‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 28 sur 146 · VI · texte numérisé non relu

VI

a5o chroivologie însTOrViQLE

Espagnols, ce prince , héritier présomptif de la couronne , le> Foi, sonfrère , n'ayant point d'enfants. Le cardinal se servit pour

Îr réussir de Puvlaurent , favori de Gaston , et l'engagea , sons es plus bcHes promesses , a travailler an retour de son maître en France. L'affaire eut le succès qu'il espérait. Gaston étant parti clandestinement de Bruxelles , arriva , le 21 octobre , à 6aint-Germain-en-Laye , où le roi loi fit un accueil vraiment fraternel. Puylaurent reçut les récompenses <mi loi avaient été promises. Il épousa une des nièces do cardinal , et huit jours après il fut nommé duc et pair. Mais, enivré de sa haute fortune , il ne tarda pas à se méconnaître , et mérita , par son insolence, d'être enfermé à la Bastille, où en peu de lems il finit aes jours.

Nos alliés , au commencement de l'an i655 , essuyèrent des revers. La nuit du 23 au 24 janvier, le baron de Fernamonde, à la tête de six mille autrichiens , surprend Philisbourg à la faveur des glaces. Le 26, les Espagnols surprennent Trêves de même , et emmènent prisonnier l électeur attaché à la France; ce qui allume une longue et cruelle guerre entre la France et l'Espagne. Le 8 février, traité fameux 'de la France avec la Hollande , pour partager ensemble les Pays-Bas espagnols , après qu'elles en auraient fait la conquête en commuu. Le i3 avril , du Landé se rend maître , pour les Français , de tous les passages de la Valteline. Le duc de Rohan qui, peu après, y arrive, travaille à les faire fortifier. Le 20 mai, bataille <TAvein, dans le Luxeinbourgjoù. les maréchaux de Chàtillon et de Brezé défont les Espagnols commandés par le prince Thomas de Savoie, qui voulait empêcher la jonctiou de nos troupes avec celles des Etats-Généraux. Le 6 juin , les Français et les Hollandais forcent Tillemont et y commettent des désordres infinis. Ils s'emparent ensuite de Diest et d'Arschot : de là ils tournent à Louvain qu'ils investissent, et dont ils sont obliges de lever le siège le 5 juillet. Ligue offensive et défensive conclue le 11 du même mois à Rivoli , entre la France , la Savoie et le duc de Parme. Le 24, le cardiual de la Valette ravitaille !Mayence, dont les Impériaux, sous Mansfeldt, tenaient la garnison suédoise bloquée depuis quelques mois j il force ensuite Galas à lever le siège de Deux-Ponts. Le 3 1 octobre , le duc de Rohan défait les Impériaux et les chasse de la Valteline j

ciablies par le cooeile de Trente. Le célèbre abbé de S.-Cyran , qui «toit été consulté sur le même sujet par le cardinal, ayant opine comme les docteurs de Lonvain, n'échappa pjs h la vengeance de ce ministre. Il lut enfermé par son ordre, sous un autre prétexte, a Viucennes, d'où il ne sortit qu'uprèi 1« aaori de son persécuteur.

DES EOIS Dl FRANCE. s5l

U empêche ensuite les Espagnols d j pénétrer. L*an ifiVî 9 traité de confédération conclu , te 20 mars , entre Louis XHI et Christine, reine de Suéde. Au mois de mai, le prince de Condé ( Henri II) entre dans la Franche-Coralc , et met le siège devant la ville 'de D61e. Les habitants, sommés de rendre (a pUce, le somment lui-même de lever le siège. Un trompette vient de leur part lui déclarer que, s'il veut se retirer, ils lui accorderont six jours francs pour s'en aller en sûreté avec son armée. Condé fait tous ses efforts pour se venger de cette insulte. Mais après avoir épuisé toutes ses ressources, et perdu trois mille hommes devant Dole, il est obligé, le 1 5 août, de

