‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 26 sur 146 · BRANCHE DE BOURBON · texte numérisé non relu

BRANCHE DE BOURBON

HENRI IV, dit LE GRAND.

( Voyez le Tableau généalogique. )

1589. Henri IV, roi de Navarre, ne' le id décembre i553, au château de Pau, en Béarn , d'Antoine de Bourbon , roi de Navarre et duc de Vendôme , et de Jeanne d'Albret , descendant, par son père , de Robert de France, comte de (lermont, dixième (ils de saiut Louis, succéda, le 2 août, au roi Henri III, comme le plus proche héritier de la couronne de France. Le 4 du même mois , il reçut , de la plupart des seigneurs qui étaient dans l'armée royale , le serment de fidélité , après avoir promis solennellement de maintenir la religion catholique, de s'en faire instruire, et de ne permettre l'exercice de la prétendue-réformée, que suivant les édils du feu roi. Le duc d'Epernon , Vitri , et quelques autres seigneurs, n'ayant pas voulu prêter le serment , se retirèrent , emmenant avec eux leurs troupes. Cette désertion laissa dans l'armée un vide qui empêcha de continuer le siège de Paris. Le roi gagne la Normandie pour s'approcher des secours qu'il attendait de la reine d'Angleterre. Les Ligueurs de plus eu plus éloignés de vouloir le reconnaître pour leur souverain, rejettent avec indignation l'accommodement que ce prince leur fait proposer. Leur fureur était montée à son comble. La détestable doctrine du régicide s'euscignait et se prêchait publiquement, et le monstre, qui venait de tremper ses mains sacrilèges dans le sang du souverain , était qualifié de martyr. Le duc de Maycune marche vers Dieppe , que le commandant de cette place avait livrée au roi. 11 est défait, le 21 septembre , près d'Arqués (1), quoique l'armée royale fût trois fois moindre que la sienne. Après le combat , le roi, qui s'était battu en soldat , écrivit à son cher Crillon : Pends - toi , brave Crillon : nous avons combattu à Arques , et tu nj étais pas. Sur la fin d'octobre , Henri IV revient devant Paris , dont il emporte d'assaut les faubourgs , le premier novembre , à minuit. L'arrivée du duc de Mayenne l'engage à se retirer. Il traverse

(i) Le duc de Mayenne s'était flatté de prendre à cette bataille Hinri prisonnier. Il avait écrit au pape cl au roi d'tispagnc qu'il ne pouvait lui échapper a moins de Militer dan» la mer. Les bourgeois de ia rue S iint-l>eiiis, Jouèrent leurs l'cnérrcs chèrement pour voir passer le béarnais pieds et main? liés, quand Mavenne, revenant vainqueur, Cerait son entrée dans Paris {Portrait* des Rois de France).

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la Beauce, prend, chemin faisant, plusieurs places, el arrive à Tours , où il fait son entrée le 21 novembre. Ce même jour, le duc de Mayenne fait proclamer roi , dans le parlement de Paris , sous le nom de Charles X , le cardinal de Bourbon , qui e'tait prisonnier à Fonlenai-le-Comte , et se fait confirmer , par cette assemblée, le titre de lieutenant- ge'néral du royaume pour le tems que durerait la prison du prétendu roi. On fit battre de la monnaie au nom de ce dernier , et Ton fabriqua une médaille où ce cardinal était représenté avec la couronne royale et celte légende : Carolus X Dei gratiâ Francorum Rex. "

