VI. a
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auprès de lui, que ce pauvre peuple est tyrannisé (i). La garnison espagnole, à son arrivée, s'était rangée en bataille aux environs du Temple , dans la crainte d'être attaquée. Le roi fait avec le duc de Feria une capitulation, moyennant laquelle ou lui permet de se retirer avec ses troupes. Le roi les voyant défiler devant lui , leur dit en riant : Recommandez -moi à voire maître ; mais n\y revenez plus. La mémoire de la réduction de Paris fut consacre'e , ie 29 mars, par une procession du cierge' des c'gliscs que cette ville contenait alors , et de« religieux mendiants, à laquelle assistèrent le roi, les cours souveraines , le Châtelet et le corps de ville. (Elle se renouvelait tous les ans le 22 mars. ) On rappelle le parlement de Tours , et on le réunit à celui de Paris. Mais comme ce dernier e'taît l'ouvrage de la ligue , on l'oblige à prêter au roi serment de fidélité' ; ce qu'on n'exigea pas de l'autre. Tous les corps et les ordres religieux font de même, excepté les Capucins et les Jésuites, qui déclarent ne pouvoir le faire sans la permission du pape. Quelques jours après, la Bastille et le château de Vincenne* sont rendus au roi ( le 27 mars. ) Villars-Brancas , après une négociation épineuse , conduite par H os ni , remet la ville de Rouen à ce prince , qui lui donne en récompense , comme il l'avait exigé, la ebarge d'amiral, avec les gouvernements de Rouen et du Havre, douze mille livres argent comptant , et un brevet de soixante mille livres de pension. Henri acheta ainsi la plupart des places qui se donuerent à lui (a). Le duc de Guise, qui tenait la Champagne, fait son accommodement à des conditions qui ne lui turent guère moins avantageuses. Le duc de Mayenne, sou oncle, ne l'imite point, et fait ses efforts pour reteuir la Pioardie dans son parti. Mais Laon, assiégé par le maréchal de Biron , se soumet au roi qui était présent, le 2 août , et Amieus chasse le duc d'Aumale. Le duc d'Aumout presse vivement en Bretagne le duc de Mercœur.
Le 12 mai (même année i5o<4), l'université de Paris reprit le procès qu'elle avait contre les Jésuites. L'occasion était favorable : les Jésuites étaient les seuls religieux, avec les Capucins, qui refusassent de reconnaître le roi. Les curés de Paris se joignirent à l'université. L'affaire fut plaidée de nouveau. Antoine Arnaud
(j) Le roi , «-tant venu souper îi l'Hotel-de-VilIc , dit en reparlant ses pieds, comme il se mettait * table :Jc me suis bien crotté en venant a Pans ; mais je n'ai pas perdu mes pas,
(3) Un de ses courtisans lui «lisant un jour qu'on avait rendu a César ce qui appartient h Ce sur. y enlie-saint-t*i is , repomlit-il , on n*t rn\t pas rendu, mais vendu Paris, 11 en pouvait dire autant des autres villes principales.
Ïurla pour l'université , Dole pour les cures , cl Duret pour les ésuites , qui furent encore maintenus dans leurs fonctions ordinaires. Un nouvel orage se forma bientôt conlrc eux. Le 27 décembre, Jean Chàtel , fils d'un marchand drapier de Paris, jeune homme de dix-neuf ans , qui avait étudié dans leur collège , frappa le roi d'un coup de couteau, quit heureusement, ne lui rompit qu'une dent. Le coupable arrête, déclara dans son interrogatoire que ses maîtres lui avaient appris qu'il était permis et même méritoire de tuer le roi , quoique mil d'eux ne l'eût incité directement à cet attentat. L'arrêt du parlement qui coudamna, le 29, ce forcené à la peine des régicides , enjoignit eu même tems aux Jésuites de sortir de Paris dans trois jours , et du royaume sous quinzaine, comme corrupteurs de la jeunesse, et ennemis du roi et de l'e'tat. Le P. Guignard, chez lequel on trouva des papiers se'diticux , fut pendu. Les parlements de Rouen et de Dijon bannirent pareillement les jésuites de leurs ressorts; mais ceux de Toulouse et de Bordeaux les retinrent. Le royaume fut délivré d'un insigne déprédateur, au mois d'octobre, par ln mort de François d'O, surintendant des finances , ayant , dit un historien du tems, le corps et Câme également gdlés de toutes sortes de vilainies. Il laissa l'état endetté de huit cent dix millions de notre monnaie actuelle , et une succession de quatre millions à ses héritiers. S'il faut, disait Grillon, que chacun rende ses comptes là-haut , comme I on dit , le pauvre d'O sera bien empêché à fournir de bons acquits pour ' les siens. Le roi supprima la charge de surintendant , et créa , contre l'avis de Rosni , uu conseil des finances, composé de huit personnes. Ce furent huit concussionnaires à brevet Les dissipations et les vols continuèrent avec plus de fureur qu'auparavant.
Le roi d'Espagne, malgré la retraite forcée de ses troupes, n'avait pas renoncé à ses vues sur la France , et entretenait tou-
I'ours , par ses émissaires, le fanatisme .des Ligueurs. Le prince Urnest, gouverneur des Pays-Bas , s'était même permis des excursions nouvelles sur nos frontières. Henri , croyant ne devoir plus user de ménagement envers Philippe II , lui déclara la guerre parmi manifeste du 17 janvier i5f)5, à quoi Philippe répondit par un semblable écrit pubKé à Bruxelles le 7 mars suivant, fleuri se prépara en même tems à poursuivre le duc de Mayenne dans la Bourgogne, dont il était gouverneur. Le maréchal de Biron , envoyé dans cette province , engagea plusieurs villes à secouer le joug de la ligue. Au mois de mai, le roi part de Paris pour aller à la rencontre de Ferdinand Velasco , connétable de Castille, qui voulait pénétrer en Bourgogne par la Franche -Comté. Le duc de Mayenne accompagnait le conné-
table. Le roi, très-infé rieur en forces, les attaque, avec plus fk bonheur que de prudence, dans la plaine de Fontaine-Française. Aussi manda-l'if à sa sœur, la duchesse de Lorraine: Peu s'en est fallu que vous n'ayez été mon héritière. Il eut tout l'avantage de cette journée, que le P. du Lottdel et le président Hénaut mettent au 5 juin , et Me'zcrai au 5o. Ou rapporte que ce prince , dans faction, voyant fuir une partie de ses gens, commanda à Antoine de Roquclanre , depuis maréchal de France . do courir après pour les ramener. Je m'en gardçrai bien, répondit ce brave homme , on croirait que je fuirais comme eux : je ne vous quitte point, et je combattrai à vos cô'Js. Le roi parcourt ensuite la Bourgogne , et, le 4 septembre, it fait sou entrée solennelle à Lyon. Il en partit dans le mois suivant , pour aller au secours de Cambrai , assiégé par le comte de Fuentcs. Mais il apprit à Beauvais la re'duclion de la place, qui se rendit le 9 octobre , par la haine qu'on portait à Balagui , à qui le roi Pavait donnée en souveraineté'. Celle conquête des .Espagnols avait été précédée de celle de la Capcllc , du Catclet et de Dourlens, où ils avaient commis des cruautés iuouics.
Henri IV reçoit enfin la nouvelle de son absolution, prononcée à Rome, le 17 septembre, en ce'rémonie, par le pape Clément VIII , après avoir été long-lems traversée par les Espagnols. Arnaud d'Ossat et du Perron , évOque d'Evrcux , tous 3cui cardinaux depuis, furent les négociateurs de cette affaire. Mais â leur retour à la cour, on leur lit de sanglants reproches d'avoir reçu, de la main du pape, des coups de houssine sar le dos pendant la cérémonie de l'absolution. C'était , disait-on , avilir la majesté royale. Mais le roi dissimula sagement cette espèce d'humiliation , qui n'en était une, d'ailleurs, qu'aux yeux de ceux qui ne savaient ui l'origine ni l'esprit de cette cérémonie. (Voy. le pape Clément FUI.)
Le duc de Mayenne, voyant Henri IV parfaitement réconcilié avec l'église , et les peuples las de la guerre se tourner ouvertement vers ce prince , crut devoir mettre bas les armes , et commença par demauder une trêve au roi , qui ne l'accorda que pour trois mois. Dans cet intervalle, il négocia sa paix, qui fut conclue au château de Folembrai , dans la forêt de Couci , et publiée en forme d'édit, au mois de janvier i5%g6. Ou lui accorda trois places de sûreté, et, ce qui est bien remarquable , Henri se chargea d'acquitter toutes les dettes que Mayenne avait contractées, tant au dedans qu'au dehors du royaume, pour soutenir la guerre contre lui (i). Le duc de Joyeuse fit aussi dans
(1) Le duc de Mayenoe était fort replet. Avant obteau du roi la permitsioa
1« même lieu son accommodement , qui lui valut le bâton de maréchal de France, avec la lieulenance-générale de Languedoc. L'exemple et les sollicitations des princes de sa maison ne purent vaincre l'obstination du duc de Mcrcœur, ni le faire re« noncer aux ide'es chimériques qui l'attachaient à la ligue. Il continua de protéger et de défendre, dans son gouvernement de Bretagne , cette faction qui n'avait presque plus d'autre asile. Est-ce que vous songez à vous faire duc de Bretagne? lui demandait un jour un conseiller du parlement de Rennes. Je ne sais si cesi un songe, répondit-il } mais iljr a dix ans qu'il dure.
Un des plus furieux ligueurs , et l'un en même tems des plus savants hommes du royaume, Gilbert Gcnebrard, archevêque d'Aix , attisait par ses discours et par ses écrits le feu de la re'volte en Provence. Pour le punir de son fanatisme , le parlement d'Aix le bannit du royaume, par arrêt du 26 janvier l5g6, avec défense d'y rentrer sous peine de la vie. On lui permit cependant de se retirer dans son prieuré de Scmur, en Auxois,où il finit ses jours l'année suivante.
Deux hommes non moins dangereux, Charles Casaux et Louis d'Aix , tyrannisaient, depuis sept ans, la ville de Marseille , et l'empêchaient , par l'ascendant qu'ils y avaient pris , de se soumettre au roi. Un corse , nommé Libcrtat, vint à bout, par son adresse, le 17 février i5q6, de la faire rentrer dans le devoir. Henri IV , apprenant qu'elle était à lui , s'écria dans un transport de joie : C'est maintenant que je suis roi» Il restait néanmoins pour réduire la Provence entière, à gagner le duc d'Epcrnon, qui en était gouverneur. Ce fut l'ouvrage de M. de Roquelaure, qui engagea le duc, par ses remoutranecs , à mettre bas les armes , et lui fit recouvrer les bonnes grâces du roi. Les affaires de Henri n'allaient pas aussi bien en Picardie. Les Espagnols lui enlevèrent Calais au mois d'avril i5o/>, et Ardres le 25 mai suivant. Le roi néanmoins , la veille de la perte d' Ardres , avait remporté un grand avantage par la conquête de la Fèrc, après un assez long siège. Ce qui le fît prolonger , ce fut la disette d'argent où se trouvait ce monarque. Son conseil des finances ». occupé à s'enrichir et à faire bonne chère , le laissait manquer de tout. Je vous veux bien dire, mandait-il à Rosni ( le 14 avril), l'état où je me trouve réduit, qui est tel que je suis fort proche des ennemis , et nai quasi pas un cheval sur lequel je puisse
de venir lui baiser In main , il vint le tronver a Monceaux. Ce monarque le fit promener jusqu'à le faire suer ci lui faire perdre haleine, après quoi if lui die: Mon cousin, voilà ta stuic vengeance que je veux tirer de vous.
