‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 29 sur 146 · VL · texte numérisé non relu

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se montrer à ses nouveaux sujets. Il partit de Paris , le ^5 janvier , suivi du cardinal , qui le rejoignait tous les .soirs dans la route. Le cardinal ëtant tombe' malade à Narbonnc , le roi continue sa marche» et entre avec son arme'e dans le Roupillon , dont il soumet plusieurs places. Taudis qu'il est devaut Perpignan , on découvre un traite du duc d'Orléans avec l'Lspagnc , signé, le i5 mars , à Madrid , par le comte-duc d'Olivarcs , au nom du roi d'Kspagnc, et par Fontrailles , au nom de Monsieur, traite qui tendait à bouleverser l'état cl à perdre le cardinal. Le duc de Bouillon et le marquis d'Efnat de Cinq - Mars y élaieut nommes. Le roi s 'étant rendu à JNarbonne pour eu conférer avec le cardinal , Cinq - Mars eut l'imprudence de l'y accompagner. Il est arrête' le i5 juin, et le 25 du même mois, le duc • de Bouillon est aussi arrêté dans Casai , au milieu de l'a rince qu'il commandait en Italie. Monsieur crut se tirer d'affaire en accusant , comme il avait coutume , ses complices , et en s'humiliant ; mais il lui en coûta les honneurs dus à sa naissance, qui furent supprime's , sa garde qu'on lui ôta , ses principaux domaines dont on le dépouilla , et de sanglants affronts qui furent suivis d'un exil. Le duc de Bouillon en fut quitte pour sa principauté de Sedan , qu'il céda au roi , dont il reçut eu échange acs terres d'un revenu plus considérable. Le cardinal fut inflexible à l'égard de Cinq-Mars , qui lui devait sa fortune , et qu'il regardait comme le premier auteur de la conjuration formée contre ses jours. Mais ce qui est étonnant , c'était le roi lui-même qui , dans un accès de mécontentement contre le cardinal , en avait fait naître la première idée à Cinq-Mars. 11 eut la tête trauchée à Lyon , le 12 septembre , à l'âge de 22 ans. François-Auguste de Thou subit la même peine avec lui , à l'âge de 57 ans , pour n'avoir pas révélé le traité de Madrid dont Cinq-Mars qui était son ami lui avait fait coniideucc , et qu'il avait désapprouvé (1). Le jour de cette double exécution , le

(1) Le cardinal s Y la ut 'embarqué sur le RWAne, le 1 7 aoAi , à Tarascon, pour se rendre h Lyon, traînait a sa suite tic Thou en fermé dms un autre bateau attaché à la queue du sien. Jamais le caractère vindicatif de ce ministre ne se montra plus manifestaient que dans le procès de ce prétendu ci i minci. Les moyens de défense employé» par de Thou étaient victorieux. « Pour révéler le m Traité de Madrid, il eût (allô, disait -il, me rendre le délateur d'uu crime a d'état contre le frère unique du roi, contre le duc de liouillou, contre le «c grand-écuyer, et d'un crime dont je ne pouvais fournir la moindre preuve > . Le chancelier Seguicr fut frappé *\c ce moyen; mais Richelieu était déterminé h l'aire périr de Thou. M. le chancelier a beau diie,il faut que de J hou meure, dit cet homme impitoyable. Il voulait se venger par la d'un trait que l'illustre président, père de François-Auguste de Thou , avait laucé clans son histoire «mire Antoine du Plcssia'- Richelieu , l'un des grands oncles du cardinal, eu

DES ROIS DE FRAîSCE. 2 '(J

roi , qui était à Saint-Germain , et qui savait à-pcu-Wrès l'heure ou elle devait V" faire, dit sur ia terrasse, en regardant à sa montre : Dans une heure monsieur le grand êcujrer passera mal son tems. Tels furent les regrets de ce prince pour celui de ses favoris auquel il avait paru le plus attache (1). Nous eûmes du désavantage cette anne'e dans les Pays-lias. Don Francisco Mcllo , le 26 mai , surprit et força le maréchal de Gramont à Honnecourt, lui tua deux mille hommes, et en prit douze cents , avec l'artillerie , le bagage et la caisse militaire. Du côté de l'Espagne, le 29 août , la garnison de Perpignan capitule , avec les maréchaux de Schomberg et de la M<*iHcraie, au bout de trois mois et pins de tranchée ouverte; les troupes françaises y entrent le 9 septembre. Le cardinal en ayant reçu la nouvelle, écrivit au roi : Sire, vos ennemis sont morts , et vos armes sont dans Perpignan. Le 7 octobre , le maréchal de la Mothe , qui avait reçu le bâton le 2 avril précédent, gagne la bataille de Le rida contre le marquis de Lcganez. Celui-ci, vrai rodomont, osa mander à Philippe IV, roi d'Espagne . qu'il avait chasse' les Français de leur poslc, et pris leur canon. Philippe, détrompe', le relc'gua dnus sa maison de Madrid , avec défense d'en sortir. La reinemère , Marie de Me'dicis , n'existait plus alors. Elle avait termine' ses jours à l'âge de soixante-huit ans, le 5 juillet de cette anne'e , dans la misère , à Cologne , où elle était venue d'Angleterre depuis neuf à dix mois. Son corps fut apporte' à Saint-Denis le S mars de l'année suivante. Trop peu de proportion entre le génie de cette princesse et son ambition , fut la cause de ses malheurs. Paris lui est redevable de ses premiers aqueducs , du palais du Luxembourg, et de la promenade appelée le Cours de la Reine. Le cardinal , sou persécuteur, 11c lui survécut que cinq mois, étant mort le 4 décembre à l'âge de cinquante-huit ans , au Palais-Cardinal (aujourd'hui le Palais-Royal) qui était son ouvrage. On ne connaît point de ministre qui ait fait de plus grandes choses que lui, et surmonté plus d'obstacles pour les faire.

parlant de la conjuration d' Amboise. Moine apostat, disait-il do lui , et touillé Je toute sorte de vices. Ce irait n'était jamais sorti de la mémoire da petit-neveu. De 1 hou le père % disait-il a mis mon nom dans son histoire; je mettrai celui de son fils dans la mienne. On doit admirer la généreuse discrétion de ce dernier, en ce qu'ayant ou le traité de Madrid de la bouche de la reine, il uc la compromit jamais dans ses réponses.

