VI
M. le prince de Conti s'empare de Villcfranche , le 5 juillet , de Puycerda , le 21 octobre, et de plusieurs autres places. Cette année, l'archevêque de Paris , François de Goudi, étant mort le 21 mars , le cardinal de Retz , son neveu et son coadjuteur, toujours détenu à Vincenncs , prend possession de l'archevêché par procureur , le même jour ; la cour s'y oppose : le cardinal , ennuyé de sa prison , donne sa démission le 28 ; il est transféré au château de Nantes, d'où s'élaut enfui le 28 ooùt, il se retire sur les terres d'Espagne , et adresse au chapitre de Notre-Dame une revocation de sa démission. D'Espagne s'étant rendu à Rome, le 28 novembre, il fut très-bien reçu du pane Innocent X, qui lut donna le chapeau en plein consistoire , dans le tems que la France s'y attendait le moins. C'est ainsi qu'Innocent «e veugeait du cardiual Mazarin dont il était l'ennemi déclaré.
L'an i655, dans les Pays-Bas , M. de Turenne ouvre , le 26 juin , la tranchée devant Landrécies , en présence du roi, et s'en rend maître par composition , le 14 juillet; il prend ensuite Condé , le 18 août, et Saint- Guiiain le 25 : le roi fut à ce siège. En Italie , le prince Thomas de Savoie , envoyé par le roi au secours du duc de Modène , fait lever le sie'ge de Reggio aux Espagnols , le 22 mars , et lève lui-même celui de Pavic le 14 septembre. En Catalogne , le duc de Vendôme bal, le 29 septembre, la flotte d'Espagne à la hauteur de Barcelonue. Le prince François de Lorraine passe dans les troupes de France. A Paris, Pierre Gassendi, prévôt de l'église de Digne, né l'an iSgs, meurt le 24 octobre avec la réputation du plus grand philosophe de son tems , après Descartes. Proximus illi \ sed longo proximus intervalle
De bons et de mauvais succès partagèrent la campagne de iG56. Dans les Pays-Bas , M. de Turenne ayaut investi Yalertciennes , vers le milieu de juin, le prince de Condé et don Juan d'Autriche viennent au secours de la place , le 16 juillet, et attaquent le quartier du maréchal de la Fcrté. Ce général , ne pouvant être secouru par M. de Turenne , parce que la campagne était inondée par les écluses , est forcé et fait prisonnier , avec grand nombre des siens. M. de Turenne fait une, belle retraite avec son corps d'armée et les débris de celui de M. de la Ferlé , quril put recueillir. Les Espagnols reprennent Condé , le 18 août ; M. de Turenne s'empare de la Capelle le 27 septembre , et déconcerte les dessein* du prince de Condé. En Italie\ Valence, sur le Pô, se rend, le i3 septembre» aux ducs de Modène et de Mercœur, le soixante-dix-neuvicme jour de tranchée ouverte. A Paris , daus le mois d'avril , établissement de PHôpital-général 5 le 7 du même mois, mort de Jérôme Bigoon ,
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avocat-général , que le cardinal de Retz appelait le Caion de son siècle- Christine, reine de Suède, qui venait d'abdiquer à l'âge de 27 ans , fait son entrée daus cette capitale , le 8 septembre, et y est reçue avec de grands honneurs.
Chaque campagne que Conde' et Turenne faisaient l'un contre l'autre, augmentaient leur réputation. Le 22 mars 1667, lé* premier se rend maître de Saint-Guilain. M. de Turenne forme le dessein d'assiéger Cambrai ; mais le prince de Condé s'étant jeté dedans avec un secours considérable , il abandonne celte entreprise. Le maréchal de la Ferté assiège Montmédi , l'une des plus fortes places du Luxembourg; le roi vient au camp, et la place se rend le 6 août. M. de Turenne emporte Saint- Venant , le 27 août, en trois jours de tranchée ouverte, oblige le prince de Oondé à lever le siège d'Ardres, et prend, en quatre jours, le 5 octobre , le fort de Mardick , près de Dunkerque.
