‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 16 sur 146 · VI · texte numérisé non relu

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123 CHttONOLOCïE HISTORIQUE

France avec son armée réduite à neuf mille hommes. Celle des

Suissances liguées , forte de quarante mille , e'tait campée au pied c l'Apennin, sous la conduite du marquis de Mantoue. Le roi la rencontre, le 5 juillet, près du village de Fornoue sur le Tar , dans une vallée à neuf milles au-delà de Plaisance. Le lendemain il fallut en venir aux unins. Après un combat d'une heure , le roi , monté sur un cheval borgne âgé de trente ans , mais fort et vigoureux , mit en fuite les en- • 11 émis dont la perte approcha de quatre mille hommes ; celle des Français ne fut que de deux cents. Le duc d'Orléans; restait cependant assiégé dans Novarre , dont il s'était rendu maître environ six mois auparavant, Charles le délivre par un traité fait, le 18 octobre, avec le duc de Milan, et continue sa route. Philippe deCommincs» parlant de cette expédition , faut convenir , ait-il , que ce voyage fut conduit de Dieu , tant à l'aller quau retourner ; car le chef et les conducteurs ne servirent de guet es» Après le départ du roi de France , Ferdinand , aidé du grand capitaine Gonsalve , ne larda pas à Tecouvrcr son royaume de Naples. Charles y avait laissé, en qualité de vice roi , Gilbert de Bourbon , comte de Monlpensier , avec quatre mille français , et un corps de suisses et d'italiens. Mais , faute d'argent, ce vice-roi ne put rien entreprendre de considérable. La division se mit parmi les chefs de son armée, dont une partie déserta. Eufin , après avoir été bloqué dans Atella pendant uu mois , il fut obligé de faire , vers la mi-août, une capitulation, que Commincs appelle un vilain appointements et qu'il compare à celle que les deux consuls romains firent avec les Samnites aux fourches caudines. Elle portait, entre autres conditions, que les Français évacueraient toutes les places qu'ils possédaient encore dans ce royaume. Le comte de Monlpensier mourut quelque tems après à Pouzzol. Dans le même tems , Charles occupait une armée dans le Languedoc 9 à défendre ce pavs contre Ferdinand, roi de Castille , qui menaçait de faire le stége de Narbonnc. Charles s'était avancé lui-même jusqu'à Avignon dans le mois de mai. D'Albon , comte de S. André , entra par ses ordres dans le Koussillon. On ne connaît qu'un trait remarquable de cette expédition; d'Albon emporta d'assaut la ville de Salses, le 8 octobre , après dix heures d'attaque, à la vue d'une armée d'espagnols , fort supérieure à la sienne.

Le peu de fruit que Charles avait retiré de son expédition au royaume de Naples , ne lui avait pas fait perdre l'envie d'eu entreprendre une nouvelle. Mais ayant épuisé ses fonds dans la première , il lui fallait eu attendre d'autres pour une

DES ROIS DE FRANCK* î»5

seconde ; et le cardinal Briçonnet, son premier ministre, à qui elle déplaisait, ne se pressait pas de les amasser. Durant ces délais affectes , Charles s'occupa utilement de Tadminisr tratiou intérieure du royaume. L'ordonnance rendue , au mois d'avril 1 454 * par Charles VII, pour faire rédiger- par écrit les coutumes propres à chaque province , était demeurée » comme on l'a dit, sans exécution. Charles VIII, sur les plaintes qui lui fureut portées à ce sujet, ordonna, Tan 1497» aux diffeV rents bailliages de tenir des assemblées de personnes choisies dans les trois ordres du clergé, de la noblesse et du tiers-état, pour extraire, des mémoires qui leur scraieut présentés, les coutumes , privilèges et style , usités dans leur juridiction , et nomma de sa part des commissaires pour présider à la rédaction de leur travail. Cette opération , heureusement commencée sous Charles VIII, fut continuée jusqu'au règne de Charles IX, qui lui donna sa dernière perfection.

Le grand conseil fut un autre objet de réforme pour Charles VIII. Attaché à la suite de la cour, il était ambulatoire, et n'avait pas toujours le nombre compétent de magistrats pour juger les affaires importantes dont il devait connaître ; d'où il arrivait , qu'après s'être bien fatigués à suivre le roi dans ses courses , les particuliers souvent s'en retournaient sans avoir e*té jugés. Charles VIII, par son édit du a août i497> rendit ce tribunal sédentaire à Paris , et créa dix-sept conseillers, pour vaquer avec les maîtres des requêtes , sous la présidence du chancelier , à l'expédition des affaires qui seraient portées devant eux. Charles VIII , à l'exemple de S. Louis , ne dédaignait pas lui-même de rendre la justice en personne à ses sujets.