(1^ De Valence, le cardinal , dont la faiblesse allait toujours en augmentant , s'était fuit porter a Lyon sur les épaules de ses gardes dans une espèce de chambre, couché dans son lit, ayant assis a ses côtés deux hommes pour l'entretenir dans la route. Il fit dans la mt'mc voiture une partie du chemin d« Lyon à Fontainebleau, ou il trouva, le i3 octobre, en arrivant, le roi qui était venu au-devant de lui.

nGo CHRONOLOGIE HISTORIQUE

« Trois olifets (comme on l'a de'jà dit) l'occupèrent parricnlière- »» ment, el l'on peut dire qu'il ne les perdit point de vue peu- » dant son ministère , les grands du royaume, les Huguenots et » la maison d'Autriche. Il s'appliqua à rendre les uns plus sou- » mis, les autres moins formidables. Il enleva aux grands la » meilleure partie de leurs privilèges réels ou usurpes ; aux v Huguenots leurs places de sûreté j à la maison d'Autriche des » provinces entières ; et par là il contribua également à la puîs- » sanec du roi et à celle du royaume». (d'Avrigni ). Mais que penser des moyens qu'il mit eu œuvre pour parvenir à ses fins ? Oui oserait entreprendre de les justifier tous sans exception ? Qui serait pareillement assez hardi pour se rendre l'apologiste de sou faste qui éclipsait celui de sou maître , de son orgueil qu'il portait jusqu'à prendre le pas même au-dessus des princes dn sang '7 des intrigues qu'il employa pour soulever des peuples contre leurs souverains légitimes; de son ambition qui lui fît rechercher et rassembler sur sa tête les dignités d'évèque , de cardinal, de principal ministre, de généralissime désarmées, de surintendant du commerce et de la marine , de duc et pair , etc.; des violences qu'il exerça envers tous ceux qui s'opposaient ou semblaient vouloir s'opposer à ses vues ; de cette basse jalousie qu'il porta à des écrivains célèbres dont il ne pouvait e'galer le ine'rilc ni s'approprier les travaux? Louis XIII lui-même, qu'il subjuguait eu le persuadant, ne se dissimulait point une partie de ces défauts et les désapprouvait. Ce monarque , en lui abandonnant les rênes du gouvernement , ne lui donna jamais sou affection (i). l)e-là vient qu'apprenant qu'il venait d'expirer, il se contenta de dire froidement : Voilà un grand politique vtort. Son corps fut inhumé dans l'église de la Sorbonue , dont il avait relevé les édifices avec une magnificence vraiment royale. Sur son mausolée, chef-d'œuvre de Girardon , des plaisants ont prétendu qu'il aurait fallu graver ces trois irrMs pour épitnphe : Magnum dispulandi argumenlum , par allusion au bien et au mal qu'on a dit de lui et qu'on ne cessera d'en dire. La Bastille , après sa mort, rendit à la société les victimes de ses soupçons et de sa vengeance, dont elle était pleine. De ce nombre eîait le maréchal de Bassompierrc , qu'une captivité de douze ans, méritée par la causticité de sa langue, avait rendu fort replet faute d'exercice. La reine , lorsqu'il reparut devant elle ,

(i) Louis XUI sentait avec chagrin la supériorité que son ministre prenait t ir lui. Le cardinal un soir le reconduisant , le roi lui dit, au passage d'une porte : Panez , momicm , vous dus le maître. Hicliclicu prend aussitôt le Il ualx.au du |wge qui précédait, et dit : Sire Je n'obéirai à votre muj^ié qu'en juisunt Cof/ka de son Vès-hwnble serviteur.

lui ayant demande quand il accoucherait , quand j'aurai trouvé une sage-femme , répondit-il.

L'abbé Mazarini , italien (i), prit la place de Richelieu dans le conseil , et le 16 décembre de la même année, fut créé cardinal.

L'an 1645 , le roi , dont la santé dépérissait depuis long-tems, meurt à Saint-Gcrmain-cn-Laye, le 14 mai, dans la quarantedeuxième année de son âge, après avoir régné 33 ans accomplis. Ce prince laissa d'ANNB d'Autriche, son épouse, deux fils, Louis, qui suit , et Philippe , né le 20 septembre 1640. ( Auteur de la h ranchcdcsducs d'Orléans, rapportée à la suitedes rois deFrance.) Louis XIII , avec de la valeur, des talents et des vertus , eut un défaut qui n'est point ordinaire aux princes; ce fut une défiance excessive de ses lumières et de ses forces. De- là le besoin qu'il avait d'un ministre absolu. On disait de lui : Il ne dit pas tout ce qu'il pense , il ne fait pas tout ce qu'il veut , il ne veut pas tout ce qu'il peut. Il est cependant vrai que dans les conjonctures épineuses où il se trouva , la royauté eût été un fardeau trop lourd pour lui sans le' secours d'un génie aussi vigoureux, aussi vaste , aussi fécond en ressources que celui de Richelieu. Il était capable de juger sainement d'un grand projet, mais nullement de l'imaginer et de parer aux contre - tems imprévus qui pouvaient le traverser dans l'exécution. Il manquait d'ailleurs de cette douceur de caractère et de cette affabilité qui est si nécessaire aux rois pour s'attacher les cœurs de leurs sujets. Naturellement sec et mélancolique , il ne marquait de tendresse qu'à ses favoris , sorte de courtisans dout il ne pouvait se passer et qu'il quittait néanmoins sans regret pour leur en substituer d'autres.

Pendant le séjour que le chancelier Séguier fit en Normandie dans le cours de iGScj, les arrêts rendus à Paris au conseil des finances, auxquels le grand sceau devait être apposé', étaient datés du lieu où était monsieur le chancelier.

Le marc d'or était, sur la fin de re règne, à trois cent quatre-vingt-quatre livres, et le marc d'argent à vingt-six livres dix. sous.

