‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 24 sur 146 · VI. a · texte numérisé non relu

VI. a

194 CHRONOLOGIE HISTOIIIQCE

il avait eu l'audace de piller ses équipages au sortir de Poot- Beauvoisin , et il ajoutait que les armes et le jeu rendent les hommes égaux. Montbruu fut condamné à mort, et exécuté le 12 août. Le i5 septembre , le duc d'Alençon s'échappe de la cour pour aller joindre les confédérés. Le prince de Coude rentre en France vers le même tems , avec des troupes étrangères. Un corps de reitres, qu'il en avait déiaclié pour l'envoyer au duc d Alençon , est rencontré près de Ohàleau-Thierri

Î>ar le duc de Guise qui l'attaque et le défait. Mais dans 'action le doc reçut un coup d'arquebuse a la joue , dont il lui resta une cicatrice qui IuLHt donner le surnom de Balafré. Au mois de novembre la reine - mère tire de prison les maréchaux de Montmorenci et de Cossé. Elle se sert du premier pour engager le duc d'Alençon à venir la trouver au château de Champigui. Le fruit de celte entrevue fut une trêve de six mois , commencée au 22 novembre. Elle ne dura pas même ce court espace de tems. Au mois de mars suivant , le duc d'Alençon s'étant mis à la tête des Huguenots , se rend à Moulins , où, îl reçoit un renfort de huit mille allemands , tant reitres que lansquenets (1), que leprincedeCondé lui amène sousia conduite du palatin Jean Casimir. A la nouvelle de leur arrivée , le roi de 2Navarre quitte furtivement la cour , va se joindre ù eux et fait de nouveau profession du Calvinisme. La reine , voyant alors trois princes du sang à la tête des rebelles, pense sérieusement à la paix. Elle se fit par le canal du duc d Alençon que l'ou gagna d'autant plus aisément, qu'il se voyait peu considéré des Huguenots. On lui accorda une augmentation d'apanage , dont l'Anjou faisait partie , et depuis ce tems il s'appela duc d'Anjou. Les Huguenots obtinrent le libre exercice de leur relig ion, des chambres mi-parties dans les huit parlements , et des places de sûreté. Pour congédier le palatiu , « il fallut , dit Brantôme, » donner des pensions et appointements excessifs , jusqu'à lui » donner le duché d'Etampes. Au partir de là , continue cet » historien, il rentra en Allemagne, et s'y fit faire un triomphe » ni plus ni moins qu'à la mode des anciens consuls romains , » jusques-là , comme je l'ai ouï dire, qu'en son triomphe fu- » rent menés et conduits une infinité de bœufs qui avoicnt été » pris ensemble, caparaçonnés et accommodés ni plus ni moins » qu'étoient ceux desdils Romains , menés tant en leurs triom- » phes , qu'en leurs victimes et sacrifices. Il n'avoit pas eu de n grandes peines à conquérir ces bœufs j car ils étoieut eu proie à

(t) Les Reitres «uient la cavalerie des Allenuuds, et les Lansquenets leur inliintcrie.