Ce prince , en traversant l'Italie , avait admiré les palais qui commençaient à décorer ce pays. De retour en France , il entreprit de rebâiir le château d'Amboise dans le même goût. S'y étant rendu, l'an 1498, il voulut un jour voir une partie de paume qui s'y faisait. Mais en passant par une porte qui était trop basse , il se donna un coup à la tête, tomme il ne se plaignit pas , on ne prit aucune précaution pour prévenir les suites de cet accident. Mais au bout de quelque tcmst il tombe à la renverse, sans connaissance et sans mouvement, dans la galerie par où il s'en retournait avec la reine. ToutA personne esloit en ladicte galerie qui vouloit , dit un ancien nistorien , et le trouvoii-on couché sur une pauvre paillasse dont il ne partit jusqu'à ce qu'il eût rendu l'âme, et y fut rxeuj heures- Trois fois la parole lui revint , et à trois fois il disoit: Mon Dieu f la glorieuse Vierge Marie , Monseigneur

saint Claude, Monseigneur saint Biaise me soient enayêe. Ainsi départit de ce monde (le 7 avril ), dans la vingt-huitième année de son âge , ( après un règne de quatorze ans , sept mois et neuf jours ) , si puissant et si grand roi , et en si misérable lieu , qui tant avait de belles maisons , et en faisoit une si belle , et si ne sceut à ce besoin finir d'une pauvre chambre. Il ne laissa point d'enfants d'Anne de Bretagne , quoiqu'elle lui eût donne trois fils et une fille. Charles était un prince doué d'excellentes qualités , aimant son peuple, brave, doux, affable , bienfaisant , si bon , dit Philippe do Conimines , qu'il n'est pas possible de voir meilleure créature. Aussi était-il adoré de ses sujets. Jamais peut être la mort d'aucun prince ne fut pleuréc

5 lus amèrement cl plus généralement que la sienne. Denx de ses omesiiquos moururent de douleur a ses funérailles. La reine était résolue de le suivre au tombeau. Elle passa trois jours sans manger , et il fallut l'éloquence de la Marck. , évoque de Coudom , pour la détourner du funeste dessein où elle semblait être d'attenter a ses jours. Ce fut elle qui , la première de nos reines , porta le deuil en noir. Auparavant elles le portaient en blanc Oc- là, le suruom de Blanche douué à plusieurs veuves de nos rois.

On trouve à la cathédrale de Montauban des lettres-royaux: de Charles VIII , données dans cette ville en faveur du chapitre do Tescou-lès-Moutauban , et datées du 25 septembre 1484 Cependant il est prouvé qu'il était à Montargis vers la fin de septembre , et au commencement d'octobre. Aussi ces lettres sont elles données per consilium , c'est-à-dire par ceux oui composaient le conseil de la chancellerie du parlement de Toulouse. Charles VIII est le premier des rois capétiens ipii ait porté la couronne fermée , eu quoi son successeur no l'imita pas.

On avait fait , sons les règnes précédents , des chevaliers èslois. Ou fit sous celui-ci des chevaliers en marchandise. Lettres de Bernard Vbzat , lieutenant-général , au duché de Guienne pour le duc de Bourbon : Savoir faisons que pour le bon rapport qui fait nous a esté de la personne de Jacques Aîarce , Bourgeois et Marchand de la ville de Tulle , l'avons passé Chevalier à l'office de marchandise , et nous a fairt serment audict Seigneur en tel cas accoutusmé , en présence de plu* sieurs Mais très Chevaliers en marchandise , et paie les droits et devoirs accoutusmés- Fait à Bragerac le 16 jour de Aovembre , Van mil quatre cent quatre vings et trezo. ( Baluze , Jiist. TuteLy pr. coll. 787-788. )

L'an 1-496, Charles établit U compagnie des Cent-Suissesw

Le marc d'argent, qui était à huit livres quinze sous, et le marc d'or qui était à cent dix-huit livres dix sous , du tcms de Louis XI , furent portés, sous Charles VU! , le premier à dix, puis à onze livres, le second à cent trente livres trois. sous quatre deniers. A l'occasion de son mariage , on frappa a Lyon la première monnaie , selon Bizot , qui eût un buste de nos rois.

Le titre de grand aumônier était ignoré en France avant Charles VIII. Ce fut Geoffroy de Pompadour , évêque de Périgueux , qui le prit le premier , sous le règne de ce prince.

LOUIS XII , DIT LE PÈRE DU PEUPLE , DE J*A WLaISON

d'Orleajvs.

