‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 31 sur 146 · VI · texte numérisé non relu

VI

montrer pour ses cnnnemis (i), furent les principaux motifj qui le portèrent à déclarer la guerre, en 1672, à cette république, par un manifeste du 6 avril. Au mois de mai suivant* le roi se met en marche pour les Pavs-Bas, à la tète de cent ïnille hommes , divisé.s en plusieurs corps , sous les ordres de Monsieur, de M. le prince, de M. de Turenne et de M. de Luxembourg (2). Les conquêtes furent rapides. Orsoi se rend au roi le 5 juin; Burick, à M. de Turenne, le même jour; Wesel, à M. le prince, le I\. Plusieurs autres places ouvrent leurs portes, Rimberguc , Emerick , etc. Le j 2 juin , les Français passent le Rhin à la nage vers Tolbus, à la vue des ennemis, qui lâchent le pied, après avoir disputé faiblement le passage; ils demandent quartier et l'obtiennent : mais le duc de Longucvillc, ayant imprudemment tire' un coup de pistolet sur eux, occasionne une action, dans laquelle il peru la vie; le prince de Coude' y est blesse', et les enuemis sont tous passés au fil de Pépée. Aruheim se rend à M. de Turenne le i5 juin, le fort de Knotzembourg ou de Nirnègue , le 16 j le fort Skcnk, le 19 ; Doésbourg , avec la garnison de quatre mille hommes , se Tend an roi le 21. Quantité d'autres villes subissent la loi du vainqueur. La ville et la province d'Utrecht envoient des députés pour faire leur soumission , elle roi entre dans la ville le 3o. Pendant qu'il y est, les députés des états de Hollande arrivent, pour lui demander la paix. Ils font des propositions , qui sont rejetées par le conseil de M. de Louvois , ministre de la guerre : on leur en fait d'autres , que le prince d'Orange engage les états pareillement à rejeter. Les deux frères Corneille et Jean de W itt , dont le deuxième était conseiller-pensionnaire de la république , étaient d'avis de s'y soumettre. Le prince d'Orange, dont ils étaient ennemis, leur en fait un crime. Le peuple se tourne contre eux, les accusant d'être d'intelligence avec la France. Ils sont massacrés dans une sédition, le 22 août, suivant M. le président Héaaut; le 5 juillet, selon d'Àvrigni , qui nous parait trop avancer cet événemeut. Le 9 juillet, M. de Turenne prend Mimègue; Naérden se rend le 12, Grave le 14, le fort de Crévecœur le 19, Pile et la ville de Bommel le 26 septembre.

{1) Dans le teins qu'on négociait le dernier traite avec l'Espagne, un de no* ministres ayant demandé h Vau-Reoning, ambassadeur de la république, s'il s« fiait à la parole du roi : J'ignore , avait répondu celui-ci , ce qte veut le rot, je considère ce qu'il peut.

(rx) Le maréchal du Plcssis-Praslin , que son grand âge empêchait de faire la campagne, témoigna son regret au roi dans les termes les plus énergiques. Mon cousin f loi dit le monarque , on ne travaille que pour approcher de ta rc'puta. - (ion que vous avez acquise. Il est beau de se reposer après tant de victoires.

Le ta octobre, le duc de Luxembourg, à la tête de trois mille hommes , attaque le prince d'Orange , qui assie'gcait Yocrdon a> ec quatorze mille hommes , et lui fait lever le siège. La ville d'Amsterdam lâche ses écluses (»), et inonde tout son territoire j plusieurs autres villes font la même chose, et e'vitent ainsi de tomber entre les mains des Français. L'inondation de la Hollande est suivie de l'élévation du prince d'Orange à la dignité de stadhouder. L'empereur, étonné des rapides conquêtes du roi, se ligue contre la France, avec l'Espagne, l'électeur de Brandebourg et la Hollande. Le prince d'Orange assiège Charleroi pendant l'absence de Montai , gouverneur, et lève prudemment le siège à son retour, le as décembre. Ce fut dans celte campagne que les Français employèrent , pour la première fois, cette espèce de bombe oblongue, nommée carcasse , dont on peut voir la description dans le Dictionnaire de Trévoux. Sur mer, au mois de juin, combat très-vif des Français et des Anglais , contre la flotte hollandaise , commandée par le fameux Ruyter. L'avantage fut à peu près égal de part et d'autre.

