CHARLES VIII
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de Champagne , de Brie , etc., avec d'ample* pouvoirs. Le 2'* du même mois» la cour étant à Blois, l'épe'e de connétable est donnée au duc de Bourbon , frère aîné du sire de Bcaujcu. Trois favoris du feu roi, qui avaient insolemment abuse' de leur crédit, sont arrêtés, à l'instigation des princes , par ordre du parlement, Le premier était Olivier le Daim , qui , de barbier de Louis XI , était devenu gentilhomme de sa chambre, capitaine* du château de Loches, et gouverneur de Saiut- Quentin Je deuxième était Jean Doyac , sorti comme le Daim de la lie du peuple , et dont la haute fortune était le fruit de ses délations ; le troisième, Jacques Collier, médecin de Louis \l , auquel il avait fait acheter à grands frais ses soins et son application à lui prolonger' la vîe< Le Daim, condamné à être pendu, fut exécuté aux halles. Doyac, après avoir été fustigé dans les carrefours de Paris, eut la langue percée, et une oreille coupée, supplice dont une partie fut recommencée à Montferrand , sa patrie , où il fut renvoyé. Le médecin en fut quitte pour une amende de cent ciuquaute mille livres. Ou dit que , content de se voir échappé du naufrage , il fit sculpter sur la porte de sa maison un abricotier avec cette devise : A Vahricoùer. La régente avait promis au duc d'Orléans d assembler les états; elle tint parole. L'an 1484, ils s'ouvrent à Tours le i5 janvier, et durent jusqu'au 14 mars, jour de leur clôture. Le roi Charles y est déclaré majeur ; on nomme douze personnes pour composer son conseil. Le 5o mai suivant , Charles est sacré à Reims par l'archevêque Pierre de Laval. Le Cérémonial François dit qu'à cette cérémonie les pairs séculiers étaient restas de manteaux ou socques de Pairie, renversés sur les épaules , comme un épitoge ou chappe de docteur , et fourrés tf hermines , ayant sur leurs testes des cer~ clés d*or, les ducs à deux fleurons, et les comtes tout simples (T. I, p. iq5 ). Les mécontentements, causés par la jalousie du pouvoir, ne tardèrent pas d'éclater. L'an 1485, le duc d'Orléans, et le comte de Dunois prennent les armes contre la dame de Beaujeu qui continuait d'attirer à elle toute l'autorité. Le roi marche à Beaugenci , où le duc d'Orléans s'était ten fermé. Les deux princes se soumettent ; la naix se fait au commencement d'octobre -y mais elle ne fut pas durable. Le duc d'Orléans , se Voyant sans considération à la cour , se retire en Bretagne, dont le duc se ligne avec lui et l'archiduc Maximilien. Plusieurs princes et seigneurs français viennent joiudrc le prince fugitif avec des troupes. D'un autre « ô té, les comtes d'Angoulême et Dunois (celui-ci était le fils du fameux comte de ce nom) passent dans le même tems en Guienne , où ils soulèvent une partie de la province. Charles part de Tours accompagné de la dame de Beaujeu, vers la mi- janvier 1486, à la tôle d'une armée, pour.
îi8 Chronologie historique
la Guienne. Sa présence , en moins de deux mois , y rétablit le calme et la subordination. De-là il se rend en Anjou sur la fin de mars. Les barons de Bretagne , intimides par son voisinage , se divisent. On découvre à la cour des esprits mal intentionnés. Georges d'Amboise, éveque de Montauban, Geoffiroi de Pompadonr , éveque du Pui, et Philippe de Commines, célèbre par ses mémoires, étaient de ce nombre : ils furent arrêtés et pu ois; Commines subit une prison de huit mois dans une cage de fer. L»cs deux évêques, après avoir été enfermés pendant deux ans, furent élargis par la médiation du pape. Le roi passe en Picardie pour arrêter les progrés de Maximilien , qui s'était déjà rendu maître de Térouenne.