La campagne de Flandre, en 1 658 , fut un enchaînement d'henreux succès pour la France. Le 25 mai , M. de Turenne assiège Dunkerque : le prince de Condé et don Juan d'Autriche, commandant l'armée espagnole, viennent dans le mois de juin au secours de la place, et sont défaits, le 14 , à la bataille des Dunes. IH. le prince, vo vaut la faiblesse des Espagnols cl le vice des mesures qu'ils prenaient malgré lui , s'était bien attendu à cet e'c.hec. Ne vous êtes vous jamais trouvé à aucune bataille , dit-il au duc d'Yorck, depuis roi d'Angleterre, avant que celleci commençât? Non , répondit le duc. Hé bien dans une demiheure vous allez voir comme on en perd une. Néanmoins Dunkerque continue de sedéfendre ; mais , le gouverneur étanl mort, la ville se rend le 25» et est remise aux Anglais , conformément au traité fait avec Cromwel. Les heureux succès suivirent en foule cette expédition : Berg-Saint-Vinox se rend à discrétion le 2 juillet, après cinq jours de Iranchée; Fumes le 5, Dixmude le 4, selon Bussi-Rabutin qui l'investit; Gravelines le 5o août, Oudenarde. le 9 septembre , Ménin le 17, Ypres le 26. La campagne d'Italie n'est pas moins avantageuse que celle des Pays- Bas Les ducs de Modène et de Navailles battent les ennemis sur l'Adda , passent le Tésin , et prennent Mortare le 5 août. Cette année, le roi tomba malade à Mardick dans le mois de juillet, et fut à l'extrémité : il en revint par le secours d'un médecin d'Abbeville, qui lui fit prendre l'émétique : remède alors peu connu. La joie que Ton témoigna de son rétablissement fut égale aux alarmes que sa maladie avait causées.
La France et l'Espagne, fatiguées l'une et l'autre d'une guerre de vingt-cinq ans, commencent, vers le milieu de l'an 1659 , à traiter sérieusement de la paix : elle est enfin conclue , le 7 no-
vcmbrc , clans Vile des Faisans , sur la rivière de Bidassoa t parle cardinal Mazarin et don Louis de Haro, plénipotentiaires , l'un de France et l'autre d'Espagne, après vingt-quatre conférences , dont la première avait commence le i3 août ; c'est ce qu'on appelle la paix des Pyrénées. Le traité contient cent-vingl-qnalre articles. Par le vingt-troisième il est stipule' que S. M. T. C. épousera l'infante Marie Thérèse, fille aine'e de S. M. C, mais à condition que l'infante renoncera, comme avait fait Anne d'Autriche, à la couronne d'Espagne. Le prince de Condé T dont on avait ménagé les intérêts dans ce traite', quitte les Pays- Bas à la fin de cette année, et se rend, dans le mois de janvier suivant, à Aix en Provence, où la cour était pour lors. Le roi lui fit l'accueil le plus gracieux, et l'assura qu'il avait oublié la passé.
Le roi part au commencement de janvier 1660 , pour la cérémonie de son mariage qui se fait, le 9 juin , à Saint-Jean-de-Luz. Dans cet intervalle , Gaston, duc d'Ôrléans , oncle du roi , meurt à Blois , le 2 février, à l'âge de 52 ans. Il laissa de son premier mariage une fille unique, Mademoiselle (Louise de Montpeusier), qui fut destinée à tant de tètes couronnées, et finit par épouser en secret Lauzun , colouel-eênéraldes dragons. De son deuxième mariage avec la princesse de Lorraine , qui fut à la fin ratifié par Louis XIII, il eut trois filles, dont la première épousa Cosme III , grand-duc de Florence ; la deuxième , Louis-Joseph , duc de Guise j la troisième , Charles-Emmanuel II, duc de Savoie. Gaston entra par faiblesse et par légèreté dans tous les partis , et en sortit presque toujours avec honte et aux dépens de ceux qui l'y avaicut entraîne' , ou qui l'y avaient suivi. M. de Turenne est fait, le 5 du mois d'avril, maréchal~général des camps et armées du roi. Le 26 août, le roi et la reine font leur entrée à Paris.