L'électeur de Brandebourg s'étant déclaré pour la Hollande ,' M. de Turenne, l'an 1670, passe le Rhin, au mois de janvier, à la tête de douze mille hommes , met en fuite ce prince , qui en avait vingt-cinq mille , prend plusieurs places de la Westphalie , et presse si vivement l'électeur, qu'il demande quartier : il obtient une trêve au mois de mai. Le roi se met en campagne , et prend Maëstricht le 1er juillet , le seizième jour de tranchée ou-' verte ; il passe ensuite en Alsace , et oblige Strasbourg à garder la neutralité. Le prince d'Orange reprend Naërden au mois de septembre. Le 19 octobre , le roi déclare la guerre à l'Espagne , qui la lui avait déclarée le i5; et, se voyant attaqué par tant d'ennemis , il rappelle ses troupes de Hollande. Le prince d'Orange, fortifié des troupes de l'empereur et de l'Espagne, assiège , le 4 novembre ^I3onn, qui capitule le 12. Trêves se rend le i5 au marquis de llochefort. Sur mer, les flottes de France et d'Angleterre se battirent trois fois contre celle de Hollande ,

( 1 ) « Louis XIV éiait\aux portée d'Ain* 1er dam , qui dans ce moment, m ne pou rai t probablement lui résister, et où IVpoujran te était générale. Les *» magistrats t'assemblent et délibèrent sur ce qu il y avait à faire dans une » pareille circonstance, et l'on convient unanimement de lui porter les clefs » de ta ville. On s'aperçoit alors qu'un vieux bonrgoetuestre endormi n a> » pas donné son suffrage. On le réveille, il demande ce qui a été délibérés v d'aller oftrir .>u roi de l rancc les c'efs de la ville. — Les a-l-il demandées, » répartit le vi«nx dormeur. Pascntore, lui réplique- 1- on. En ce cas, Mes*» » sieurs, leur <lit-il . attendez du moins qu'il les demande. Et ce mot seul, » à ce qu'on dit, saura la ville. ( Pièces Intércss. T* 4* P* )

commandée par Ruytcr et Tromp, le 7 , le 14 juin, et, ponf la troisième fois , le 21 août. Ces combats fureut très-vif» ; les deux partis s'attribuèrent la victoire , qui ne s'était point dcclare'c. Cette année , le roi confisque la principauté d'Orange , et la donne au comte d'Auvergne , en représailles de la confiscation que le prince d'Orange avait faite du marquisat de Bergop-Zoom et autres lieux, appartenants à ce comte. EJit donne' k Saiut-Germain-cn-Laye , le 10 février, portant extension de la régale sur tous les diocèses du royaume , à l'exception de ceux qui en étaient exempts à litre onéreux. Plusieurs e'vèqucs de Languedoc et des provinces voisines s'y opposent; ils se soumettent ensuite. Les seuls évêques d'Alet et de Pamiers persistent dans leur opposition ; le pape prend leur défense. Le roi veut les mander à la cour, pour les accabler du poids de sa colère. Ae craignez-vous pas, sire, ose lui dire Bossact, évèque de Meaux , que toute la route, des deux évéques , du fond du Languedoc jusqu'à Versailles, ne soit bordée d'un peuple immci se qui demandera leur bénédiction à genoux ? Le 24 février; déclaration du roi , enregistrée au parlement et à la ebambre des comptes de Paris, le a3 mars suivant , portant défense aux cours souveraines de faire des remontrances sur les lettres-patentes , édils et déclarations qui leur seront envoyés ; avant que de les avoir enregistrés purement, simplement, sans aucune restriction ni modification. (Cette déclaration a eu sou effet dans toute la suite du règne de Louis XIV.) Edit du moi.* de mars , portant création des offices héréditaires de banquiers-expéditionnaires en cour de Rome. Uue aventure fâcheuse , qui donna occasion au fameux sonnet de V Avorton, fit supprimer, cette année, l'é:at des filles d'honneur de la reine, dont l'institution, comme on l'a dit en son lieu, se rapporte à la reine Anne de Bretagne, femme de Louis XII. On y substitua les dames du palais. Poquelin, dit Molière, le père de la comédie française, qui n'avait point de supérieur parmi les ancieos, et point encore d'égal parmi les modernes, finit ses jours le 17 février de cette année, des efforts qu'il avait faits sur le théâtre. Ce fut par grâce que l'archevêque de Paris permit de l'enterrer au cimetière de Saint-Joseph, après lui avoir refusé d'abord la sépulture ecclésiastique.