Le duc de Bretagne retenait toujours le duc d'Orléans ches lui. Charles, l'an 1487, pour se venger de la retraite qu'il donnait à ce prince rebelle , fait entrer trois corps d'armée en Bretagne par trois endroits différents, et se rend lui-même à Château- Gontier. L'ua de ces corps assiège Plocrmel , qu'il emporte d'assaut ; le deuxième s'empare sans effort de Vannes , d'où, le duc de Bretagne s'enfuit à l'approche des troupes du roi j le troisième assiège Nantes , où se trouvaient alors les ducs de Bretagne et d'Orléans , le prince d'Orange , et plusieurs autres seigneurs. Le siège commença le 19 juin , et fut levé sur la fin du mois suivant par la brave résistance des assiégés. Ce désavantage ne rebuta point les troupes du roi j elles n en devinrent que plus animées à effacer, par de nouvelles conquêtes, l'affront qu'elles avaient reçu devant la première place de la Bretagne* Cependant des Qucrdes , gouverneur de Picardie et lieutenant-
féneral des armées du roi , faisait des progrès rapides en Flandre* •e 28 août, il se rend maître de Saint-Omer, par un stratagème, a vec 600 hommes. Au mois d'octobre suivant, il reprend Térouenne de la même manière et avec la même célérité. Deux jours après il met enfuite Ravestcin , qui voulait surprendre Béthune , et taille en pièces son infanterie , commandée par le duc de Gueldfe et le comte de Nassau , qu'il fait prisonniers l'un «t l'autre. Le roi se trouvant maître à la mi-octobre de plusieurs places de Bretagne , revient par la Normandie à Paris sur la fin de décembre. L'an 1488, nouvelle expédition en Bretagne. Le roi étant à Tours au mois de mars, y assemble une armée qu'il envoie dans ce duché sous le commandement de Louis II de la Ti émoille , que Guichardin appelle le plus grand capitane du monde. Ce général s'étant mis en marche au mois d'avril , prend Chateaubriaut par composition , après neuf jours de siège*, réduit Anceuis après quatre jours de tranchée ; et n'en emploie que huit pour obliger Fougères à capituler. Etonnés de ces progrès , les
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princes s'avancent vers Saint-Aubin du Cormier, pour en venir a une bataille. Elle se donne le ab* juillet , et les princes y sont entièrement défait»; le duc d'Orléans, fait prisonnier avec le prince d'Orange . est conduit d'abord au château de Lusiguan, puis amené à la grosse tour de Bourges. Après cette victoire , Dînan, Saint -Mato, et cinq ou six autres places ouvrent leurs portes aux troupes du roi. Le duc de Bretagne , consterne' de ces pertes , demande humblement la paix, et l'obtient, le 21 août, par un traite' qui n'eut point d'effet, parce que ce prince mourut trois semaines après. Anne, sa fille aînée, lui ayant succédé , obtient du roi d'Angleterre des secours avec lesquels elle s ju tient ta guerre. L'an 1491 t 1e r<>i » sans consulter la dame de Beaujcu, rend la liberté au duc d'Orléans. Cette délivrance entrait dans le dessein qu'avait le roi d'épouser Anne, duchesse de Bretagne. Le duc d Orléans était aimé de cette princesse , et lui seul pouvait la déterminer à donner sa main au roi Charles qu'elle n'aimait pas. H eut la générosité d'accepter cette commission , et s'en acquitta avec tant de zèle , qu'il réussit. La paix à cette condition fut accordée à la Bretagne , et le mariage d'Anne avec Charles fut célébré le 6 décembre à Langeais en Touraine. Maximilien, irrité du double affront que lui faisait le roi Charles, en donnant sa main à la princesse qu'il avait épousée lui-même par procureur , et en congédiant Marguerite , sa fille , qui était élevée en France pour ce monarque , remplit toute l'Europe de ses plaintes. Henri VII, roi d'Angleterre , entre dans ton ressentiment par politique, et se ligue avec lui contre la France. L'an 1492, ce prince ayant fait une descente à Calais, assiège inutilement Boulogne. Chartes, au moyen d'une somme d'argent qu'il lui offre , l'engage à repasser dans son île , après avoir fait avec lui , le 5 novembre , un traité de paix à Elaplcs. Maximilien surprend Arras et Saint-Omcr par intelligence , fait de nuit la même tentativesur Amiens, d'où il est repoussé d'après l'éveil donné par Catherine de Lice , ec faute d'argent, consent à une trêve d un an.
Charles avait à cœur de faire valoir les droits que la maison d'Anjou lui avait transmis sur le royaume de Nanles. Dans ce dessein , il conclut la paix avec Ferdinand , roi de Caslille , et Maximilien , alors roi des Romains , afin de n'être point traversé par ses voisins dans l'expédition qu'il méditait. Par le traité fait avec le premier à'Narbonne le 18 janvier 149^ (N. S. ) , il lui rend le Roussillon et la Cerdagne; par celui deSenlis, conclu Ye 25 mai avec le roi des Romains , il lui cède les comtés de Bourgogne, de Charolais et d'Artois. C'était la dot qui avait été stipulée pour le mariage de l'archiduchesse Marguerite avec le roi de France. La princesse fut après cela reconduite en Flandre,
où dans la suite elle épousa l'infant de Castille. On ne fera point de réflexion sur deux traites aussi étonnants que ceux-ci j elles se présentent d'elles-mêmes à l'esprit de tout lecteur sensé.