DES ROIS DE FRANCE. Iy5

* un chacun Si esl-cc que de lui ni des siens pour cette

» foib il n'y eut de trop grands coups rués..... Il pouvoit pour- » tant dire que les bagnes et joyaux , les buffets , la vaisselle » d'argent , les chaînes d'or , surtout les beaux ccus au soleil , » le pillage et la dépouille que lui et les siens avoicut faits en 1» France, pouvoient beaucoup servir au sujet de son triomphe... » Tant y a que par ses venues en France , il y avoit bien fait du » mal » . L'édit de pacification (il est compté pour le cinquième), fut porté, le 14 mai , par le roi lui-même , au parlement, et enregistré en sa présence. Mais il n'eut pas reflet qu'on s'en était promis. Les Catholiques en furent très - mécontents. A Péronue, les habitants , excités par Jacques d'Humièrcs , leur gouverneur, refusèrent de recevoir les troupes du prince de Coudé , à qui cette ville avait été donnée pour une acs places de sûreté. Des seigneurs du voisinage , animés du même esprit, 1 firent avec eux une association pour le maintien de la religion catholique; elle fut signée à Péronnc , le 1 5 février 1677. Cet exemple fut bientôt suivi par un grand nombre de villes du royaume. Ainsi se forma la ligne que l'on qualifia d'Union sainte, et qui devint si funeste à la religion et à l'état. Les zélés catholiques en furent les instruments ; les nouveaux religieux , les paranymphes et les trompettes ; les grands du royaume , les auteurs et les chefs. La mollesse du roi lui laissa prendre accroissement ; et la reine mère y donna les mains , non par aucun zèle de religion , mais par la haine mortelle qu'elle portait aux Huguenots. ( Mézcrai.) Les premiers mouvements do la ligue firent sentir à ces derniers ce qu'ils avaient à craindre. Ils se plaignent hautement de cette confédération , comme sfils n'en avaient pas eux-mêmes donné l'exemple dans les différentes associations qu'ils avaient faites entre eux. Pour la réprimer, ils demandèrent avec instance l'assemblée des états : clic leur fut accordée. Le roi en fit l'ouverture à Blois le 6 décembre. Mais les Huguenots n'y trouvèrent pas les avantages qu'ils avaient espérés. L'assemblée , dont tous les membres étaient catholiques, révoqua leurs privilèges , décida qu'on leur ferait la guerre, autorisa la ligue , et obligea le roi de la signer. Ce prince fit plus , il se déclara chef de cette association : politique sage, quoique blâmée par quelques écrivains , et que l'événement aurait justifiée , si ce prince eût montré dans sa conduite autant de fermeté qu'il avait foit paraître de valeur à la tête des armées sous le dernier règne.

L'an 1677, ^cs ^tats &e Blois sont terminés au commencement de mars. En conséquence de la résolution qu'on y avait prise , la guerre recommence entre les Catholiques et les Huguenots. Le roi met à la têle d'une armée le duc d'Anjou , qui se rend maître de la Cbarité-sur-Loirc au mois d'avril , puis d'issoire

ïqG rnRONOLOCTE ITfSTOnTQCE

on Auvergne. Pamvillc, réconcilié avec la cour, par traité dw v.\ mai, tourne ses armes contre le parti qu'il avait jusqu'alors, soutenu. Il enlève plusieurs places aux Rcbgionnaircs, et met le> siège devant Montpellier. Tandis qu'il le presse , le roi, dans la ce inte (pie les rebelles n'appellent des troupes étrangères en France, leur accorde une nouvelle paix. Elle fut signée le 17 septembre à Rergcrac , ratifiée par le roi , le 5 octobre , à Poitiers , et suivie d'un sixième edit de pacification , moins favorable que le dernier. La nouvelle qu'en reçut le prince de Condé pendant la nuit à la Rochelle , lui causa tant de joie qu'il la fit publier sur le champ aux flambeaux. Montpellier fut une des

Îilaces de sûreté accordées aux Huguenots ) mais bientôt les mstilités se renouvelèrent en Languedoc et en Guienne.