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combattre , ni un ha moi s complet que. je puisse endosser : mes chemises sont toutes déchirées, mes pourpoints troués au coude, ma marmite souvent renversée , et depuis deu r jours je dîne et je soupe chez les uns et les autres : mes pourvoyeurs disant n'avoir plus moj'cn de rien fournir pour ma table , a? autant qu'il y a plus de six mois qu'ils n'ont reçu d* argent ; partant jugez si je mérite d'être ainsi traité , et si je dois plus longtems souffrir que les financiers et trésoriers me fassent mourir de faim, et queux tiennent des tables friandes et bien servies, que ma maison soit pleine de nécessités , et les leurs de rtchesses et d'opulence , et si vous n'êtes pas obligé de me venir assister loyalement , comme je vous en prie. Le dessein du roi dans celle lettre était d'engager Rosni à se charger des finances.
Au mois de juillet , le cardinal Alexandre de Médicis arrive en qualité' de légat en France ; le roi , dont il avait ménage l'absolution , lui fait rendre partout de grands honneurs. 11 prend lui-même la poste pour aller lui rendre visite à Chartres , et mené avec lui le duc de Mayenne , en lui disant : Allons , mon cousin , voirie légat ; car vous avez aussi bon besoin que moi d une absolution.
Les besoins du roi et les désordres introduits dans le royaume
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par les guerres civiles , demandaient l'assemblée des notables pour y pourvoir. Le roi , l'ayant convoquée à Rouen , fit son entrée clans cette ville le 16 octobre , et ouvrit l'assemblée le 4 novembre par le discours suivant : Afessieurs , comme j'aspire plus aux titres de libérateur et de restaurateur de la France, qu'à celui de grand orateur , je vous apporte aussi plus de Sonne volonté que de belles paroles. Je ne vous ai point appelés ici pour vous obliger d'approuver aveuglément mes volontés , comme faisaient mes prédécesseurs ; je vous ai assemblés pour recevoir vos conseils , pour les suivre , et pour me mettre en tutelle entre vos mains. C'est une envie qtd ne prend guère aux rois , aux barbes grises , et aux victorieux ; mais V amour que pai pour mes sujets , et l'extrême désir que j'ai rétablir Vétat, me fait trouver tout facile et tout honorable. Gabrielle d'Estrces, sa maîtresse , qui avait oui ce discours derrière une tapisserie , en fut choqnée : elle fit dos reproches au roi de ce qu'il avait parle de se mettre en tutelle Cela est vrai, répondit - il , mais je l'entends avec mon épée nu coté. L'assemblée témoigna beaucoup de zèle , et fit peu de chose , parce que les moyens qu'elle proposa pour remédier aux maux n'étaient point praticables.
Les Espagnols firent, le 11 mars de Tan iSoj, une conquête
impartante par la surprise d'Amiens. La nouvelle de cet événement consterna Henri IV. Quel malheur! dit - il à Rosni-, Amiens est pris. Les Espagnols s* en sont saisis par la porte , en nlein jour , pendant tfue ces malheureux habitants s* amusaient à se chauj)ery à boire et à ramasser des noix , que des soldats déguisés répandaient autour du corps-dc-garde. Rosni tache de le consoler. Pensez~vous , re'pliqua le roi, reprendre sitôt une ville si grande , si forte et si bien munie ? Puis après avoir rêvé un moment : C'est assez faire , ajouta-t-il , le roi de France , il est temps de faire le roi de Navarre. Henri monte «à cheval quelques jours après , et conduit son armée en Picardie. Au mois de mai , la ville d'Amiens est assie'ge'e par le maréchal de Biron , et se rend par capitulation le 25 septembre suivant (:). C'est à ce siège que les soldats furent employés , pour la première Fois, aux travaux de la tranchée. Ils regardaient auparavant comme indigne d'eux de remuer la terre. Henri IV ayant remarque' que les paysans qu'on y employait prenaient aisément l'alarme pendant les sorties . paya les soldats à la toise , et fit partager entre ceux qui n'avaient pas été tués eu travaillant , toute la somme destinée aux travailleurs. Les armes de la France prospc'raient dans le même lenis du côte des Alpes. Lesdiguières , que le duc de Savoie appelait le renard de D au phi né , fit une campagne glorieuse contre ce prince, dont il dissipa tous les projets , et défit les troupes en toutes rencontres. 11 restait encore à dompter la fierté' du duc de Mercœur , et à lui enlever la Bretagne. L'an i5g8, le roi part , dans ce dessein , le iS fe'vrier. Le duc , à son approche , sent s'evanouif ce beau rêve de la souveraineté de Bretagne , dont son ambition se repaissait depuis si loug-teins. Il envoie sa bellemère et sa femme au-devant du monarque à Angers , pour y ménager son pardon. Gabriclle d'Eslrées a la satisfaction de voir à ses genoux , fondant en larmes , ces deux dames , si libres et si hautaines, qui l'avaient méprise'e jusqu'alors, lui offrir la main de mademoiselle de Mercœur, la plus riche héritière du royaume , pour César de Vendôme , l'aine des fils qu'elle avait eus du roi. L'offre est acceptée comme par grâce , et le gouvernement de la Bretagne ôté à celui qui voulait s'approprier ce duché. Le traité qui contient cet accommodement , fut le tombeau de la ligue. N'espérant plus d'emploi ni de considération en France , le duc de Mercœur alla exercer sa valeur en Hongrie coutre les Turcs j il y mourut en 1602. Le roi s'étant
(1) Le duc de Mayenne se distingua a ce siège, sous les ordres de celui qu'il uvaii clé sur le poiut de dcirdncr.
rendu à Nantes , y donne , au mois d'avril , le fameux édit de ce nom, par lequel * il accorde force'ment aux Huguenots assembles à ChatellcrauJt , le libre exercice de leur religion , et l'entre'c dans toute* les ebarges de judicalure et de finance. Le parlement fit des remontrances à ce sujet. Après les avoir entendues et examinées , le roi dit aux députés de cette compagnie , entr'autres choses : Tai reçu vos supplications et remontrances tant de bouche que par écrit ; je recevrai toujours celles que vous me ferez , de bonne part, comme gens affectionnés à mon service j je prends bien les avis de mes
serviteurs : lorsqu'on m* en dorme de bons y je les embrasse
// n'y a pas un de vous qui quand il voudra venir me trouver et me dire , sire , vous faites telle chose qui est injuste à toute raison , que je ne l'écoute volontiers . Il ne faut plus faire de distinction de catholiques et de huguenots , il faut que tous soient bons François , et que les Catholiques convertissent les Huguenots par Vexemple de leur bonne vie. Je suis le roi berger, qui ne veux répandre le sang de mes brebis ; mais je veux les rassembler avec douceur, etc. Enfin , la paix est rétablie au dehors comme au dedans par le traité signé , le 2 mai , à Vervins , entre la France et 1'Espague , et dont voici les principales conditions : Le comté de CharolaU demeurera aux Espagnols, sous la suzeraineté de la France; Calais , Àrdres, la Capclle , le Catelet et Blavet , en Bretagne , seront remis aux Français. Ce fut cette année que le roi fonda deux nouvelles chaires de théologie en Sorbonne.
L'an i5o,9 fut l'époque d'une grande révolution dans les finances; par la nomination que le roi fît de Maxim i lien de Béthuue, marquis de Rosni, et depuis duc de Sulli , à la surintentendance de cette partie de l'administration , sur la démission forcée du baron de Sanci , qui en avait été pourvu en 1596. Ce n'est pas, au reste, que la conduite de Sanci dans ce poste fût icpréhcnsiblc ; mais sa trop grande franchise lui avait attiré l'inimitié de Gabrielle d'Estrées , qui avait grand pouvoir sur l'esprit du roi. Le Laboureur, en parlant de sa gestion , dit : // ne faut point d'autre marque d'une intégrité sans exemple^ pendant trois années dans cet er??ploi , sinon qu'il n'acheta pas un pouce de terre , et qu'il ne paya pas pour un sol de dettes ; et j'atteste , pour cette vérité , toute la France , qui vit avec compassion vendre tous ses biens pour satisfaire à ce qu'il avait emprunté pour cette armée de dix mille suisses , qu'il leva et soudoya à ses dépens»
Le maréchal Henri de Joyeuse semblait avoir entièrement oublié l'état religieux qu'il avait quitté ; une raillerie du roi lui
DES ROIS DE FRANCEt 325
en rappela efficacement le souvenir , et le porta à se retirer chez les Capucins de Saiut-Honoré de Paris , où , le 8 mars 1599, il reprit l'habit de son ordre, et redevint le frère Ànge(i). Un évc'nement d'un autre genre, au mois suivant, plongea le roi dans la tristesse. Gabriellc d'Eslrées , sa maîtresse , qu'il avait fait marquise de Monceaux et duchesse de Beau fort , mourut d'apoplexie le g avril , jour du vendredisaint , à Paris , où elle était venue de Fontainebleau pour y passer les fêtes de Pâques (2) Tous les courtisans prirent le deuil à cette occasion , et le parlement même députa au roi pour lui faire ses condoléances , quoique le chef de cette compagnie répétât avec jubilation : Laqueus contrftus est. (de Thou.) Jlenri IV, dans le tems qu'il perdit sa maîtresse , était occupé à faire casser son mariage avec Marguerite de Valois , pour l'épouser. Ce mariage fut déclaré nul le 17 décembre, par sentence des commissaires du pape : Marguerite y consentit de la manière la plus noble et la plus désintéressée; elle était alors au château d'Usson, en Auvergne, etavait fait divorce depuis quatre 3ns avec son époux.
Du Plessis-Mornai , gouverneur de Saumur , qu'on nommait le pape des Huguenots , avant publie* son livre de 1* Institution de C Eucharistie , les théologiens catholiques s'élevèreut contre cet ouvrage, dans lequel ils ,1 accusaient d avoir falsifié un grandi nombre de passages des pères. L'auteur demanda une conférence publique au roi, pour répondre à ses accusateurs. Ellç fut accordée , et se tint à Fontainebleau , le 4 mai 1600 , en présence du roi et de toute la cour , entre du Perron , évèque d'Evreux, et Mornai. Après bien des coups donnés et parés , la victoire fut adjugée au premier. Le roi , écrivant sur ce sujet au duc d'Epernon , disait : Le diocèse d'Evreur a vaincu le diocèse de Saumur (3). Le *7 février précédent , Charles-Em-
(1) Le roi , sVtant trouvé avec lui a un balcon an-dew>us duquel beaucoup de peuple regardait, (ni dit : Mon cousin , ces gens me paras sent J;rt aises de voit ensemble un renégat et un apostat.
(a) Elle mourut dans la maison de Sébastien Zamci , financier opulent, qui le qualifiait seigneur suzerain de dix-sept-cent mille «eus.
(3) Heuri IV fit beaucoup d'éloges de l'esprit cl de l'érudition de Pévêquc d'Ëvrcux , et comité prenant le ion railleur, il dit a Uosni : Que vous senibl» de votre pape? il me semble y sire, lui répondit-il sur le mime ton , qu'il est plus pape que vous ne pensez; carne voyez-vous pas qu il donne un chapeau rouge à M. (TE reux? Peu de tems aprc«> en ctTet, du Perron fut créé cardinal. On disait alors que Henri IV n'avait consenti î» cette conférence que poujr détruire les soupçons que bien des gens mal-intentionné» avaient conçu» contre ta catholicité. Ce mouarou« n'ignorait pas ce» soupçon». « 11 y a troi» choses,
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maniu-l » duc de Savoie , étant à Paris , y signa an traité , paa jcqycl il restituait à la France le marquisat de Saluées , qu'il avait envahi en pleine paix , comme on l'a vu , sous le régna de Henri III , pendant tes troubles de la ligue. Mais à sou re-» tour dans ses états, il désavoua ce traite, et refusa de l'exécuter. Ï-iC roi , pour l'y contraindre , lui déclara la guerre au mois de juillet. Elle fut malheureuse pour le. duc, comme il aurait du s'v attendre. Le maréchal de Biron lui enleva la Bresse et le Bu<* ç«-m , tandis que Lcsdi^uières faisait la conquête de la Savoie* JUa ciladclle de Bourg lut ta seule place qui fit une bonne résit^ tance ; elle ne se rendit que le 16 janvier de l'année suivaute* Le duc , dès le lendemain , fit à Lyon , avec le roi , un nouveau traité , par lequel il lui céda la Bresse, le Bugei et le Val-Romeia pour le marquisat de Saluées. Dans le cours de cette expédition , le roi, étant à Lyon, y épousa, dans la cathédrale, je io décembre , Marie de Mêdicis , fille de François de JVJédii dicis , duc de Florence, âgée de 27 ans. Pour transporter celte priucesse en France , Henri IV s'était vu forcé d'empruntée des galères au pape , au grand - duc et au grand - maître de, Malte , tant notre marine était nulle. Le roi et la reine arrivent à Paris au mois de mars.
