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ï3o CHRONOLOGIE HTSTORIOtlE
villes aux ambassadeurs de l'empereur, à qui , par îe traite* de Cambrai , elles devaieut appartenir. Louis ne pousse pas plus loin ses conquêtes ; il fait une entrée triomphante à Milan , et , après avoir conclu à Bîagrossa un traite' avec le pape , il revient en France au commencement d'août.
L'an i5io , la guerre continue contre les Vénitiens ; mais te n'est plus de concert avec le pape et le roi d'Espagne L'un et l'autre , ayant obtenu des Vénitiens à peu près ce qu'ils demandaient , s'étaient retires de la ligue, et le pape n'avait plus d'autre crainte que de voir les Français en Italie. Pour mieux réussir à les éloigner, il détache les Suisses de l'alliance de la France, ce qui ne lut fut pas difficile, ils étaient irrités du refus que Louis avait fait d'augmenter leurs pensions , et de quelques paroles qui lui étaient échappées , dans un mouvement de colère , à belle occasion. Jl est étonnant , avait-il dit, que de misérables montagnards , à qui for et l'argent étaient inconnus avant que mes prédécesseurs leur en donnassent, osent faire la loi à un roi de France. Cette indiscrétion lui coula cher. Louis n'avait plus d'alliés eu Italie que Maximilien qui lui resta fidèle par intérêt, el le duc de Ferrare , persécuté par le pape. Il ne laissa pas uéanmoius de se maintenir encore quelque tems avec gloire. Le maréchal de Cbaumont prend les places du Polésin, et d'autres \ il oblige douze mille suisses, qui voulaient faire irruption dans le Milanais, de s'en retourner. Le cardinal d'Aniboise , dans ces entrefaites , meurt à Lyon le 25 mai. « Ce ministre, dit un moderne, aimait siu- 3» cerement le bien, il le procura souvent; mais plus souveut » encore il s'égara dans ses vues. Sa politique était peu sûre. » La plupart de ses opérations échouèrent. Les traités, les » guerres , dont se mêla d'Amboise , curent uuc issue mal- » heureuse. Il fut presque toujours , ainsi que Louis , dupe >> de sa bonne foi, et victime de la fourberie des autres, prin- » cipalemcnt de celle du cardinal de la Rovere , depuis Jules II, » dont il fut le concurrent pour la papauté. On a pardonné j» tout au ministre , en faveur de sa bienfaisance et de son désintéressement. On l'a comblé d'éloges pour s'êlre couj> tenté d'un bénéfice, taudis qu'il eût pu s'en procurer. » L'an i5u , le roi, voyant le pape Jules ligué avec les rois d'Espagne et d'Angleterre contre lui , se détermine à faire la guerre a ce pontife. Ce dessein est approuvé dans une assemblée de
Srélats et de docteurs , tenue à Tours. Chaumont reçoit ordre e marcher au secours d'Alphonse , duc de Ferrare, que le pape travaillait à dépouiller. 11 tombe malade au milieu de ses expéditions, et meurt le io mars. Ce maréchal, aux approches »
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âe la mort, est effraye de l'excommunication prononcée contre les adhérents du duc de Ferrare , il envoie demander l'absolution au pape et l'obtient. Cest ce quont de fâcheux , dit JW. ttossuet , les guerres qu'on a à soutenir contre V église. Elles font naître des scrupules, non seulement dans les e.vprits faibles , mais même 'certains moments dans les forts* Trivulce prend la place de Cliaumont. Journée de la Bastide dans la Romagne , où Bayard défait les troupes des confédérés. Cette victoire sauva Ferrare qu'ils menaçaient , et qui sans cela ne leur eût point échappé. Trivulce prend Concordia , puis «'avance vers Bologne , qui lui ouvre ses portes le 21 mai , et quelques jours après il défait l'armée du pape. (Muratori. ) Il ne tenait qu'a ce général , après cet avantage, de se rendre maître de tout l'état ecclésiastique , et de Rome même , mais Louis ne se proposant d'autre fruit de sa victoire que d'obliger le pape à faire la paix avec lui , donna ordre à Trivulce da ramener son armée en Lombard ic. Jl n'y gagua rien \ ces ménagements ne servirent qu'à rendre Jules plus inflexible, et dIus ennemi des Français. L'an i5i2, Gastou de Foix, duc de Nemours , et gouverneur du Milanais , fait lever le siège de Bologne, le 7 février, à Pierre Navarre, général de Ferdinand. De la il court à Bresse, que les Vénitiens avaient surprise le 3 février , défait en chemin Jean-Paul Baglionc , qui commandait une partie de l'armée vénitienne ; puis entrant dans la ville par le château, il force les retranchements dont elle s'était emparée , jonche les rues de huit mille morts , et en chasse le reste des ennemis; cette expédition est du 19 février. Le 11 avril suivant , jour de Pâques , bataille de Ravenne ; elle dura huit heures , et l'armée des confédérés y fut partie tail'éc en pièces, partie mise en fuite par les Français. Pierre Navarre tomba cuire les mains des vainqueurs, qui le firent prisonnier : mais la victoire leur coûta cher, par la mort du duc de Nemours, âgé de ?.3 ans, et d'un grand nombre de braves officiers. Le roi témoigna un grand regret de leur perte : Plut à Dieu, dit-il , que mes ennemis eussent gagné une pareille bataille ! fis seraient bientôt perdus sans ressource, Ravenne , et la plupart des villes de la Romagne , envoient leurs clefs aux Français. Vcnise et Rome tremblent pour elles-mêmes ; mais l'irruption subite des Suisses , que le pnne et les princes lignés avaient ap-
{>clés en Italie , changea bientôt la face des affaires. Maximiien relire alors les troupes qu'il avait jointes à l'armée de France. La défection * devient générale pour les Français j toutes les villes qu'ils avaient conquises, s empressent de se rendre aux confédérés. Une bulle du 21 juillet, par laquelle Jules II excommunie le roi de France et met son royaume en interdit ,
achève de soulever toute l'Italie contre les Français. Louis , avant appris ces nouvelles, ordonne à ses généraux de se replier sur le Milanais, dont les Suisses voulaient mettre en possession Maximilicn Sforce ; mais il n'y eut pas moyen de sauver ce duché. Louis eut la mortification de voir établir dans Milan, par les Suisses, le fils du duc qui était mort prisonnier dans ses états. Gênes , vers le même tems , se révolte , comme elle avait déjà fait, mais à son grand désavantage, en i5o6, et élit pour Doge Jean Frégose. Il ne reste plus aux Français en Jtalie que les châteaux de Milan, de Novarre et de Crémone. L'an i5i3 , Louis, résolu de reconquérir le Milanais et la ville de Gênes , fait partir une nouvelle armée sous le commandement de Louis de la Tréraoille. La guerre commence par d'heureux succès , comme la plupart de celles des Français en Italie. Le maréchal Trivulce prend Asti, Alexandrie, etc. , la flotte française surprend Gênes , et la remet sous la domination du roi. Mais les Suisses , ayant gagné , le 6 juin , la bataille de Novarre, Milan, et toutes les autres villes ouvrent leurs portes aux vainqueurs.
