaite ; et ce prince après avoir fait des prodiges de valeur , succombe sous les efforts de ses ennemis , et meurt couvert de blessures. Le jeune D. Jayme , son fils , est fait prisonnier , et conduit au roi d'Aragon , son oncle, qui le retint douze ans dans une espèce de captivité. Ainsi

monarque fiançais, consentit à un nouveau congrès qui se tînt à Lyon. Ses plénipotentiaires et ceux du roi de France, y signèrent, le i3 juillet 1289, un traité par lequel Manche cédait aux fils de Ferdinand le royaume de Murcie pour eux et leurs descendants, sans aucune réserve d'hommage , de souveraineté, ui de ressort. Mais les deux princes ayant refusé de ratifier le traité, sans doute perce que le roi d'Aragon (Alfonse 111 ), alors l'ennemi de Sanche, les en détourna, les choses restèrent dans le premier état. L'an 1 290 , Jousouf , roi de Maroc, se trouvant à Algèzire dans l'Andalousie , envoie demander au roi Sanche s'il veut la paix ou la gurrre. Sanche répond qu'il tient son pain d'une main et un bâton de l'autre. Jousouf, prenant celte réponse pouruue insulte, lui déclare la guerra. La flotte musulmane est battue par celle de CasLille renforcée ots vaisseaux que Sanche avait obtenus des Génois. Les hostilités languirent les deux année suivantes. Mais, Tan 129?., elles se ranimèrent à l'occasion de la rupture de D. Juan avec le roi , son frère. Par un codicille d'Alfonse , leur père, 1). Juan devait hériter du royaume deSévillc. Apres l'avoir longtems et inutilementdcmandé à Sanche, il passe en Afrique auprès du roide Maroc, qui lui fournit des troupes pour faire la guerre à son frère. Les Africains , sous la conduite de ceprinec , assiègent TarifFc que Sanche leur avait enlevée l'année précédente ; mais ils échouent devant cette place, par la brave défense du gouverneur Alonso Guzinan de Ferez , dont le fils, étant tombé pendant le siège entre les mains des ennemis , fut égorgé sous les murs de la ville , le père ayant mieux aimé le laisser périr que de man-

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finit, dans la personne de Jayme II, là branche des rois de Majorque, seigneurs de Montpellier, de la maison d'Aragon. Ce prince , dit don Vaissète , se rendit célèbre par son amour pour la justice , et par plusieurs autres vertus. Nous avous de lui un recueil de lois palatines dressé en i337, pour le gouvernement de sa maison. Il aurait sans doute évité une catastrophe aussi funeste si, à l'exemple de ses prédécesseurs , il fut demeure toujours uni au roi de France , et s'il n'eût voulu disputer , par une vanité mal entendue , à Philippe de Valois , l'autorité sonverainc sur Montpellier. Il laissa de Constance, sa première femme (morte l'an 1D46, outre D. Jayme, une fille nommée Isabelle : il ne paraît pas qu'il ait eu des enfants dToLANDE , sa deuxième femme. D. Jayme . fils de Jayme II , épousa , l'an i:K>2 , Jeanne, reine de Kaples. Isabelle deviut femme d*

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tmer, en le rachetant , au devoir de la fidélité ( M. Cardonne \ L'an 129^, Sanche meurt , d'une maladie de langueur , âgé de trente-six ans , à Tolède , le 25 avril , après avoir institue' son héritier l'infant D. Fcrdinaud, son fils aine' , sous la tutelle et la régence de la reine Marie. Sanche eut d'autres enfants de celle princesse, savoir: D. Alfonse, mort avantlui; D. Ilenrij D. Pcdrc; D. Philippe; et deux infantes, Elisabeth , ou Isabelle , mariée à Burgos, l'an i5io , à Jean III , duc de Bretagne ; et Béatrix , qui épousa, l'an i3oc), Alfonse IV, roi de Portugal. Le mariage de Sanche avec Marie, dont la validité avait été contestée à cause de la parenté an troisième degré , fut confirmé, après sa mort , par BonifaceVIII , et les enfants qui en étaient nés furent déclaré» légitimes par une bulle du 6 septembre i3oi.

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