La mort , au commencement de l'an 1661 , s'approchait à pas leuts du cardinal Mazariu. Le dépérissement journalier de sa santé l'annonçait à ceux qui l'environnaient , malgré le soin qu'il prenait de déguiser son état. Enfin il expira , le 9 mars , à Vincennes , dans la cinquante-neuvième année de son âge. Il laissa pour héritier de son nom et de ses biens immenses , le marquis de la IVIeillcraie, qui avait épousé sa nièce Hortensc Mancini. Il avait quatre autres nièces (Laure, Victoire , Marie-Olympe et Marie- Anne) , dont l'avant-dernière avait été passionnément aimée du roi. 11 avait de plus un neveu (Philippe-Julien Mancini Mazarini), qui fut duc de Nevcrs. Le cardinal Mazarin fut lecontraste cl l'émule du cardinal de Richelieu. Presque partout 011 celui-ci mit de la hauteur, de la force et de la violeuce , l'autre employa
la douceur, la finesse et la patience , et parvint également à ses fins. Mais il eut moins d'élévation d'esprit que son pre'décesscur, moins de vues, moins de générosité'. En un mot, Richelieu fut un grand ministre, et Mazarin un ministre habile (i). 11 e'tait tems que ce dernier mourût : le roi, qui ne le conservait dans son poste que par ménagement , était impatient de gouverner par lui-même. Aussitôt après la mort de ce ministre , il déclara qu'il voulait prendre en main les rênes de Pétat , et bientôt il vérifia ce que Mazarin avait dit de ce prince , en coufidenec , au maréchal de Gramont : Il j a de V étoffe en lui pour foire quatre rois et un honnête homme. Le premier avril, Monsieur, frère unique du roi, épouse Henriette d'Angleterre, fille do Charles I , roi d'Angleterre , détrôné par Cromwcl. Le 25 juillet, le roi supprime la charge de colonel-général de l'infanterie, après la mort au duc d'Eperuon. Au mois d'août, le roi fait un voyage en Bretagne, et le 5 septembre, il fait arrêter, à Nantes , Fouquet, surintendant des finances (a). Il supprime cette charge, et donne la direction des finances à Colbert , sous le titre de contrôleur -général. Le premier novembre, naissance de M. le dauphin.
L'an 16G2 , le premier janvier, le roi fait une nombreuse promotion de chevaliers de l'ordre du Saint Esprit , à la tête desquels il met les princes de Condé et de Conti. Le maréchal Fabert refuse cet honneur, par un rare exemple de modestie et de religion , ne voulant point faire de fausses preuves de noblesse , au défaut de vraies qui lui manquaient : il était fils d'un libraire de Metz. Le 20 août , le duc de Créqui , ambassadeur de France , est insulté à Rome par la garde Corse, qui tue un de ses pages. Cet outrage ne resta pas impuni. Le 27 novembre, le roi relire Dunkerquc des mains des Anglais , moyennant 5 millions. Ce prince y fit son entrée le 2 décembre. Par le même traité, Mardick et tous les autres postes que les Anglais possédaient sur les côtes
( 1) Entre les vice* qu'on reproche à Mazariti , son avarier est le plus remarquable. « Il gouverna les finances, dit un homme d'esprit, comme l'intendant >' d'un seigneur obéré. Il amassa plus de 900 millinus par de» moyens non- » seulement indignes d'un ministre, mais d'un honnête homme. Il partageait , » dit-on , avec le* armateurs les profits de leurs courses: il traitait en sou nom » et à son profit, des munitions des armées; il imposait par des lettre* de » cachet , des sommes extraordinaires sur les généralités. »
(1) Les principaux adversaires de Fouquet étaient Co'.bert et le Tcllier. Fouquel s'était fait représenter avec eux sous l'emblème d'un écureuil entre huit lézards et \m serpent, faisant allusion aux armoiries de chacun d'eux , avec celte devise : Quù me vertatn nescio.
de Flandre, lui furent remis. Le 10, août , mort de Biaise Pascal, à l'Age Je trente-neuf ans. Son nom fait son éloge.