Au mois de juillet , Henri VIII , roi d'Angleterre , lieué avec le pape , fait une descente à Calais , avec une armée de trente mille hommes , à laquelle vient se joindre l'empereur Maximilicn, avec vingt-trois mille hommes de troupes que Henri soudoie ainsi que leur maître. 11 débute par le siège de Térooenue. De Pienncs, gouverneur de la Picardie, assemble des troupes , pour jeter des vivres et des munitions dans la place , et il y réussit. Mais au retour son armée est surprise par les ennemis à Guinégate près de Térouenne , et mise en déroute. On appela ce combat la journée des éperons, parce que les Français y fireut plus d'usage de leurs éperons que de leurs armes. Le duc de Longuevillc et le chevalier Bayard , qui ne voulurent pas suivre les fuyards , furent faits prisonniers. Cette affaire entraîna la perte de Tcrouennc qui capitula le 23 août. Les Suisses, au nombre d'environ trente mille hommes , ayant à leur tête Jacques de A^ateville, accompagnés de la cavalerie allemande, commandée par le duc de Wurtemberg et le comte de Furstcmberg , des troupes de Franche-Comté , sous les ordres du maréchal de Vergi , et traînant après eux la grosse artillerie de l'empereur , arrivent le 7 de septembre devant Dijon , dont ils forment aussitôt le siège. Cette place était alors presque sans défense; mais la Trémoille y commaudait. La résolution et la prudence de ce grand géuéral sauvent la ville et peut-être même le royaume ; car il était en danger , attaqué d'un côte' par l'empereur et le roi d'Angleterre et de l'autre par les Suisses ,
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Sue rien ne pouvait empêcher de venir à Paris , après la prisé e Dijon. La Tréraoïlle fait , le i3 septembre , un traité avec ceux-ci, et les engage à lever le sie'ge moyennant une somme de 400 mille écus , qu'il s'oblige à leur payer. On voulut lui faire un crime de ce traité , mais on reconnut par la suite qu'il n'avait fait qu'un coup de politique très-bien entendu. Le i5 septembre, suivaut Thoiras , le roi d'Angleterre s'avance pour faire le sie'ge de Tournai. Cette ville qui avait toujours su, par la valeur de ses habitants , se maintenir dans la dépendance immédiate de la France , malgré les efforts des derniers ducs de Bourgogne pour la subjuguer , montra d'abord , eu cette occasion , la plus grande fierté qu'elle démentit bientôt après par une égale pusillanimité. Prévenue par le comte d'Alcnçon du danger qui la menaçait , elle refusa dédaigneusement les scsours àe troupes et de munitions que ce prince lui offrait, disant que Tournai ri avait jamais tourné, et qu'encore ne tourneroit. Cependant a peine eut-elle essuyé huit jours de siège , qu'elle commença à parlementer. Ou convint d'une somme de 40 mille ducats qu'elle payerait pour se racheter du pillage , et conserver ses privilèges : après quoi elle ouvrit ses portes.
L'an i5i4» ( N. S. ) la reine Anne meurt de la gravelle t le 9 janvier , à Blois , âgée de ans , emportant daus le tombeau l'estime de toute l'Europe , avec les regrets de la France et de la Bretagne. C'est à elle que les reines de France sont redevables de plusieurs prérogatives , comme d'avoir leurs gardes , de donner audience aux ambassadeurs, aux députés, etc. prérogatives qui lui furent attribuées du consentement du roi ', moins peut-être en qualité de reine que comme duchesse de Bretagne. Le roi, contre l'usage, porta le deuil de cette princesse, en noir , comme elle l'avait porté elle-même à la mort de son premier époux. Le mariage de François , comte d'Angoulême , avec la princesse Claude , se fait , le 18 mai , à S. Germaincn Laye. La reine Anne l'avait empêché tant qu'elle vécut, par haine , comme on l'a dit contre la mère au comte.
Louis conclut la paix avec le roi d'Angleterre , le 14 septembre, et épouse, à Abbcville , le 9 octobre , Marie , sœur de ce monarque, laquelle avait été fiancée, l'an i5o5, à Charles d'Autriche, depuis empereur. Ce fut le duc de Longue ville , prisonnier en Angleterre , qui négocia ce mariage : et c'est ici le seul exemple d'une princesse anglaise devenue reine de France sous la troisième race. Loin de recevoir une dot de cette épouse, il en coûta à Louis, un million d'écus nour obtenir sa main 3 encore fut-ce pour se venger des perfidies du roi
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Ferdiuand , son beau-père, que Henri consentit à celte alliance.