(1) Jules Mazarini, ne, l'an 1603, d'une famille noble h Piscina , dans l'Abrnzzc, s'était fait connaître au cardinal de Richelieu, l'un iG3t , par la pa x qu'il avuit subitement procurée entre les Français et les Espagnols, au moment que les premiers s'ébranlaient pour forcer les second* daus leur* retranchement* devint C»sal qu'ils assiégeaient. C'était, au rapport de la maréchale d'F.stré.; , qui l'.ivait connu ii Rome, l'homme du monde le plus agréable. Il arait l'art d'enchanter les hommes et de se faire aimer par ceux à qui la fortune le soumettait. ( M cm, de madame de ùlolteville.)

CHRONOLOGIE HISTOIUQCE

LOUIS XIV, surnommé LE GRAND.

i643. Louis XIV, fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche , ne' à Saint-Gerinain-en-Laye le 5 septembre i658, surnommé Difu<Donn& à sa naissance, succède à la couronne le 14 uini 1645. Le 18 du même mois, s'étant rendu au parlement , il y tient un lit de justice , où la régence est détéréc purement et sans restriction à la reine (1). Le lendemain, 19 mai, le duc d'Enghien,âgé devingt etunans, et si célèbre depuis sous le nom de grand Condé , gagne la bataille de Rocroi sur les Espagnols qui assiégeaient cette place sous le commandement de don Francisco de Mello. Huit mille dTcntre eux , du nombre desquels était le comte de Fnentes , l'un des généraux , restèrent sur le champ de bataille , et sept mille furent faits prisonniers. Les drapeaux, les étendards, le canon et le bagage, restèrent au vainqueur (2). Jamais les Espagnols ne se relevèrent de cetle perte. Elle fut suivie de la prise de Thionvillc, dont le prince se rendit maître le 10 août. En Allemagne , le maréchal de Guébriant prend Rotwil lo 19 novembre, et meurt, le 24» des blessures qu'il avait reçues au siège de cette place. Le lendemain a5, le duc de Lorraine , Jean de VVert et Merci , surprennent l'armée française , dont ils enlèvent les principaux quartiers , aux environs de Tutelingen. Tous les officiers généraux furent pris , avec près de six mille soldats, le canon et le bagage. On rejeta cet échec sur la négligence de Rantzau , qui avait pris le commandement de l'armée «après la blessure de Guébriant. Rotwil rentra , quelques jours après , sous la domination de l'empire. On rappela d'Italie le vicomte de Turenne , pour le mettre à la tète de l'armée d'Allemagne. Ce prince et M. de Gassion reçurent le 1 7 novembre le bâton de maréchal. Le premier n'avait alors que trente-six ans. Sur mer, les Espagnols sont battus le 5 septembre par le duc de Brézé. A Paris, édit du même mois , qui crée les avocats du conseil en titre d'office. Au mois de décembre, la reine nomme le cardinal|Mazarin premier ministre ; ee qui uc manqua pas d'exciter la jalousie des grauds.

Nos succès varièrent en 1644. Dans la Catalogne , le maréchal de la Mothe est battu par don Philippe de Selve, en vou-

( 1) Le feu roi , par son testament , avait établi on conseil de régence , qni lut aboli par le pouvoir que donna le parlement à la reine d'en établir un a son

choix.

(3) On a rcmarqtn- qnc ce prince , ayant tout rrcî«: la veille de la bataille , dormit si profondément , t^n'il fallut le réveiller pour la donner.

lant jeter du secours dans Lérida. Il réussit néanmoins à y faire entrer des troupes sur la fin du combat; ce qui n'empêcha pas la place d'être reprise le 3i juillet. Le cardinal Mazarin le fait arrêter et fait travailler à son procès. Mais le maréchal , après avoir été trainé à divers tribunaux , sortit de Pierre-Encise , l'an 1648 , pleinement juslifié par le parlement de Grenoble. En Allemagne , le général Merci prend Fribourg le 28 juillet. Le duc d'Eughien , avant sous lui les maréchaux de Gramont et de Turenuc, gagne, au mois d'août , contre ce même général , la bataille de Fribourg j cet avantage fut le résultai de deux actions différentes : après avoir attaqué, le 3 août, Merci retranché dans un camp presque inaccessible , le duc le force, le met en fuite , le poursuit le 5 , et s'empare du canon et du bagage. Le 9 st ptembre , il se rend maître de Philisbourg le onzième jour du siège. Le 17 septembre, Mayence lui ouvre ses portes. Dans les Pajs-Bas , le duc d'Orléans prend Gravelines le 28 juillet , après quarante-huit jours de siège et quatre assauts , qui nous coûtèrent bien du monde. Le 7 septembre, le prince d'Orange force le Sas de Gand à lui ouvrir ses portes , au bout de six semaines de tranchée ouverte. Cette prise douna aux Hollandais

le moyeu de s'établir dans le Brabant.

Le duc d'Enghicn, qui avait fait la campague de 1644 avec M. de Turenne, étant parti, les troupes, mal entretenues et mal payées, se débandèrent, et le maréchal eut peine à en retenir une partie par ses bienfaits. C'est avec ces troupes qu'il s'avança, non sans d'extrêmes fatigues , jusqu'au Necker , pour empêcher le général Merci d'entrer en Franconic. Mais il se laissa surprendre , le 5 mai 1645 , par celui-ci dont les forces étaient bien supérieures aux siennes. Il vint cependant à bout d'enfoncer la cavalerie des Impériaux, d'encloucr leur canon, et de leur enlever douze drapeaux. Mais son infanterie , commandée par Rosen, ayautpris l'épouvante, il est obligé d'abandonner le champ de bataille , et se retire en bon ordre. Le duc d'Enghien , étant venu le rejoindre , livre aux Impériaux , le 5 août, la bataille de ISordlinguc, oû le général Merci perd la vie. Sa mort nous assura la victoire qui fut long-tcms disputée : quatre mille hommes des ennemis restèrent sur la place , et le nombre des prisonnier» fut si grand , qu'on fut obligé d'en renvoyer une partie ; d'autres cependant ne comptent que deux mille prisonniers. M. de Tureniic, qui se distingua à cette journée, termina la campagne du Rbin, le 19 novembre, par la prise de Trêves , où il rétablit l'électeur. Dans les Pays-Bas , le duc d'Orléans fait la guerre avec succès , ayant sous ses ordres le maréchal de Gassion et UanUau. Ce dernier, créé maréchal le 3o juin /reçut son état de

Monsieur, le 16 juillet, et fit abjuration du luthéranisme le î§ août de la même anne'e. En Catalogne , Roses se rend au comte du Plessis-Praslin par capitulation, le 26 mai, et non le 3if après quarante-neuf jours de trartche'e ouverte. Du Piessis fut fait marc'clial le 20 juin suivant. Le comte d'Harcourt gagne la bataille de Llorens , le 22 juin , contre don André Cantclme. Le 19 octobre , il prend tialaguer. A Paris , la reine-mère commence l'église du Val-de-Gràce sur le plan du cc'lèbre Mansard. Le roi en posa la première pierre le premier avril.