Rome , alarmée des troubles qui agitent la France , envoie le cardinal Cajétan , avec la qualité de légat, pour examiner l'état des choses , et en suivre les progrès sur les lieux. Il arrive , dans les premiers jours de janvier 1590, à Paris. Le pape (Sixte V) lui avait ordonné de rester neutre, supposé que la conver* sion du roi ne fût pas désespérée. Il fait le contraire et débute par s'unir aux Ligueurs. S'étant rendu, le 1 5 janvier, au parlement , il a l'audace de vouloir se mettre dans le coin au-dessous d'un dais uniquement destiné pour la personne du roi. Le premier président le prend doucement par la main, et le fait asseoir au-dessous de lui. {Journal do Henri IK. ) Les armes du rot cependant continuent de prospérer. Le 14 mars, il gagne la bataille d'Ivri , au diocèse d'Evreux , contre le duc de Mayenne , dont toute l'armée est taillée en pièces , ou mise en fuite. Plein de confiance , Henri avait dit à ses troupes avant l'action : Si vous perdez vos enseignes , ralliez-vous à mon panache blanc; vous le trouverez toujours dans le chemin de l'honneur et de la gloire. Il tint parole, paya de sa personne comme un simple soldat , et disait à chaque coup qu'il portait : Le roi te touche , Dieu te guérisse. Un accident néanmoins pensa faire perdre U bataille. Henri Pot de Rhodes portait la cornette blanche du roi. Une blessure qu'il reçut dans les yeux l'ayant aveuglé , son cheval , dont la bride se rompit dans le même tems , l'emporta hors des rangs. Ou crut que le roi se retirait de la mêlée , et cela d'autant plus vraisemblablement qu'un jeune seigneur , dont lo panache ressemblait à celui du roi , suivait la cornette. Averti de ce désordre , le roi court de rang eu rang pour y remédier. Dès qu'on le vit, le courage se ranima, et tous firent de si grands efforts qu'ils rompirent entièrement les ennemis. Le marquis de Curlon s'empare, le même jour, pour le roi, d'Issoire et de l'Auvergne. Le 7 mai, le roi, maître des environs de Paris , forme le siéee , ou blocus , de celte capitale , à dessein de l'affamer. Le 9 du même mois, un vain simulacre de royauté s'évauouit par la mort du cardinal de Bourbon , arrivée uans sa prisou , a l'âge de soi&antc-dix-sepl ans. Plusieurs écrivains ont dit

<|n il n avait accepte la couronne que pour en frustrer Henri IV, son neveu. C'est précisément le contraire : dès qu'il eut appris qu'on l'avait proclame' roi , il écrivit à Henri IV une lettre, par laquelle il lui déclarait qu'il le reconnaissait pour son légitime souverain.

Les Ligueurs, ayant perdu leur prétendu roi, sont embarrassés pour lui donner un successeur. Philippe II, roi d'Espagne, demandait la couronne pour l'infante , sa fille. Le duc de Lorraine la sollicitait pour son fils. Chacun avait son parti dans la li^ue ; mais l'état présent des affaires ne permit pas alors de rien décider. Le siège de Paris continue : les assiégés, animes par la duchesse de Montpensier , par le duc de Nemours , gouverneur de la ville, par le légat f par le cardinal Pellevé , par Bernardin de Mendoza , ambassadeur d'Espagne , se déterminent à tout souffrir plutôt que de se rendre. Le 14 niai ( et non le 5 juin ) , le délire de la ligue enfante une scène extravagante et grotesque que notre siècle aurait peine à imaginer. Nous parlons de cette fameuse procession ou parade de Paris, composée de prêtres , de moines dont les habits étaient retroussés , et d'écoliers au nombre de treize cents , ayant tous le casque en tête , la cuirasse sur le dos , le mousquet sur l'épaule , la pique à la main , le sabre au côté, l'évcque de Senlis , le prieur des Chartreux et le ctiré de Saint-Côme ouvrant la marche. Le légat la vit défiler, accompagné du jésuite Bellarmin , depuis cardinal , et d'autres italiens; mais son secrétaire ayant été tué, à la portière de sou carrosse , d'un coup de fusil lâché par un des champions , qui ne le croyait pas chargé à balle , il se retira promplement , après avoir béni la troupe. Cette farce , où l'on ne vit ni bénédictins , ni célestins , ni victorins , ni génovéfains, fit rire les Parisiens, et fut nommée la Drôlerie (1). Le 27 juillet , tons le.* faubourgs de Paris sont attaqués et emportés par l'année du roi. La ville se trouve alors réduite à la plus affreuse disette. Elle fut telle, que le 16 août , on en vint jusqu'à faire du pain avec des os de morts réduits en farine. On appela ce funeste aliment , dont moururent tous ceux qui en usèrent , le pain de madame de Montpensier , parce qu'elle en avait loué l'invention. La chair humaine devint ensuite la nourriture des obstinés Parisiens. On alla n la chasse aux enfants ; plusieurs furent dévorés par ces faméliques , et on vit des mères se nourrir des cadavres de leurs propres fruits. Henri a pitié de ces forcénés,

(i) Qne!qu«-iin« néanmoins prétendent que celte serne est une fiction de Jac<pie» Gitloi, doycu dc« conseiller*- clerc» du parlement et l'un des auteurs de J.i sa lire Mcnippre.