E rendre le parti de la retraite. En Picardie , le 9 juillet, le aron du Bec rend la Capclle au prince Thomas, et S. Léger le Catelet sur la fin du même mots. Quoique ces deux places fussent dépourvues d'hommes et de munitions , le cardinal ne laissa pas de faire condamner les deux gouverneurs à être écartelés comme traîtres* Il fit prononcer la même peine contre le marquis de Soyecourt , pour avoir laissé prendre aux Espagnols Corbie , dont la garnison était très-faible, le i5 août, et le huitième jour du siège. Ces arrêts furent exécutés en effigie. La prise de Corbie jeta la consternation dans Paris. Le cardinal de Richelieu lui-même en fut si effrayé qu'il pensait à quitter le ministère ; et il l'eût fait, ai Bullion , surintendant > et le père Joseph, capucin (i), ne l'eussent rassuré. Corbie fut • repris le 14 novembre, après huit jours de tranchée ouverte, par Monsieur et le comte de Soissons. Le cardinal était dans Amiens ; et le roi , logé dans un village entre Amiens et Corbie, allait tous les jours voir les travaux. Pendant ce siège, les deux généraux , également irrités contre le cardinal , complotèrent de le faire assassiner. Mais l'horreur qu'eut Monsieur d'un assassinat , fît manquer le coup au moment qu'il allait s'exécuter. Le complot étant venu h la connaissance du ministre, les deux princes s'enfuient, l'un à Blois , l'autre à

(1) LeP. Joseph persuada au cardinal, pour rassurer les Parisiens qui croyaient l'ennemi déjà aux portes de h capitale, de ce montrer dan* les principale» rocs de Paris saqs gardes, avec un air tranquille, comme ayant des ressources tout ei prêtes pour reparer la perle qui causait tant de frayeur. L'événement justifia ce conseil. Le cardinal fiai m le peuple, et n'en reçut que des bénédictions. Hé bien* lui dit le capucin a son retour, ne vous atmis-je mj bit* dit tjue vous n étiez qu'une poule mouillée, et quave* un peu Je couraqe et Je fermeté *>us rétabliriez les affaires?

Le nom de famille de ce capucin, théologien, conlrovcrsisle, mminnittire, politique, négociateur, était le Ocre du TivinWai. Le cardinal «lisait de lui . il n'y a ni plénipotentiaire , ni ministre en lùirope nui puisse fnbe (u butte ù ce capucin; et pourtant il y a belle prisé.

Sedan. En Bourgogne, Charles IV, duc de Lorraine, et le général Galas, font une irruption dans cette province le 22 septembre, et y répandent la terreur. Ils assiègent, le a5 octobre, la petite ville de Saint-Jean de Lône avec une armée de quatre-vingt mille hommes. La place e'tait presque sans fortifications ; la famine et la peste y étalaient leurs ravages ; la garnison était réduite à cent cinquante hommes , et le nombre des bourgeois en état de porter les armes n'allait pas à quatre cents. L'artillerie des ennemis ayant fait à la muraille une brèche de trente à quarante pieds , ils montent à l'assaut le premier novembre, et sont vigoureusement repoussés. Femmes, vieillards , enfants , tout fit la fonction de soldat en cette occasion de la part des habitants. Le lendemain , nouvel assaut où les ennemis essuient le même affront. Une heure apres , arrive le comte de Rantzau , depuis maréchal de France, avec un corps de troupes, et le siège de cette bicoque est honteusement levé le lendemain (5 novembre) par la nombreuse armée des Impériaux. Le cardinal de la Valette , fils du fameux duc d'Epernon, et le duc de Sa\c-Weimar , les suivent en queue, et leur tuent huit mille hommes avant qu'ils aient regagné le Rhin. Du coté des Pyrénées , l'amiral d'Aragon surprend, au mois d'octobre, la ville de Saint-Jcnti-dc-Luz. En Italie , Je duc de R.ohan bat les Espagnols , le 18 avril, sur les bords du lac de Corne , et le maréchal de Toiras est tué d'un coup de mousquet , le 14 juin , en attaquant le château de Fontanèle, dans le Milanez. On peut juger de l'estime qu'il s'était acquise par le trait suivant. Après qu'il eut expiré, les «oldats trempaient leurs mouchoirs dans le sang de sa plaie , disant que tant qu'ils les porteraient sur eux , ils vaincraient leurs ennemis. Le oS du même mois , le duc de Savoie et le maréchal de Créqui défont le marquis de Lcganez , sur le Tésin.