La fureur des duels , excités pour l'ordinaire par des intrigues amoureuses , régnait alors plus que jimais en France. L'an j ^78 , le 27 avril, combat de Caylus (Levis), Maugiron et Livarot , trois mignons ou jeunes favoris de Henri III , contre Jiil/ac d'Entraînés , d'Aidie de Riberac et Schombcrg , attachés. aux Guise. Maugiron fut tué «ur la place, Caylus mourut vingthuit jours après de ses blessures. Le 3î juillet, iSaint-Maignn > rutre mignon de Henri , fut assassiné par ordre du duc de Guise , ou du duc de Mayenne , son frère , pour s'être vanté d'être dans les bonnes grâces de madame de Guise. Le roi les fil enterrer tous les trois avec pompe dans l'église de Saint-Panlf ft lit placer la statue de chacun d'eux sur leur tombeau. Ces mignons étaient Irès-diffamés pour leurs moeurs, ils mêlaient, à l'exemple du souveraiu , la superstition à la débauche, et tandis qu'ils se donnaient en spectacle avec lui dans des processions «te pénitents, ils menaient la vie la plus licencieuse à la cour. Le peuple cependant gémissait sous Je poids des impôts dont le roi les accablait pour fournir au luxe de sa cour , et satisfaire l'insatiable avidité de «es favoris. Il envoya, le 9 septembre, jusqu'à vingt-deux édits bursaux au parlement qui n'en voulut enregistrer que deux. Il fit une chose plus louable, au mois de décembre suivant , en instituant l'ordre des chevaliers du Saint-Esprit, sur le modèle et sous le même titre que celui de Louis d'Anjou , roi de Naplcs , avait institué en l502 , à la Fentccôte , jour de son couronnement. (J'oj'ez les rois de jXipIes ). La cérémonie s'en fit aux Augustins, le 5r de ce mois, et les deux jours suivants. Cet établissement, où l'on, n'admettait que la haute noblesse , fit tomber celui de Saint- Michel « dont l'entrée fut depuis ouverte au mérite personnel fins naissance distinguée. Il semblait, ( et c'était l'intention du 1 »i) devoir aussi ramener du Calvinisme les principaux seigneurs,, parce que la profession de la foi catholique était une des coudi*

lions pour y entrer. Les Ligueurs par conséquent n'avaient rien à y reprendre. Mais telle était leur haine contre le roi que pendant cm'il dînait avec ses chevaliers aux Àugustins, ils affichèrent à la porte de l'église un placard insolent, où ils faisaient une mauvaise application du premier chapitre d'Jsaïe à la cérémonie , en ces termes : Ecoutez la voix du seigneur , tyrans de son peuple , princes qui imitez les rois de Sodorne : je hais vos solennités, etc. On vit même des c'eoliers se promener par les rues avec des fraises de papier semblables à celles que portaient 3e roi cl les courtisans, criant , à la fraise on connaît le veau. Le roi les fit mettre en prison , et ce fut uue nouveau grief contre lui. La reine-mère, plus occupée que le roi, son fils, des a lia ires de l'état , avait quitté la cour au mois de juillet précédent , pour aller trouver le roi de Navarre en Guienne et traiter avec lui des moyens de faire observer les derniers édits de pacification. Elle meuait avec elle la reine Marguerite , qui jusque-là n'avait pu obtenir du roi, son frère, la permission d'aller rejoindre son époux. La marche fut lente, parce qu'elles allaient à petites journées et qu'elles s'arrêtèrent en divers lieux.

L'an lôyc), la reine-mère ayant fait avec le roi de Navarre un traité dans le mois de février , à Nérac engage ce prince à revenir à la cour. Elle parcourt ensuite le Languedoc, la Provence, le Dauphiné , la Bourgogne , et arrive , sur la fin de l'année , à Paris; Pendant l'absence de la reine, sa mère , Henri 111 rendit, au mois de mai , la fameuse ordonnance de Blois. Quoique dressée et publiée à Paris, on l'appelle de Blois, parce qu'elle a été rendue en conséquence des cahiers préseutés par les étals » de Blois en iôy6. Elle contient 565 articles , dont plusieurs concernent la discipline ecclésiastique de France. Jean de Montluc, évêque de Valence, l'un des prélats les plus suspects en matière de religion, et des négociateurs les plus habiles , était mort, le i5 avril précédent, à Toulouse. Son génie se déploya en seize ambassades dout il fut chargé pour les pays étrangers ; ce qui" l'engagea de prendre pour sa devise ce vers «le Virgile :

Quœ regio in terris nos tri non plcna laboris ?