et permet que les assiégeants nourrissent les assiégés. J'animerais autant , dit - il , n'avoir point de Paris que de l'avoir tout ruine et tout désolé par la mort de tant de personnes. Le 3o août, il lève le siège pour aller à la rencontre du duc de Parme ( Alexandre Farnèse) qui venait avec une armée espagnole au secours de Paris. Le duc évite le combat, se rend maître de Lagni , le 8 septembre, de Corbcil, le 24, jetle des vivre* dans la capitale, et reprend la route des Pays-Bas au mois suivant. Le roi le poursuit et le harcèle en tète et en queue jusque sur les frontières. Paris et ses environs n'étaient pas le seul théâtre de ta guerre civile : elle n'était ni moins obstinée ni moins vive dans la plupart des provinces. Le duc (Antoine Scipion ) de Joveuse, et le duc de Mcrcœur combattaient pour la ligue , le premier en Languedoc, le second en Bretagne, depuis la levée du siège de Paris ; Lcsdiguières en Daupliiné repoussait et les efforts de cette faction, et ceux du duc de Savoie, qui voûtait profiter des troubles pour s'emparer de cette province. Ce dernier réussit mieux en Provence : au cuyen des intelligences qu'il avait dans la ville d'Aix , il y fit une entrée solennelle le 1 1 novembre, et cinq jours après, il fut déclaré par le parlement gouverneur et liculeuaiit-géiiéral de Provence, sous la couronne dp. France M^is l'année suivante , Lcsdiguières et la Velléité firent évanouir ce vain litre par les avantages qu'ils remportèrent sur le duc. Le 22 décembre (1590). Grenoble , après ua siège de quatre semaines et un blocus d'un an , est réduit avec tonte la province par Lesdiguières , qui envoie aussitôt Saint- Julien, son secrétaire, au roi pour lui en demander le gouvernement. Henri IV le lui avait promis; mais le conseil s'opposa à la demande , sur ce que le roi s'était engagé à ne donner des gouvernements qu'aux Catholiques. Saint-Julien se retira sans répliquer-, mais rentrant un moment après, messieurs , dit -il, votre réponse iuepèrêe ma fait oublier un mot ; cest que puisque vous ne trouvez pas à propos de donnera mon maître le gouvernement de Crennhle , vous toitgiez aux moyens de le lui nier. Le conseil jugea que c'était là un cas tout particulier , et le brevet fut expédié sur-le-champ. ( Daniel. )

Grégoire XIV étant monté sur. le saint siège au mois de décembre i 5c)o , les Seize, par leurs émissaires , s'empressent de Je mettre dans leurs intérêts , et Pcngagcnf à publier des lettres xnouùoriales datées du premier mars «591, contre Henri IV. Elles furent très-mal accueillies en France. Le parlement de Vans, séant partie à Tours, partie à Châlons , les condamne au feu, le 10 juin, et décrète de prise de corps le nonce Landriano, qui les avait apportées. Une assemblée de prélats , tenue à

DÉS ROIS DE FRANCE. $ l£

Mantes , pais à Chartres, les déclara nulles et abusives, par décret du 21 septembre. Les hostilités entre les deux partis continuaient cependant aux environs de Paris. Le 5 janvier (i5o;i) , le chevalier d'Aumale , prince lorrain , voulant surprendre Saint- Denis, fut tué par la garnison. Quelques jours après, le roi tente à son tour de surprendre Paris. Il envoie devant lui des officiers déguisés en marchands de farine, conduisant des voitures chargées de cette denrée. Ils sont découverts à la porte Saint- Honoré, dout ils voulaient se rendre maîtres, et obligés de se retirer. On appela ce coup manqué , la journée des Farines. Le o février, le roi , dans l'intention de couper la communication de la capitale avec la Beauce, investit la ville de Chartres, qui se rend par composition le 19 avril suivant. La division so met parmi les Ligueurs , et de là il se forme un tiers-parti pour mettre la couronne sur la tete du jeune cardinal de Bourbon ( Charles, fils de Louis, prince de Condé. ). Les Seize veulent abandonner le duc de Mayenne , pour mettre à leur tète le jeune duc de Guise , qui s'était échappe , le 5 août , de sa prison de Tours, où il avait été mis après l'assassinat de son père. Ils profitèrent de l'absence du premier, pour faire pendre le président Brisson , Larchcr , conseiller au parlement, et Tardif t conseiller au Châtelct, qui leur étaient devenus suspects. Ces exécutions sont du 16 novembre. Celle de Jîrisson se fit à une poutre du palais. Il demandait en grâce qu'on lui laissât achever en prison son Traité des Anciennes Formules, l'un des plus savonts ouvrages de son siècle. On ne fit que rire de sa demande. A peine lui accorda-t-ou le tems de se confesser. Le duc de Mayenne, prince lent à se décider et plus lent à exécuter , ne se hâtant point de revenir , les Seize prennent encore le tems de son absence pour écrire au roi d'Espagne, et lui communiquer le dessein qu'ils ont de faire sa fille reine de France, en la mariant au duc de Guise. Le jésuite Mathieu , qu'on appelait le Courrier de la ligue, est dépêché pour aller faire la demande de )a princesse. La lettre avant été interceptée, est portée au roi Henri , qui ne manque ras d'en faire passer une copie au duc de Mayenne. Ce fut une pomme de discorde qu'il jeta dans le parti du duc. L'oncle, éclairé par cette découverte , devient le rival de son neveu et l'ennemi des Seize. Il revole à Pans pour y rétablir son autorité, et commence par ôter à Bussi le Clerc le gouvernement de la Bastille. Ayant fui arrêter ensuite quatre des plus furieux d'enyje les Seize, il en fut pendre trois, le 4 décembre, sans forme ds procès (t). Le parlement, de son coté,