Louis XIV, eu 1 074 » sc trouvant abandonné de tous ses alliés , et attaqué par toutes les puissances de l'Europe, excepté la Suède, est obligé de faire la guerre sur toutes les frontières de son royaume : il va lui-même en Franche-Comté, où le duc de Navailtes lui avait prépare les voies pour en faire la conquête, par la prise de quelques villes et châteaux. Le roi assiège Besançon, et s'eu empare le j5 mai, en huit jours de tranchée :

la citadelle se rend le 21 , Dole le 6 juin, Salins le 22. Ainsi , le roi se voit, pour la deuxième fois , maître de toute la province, qui est euleve'e sans retour à l'Espagne. Dans les Pays-Bas , Je prince de Coude* , après avoir défait, le 11 août, l'arrièregarde du prince d'Orange à Sencf, veut poursuivre sa victoire; il engage un nouveau combat des plus sanglants, et fait plus de trois mille prisonniers , parmi lesquels se trouvent plusieurs princes , et plus de deux cents officiers , ce qui fait assez voir que les ennemis eurent tort de vouloir s'attribuer l'honneur de ccUe deuxième action, en y:onvenant que le prince de Conde' avait eu tout l'avantage de fa première. Mais il faut avouer que, vu le grand nombre de soldats et d'officiers que nous perdîmes, cette victoire demandait, autant de nous que de nos ennemis, des larmes, au lieu du Te Deum qu'on chanta de part et d'autre. Au mois d'août , le prince d'Oraugc entreprend le siège d'Oudenarde , et, le 21 de ce mois, le lève, voyant approcher le prince de Condé, qui vient au secours de la place. Grave se rend, le 26 octobre, aux Hollandais , qui eu faisaient le sie'gc depuis trois mois , et y avaient perdu près de huit mille hommes: ils s'emparent de Dinant le 18 novembre, et de Hui le 2 du mois suivant. Dans le Roussillon , les Espagnols prennent le château de Bellegarde, et tendent, au mois de juin, une embuscade à M. le Brct , dans laquelle ce lieutenant-général perd mille cinq cents hommes; mais le comte de Schombcrg arrive à tems et sauve l'armée. Sur mer, l'amiral Tromp échoue, le 28 juin, devant Belle-Isle, sur les côtes de Bretagne. L'entre-