On vit éclater en i58o uue nouvelle guerre qu'on appela des Amoureux, parce que des intrigues de galanterie y donnèrent occasion. Le roi de Navarre la fit résoudre dans une assemblée de rcligionnaires tenue à Montaubau. Tandis que se commettent les premières hostilités , le duc dAnjou passe à foudres dans la vue d'épouser la reine Elisabeth , et revient aivec de vaines espérances. Le roi de Navarre preud Cahors le puiai. Ce fut au siège de cette place qu'on fit usage , pour la

première fois , du pétard. Le marc'chal de Biron , beaucnnp plus fort que le roi de Navarre , l'empêche de faire aucun progrès en Guienne. Sur la fin de juin f le maréchal de Malignon , à la tète d'une armée de royalistes , assiège la Fèrc , et s'en rend m;iilre le 12 septembre. Les boulets rouges, suivant la conjecture du P. Daniel , furent employés à ce siège pour la première fois. Le duc d'Anjou persistait toujours dans le dessein d'obtenir la main d'Elisabeth. Il avait de plus forme le projet de se faire souverain des Pays-Bas , oit le roi d'Espagne avait perdu toute son autorité. Pour se rendre favorable le roi de Navarre et le faire entrer dans ses vues, il va le trouver, et l'engage à faire la paix. Elle est signée, le 26 novembre , à Fleix, près de Sainte-Foi. Mais celte paix, au lieu de rétablir l'ordre dans le royaume, y met la confusion par les dérèglements , les dissolutions et les folles dépenses où les favoris jettent le roi.

La fermentation des esprits était toujours grande dans la Guienne. Pour là calmer, le roi, dans le mois de janvier i58i, donne un septième édit de pacification. Mais il n'eut pas un effet aussi prompt et aussi général qu'on l'avait espéré. Le prince de Condé eu suspendit l'acceptation dans le Languedoc, où il s'était rendu. Les Huguenots de cette province s'y soumettent enfin dans les derniers jours d'octobre. Vers le même tems , le duc d'Anjou quitte furtivement la cour , où il était sans considération , et va tenter l'établissement qu'il projetait dans les Pays-Bas. Il ne fut poiut trompé dans ses espérances. Les états de Hollande lui défèrent la souveraineté par le conseil de Guillaume , prince d'Orange. Etant passé de-là en Angleterre , au mois de novembre , il y resta trois mois , caressé et fêté par la reine Elisabeth, sans pouvoir néanmoins obtenir la main de cette princesse , qui était l'objet de son voyage. De retour dans les Pays-Bas au mois de février i582 , il y est couronné, le 19 de ce mois, duc de Urabant dans Anvers. Il fut ensuite reconnu comte de Flandre. Mais sa conduite ne soutint pas ces heureux commencements.

Eu France, Anne de Joyeuse, créé duc et pair, au mois d'août i58i , voulut se prévaloir de la faveur au roi pour enlever au duc de Montmorenci le gouvernement de Languedoc. La division qui éclata entre ces deux seigneurs, l'an i58î, à cette occasion, fut très- funeste à la province. Des brigands eu profitèrent pour y commettre impunément les plus grands desordres. Le roi, sur les plaintes qui lui eu furent portées, employa son autorité paur réconcilier les deux maisons , et y réussit. La tranquillilé'fut alors rétablie en Languedoc. (Vaissète, T. V. )

Il eût été à souhaiter que Henri III donnât la nie me attention

aux divers abus qui régnaient dans le gouvernement ; mais réservant toute sa tendresse pour ses favoris , il ne montrait que de l'indifférence pour les besoins de sonpcnple, et souffrait qu'on le vexât et qu'on l'opprimât pour les enrichir. Sa grande occupation aveccux étaitd* inventer de nouvelles pratiques de dévotiqtt et d'en faire pirade aux yeux du public pour servir de voile à ses infâmes débauches. L'an 1 585 , il institua une confrérie de pénitents en l'honneur de l'Annonciation , et s'y fit inscrire. On le vit, le 25 mars, couvert d'un sac de toile blanche , marcher en procession à la tète des confrères. Uue grosse pluie , qui les accueillit dans la marche, fit rire les spectateurs et donna lieu au quatrain suivant :

Aprè* avoir pille' la France El tout von peuple dépouillé, N'est-ce pas belle pénitence De se couvrir d'un sac mouillé?