Les deux monarques , de France et d'Angleterre , firent une ligne offensive et défensive qui mettait le premier en état de réparer ses malheurs. Mais son nouveau mariage fut un obs J tacle à l'exécution de ses projets. Obligé de changer de régime, pour complaire à sa jeune épouse, il altéra son tempérament et avança le terme de ses jours Le bon roi , dit l'historien de Bayard , à cause de sa femme avoit changé de tout sa manière de vivre ; car où il fouloit dîner à huit heures , il convenait qu'il dinast à midi , oit il fouloit se coucher à dix heures du soir , souvent il se couchoit à minuit. Une maladie violente r dont il fut attaqué à Paris, l'emporta, le premier janvier i5i5, ( N. S. ) dans la cinquante-troisième année de son âge, et la dixseptième de son règne. D'Anne de Bretagne il ne laissa que deux filles , Claude, dont on vient de . parler , et Renée , femme d'Hercule II , duc de Ferrare. Marie , sa deuxième femme , veuve à l'âge de 18 ans, se remaria , le 5i mars 1 5 1 5 , à Charles Brandon, duc de Sutfelk, elle partit le i G avril suivant avec lui pour l'Angleterre, et mourut le 25 juin rj3i. Peu de rois ont été plus aimés et plus regrettés que Louis XII , et aimèrent plus tendrement et plus effectivement leurs sujets 11 les regardait et les traitait comme se> enfants , et c'est ce qui lui a mérité le beau surnom de Pvre du Peuple , que les étatsgénéraux de Tours lui avaient déféré, comme on l'a dit plus haut, dès Tan 1 5o6\ et qui lui fut confirmé, à son de trompe , au milieu de ses funérailles. Ce prince , d'une franchise dont il fut souvent la victime , semblait n'être pas né pour sou siècle , ou tout fart de la politique consistait à tout promettre pour ne rien tenir. Econome par la crainte de grever son peuple, il disait souvent : J'aime mieux voir rire mes courtisans de mes épargnes , que de voir pleurer mon peuple de mes dépenses. Il avait pour devise un roi des abeilles , entouré de son essaim avec ces mots : no/» utilur aculeo rex cui paremus.
L'an 1498 , Louis XII rendit un édit portant que tous les baillis e^ sénéchaux seraient gradués. L'année suivante, le 20 mars ? il érigea en parlement la cour souveraine de Normandie , dite l'échiquier. L'an i5oi, par édit de juillet, donné à Lyon, il créa le parlement d'Aix. Louis XII, à l'exemple de Charles VIII, défendit la vénalité de tous les offices de judicature. Mais il contrevint lui même à cette défense en quelques occasions. Dès avant S. Louis , les offices de juridictions inférieures étaient vénaux, et continuèrent de l'être sous son règne. On trouve quelques traces de vénalité sous Louis Ilnlin , et encore depuis. Charles VII réforma cet abus, qui se renouvela sous Louis XL
C'est sous Louis Xfl que nous avons commence d'avoir une infanterie nationale. Le préjuge' avait tellement Avili parmi nous l'infanterie, qu'on ne la regardait que o«mme un asile contre la tnisère, et qu'un gentilhomme ne croyait pas v acquérir do l'Iiontieur.Ce ne fut que par déférence pour ses volontés, et à condition de conserver leur premier état, que plusieurs gendarmes consentirent à commander les troupes de pied que Louis avait levées dans son royaume, et surtout dans la Gascogne. Mais les services importants qné rendit cette infanterie dans les guerres d'Italie, la réputation éclatante des capitaines qui se chargèrent de la discipliner , changèrent peu à peu les idées à cet égard. ( M. l'abbé Garnier. )
Jusqu'au règne de Louis XII on ne voit pas d'autre magistrat rrtic le chancelier qui ait eu la garde du sceau royal. Ce prince la donna le 6 janvier 1 5 1 5 à Etienne - Porcher Locquc , de Taris , qui ne la conserva que deux ans. ( Gaïl. Chr. , /. 7 , col. 1 58. ) Sous le règne suivant les sceaux furent souvent en d'autres mains que celles du chancelier. Enfin le roi Henri If , par son edit de Tan 1 55 1 , créa en titre d'office un carde des sceaux.
La ville de Paris est redevable à Louis XII du pont au Change et du pont Saint-Michel , tous deux construits sous la direction, de Jean Giocordo, dominicain, né à Vérone : sur quoi le poète Saunazar fit l'epigramine suivante.
Jocondns geminnm imposuit tibi sequana pontera, Hune tu jure potes ilicerc pomificem.
Le marc d'argent était, sous la fin du règne de Louis XIT, à 12 livres i5 sous, et le marc d'or à i3o livres 5 sous 4 deniers.
FRANÇOIS I" , dit LE PÈRE DES LETTRES. Branche collatérale d'Anoollême»
i5i5. François lor, comte d'Angoulêmc , et duc de Valois, arrière-petit fils de Louis d'Orléans , et de Valentinc Viscouti , et fils de Charles d'Orléans , comte d'Angoulème , et de Louise do Savoie , né le 12 septembre 1494 à Cognac , parvint à la couronne de France, le premier janvier 1 5 1 5 , et fut sacré , le Sj, à Reims, par l'archevêque de Lénoncourt. A peine est-il sur le trône qu il s'occupe du recouvrement du Milanais. Pour fournir dux frais de celte expédition , il rend vénales , par le conseil du chancelier du Prat , les charges de judicaturc.