1498. Louis XII, né à Blois le 27 juin 1462 , fils de Charles , duc d'Orléans , et de Marie de Clèvcs , descendant du roi Charles V par Louis d'Orléans, son aïeul , assassiné Tau i4°7> succéda , le 7 avril 149$ » à Charles VIII , et fut sacré le 27 mai suivant , a Reims , par l'archevêque cl cardinal Guillaume Briçonnet. Le premier soi 11 de Louis , après son sacre , fut de soulager le peuple par la diminution des impôts , et de réformer les abus par de sages règlements. 11 pardonna généreusement à ceux qui, sous le règne précédent , avaient contribué à sa disgrâce , disant aux courtisans qui l'exhortaient à la vengeance ,

3ue le roi de. France ne vengeait pas les injures faites au duc 'Orléans. Sa grandeur d'àmc parut surtout à l'égard de la Trcmoillc , dont il semblait avoir le plus à se plaindre. Si la 7'rémoille, dit— il , a si bien se/vi son souverain contre moi, j'espère qu'il me servira avec la même affection contra les ennemis de l'état., Louis XI lui avait fait épouser, malgré lui , en 1476, Jeanue , sa fille, princesse spirituelle et vertueuse , mais dépourvue des agréments du corps , et même un peu contrefaite. Ne l'ayant jamais aimée, Louis XII, lorsqu'il fut sur le trône, fit déclarer nul son mariage par Alexandre VI. pour épouser la reine Anne, veuve de Charles VISI. La bulle de divorce fut apportée par César Borgia , fils d'Alexandre VI , si fameux depuis sous le nom de duc de Valcntinois (t). La reine

(1) «En lisant ce qu'on appelle le procès manuscrit du divorce, 00 ne peut » s'emprYher de pl.undrc les malheurs de Jeanne. Celte princesse s'était » signalée par un ait clu tmnt sans bornes, ponr son <*PO"*- KH« employa tout 1» pour le ur»r de la prison ou il riait confiné. L'indifférence et les dédains do » Louik ne furent point un motif pour. qu'elle l'abandonnât dans sou infortune. m Après avoir vainement épui* les soUiautioaaauprès^'Anne de Bcaujcu, elle

Jeanne, nommée duchesse de Berri, se retirée Bourges , où elle fonda l'ordre des Annonciades , et mourut saintement le 5 février de Tan i5o5. Louis , dégagé de ses premiers liens , s'cmresse de contracter une nouvelle alliance avec la princesse ont il avait obtenu la main , comme on Fa vu, pour son prédécesseur. Le contrat de son mariage avec Anne qe Bretacnf., fut signe le 7 janvier 1499 ( N. S. ) au château de Nantes, et le mariage célébré le lendemain. Louis , du chef de Valentine son aïeule , héritière de Jean-Marie et de Philipoc-Marie Viscouti , ducs de Milan , ses frères, morts sans enfants , avait dvs droits certains sur ce duché. Parvenu au trône, il ae tait en devoir de les faire valoir par la voie des armes. Après s'être accommode avec tous les princes qui pouvaient traverser l'expédition qu'il méditait, il fait partir, Tan 1499, une armée pour l'Italie, sous le commandement de Louis de Luxembourg, comte de Ligni, de Robert Stuart, seigneur d'Aubigni , et de Jacques Trivnlce, milanais; lui-même se rend à Lyon , pour être à portée de la soutenir. La conquête du Milanais , pour lors occupé par le duc Ludovic Sforce, qui avait pris la fuite à l'approche des Français , fut l'affaire de vingt jours. Le roi l'ayant apprise a Lyon , passe les Alpes , et fait son entrée, le 6 octobre , «tans Milan. Pendant le séjour de Louis dans cette ville, l'état de Gênes lui envoie des députés pour lui jurer obéissance* Il quitte Milan au commencement de décembre pour revenir en France , et laisse à Trivulce legouvernement de ce duché. La révolte des Milanais contre les Français, suivit de près le départ du roi. Ludovic , qui s'était sauvé én Allemagne , revient dans ses états, et rentre au commencement de février \5oo , dans Milan, où il est reçu avec autant de joie qu'on l'avait vu partir cinq mois auparavant. Louis apprend à Loches celte révolution , et aussitôt il envoie une nouvelle armée eu Italie, sous la conduite de Louis de la Trémoillc. Cet habile général se saisit de Ludovic le 10 avril , et remet le Milanais sous l'obéissance du roi. Le duc de Milan est amené en France , et enfermé d*ns le château de Loches , où il mourut en i5io. ( Voyes les ducs dt Milan. )