Le duc de Rohan, quoique négligé par le cardinal , s'était longtems maintenu dans la Valteline contre les efforts des Espagnols. Mai* le manque d'argent lui fit enfin perdre le fruit de ses travaux. L'an t(>37,lesGrisons, auxquelsil était du, parla France, un million* las d'attendre en vain leur paiement, l'obligèrent, le 7.6 mars , à signer un traité par lequel il s'engageait à leur remettre toutesles places qu'il occupait, et à sortir du pays avec ses troupes avant le '"> mai ; ce qui fut exécuté. Le duc , craignant le ressentiment du cardinal , se retire en Suisse , et de là , va se joindre à l'armée de Weimar, en Alsace. Au mois suivant, le duc d'Uarcourt fait une descente en Sardaigne , et se retire , après avoir pillé la ville d'Orîsl m. Il recouvre ensuite , le 12 et le 14 mai, les îles de S.-:i:it<'-Margueritc et de Saint-tljnorai , dont les Espagnols s'étaient rendus uuùlrcs en i655. En Roussillon y les Espagnols

investissent, le a septembre , Leucate, que Boursier de Barri, commandant de la place, défend, avec quatre-vingts soldats, jusqu'au 28. Sur le soir du même jour, le duc d'Halwin attaque les Espagnols, les force dans leurs retranchements, et leur enlevé bagages, munitions et artillerie. Cette action, l'une des plus périlleuses et des plus héroïques dont l'histoire fasse mention, mérite le bâton de maréchal au duc d'Halwin , qui prend alors le nom de Schomberg. En Picardie, le cardinal delà Valctteprend Laudrecies, le 26 juillet, après quatorze jours de siège, et recouvre, le 21 septembre , la Capelle. Du Hallier, six jours auparavant , avait repris leCatclet. Il ne reste plus rien aux Espagnols en cette province, ^ous pénétrâmes ensuite dans le Hainaut, où nous fîmes la conquête de Maubcugc et de Bavai. Notre armée s'était alors divisée pour attaquer plusieurs places en même tems. Le maréchal de Chàtillon , après avoir pris divers forts dans le Luxembourg, se rendit m titre d'Yvoiet de Damvilliers ; viugtet un jours après, le prince d'Orange enleva Breda aux Espaglbls (le G octobre) au bout de deux mois de siège. Le cardinal de Richelieu, au milieu des occupations militaires, ne perdait pas de vue l'intérêt des lettres. Il le prouva cette année par rétablissement de l'Académie Française, que Louis XIII autorisa par un édit du mois de juillet.

La guerre, l'an ifn8, ést vivement poussée en Allemagne entre les Impériaux et nos alliés. Le 28 ( et non 22) février, Jean de Wcrt, général des premiers, forceun quartier de l'armée du duc de Weimar, et lui fait lever le siège de Rhinsfeld , après lui avoir tué quinze cents hommes , et lui en avoir pris douze cents. Le duc deRohan , qui avait voulu servir en cette occasion , quoique sans titre, y fut blessé à mort, et alla mourir, le iS avril, à l'abbaye de Kot-nigfeldcn , dans le canton de Berne. Son corps fut porte à Genève , et ses armes envoyées aux Vénitiens , qui reçurent avec reconnaissance le don qu'il leur en avait fait. Weimar eut bientôt sa revanche. Les Impériaux s'élant arrêtés assez près de Rhiusfeld après leur victoire, ce général les attaque le 5 mars , et non le 23 , leur tue douze cents hommes, et en prend huit cents. Le reste se dissipa, tous les généraux ayant été faits prisonniers. Jean de Wcrt fui envoyé en France , et ensuite échangé avec le maréchal Horn, suédois, qui avait él£ pris à la bataille de Nordlingue. Le 24 mars , Rhiusfeld se rend à Weimar le dix-huiti.mc jour du siège. Trois jours après il s'empare de pribourg , et de là va bloquer Brisach , qu'il assiège ensuite dans les règles. Les Impériaux s'y défendent avec une opiniâtreté qui n'a point d'exemple Ils ne se rendent que le ic) décembre , après avoir tenté les plus horribles ressources qu'une cruelle faim peut suggérer. Les choses furent poussées jusque-là quon vit des