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mais sans faire aucune loi expresse à ce sujet. 11 (ait alliance en même tems avec les Vénitiens. Au mois de juillet , il part , après avoir nommé régente sa mère , qu'il avait cre'c'e , peu de jours auparavant, duchesse d'Angoulême. Jl passe les Alpes au mois d'août, et entre dans le Milanais, qui n était défendu que
Sar les Suisses. Excites par le cardinal de Sion , ennemi juré e la France , les Suisses attaquent l'armée française près de Marignan, le 14 septembre ; veille de la fête de l'exaltation , sur les deux heures après midi , contre la foi d'un traité fait nouvellement avec eux. Ou connaît peu de combats plus furieux et plus opiniâtres que celui-ci : la nuit seule l'interrompit sa us le terminer. Le roi passa cette nuit sur un affût de canon , et à son réveil il vit qu'il avait dormi à ôo pas d'un bataillon suisse. Le lendemain le combat recommence avec ia même valeur et le même acharnement de part et d'autre ; mais enfin les Suisses , obligés de plier, abandonneut le champ de bataille, couvert de i5ooo de leurs morts. Dans leur retraite , qu'ils firent en bon ordre , les uns allèrent renforcer la garnison de Milan , les autres reprirent la route de leur pays. Le fruit de cette mémorable victoire fut la conquête du Milanais, dont Je roi se trouva maître en inoins d'un mois. Le 23 octobre, il fit son entrée daus la capitale. Au. mois de décembre suivant , le pape et le roi se rendirent à Bologne , pour conférer ensemble. Ce fut là qu'ils signèrent , le 14 de ce mois , le fameux concordat , ouvrage du chancelier du Prat , et de deux cardinaux , par lequel , après avoir aboli la Pragmatique Sanction, le monarque accorde au pontife les annales , et obtient de lui en échange le droit de nommer aux e'vêchés et abbayes de son royaume. 11 est remarquable que la cession des anuates n'est pas exprimée dans le concordat, quoique ce soit une condition qui ait toujours été fidèlement observée. Le clergé , les parlements , les universités , s'opposèrent formellement à cet accord. Mais le roi , l'ayant envoyé muni de lettres-patentes du 18 mai 1617 , au parlement de Paris , cette compagnie , après des jussions plusieurs fois réitérées, consentit enfin, le 21 mars i5i8 , à l'enregistrer en déclarant toutefois que c'était par le commandement absolu du roi et par force , ' qu'elle n'entendait nullement approuver le concordat, et qu'elle continuerait de juger les procès , en matière bénéficialc, suivant la Pragmatique Sanction.
L'an i5i6, conférences de Noyon entre les plénipotentiaires de François Ier et ceux de Charles d'Autriche , devenu roi d'Espague. Elles durèrent depuis le premier août jusqu'au i3. La restitution de la Navarre en fut le pr.ncipal objet ; elle fut promise, et cependant elle n'eut pas lieu , non plus que le ma-
des rois de France» \oj
t tage , projeté alors . de madame Louise, fille de François *vcc le roi Charles. C'était la Iroisième princesse deFrnnce qui lui avait été promue. François !««• fit à Fribourg, le 29 novembre, un traite' plus solide avec les Suisses. On lui donna le nom di* paix perpétuelle y et il le mérita, puisqu'en effet les Suisses, depuis ce temps-là, n'ont cesse* d'être fidèles à la France. Le roi , cette même année, fonda la ville et le port du Hâvre de Grâce à l'embouchure de la Seine. Ce fut M. Chiilon , vice-amiral , qui en posa la première pierre. Les auteurs latins l'appellent Franciscopolis, du nom de son fondateur. Le nom français de Hàvre de Grâce lui vient d'une chapelle qui, avant ta fondation, existait au même lieu sous le nom de Notre Dame Je Grâce Tour* Bai, depuis la conquête que Henri VIII en avait faite en 1 5 1 3 , e*tait toujours entre les mains des Anglais. François 1er, ranr i5i8 , en obtient la restitution , par le crédit du cardinal Woléei, ministre toutpuissant à la cour d'Angleterre, moyennant la somme de 4°° mille écus. Un autre objet plus important vint s'offrir l'année suivante à l'ambition de ce prince; c'était l'empire, vacaut par la mort de Maximilien. Il envoie l'amiral Bonmvet, frère de Goumerde Boissi , son gouverneur, à Francfort pour briguer en son nom , cette dignité. Mais Charles , son concurreut , que nous nommerons dans la suite Charles-Quint , emporta les suffrages des électeurs. François 1er ne put jamais lui pardonner celte préférence , et son ressentiment fut le principe de toutes les guerres dont son règne fut dans la suit» agitC. f
Four se fortifier contre le nouvel empereur ,.le premier soin de François ltr fut de s'attacher le roi d'Angleterre , et de s'en faire un allié en cas de besoin. Les deux monarques , accompagnés de leurs cours , eurent à ce sujet une entrevue , l'an 1620 , entre Ardres et Guines. La magnificence de cette assemblée , qui dura depuis le 7 juin jusqu'au 24 > ^ nommer ce lieu le Camp du drap d'or , parce que le roi de France avait une tente de drap d'or, et que les courtisans firent tous leurs efforts pour approcher de son luxe. L'émulation fut telle que plusieurs , dit Martin duBellai,j* portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules* Tout se passa en fêtes t et les affaires politiques y eureut peu de part. On raconte qne le roi d'Angleterre prit un jour le roi de France au collet , et lui proposa de lutter. Le défi accepté, Henri VIII donne à François I«r deux croc-en jambes : François les esquive, et jette l'Anglais par terre, en lui donnant, dit Fleuranges , un merveilleux saut.