Les aventures de François, duc d'Âlençon , puis duc d'Anjou, finirent, l'an i58{. , par une maladie qui l'enleva, le 10 juin , à Châlcau-Thierri , dans la trentième année de son âge. Il avait été obligé, l'année précédente, de quitter les Pays-Bas pour s'être brouillé mal adroitement avec le prince d'Orange. (Voy. les ducs cV ÀlençonJ) *Sa mort rapprocha le roi de Navarre du trône de France , dont elle le rendit l'héritier présomptif. Ce fut alors que les Ligueurs commencèrent à déployer tout leur fanatisme. Ils avaient à leur tetc le duc de Guise et son frère . le cardinal, qui, se narant du zèle de maintenir la foi catho- * lique en France, cachaient, sous ces dehors imposants , l'ambition d'y régner souverainement. Excités par ces deux chefs , les prédicateurs invectivent dans les chaires contre le prince qu'on leur destine pour maître, et les confesseurs les secondent dans le tribunal de la pénitence (i). Les Guise font entrer dans leurs vues le pape Grégoire XIII , et plus facilement encore Philippe II, roi d'Espagne: ils lèvent entin des troupes. Il fallait pour éblouir la multitude , opposer au roi de Navarre un concurrent dont les prétentions parussent aussi bien fondées à peu près que les siennes. On le trouva dans le cardinal Charles de Bourbon , son oncle (aj. L'an 1 585 , séduit par le duc de Guise,

(i) « La ligue commença , des le mois d'octobre i5$4t ^ M déclarer Les « prédicateur» de l'Avent suivirent ce lems. L'arrivée du* Mevtie tant attendu , « rappréhermion de celle 'du roi de Navarre, furent un champ ouvert aux « antithetes. Celte année se termina par le traité de Joinvilte. Le roi d'L«pagne *« y prit la qualité de protecteur ou royaume; le cardinal de Bourbon, dé ce premier prince du sang-, le» Guise , de pères du peuple. » ^ Gai. Philos. )

(?) L> cardinal de Bourbon était alors Age Crc 6a an«. 11 quitta l'habit •ccclésHtotique pour endosser la cuirasse, {tbitl.)

boô CHRONOLOGIE HISTOR10ÛÊ

Charles publie , le 5i mars , un manifeste daté de Péronnc, dan<f lct[uel il insinue que la^couronne de France, le roi venant à décéder sans enfants maies, doit lui appartenir pnférahlcment au roi de Navarre , son neveu , déclame contre les abus qui s'étaient introduits dans le gouvernement , et déclare avoir juré de tenir la main-forte et armée à ce /pie V église soit réintégrée en sa dignité et en la vraie seule religion catholique j que la noblesse jouisse de ses honneurs et privilèges , aue le peuple soit soulagé , les nouveaux impôts , établis depuis le roc Charles /A', abolis , les parlements maintenus dans leurs pré' rogatives , et les états , quand ils seront assemblés . dans leur autorité. Cette déclaration , à la tète de laquelle on avait mis une liste de princes tant nationaux qu'étrangers, qui s'étaient engagés à l'appuyer , produisit une commotion générale dans le royaume. Le roi de Navarre et le roi de France firent en cette occasion deux personnages bien différents. Le premier, de concert avec le duc de Montmorenci, dresse le 10 juin, à Bergerac, un manifeste, pour répondre aux prétentions de son oncle cl aux imputations de la ligue. Le second dévoile ses craintes et son découragement dans une apologie où il s'avoue coupable, et où il conjure les factieux de mettre bas les armes. Il fait plus , il s'unit à eux par un traite', signé, le 7 juillet, à Nemours, et donne en conséquence un édit pour révoquer tous les privile'ges des Protestants et accorder aux chefs de la ligue des places de # sûreté, comme ceux-là en avaient ci-devant obtenu. Le feu de la guerre alors est allumé dans toutes les provinces. Le duc de Mcrcœur ( Philippe-Emmanuel de Lorraine) en Bretagne , combat pour la ligue ; Lesdiguières , eu Dauphiné , pour les Huguenots- le duc de Montmorenci pour les Royalistes; et le duc (Anne) de Joyeuse contre ceux-ci en Languedoc. Grégoire XIII étant mort sur ces entrefaites , Sixte-Quint , qui le remplace, signale son exaltation par une bulle du 10 septembre, contre le roi de Navarre et le prince de Coudé , qu'il traite de race bâtarde, sur la supposion que Jeanne d'Albret, leur mère,1 était mariée au duc de Clcvcs avant d'épouser Antoine de Bourbon , les déclarant de plus hérétiques , relaps , excommuniés , déchus de tous leurs domaines , et incapables de succéder au trône de France. Les deux princes répondirent, le 6 novembre, à cette bulle par une protestation qu'ils vinrent à bout de faire îtflicher aux portes du Vatican. Ce coup de vigueur leur attire l'estime du pape , qui , dans le fond , condamnait la ligue , comme une cabale préjudiciable à l'autorité des rois et aux intérêts de la religion. Mais la bulle de Sixte ne laissait pas de favoriser les Ligueurs en excluant du trône de France le roi de Navarre , qui était le priuce-qui leur tenait le plus au caur. Ce