La facilite de la conquête du Milanais inspira au monarque français la résolution d'entreprendre celle du royaume deNaptes. Mais Ferdinand, roi d'Aragon et de Castille, avait, sur ce pays,

» alla se jeter aux pied* de Charles VIII , son fière. Lh fondant en larmes, sa » douleur lui porta nue éloquence hi persuasive que le jeune roi lui répondit: j» y oui auret ce que* vous voudrez , ma sœur, Dieu veuille que vous ne b vous en repentiez pas ( Observât, sur les nient, du chevalier Bayard).

des prétentions dont il n'était pas d'humeur à se désister. Louis , au lieu d'un rival , s'en fit un allié en le mettant de moitié dans son expédition. Frédéric , roi de Naples , menacé par le roi de France , n'était nullement en garde contre le roi do Castille , qui était son parent. Celui* ci, pour le mieux tromper, feint de vouloir le secourir contre les Français; et, sous ce prétexte , il lui envoie Gonsalve de Cordoue , surnommé le grand capitaine , avec des troupes , que le trop crédule napolitain reçoit comme une sauve-garde. Il porte même la confiance jusqu'à Uur ouvrir quelques unes de* ses places que Ferdinand kii avait demandées. Mais à l'arrivée des troupes françaises (c'étaient deux armées , l'une de mer , l'autre de terre), les Espagnols lèvent le masque , rendent le traité public , et commeucent les hostilités. Frédéric > revenu trop tard de son erreur, ne voit point de meilleur parti à prendre que de se remettre à Ja discrétion du roi de France , dont il connaissait la bonté et la franchise. Tandis que , par leurs généraux , les deux puissances alliées partagent entre elles ses états, il passe en France, où il subsista dans la condition de particulier, avec une pension de trente mille écus, qui lui fut exactement pavée jusqu'à sa mort, arrivée l'an i5o4. La discorde n'attendit pas ce terme pour désunir ceux qui l'avaient dépouillé. L'an i5o2, les Espagnols se plaignent que les Français outrepassent les limites de leur partage, et, des plaintes, en viennent à une guerre ouverte. Louis , apprenant que Ferdinand travaille à former une ligue avec le pape , l'empereur et les Vénitiens , pour l'aider à chasser les Français de Naples , se rend à Milan , où le duc de VaJentinois vient le trouver de la part du pape Alexandre VI , son père. Le duc réussit à lui persuader que cette ligue est uue chimère , et l'engage à faire un traité avec le pape. Assuré d'ailleurs que ses affaires prospèrent à Naples , il ne va pas plus loin, et repasse les monts. L'an i5o3 , étant à Lyon, il fait, le 5 avril, avec l'archiduc Philippe , gendre de Ferdinand , un autre traité par lequel ils arrêtent le mariage de Claude, fille aînée de Louis, avec Charles do Luxembourg, {depuis l'empereur Charlcs-Quiut ), fils de l'archiduc. A raison de cette alliance, il fut convenu que les deux rois se déssaisiraient chacun de leur portion du royaume de Naples eu faveur du jcuuc prince et de la jeune princesse. Conformément à ce traité, le roi de France envoie ordre à ses généraux de rester dans l'inaction. Ferdinand mande au contraire à Gonsalve de n'y avoir aucun égard. Les Espagnols continucut la guerre. Hugues de Cardonne et Antoiue de Lève amènent du secours à Gonsalve. Bataille de Sémiuare, dans la Calabre, gagnée par de Lève, le ai avril , sur d'Aufcigoi, général des Français, au

3aS CHRONOLOGIE HISTORIQUE

même lieu où, huit ans auparavant, il avait été vainqueur. Le 28 du même mois, Gonsalvc remporte une nouvelle victoire sur les Français à Cérignole dans la Pouille. Louis d'Armagnac, duc de Nemours, vice -roi de Naplcs, y fut tué au commencement de l'action. La perte de ces deux batailles entraîna celle de toutes les places que les Français possédaient au royaume ,de Naples , qui demeura tout entier à la maison d'Aragon , passa ensuite à la maison d'Autriche, et dans ces derniers lems est revenu à la nui sou de Bourbon.