Le duc d'Orléans se distingue , Tan 1646 , dans les Pays- Bas. Il prend Courtrai le 28 juin , et fait éprouver le même sort à Mardik le 24 août. Le duc d'Enghien de son côte, force Diiukcrque, cette place si importante au royaume , à lui ouvrir ses portes le 10 octobre. Le maréchal de Gassion ferme , par ia défaite d'un corps d'ennemis , la campagne de Flandre comme il -l'avait ouverte. Sur les côtes de Toscane, tandis que les Français , commande's par le prince Thomas de Savoie , assiègent par terre Orbitello , la flotte espagnole , venant au secours de la place , est attaquée , le 14 juin , par le duc de Brézé , et sur le point d'être entièrement de'faitc, lorsqu'un coup de canon emporte le duc à l'âge de vingt-sept ans. Ce même coup arrache la victoire aux Français , et délivre Orbitello. Les maréchaux de la Mcilleraie et du Plessis-Praslin réparent cet échec par la prise de Piombino le 9 octobre, et de Portolongonc le 29. Èn Catalogne, rhabileté du comte d'Harcourt échoue devant Le rida dont il est obligé de lever le siège , le 21 novembre, avec perte d'une partie de son bagage et de son canon. Le 26 décembre , mort de Henri II , prince de Coudé : Louis , sou fils , duc d'Enghien , prend son surnom.

L'archiduc Léopold s'étant mis à la tête des troupe? impériales dans les Pays-Bas en 1G47 , sjempare d'Armentièrcs le 23 mai, cl de Landrécics le 18 juillet. Mais le maréchal de Gassion , le lendemain, se rend maître de la Basséc; le 24 septembre il assiège Lcns, et le 27 il reçoit devant celte place un coup de mousquet en s'eflbrçant d'arrachér un pieu de la palissade qui défend le chemin couvert : occupation plus digne d'un grenadier que d'un général. Il meurt de sa blessure . le 2 octobre , à l'âge <îc trcnte-jiuit ans. Lens fut pris le lendemain de sa mort. Gassion , fils d'un président de Pau , cl calviniste de religion , avait fait son apprentissage sous le duc de Rohan , puis sous le grand Gustave, qui, l'un et l'autre, honoraient d'une estime singulière son mérite. Il n'avait pas voulu se marier, disant qu'il f lisait trop peu de cas de la vie pour la communiquer à personne. Pour remplacer ce grand général , M. de Turcnne est rappelé

d'Allemagne , où il avait pris Aschaffembourg et plusieurs autres places. Il arrête bientôt les progrès des ennemis en Flandre , et retourne dans le Bas-Palatinat pour secourir Worms, dont il fait lever le siège aux ennemis. En Catalogne, le 28 mai! le prince de Condé fait ouvrir la tranchée devant Le'rida au son des violons , suivant l'usage du pays ; mais , le 17 juin , il est obligé de se retirer à fialaguer. 11 semble que Lérida , dit un historien, fut le terme fatal de nos conquêtes en Catalogne , et l'écueil de nos plus grands capitaines. En Italie, au mois d'octobre, le peuple de Naples, révolté pour la deuxième fois cette année contre le gouvernement espagnol , se met sous la protection de la France ; il écrit au duc Henri de Guise, qui se trouvait pour lors à Rome, afin de l'engager à venir se mettre à sa tête. Le duc s'embarque à Fiumicino sur une chaloupe , passe à travers la flotte espagnole, et arrive, le i5 novembre, à Naples, qu'il trouve bloquée par les troupes espagnoles , et réduite à une grande disette. Le 22 décembre, combat, à la hauteur de Castellamare, entre la flotte d'Espagne et celle de France commande'e par le duc de Richelieu , envoyé au secours de Naples. Après a'être canonné pendant 6 heures , on se sépara. Le duc de Guise ne reçut à Naples ni les vivres, ni les munitions qu'on lui avait frit espérer de France , et ne laissa pas de se soutenir. Mais ses a flaires tournèrent fort mal l'année suivante. Don Jean d'Autriche , fils naturel de Philippe IV , entra dans Naples, le 6 avril, à la faveur des intelligences qu'il avait dans la ville, dont il se rendit maître sans aucune résistance. Le duc de Guise était alors absent : il fait des efforts inutiles pour rentrer dans Naples. Obligé de se retirer, il tombe dans une embuscade, où il est pris après s'être vaillamment défendu. Il fut conduit en Espagne, et ne recouvra sa liberté qu'en i652. En Allemagne , M. de Turenne , joint aux Suédois, gagne la bataille de Zusmarhausem le 7 et non le 17 mai, prend plusieurs places en Bavière, et force l'électeur de Bavière, qui s'était tourne' du côté de l'empereur, à sortir de Munich. Dans les Pajrs~Bas , l'armée des Espagnols , contre leur coutume , se met de bonne heure en campagne. Leur audace est telle que dans la gazette d'Anvers ils font mettre par dérision qu'ils vont faire jeter un monitoire pour savoir ce qu'est devenue l'armée française, Payant cherchée par-tout où elle devoit être sans avoir pu la trouver. L'archiduc Léopold sur-

Srend et emporte Courtrai le 19 avril. Ypres se rend au prince e Conde' le 28 mai -, Lens à l'archidnc le 19 août. Bataille donnée le lendemain devant Lens, entre l'archiduc et le prince de Condé. Le premier y est défait avec perte de plus de q mille hommes , tant tués que prisonniers. Après cette journée , qui

