‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 133 sur 146 · PHILIPPE II · texte numérisé non relu

PHILIPPE II

L'an i556, le 17 janvier, Ptiilippf. II, fils de Charles Itr et d'Elisabeth de Portugal, ne à Valladolid le ai mai 1627, monta sur le trône d'Espagne après la cession de Charles son père. Il épousa, le 9.5 juillet 1 554 » Marie, reine d'Angleterre, fille de Henri VIII et de Catherine d'Aragon. Il passe dans cette île, l'an 1 55?, pour engager son e'pousc à déclarer la guerre à la France. De là il vient en Flandre , où ses troupes , commandées par le duc de Savoie , gagnent , le io août, la célèbre bataille de Saint-Quentin , à laquelle le roi ne se trouva pas. La ville fat emportée d'assaut, le 9.7 du même mois , sous les yeux de Philippe qui parut armé dans cette expédition pour encourager le soldat. C est la seule lois où il ait été vu chargé de cet attirail militaire. L'an 1 558 , nouvelle victoire de Philippe, gagnée, le i5 juillet , par le comte d'Egmnnt, son général , sur les Français , devant Gravelincs. Philippe ne sut tirer ni de l'une ni de l'autre tout le profil qu'il avait lieu d'en espérer : elles lui procurèrent néanmoins un assez grand avantage par le traité de paix signé, le 3 avril i55t), à Cateau-Camhrcsis. ( Voje z Henri II, roi do, France* ) Philippe , la même année , donne le gouverne^ ment des Pays-Has à sa sœur Marguerite , duchesse de Parme; ce qui indispose le prince d'Orange et le comte d'Egmont,qui Aspiraient à cette dignité- Philippe apprenant que l'hérésie a pénétré dans l'Espagne fait expédier des ordres d'employer proinptement les voies de rigueur pour la bannir de ce royaume. L'inquisition se saisit de plusieurs sectaires , parmi lesquels se trouvaient Augustin Cacatla , prédicateur de Chârics-Quint , et les fait brûler au nombre de trente. Philippe , étant arrivé de Flandre sur la fin d'août^ demande que cette scène affreuse , nommée X Aulo-da-fê > se renouvelle en sa présence. Quarante malheureux sont conduits au bûcher , par ordre du grand inquisiteur , aux yeux de ce prince et de toute sa cour. En passant devant lui, un d'entre eux lui demande grâce par trois cris re-

doubles. Périsse toi et tes semblables, lui répond l'impitoyable Philippe ! quand ce serait won fils , je le livrerais aux flammes s'il était hérétique. Les délateurs en cette matière font attaquer le célèbre Bartliclmi Caranza , dominicain, archevêque de Tolède. Il avait assiste' dans ses derniers moments Chai lès-Quint qu'on soupçonnait fort gratuitement être mort dans les sentiments de Luther. Il n'en fallut pas davantage pour rendre suspecte la religion du prélat. Deux évèques sont chargea de l'amener aux prisons du saint-office. Sur la route , il dit : Je marche entre mon meilleur ami et mon plus grand ennemi. Les deux évèqucs paraissant émus de ce discours , je vois , messieurs , leur dit-il , que vous ne m'entendez pas. Mon meilleur ami , c'est mon innocente ; mon plus grand ennemi , c'est l' archevêché de Tolède. Des prisons d'Espagne, il fut transféré, Tan i566, dans celles de Rome, d'où étant sorti au bout de neuf ans , après un jugement du pape qui le suspendait de ses fonctions pour cinq ans, il mourut , le 2 mai i5/6 , au couvent de la Minerve , qu'on lui avait assigné pour sa retraite.