L'an 1 5*jii, la guerre commence dans les Pays-Bas entre François Ier et Charles- Quint. Robert delà Marck , duc de bouillon,
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qui avait osé défier l'empereur, eu lut l'occasion. Le comte de IVassau étant veuu fondre sur les terres du duc avec une armée d'impériaux , le roi , qui craignait une irruption de ce cèle - la sur ses froulières , les mil en état de défense. La précaution fut sage : les Impériaux commirent les premières hostilités contre la. France , par la prise de Saiut-Amand , qui fut suivie de celle de Mortagne et de Mouzon. Le comte de Nassau vient se présenter ensuite devant Mézières, où commandait le chevalier Bayard. Sommé par un héraut , Bavard répond qu'ayant rompu le pont de la Meuse , il u'eu a point d'autre pour sortir que celui qu'il fera avec les corps des assiégeants. Enfin, après un siège des plus opiniâtres- et des plus meurtriers , le comte est obligé* de se retirer. Ce fut à l'attaque de cette place qu'où employa f dit- ou , pour la première fois les mortiers et les bombes. Le roi s'avance alors avec une puissante année , passe l'Escaut , et manque l'occasion , qu'il ne retrouva jamais , de battre l'empereur. Elle était si belle , que Charles-Quint, à son approche , s'enfuit pendant la nuit > avec cent chevaux , en Flandre , laissant là son armée.
Nos affaires , celte année , vont très-mal en Italie par la mauvaise condnite de Lautrec , les intrigues du pape, qui s'était ligué avec l'empereur ♦ et l'inaction des Suisses, qui refusèrent le service faute de paiement. Milan , et la plupart des autres places du Milanais , tombèrent ou pouvoir des Impériaux.
L'an i522, les Français prennent d'assaut Novarre. La place est livrée au pillage ; châtiment bien mérité par les habitants , û avaient porté la férocité jusqu'à arracher le cœur à des ançais pour le manger, et à fendre le ventre à d'antres , pour foire manger l'avoine à leurs chevaux. Lautrec , abandonné àchement par les Suisses , perd, le 22 avril , la bataille de la Bicoque , entre Monza et Milau. (Muratori.) Cette victoire des impériaux , que le P. Daniel place mal- à-propos en i525 , leur facilite la conquête de Lodi, de Pizzighitone, et de la ville, mais non du château , de Crémone ; ils tombent ensuite sur Gênes , qu'ils emportent d'assaut le 5o mai. Le saccagement de cette opulente ville fut la récompense du soldat qui Pavait prise. Henri VIII, que Charles- Quint et François ltr avaient choisi pour arbitre de leurs diffère nds , déclare la guerre au dernier , pour ne s'être pas soumis à la décision partiale du cardinal Wolsei , que l'empereur avait gagné. Le comte de Surrei , amiral d'Angleterre , se met en mer , et va ravager les côtes de Normandie. Il fait ensuite une descente en Bretagne où il pille et brûle Morlaix ; revient, l'an i525 , après ces excursions , plus humiliantes que ruineuses pour la France, à Calais ; et , s'etant
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joint an* troupes commandées par le comte de Bnrcn , îl pénètre en Picardie ; mais la sage conduite du duc de Vendôme , gouverneur de cette province, l'empêche de preudre aucune place considérable-, et l'oblige enfin à se retirer.
L'an i5^5 , Lautrcc , de retour en France avec notre armée d'Italie , vient se présenter devant le roi , qui lui fut de vifs reproches sur la perte du Milanais : Lautrec répond avec fermeté , que sa majesté doit s'en prendre à elle-même de ce malheur , et qu'il ne vient que de ce qu'elle ne lui avait pas fait passer les fonds qu'il avait demandés pour faire subsister les troupes et pousser la guerre avec vigueur. Ce discours étonne d'autant plus le roi, qu'il avait chargé le surintendant des finances , Jacques de Beaune - Semblançai , de faire passer en Italie une somme de 4°° mille écus. Le ministre interrogé , déclaré que madame d'Angoulême , mère du roi, alors duchesse, l'a forcé de lui remettre cet argent, et s'offre d'en fournir la preuve. Mais la duchesse , appuyée du chancelier du Prat , ennemi du surintendant , éluda ce moyen de défense , et l'obscurcit de manière qu'après avoir langui cinq ans en prison , Semblançai fut condamné, le 9 avril 1327, par des commissaires nommés pour le juger, à être pendu comme coupable du crime de péculat ; ce aui fut exécuté le 12 du même mois à Montfaucon. On prétend que Gentil , premier commis de l'épargne , avait trahi son maître en remettant à la duchesse les quittances d'elle - même qui faisaient sa justification. Gentil , ajoute-t-on , fut pendu à son tour quelques années après. ( Mémoires d'Amelot de la Houssaie. )
Semblançai ne fut pas la seule victime des artifices et du crédit de la duchesse d'Angoulême : le connétable de Bourbon ayant dédaigné l\i fifre qu'elle lui avait faite de sa main , elle se vengea de cet affront en lui suscitant un procès dont l'issue fut la perte des biens immenses de la branche aînée de sa maison , qui semblaient lui être dévolus. Cette injustice criante (il
en Italie pour recouvrer le Milanais. Ce monarque , s'étant mis en route pour cette expédition, apprend à Lyon le dessein dei connétable , et prend des mesures pour s'assurer de sa personne ; mais il échappe à toutes les recherches , et vient a bout dé
{'oindre les généraux de Charles-Quint à Plaisance. ( Voy. Chares de Bourbon, dauphin d* Auvergne.) Sa désertion retarda les opérations de François en Italie. Bonnivet, qui les commandait , après s'être emparé d'une partie du Milanais , forme le blocns
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de Milan , prend Monza , et d'autres places aux environs de 1» cypilale. Bayard , vers le même tems , s'élant rendu maître de Lodi , marche au secours du château de Crémone , assiégé depuis 32 mois , et défendu seulement par huit soldats , résolus de mourir plutôt que de se rendre. Il ravitaille la place et renforce la garnison.