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26G CHROxNOLOGlE HISTORIQUE

fui aussi glorieuse au prince de Coudé que celles de Roc roi et de Nordhngue, Lens se rend aux Français, etFurnes le 10 septembre. En Espagne, le maréchal de Schomberç emporte d'assaut Tortosc le 12 juin. En Italie , le maréchal du Plessis- Praslin gagne, le 5o mai , la bataille de Crémone sur les Espagnols. La paix , qui se négociait depuis le 10 juillet 1643 , est enfin conclue le 24 octobre 1648, par le traité de Munster eu Westphalie, entre la France, ll'empire, la Suède et leurs alliés. Ce traité , auquel l'Espagne refusa n'accéder, assure à la France la souveraineté sur les trois évêches de Metz , Toul et Verdun , et sur Pigncrol , avec la propriété de l'Alsace et de Brisach* (Voy . V empereur Ferdinand III et Christine, reine de Suède ) Mais à la guerre que nous avions avec l'empire, succédèrent des» troubles domestiques qui avaient même commencé avant qu'elle, eut cessé. Quelques édits bursaux, ouéreux au peuple et à la magistrature , portés au parlement pour y être vérifiés , occasionnèrent de la diversité dans les avis , et de cette diversité naquirent les factions. Les magistrats se partagèrent en trois, partis , celui des Frondeurs , ainsi appelés , parce qu'ils étaient opposés aux résolutions de la cour ; celui des Alazarins, dévoués aux volontés du cardinal ; et celui des Mitigés , qui tenaient le milieu entre les deux partis. Les premiers ayant prévalu , le parlement rendit deux arrêts d'union avec les parlements et autres compagnies souveraines du royaume, l'un du iS mai, l'autre du 1 5 juin. Le peuple , accablé par les impôts , applaudit à ces arrêts. Mazarin crut appaiser les esprits en sacrifiant le surintendant des finances , Emeri , sa créature (1), et en mettant à sa place le maréchal de la Meillcraic. Ce moyen n'ayant pas suffi, la reine fait enlever le président Potier de Blanc-Mcnit et W.Broussel, conseiller de grand'chambre , les deux esprits les plus échauffés de cette compagnie. Cet enlèvement fait le jour qu'on chantait le Te Deum pour la victoire de Lens , met en fureur le peuple qui regardait ces deux magistrats comme ses protecteurs. Il court aux armes, et tend les chaînes dans les-

(1) Emeri, fils d'on paysan de Sienne, avait été amené en France par Mazarin, qui , trouvant en lui un esprit souple et délié, le fit parvenir, de poste en po>te, à la charge de surintendant des finances qu'il remplit au gré de aoo protecteur en se prêtant à toutes les vues de son insatiable cupidité, ce 11 « trouva, dit un homme d'esprit, des moyens aussi onéreux que ridicules pour m avoir de l'argent. 11 créa des charges de contrôleur* de fagots, de jures « Tendeurs de loin, de conseillers-cricurs de vin , etc. Il vendit des lettres de « noblesse \ il créa de nouveaux magistrats; il rançonna les anciens ». Après sa destitution il se retira dans sa belle terre de Tanlai, en Bourgogne, où il bâtit, dn produit de ses concussions, le superbe château qu'on admire encore de nui jours.

DES IlOJS DE FRANCE* 2§7

rues le 26 août j c'est ce qu'on nomma la journée des Barricades. j^a reine , pour calmer fa sédition , fut obligée de relâcher les deux prisonniers. Mais il resta dans les esprits un levain d'aigreur qui se communiqua dans les provinces , et ieut de fâcheuses suites. La cour essaya de le de'truire par un e'dit qui semblait devoir produire cet effet. Il portait une diminution de dix millions sur les tailles, et de deux millions sur les entrées de Paris. Sa majesté consentait de plus à ne faire désormais instruire les procès que par les voies de la justice ordinaire , et à ne plus inquiéter les officiers des cours souveraines dans l'exercice de leurs charges. L'édit fut vérifié le 24 octobre. On l'accueillit avec indifférence, et bientôt après, les troubles recommencèrent. Un homme , chargé par son état de veiller au maintien de la paix , fut celui qui attisa le feu de la discorde. Nous parlons de Frauçois-Paul de Retz , coadjutcur de Paris. Ce prélat, né pour l'intrigue et les factions , et aussi beau génie qu'esprit turbulent , «e mit à la tête des Frondeurs pour le seul plaisir d'être chef d'un, parti.

La cour, dans la crainte d'une nouvelle émeute, s'enfuit précipitamment de Paris le 6 janvier 1649* et se transporte à Saint- Germain*-en-Laye. Elle y manqua de tout au point que le* seigneurs et les dames couchèrent sur la paille. Il n'y eut de lit que pour le roi et la régente. Les pages de la chambre furent congédiés faute d'avoir de quoi les nourrir. C'était une nécessité par conséquent de retourner à Paris j mais pour y rentrer H fallait en dire le siège. Condé , le seul des r>rinces qui eût suivi la xour , fut chargé de cette expédition. Cependant la capitale levait des troupes pour sa défense. Le coadjuteur leva lui-même un régiment qu'on appela le régiment des Corinthiens , parce qu'il était archevêque titulaire de Corinthe. Pour couvrir leur révolte, les Parisiens déclarent qu'ils n'ont en vue que les intérêts du roi et sa délivrance, et mettent sur leurs drapeaux- cette devise : Regem nostrum quœrimus* Les principaux de leurs chefs étaient le duc de Beaufort, nouvellement échappé du château de Vinceunes , où il était renfermé depuis cinq ans , le prince de Conti, la* duchesse de Longueville, sa sœur, le duc de Bouillon, le maréchal de Turenne. Le 8 février 9 le prince de Condé emporte le pont de Charenton avec les troupes du roi. Le régiment qu avait levé le coadjuteur , s'avise de faire une sortie sur les Royalistes ; ils est battu ; et en rentrant dans la ville il est reçu avec des huées. On appela cet échec la première aux Corinthiens* Tel étair l'esprit de la fronde. C'était une espèce de tragi-comédie. Le sarcasme se mêlait à l'emportement, et la guerre se faisait autant et plus à coups de langue ét de plume qu'à coups dVpéc.