La cour d'Espagne avait fait , jusqu'au commencement du règne de Philippe, sa résidence à Tolède. L'an i5Go, il la transfère à Madrid , qui devient alors la capitale de l'Espagne. Le palais qu'il y fit élever fut admiré des Espagnols ; mais c'était peu de chose eu comparaison d'une autre entreprise de même genre qu'il exécuta quelques années après. Lis par un vœu qu'il avait fait pendant la bataille de Saint-Quentin , de fonder , s'il obtenait la victoire , un couvent pour deux cents hyéronymitcs , il se mit en devoir , l'an r565 , de remplir cet engagement. Mais comme l'événement avait surpassé son attente , il se piqua de faire aussi plus qu'il n'avait promis. Ayant appelé J. B. Monnegro , le plus habile architecte d'Lspagne, il le chargea de bâtir au lieu dit l'Lsc «mal , village situé à dix lieues (et non pas sept) de Madrid, suivant l'idée qu'il avait conçue , ron un monastère, mais un palais , ou plutôt l'un et l'autre - et ses vues furent parfaitement remplies après vin^t ans de travaux. Ce superbe édifice , la huitième merveille du monde suivant les Espagnols, où le roi et la reine ont leur logement avec toute leur cour , est construit en forme de gril , pour rappeler la mémoire du martyre de S. tint - Laurent dont la fête tomba le jour de la bataille de Saiut-Quenf in. On ne sait pas si Philippe avait pareillement fait vœu d'exterminer les hérétiques dans tous se* éîats ; mais il se comporta à leur égard comme s'il l'eût réellement fait. Le onverneur de Milan l'ayant informé qu'il en avait découvert ans une vallée du Piémont , voisine du Milanais, reçut ordre de les faire périr tous par le gibet ; ce qui fut exécuté. Il purgea

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tîe même , en 1 56i , par !c fer et le feu le royaume de Naples du Calvinisme qui s'y e'tait introduit. La princesse Marguerite, gouvernante des Pays-Bas , n'y trouva pas les mêmes facilités pour l'exécution d'nn édit de Philippe, qu'elle fit publier, en i565 9 contre les nouveaux sectaires. Elle occasionna par là une révolte -qui éclata l'année suivante , et produisit, au milieu des plus terribles exécutions et des guerres les plus sanglantes et les plus acharnées , un nouvel état libre et indépendant de TEspagne- { Voyez la Chronologie historique des gouverneurs etgouver* vantes des Pays-Ras , et la Hollande en république. )

L'inflexible et cruelle sévérité de Philippe lui suscita des en- Yiemis nnn-sculement parmi ses peuples , mais dans le sein même de sa propre famille. L'infant D. Carlos , son fils, las des. rigueurs qu'il exerçait à son égard , entretenait des correspondances avec les rebelles des Pays-Bas, e,t songeait à s'évader pour aller se mettre à leur tête. Le roi, soupçonnant son dessein, va le surprendre dans sou lit le 18 janvier i568, saisit ses papiers qui déposent évidemment contre lui, et le fait mettre en prison. Le jeune prince y meurt, le 34 juillet suivant , à l'âge de vingt-trois aus , six mois et seize jonrs , pour avoir mangé.avec excès , disent le6 écrivains espagnols , après une longue abstinence. 11 fut enterré à l'Escuriaï. Quoique héritier présomptif de la couronne , et fils unique alors , il fut peu regretté, parce que la hauteur et la violence de son caractère faisaient craindre qu'il ne retraçât une partie des vices de son père dans le gouvernement. Sa mort fut de près suivie de celle de la reine Elisabeth, sa belle- mère* décédée le à octobre de ta m<1me année, dans le cours d'une grossesse. Les ennemis de Philippe n'ont pas manqué de charger sa mémoire de ces deux événements , et en donnent pour motif la jalousie , parte que l'infant qui devait épouser Elisabeth avant que son père la prit pour lui-même , continua depuis de l'aimer et d'en être aimé. Philippe , l'anuée suivante , signala son amour pour les lettres par la bible polyglotte qui fut imprimée à Anvers, eu huit volumes in-folio , par ses ordres et à ses dépens : c'est un des plus beaux monuments de son règne.

Le même zèle qui animait Philippe à la poursuite des hérétiques , ne lui permit pas de laisser vivre en paix les Maurisques , ou Chrétiens maures d'Espagne, tout occupés qu'ils fussent à faire fleurir l'agriculture , le commerce et les arts dans les contrées qu'ils habitaient. Des édits qu'il fit publier contre eux à Grenade en 1 565 , sur quelques soupçons louchant leur créance, donnèrent lieu à des remontrances multipliées de leur part , oui furent toujours rejetées avec dédain. Le. parti était pris de le»

DES ROIS D'ESPAGNE (CASTILLE ET ARAGON.) 5qT)

pousser à bout. Irrités de l'inflexibilité de ce prince , ils arborèrent, en 1569 , l'étendard de la révolte. On peut voir cet événement et ses suites bien détaillés dans M de Thou. Les hostilités cessèrent , Tan 1571 , par la fuite d'une partie des rebelles , qui passa en Afrique , et la soumission des autres , après les plus grandes atrocités commises des deux côtés dans le cours de cette espèce de guerre civile.