(1) Bussi le Clcvc, pu- vol de salle, pois procureur avant d'dvre gouveriwut

3l4 CHRONOLOGIE HISTORIQTE

fait subir la même peine au bourreau qui avait exécute* le président Bris son et ses compagnons. Jusqu'alors , dit un bel esprit» on avait cru que les bourreaux ne répondaient pas plus du mal pendu que la Tournelle du mal jugé, pensée mal appliquée ; le bourreau s'était rendu coupable d'assassinat en exécutant des magistrats qu'aucune autorité légale ne lui avait remis entre les mainsj Le roi, sur ces entrefaites , ayant reçu de l'argent et des munitions de la reine d'Angleterre , et obtenu des princes protestants d'Allemagne une armée de seize mille hommes , se détermine à entreprendre le siège de Rouen , que le maréchal de Biron commence d'investir le 1 1 novembre. La place, où commandait Villars-Brancas , fit une longue et vigoureuse défense. Le roi vient en personne , le 24 novembre , à ce siège , qui fut si fameux par les grands événements qu'il occasionna.

Le duc de Parme , l'an 1592 , s'avance , au mois de février, pour délivrer Rouen. A son approche , le roi marche avec une partie de l'armée pour le combattre. Il est blessé , mais légèrement, aux reins, dans une action où , avec un seul escadron , il ose affronter une armée de trente mille hommes. Le duc aurait pu le prendre. On lui fait des reproches d'avoir manqué le coup : Il s'excuse en disant : J'avais cru avoir affaire à un général d'armée dans le roi de Navarre , et non pas à un capitaine de chevaux-légers ; je n9ai reconnu qu après le combat mon erreur. Les assiégés, dans une sortie qu'ils font le 26 février, jettent le désordre dans le camp royal, tuent près de mille hommes , enlèvent les poudres avec une partie du canon f et rentrent en bon ordre dans la ville. Ce qu'il y eut de plus fâcheux , c'est une blessure considérable que reçut le maréchal de Biron dans cette affaire , et qui le mit hors de combat. "Villars-Brancas enviait au duc de Parme la gloire de faire lever le siège. Ce prince, s'en étant aperçu, se retire et feint de vouloir retourner aux Pays-Bas. Sou éloignement enhardit les assiégeants à redoubler les attaques. Villars-Brancas lui fait signifier que si dans six jours, à compter du quatorze avril, il ne reçoit point de secours, il est résolu de traiter avec le roi. Le duc reparaît dans ce terme , et le 20 avril il oblige le roi de lever le siège. De là , par le conseil du duc de Mayenne , il va prendre Caudebec. Leroi, qui le suit, trouve moyen clc l'enfermer entre la Seine , la mer et son armée. Le duc trompe la vigilance de l'ennemi , en passant la rivière sur un pont de bateaux. S'élant retiré

de la Bastille, riait du nombre des quatre, ci , quoique le plus coupable de tous v il obtint permission de se retirer. Etant passe à Bruxelles, il y vécut de son premier métier, ayant toujours uu gros chapelet peudu a sou cou. 11 mourut am plutôt eu iG34.