Après divers avantages du dernier genre remportés par les Royalistes sur les Frondeurs , la paix se nëgocie , et se conclut , le 1 1 mars , à Ruel , par une amnistie générale , vérifiée au parlement le i avril.

Le roi et la cour reviennent à Paris le 18 août. Cependant les Espagnols profitant des troubles de la France, prirent S. Venant et Ypres dans les Pays-Bas , et s'emparèrent de quelques places en Catalogne , par l'impuissance où se trouvait la France d'y envoyer du secours. Le cardinal , délivré de la guerre civile , met une armée sur pied , qu'il envoie en Flandre , sous le commandement du comte d'Harcourt. Le a5 août, ce général prend en deux jours la forte place de Condé. Cette conquête irrite la jalousie de M. le prince , piqué contre la cour de n'être point employé dans cette campagne. Animé par la duchesse de Longueville, il travaille à exciter de nouveaux troubles.

La reine , l'an i65o , fit un coup de vigueur en faisant arrêter^ le 18 janvier , les princes de Condé et de Conti , et le duc de Longueville. Conduits d'abord au château de Vincennes, ils n'y trouvèrent point de lit en arrivant , et passèrent la nuit à jouer. De- là ils furent transportés à Marcoussi; puis, le i5 novembre, au Havre de Grâce. Le maréchal de Turcnne , craignant le même sort , se retire à Stenai , où il se joint aux Espagnols. Le roi se rend, au mois de février, en Normandie , où la duchesse de Longueville, après l'emprisonnement de son époux et de son frère, avait disposé les esprits à un soulèvement, et par-tout il y est reçu avec des marques de dévouement et des cris de joie. La duchesse , frustrée de son attente , va joindre à Stenai le maréchal de Turcnne qui lui était asservi. La Normandie étant pacifiée, le roi passe en Bourgogne , dont était gouverneur le

Ï> rince de Condé. 11 y trouve tout soumis , à l'exception de lellegarde , qui ose soutenir un siège , et se rend en peu de jours. De retour à Paris , le roi se met en marche au commencement de juillet, vers la Guienne ; c'était là que se faisaient les «lus grands mouvements en faveur des princes. La ville de Bordeaux s'était jetée dans leur parti , et avait reçu la princesse de Condé avec son fils, à la sollicitation des durs de la Rochefoucaultet de Bouillon. Le roi se disposa à faire le siège de cette ville ; mais legluc d'Epernon, gouverneur de la Guienne , et la cour , ayant gagné une partie du parlement , les rebelles demandent la paix , qni fut conclue à Bourg. Les Espagnols , pendant ces divisions, avaient pris le Catelet, la Capelle, Rétbel et Mouzon. Le maréchal du Plessis - Praslin reprend, le 14 décembre 'y Héthel ; et le lendemain il défait entièrement les Espagnols , commandés par don Estevan de Gamare et par M. de

Turenne, qui eut de la peine à se sauver lui dix-septième. Cette année mourut à Stokholm , après un séjour d'environ cinq mois, le 11 fe'vrier, à l'Age de cinquante-quatre ans , Rêne' Descartes r îc père de la philosophie moderne (1).

L'orage grossissait toujours sur la tête du cardinal. Le duo d'Orléans, gagné par le coadjuteur, le parlement, les Frondeurs, la plupart des grands seigneurs , se déclarèrent pour les princes détenus au Hâvre. Tous parlèrent si haut , et avec des menaces si grandes , que Mazarin jugea qu'il n'y avait plus de sûreté pour lui à rester en France. Il sort de Paris le soir du 6 février i65i; et, le 1 3 du même mois, en passant par le Havre, il se fait un mérite d'annoncer leur délivrance aux princes qu'il y avait fait renfermer. Il dîne avec eux ce jour-là, dirige ensuite sa marche vers Sédan, et de là se rend à Cologne, où il établit sa résidence dans le château de Brull, que l'électeur, son ami, lui prêta. Les princes rentrent dans Paris , comme en triomphe, le t6 février, étant accompagnés du duc d'Orléans. Le peuple célébra leur retour par des feux de joie , comme il avait célébré leur enlèvement. Le parlement donne , le 1 1 mars , un arrêt portant qu'il serait informé des déprédations que le cardiual avait faites dans les finances; et le roi , le 18 avril, rendit une déclaration qui interdisait l'entrée du conseil aux étrangers , et même aux cardinaux français , comme attachés par serment à un autre prince que le roi. Cette déclaration fut enregistrée le lendemain au parlement, malgré les oppositions du clergé. Le 2 mai, le maréchal de Turenne revient à la cour : il y est reçu avec honneur, et il en épouse les intérêts de manière que rien , dans la suite, ne put l'en détacher.

(1) Ce fat une pleurésie qui l'emporta le neuvième jour de sa maladie. « Il « n'avait aucune confiance dans les médecins, et il s'était fait a lui-même un ce régime de vivre qu'il suivit constamment jusqu'à la mort sans aucune son- « mission à leurs ordonnances. Il pria même le médecin que la reine lui envoya « de ne plus revenir. Quoi qu'il fût l'homme du monde le (dus sobre et qu'il ne u mangeât le plus souvent qne des légumes , il regardait la diète connue une « précaution pernicieuse, disant qu'il fallait donner de l'exercice à l'estomac. « Il n'approuvait pas non plus la saignée, et il différa d'y avoir recours, « maigre les sollicitations dcM. Chanut, jusqu'au hùiicmc four de »a mata.lie. « 11 expira le lendemain entre tes maint du P. Viogué, auguscin et auinô- « nier de l'ambassadeur, auquel il se confessait ordinairement. On re— u marqua qu'il avait communié le jour de la Hur.ificalion , quoiqu'il ne « sentit encore aucun mal. '1 fut enterré h Stokholm dans un cimetière où « on lut dressa une espèce de mausolée. Son corps y demeura jusqu'en 1667 p k que ses amis le firent transporter à Paris- On loi fit un service magnifique » dans l'église de Sainte Geneviève oh il est inhumé On lui avait préparé une « oraison funèbre , mais la cour défendit qu'ellejfût prononcée ou publiée «h (Daniel.) La Haie, en Touraiue était la patrie de ce philo*oh*.