En représailles de l'insulte faite dans Rome au dur de Créqui , Avignon et le comtat Venaissain furent réunis à la couronna, Tan 166*5» par arrêt du parlement d'Aix, rendu le 26 juillet. La guerre continue en Lorraine. Le roi se rend en personne au siège de Mârsal, où il entre le 4 septembre. Le duc de Beaufort, euvoyé avec une flotte pour réprimer les Algériens qui infestaient les côtes d'Italie et de Provence, défait ces pirates le 10 septembre , et les met pour quelque tems hors d'état de reparaître. Le a5 décembre, le roi se rend au parlement, et y déclare quatorze ducs et pairs. Premier établisscmeut de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
La rupture entre le pape et le roi cessa l'an i664, par un traité signé le 12 février à Pise. En exécution de cet accommodement , le cardinal Cht'gt , neveu du pape Alexandre VII , vient en France, pour faire satisfaction au roi, et fait son entrée à Paris le 9 août. Le cardinal Impériali demande pardon en personne au roi ; et toutes les conditions du traité , qui devaient paraître fort dures aux domains, furent exécutées. (Daniel). Le roi, cette année , voulant, à lu sollicitation de Colbert , remettre en vigueur le commerce de la France , fait partir de la Rochelle une colonie française, pour aller peupler 1 île de Caycnne, dans l'Amérique méridionale j une autre est envoyée en Canada, dans l'Amérique septentrionale. Pour assurer ces colonies , la France construit des vaisseaux et équipe de puissantes flottes , qui disputent bientôt l'empire de la mer aux Anglais et aux Hollandais. Le duc de Beaufort s'empare de Gigeri , en Afrique le 22 juillet , et l'abandonne le 3o octobre. Le roi envoie 6000 hommes à l'empereur , contre les Turfcs qui étaient entrés en Hongrie. Ce secours , qui valut la paix à V empereur . comme 1 assure le continuateur de Mézcrai , le mit en défiance *le la France , par la jalousie qu'il conçut de son pouvoir. L'électeur de Mayencc a recours au roi pour réduire la ville d'Erford , qn* s'était révoltée , et contraint , le i5 octobre, les rebelles de se soumettre. L'académie de peinture et de sculpture est établie , par les soins de Colbert. Le canal de Languedoc , pour la communication des deux mers, est commencé au mois de novembre. ( Celle entreprise avait été proposée dès le règne de Charles !X. La noblesse de Languedoc en réitéra la demande sous Louis XM> dans un des articles présentés aux états-généraux de pria le roi d'envoyer un commissaire sur les lieux, pourra jonction des deux mers. L'an 1618, Bernard Aribal proposa*, delà part du roi , aux étals de Languedoc , tenus à Pézcuas , d'en-
treprcndre un canal depuis Toulouse jusqn'à Narbonne, offrant de faire les avances nécessaires t et de ne rien demander à la province que son travail ne fut fini. )
Le duc de Beaufort , dévoue* à la guerre contre les pirates d'Afrique , se couvrit de nouveaux lauriers , en i665, par les avantages qu'il remporta sur eux. Il les battit , au mois d'avril, à la hauteur de Tunis , et le 24 août à la hauteur d'Alger. Celte année est remarquable par rétablissement du Journal des Savants dont le premier auteur fat Denis de Salo, conseiller au parlement de Paris , par celui de plusieurs manufactures , dont on fut redevable aux soins de Colbert , et par la réduction de l'intérêt au denier 20. Henri IV, en 1601 , l'avait réduit de 16 pour 100 à 1 2 et à 10 , et Louis XIII , en 1654 * au denier 18.