L'an 1602 , Charles de Gontaut , maréchal duc de Biron, et le comte d'Auvergne , Charles , fils naturel du roi Charles IX , sont arrêtés et mis à la Bastille , le i5 juin. Le maréchal , convaincu , sur la délation de Lafin, son confident, d'avoir conspiré contre le roi et contre l'état, en se liguant avec la Savoie et l'Espagne , qui le flattaient de la souveraineté des Bourgognes , est condamné à mort , par arrêt du parlement , le 29 juillet, et exécuté le 5i à la Bastille , à l'âge de quafaute et un ans. « Le coup qui fit tomber la tête de Biron , dit un homme » d'esprit , abattit la fierté de la noblesse française , et montra » à Richelieu l'cudroit où il fallait frapper pour la soumettre. » Biron joignait à la valeur uue éloquence militaire égale peutêtre à celle des grands capitaines d'Athènes et de Rome : témoin le discours qu'il adressa à ses juges , lorsqu'il comparut devant eux (1) , et qu'on ne peut lire encore aujourd'hui sans
« disait-il quelquefois , qu'on ne croit pas, et toutefois elles ?ont vraies et « bien certaine», que la r»ine d'Angleterre ( Elisabeth ) est morte fille, que « l'archiduc ett grand capitaine, et que le roi de France est fort b m caiho- « hque ». ( Esprit Je Henri IV ).
vi) Ce discours n'éuint point commun, nons croyons faire plaisir à nos lecfur* de le mettre ici soin leurs yenx. « Si j'ai commis quelle faute, dit, « U;ron, le roi me l'a pardon n<:c h Lyon. 11 ne vous apj»; nient pa* d'en « connaître. En vain dire*- vous que je u ai pas obtenu des lettre* (d'abolition.
t)FS ROIS DE FRANCE. 227
•Uendrtssemént. Le comte d'Auvergne obtint sa grâce , ainsi que le baron de Lux , ie prince de Joinville , et plusieurs autres qui avaient eu part à celte conspiration. L'alliance des Suisses avec la France étant expirée èn 1602, leurs ambassadeurs , au nombre de quarante - deux , la renouvelèrent à Paris le 20 octobre de la même année , dans l'église de Notre-Dame.
Les Jésuites, depuis qu'ils étaient hors de France, travaillaient êan$ relâche à faire lever l'arrêt qui les avait baunis. Le roi , vaincu par les sollicitations des personnes importantes qui s'intéressaient en lenr faveur, et surtout par celles du pape, rendit enfin , danè le mois de septembre i6o5, un édit, à Rouen, pour les rappeler. Le motif de ce rappel est remarquable. Le roi, dit le P. Jeu— veuci> estima qu'il était plus à propos pour lui d'avoir les Jésuites pour amis que pour ennemis : consultons judicûvit habere ami1cas quant infensos. L'édit ne fut enregistré au parlement de Paris que le 2 janvier (uivant à cause des oppositions du premier président de Harlai , de l'avocat-général Serviu , et de plusieurs autres membres de cette compagnie. L'édit portait au'il y aurait toujours un jésuite à la suite de la cour pour répondre de la conduite de ses confrères. Cette condition humiliante tourna à la gloire de la société. Elle avait donné pour otage de sa fidélité le 1\ Cotton. Le roi le nomma son confesseur, et depuis ce tents jusqu'à l'entière destruction du corps , à un petit iutervalle près ,
«r C'ett noe formalité dont l'omission 06 doit pas mettre Biron en danger. « C'eiait au roi a me les taire expédier. Le projet du traité (avec le duc dp « Savoie), est écrit de ma main; mais la date en est antérieure au voyage do <« Lvon. Vous m'objectez ma lettre écrite à ce scélérat Latin, dont vous m admettez le témoignage contre moi quoiqu'il ait été mon complice. Mais « cette même lettre démontre que j'avais renoncé h mes extravagants projets. \t Je lai marque , puisqu'il a plu à î)icu de donner un fils au roi. je ne veux « plut songer h toutes ces vanités: ainsi ne faites faute de revenir. Mon malheur « a cette consolation, qu'aucun de vous n ignore les services une j'ai rendus u au roi et à l'état. Je vous ai rétablis, Messieurs, sur les fleurs de lys, d'où les u saturnales de la ligue vous avaient chassés. Ce corps, qui dépend de voua « aujourd'hui, n'a veine qui n'ait saigné pour vous. Celte main qui a écrit * ces lettres produites contre moi, est celle qui a fait tout le contraire de ce « qu'elle écrivait. Il est vrai, j'ai pensé, j'ai parlé plus que je ne devais; mais « où est la loi qui punit de mort la légèreté de la langue, et le mouvement de « la pensée? Ne pouvais je pas desservir le roi en Angleterre et en Suisse? « Cependant j'ai été irréprochable dans ces deux ambassades. El si voua « considérez avec quel Cortège je suis venu , dans quel état j'ai laissé les places « de Boufgognc, vous connaîtrez la confiance d'un homme qui comptait sur la m parole de son roi , et la fidélité d'un sujet bien éloigné de se rendre souverain •t dans son gouvernement. Assuré de mon pardon , je disais en moi-même , le « roi connaît trop le fond de mon cœur pour soupçonner ma fidélité. Que s'il « ne m'a donné la vie que pour me faire mourir, un tel procédé n'est pas n digne de sa grande âme cl ne peut lui «lire inspiré que par les ennemis de sa
k2&- fctil:0l>OLOfclE ÎIISTOnlQttfe
tin jcsiiîlc a toujours exercé cette redoutable fonction , ott porté' Ce titre à la cour de nos rois; On sait les avantages qu'en a retirés la société'.
Le pardon jjue le comte d'Auvergne avait obtenu du roi ne fit qu'un ingrat. On le voit, Tan 1604, impliqué dans une nouvelle Conspiration formée contre ce prince et contre l'état. Baltac d'Entragues, Henriette, marquise de Verneuil , sa fille, maîtresse du roi, Thomas Morgan , ses complices , sont arrêtés avec lui. Les coupables furent jugés et condamués , par arrêt du premier février i6o5 , à différentes peines dont la clémence du roi les déchargea ensuite. Voy. les comtes <t Auver gué).
Ilcuri affectionnait la république de Venise; il lui en donna des preuves effectives , l'an 1607, en se rendaut médiat cor dans je grand démêlé qu'elle avait avec le saint siège. Le cardinal de Joyeuse, qu'il employa pour négocier la paix entre ces deux puissances, y réussit à leur commune satisfaction ainsi qu'à celle de sou maître^
Deux ans après , l'an 1609, le président Jeannin fut employé par le monarque avec le même succès, pour assurer la consistance et la tranquillité des Provinces-Unies , au moyen d'une trêve de douze ans , qu'il engagea l'Espagne de conclure avec clic* Le traité fut conçu de manière que l'indépendance et la souveraineté des étals de Hollande y fut établie et reconnue par les Espagnols.
te gloire et les miens. J'ai voulu mal faire; mais ma volonté ii*a point passé la u termes d'une première pensée enveloppée dans les nuages de la colère et du « déoii : ci ce serait chose bien dure, que ce fut par moi qu'on commençât I te punir les pensées. Serai*-jele seul en France qui nVproUvàt point la clémence te du roi ? Quoi qu'il en soit, je compte plus sur vous, Messieurs», que sur laite Des qu'il s'est résolu à ine remettre entre vos mains, il lient à vertu de te m'ètre cruel. Mais L» clémence n'cst-cHe pas la vertu des rois? Chacun peut « donner la mort, il n'appartient qu'au supérieur de donner la vie. Eh! ne u sait-il pas bien qu'il m'a pardonné 7 La reine d'Angleterre m'a dit qne a si le comte d'Essex eût demandé pardon , il l'eA l obtenu. Je le demande a aujourd'hui; le comte d'Essex était coupable, et moi je suis innocent. Est-il « possible que le rai ait oublié mes services? Ne se souvient-il plus de (a te conjuration «'e Manies? ne se scuvient-il p!us du siège d'Araîeos, où il ro*a te vu tant de fois couvert de feux et de plomb, courir tant de hasardf pour te donner nu pour recevoir la mort .' f>« cruel! il ue m'a jamais aimé, que faut te qu'il a cru que je lui étais nécessaire. Il éteint le flambeau en mou sang après
u qu'il %\ n c i servi. Mon père a souffert la mort pour lui mettre la cour te sur la tête. J'ai redu quarante blessures pour la maintenir, et pour récotu| te il m'abat la tê(e des épaule». C'est à vous. Messieurs, d'en 1 pécher
récompense ont
te injustice qui déshonorerait son règne, èl de lui conserver unfcoa serviteur f te h l'état uu brave guerrier, et au roi d'Espagne uu grand caaemi ». (Relation tfn p;oiU tt de la mort du maréchal de litron}.
DES ROIS DE FRANC El*
. Le roi, l*àn 1610, faisait de grands préparatifs pour quelque* dessein extraordinaire qu'on n'a jamais bien pénétré. Avant que de se mettre en campagne , il fait couronner la reine à Saint- Denis , le 1 5 mai , par le cardinal de Joyeuse , et exige de la rein* Marguerite qu'elle assiste à cette cérémonie. Le lendemain 14, ce grand prince, qui faisait l'admiration de l'Europe et le bonheur de la France, est assassiné dans son carrosse , sur le* quatre heures du soir, par un monstre exécrable nommé François Kavaillac, natif d'Angoulêuie, qui lui porta deux coups de Cousteau . dont il mourut sur-le-champ. Ce fut à l'entrée de la rue de la Féronncrie du côté des Innocents , tandis que le roi lisait un papier au duc d'Epernon , que cet horrible parricide se commit* Sou cœur fut porté aux Jésuites de la Flèche , le 4 Juin suivant * et son corps , le 29 du même mois, à Saint-Denis. Henri était âgé de cinquante-six ans cinq mois et un jour, dans la trentehuitième année de son règne en Navarre, et dans la vingt-unième de son règne en France. Sa taille était médiocre , mais bien proportionnée ; son visage agréable et majestueux. 11 avait le teint ver* meil , le nez aquilin , les veux vifs , le front large , les cheveux Châtains > mais qui , dès l'âge de trente-trois ans , avaient commencé à grisonner. Il ne laissa pas d'enfants de Marguerite , sa première femme , fille de Henri II, morte le 27 mars 161 5. De Marie de Mcmcts, sa deuxième femme, il eut trois fils et trois filles ; Louis , qui suit; N. , mort en 1611; J.-B. Gaston, duc d'Orléans, né le 25 mars 1608; Elisabeth, née le 22 novembre 1602, femme de Philippe IV, roi d'Espagne; Christine, mariée à Victor-Amédée, duc de Savoie j et Henriette Marie, née le 25 novembre 1609, et femme de Charles Ie* , roi d'Angleterre. Il eut plusieurs enfants naturels de ses différentes maîtresses* i°. de Gabrielle d'Estrécs, duchesse de fieaufort, César, duc de Vendôme, né au mois de juin 1 Ô94 ; Alexandre de Vendôme , grandprieur de France, né au.mois d'avril 1598; et Catherine-Henriette, mariée au duc d'Elbeuf; a*. d'Henriette d'Entragues, qu'il fit marquise de Verncuil, Henri , duc de Verneuil , et Gabrielle; 3° de Jacqueline de Beuil, Antoine de Bourbon, comte dcMoret , né en 1007, et mort, en i652 ,au combat de Castelnaudari ; 4° de Charlotte des Essarts, dame de Romorentin , Jeanne abbessc de Fontevrault, et Henriette , abbesse de Chelles. Ce prince ne souffrait pas que ses enfants l'appelassent sire en lui parlant. Je veux , disait-il , qu'ils m'appellent leur père. Ils ne sauroient» prononcer ce nom sans se souvenir en même lems dt Vobcitsance qu'ils me doivent. Sa tendresse , âU reste, pour ses enfants ne l'aveuglait point sur leurs défauts. 11 s'était aperçu que le dauphin était opiniâtre , et il avait fait tout ce qu'il aVait pu pour rompre cette inflexibilité de caractère. « Vous avei pleuré i
â3o CHRONOLOGIE HISTOMQrE
» disait- il un joor à lu rëinc, de ce que je fouettois votre fis » avec un peu de sévérité ; mais quelque jour vous pleurerez » beaucoup plus du mal ou il aura , et de celui que vous aurez » vous même, . . D'une chose plus je vous assure; c'est qn étant » de l'humeur que je vous connois » et prévoyant celle de votre » fils f vous entière , pour ne pas dire têtue , Madame , et lui h opiniâtre y vous aurez assurément maille à partir ensemble • • (Histoire de la mère et du fils). .Ne dirait- ou pas que Henri IV Usait dans l'avenir?