f irise de l'amiral Ruytcr, dans la Martinique , n'a pas un meileur succès. Le roi envoie , au mois de septembre, du secours aux Mcssinois , sous les ordres de MM. de Valavoir et Valbcllc. En Allemagne , M. de Turenne s'empare , le 5 mars , de la ville et du château de Germcrsheim, que l'électeur palatin avait dessein de livrer à l'empereur. Le 16 juin , il chasse les ennemis de Sintzcim , et les met en déroute. L'électeur de Brandebourg reprend les armes contre la France. M. de Turenne revient dans le Palatinat , qu'il abandonne à la fureur de ses troupes. Cinq villes et vingt-cinq villages sont réduits en cendres par les soldats français et anglais , pour se venger des cruautés que les paysans du Palatinat avaient exercées sur plusieurs de leurs camarades qu'ils avaient pris. L'électeur voit, de Manheim , la désolation de ses états, et exhale sa colère impuissante en reproches contre M. de Tureone. Les habitants de Strasbourg rompent le traité de neutralité, et donnent passage à l'armée impériale , commandée par le duc de Lorraine et le duc de Bournouville. M. de Tureune les suit, et malgré l'infériorité de ses troupes, il les attaque, le 4 octobre, à Eusisheim, et gagne

sur eux une entière victoire ; il se relire ensuite en Lorraine avec son armée de quinze raille hommes, feignant d'abandonner l* AU sacc aux ennemis, dont l'année était composée de soixante mille hommes depuis la jonction des troupes de Brandebourg : au mois de décembre, il se remet en campagne, rentre en Alsace du côté de Béfort, chasse les ennemis de quartiers en quartiers , Jes attaque, le 29, à Mulhausen, et tes défait; il investit, le 3o, un régiment de huit cents hommes, qui se rend à discrétion : enfin , ayant battu les ennemis une troisième fois près de Turkeim, le 5 janvier 1675, il les oblige d'abandonner l'Alsace, et de repasser le Rhin, ayant à peine vingt mille hommes.

Nous eûmes encore sur pied, Tan 1675, trois armées de terre que la gloire des campagnes précédentes invitait à de nouveaux succès. Dans les Pajrs-Bas , la citadelle de Lie'ge se rend, le 27 mars, au comte d'Estrade; Diuant le mai, au roi, sous les ordres duquel le maréchal de Cre'qui dirigeait les opérations du siège de cette place. La ville et le château d'IIui ouvrent leurs portes , le 6 juin , au marquis de Rochefort ; Limbourg , le 21 , au duc d'Enghien. Dans la Catalogne , le comte de Schomberg prend Figuières , Baschara , le Fort-Joui , Ampurias , et quelques autres places ; et après avoir battu le duc de Saint-Germain, général des Espagnols, il emporte Bcllegardc en cinq jours de tranchée. En Allemagne , M. de Turcnne passe le Rhin, malgré la vigilance de Montccuculli , s'empare de plusieurs places , et par différentes marches et contre-marches qui durent près de trois mois , il réduit les ennemis , au point qu ils ne peuvent lui échapper. Mais la Providence en ordonne autrement; un coup de canon enlève, le 27 juillet, à l'âge de soixantequatre ans, ce grand homme, dont le nom seul fait l'éloge le plus parfait (1). Le talent singulier de M. de Turcnne , à la tète des armées, était d'agir sans inquiétude , et de prévenir tous les desseins de l'ennemi , sans faire faire au soldat un seul pas inutile. Après sa mort, l'armée française repasse le Rhin, le 2 août, et fait sa retraite en bon ordre sous M. de Lorges. Le prince de Condé, envoyé en Allemagne pour commander, fait lever à Montécuculli le siège d'Haguenau le 22 août , puis celui de Saverne, et l'oblige à repasser le Rhin; les princes de Luncbourg- Zell assiégeaient cependant Trêves. Le maréchal de Créqui, étant venu au secours de la place, fut défait, le 11 août, à Con-

(1) Le même boulet qui renversa Turcnne, emjwrta le bra* mu marquis de Saint-Hilaire. lieutenant-général. Le fils de celui-ci étant accouru a lui tout éploré : mon fiU , lui dit-il, ce n'est pas moi quii faut pleurer, mais ceçivnd homme.

sarbrucx , et trouva moyen dans sa déroute de se jeter dans Trêves qu'il défendit jusqu'au 6 septembre. Ce jour-là, Boisjourdan , capitaine au régiment de N avarre , traite avec l'ennemi , à Vinsu de ce général, et arrête une capitulation que Créqui ensuite désavoue au péril de sa liberté qu'il perdit , s'étant fait volontairement prisonnier. Le tratlre Boisjourdan, avant osé depuis reparaître en France , expia aou crime sur un échafaud , le 20 octobre , à Metz.