L'an \ 6G6f établissement de l'Acade'mie des Sciences ; construction du port de Cette dans la Méditérannéc , près de Frontiguan , dans le Bas-Languedoc. Anne d'Autriche t mère du roi , meurt le 20 janvier, âgée de soixante-quatre ans. Celle princesse , après avoir pacifié les troubles du royaume , au milieu desquels elle montra beaucoup de fermeté, se livra toute entière aux exercices de piété. Le roi fit preuve de son bon naturel dans la dernière maladie de sa mère , par son assiduité auprès d'elle , et par les soins pénibles et humiliants ( s'il en est du dernier genre quelqu'un dun fils envers sa mère ) qu'il .ne cessa de lui rendre. Du jour de la mort de cette princesse, le roi passa presque toute sa vie à la -campagne.
La paix, qui se négociait entre la France, l'Angleterre et le Dancmarck, fut signée, le 26 janvier 1667, à Bréda ; mais jusqu'à ce que la nouvelle du traité fut arrivée dans les iles, les troupes de ces puissances y continuèrent les hostilités. Le 0 mai , TV1. de la Barre défait la flotte anglaise qui tenait l'île Saint- Christophe bloquée. La mort de Philippe IV, roi d'Espagne , arrivée le 24 du même mois, ralluma le feu de la gnerre dans les Pays-Bas Le roi s'y transporta à la tête d'une armée de trentecinq mille hpmmes , pour faire valoir les droits de la reine , son épouse, sur la succession du monarque défunt, son beau-père. Tout plie devant cette armée ; Charleroi se rend le 2 juin , Berg- Saint-Vinox le 6, Fumes le 12, Ath le 18, Tournai le 26, Douai et le fort de l'Escarpe le 6 juillet, Courtrai le îb", Oudenardelc3f , Alost le premier d'août , Lille le 27. Enfin celte campague , qui est moins une expédition qu'un voyage , se ter* mine par la défaite du comte de Marsin et du prince de Ligne , qui, étant venus au secours de Lille, furent battus le 5 1 . On prit sur eux plus de mille cinq cents chevaux , quantité de drapeaux et de prisouniers. Les affaires particulières de cette amitié
sont la construction de l'Observatoire de Paris pour les astronome*,, et l'édit enregistre' le i5 mars portant création de la charge de lieutenant-général de police à Paris. M. de ia Reynie en fut le premier revêtu. A sa réception, M. le premier président lui recommanda , dit-on , trois choses dans l'exercice de sa charge: netteté, clarté et sûreté. M. de la Reynie signala le commencement de sa magistrature par l'établissement des lauternes dans toutes les rues de Paris : les bourgeois étaient obligés, auparavant, démettre des lumières sur leurs fenêtres, pour éclairer la ville. Cet établissement, cent ans après , a été perfectionné (Tan 1767) sous la magistrature de M. de Sartine , nu moyen des lanternes à réverbère , dont on avait fait des essais dès ir63. Ordonnance civile, publiée au mois d'avril. C'est l'ouvrage de M. Pussort, conseiller d'état; mais MM* de Lamoignou, Talon et Bignon y mirent la dernière maiu. Le roi accorde au pape Clément IX , successeur d'Alexandre VII , la démolition de la pyramide élevée à Home à l'occasion de l'insulte faite à M. de Créqui , son ambassadeur, sous le précédent pontificat.