La guerre alors était de nouveau déclarée entre la France et l'Angleterre , en conséquence d'une ligne que Charles - Quint avait formée avec le roi Henri VIII, François-Marie Sforcc , nouveau duc de Milan , les Florentins, les Vénitiens et les Génois. Le comte de Suflblk. mari de la veuve du roi Louis XII , avait clé envoyé par le roi d'Angleterre avec une nouvelle armée en Picardie. Suflolk. fit plusieurs tentatives, que la valeur du duc de Vendôme , des comtes de Guise et de Saint-Pol , et du brave Créqui de Pontdormi , sous le commandement du général laTrémoitle, rendit inutiles, comme l'avaient été l'année précédente, celles du comte de Surrei. Cette campagne de la Trémoille fut une des plus savantes et des plus utiles qu'on eut jamais vues.
L'an i5'»4» au mois de janvier, Fontarabie, qui s'était défendue pendant presque tout le cours de l'année précédente contre les Espagnols , leur est rendue par le commandant Franget, trahi par D. Pedro de Navarre, son adjoint, que le connétable de Castille , son oncle , avaitséduit. Frangct , qui s'était distingué parmiHe actions décourage, est arrêté au sortir de la place par Laulrco, coudnitàLyon.et condamné, commelâcl»e et traître, par le conseil de guerre, à subir, sur un cchafaud dressé sur la grande place publique , la plus honteuse dégradation. Les historiens du lems placent la reddition de Fontarabie en i5a5, parce qu'alors l'année commençait encore à Pâques. Ce revers ne fut pas le seul que nos armes éprouvèrent cette année : la campagne d'Italie fut des plus malheureuses pour les Français. Les Impériaux dé* gagent entièrement la ville de Milan , par la prise de Monza et de Biagrasso. Bonnivet , poursuivi dans sa retraite par le conxiétihle et le marquis de Pescaire, reçoit une blessure au bras , et cede le commandement à Boyard. Ce brave officier est blessé mortellement lui-même dans une attaque, au mois d'avril , d'un coup de mousquet , sorte d'arme dont on se servait alors pour la première fois. Le connétable de Bourbon, instruit de son accident , accourt aussitôt pour lui en témoigner sa douleur. Ce n'est pas moi (jtïil faut plaindre , lui dit Bayard , mais vousmême qui portez les armes contre votre patrie. 11 expira quelques moments apr^s , au pied d'un arbre , en héros chrétien , a l'âge de quarautç-huit-at:s, après s'être confessé à son uiajtce-
DES ROIS DE FRANCE. I/f*
d'hôtel , an défaut de prêtre , suivant un ancien usage qui régnait encore en ce tems-là. Son corps fut porté à Grenoble , sa patrie , il reçut de grands honneurs sur la route , et fut inhumé avec pompe dans l'église des Minimes. (Le P. Daniel se trompe en plaçant la mort de cv grand général sous Tan i5a5. ) Le comte de Saint- Pol repasse les Alpes avec les débris de l'armée française. Les Impériaux étant entrés dans la Provence au mois de juillet, prennent différentes places , et, le 7 août, mettent le siège devant Marseille. Le connétable avait promis que trois coups de canon suffiraient pour réduire cette place ; mais la belle défense des Marseillais lui apprit à les mieux connaître (1). Après quarante jours d'attaques non interrompues, il fut contraint de lever honteusement le siège. Cet échec eût été* suivi de la perte entière de son armée, s'il n'eût prévenu , par une prompte retraite , l'armée du roi , qui s'avançait pour lui fermer le retour en Italie. François Ier, voyant l'ennemi hors de ses états, s'enfonce dans le Milanais. Il est reçu dans Milan a la mi-octobre, et le 28 il commence le siège de Pavie. Occupé en même tems de la conquête de Naples , il détache dix mille hommes de son armée pour cette expédition.
L'an i525, Pavie toujours assiégée et serrée de plus en plus , est à la veille de se voir forcée à se rendre ou d'être emportée d'assaut; mais le sort d'une bataille la délivre. Le a4 février, comme les Impériaux passaient devant la tête du camp français , pour aller à Mirabel, le roi sort avec son armée, contre l'avis de 6es meilleurs officiers , pour les attaquer. Son artillerie seule pouvait lui assurer la victoire ; mais son imprudence fut telle, qu'il rendit inutile cette artillerie, en se mettant entre elle et 1 ennemi. Les prodiges de valeur qu'il fît ne réparèrent point cette faute : il fut battu et fait prisonnier avec perte de huitmille hommes. A cette funeste journée périt, à l'âge de soixante-quinze ans, le brave la Trémoille, ce grand capitaine qui avait servi avec gloire sous quatre de nos rois. Bonnivet, cause do tous les malheurs par ses pernicieux conseils, eut le même sort, ainsi qu'un grand nombre de seigneurs. Le roi, conduit d'abord à Fizzighitone , fut transféré ensuite à Madrid , où il eut le château our prison. Dès qu'on eut appris ce malheur en France , ma» amc d'Angoulêmc, mère du roi, fut déclarée régente, et le comte d'Alençon , Charles de Bourbon , grand-père ae Henri IV,
(1) Le marquis de Pescaire l'accompagnait à ce siège. Un boolet de canon tua on jour quelques personnes dam la lente même du marquis. Le connétable accourt au bruit de cet accident et demande ce que c'est. Ce sont, lut dit Vwcwrc , Us consul* de Marseille qui nous apparient Us cUfs de la ville.