a54 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

xnèrei manger leurs propres enfants , et que le gouverneur fut obligé de mettre des gardes aux cimetières afin d'empêcher Ips habitants de déterrer les corps pour s'en nourrir, La prise de Brisa ch rat suivie de la réduction de tout le Brîsgawet de plusieurs villes de Suabe. Le prince de Condé porte la guerre en Espagne sur la fin de juin. 'L'archevêque de Bordeaux (Sourdis), brûle on coule à fond, le 22 août, la flotte espagnole de quatorze pallions et quatre frégates* à la vue de Gattari. Le 7 septembre , l'amirauté et le marquis de Mortare , généraux espagnols , attaquent les retranchements du prince de Condé , et l'obligent à lever le siège de Fontarabie , qui durait depuis deux mois. Le cardinal de Richelieu , qui n'aimait pas le duc de la Valette , s'en prit à lui , et nomma des commissaires qui le condamnèrent à avoir la tête tranchée en effigie. La Valette se fit rétablir après la mort du cardinal. Le 5 septembre, la naissance du dauphin Louis , répandit en France, une joie égale à l'impatience avec làtfticllc il était attendit. Le 14 décembre, le P. Joseph meurt d'apoplexie a Kuel , dans la 61e année de son âge, lorsqu'il était sur le point d'être nommé cardinal, dignité qu'il avait fort ambitionnée et que le pape avait tong-tems différé de lui accorder, par haine pour Richelieu , et parce qu'il y avait déjà trois franciscains dans le sacré collège. Les courtisans l'avaient nommé par anticipation Yéminence grise. Richelieu , présent à son agonie , lui criait pour le réveiller : Courage , père Joseph , Brisach est à nous. Après sa mort, le cardinal dit: Je perds ma consolation* mon unique secours , mon confident et mon ami. Ce qu'il fit de plus conforme à son état, c'est l'établissement de la Congrégation des Bénédictines du Calvaire.

La France avait alors six armées sur pied. L'an i(>5q, M. de Feuqnières , général de l'une de ces armées , est battu , le 7 juin , devant Thionvillc, qu'il assiégeait, et fait prisonnier par Picolomini. Celui-ci , fier de sa victoire , va mettre le siège devant Mouzon; mais le maréchal de Châtillon l'obligea , le 21 juin , à lever le siège. Le 3o juin , Hesdiu se rend au roi, qui donne sur la brèche le bâton de maréchal à M. de la Meilleraie. ( C'est celui qui dans la suite épousa Hortense Mancini , nièce du cardinal Mazarin , qui lui fit prendre son nom avec le titre de duc, L'évèque de Fréjus avait négocié cette alliance sous la promesse que le maréchal lui avait faite de quinze mille écus i'il réussissait. Le mariage fait, il lui refusa la somme, alléguant une consultation de docteurs , qui jugeaient que le mariage étant un sacrement, il y aurait simonie à racheter. ) En Allemagne , le duc de Weimar étant mort le 18 juillet , les officiers de ce fameux général font, à Brisach, le 9 octobre , au nom de formée, un traité avec le roi , par lequel ils s'engagent à le servir envers