« Une observation historique trop peu faire sur Henri IV, c*Ht » que jamais roi de France n'avait réuni tant de belles terres àtt » domaine de la couronne , comme fit ce grand et digne monarv nue qui en apporta plus , lui seul , que n'avaient fait Philippe
* de Valois , Louis XII et François Ier qui , comme lui, étaient » venus à la couronne de ligne collatérale. Il unit au royaume U » partie qui lui restait de celui de Navarre , la souveraineté dtt » Béarn; les duchés d'Alençon, de Vendôme, d'Albret , dé » Beaumont-le- Vicomte; beaucoup de riches comtés , Foitf » Armagnac , Bigorre , Rouergue , Périgord , La Père , Marie , » Soissons, Limoges , Tarascon , et tant d'autres terres que lé » dénombrement en serait ennujreux.
« Il était si noble et si généreux qu'il voulut que Vitri , capiif taine de ses gardês-du-corps , reçut en sa compagnie celui qui
* l'avait blessé à la journée d'Aumale. Le maréchal d'Estrées jt étant un jour dans son carrosse, et le garde marchant à la portf tière, il le lui montra en lui disant : f^oilà le soldat qui me » blessa à la journée d% A uni aie ». (La Place, Pièces Intéressantes y tom. 2 , pag. 396).
Henri IV mérita le surnom de Grand, non-seulement par sel exploits militaires, mais par son habileté dans toutes les parties du gouvernement» Il réforma la justice, rétablit l'ordre dans les finances , ranima le commerce , protégea les arts et les sciences; il établit des manufactures de tapisserie de haute-lisse en laine et en soie, rehaussée d'or et d'argent. C'est à lui qu'on. doit les vers à soie en France , et les plantations de mûriers. On commença, sous son règne , à faire de petites glaces dans lé goût de celles de Venise : il acheva la galerie du Louvre, la façade de l'Hôtclde-Ville de Paris , et le Pont-Neuf; redonna une nouvelle face à cette capitale, parle soin qu'il prit de la réparer et de l'embellir, et y attira quantité de savants et d'artistes , dont plusieurs reçurent des marques de sa libéralité. Tout ce qu'il fit au reste n'était encore rien en comparaison de tout ce qu'il se proposait de faire pour la gloire de son règne et le bonheur de ses peuples , sî Dieu lui eût accordé de plus longs jours. N'oublions pas enfin de mettra
parmi les traits qui caractérisent ce grand prince , le discernement qu'il fit paraître dans le choix de ses ministres et des personnes qu'il employait aux affaires de l'état. Tels sont le chancelier Silleri , le président Jeannin, MM. de Bellièvre , Villeroi ,' deSulli; noms qui rappellent de grands talents et de grandes vertus.
Nous tirons le rideau sur la vie privée de ce prince. Elle offre des taches eu grand nombre , qu'on ne peut envisager qu'à regret. Peux passions les produisirent, cella des femmes et celle du jeu. Lra première fit sa honte et son supplice par les affronts et les chagrins qu'elle lui attira.
La poudre pour les cheveux fut inventée sous le règne de ce prince. Marguerite de Valois, sa femme , ne la connaissait pas dans sa première jeunesse , elle qui , selon Brantôme , recourait à tant d'artifices pour tempérer la noirceur de ses cheveux. Mais cette invention devait être commune en \5g^ , puisqu'au rapport do l'Etoile on vit celte annéddes religieuses se promener frisées et poudrées dans Paris.
Le marc d'or était , sous le règne de Henri IV, à 240 liv. 10 s., et le marc d'argent a 20 liv. 5 s. 4 den.
Les rentes, par édit de juillet 1601 , furent réduites à 16 pour 100.
LOUIS XIII , dit LE JUSTE.
1610. Louis XIII, fils de Henri IV et de Marie de Médicis^ ne à Fontainebleau le 37 septembre 1601 , succède, le 14 mai 1610 , à son père , sous la tutelle de la reine, sa mère. Le duc d'Epernon , escorté des gardes-françaises et des gardes-suisses , s'étant transporté ce même jour au parlement , y fait sur-le-champ déclarer la reine régente , sans permettre de délibérer ( 1 ) j ce qui fut confirmé le lendemain par le roi dans un lit de justice. C'est la première fois que cette compagnie ait déféré la régence ; et depuis elle s'est maintenue dans cette possession. La reine, dans la crainte de faire des mécontents, admet dans le conseil de régence presque tous ceux qui prétendaient avoir droit d'y entrer parleur qaissance ou par leurs dignités. Mais la multitude des opinants et la diversité de leurs avis, fit dégénérer en cohue cette assemblée. Aussi uc la tenait-on que pour la forme. La reine avait un conseil secret auquel assUlattle nonce du pape, le P. Colton, etc. C'était là que se décidaient les affaires importantes. Celui qui
EUe est encore dans le fourreau, dit le duc en montrant son epéc \ ma s il faudra qu'elle en sorte si on n'acçorde pas dans l'instant £ la fine Ufi titre (fui lui est dâ selon l'ordre de la nature et de la justice.
'4j>2 CHROiNOI.OGIb HISTOMQCfc
âvait le plui d'influence daus les opérations du ministère était Concino , que la reine avoit amené de Florence , et marié avec Léonore Galigaï, fille de sa nourrice. Ce couple sans naissance et sans mérite eut toute sa confiance ; et le mari , sans avqir ja» mais tiré l'épée, fut créé maréchal de France en 1617.
Les Calviniste?, alarmés par la mort de Henri IV, effrayèrent le gouvernement à leur tour par les mesures qu'ils prirent pour se défendre en cas d'attaque. Ce fut le molif qui porta la reine à confirmer l'édit de Nantes par une déclaration du 22 mai 1610, afin de les contenir pendant la minorité du roi. Le 27 du même mois l'affreux Ravaillac fut cxe'cuté par arrêt du parlement. Per* sonne n'ignore le genre de son supplice ; mais on n'a ni l'original de son procès, qui a rlisp.irn d^s registres du parlement, si jamais il y a été » ni la clef de sou testament de mort, que le greffier éenvit de manière qu'il est impossible de le déchiffrer. (Griffet).
Henri IV avait pris parti contre l'empereur dans la querelle de plusieurs concurrents pour la succession vacante des duchés de JJcrg et de Juliers. En conséquence de cet engagement, le ma» réchal de la Clinlrc est envoyé avec douze mille hommes pour se joindre au prince Maurice de Nassau , qui faisait le siège de Juliers. La place s'étant rendue par capitulation, le 1 septembre |6io , les deux généraux la remettent au marquis de Brandebourg et au duc de Ncubourg, suivant le traité fait avec eux par le feu roi. Le 17 octobre, Louis est sacré à Reims par le cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen , au défaut de l'archevêque de . Reims ( Louis de Guise , fils de Henri le Balafré) , qui n'était encore que sous-diacre. A cette cérémonie Henri Iï , prince de Condé, revenu des Pays-Bas où , sur la fin du dernier règne , «ne sorte de persécution l'avait obligé de se retirer, fit les fonctions de premier pair. La reine change le système politique j elle renonce au traité de Bru sol fait , le s5 avril précédent , par Henri IV avec le duc de Savoie , contre l'Espagne , et recherche l'alliance de cette dernière puissance. Les Huguenots, ne doutant point qu'une pareille alliance n'ait pour objet leur ruine, sollicitent la permission de s'assembler à Saumurpour la nomination des députés qu'ils tenaient à la cour. L'avant obtenue , ils prennent de là occasion de faire beaucoup de demandes et de plaintes, Pour les apaiser , la reine , par une nouvelle déclaration du 25 juillet 1611, leur laisse encore pour cinq ans les places de sûreté qu'on leur avait accordées. Le duc de Sulli , las de se voir nér gligéef contredit, se retire et laisse les finances dans l'état le plus florissant. Son administration tint en quelque sorte du miracle. En 1596, on levait i5o millions sur les peuples,
pour en faire entrer 5o dans les cofl'res du roi. Devenu surintendant des finances , Sulli mit un si bel ordre dans les affaires de son maître , qu'avec 35 millions de revenu , il acquitta 200 millions ^le dettes en dix ans , et mit en réserve 1.4 a i5 millions ( d'autres disent 3oj, d'argent comptant dans la Bastille. Les courtisans et les maîtresses de Henri IV, dont l'insatiable avidité s'irritait de sou austère économie, avaient. souvent travaille à le desservir dans l'esprit de son maître , et y avaient quelquefois réussi. Mais un mot d'explication entre lc\oi cl son ministre avait toujours dissipé le nuage et resserré plus fortement les nœuds de leur intimité. La reconnaissance de Henri envers ce zélé et incorrup^ tible serviteur, qui , pour ses intérêts et ceux de l'état, avait bravé tous les orages de cour, ne s'élait pas borné à de stériles démonstrations. Il avait accumulé sur lui toutes les récompenses qui étaient a sa disposition. Nommé secrétaire d'état en i5g4, membre du conseil des finances en 1696, grand-voyer de France en 1598, surintendant des finances; comme on l'a dit, en 1599, grand-maître de l'artillerie en 1601 , gouverneur de la Bastille et surintendant des fortifications en 160a, duc de Sulli et pair dç France en 1606, et enfin principal ministre : il ne lui manquait, pour réunir en sa personne tous les litres, que le bâton de maréchal de France. Il l'eût sans doute obtenu de Henri IV, si cç prince eût plus leng-tems vécu , comme le prix de ses exploits militaires, qui l'approchaient des puis grands capitaines de son tems. 11 n'en fut pas frustré néanmoins , et le successeur .de Henri l'en décora en 1 634-
Reprenons la suite des événements du règne de Louis XIII» Le 5 octobre 1611 , Charles de Lorraine, duc de Mayenne, si célèbre dans l'histoire de la ligue , termine ses jours , à Soissons , où il était retiré depuis long-tems. On prétend qu'il demauda que l'endroit où il serait inhumé dans la cathédrale de cette ville fut secret', et en effet il le fut. On ne le découvrit, dit Piganiol, qu'au qsois de décembre 1738. La reine, croyant n'avoir plus à redouter les Protestants , garde moins de ménagements avec eut. L'an 1612, le i5 décembre, elle donne une déclaration portant défense à eux de tenir des assemblées sans permissiou expresse de sa majesté. Il devait s'en tenir une à la Rochelle, dans laquelle, entr'autres choses, on se proposait de demander au roi la nomination de celui qui était chargé de percevoir les deniers destinés à l'entretien de leurs ministres et de leurs garnisons. La fureur tirs duels faisait alors d'horribles ravages parmi la noblesse. L'an 16 i3, le 28 janvier, le roi renouvelle les édits portés contre ces sortes de combat* non moins absurdes que funestes. La mort du baron de Lux,
yi 3o
2?4 CHRONOLOGIE HTSTOP.1QUE
tue dans le rnc Saiut-Hcimre' par le chevalier de Cuise , qni l'avait force' de mettre l'epc'c à la main , fut l'occasion tle ce nouvel écrit. Plusieurs quartiers de Paris, manquaient d'uue eau potable et salubre; là' reine y pourvut cette au née , en faisant commencer l'aqueduc d'Arcueil.