1^2 CÏTIVONOLOGIE lUSTOMOCE
établi chef du conseil de régence. Ce fut le roi lui-même qui annonça l'issue ^de la bataille à sa mère : Tout est perdu , madame, lui mandait-il , fors donneur. Le 5o août , la régente fait avec l'Angleterre un traité de ligue offensive et de'fcnsive. Ce monarque , jaloux des succès de l'empereur, tint alors la balance entre les deux princes rivaux, et fut le gardieu, dit au illustre moderne, de la liberté' de l'Europe.
Le roi captif était cependant traité par son vainqueur, non avec les égards qu'il devait à un prince malheureux , son égal , mais avec la dureté d'un corsaire envers un esclave opulent. Enfin, le 14 janvier l5a6, François Ier fait dans sa prison avec l'empereur, un traité par lequel il lui cède le duché de Bourgogne , le comté de Cbarolais , les seigneuries de Noyers , et de Chàtcl-Chinon, et renonce à ses prétentions sur Milan , Naplcs , Gènes, etc. A ces conditions, le 21 février, on lui rend sa liberté. Il part de Madrid , et le 21 mars il est échangé sur la rivière d'Audaye , avec le daupliiu et le duc d'Orléans , ses fils , qui furent donnés en otages , pour la sûreté de l'exécution du. traité. Eu traversant ses états , François Ier conclut à Cognac , le 22 mars, une ligue avec le pape , les Vénitiens, le roi d'Angleterre , les Suisses et les Florentins pour la sûreté et la liberté de l'Italie. Cette ligue fut nommée la ligue sainte , parce que le pape était à la tète. Ce fut celui qui eut le plus à se repentir d'y être entré.
L'an 1527, la nouvelle arrive en France que les Impériaux , s'étant rendus maîtres de Roqpe par escalade , tiennent le pape prisonnier au château de Saint- Ange. Lautrec, l'âme de la ligue sainte, arrive dans le mois de juin en Lombardie , dont il soumet une partie , et de-là marche à la conquête du royaume de Naplcs. Le 9 avril i5i8, il entame le siège ou blocus de la capitale, après s'être rendu maître de toutes les autres places. Tandis qu'il serre Naplcs par terre, Philippin Doria , le G mai , bat la flolîc espagnole qui était venue pour délivrer la place , et Moncade est tué dans le combat. iMais deux mois après , Philippin abandonne le parti de la France , et passe au service de l'empereur , à l'exemple et à fumigation d'André , son oncle , irrité de n'avoir pu obtenir de François Ier la liberté de Gènes, sa
Eatric. Dans le même tems la contagion se met dans l'armée de -au troc , il en est attaqué lui-même et meurt devant Naplcs le 1 5 août î528. Son corps , pendant donze ans , fut tenu caché par un soldat qui espérait en tirer de l'argent , et fut enfin inhumé dans l'église de Sainte- Marie de Naples , où l'on voit sou épi ta pbe que fit mettre sur son tombeau , long-tcms après , Ferdinand Gonsalvc , viceroi de Naples , petit-fils du grand Gou-
salve. (Elle est rapportée dans le voyage d'Italie du marquis de Monlessori ) Celle expédition fut, comme toutes celles des Français en Italie, brillante au commencement, malheureuse à la fin.
Nos affaires curent à peu près les mêmes succès dans le duché de Milan. L'an i5a8, le comte de Saint - PoP, ayant reçu de France un renfort de mille lances et de douze mille hommes de Suisse , se concerte avec le duc d'Urbin , général des Vénitiens, pour faire le siège de Pavie. La ville , attaquée, le 9 septembre , est emportée d'assaut le 19 , et impitoyablement saccagée , suivant Mura ton'. Le château, quelques jours après, ajmitc-t-il , lit une capilulatiou houorablc et utile à la garnison. Mais Pavie l'année suivante , fut reprise, le 5o août, par Antoine de Lève, après une bataille gagnée sur le comte de 5aint - Pol. Les troupes françaises , après ce revers , désertèrent par bandes , et bientôt il n'y en eut plus dans le Milanais. Elles y étaient au reste inutiles ; la paix éiait signée dès le 3 août entre les puissances belligérantes , et vraisemblablement la nouvelle n'en était pas encore venue en Italie , lorsque Pavie fut reprise. Deux princesses avaient fait les fonctions de plénipotentiaires , la gouvernante des Pays-Bas , Marguerite d'Autriche , au nom de l'empereur , et la duchesse d'Augoulème , au nom du roi , son fils. Après des conférences entamées -au mois de mai , dans la ville de Cambrai , il avait été convenu et arrêté que l'empereur se désisterait de ses poursuites sur la Bourgogne , et que le roi de France renoncerait à Thomniage de la Flandre et de l'Artois , et payerait deux millions d'écus d'or au soleil pour la rançon de ses enfants détenus en ôlagc à Madrid. On appela ce Irai lé la paix des Dames.
François Ier ayant épuisé ses finances autant par les plaisirs que par la guerre, ce fut Henri VIII qui lui fournit l'argent qu'il avait promis à l'empereur. S'étant acquitté de cette dette (1) , il part au mois de juin i53o pour aller au devant de ses deux fils mie les Espagnols ramenaient au même lieu où ils leur avaient été livrés en 1026. Eléonore , sœur de l'empereur, et veuve d'Emmanuel , roi de Portugal , les accompagnait pour accomplir son mariage avec François Ier, à qui elle avait été fiancée par le traité de Madrid. Le roi les reçoit le 5 juillet, et le lendemain il épouse Eléonore dans l'abbaye de Verics, entre Capjoux et Roquefort de Marsan. A sou retour il travaille à remédier aux
(t) Le chancelier «la Prat avait fait frapper les deux million* dYcus au-dessous de Taloi dont ils devaient cHrc. Les Lspugnols, sYlunt aperçus de celle supercherie y obligèrent la France de payer une indemnité.