L'an i494» Charles , excité par Ludovic Sforce, régent du Milanais, se met en marche pour l'Italie au mois de septembre à la tête de vingt-cinq à trente mille hommes , sans argent et sans munitions de guerre, hissant le gouvernement de l'état a la reine, au duc de Bourgogne et à l'amiral de Gravide. Tous les trois désapprouvaient cette expédition, etGraville avait même fait ses cfForts pour en détourner le roi. Mais E'ienne de Vèse, chambellan , et Guillaume Briçonnet , évèque de Saint- Malo , qui lui avaient inspiré ce dessein , rendirent inutiles les remontrances de l'amiral. La reine accompagne le roi jusqu'à Lyon , et s'y établit pour être plùsà portée de lui faire passer du secours au besoin. Charles , en partant de Lyon, y laissa malade le maréchal des Qucrdes, emmenant avec lui le duc d'Orléans et le» m iréchaux de Gié et de Mieux. Des Querdes «nourut peu de jours après le départ du roi , qui perdit eu lui un graud capilaiue et un conseiller également sage. Si cet excellent homme eut vécu, le crédit qu'il avait sur l'esprit de son maître , aurait fait prévaloir l'avis de ses officiers les plus judicieux , qui était de faire la conauête du Milanais et de Gènes, plutôt que d'aller à l'extrémité de l'Italie et par la rigueur de l'hiver, sans argent et sans vivres, chercher un royaume dont on ne pouvait conserver la propriété, ti l'on n'était maître de Gènes et de Milan, dont il ne laissait que le titre à son neveu , cousin de Charles VI 11. Ce tyran, après que le roi fut relevé de la petite vérole qui l'avait retenu dans Asti , vient le recevoir à Vigcvano ; et , pour le détourner de prendre ses quartiers dans le Milanais , il lui donne une somme d'argent pour la subsistance de ses troupes, et le conduit jusqu'à Plaisance (Voyez les ducs de Milan), Charles continue sa route par la Lombardie , et arrive en Toscir.e , où il prend en trois jours Sarzanc , la plus forte place des Florentins. Oe-là il se rend à Pise, et ensuite , le 17 du mois de novembre , à Florence , où il entre en conquérant , armé de toutes pièces, la lance sur la cuisse et ses troupes en bataille. Après avoir fait un traité avec les Florentins , il prend la route de Rome qui toi ouvre ses portes, le 3i décembre, dès qu'il parait. Il fit son entrée en. cette ville à la lueur des flambeaux , dans le même équipage qu'à Florence ; et l'autorité qu'il y déploya, ne différa point de celle qu'il aurait exercée dans Pans. Le pape Alexandre VI , à son approche , s'était retiré dans le château de Saint-Ange. Plusieurs cardinaux conseillaient au roi de concourir avec eux pour déposer PC pape , comme simoniaque et déréglé dans ses mœurs. Mais il
ftit détourne' de ce dessein par Guillaume Briçonnet , à qui Alexandre avait promis le chapeau de cardinal. Charles fait avec le pape, le 16 janvier 1495, un traité par lequel Alexandre s'enage à lui remettre quelques places avec le prince Zizim , frère u sultan Bajazet II , dont le monarque prétendait se servir pour faire la guerre aux Turcs. Mais Zizim lui fut livré presque moribond d'an poison lent, dit-on, qu'Alexandre lui avait fait donner. Charles sort de Rome, le 27 janvier, pour la conquête de Naples. Après s'être rendu maître de plusieurs places, il arrive à Capoue, où il est reçu, le 18 février , avec acclamation. Le 23 ou le 24 > il entre sans pompe dans Naples, trois jours après que le nouveau roi Ferdinand en fut sorti. Mais , le i5 mars suivant, il fit dans cette ville une entrée triomphante avec les ornements impériaux , vêtu d'un grand manteau d'écarlate , avec son grand collet renversé , fourré de fines hermines mouchetées , tenant la pomme d'or en sa main droite, et dans l'autre le sceptre impérial, portant sur sa tête une riche couronne d'or, fermée à l'impériale et garnie des plus rares pierreries. La raison qui porta Charles VIII à contrefaire ainsi l'empereur d'Orient, est que, par traité du 6 septcmhre précédent , dont la minute a passé du Capitole à la Bibliothèque du Roi, ce monarque avait acquis d'André Paléologue , neveu et héritier de Constantin Paléologue, dernier empereur de Constantinoplc , tous ses droits sur l'empire grec.
L'arrivée de Charles à Naples répand la terreur dans tout le pays. Presque toutes les villes s'empressent de lui rendre hommage ; et ce prince, qui avait parcouru en quatre mois et demi toute l'Italie , conquit en quinze jours le royaume de Naples , à l'exception de Brindes ; ce qui fit dire au pape Alexandre VI , (pie les Français étaient venus prendre Naples la craie à la main comme des fourriers. Des progrès si rapides portèrent l'effroi jusqu'à Constantinoplc. Les souverains de l'Europe ne les virent pas eux-mêmes sans jalousie et sans crainte.
Tandis que Charles jouissait à Napîes du fruit de sa conquête , le pape , l'empereur, les Vénitiens , le roi de Castille , et le duc de Milan , conclurent à Venise, le 5i mars, une ligue pour attaquer ce prince à son retour. Les Napolitains, de leur côté , par un effet de leur inconstance , commençaient à détester ces mêmes Français qu'ils avaient reçus avec les marques de la joie la plus vive. Les barons surtout étaient les plus irrités, parce que le roi donnait aux premiers U préférence pour les dignités du royaume. Charles , ennuyé du séjour de Naples , en part le 20 mai 1495 , pour revenir en