Le théâtre de la guerre contre l'Espagne fut transporté , l'an 16(18, dans le comté de Bourgogne, où le roi se rendit en plein hiver. Le prince de Condé s'étant présenté , le 5 février, devant Besançon , en reçoit les clefs le 7 : Salins se soumet le même jour. Le roi vient en personne , le 10, assiéger Dôle, et le prend le 14 • Gray , les châteaux de Joux et ue Sainte- Anne se rendent quelques jours après : ainsi, en moins de dixsept jours, toute la Franche -Comte fut subjuguée. La cour d'Espagne , étonnée et indignée du peu de résistance des Francs- Comtois , écrit au gouverneur que le roi de France aurait du envoyer ses valeis de pied prendre possession de la province , au lieu d'jr venir lui-même. Le 2 mai, la France et l'Espagne concluent, à Aix-la-Chapelle , un traité par lequel le roi rend la Franche-Comté à l'Espagne, et conserve ses conquêtes de Flandre. La paix étant faite, grand nombre de seigneurs français vont au secours des Vénitiens, et abordent, le 29 octobre, à Candie, qui est assiégée par les Turcs. Le 25 de ce mois, M. de Turennc embrasse la religion catholique. Ce fut pour lui que le grand Bossuet composa le livre de l' Exposition de la Foi : celui de la Perpétuité avait aussi beaucoup contribué à sa conversion. Le 5 octobre , arrêt du conseil pour confirmer la paix de Clément IX, touchant les disputes du formulaire. Ou avait prorais des lettres-patentes pour rendre cette paix plus solennelle j mais ceux à qui elle déplaisait empêchèrent reflet de h promesse.
Candie, assiégée par les Turcs depuis environ vingt-neuf mois, après un blocus de près de dix-huit au», était réduite aux abois en 1669. Le roi, sollicité par le pape et les Vénitiens, envoie le duc de Beaufort, avec un corps de plus de six mille hommes , nu secours de la place; l'embarquement se fait le 5 juin, et le duc, étant arrivé le 19 à Candie, périt le 25 dans une sortie, sans qu'on sache bien comment il fut tué. Mais on sait , dit le marquis de Saint-André-Montbrun , qui commandait pour lors à Candie, que le grand visir envoya sa léte à Constantinople , ou elle fut portée , pendant trois jours, par les rues, au bout d'une pique , comme une marque de ta défaite des Chrétiens, te 10 septembre, Marie-Henriette, reine d'Angleterre , et fille de notre roi Henri IV, et veuve de Charles Ier , retirée eu France depuis vingt-cinq ans , termine ses jours à Colombe , près de Paris. Casimir, roi de Pologne , étant descendu du trône au mois de novembre, vient établir sa demeure en France; le roi lui donne l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
De nouvelles pirateries des Algériens, exercées sur les Français, déterminèrent le roi à prendre des mesures efficaces pour les mettre hors d'étal de troubler notre navigation. L'an 1670, alarmés des préparatifs qu'où faisait contre eux en France , ils envoient des députés au roi, et concluent un traité de paix, en s'obligeant de mettre en liberté tous les esclaves français. Le roi, informé de quelques intrigues du duc de Lorraine, fait marcher contre lui , au mois de septembre , le maréchal de Créqui,qui, en moins d'uu mois, le dépouille de ses états. Madame la duchesse d'Orléans , sœur de Charles II , roi d'Angleterre , meurt à Saint-Cloud, le '60 juin. Ordonnance criminelle, publiée au mois d'août.
Le roi , l'an 1671 , au mois de mai , part pour les Pays-Bas : il fait le voyage en carrosse; jusqu'alors, il n'avait été à la guerre qu'à cheval. Les chaises de poste n'étaient pas encore inveutées. Il va à Dunkerque, dout les fortifications sont mises dans leur perfection. A son retour, il établit une académie d'architecture, qui est logée dans un appartement du Louvre. Le tjo novembre, il fait commencer l'hôtel des Invalides , l'un des plus beaux édifices de Paris, l'établissement le plus utile, et qui fait le plus d'honneur à ce grand roi.
La prospérité de la Hollande semblait lui avoir fait oublier les obligations qu'elle avait à la France Des traits satiriques, lancés par ses gazeliers coutre la personne du roi . des médailles injurieuses à ce monarque , frappées chez elle, la jalousie qu'elle témoignait de ses succès, et le penchant qu'elle affectait de