l44 CHHONOLbGIE HISTORIQUE
desordres qu'âne longue guerre avait occasionnes. Il s'applique aussi à faire refleurir les lettres, et fonde dans l'université , malgré l'opposition de la Sorbonue , deux chaires de langues savantes , ce qui a donné l'origine au collège royal. Jean Vatable Ou Valeblé fut le premier qui occupa la chaire d'hébreu , et Pierre Danès , depuis évêque de Lavaur, celle de grec. L'Imprimerie royale qui ne le cède à aucune de celles de l'Europe, elque peut-être aucune n'égale, d'où sont sortis tant d'importantes éditions d'ouvrages anciens qni sans elle demeureraient encore ensevelis dans la poussière , est un autre établissement de la même année, dont les lettres sont redevables à François Ier. Ce prince, l'année suivante (et non pas l'an i552 comme le marque le nouvel éditeur du P. Daniel), fît une perte dont le public ne partagea pas le deuil avec lui. Ce fut celte de Louise de Savoie, sa mère, duchesse d'Angouléme, morte le 22 septembre , à la suite d'une longue maladie , dans le village de Grez, en Gâlinais, en se faisant transporter au château de nomoreutin. L'ambition , l'avarice et le caractère vindicatif de cette princesse, furent les principales causes des malheurs delà France. A sa mort , elle laissa une somme de quinze cent mille écus d'or. Le roi , son fils , à qui cette somme eut suffi pour sa rançon et pour celle de ses enfants , en détacha le tiers pour retirer des mains de Charles-Quint les terres de la maison de Vendôme , situées dans les Pays-Bas , et rentrer lui-même dans celles qu'il avait été obligé de céder en échange. A cette occasion , il publia une ordonnance pour réunir à la couronne tous les domaines aliénés , à la réserve des apanages. (M. l'abbé Garnier. )
L'année 1 533 est sur-tout mémorable par le mariage de Henri, duc d'Orléans , deuxième fils de François Ier, avec Catherine , fille de Laurent de Médicis, duc d'Urbin. Tandis que le pape Clément VII, oncle de la princesse , l'amenait en France , le roi part de Fontainebleau dans le mois d'avril , accompagné de la reine et de ses fils , pour aller au devant du pontife , et prend sa route par l'Auvergne et le Languedoc pour se rendre e^ Provence , ou l'entrevue devait se faire. A Toulouse , où il est reçu magnifiquement, il accorde à l'université le privilège de faire des chevaliers. Les professeurs émérites en droit de celte école avaient déjà celui d être faits comtes ès lois. En vertu du nouveau privilège , Pierre Auriol , professeur en droit canon et prêtre , fut créé chevalier , avec beaucoup de pompe , par Pierre Dassis , son collègue, qui lui donna Pépée , la ceinture , le baudrier, les éperons dorés , le collier et l'anneau. (Hist* de hang. • T. V, p. i56 ) De Toulouse le. roi vint à Marseille où le mariage , qui faisait l'objet de son voyage , fut célébré , le 28 octobre , par le ministçre du pape.
Les progrès <me les Espagnols et les Portugais faisaient en Amérique, excitèrent l'émulation de François Ier. Quoi, disaitil en plaisantant , le roi tf Espagne et le roi de Portugal partagent tranquillement entre eux le nouveau monde , sans m'en faire parti Je voudrais bien voir V article du testament à? Adam, qui leur lègue F Amérique ! Plein de cette idée , il fait partir , pour ce pays , Tan t534> François Cartier , habile navigateur de Saint- JVÎalo , qui fait une descente au Canada que le baron de Lévi avait découvert en i5i8 , visite les col es de celte contrée avec soin , et en (ait une description exacte qu'il rapporta Tannée suivante en France. D'autres navigateurs vinrent sur ses traces en Canada , et y firent des établissements qui se sont multipliés sous la protection de la France.
Dès l'an 1 525, François I€f entretenait un commerce clandestin avec Soliman, empereur des Turcs. Pendant neuf ans, il l'avait désavoué ou l'avait coloré de faux prétextes toutes les fois qu'il lui avait été reproché. Mais, l'an i554> les deux monarques , alarmés par une flotte considérable que Charles -Quint faisait équiper en différents ports de la Méditerranée, et qui semblait également les menacer l'un et l'autre , conclurent ensemble un traité de ligue défensive et de commerce. Le roi de France, loin de dissimuler ce traité , reçut avec distinction l'ambassadeur Turc qui vint en recevoir la ratification , et entretint toujoors depuis un ambassadeur à Constantinople, chargé de protéger le commerce de ses sujets dans les ports du Levant. ( M. fabbé Garnier).
Cette alliance, jointe à celle que François l*r avait faite à Eslingeu , Tan i552 , avec les princes protestants de la ligue de Smalcade , et à ses liaisons connues avec Henri VIII , répandit un nuage dans l'esprit d'un grand nombre de personnes sur la rcii-gion de ce prince. Les luthériens , qui commençaient alors à se multiplier en France , le regardaient au moins comme tolérant f et ce préjugé les rendit plus nardis à débiter leurs erreurs. Quelques-uns de ces sectaires portèrent l'audace plus loin. La nuit du 18 octobre 1 534 » ils affichèrent aux portes des églises de Paris et dans tous les carrefours, des placards contre la messe et contre la transsubstantiation dans l'eucharistie. Le roi ne tarda pas à les désabuser. Oc Blois , où il était alors , s'étant transporté au milieu de l'hiver à Paris , il ordonna , pour réparation du. scandale, une procession générale à laquelle il assista, le 19 janvier i535, avec ses fils , une torche à la main. S'étant rendu ensuite à la place publique, il y fut témoin du supplice affreux de six auteurs des affiches , qui furent brûlés vifs et à petit feu