CHllOTSOLOGtE HISTORIQUE

Le 6 juillet, le prince de Condé, mécontent de la reine et dos ministres, se retire à Saint-Maur , où bientôt une foule de noblesse vient s£ joindre à lui. Le duc d'Orléans va le trouver, et Tengagc à revenir. Il assiste à plusieurs assemblées du parlement, pour se justifier : il y accuse le coadjutcur présent d'un écrit publie" contre lui , et a de vifs de'mêle's avec ce prélat. On vit alors trois partis : celui de la reine, qui avait pour elle MM. de Bouillon et de Turenne; celui de M. le prince, que le* ducs de la Rochefoucault et de Nemours avaient suivi , et celui des Frondeurs , qui avaient à leur tète le duc d'Orléans et le eoadjuleur. Le 7 septembre, le roi, étant entre dans sa quatorzième année, tient, au parlement, un lit de justice, où il est déclaré majeur (i). Le prince 'de Condë se retire en son gouvernement dcGuienne , où il se prépare à une nouvelle guerre civile. Le roi part de Fontainebleau vers la mi-octobre, et se rend dans Je Berri , que le prince de Conti avait soulevé'. Bourges n'eut besoin que de la présence du monarque pour reutrer daus le devoir. De là il arrive le 3i à Poitiers, aoù il envoie le maréchal d'Harcourt pour faire lever, au prince de Condc', le siège de Cognac , la seule place de Saintonge qui avait refusé de se déclarer pour lui. Le prince est obligé de se retirer. Le 29 décembre, le parlement ayant appris que le cardinal était revenu à Sédan , prêt à rentrer dans le royaume , donne un arrêt qui ordonne de lui courir-sus, et de vendre tous les meubles de son hôtel, sur le prix desquels il sera prélevé, dit Parrêt, une somme de -cent cinquante mille livres, pour Sire délivrée à relui qui représentera ledit cardinal mort ou vif, et de quelque crime dont soit coupable celui qui le représentera , il aura sa grâce. C'est ainsi qu'on proscrivait , comme on l'a remarqué dans le têtus , et qu'on réduisait à Vêlât du plus scélérat d'entre les corsaires et les brigands publics , un homme qui n était coupable que a" avoir su plaire à son maître , et à qui ses plus grands ennemis ne pouvaient reprocher la moindre cruauté, La vente de ses meubles s'effectua. Bidat, qui faisait les com-

(0 Louis XIV fut (rcs-mal élevé. Son précepteur, ïlurdouin de Beau ni ont de Pcrefixc , gentilhomme poitevin, évéque de Rodez, puis archevêque de Paria en i66'| , ne lui apprit absolument rien. A peine savait- il lire à l'âge de t5 ans. Mois il excellait dès-tors par les exercices du corps, le maniement des armes, la danse et Féquilatiou. Par une suite de sa mauvaise éducation, il eut tonte sa vie, comme le roi son père, une extrême aversion pour la lecture. >tf quoi bon tant lire ? disait-il un jour nu marquis de Dangean , l'un des gentilshommes de son tems qui avait l'esprit le plus orne. L.a lecture, lui répondit ce courtisan, /«i/ a mon dme ce que vos perdrix font à mes joues. Son vis-igc fleuri ne démentait point d discours. Puisque, malgré ce défaut de culture, Louis XIV devint un grand roi, la nature Ût donc tout en lui.

massions -«Je Christine, reine de Suède, à Paris, voyant qu'on donnait des choses précieuses à vil prix, acheta pour elle quelques antiques d'une rare beauté', et quantité d'anciens manuscrits . Mais Christine L'ayant appris , désavoua en cela son cornmissionnaire. Elle lui 6t écrire par Chanut, résident de France à Stockholm , de garder le tout pour le remettre à la personne de confiance que le cardinal lui indiquerait. Bidal s'était déjà pressé d'envoyer les manuscrits. La reine les renvoya : ils sont aujourd'hui à la Bibliothèque du Roi.

Malgré sa proscription , le cardinal part de Cologne an commencement de i65a, et rentre en France par Sédan , escorté par six mille hommes , que le roi lui avait envoyés sous les ordres des maréchaux d'Hocquinconrt et do Grancei. Le parlement nomme deux conseillers pour aller lui enjoindre de s'en retourner et d'observer son ban. L'un d'eux , nomme Béraud , arrêté par un parti , tandis que son collègue prend la fuite , est amené à d'Hocquiticourt, qui l'interroge sur son état et ses fonctions. Je np vous parlerai , répondit-il avec fermeté, que lors» çue je vous verrai sur la sellette*. Le cardinal arrive le 28 février à Poitiers , où la cour était alors , et preud sa place au conseil. Le roi prend la résolution de pousser a bout les rebelles. Au mois de mars , le maréchal d'Hocquinconrt soumet Angers, et ensuite le Pont de Cé , deux places qui étaient dans leur parti. Le prince de Condé quitte Agen et la Guienne , le 24 mars, accompagné de six personnes seulement , du nombre desquelles étaient le duc de la Rochefoucault et Gourville, et s'avance , ày travers mille dangers , vers son armée, qu'il atteint au bout de huit jpurs , près de la forêt d'Orléans où elle était campée , aux environs de Lorri. Le 6 (et non le a) avril , il la mène devant ltfohtajrgis , dont il se rend maître en une heure. De-la il va fondre , par une nuit obscure , sur les quartiers du maréchal d'Hocqumcourt , qui les avait distribués autour de Bien eau , près Gicn $ il en enlève cinq , et aurait poussé plus loin sa. victoire , si M. de Turenne ne l'eût arrêtée. La prudence et la valeur de ce grand général sauvèrent l'armée, et le roi luimême, qui était à Gien, de l'un des plus grands dangers. Le 3 juillet, journée du faubourg Saint-Antoine , dont le roi fut spectateur des hauteurs de Charonne, et où la bravoure et l'intrépidité du prince de Condé échouent contre la sagesse uV Tureune. Le prince était perdu , si les bourgeois de Paris ne* lui eussent ouvert leurs portes. Ce fut Mademoiselle , fille du <3uc d'Orléans , qui les détermina à rendre au prince cet im» portant service. Elle eu t. même la hardiesse de faire tirer sur le*' troupes du roi lç ca.non.df la.JBastfUc ; sur quoi Jfteiarin diU