La tranquillité' de la cour fut altérée au commencement de 1614 par la retraite H le soulèvement du prince de Condé , des ducs cie ftevers , de Longuevillc vde Vendôme, et de plusieurs Seigneurs -mécontents des ministres. Le prince de Coude' public un manifeste auquel la reine répondit Le duc de Vendôme travaille a se faire un parti dans le Bretagne dont il était gouverneur. Les autres princes fout les mêmes tentatives dans l«s lieux où ils avaient du pouvoir. Mais bientôt ils rentrent dans l'obéissance par un traite fait à Sainte-Menehould le i5mai suivant. Le l'b août la statue équestre de Henri IV, envoyée par Cosme II, grand duc de Toscane, es| élevée au milieu du Pont - Neuf qu'il avait achevé en 1604. Pour montrer aux peuples le maître auquel ils doivent obéir, la reine fait voyager le roi en Anjou, en Poitou et en lirctagne. Il revient le tb septembre, à Paris. Le 2 octobre suivant , il se rend au parlement, où il est déclare' Ynaieur, étant dans sa quatorzième année. Les cardinaux, en cette cérémonie , obtinrent la préséance sur les pairs ecclésiastiques , qui s'absentèrent pour ne pas préjudicier à leurs droits. L'assemblée des états , promis* par le traiié de Saintc-Menehould , s'ouvre à Paris le 27 du même mois : elle fut précédée 1 d'un jeûne public de trois jours , et commença par une procession solennelle. On y agita beaucoup de choses, et rien ne,iut décide, par la mésintelligence des tr us ordres. Le tiers-état y îivant demandé avec instance la publication d'une loi pour mettre en sûreté la vie de nos rois et rendre leur couronne indépendante du pape, le cardinal du Perron s'y opposa avec; menaces d'excommunier ceux qui s'obstineraient à soutenir que l'église n'a pas le pouvoir de déposer les rois 11 eut même te front d'ajouter que la puissance du pape était pleine, plénissime^ directe au spirituel , et indirecte au teritporel ; et ni le cierge* t nî la noblesse n'osèrent contredire un discours aussi révoltant. Ces états sont les derniers qu'on ait tenus.
L'an 161 5, la reine, Marie de Médicis , fait commencer le palais du Luxembourg sur les dessins de Jacques de Brosse , excellent architecte. Le 27 mars, Marguerite de Valois, reine de Navarre , meurt à Paris , Agée de soixante-trois ans. Elle a laissé la réputation d'une princesse très-spirituelle , mais très-peu réglée dans ses mœurs. Ce fut sa mauvaise conduite qui porta Henri IV à foire casser son mariage avec elle. Le prince de
Onde sonflrnît impatiemm* nt d'être à la cour sans autorité et sans emploi. 11 demandait doux choses , la présidence au conseil et l'administration des finances. L'une et l'autre lui ayant élc refusées, il quitte la cour au mois de juillet , ,et le 9 août suivant il publie un sanglant manifeste contre les principaux membres du conseil, et surtout contre le maréchal d'Ancre. Le roi étant parti de Paris le 1 - du même mois , donne à Poitiers, le 10 septembre , une déclaration par laquelle il prive ce prince et ses adhérents de tous biens et honneurs , comme criminels de lèse-majesté. Il arrive à Cordeaux le 7 octobre, et y épouse , le a5 , A*w« n'Au ran.HF. , fille de Philippe III, roi d'Espagne, dans le même teins que ce dernier reçoit la main d'Elisabeth , sœur de Louis. Au mois de Novembre , le prince de Condé profite de l'éloignemeut de la cour pour se liguer avec les Réformés qu'il n'aima jamais , et commence des hostilités. Le roi part de Bordeaux le 17 décembre, toujours accompagué de son armée , comme il était venu , pour se rendre aLoudun,où Pou devait traiter d'accommodement avec le prince de Condé. On y tint sur ce sujet des conférences qui commencèrent le 5o février 1616, et aboutirent à un édit de pacification qui fut dressé à Blois dans le mois suivant , et scellé a Paris le 2 mai , jour de l'arrivée du roi et de ta jeune reine en cette capitale. La tranquillité que cet édit promettait fut de très-courte durée, ou plutôt elle fut nulle. Le premier septembre la reine , apprenant que le prince de Coudé continue à cabaler , le fait arrêter par Thémiucs , qui eut pour sa récompense le bâton de maréchal. Cond i fut conduit à la Bastille , puis à Vinccnncs. Les ducs de Vendôme , de Guise , de Mayenne , de Nevcrs, de la Trémoillc , etc. craignant pour eux-mêmes , se retirent de la cour. Le principal motif de leur mécontentement était, comme pour le prince de Coudé, la fortune rapide du maréchal d'Ancre, et le pouvoir presque absolu qu'il avait sur l'esprit de la reine-mère cl dans l'état. Le roi, lui-même, irrité par Albert de Luynes , son favori (i), et toute la cour, souffraient impatiemment de voir cet étranger maître du gouver-
(») Charles d'Albert de Luyne», ne a Mnrnas,dan« If Comtat Vcnaistin, en 1678 , descendait des Albrrii de Florence 411e U jalou le , excitée par leur crédit et leur opulence , obligea d'abandonner dan» une révolution , pour te retirer en Provence. Détenu g -uiilimnimc ordinaire de Louis Xllf , il gagna ses bonnes grâces eu drevajnt des pies ftrièches à prendre d<*s nn»in<aiu. Ce fui lui qui engagea ce piince » *c défaire du inareeltal d' \ncre qui lui avait procuré le gouteroeiueQt dMntboise; et il n'eut point honte, après ta mort lu n este de son bienfaiteur, de se uire doDQCf ia confiscation de ses bien».. Tel fut le commencement de sa lot tune*
nemcnt. Il se forme une conspiration contre lui. Le ^4 avril 1617 , il est arrêté, sur le pout-levis du Louvre, par Vitri, capitaine des gardes , et tue' à coups de pistolet (1). Le roi , un moment après , se présentant à la fenêtre , crie à la troupe de Vitri : Grand merci , grand merci à vous , à cette heure je suis roi (2) Mais la reine-mère fut bien différemment affectée de cet e'vénemeut. Elle dit en l'apprenant : J'ai régné sept ans ; il ne faut plus penser à d'autre couronne au à celle du ciel. Celte princesse, se voyant méprise'c , obtient du roi la
Îicrmission de se relircr à Blois , et part le 3 mai. L'évèque de .arçon, Armand du Plessis de Richelieu , sccrét-iire d'état , la suit dans sa retraite. Bientôt elle se trouve captive au château de Blois , où le roi la tient enfermée sous bonne garde. Les princes et les seigneurs me'contents posent les armes , et reviennent à la cour , excepte le prince de Condé nui reste toujours en prison. Le 8 juillet, la veuve du maréchal «J'Ancre a la l^lc 1r:im;!iée par arrêt du parlement (3;. De Luynes , auteur de tonte cette révolution, demeura maître de l'esprit du roi. Au mois de novembre, Gaston, frère du monarque, préside, noyant encore que oeuf ans, à une assemblée de notables qui se tient à Rouen: elle fut congédiée, le 26 décembre, sans avoir presque rien conclu.
L'an ?rii8 n'offre d'époque remarquable que la mort du cardinal Jacques Davy du Perron, évêque d'Evreux , puis archevêque de Sens, arrivée le 5 (et non le^) septembre. L'église gallicauc .n'eut point, de son teins . de prélat plus éloquent que lui , de controv?rsiste plus habile, ni en même tems d'ennemi plus déclaré de ses libertés.
La rcinc-merc s'ennuyait étrangement dans sa captivité. L'an KS19, elle s'échappe du château de Blois , la nuit du 21 an 22 février, et le duc d'Epernon, l'ayant jointe près de Loches, remmène dans ses terres de l'Angoumois. Cette évasion alarme la cour. L'évêque de Luçon, que de Luynes avait fait reléguer, le 7 avril 1618, à Avignon, est rappelé pour aller trouver la
(1) Le prix de cet atKatain.it fut le bâton de maréchal de France, oui fol donné à Vitri, comme TKéminea l'avait obtenu pour avoir fait l'office de sergent en arrêtant le prince de Condé.
(a) Le corps de Cnncino, qu'on avait enterré secrètement a S. -Germain l'An x<? trois, fut déterré pr la populace , traîné par les rues, mis en pièces, et enfin les membres en furent brûlés en différents quartiers de la ville.
(3) Oins «on interrogatoire on lui demanda de quel sortilège elle s'était servie pour se rendre maîtresse de l'esprit de la reine. « Je n'en ai point M employé d'autres, répondit-elle , que I ascendant qu'ont les àiucs loi tus kur u les inic» (uib'cs m.
DÇ5 ROIS DE FRANCE. Ï5j
reine et l'engager à un accommodement Elle y consent , quitte Àngoulême le 29 août, pour se rendre à Tours, et a, le o septembre , une entrevue à CousieMp , près de cette ville , avec le roi. De là elle passe à Angers , ffont le gouvernement lui avait été donné. Le prince de Condé sort de prison le 20 octobre ; et , le 9 novembre, il obtient du roi une déclaration qui le jus» tifie, eu flétrissant ceux qui avaient gouverné pendant la minorité , ce qui pique vivement la reine-mère. Luynes , à qui ce prince est redevable de sa délivrance , s'en fait un appui contre ses jaloux, et, par ce moyen , parvient à se faire créer duc et pair le 14 novembre 1619. Ce qu'il avait prévu ne manqua pas d'arriver. L'an 1620, la faveur dont il jouit excite la jalousie de plusieurs seigneurs, qui se retirent de la cour. La reinemère se déclare pour les mécontents , et prend des liaisons avec eux. Le roi, par les sages couseils du prince de Condé, marche en Normandie au mois de juillet, et dissipe le parti du chic de Longueville, leur chef, gouverneur de cette province. Il porte ensuite ses armes en Anjou j c'était là où était la source du mal. Il attaque le pont de Cé le 7 août, met en fuite les troupes de la reine , et l'oblige à demander la paix , après l'avoir refusée. La reine et le roi se réconcilient le i3, dans une entrevue à Brissac. Les ducs d'Epernon et de Mayenne songent alors à faire leur accommodement , et tout rentre dans le calme. Le roi passe en Guiennc , puis en Béarn , ou il unit à la couronne ce pays avec la Navarre, par un édit du mois d'octobre, et les met sous le ressort d'un parlement à Pau. La restitution des biens ecclésiastiques usurpés en Béarn, par les Huguenots, fut ordonnée par le même édit; et ce fut l'occasion de la guerre de religion qui s'éleva l'année suivante. Retour du roi, le 7 novembre, à Paris, où il trouve la reine-mère.