et contre tous. Eq conséquence , le duc de Longueville est reconnu général des deux armées d'Allemagne , avec Jesquellet H s'empare de plusieurs places du Palatioat. En Piémont , le prince Thomas et le cardinal , son frère, disputent à la duchesse douairière , leur belle-scour , la régence de ses fils, les armes à )a main. Le marquis de Léganez se joint à eux, au nom de l'Espagne, pour conlre-carrcr la France , qui appuyait la du* c liesse. Le 37 août, et non le i5 , ils surprennent la ville de Turin $ les Français n'ont que le tems de se retirer dans la citadelle. Le 28 septembre, le cardinal de la Valette, général de l'armée française de Piémont, meurt à Rivoli , âgé de quarante-sept ans. Ce prélat, chargé de l'archevêché de Toulouse, sacrifia ie soin de son diocèse a sa passion pour la profession des armes. Le pape Urbaiu VIH l'avait menacé de le dépouiller dn cardinalat, s'il ne renonçait à ce métier de sang : son père loi-même, le duc d'Epernon , l'exhorta souvent à quitter le casque et l'épée pour reprendre la mitre et la crosse ; il fut in» sensible à tout. Le pape , après la mort de ce prélat guerrier , défendit, à une congrégation dont il était membre, de faire pour loi un service sui vaut l'usage. Le comte d'Harcourt, ayant pris le commandement de l'armée après lui , détacha la Mothe-Hou» dancourt , qui se rendit maître de Quiérasque , le 24 octobre , et fit ensuite ravitailler Casai , dont les Espagnols faisaient le siège. En Normandie , il s'élève une sédition , appelée des Nus-pieds. Le colouel de Gassion est envoyé pour la réprimer. Il arrive à Gaen , le 24 novembre , et de-là dans le diocèse d'Avranches , où il attaque et dissipe les séditieux. A Paris, le 27 septembre , le cardinal de Richelieu signale sa reconnaissance envers Louis XIII, en lui faisant élever une statue équestre au milieu de la place royale , qVil avait lui-même fait construire.

Le parlement de Normandie ne s'était pas opposé avec autant de fermeté qu'il aurait dû à la sédition dont on vient de parler. Pour te punir de sa négligence, le chancelier Séguier , s'étant rendu, le 2 janvier 1640 , à Rouen, signifie à cette compagnie un interdit de ses fonctions ; châtiment qui dura l'espace d'un, an. On vit paraître , dans ce même tems en France , les premiers louis d'or qui furent frappés par ordre du surintendant de Bullion. En Flandre , les maréchaux de Chaulnes, de Châtiflon et de la Meilleraie, se rendent maîtres , le 10 août, d'Arras, assiégé depuis le i3 juin (1). En Italie, le comte

(1) Les habitants avaient cru jusqu'alors cette ville imprenable, témoin rimeription qu'ils avaient mise sur une des portes : Quand le* Français prendront An as , les souris mangeront les chats. Un Français, 1 ayant lue après la prise de la viHc , dit qu'a prendront il n'y avait que la première lettre à r«iran(i*r.

2L>6 CHRONOLOCtE HISTORIQUE

d'Harcourt ouvre la tranchée devant Turin , le 16 mai, et y entre victorieux le 24 septembre. Jamais siège ne fut pins singulier que celui-ci. On vit en même tems la citadelle assiégée par le prince Thomas , maître de la ville ; la ville assiégée par le comte d'Harcourt , cl ce comte assiégé dans son camp par le marquis de Léganez. Le vicomte de Turennc , si célèbre depuis , signala sa valeur à ce siège , qui couvrit de gloire le génëral. Jean de Wert, en ayant appris les circonstances, dit qu'il aimerait mieux être généra! Ilarcourl qu'empereur.

Les Catalans, peuple extrêmement jaloux de ses privilèges , sVtent plaints inutilement des atteintes que le ministre d'Espagne y donnait , prirent le parti de secouer le joug qui les opprimait, et , le 20 février i64i , ils se mirent sous la protection de la France. Le cardinal qui avait prépare' cette révolution, ne prévoyait pas que la France était elle-même à la veille d'une guerre civile. Ce fut le mécontentement du comte de Soissons qui l'occasionna. Mais la mort de ce prince, tue le 6 juillet à la bataille de la Marfée, près de Sedan, entre les bras de la victoire , arrêta les suites delà rébellion. Celte mort, dit le P. Daniel , est un mystère quon n'a jamais bien pénétré. ( Voyee Charles de Bourbon , comte de Soissons. ) Charles IV , duc de Lorraine , las de mener une vie errante , se détermina enfin à faire sa paix avec la France. Etant venu à Saint-Germain-cn-Lavc , il v con— dut, le 2 avril, un traité, au moyen duquel il recouvra ses états, après avoir fait hommage du duché de Bar, le 10 du même mois. Mais à peine fut-il de retour en Lorraine , qu'il pensa à rompre ses engagements. Le roi , informé de son changement , envoie M* de Grancci , qui lui enlève de nouveau son pays. En Allemagne , lé comte de Guébriant gagne, le 25