Tandis que Philippe était occupé à réprimer cette révolte ea Espagne, ses vaisseaux faisaient au loin des conquêtes dans l'Archipel, au-delà du Gange. L'île de Luçon, ou de Marîella , avec la multitude de celles qui l'avoisiuent , tomba sous la puissance , et le nom collectif de Philippines qu'on leur donna, transmit à la postérité' celui du monarque sous lequel elles furent conquises.

Philippe , infatigable au travail , donnait une attention conti* nuellc aux besoins de toutes les parties de ses vastes états. Nou content de veiller du fond de son cabinet sur l'Espagne , il entreprit, Tan 1576, de la parcourir. Sa présence fut salutaire À tous les lieux qu'il visita. Il rendit partout uue exacte justice , écouta les plamtes qui lui furent portées , et réforma les abus. Pour détruire l'antipathie qui régnait entre les différentes provinces > il engagea les familles les plus considérables , doot l'exemple fomentait ce levaiu Je discorde , à s'allier eutre elles par de» mariages. Les troubles continuaient toujours dans une partie des Pays-Bas. D. Louis de Kcquesens, qui les gouvernait depuis 1574 , ne négligeait cependant rien pour faire oublier les cruautés du duc d'A'be , son prédécesseur , et il commençait à y réussir lorsque la mort l'enleva, le 5 mars 1576, à Bruxelles. Le roi nomme à sa place D. Juan, son frère naturel , déjà célèbre par la bataille de Lépante , gngnée le 7 octobre 1 57 1 , contre les Turcs ,et par d'autres avantages remportés sur ces infidèles et sur les Maures. Le nouveau gouverneur s'applique à ramener les esprits J>ar la douceur et par des procédés généreux j mais {'ambition de Guillaume de Nassau , qui voulait profiter des troubles pour se rendre maître des Pays-Bas , fait échouer les desseins pacifiques du prince espagnol. L'an 1578 , sur la fin de janvier, bataille de Gcmblours , gagnée par D. Juin sur les rebelles , dont six mille restent sur le champ de bataille. Cette victoire, dit Ferréras, fut d'autant plus remarquable > qu'elle ne coûta la vie qu'à deux soldats espagnols. Le 7 octobre suivant , D. Juan est emporté par une fièvre maligne à l'âge de trente-un ans. Les ennemis de Philippe ont encore accusé ce monarque de l'avoir fait empoisonner par jalousie pour ses talents , et dans la crainte qu'il n'épousât Elisabeth , reine d'Angleterre. La mort de D. Jlenri, roi de Portugal , dignité à laquelle il joignait ctlits d'ar-

chcvêqnc et de cardinal , réveilla , Tan 1 5i>o , l'ambition du d'Espagne, son neveu, qui se prétendait son légitime héritier. Pour remplir ses vues, il lira le duc d'Albe de la prison d'Uzeda, où il l'avait fait renfermer pour quelque mécoutcnlexnent. C'était le général qu'il destinait pour aller s'opposer aux efforts de D* Antoine de Crato , son compétiteur. On fut étonné de ce choix , quoique très-judicieux; parce que sous Philippe II , presque toujours les disgrâces étaient sans retour Un ministre charge' d'envoyer au duc sa lettre de rappel , ose dire au roi : Fallaitil aller chercher un sujet enchaîné pour lui remettre le commandement de vos armées ? Ce Philippe , tout despotique qu'il est , ne fait que sourire à ce propos , sans penser à réprimer ce qu'il avait d'imprudent. Le duc répondit parfaitement à l'attente de son maître. Après avoir défait D. Antoine, le a5 août, il se rend à Lisbonne, et fait prêter serment de fidélité au nom de Philippe. (Voyez les rois de Portugal.)