Depuis 1614 9 l*i charge de connétable était vacante par la mort de Henri, duc de JMontmorenci. L'opinion commune à la cour était que le roi, après avoir hésité long-teras s'il ne la suprîmerait pas , la destinait au duc de Luynes. En vain le duc e Mayenne soutenait-il que cette dignité n'était pas faite pour un homme qui ne savoit pas ce que pesoit une èpêe. L'événement lui prouva que la qualité de favori supplée à tout ; et, Je 2 avril 1621, de Luynes obtint l'épée de connétable (1). Ce
(1) La cérémonie de ton installation fui pompeuse. Elle se fit dans la galerie des peinture en pre'sence de toute la cour. Après un discours du chancelier sur 1rs devoir» du connétable, le roi présenta loi-même au duc de Luynes une é|W« nue dont la jjnrdc et le fourreau cinient garnis de diamants et de pierreries tjue l'en dirait valoir trente mille écus. Le duc d'Anjou, frère du loi , la lui mit au
a38 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
seigneur n'était point ami des Rcligionnaircs. Une assemblée qu'ils tinrent à la Rochelle, contre la défense du roi, lui donna occasion d'irriter ce monarque contre eux. Ce n'e'lait pas , au reste , le premier acte de soulèvement qu'ils eussent fait depuis le dernier traité. Des le 8 février, ils s'étaient rendus maîtres de Privas, et avaient ensuite envahi quelques autres places. Le roi, pour les contenir, se met en marche le 29 avril , accompagne' de M. le prince, du connétable, et de plusieurs autres seigneurs : il arrive à Saumur , dont il ôte à du Plcssis-Mornaf le gouvernement, et de là conduit son armée en Poitou. A son approche, rassemblée de la Rochelle confirme, le io mai, la division des provinces, qu'elle avait déjà faite, en huit cercles ou départements, nomme des chefs pour chaque cercle, et ordonne à tous les Religionnaires de prendre les armes : enfin ces rebelles lèvent entièrement le masque, et font connaître le dessein oti'ils avaieut de s'ériger en république ; projet plus chimérique que jamais, parce qu'ils n'avaient jamais été moins unis. Le duc de Bouillon, établi généralissime par l'assemblée, et la plupart des seigneurs nommés pour commander dans les provinces, refusent cet honneur dangereux. Mais le duc de Rohan accepte le commandement de la haute Guienne et du haut Lan-
fnedoc. Le roi , s'étant assuré du Poitou, fait assiéger, le 3 juin , aiut-Jcan-d'Angeli, où commandait M. de Soubise , frère -du duc de Rohan. La place fut rendue, le a5 juin, par capitulation. Le 4 juin, Bernard de Nogaret d'Ëpemon, duc de la Valette, est nommé lieutenant-général des armées du roi. C'est le premier, au dix-septième siècle, qui ait été élevé à ce grade. En Guienne , Nérac se rend au duc de Mayenne le 7 juillet, après on assez long siège. Le roi prend Clérac en Àgenois, le 4 aoAf. Plusieurs villes huguenotes des environs lui apportent leurs clefs. Le 17 août, il fait investir Moulauban : le siège de cette place , défendue par le marquis de la Force , dura près de trois mois , et fut très-meurtrier. On fut enfin obligé de le lever le 17 no» vembre , par la mésintelligence des généraux , après y avoir
Î>crdu huit mille hommes et plusieurs ofliciers de distinction : e duc de Mayenne fut de ce nombre. Le i5 décembre, une fièvre pourprée enlève, au camp de Longueville, près de Monheur, le connétable de Luyncs, à l'âge de quarante-trois ans, Si l'on en croit le P. d'Avrigni, en quatre ans il mit plus de biens et de charges dans sa maison , que le maréchal a" Ancre,
côté. Ton» le» courtisant s'ernprcînèreni de complimenter le nouveau connrlabte , ci panm-ni applaudir au choix du roi : mai» 00 prétend <jue la plupart ua Huunnurcrtni «o Merci (Griffct),
DES ROTS DE FRANCE. 25g
contre lequel on avait tant crié , nen avait mis dans la sienne pendant sa plus grande faveur. Unix 1622, le roi arrive, le 28 janvier, à Paris: il se remet en campagne, le 21 mars, pour continuer la guerre contre tes Huguenots. Le 16 avril , il passe, à la tête de ses gardes , vers le milieu de la nuit , dans l'île de Rie', en Poitou (et non pas de Rhe'), d'où il chasse M. de Soubise, après lui avoir fait perdre près de quatre mille hommes Le 4 mai , le duc d'Elbœuf et le maréchal de The'mines prennent Tonncins, sur la Charente , au bout de quarante jours de siëge , et réduisent la place en cendres. Royan soutient quinze jours d'attaque , et se rend à discrétion le 1 1 du même mois. Ce fut à ce sjége que le roi alla pour la première fois visiter la tranchée. Le 24 . le marquis de la Force , s'étant détaché du parti des Huguenots , ouvre à ce prince les portes de Sainte-Foi. Il reçoit le même jour, pour sa récompense , le bâton de maréchal. Le 10 juin, Ncgrepclisse, en Querci, est emportée d'assaut le deuxième jour de siège, et saccagée pour avoir égorgé, au mois d'août, quatre cents hommes des troupes du roi. Ce prince force, le 9?., Sainl- Antonin à se soumettre. Le 16 juillet, il déclare la conversion du maréchal de Lesdiguièrcs , âgé pour lors de quatre-vingts ans , et lui envoie, eu Danphiné, le brevet de connétable. L<? 2 septembre, il fait ouvrir la tranchée devant Montpellier. Ce siéi;c, très-meurtrier de part et d'autre, dura jusqu'au dix-neuf octobre, et se termina par un traité de paix qui mit fin à une guerre civile des plus cruelles. Le roi confirma, par ce traité, l'éclit de Nantes, et accorda aux Religionnaircs , pour places de sûreté, Moutauban et la Rochelle. Dans ces entrefaites, féveque de Luçon, Richelieu, est nommé cardinal, le 5 septembre, à la recommandation de la reine mere. Le roi lui donna la barctte à Lyon, le 8 décembre, dans la salle de l'archevêché; et, à cette occasion, Richelieu fit un discour* qui fut admiré; puis mettant sou bonnet aux pieds de la reinemère, qui était présente, madame, lui dit-il, cette pourpre , dont je suis redevable à votre majesté, me fera souvenir du vœu que j'ai fait de répandre mon sang pour son service. On verra par la suite comment il tint parole. L'église de Paris reçut une nouvelle illustration le 9.0 octobre <Jc cette année , par l'érection qui se fit de son siège épiscopal en archiépiscopal. L'état fit une perte, le 5i octobre de la m^me année, par la mort du président Jeannin. De simple avoc-tt au parlement de Dijon, il était devenu conseiller, président, puis ministre d'état sous le roi Henri IV, après avoir été quelque terns attaché à la ligue, par une illusion dont son bon sens le lit bientôt revenir. La reine-mère * après la mort de Henri IV, se reposa sur lui des plus grandes ailaires de l'état, et lui confia l'administration des finances. Le-peu
de bien qu'il laissa en mourant fut la preuve de la fidélité' avec la*? quelle il mania les deniers publics. Henri IV, qui se reprochait de rie lui avoir pas fait assez de bien, dit en plusieurs rencontres, qu'iï dorait quelques-uns de ses sujets pour cacher leur malice; mais que pour le président Jeannin , il en disait du bien sans lui en faire (i).
Paris, le 10 janvier 162^, revoit son roi avec les deux reines qui l'avaient accompagne*. Il y signe , dans le même mois , une ligue avec la république de Venise et le duc de Savoie , pour le recouvrement de la Valteline , dont les Espagnols s'étaient empares. Il e'tait d'un intérêt presque égal pour ces trois puissances de les chasser de ce pays , à l'entrée duquel ils avaient Ijâti le fort de Fueutes , dont Henri IV disait que par-là ils serraient *f un même nœud la gorge à V Italie et les pieds aux Grisons, Le cardinal de Richelieu , attaché à la cour , remplaça en peu de tems le connétable de Luynes dans l'esprit de Louis XIII. Mais ce fut moins par un manège de courtisan que par un mérite reconnu qu'il obtint la faveur de ce prince. L'an 1624* aa mois d'avril , il commença d'entrer au conseil (2) , et dès-lors il se proposa trois objets qu'il ne perdit point de vue : d'abattre les grands , de mettre les Huguenots hors d'état de se soulever v et d'humilier la maison d'Autriche. L'Espagne ne tarda pas à ressentir les eft'ets de son influence darîs le gouvernement. Le marquis de Cœuvres, envoyé dans la Valteline, se rendit maître de la plus grande partie du pays, sans effusion de sang, et lit repasser les habitants sous la souveraineté des ligues grises. Les Huguenots, toujours inquiets, se plaignaient de l'inexécution prétendue du dernier traité de paix. L'an 1625 , excités par les deux frères , Rohan et Soubise , ils recommencent % sous ce prétexte, à faire des mouvements. Soubise, le 18 janvier, se saisit du port de Blavct, ou Port-Louis , en Bretagne. Obligé de se retirer par mer , il va prendre les îles de Rhé et d'Oleron. (d'Avrigni.) Le P. Griffet met l'entreprise sur Port-Louis , après la prise de ces deux îles. Le duc de Rohan se disposait, ae son coté, à faire plusieurs tentatives en Languedoc et en Dauphiné ; mais ses desseins furent découverts et arrêtés. Le 20 mai, le maréchal de Thémincs est chargé, par commission du roi , dé poursuivre les rebelles en Languedoc. Il force et brûle, le 25 juin, le château de Bonnac. lin seul
(1) Ce prince un four ae plaignant h tes ministres qu'un d'eux avait revclc le eccret du conseil , dit , en prcoant le Pr. Jeannin par la main : Je réponds pour le bonhomme : c'est à vous autres à vous examiner.
(1) Ce fnt cette même année, 173$, qu'il ae demit de son eréchu de Luçoo. ( Gai. Christ., T. II, col. 1 4> 4* 5
•'es rcN ionnaircs qui s'y trouvèrent eut la vie sauve, à condition qu'il pendrait tous les autres , du nombre desquels fut son 1>cre. Lequel était le plus barbare , de celui qui commandait ou de celui qui exécutait? Le i5 septembre, le comte de la Jiochcfoucault , Saint-Luc et Toiras, soutenus par six vaisseaux du duc de Montmorenci, font une descente dans l'île de Khc ; M. de Soubise , après une légère résistance, se sauve avec ses troupes dans le fort Saint-Martin. Le lendemain , les Rochelais vinrent attaquer la flotte du roi. Le combat fut très-vif, et la victoire se déclara pour le duc de Montmorenci. Le 17, le fort Sain! -Martin se rend par capitulation. La flotte victorieuse ayant fait voile vers l'île d'Olcron , v mit à terre les troupes du roi : elles s'emparèrent, le ?.o, J'un fort où les Huguenots avaient une garnison de sept cents hommes. M. de Soubise, qui avait passe' dans cette île, ne les avait pas attendues; dès la veille il s'e'lait jeté' dans une chaloupe, pour se retirer en Angleterre. Il y trouva un asile assure' auprès du roi Charles Ier. Ce prince, néanmoins, quoique ze'lé protestant, avait épouse', le 11 mai de cette année, par procureur, madame Henriette, sœur de Louis XIII, et le mariage avait été célébré par le ministère du cardinal de la Rochcfoucault , dans Pèglisc de N. D. de Paris. En Italie, d'un ci\té les Espagnols abandonnent ce qui leur restait dans la Valteline, de l'autre, les troupes fran-. çaiscs font des conquêtes dans l'état de Gênes; mais elles les reperdirent aussi prompteraent qu'elles les avaient faites.
L'an 1626, nouveaux succès des armes françaises. Les Relîgiomwircs, battus partout, demandent la paix : elle est conclue le Sérier, et en conséquence, le roi donne un édil de pacification, qui est enregistré le 6 avril. L'affaire de la Valteline est terminée, le 5 mars, par le traité de Mouçon, en Aragon , qui en laisse maîtres les Grisons. Le 19 du même mois , Louis Scrvin, avocat-général depuis trente-sept ans, meurt des efforts qu'il avait faits deux heures auparavant dans un lit de justice, pour faire entendre sa voix contre des édits bursaux que le roi venait de faire enregistrer ; sur quoi Bougier , conseiller de grand'chambre , fit le distique suivant :
Servinum una dies pro lihertate loquentem Vidlt , et oppressa pro lihertate cadentem.