DES ROIS DE FRANCE. 2l5

en Flandre ♦ il y meurt , le 3 de'ccmbre suivant, avec la réputation de l'uu des plus grands capitaines de son siècle. Le roi passe en Champagne , et se rend maître d'Epernai. Mais il perd au siège de cette, place le brave Armand de Biron , qui fut emporté d'un coup .de canon , le 26 juillet. Biron se glorifiait d'avoir passé par tous les grades, depuis celui de soldat jusqu'à celui de géne'ral , et disait que c'est ainsi qu'il faut devenir maréchal de France. Il était zélé catholique., et fut néanmoins des premiers à reconnaître Henri IV. H laissa un fils, Charles de Biron, héritier de sa valeur et de sa sévérité dans le commandement , créé maréchal de France en 1 594 , et dont huit ans après nous verrons la déplorable fin.

Le duc de Savoie s'avise encore de faire des incursions snr nos frontières. Lcsdîguières, pour l'occuper chez lui, passe le Mont-Gcnêvre au mois de septembre , et fait plusieurs conquêtes en Savoie et en Piémont. ( Voyez les ducs de Savoie. ) Le duc de Lorraine , non moins avide de s'agrandir k nos dépens , faisait de s/>n côté le siège de Beaumont , en Argonnc. Le duc de Bouillon l'obligea de le lever le 14 octobre, après avoir taillé en pièces un corps de ses troupes. ( Voyez les ducs de Bouillon.) Kn Languedoc , Antoine Scipion , duc de Joyeuse , nommé maréchal de la Hgue par le duc de Mayenne , est forcé dans son Camp devaut Villeraur , qu'il assiégeait. Il se noie en fuyant , le 19 octobre , dans le Tarn. Les Ligueurs tirent alors le père Ange de Joyeuse des Capucins de Toulouse , pour le substituer à son frère. Le bon solitaire quitte son habit en attendant la dispense du pape ( elle ne vint qu'en juin iSqh ) , prend l'épée , et se met à la tête de l'armée, qui lui avait déféré le commandement. Le 14 novembre , il tient les états de la ligue à Carcassonne. Un mois après , il convient d'une trêve dun an avec le duc de Moutmorenci.

Le sort des armes n'étant pas assez favorable aux vues ambitieuses du duc de Mayenne, il prit le parti de convoquer à Paris, le 5 janvier i593, les états-généraux, afin de procéder à l'élection d'un nouveau roi. L'ouverture s'en fit le 26 du môme mois. Le duc de Feria , ambassadeur d'Espagne , admis dans cette assemblée le 2 avril, ose y proposer d'abolir la loi salique , cl de déclarer reine de France l'infante d'Espagne Isabelle , petite-fille, par sa mère Elisabeth, du roi Henri II. Cette proposition révolte ceux d'entre les députés qui avaient encore le cœur et le sang français. Roze , lui-même , évêque de Scnlis , ce panégyriste du meurtre de Henri III, la rejette avec indignation, et la combat avec force. Le duc de Mayenne, qui se voit dupé par les Espagnols , engage les états à consentir à des conférences que le roi avait proposées entre les deux partis : elles