L'acquisition que fit le roi Philippe d'un nouveau royaume, fut de près suivie de la perte d'une portion à peu près égale de son patrimoine. L'an i5oi , les rebelles des Pays-Bas, après une assemblée , tenue le 26 juillet , publient un édit par lequel ils renoncent à l'obéissauce de Philippe; en conséquence, les statues de ce prince sont renversées , et son sceau est rompu. Cet édit peut être regardé comme le litre fondamental de la république de Hollande. L'an 1 5$2, le duc d'Albe meurt le 1 2 janvier entre les bras de son maître , à l'âge de soixante-quatorze ans. Ferdinand Alvarès de Tolède (c'était son vrai nom) réunissait , dit un moderne, de grands talents, de grands défauts, de grands vices, et de grandes vertus. Rarement faisait-il ce qu'il paraissait projeter; et s'il était soupçonné d'habileté, toute sa finesse était de n'en plus avoir. Un extérieur tranquille et serein dérobait les agitations de son aine ; les circonstances faisaient naître ses projets , la prudence les disposait , le teuts les mûrissait , et son infatigable constance en assurait le succès. Qu'on joigne à ces qualités tous les talents militaires, et un attachement souvent éprouvé à son maître, on aura la moitié du duc d'Albe. Qui voudra le connaître tout entier , doit trouver en lui la fierté de sa nation, une sévérité souvent cruelle , une inflexibilité que les conseils et la force essayaient inutilement de vaiucre.

Sixte V ayant été élevé sur le saint siège Tan i585 , Philippe , l'année suivante , lui envoya le connétable de Castille pour le complimenter sur son exaltation. Le pape , voyant un jeune homme , lui dit : %h quoi! votre maure manque-l-il donc de sujets pour m? envoyer un ambassadeur sans barbe! « Si mon » maître , répond le fier espagnol , eût cru que la barbe fit le

bi s nois d'espàcne (castille auagon.) 601

mérite, i! vous aurait envoyé* un bouc, et non un gentil- )» homme comme moi. » L'an i588, Philippe envoie , contre l'Angleterre , une flotte de cent trente vaisseaux , sous le commandement du duc de Médina- Sidonia : on Pavait nommée tV avance L' Invincible ; l'événement démentit ce litre prématuré' : elle fut dispersée par la tempête ; grand nombre de vaisseaux périrent , quelques-uns tombèrent entre les mains des Anglais , et le reste se retira honteusement en Espagne : cette expédition ruina la marine d'Espagne. Philippe reçut avec un air tranquille la nouvelle d'un évéuement aussi fâcheux : T avais envoyé ma flotte , dit-il froidement, pour combattre les Anglais, mais non pas les éléments ; la volonté de Dieu soit faite.

On a parle ci -devant de l'influence que Philippe eut dans les troubles qu'excita la fameuse ligue en France, sous les règnes de Henri 111 et Henri IV. Son but était , comme on Ta dit , d'envahir la couronne de France , après la mort du premier de ces deut monarques. Biais Henri IV, en allant à la messe, lui lit perdre en un quart d'heure tout le fruit de ses longues et noires intrigues.

L'an 1 591 , Antonio Pérez , ministre disgracie' de Philippe, excite une re'volte en Aragon ; elle est apaisc'e par le supplice des chefs. Pe'rez s'e'chappe , et se retire en France , où il mourut Pan 1611. Philippe, l'an 1598 , passe à l'autre vie le 1 3 septembre , dans la soixautc-douzième année de son âge , et la quarante-troisième de son rèp;ne , depuis l'abdication de son pere. Diverses maladies , fruit de ses débauches , lui rendirent le passage difficile 'y il reçut quatorze fois les derniers sacrements avant d'expirer. Ce prince avait épouse', en i543, le i5 novembre ? Marie de.Portuoal , sa cousine germaine , fille de D. Ji*eu III et de Catherine. Marie mourut, l'an i545, quatre jours après avoir mis au monde l'infant D. Carlos , né le 12 juillet 1 545 , et mort, comme on l'a dit , l'an 1 56H; Philippe épousa en deuxièmes noces , le 25 juillet i554 , Marie , fille de Henri VIII , roi d'Angleterre, morte sans enfants le 17 novembre 1 558: il épousa ; eu troisièmes noces, le 22 juin 105g, Elisabeth, fille de Henri II, roi de France, et de Catherine de iVlédicis , qui avait été promise à D. Carlos , fils de Philippe : elle mourut , ainsi qu'il a été dit f la même année que ce jeune prince , laissant deux princesses , I*abclle-Claire-Eugéitic , qui fut mariée, l'an 1599, à l'archiduc Albert, auquel elle porta pour dot ce qui restait des Pays-Bas: et Catherine , qui épousa, en 1 585 , Charles -Emmanuel de Sa» voie. Enfin , Philippe épousa en quatrièmes nôces , le 12 novembre 1 570 , Anne - Marie , fille de l'empereur Maximilien II ( née la même année et le même jour que lui , morte le 26 octobre i58o) : il en eut plusieurs enfants -, mais Philippe, son succes-

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