Le 4 niai, le maréchal d'Ornano , décoré du bâton au mois de janvier précédent, suivant Bassompierre , est arrête' et conduit à Vinccnnes, où il meurt le 4 septembre suivant. Le crime dont on l'accusait était d'avoir voulu brouiller Monsieur avec le roi son frère. On négociait alors le mariage de ce prince, qui VL 5i
5 rit en ce tems le titre de duc d'Orléans , avec mademoiselle e Montpensier. Ce mariage , noué par le cardinal de Riche* lieu , et manqué , donna naissance aux cabales qui ne cessèrent d'agiter la cour pendant toute la suite du règne de Louis XTU. On conspire contre la vie du cardinal. Le comte de Chalais, maître de la garde-robe de Monsieur , convaincu d'avoir trempé dans le complot, est décapité, le 19* août, à Nantes, ou la cour s'était rendue , pour prévenir les troubles de la Bretagne ; d'autres complices , du nombre desquels était le comte de Soissons , prirent la fuite. Le cardinal se fait donner une compagnie de gardes pour sa sûreté. Le connétable de Lesdiguières meurt le 28 septembre , à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Sa réputation était si grande en Europe, que la reine Elisabeth disait que s'il y avait deux Lesdiguières en France, elle en demanderait un à Henri IV.
L'an 1627 , les charges de connétable et de grand-amiral sont supprimées par édit du mois de janvier. Celle de surintendant-gonéral du commerce et de la navigation, est créée en faveur du cardinal de Richelieu : l'édit en est vérifié le 18 mars. La guerre civile de religion se renouvelle. Les ducs de Rohan et de Soubise , chefs des rebelles , obtiennent du secours de l'Angleterre. Le 22 juillet, le duc de Buckingham, commandant une flotte anglaise de cent cinquante vaisseaux , descend dans l'ile de Rhé, d'où il est chassé, le 8 novembre , par le maréchal de Schomberg. Le 10 août, le siège de la Rochelle, l'un des plus fameux dont l'histoire fasse mention, est commencé par le duc d'Angoulème, Le roi y vient en personne, etjfrive au camp le 22 octobre, accompagné des princes et du cardinal de Richelieu. Le 28 novembre , le cardinal , pour barrer le port de la Rochelle du côté de la mer, fait construire une digue de cinq cents pieds de long , dont on attribue l'invention à Louis IVIétezeau et à Jean Tiriot, mais qui fut achevée au mois de mai suivant par Pompée Targon, le plus habile ingénieur de son tems. Les derniers édits n'avaient point réprimé la fureur des duels parmi la noblesse. Elle continuait de s'y livrer sans cause et uniquement pour faire preuve de sa valeur et de son habileté dans le maniement des armes. François de Bouteville-Montmorenci , père du célèbre maréchal de Luxembourg , et Rosmadec» comte des Chapelles, son cousin, passaient pour les plus redoutables dans ce genre d'escrime; réputation qu'ils s'étaient acquise par la mort d'un grand nombre de leurs semblables. A la faveur de leurs noms, ils se croyaient sûrs de l'impunité. Le roi les détrompa. Le 22 juin , par arrêt du parlement , Us furent exécutés en place de Grève. Cette sévérité, dit M. le
T)TS HOTS DE FRANCK. Vilfî
président Hénaut , fit plus d'impression sur les esprits que tou* les édits rendus à ce sujet.
L'an 1628, le duc de Rohan , voulant surprendre Montpellier, est vivement repousse' le 19 janvier. Le 10 mars, le pnnee de Condé force la ville de Pamiers à se rendre à discrétion. Le duc de Mootmorcnci soumet plusieurs places dans le Vivarais et le Bas -Languedoc. Cependant le duc de Soubise (1) ne cessait de solliciter du secours en Angleterre pour la Rochelle. Le duc de Buckingham y envoie une flotte qui n'est pas assez considérable, et qui revient, le 18 mai, sans succès. Une nouvelle flotte anglaise, composée de cent quarante voiles, est envoyée sous le commandement du comte de Lindsei. Elle parait, le a octobre, à la vue de la Rochelle , fait, le 3 et le 4 » des tentatives inutiles pour forcer la digue , canonne de loin notre flotte , sans oser en approcher , et s'en retourne enfin moins Forte de vingt-huit vaisseaux, après avoir été spectatrice de la réduction de la Rochelle , qui se soumit au roi le 28 octobre. La famine v avait été si grande, pendant un an que dura le siège, qu'elle avait emporté douze mille personnes. Le roi y fit son entrée le ier novembre. Les fortifications furent démolies, I'échevinagc aboli , l'exercice de la religion catholique rétabli. Ce fut l'événement le plus glorieux et le plus utile du ministère de Richelieu , et le coup le plus funeste pour l'hérésie , qui jamais n'a pu s'en relever. Le roi revient à Paris, et y fait une entrée triomphante le a3 décembre. Cet honneur lui était du pour la bravoure avec laquelle il s'était exposé dans le siège de la Rochelle.
Le duché de Mantoue était échu , l'an 1627, par droit d'héritage, à Charles de Gonzague, duc de Nevers. Le duc de Savoie et le .duc de Guastalle lui contestèrent cette succession , appuyés par la maison d'Autriche , à qui son intérêt ne permettait pas de souffrir qu'un duché , situé au centre de la Lombardie, fût entre les mains d'un prince attaché à la France. Louis Xlll, par un motif opposé, prend la défense de Charles. 11 part, le 16 janvier 162^, pour aller le secourir, traverse les Alpes k la faveur des ténèbres, malgré les neiges et les glaces; et, le 6 mars, il force en personne les trois barricades du Pas de Suze, défendues par le duc de Savoie, qui s'enfuit à toute bride. Etant à Suze, il fait un traité, le 1 1 mars, avec ce duc, par lequel celui-ci s'engage 4 lui fournir du secou», pour con-
Çi) Il avait été fait duc , par lettres datées de Nantes, au mois de juillet t6?6. qui ne furciit jamais enregistres; ce <p>t n'a pas empêché le duc de Rohao dt lai donner cette qualité dans se» mémoires ( Griftet ).
3^4 chronologie historique
traindre les Espagnols à lever le siège de Casai. Ce secours fut inulile , parce que le siège fut love sur la nouvelle de rapproche des Français. ( Voy. les Ducs de Manloue.) Après celte expédition, Louis repasse les moûts pour aller à la poursuite du due de Roltan , qui continuait la guerre en Languedoc. Le 14 mai , il fait investir, parle maréchal de Schomberg, la ville de Privas , regardée comme la plus forte place des Religionnaires , et la prend , le 27 , avec le château de Toulon. La ville fut livrée au pillage j cent des principaux furent pendus , et cent condamnés aux galères. La plupart des villes rebelles des Cévcnnos et du Ras-Languedoc, intimidées par cette sévérité, se soumettent au roi. Le 9 juin, Louis assiège Alais, dans les Cévennes , <iui capitule le i(>. La prise de cette place jette une nouvelle consternation dans le parti. Le duc de Rohan , avant alors tenu une assemblée générale des rebelles a Anduzc, députe au roi pour lui demander la paix : elle est conclue, le 27 juin, dans Alais. Le duc de Rohan obtient du roi la permission de se retirer à Venise, où il demeura jusqu'à ce que la nécessité des tems et l'estime générale où il était, lui procurèrent le commandement de nos troupes dans la Valtclinc. Enfin, le 14 juillet, le roi donne, à ISismes , un édit de pacification, portant abolition de tout le passé. 11 part le lendemain pour Paris , laissant en Languedoc le cardinal de Richelieu . pour faire démauteler toutes les places des Huguenots. Le 28, les députés de Montauban déclarent à ce ministre qu'ils ne veulent point de la paix, sans la conservation de leurs fortifications ; mais l'approche de l'armée commandée par le maréchal de Bassompierrc leur fit changer de langage. Le cardinal entra , le 20 août , dans Montauban , d'où il reprit la route de Fontainebleau. Ainsi finit ia troisième guerre de religion, et la dernière qu'on ait vue en, France, L'audace des Huguenots , dit un moderne r tomba avec leurs places de sûreté, et ils devinrent bons français lorsqu'ils furent hors d'état de devenir rebelles. Le 21 novembre, le cardinal de Richelieu est déclaré principal ministre. Le 29 décembre , accompagné du cardinal de la Valette, du duc de Montmorcnci et «les maréchaux de Schomberg, de Bassompierrc et de la Force, il se met en marche, avec le titre de lieutenant-général représentant le roi , pour secourir Casai , assiégé de nouveau, et le duc de Mantoue, contre l'empereur et les Espagnols. Le duc de Savoie était d'intelligence avec eux, mais en secret , feignant toujours de ne vouloir point s'écarter du traité de Suze. Le cardinal ayant démêlé ses artifices , lui déclare, la guerre, et fait attaquer Piguerol , le 20 mars i65o, par le maréchal de Créqui, qui s'en rend maître le 32. La ci-
tadelle fut prise le 9.9. Au mois de mai, le roi vient à Lyon avec les reines et toute la cour. Il cotre dans la Savoie» et la soumet en peu de tems. Le 10 juillet, Doria, général espagnol, est battu et fait prisonnier par le duc de Montmorenci au Pont de Veillanc. La conquête de la ville et du marquisat de Saluccs , suivit de près cette expédition, la ville s'e'tant rcuduc le 20, et le château le ai. Rével, Yillefranche , Pontcarlier, Carigrian , eurent ensuite le même sort. Les Espagnols , cependant , continuaient le siège du château de Casai, où Toiras faisait une vigoureuse défense. Le a septembre, Jules Mazarini, italien, ménage une trêve jusqu'au i5 octobre, entre ce commandaut et Spiuola , général espagnol. Ce dernier meurt, le a5 septembre, dans le château de Scrivie, où il s'était fait transporter. Le roi lui-même tombe dangereusement malade à Lyon , le aa du même mois. Les ennemis du cardinal , pendant cette maladie , formèrent divers projets que la convalescence du roi fit évanouir. La reine-mère était à leur tête, ayant entièrement changé de disposition envers le cardinal , dont la reconnaissance ne répondait pas assez à ses vues et à ses désirs. Elle vint à bout, par ses importunilés et par ses larmes, de déterminer le roi à congédier son ministre à la fin de la campagne. L'armée française arrive cependant le 36 octobre devant Casai , et le siège est incontinent levé. La France et l'empire avaient déjà fait, à Ratisbonne, le i3 du même mois , un traité pour maintenir le duc de Nevcrs dans le duché de Mantoue. Toutes les armées évacuent le Montferrat sur la fin de novembre , et Casai est remis au duc de Mantoue par les Français. Le roi était arrivé à Paris au commencement de ce mois. Le 1 1 , le cardinal de Richelieu, qu'on croyait disgracié sans retour, triomphe de ses ennemis dans l'esprit du roi , qui le reçoit à Versailles avec toutes les marques d'estime et de confiance. Continuez à me servir comme vous avez fait y lui dit ce monarque, et je vous maintiendrai contre toutes les intrigues de vos ennemis. Ce jour fut appelé la journée des dupes»
Gustave- Adolphe , roi de Suède , faisait la guerre alors à l'empereur Ferdinand II , pour la défense de la liberté germanique que celui-ci menaçait d'opprimer sous prétexte de veuger la religion catholique des entreprises des princes protestants. C'était une occasion pour la France de rabaisser la maison d'Autriche , en joignant ses armes avec celles des Suédois. Le cardinal ne manqua point d'en profiter. En conséquence le baron de Chamacé signa , le 3>5 janvier i6"Si . au camp de Bernwald en Brandebourg, un traité de ligue eulrc la France et la Suède pour le rétablissement des princes de l'empire , que Ferdiuaud
avait dépouillas de leurs états. Le pape Urbain VIII fît au cardinal de grands reproches de cette alliance. Mais il se justifia en prouvant qu'il avait pris , en traitant evec le roi de Suède, lou'cs les précautions nécessaires pour mettre en sûreté la religion catholique en Allemagne. La reine-mère avait dit au cardinal , lorsqu'il lui demandait à genoux ses bonnes grâces : Je me donnerais plutôt au diable que de ne pas me venger. Ce ministre n'eut pas besoin d'en venir jusques-là pour la punir de sa haine obstinée. Le a3 février, elle est retenue prisonnière à Compiègne , d'où elle s'échappa le 18 juillet, pour se retirer à Bruxelles. Monsieur (Gaston , frère du roi), brouillé pareillement avec le cardinal , avait quitté la cour le 5o janvier précédent , et pris la route d'Orléans. Il en sort le i3 mars, et passe en Lorraine , où il conclut aussitôt son mariage (il était veuf depuis 1627), avec la princesse Marguerite, sœur du duc ; mais la crainte d'encourir la vengeance du roi et de son implacable ministre, fît suspendre la célébration de ce mariage. .Le roi, parédit du 14 juin , établit une chambre de justice à l'Arsenal, pour faire le procès aux partisans de la reine et du duc d'Orléans ; il déclare la guerre au duc de Lorraine, pour être entré dans le complot de Monsieur, et envoie dans ce duché les maréchaux de la Force, et de Schomberg, qui s'emparent de plusieurs places. Louis se rend à Metz avec son ministre , le duc de Lorraine vient l'y trouver le 26 décembre , et signe , le 6 janvier 16^2 , à Vie , un traité qui porte. i# qu'il remettra la ville de Marsal entre les mains du roi; a° qu'il obligera Gaston est ses partisans à sortir de la Lorraine. 11 tint parole sur l'un et l'autre point. Gaston avait enfin épousé, le 5 (et non le 5i ) du même mois , dans la chapelle du prieuré de Saint-Romain à Nanci, Marguerite, sœur du duc , avec la bénédiction de D. Albain Tellicr, assisté de deux de ses confrères, en présence de Catherine de Lorraine, abbesse de Remircmont,duaucd'Elbœuf et de deux autres témoins. Gaston quitte Nanci > et se retire à Bruxelles , où il arrive le 28 janvier i65a. Le cardinal triomphait également des ennemis dn royaume et des siens. Le 5 mai , il oblige le duc de Savoie à. signer à Saint-Germain-en-Laye un traité par lequel il cède à la France à perpétuité Pignerol , qu'elleavait déjà en dépôt par le traité de Quierasque , du 3i mars de l'année précédente. Le 10 mai , le maréchal Louis de Marillac, arrêté deux ans auparavant en Italie , au milieu de l'armée qu'il commandait , est décapité en Grève, comme coupable de péculat , concussion, faussetés, foule et oppressions faites sur les sujets du roi. Mais son plus grand crime, aux yeux du cardinal , et le seul qui lui attira la mort, était de s'être déclaré pour ia reine et pour le duc d'Or-
leans(i). Le cardinal qui l'avait fait condamner par une commission forme'e à son gré*, se moqua, dit- on, lui-même des
{*uges , lorsqu'ils vinrent lui faire part de l'arrêt. // faut avouer ', eur dit-il , que Dieu donne aux juges des lumières qu'il ne donne pas aux autres hommes , puisque vous avez trouvé dû quoi condamner à mort le maréchal de Marillac , lorsque je ne croyais pas quiljr eût de quoi fouetter un page (2).