Klle a tué son mari, Taisant entendre par-là que le roi, qu'elle cspe'rait épouser, ne lui pardonnerait jamais celte insulte. Conde', reçu dans Paris , obtient , quelques jours après , du parlement , un arrêt qui déclare le duc d'Orléans lieutenant - général du royaume, sans égard pour la majorité du roi , nouvellement reconnue. Sa majesté , qui était pour lors à Pontoise , y transfère , le 6 août, le parlemcut pour le punir. Si peu de magistrats s'y rendirent, que Benserade disait en plaisantant avoir rencontré à la promenade tout le parlement dans un carrosse coupé ; mais c'étaient les meilleures têtes. Ces magistrats vinrent à bout , le q août , d'engager le roi à consentir à l'éloignement de son ministre. La politique de Mazarin le Ht céder au tems ; il sortit une deuxième fois, le 19 août, du royaume, et se retira à Sedan , d'où il contina de gouverner l'état. Le roi , fléchi par les prières des Parisiens , rentre, le ai octobre, dans sa capitale , et le lendemain, il accorde une amnistie générale à ses sujets. M. le prince était sorti de Paris trois jours avant l'arrivée du roi , pour aller se jeter dans les bras des Espagnols , qui le déclarèrent généralissime de leur armée. Monsieur se retire à Blois, et Mademoiselle (sa fille) dans ses terres. Le 19 décembre , le coadjuteur, que la recommandation du roi avait fait cardinal le 1*9 février précédent , est arrêté au Louvre par ordre de S. M. , et mis à Vinccnnes; il l'avait bien mérité. Les troubles civils de la France donnaient cependant aux Espagnols de grands avantages. Le i5 octobre, ils reprirent fiarecionne , après i5 mois de siège. Dans les Pays-Bas , ils s'emparèrent, le 18 mai, de Gravelines , et le 16 septembre de Dunkerque.

Le cardinal Mazarin attendait son rappel sur la frontière , et la cour y préparait les esprits. Enfin, le 3 février i655, il rentre triomphant à Paris , accompagné de Turenue : le roi était venu au-devant de lui jusqu à six lieues. Les princes , les ambassadeurs, le parlement, les bourgeois, tout s'empresse à lui faire la cour. Le calme régnait dans la capitale ; mais il n'était pas rétabli dans les provinces. Les ordres sont donnés pour soumettre les villes rebelles. Le 8 juillet, Belicgarde , en Bourgogne se rend au duc d'Epernon , Rethel à M. de Turenne, Je 9 , Mouzon 1e 28 septembre. Le roi fut présent à ce siège , ainsi qu'à celui de Sainle-Menehould , qui fut prise le 26 novembre , par le maréchal du Plessis-Praslin. En Guienne , le duc de Vendôme assiège Bordeaux , 011 s'étaient renfermés le

Îirince de Conti, les duchesses de Condé et de Longueville , et e comte de Marsin. Deux factions partageaient cette ville, celle des OrrnéisteSy composée du petit peuple, et celle des Chapeaux rouges , formée des riches bourgeois. La dernière prévalut , et

força Pautrc à rentrer dans l'obéissance, par un traite si^né !e 3i juillet. Entre les conditions que le roi imposa aux iJordclais , l'une des principales fut qu'ils rebâtiraient le Chàteau-Trompette et celui de Ha , pour les tenir en bride. Le prince et les duchesses sortirent de la ville , dont la re'duction entraîna celle de plusieurs autres. Le comte deMarsin , liégeois de naissance, passa au service de l'Espagne. En Catalogne , le maréchal d'Hocquincourt lève , sur la fin de novembre, le sie'ge de Gironne, et venge cette disgrâce par la défaite des Espagnols , qui l'avaient attaqué dans sa retraite. « C'est depuis cette année » (i 655) que les intendants des provinces ont commence à y » exercer leur autorité. On en avait envoyé , en i654 , qui ne » se mêlaient que des finances : ils furent rappelés en 1648, sur » les plaintes des parlements , qui les trouvaient encore trop » puissants , et qui peut-être , dans ces tems malheureux , l'é- » taient trop eux-mêmes. Mais, eu 1 655, on en renvoya avec » le titre d'intendant de justice, de police et finance : c'est l'état » actuel. » [Hénaut. ) ( Avant la révolution. )

Le prince de Conti étant rentré, l'an 1 654 » dans ^cs bonnes grâces du roi , se réconcilie avec le .cardinal Mazarin , dont il épouse, le 22 février, la nièce, Marie Marti nozzi. Mars le roi , de plus eu plus irrité contre le prince de Coudé , s'étant rendu , le 28 avril , au parlement, le déclare solennellement criminel de lèse-majesté.' Le 7 juin , ce monarque est sacré à Reims par l'évêque de Soissons , Hfnri de Savoie , nommé à l'archevêché de Reims, n'étant pas encore prêtre. Cet événement est daté du 5 dans la médaille qu'on fit frapper d'avance pour en conserver le souvenir. Mais un contre-tems obligea de différer la cérémonie de quatre jours. Il est remarquable que tous les pairs ecclésiastiques y furent représentés par d'autres. Le roi se rend ensuite à Sédau, pour être à portée du siège de Stcuai. M. de ïurenne , après l'avoir commencé, en laisse la conduite à Fabert, pour aller au secours d'Ârras, assiégé par le prince de Condé, ayant avec lui l'archiduc et le comte de Fuensaldagne. 11 force les ennemis dans leurs lignes, le 25 août : cette affaire leur coûta plus de huit mille hommes , tant tués que prisonniers, avec tout le canon et le bagage : M. le prince sauva le reste de l'armée espagnole, par une retraite qui fut admirée. Le roi d'Espagne lui écrivit: Mon cousin , fai appris que tout était perdu , et que votre altesse a tout sauvé. Louis XIV, qui s'était rendu de Sédan au siège de Stcnai , prit la place le 6 août, et ce fut sa première campagne. Le 6 septembre , M. de Turennc s'étant présenté devant le Quesnoi , y entre sans résistance. Du côté des Pyrénées y les armes de France ne sont pas moins heureuses :

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