i'uin , la bataille de "Wolflenbuttel, contre l'a rcuiduc Léopold et ^"colomini. Dans les Pays-Bas, Aire , assiégée depuis deux mois par le maréchal de la Meilleraie , capitule le 26 juillet. Le cardinal infant se montre presque aussitôt devant cette place pour la recouvrer. Le maréchal , craignant d'être affamé, décampe la nuit du 9 août. Sa retraite n'empêcha point qu'Aire ne se défendit jusqu'au 7 septembre , qu'elle fut reprise. Pendant cet intervalle , les Français , commandés par le maréchal de la Meilleraie, s'emparèrent de le Bassée, de Lens et de Bapaume, trois places qui les dédommagèrent de la conquête qui leur avait échappé. Comme la garnison de Bapaume était en route pour Douai, conduite par un trompette , Sainl-Preuil , gouverneur d'Arras , tomba sur elle sans la conuaitre , et la pilla. Le maréchal de la Meilleraie , avec lequel il était brouillé , lui fit un crime de ce coup de main auprès du cardinal, son parent , qui avait d'autres griefs contre Samt-Prcuil. Il est arrêté , mis dans les prisous d'Amiens , eteoudamué à perdre la tête pour

concussions y vols et exactions commis sur les sujets du roi ; jugement qu'il subit le 9 du mois de novembre, à l'Age de quarante ans.. Tel fut le sort de ce brave homme , à qui ce ministre , enchanté de ses belles actions , avait autrefois dit: « Si je n'étais pas Richelieu, je voudrais être Saint - Prenil (i). » Pu côté de V Espagne , le prince de Tonde' se rend maître d'Elue , le 27 juillet , après dix jours de siège. La Molhe-Iloudancourt, envoyé' au secours des Catalans , fait le blocus de Tarragoue. Avant cette expédition , l'archevêque de Bordeaux (Sonrdis) avait enlevé , le 27 mars , cinq vaisseaux aux Espagnols dans la baie de Roses ; mais , le 20 août , il laissa passer le secours que l'Espagne euvoyait à Tarragonc , ce qui obligea la Molhc à lever le siège de celte place. Le cardinal , irrité de cette faute , relégua l'archevêque à Carpentras , lieu plus convenable, après tout , à un prélat , dit un moderne , que la mer • et un vaisseau de guerre.

Le cardinal ne trouvant point le parlement assez docile à ses volontés , lui fit sentir cette année tout le poids du despotisme , par une déclaration que le roi , par son conseil , rendit en lit de justice. Elle portait, i° défense n toutes ses cours de prendre connaissance des affaires d'état, à moins que S. M. ne leur en donnât le commandement et le pouvoir spécial par lettres patentes ; ?° ordre d'enregistrer les édils qui concernaient le gouvernement de l'état , sans aucune délibération ; 5° pour le* édits qui regardaient les fiuances, ordre de les vérifier tels qu'ils seraient envoyés , lorsqu'après*avoir entendu les remontrances , le roi jugerait à propos d'ordouner l'enregistrement.

La rigueur de l'hiver ne suspendit point en Allemagne les hostilités. Le 17 janvier 1642, le comte de Guébriant , à la tête des troupes de France et de Hesse , force Lamboi et Merci dans leurs retranchements à Kcmpen. 11 y eut deux mille de* Impériaux de tués et cinq mille faits prisonniers , du nombre desquels lurent les deux généraux, qui furent envoyés en France et enfermés au château de Vincermes. Cette victoire nous rendit maîtres de Télcctorat de Cologne , et valut à celui qui l'avait remportée le bâton de maréchal. Le roi , lorsqu'il eu reçut la nouvelle , se disposait à faire un voyage en Catalogne , pour

Çi) Le cardinal avail 'plnsicnrs fois change de dispositions envers S.-PretiP. CYlait Ini qui avait fait prisonnier le maréchal de Monlmorcnci nu combat de Oistelnaudari. Mais il perdit le mérite de cette capture an* jeux du ntîn^ire^ en feollicitant trop vivement la 'grâce du coupable. Richelieu lui dit alors : S.-Prcitil, si le roi vous tendait justice, vous auriez la te te où vous avez les pieds.

Page 1