Le roi d'Angleterre, ami de toutes les puissances belligérantes, avant offert sa médiation pour les pacifier, on ouvrit sur ce sujet des conférences à Nimàgue. Tandis qu'elles se tenaient , les hostilités continuèrent. Le roi , l'an 1676, étant parti de Saint-Germahi-en-Laye , arrive , le 21 avril , au camp devant Condé, qui se reud le 20. Monsieur, frère du roi, prend Bouchain le 11 mai. Le duc d'Humièret s'empare d'Aire le 3i juitlct. Le prince d'Orance, qui avait investi Maeslricht dès le S juillet , lève le siège , le 27 août , à l'approche du comte de Schombcrg , fait maréchal de Frauce l'année précédente. Le 17 septembre ( et non le 29) , M. du Fai rend Fhilisbourg au prince Charles de Lorraine, le soixante-dixième jour de tranchée ouverte. La nécessité Ty contraignit ; il n'y avait plus de poudre dans la place. Cette perle ne fit point de tort à du Fai dans l'osprit du roi , qui disait encore depuis qu'il y avait quatre hommes que ses ennemis respecteraient dans ses places , Moulai , Ghamillî , Calvo et du Fai. Sur Mer, M. du Quesne entre dans le port de JVTcssinc, le 8 janvier, après un rude combat , dans lequel il fit reculer Ruyter , et maltraita fort son vaisseau : l'a vaut- garde et l'arrière-gardc hollandaises ne furent pas moins endommagées par le marquis de Preuilli et M. Cabaret. Le 22 avril , M. du Quesne va au secours d'Agouste avec sa flotte , et livre une seconde bataille à Ruyter à qui elle coûta la vie, étant mort, (pielques jours après de ses blessures; M. d* Aimeras, commandant l'avant - garde française , fut emporté d'un coup de canon. Enfin , le 2 juin , la flotte française , commandée par le maréchal de Vîvonne et M. du Quesne, attaque la flotte des ennemis, yrh% de Palcrmc : Les alliés , dit un historien qui leur est très-favorable .firent les plus maltraités ; douze de leurs vaisseaux périrent avec six galères , sept mille hommes et sept cents pièces de canon. Le 20 décembre, le comte d'Estrées repreud l'île de Caycnne sur les Hollandais.

Les conférences de Nimèguc continuaient toujours , mais sans apparence de succès. Le roi n'attendit pas la fin de l'hiver pour se remettre en campagne. On vit avec étonnement, le 20 février 1677, *c même jour qu'il était parti de Saiut-Gerraain-en-Laye,