La perte du royaume de Naples, et la crainte qu'elle n'entraînât celle du Milanais , affectèrent si vivement l'esprit de Louis XII , qu'elles lui causèrent une maladie qui 6t trembler pour ses jours. La reine Anne de Bretagne , son épouse, dans ce danger , crut devoir se précautionner elle-même contre un avenir fâcheux. Déterminée à retourner en Bretagne dès que le monarque aurait les yeux fermés , elle fait embarquer sur la Loire ses pierreries et ses meubles les plus précieux pour être transportés à Nantes Mais le maréchal de Gié, ( Pierre de Rohan) gouverneur du jeune comte d'Angoulème, héritier présomptif de la couronne , que h reine avait fait reléguer avec sa mère Louise de Savoie , qu'elle haïssait mortellement, au château d'Amboise , fait arrêter les ballots à San mur. Le rétablissement de la santé du roi rendit ceèlpréparatifs inutiles. Mais l'a reine ne put pardonner au maréchal une démarche que le devoir de sa charge cl l'amour de la patrie lui avaient dictée. A force d'imporlunités, elle obtint du roi qu'on fit le procès au criminel à ce seigneur. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que la comtesse d'Angoulème se joignit à la reine , sa rivale , contre lui. Louise de Savoie avait eu de fréquentes altercations avec le maréchal pour l'éducation de son fils. Voilà ce qui lui attira la haine de cette princesse. L'affaire , liée d'abord au grand-conseil, fut ensuite renvoyée au Parlement de Toulouse. Par l'arrôt, que rendit cette cour le 9 février i5o5, (V. S.) Pierre de Rohan fut condamné à perdre l'état et le titre de

gouverneur du comte d'Angoulème , les gouvernements d'Amoise et d'Angers, sa compagnie de cent lances , à être prive', pendant cinq ans , de toutes les fonctions de son office de maréchal de France, et à se tctiir, durant ce terme, éloigné de la cour au moins de dix lieues. Le maréchal dut s'estimer heureux d'avoir soustrait sa tête au ressentiment de ses partics aussi puissantes que vindicatives.

La perfidie , dont Ferdinand avait usé envers Louis XII, n'avait pas rompu le mariage projeté de Claude de France avec Charles de Luxembourg. L'empereur Maximilien , aieul de

Charles , et l'archiduc Philippe, reprirent l'an i5o4> cette affaire qu'ils avaient extrêmement à cœur, et mirent dans leurs intérêts le pape Jules II. Les ministres de ces trois puissances, «'étant rendus à Blois , y conclurent , avec le roi de France un traite* qui assurait la main de la princesse à Charles , avec les duchés de Bretagne, de Bourgogne et de Milan, pour sa dot , en cas , que le roi mourût sans enfants mâles. Uu tel démembrement eût été pour la France une plaie mortelle. Mais la reine , dans la crainte qnie »a fille n'épousât le fils de la comtesse d'Angouléme, sa rivale, avait, par ses sollicitations, aveuglé le roi sur les suites funestes de son traité. Dès qu'il fut devenu public, tous les bons Français en furent alarmés. Louis, ayant convoqué , l'an i5o6, au mois de mai, les états généraux à Tours , cette assemblée , après lui avoir déféré le titre de Père du Peuple , lui représenta qu'il avait violé la loi fondamentale de l'état en consentant à l'aliénation d'une portion considérable du domaine de la couronne. Louis , touché de ces remontrances , révoqua les engagements qu'il avait témérairement pris , et conclut le mariage de sa fille avec François, comte d'Augoulême.

Ce changement des dispositions de Louis , n'empêcha pas l'empereur, quelque mécontent qu'il en fût, de s'associer avec lui dans la ligue que le pape Jules II forma l'an i5o8, contre les Vénitiens. Elle fut signée le 10 décembre de cette année i Cambrai , qui lui donna son nom , par la gouvernante des Pays-Bas , Marguerite d'Autriche , au nom de l'empereur son père, et du roi d'Espagne, et par le cardinal d'Amboise , eu sa qualité de premier miuistre du roi, et comme chargé des pouvoirs du pape. L'objet que se proposaient les confédérés était d'envnhir et de partager entre eux les domaines considérables que les Vénitiens possédaient en terre ferme.

Louis parut le premier sur les terres de la république. Ayant passé les Alpes, au mois d'avril i5og, il traversa le Milanais, et gagna sur les Vénitiens, le 14 mai, la bataille d'Ajçuadel, dans laquelle ils perdirent 14 mille hommes , et les Français tout au plus cinq cents. Le roi , daus l'action , se porta toujours dans les endroits où il y avait le plus de péri). Quelques courtisans , que l'honneur obligeait de le suivre , craignaut pour eux-mêmes , lui représentèrent qu'il s'exposait k périr : Quiconque a peur , dit-il , se mette derrière mot. Le roi soumet ensuite , dans l'espace de 17 jours, toutes l«*s places

?tii faisaient le sujet de ta guerre rar rapport à lui. Vermine, adoue , Vicence , lui envoient leurs ciels ; il les refuse par une générosité vraiment royale, et renvoie les députés de ces

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