fut alors que se forma parmi ceux de Paris une ligue particulière qu'on nomma la Ligue des Seize , non du nombft de ceux qui la composaient, car ils n'étaient, à ce qu'on pr. tend, que dix (i); mais de celui des quartiers de Paris, qu'ils sVlaieut distribués et avaient partagés entre eux pour l'administration des affaires publiques. Quoique tous gens vendus au duc de Guise , leur association se forma néanmoins à son insu. Elle fit de grands progrès en peu de tems. L'impression de la bulle de Sixie V fut ton premier ouvrage.

Ou vil en i5&6 trois princes du nom de Henri, armés, avec leurs partisans, les uns contre les autres; savoir, le roi de France, le roi de Navarre et le duc de Guise ; le premier à la tète des Rovalistcs, le second à la tète de Huguenots, et le troisième chef des Ligueurs: c'est ce qu'on nomma la guerre des trois Henri. Elle ne produisit aucun événement remarquable ; mais elle nourrit et fortifia la haine réciproque dans les partis. Celle des Seize, contre Henri III , était la plus envenimée et la plus fougueuse. L'an 1587, ils forment une entreprise pour enlever à ce monarque la couronne et la liberté. Il en est averti, et ne prend nulles mesures sur cet avis. Mais le duc d'Epcrnon (2) arrête les desseins des factieux, en se rendant maître de la Bastille et de l'Arsenal. Le duc de Mavcnne, frère du duc de Guise , sort alors de Paris , ne s'y croyant plus.eu sûreté, lise répand des libelles séditieux contre le roi. Le 20 octobre , le duc de Joyeuse perd la bataille de Contras, en Guiemie , contre le roi de Navarre , et périt dan» l'action (3) avec Claude de Saint-Sauveur, sou frère cadet. Quelques-uns prétendent que Taillé fut tué de sang-froid. Le roi de Navarre, avant le combat, si Ton en croit les mémoires de Sulli , avait dit au prince de Condé et au comte de Soissons : Souvenez-vous que vous êtes

(0 Le quatrain suivant , qu'on fil sur celle faction , semblerait néanmoins annoncer que ses chef» étaient au nombre de seize.

A charun le sien c'est justice A Monifaocon seize piliers;

A Pari» seize Quaricnicrs, C'est à chacun son bénéfice.

(a) Jean Louis de Nogaret, lait duc d'Eperuon et pair de France au mois de novembre i58i.

(3) Prêts à commencer la bataille , le roi de Navarre et ceux de la religion m prosternèrent en terre pour prier dieu. Le duc Je ojeuse, les regardant comme gens qui paraUttieni déjà tout humiliés et abaito* , dil a M. de Lavardin : Ils sont à nous; voyez-vous pas comme ils sont à demi battus et défaits; à voir leur contenance , ce sont gens qid tremblent. — Ne le prenez pas làf répondit Lavardin, je les cannois mieux que vous; font bien tes doux rt les chatemites , niais que ce vienne à la charge % vous tes trouvères diables et lions , et voue souvent* que je vous Coi dit,

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