Le duc d'Orléans, abandonné du duc de Lorraine par le traité de Vie, s'était retiré dans les Pays-Bas, où il concertait avec la reine, sa mère, les moyens d exciter des mouvements dans le royaume. Assuré de quelques partisans, il entre en Champagne, le i5 juin i652, à la tête de deux mille espagnols, traverse la Bourgogne , et va joindre en Languedoc le maréchal de Montmorenci. Le duc de Lorraine ayant repris dans le même terns les intérêts deceprince, le roi fait marcher contre lui les maréchaux de la Force et d'Efâat, qui s'emparent de Pont-à-Mousson, Bar-le-Duc et Saint-Mihiel . Louis part lui-même, le 23 juin, pour aller investir Nanci. Le duc le prévient par ses soumissions, et conclut , le 26 juin , à Liverdun , un traité par lequel il vend au roi, Clermout, et lui cède Jamets et Steuai , pour quatre ans. Louis se met aussitôt en inarche pour aller à la poursuite de soa frère en Languedoc. Le 22 juillet , les états de Languedoc , assemblés à Pézénas, se déclarent pour Monsieur , à la sollicitation de plusieurs évêques de la province, et sur-tout du maréchal de Montmorenci , qui en était gouverneur. Le premier septembre, se donna le combat de Castelnaudari, où ce dernier fut fait prisonnier par le maréchal de Schomberg. Le comte de Moret, fils naturel de Henri IV, reçut dans ce combat une blessure dont il mourut, dit -on, deux heures après. D'autres prétendent qu'il se sauva en Portugal déguisé en ermite , qu'ensuite il revint en France , et qu'il se cacha dans un ermitage de l'Anjou, sous le nom de frère Jean- Baptiste. Les preuves qu'on donne de cette assertion ne sont ni méprisables ni pleinement convaincantes. Le roi, ayant appris à Lyon le succès de Cette expédition , part le 9 novembre pour aller pacifier le
(1) La sentence du maréchal fut prononcée dans la maison de campagne du cardinal. On ménagea si peu les bienséances dans l'instruction de son procès, qu'on mil an uombre de ses juges un des auteurs d'une sanglante satire contre les Marillac.
(ï) Marillac , après la lecture qu'on lut fît de son arrêt , dit lui-même: C'est une chose bien étrange quon m'ait poursuivi comme on a fait. Il ne s'agit lions mon procès que Je paille , de bois, de pierres et de cfuinx : il n'y a pas de quoi faire fouetter un laquais. Un homme de ma qualité accusé d» péculatl
248 CHRONOLOCIE HISTORIQUE
Languedoc. Il fait grâce à Monsieur qui, de Bezicrs, où il s'était retire' , le fit assurer de son repentir avec promesse de lui être fidèle par la suite, et d'aimer le cardinal. Il espérait obtenir par ces vaines soumissions le pardon du duc de Montmorenci ; mais le roi , nalurcllcmrnt sévère , fut inflexible à l'égard de ce seigneur, par le conseil du miuistre qui voulait effrayer les grands par une éclatante punition. Livre au parlement de Toulouse , Montmorenci fut condamne' à mort par arrêt du 3o octobre iG5a, et exécute' le même jour dans l'Hôtel-de-Ville à l'âge de trentesept ans. Ce seigneur, plus malheureux que coupable , et aussi recommandablc par ses qualite's personnelles que par sa naissance , subit la rigueur de son sort en héros chre'tien , et fut universellement regretté ( Voy. les barons et ducs de Montmorenci). Le duc d'Orléans, irrité de sa mort, écrit au roi pour s'en plaindrè et sort une troisième fois du royaume. La reinemère, qu'il avait intention d'aller joindre à Bruxelles, en était partie avant qu'il arrivât, piquée de ce qu'il n'avait rien fait pour elle en traitant de sa paix avec le roi. De Malines , où elle s'était rendue, elle passa à Gand , puis à Anvers , de là eu Hollande , d'où elle alla se réfugier auprès de la reine , sa fille , à Londres.
La province des Trois Evêchés se trouvait grevée d'être obligée de porter ses affaires en dernier ressort au parlement de Paris. Le roi , par son édit du mois de janvier io5S , créa pour la soulager un parlement à Metz. Par un autre édit du mois de mars suivant, il calme les frayeurs de ceux qui avaient suivi le parti de son frère, en leur accordant une abolition générale. 11 excepte néanmoins de cettre grâce quelques-uns des instigateurs de la rébellion, et entr'autres cinq évêques , savoir : ceux d'Albi , d'Uzès , de Lodève , d'Alet et de S. Pons. Déterminé à les faire déposer, il autorise, par des lettres-patentes du 16 mars , le bref du pape qui nommait des commissaires pour faire le procès à ces prélats. Le clergé protesta , en i65o , contre cette délégation.
La mort de Gustave-Adolphe , tué, le 16 novembre i655, à la bataille de Lutzen, en Saxe, n'avait point rompu l'alliance de la France avec la Suède contre la maison d'Autriche. Elle fut renouvelée au mois de mars i653 par le marquis de Feuquières, ambassadeur de France , et Oxenstiern , chancelier de Suède , dans la diète des princes prolestants , tenue à Hailbron. Le cardinal se vit assuré par là d'avoir mis la maison d'Autriche hors d'état de croiser les desseins qu'il avait de réduire le duc d'Orléans $ et de se venger de Charles , duc de Lorraine. Il en voulait au dernier pour avoir permis à sa sœur de suivre le premier daus
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les Pavs-Bas , loin do consentir a taire déclarer nul leur mariage. Les délais affectés que Charles apportait à rendre hommage à ia France, du duché' de Bar, furent un motif pour le cardinal de l'en faire de'clarer de'chu et de le réunir à la couronne par arrêt du parlement, rendu le 5o juillet. Le roi, s'étaut acheminé avec son armée pour faire exécuter ce jugement, pendant qu'il faisait le siège de Nanci , conclut avec le duc , le 20 septembre , le traité de Charmes, par lequel il lui cède cette ville pour eu jouir jusqu'à ce qu'il ail remis la princesse Marguerite , sa sœur, entre les mains de sa majesté. Rien n'était moins sincère de la part du duc auc ce traité. Pour avoir un prétexte d'en éluder l'exécution, il se démet par collusion , l'an 1 654 » de son duché en faveur du cardinal François , son frère , et va joindre les armées de l'empereur. Le maréchal de la Force, envoyé contre le nouveau duc , le fait prisonnier dans Lunéville avec la duchesse Claude , sa femme. 11 va se présenter ensuite devant la Mothe dont il ne se rendit maître qu'après un siège de cinq mois. Un événement singulier occasionna la longue résistauce de cette bicoque dont la garnison n'était que de quatre cents hommes. Istche , qui commandait dans la place , avant été tué, son frère , qui était capucin, prit sa place, parut tout-à-coup soldat et capitaine , communiqua à tout le monde l'enthousiasme dont il était saisi, hasarda des sorties tout-à-fait heureuses , et se 'disposa à soutenir Fa^sautavcc la plus grande fermeté. LTn coup de feu qui lui cassa Je bras sur la brèche , lorsqu'il animait les Lorrains par ses discours et par son»excmple , à se sacrifier pour la patrie , termina ses exploits guerriers et la défense de la place. On prétend que c'est à ce siège que la France employa, pour la première fois , des bombes. ( Voy. les ducs de Lorraine. ) Le sort des armes ne fut pas aussi favorable cette année aux suédois contre Fcmpereur. Us prirent à la vérité Plulisbourg , le 1 5 janvier, après un long blocus; mais ils perdirent , le 6 septembre, la bataille de Nordlingue, où leur armée fut taillée en pièces. Cet événement changea tout-à-coup la situation des affaires en Allemagne. Le chagrin qu'il causa au cardinal ne lui fit pas néanmoins abandonner ses projets. Le parlcmeut avait déclaré nul, le 5 septembre , conformément à ses vues, le mariage du duc d'Orléans (1 ). C'était un préliminaire pour retirer des mains des
(1) Lu clergé de France appuya celle décision de son suffrage , comme il parai l par le procc*-vcrbal «le son assemblée de l'année suivante. Lu Sorbonue en fil de même. Mais l.t faculté de Louvnin fui d'un avis contraire, cl le pape Urbain VIII, malgré le» pressantes sollicitations <lu marquis de Créqui, notre ambassadeur , ne put jamais se déterminer à caswr un mariage fait selon les loi»