HENRI IL
i547* Henri II, fils de François Ier et de la reine Claude , né, le 3i mars j5ic), à S. Germain-en-Laye , succéda, le 5i mars 1 547 , à son père, et fut sacré, le 26 ou 28 juillet de la même année, à Reims, par le cardinal - archevêque , Charles de Lorraine. On remarque qu'à cette cérémonie Henri porta des bas de soie, inconnus jusqu'alors en France. Un des premiers actes d'autorité que fit ce prince , fut de rappeler le connétable de Montmorenci r retiré dans ses terres , et d'écarter le cardinal de Tournon et l'amiral d'Annebaut. C'était aller directement contre les dernières intentions de son père , qui lui avait recommandé en mourant de laisser le premier dans la disgrâce , et de prendre les avis des deux autres. Henri n'en demeura point là j il réforma toute la vieille cour, et de tous les grands officiers il ne conserva que le chancelier , Olivier de Leuville ; encore les sceaux lui furcut-t-ils ôtés dans la suite. Ceux qui eurent le principal crédit sous ce règne, furent le cardinal de Lorraine, François duc de Guise , son frère , deux hommes dont François Ier avait averti son fils de se défier, ( il avait tort à l'égard du second ) le connétable , le maréchal de S. André , et Diane de Poitiers , duchesse de Yalenlinois. Le io juillet, étant à S. Germain-en-Laye, Henri donne un étrange spectacle à la cour. Oubliant les lois divines et humaines , comme parle M. de Meaux , il autorise par sa présence le fameux duel de Yivonne de la Cbalcigncraie , et de Chabot de Jarnac. Celui-ci terrassa son
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adversaire en lui donnant inopinément sur le jarret un coup dont il ne put se relever ( i ). Delà vient le proverbe , un coup de Jomac , pour marquer un coup fourré. L'ambassadeur du sultan Solimau, qui était présent , s'étonna foi t , dit Brantôme , neveu de la Chateigiieraie, et trouva fort étrange ce combat de gentil-homme français à gentil-homme français , et surtout d'un favori du roi à un autre. Les Mahométans, .ajoutait- il, ne font point cela, et mettent leur point tf honneur à bien servir leur prince , et soutenir et prendre sa auerelle en guerre» Mais ce qu'il y eut de plus singulier, c est que Jarnac, après le duel, fut conduit par les hérauts à l'église de N. D. , ou , ayant rendu grâces à Dieu , il fit appendre ses armes. ( La Colombièrc. )
Le ministère anglais , à la tête duquel était , sous le titre de
Srotecteur du royaume , le duc de Sommerset, oncle et tuteur u roi Edouard VI âgé de quelques mois seulement, travaillait alors à procurer la réunion de l'Ecosse à l'Angleterre , en assurant à son pupille la main de Marie Stuart, reine d'Ecosse, dont l'âge était à peine de six ans. La voie des négociations n'ayant point réussi, il eut recours à celle des armes pour arracher la reiue des mains de la régente , sa mère , et l'ameuer auprès du jeune roi qui lui était destiné pour époux. Henri , prévoyant le danger dont leprojel des Anglais menaçait la France, fait partir, en i548 , le seigneur d'Esse avec six mille hommes, pour aller au secours des Ecossais. Tandis que ce général est occupé en Ecosse à reprendre les places dont les Anglais s'était emparés , il fait adroitement conduire la jeune reine en France , ou elle fut depuis élevée jusqu'à son mariage avec le dauphin.
Au mois de juillet de la même année l'imposition de la gabelle cause en Guienne un grand soulèvement. Les Bordelais en viennent au point qu'ils massacrent , le 23 août , Tristan de Monncins, lieutenant du roi dans la province, et gouverneur des châteaux de Bordeaux. Le connétable est envoyé avec des troupes sur les. lieux pour châtier les rébelles. Le 8 octobre , comme il s'avançait, Je capitaine de la ville, accompagné des priucipeux habitants , vient audevant de lui à deux journées , pour lui présenter les clefs. Allez, allez, avec vos clefs, lui dit le connectable , je n'en ai que faire. Ten ai d1 autres que je mène avec moi (ses canons ) qui me feront autres ouvertures que les
(1) Chabot, après le combat, se mit h genoux, levant les yeux et le* mains au ciel, pour le remercier de sa victoire; et, *e frappant de teras en tem* la poitrine , avec son gantelet de fer, U disait : Domine non s uni dig/ius. (Griffel.)
DES ROIS DE FRANCE* l6l
vôtres. Je vous ferai tous pendre. Je vous apprendrai à vous rebeller contre le roi , et à tuer son gouverneur et son lieutenant. « À quoi il ne faillit, dit Brantôme , et en fît une punitiou » exemplaire , mais non si rigoureuse que le cas le requérait ».
Jusqu'au seize juin t 54 g le roi ne s'était point encore montré dans sa capitale. Ce jour il y fit son entrée solennelle , qui, deux jours après, fut suivie de celle de la reine dont le couronnement venait de se faire à Saint-Denis. Des tournois commencèrent le lendemain, et remplirent, sous différentes formes, le reste du mois. Le 2 juillet , le roi tint son lit de justice au parlement, et, le 5 du même mois , à l'issue d'une procession générale, à laquelle il avait assisté , plusieurs calvinistes furent tirés des prisons où ils étaient détenus, et brûlés en cinq places différentes de Paris. Le roi lui-même fut spectateur de leur supplice en s'en retournant au palais des Tournellcs. On prétend que ce fut Diane de Poitiers , sa maîtresse , qui l'anima contre ces sectaires ; mais les principes d'intolérance dont il était imbu ne lui permettaient pas de les ménager.
La restitution du Boulonnais promise à François I*r par Henri VIII n'était pas encore effectuée. Henri II, profitant des troubles qui régnaient en Angleterre, se met en état de faire ce recouvrement par la voie des armes. Ayant fait marcher promptement des troupes vers la frontière de la Picardie, il va les joindre vers la mi -août i549» et ^ans 'e cours d'environ six semaines il se rend maître de toutes les places que les Anglais possédaient autour de Boulogne. Il avait même commencé le siège de celte ville ; mais les pluies continuelles de l'automne l'obligèrent d'attendre la campagne suivante pour achever son expédition. Le comte de Warwick , nouveau ministre d'Angleterre , prévoyant l'impossibilité de conserver Boulogne , fait proposer au roi de France de mettre l'affaire en négociation. Le connétable de Montmorenci , qu'il avait mis dans ses intérêts , appuie celte proposition dans le conseil , et son avis l'emporte. Des plénipotentiaires , nommés de part et d'autre , s'étant assemblés à Boulogne, le résultat de leurs conférences fut que Boulogne serait rendue à la France sans détai , moyennant la somme de quatre cent mille écus qu'elle paierait à l'Angleterre, au lieu de deux millions que François Ier avait promis. Il fut de plus stipulé que les Anglais , contre lesquels Paule de Termes , général français, combattait avec succès en Ecosse , évacueraient toutes les places qui leur restaient dans ce royaume , et qu'enfin madame Elisabeth de France serait donnée pour épouse au roi d'Angleterre, lorsqu'elle aurait atteint l'âge de douze ans. En conséquence de ce traité, sigué le 24 mars i£>5o, le roi s*étant