2l6 CHRONOLOGIE HISTOIUQCK

•'ouvrent à Surène, le 29 avril , et finissent le 17 mai. Renaud de Beauue de Semblauçai , archevêque de Bourges, était à la tète des députes du roi , et l'archevêque de Lyon, le chef de ceux de la ligue. Les conférences étant terminées, le premier annonce aux étals la conversion du roi ; mais cette nouvelle ne rendit pas les Ligueurs plus disposés à se soumettre à ce prince. Les Espagnols , ayant vu le mauvais effet que leur proposi'iou avait produit , voulurent revenir à leurs fins par un détour, eu demandant qu'on élut roi le jeune duc de Guise , à condition qu'il épouserait l'infante. L'argent qu'ils répandirent dans rassemblée , et les promesses magnifiques qu'ils joignirent à leurs dons, séduisirent un grand nombre de députés. Mais les événements qui suivirent de près firent revenir ceux-ci de leur illusion. Le 7 juin , le roi va faire le siège de Dreux, qui était l'entrepôt de Paris, et emporte la place le 18 Les Parisiens, craignant un nouveau siège , demandent la paix. l>e président le Maître fait rendre, le ad juin , un arrêt du parlement, contre les prétentions chimériques des Espagnols. Ce coup fie vigueur les déconcerte , et leur enlève beaucoup de partisans. On tient à Saint-Denis, le 2.'6 juillet, des conférences où Parchevèquc de Bourges , et d'autres prélats , achèvent de lever les doutes du roi sur la religion. Le 26 du même mois , ce prince fait solennellement abjuration à Saint-Denis , se confesse et entend la messe. Les Parisiens étaient accourus en foule à cette auguste cérémonie, malgré les défenses du légat et du duc de Mayenne. Tous les lions français en font éclater leur joie; mais les Ligueurs n'en deviennent que plus envenimés contre leur souverain légitime. Un jeune batelier de la Loire , uommé Pierre Barrière , endoctriné par quelques-uns d'entre eux , forme le dessein d'attenter à la vie du roi. Il est découvert sur la révélation d'un jacobin de Lyon , auquel il s'en était ouvert en confession , saisi au corps, et tiré à quatre chevaux , le 01 août, par arrêt du parlement. Le duc de JS'emours , gouverneur de Lyon, avait conçu dans le même tems le projet de s'élablir Souverain de cette ville. L'archevêque de Lyon , Pierre d'Epinac , le même qui avait été •rrêté, avec le cardinal de Guise, aux états de Blois, prélat entièrement dévoué au duc de Maycnue , rompit ses mesures > le 19 août , en le faisant enfermer, par artifice , au château de Pierrc-Encise (1). Pour sa récompense, le duc de Mayenne lui donna la place de celui dont il avait réprimé l'ambition. Le fana* ti&me commençait alors à se dissiper. Un écrit ingénieux ne

(1) Le darde Nemours, sViant depuis échappe de sa prison, alla mourir ** château d'A.uneci ven la uu-juiliet i5o5.

contribua pas peu à ramener les esprits. Nous parlons de la Satire Afènippêe , ouvrage où l'on tournait finement en ridicule Jcs derniers états de la ligue, et les manœuvres des chefs de cette faction. Une déclaration, que le roi donna le 27 décembre, ne produisit pas un moindre effet. Elle portait amnistie pour tous ceux qui quitteraient le parti de la ligue. Vitri , gouverneur de Mi aux , avait , deux jours auparavant, engage cette ville , jusqu'alors rebelle, à rentrer dans le devoir. Lyon , par le conseil des meilleurs citoyens , et maigre' l'opposition de son archevêque, toujours attaché au duc de Mayenne , abandonne le parti de la ligue au commencement de février. Orléans , Bourges, et d'autres villes , imitent cet exemple j mais les Ligueurs continuent à dominer et à se défendre en quelques provinces , surtout en Languedoc et en Bretagne. 11 manquait à la royauté de Henri IV une formalité que le préjugé faisait regarder comme essentielle ; c'était celle du sacre. Pour la remplir , on choisit la ville de CUartres , attendu que Reims teuait encore pour la ligue ; et à la sainte ampoule de saint Remi, on substitua celle de saint Martin, qu'on fit veuir de Marmoutier. Cefut Nicolas de Thou, évèque de Chartres , qui fit la cérémonie un dimanche 27 février i5i)4 (0- ^u Pc*rat ( Aniiq. de la chapelle de nos rois , p. 729 ), rapporte qu'à la messe le roi communia sous les deux espèces du pain et du viu. Paris alors , voyant son roi converti et sacré , corameuce à prendre d'autres sentiments pour lui. Le comte de Brissac , à qui le duc de Mayenne en avait confié le gouvernement , se détache de son patron , et travaille efficacement à faire revenir les esprits à l'obéissance du roi. Pour couteuir ce qui restait de ligueurs obstinés , il fait venir sourdement des troupes, qu'il place, le 22 mats, dans les postes les

Î>lus importants. Ayant informé le roi de ces dispositions, il va c trouver au Louvre , où s'il s'était déjà rendu (2) , et lui pré* 6cute , en l'abordant , une belle écharpe blanche ornée de broderie. Henri, après l'avoir embrassé , lui donne la sienne, et le crée sur-le-champ maréchal de Fraucc. Le monarque fait , le même jour . son entrée dans Paris , qu'il traverse jusqu'à Notre- Dame, au milieu d'un peuple innombrable, qui ne cesse de crier vive le roi ! Je vois bien , dit ce bon priuce à ceux qui étaient

(a) Henri , de* qu'il *c vit au Louvre, dil au chance ier: Dois-je bien croire que}* suis ici? Plus fy pense , utoin* je le conçois II ny a lien Je l'hovuu% 011 tout ccci\ c\st l'ouvrage du vieL

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