ses troupes investir Valencienues qu'elles emportèrent d'assaut le 17 du mois suivant. Jusqu'alors , par un usage qui n'avait jamais été' interrompu , le sort îles places force'es de la sorte était d'être pillées , c'est-à-dire , exposées à toute l'avidité des vaiuqucurs. Le soldat s'attendait à traiter de même Valencienncs , et déjà quelques compagnies commençaient à se jeter daus les maisons. Mais Louis ay ant commande fie cesser le pillage , chacuu fil sa retraite, abandonnant ce qu'il avait pris : prodige de discipline dont toute l'histoire ancienne et la moderne n'avaient poiut encore fourni d'exemple. Le 5 avril , le roi met encore la ville de Cambrai sous ses lois. Le n du même mois le prince d'Orange, voulant secourir Saint-Omer , dont le duc d'Orléans faisait le siège , perd la bataille de Cassel , qui coûte sept mille hommes aux allie's , tant lue's que prisonniers. La citadelle de Cambrai se rend le 17, et Saint-Omer le 20 avril. Le 14 août, le prince d'Orange lève , pour la seconde fois , le siège de Cliarleroi. Un seigneur anglais dit à cette occasion : Le prince d'0~ range peut se vanter d'une chose j cest qu'il n'j' a point de général qui , à son tige , ait levé plus de sièges et perdu plus de batailles que lui. (Bayle.x En Jllemagnet\c prince Charles de Lorraine passe le Rhin , à la tèle d'une nombreuse armée, et s'avance vers Metz , se flattant de chasser les Français de la Lorraine , et de recouvrer ses étals ; mais le maréchal de Créqui déconcerte ses projets , et le fatigue tellement par ses marches et contre-marches , battant ses partis, enlevant ses couvois et ses bagages, qu'il est obligé de repnsser le Rhin avec les débris de son armée. Le corps , commandé par le duc de Saxe , qui était resté en Alsace , tut encore plus maltraité ; le duc , pour repasser le Rhin , eut besoin d'un passeport que M. de Créqui voulut bien lui accorder. Le 7 octobre, bataille de Cokesbcrg, . près de Strasbourg, gaguee par M. de Créqui. Ce général assiège ensuite Fribourg, capitale du Brisgaw , dont il se rend mai tre en huit jours de tranchée. Sur les frontières d'Espagne, au mois de juillet , le maréchal de Kavailles repousse plusieurs fois les Espagnols , met leur armée en déroute , et leur taille en pièces quatre ou cinq mille hommes. Sur mer , le comte d'Estrécs fait une entreprise surTabago, l'une des Antilles, appartenante aux Hollandais, et brûle quatorze vaisseaux des ennemis, dans un des plus furieux combats qui se soient donnés sur mer: il repasse eu France, revient, au mois de décembre, à Tabago, et soumet toute l'île à l'obéissauce du roi.

Ce fut encore le roi qui ouvrit la campagne de 1G78. Etant parti le 7 février, il commence en personne, le 4 mars , le siège de Gand, qui se rend le 9 ) la citadelle capitule le 12. Ypres

ROÏS DE FRANCE. 289

ouvre ses portes le a5. Enfin, le 10 août, contre l'attente du public , la paix est conclue et signée à Nimègue , entre la Franco et la Hollande , qui recouvre jVlaestricht par ce traité. Le 14 du même mois le prince d'Orange, ignorant cette paix , mais ne

Cvaut douter qu'elle ne fut prochaine, attaque M. de Luxemrg qui lui fait subir, quoique surpris, une nouvelle défaite (1). Les Anglais , qui s étaient déclarés contre nous , perdirent en celle action deux mille hommes de leurs meilleures trou* pes y et les Hollandais firent une perte encore plus considérable. Le 17 septembre, l'Espagne accède au traité de paix , qui assure à la France la F rauche-Coiuté,Yalcucieniies, Cambrai, Ypres, Saint-* Orner , et quelques autres places. £n Allemagne , M. de Créquî poursuit la guerre avec succès, prend plusieurs places , délait les Impériaux à Greliingen , les bat le 6 juillet au pont de Rhinfeld « et en fait un si grand carnage , que les corps morts, dont le pont était couvert* empêchent les Français dentier dans la ville; il taille eu pièces six mille hommes commandés par le prince Charles, et s'empare, le 27, du Fort de Kell, qu'il aémolit.

Piivc du secours de la Hollande et de l'Espagne, l'empereur ne tarde guère à seulir l'inégalité de ses lorces vis-à-vis de la France. Ce fut donc une nécessité pour lui de s'accommoder avec celte couronne. La paix qu'ils signèrent ensemble , le 5 février 1679, à Nimègue , au moyen de la cession que le m père u r fit de Fribourg dont Créqui s était emparé, devint générale par les traités particuliers faits , dans le courant de Tannée , entre les différents princes d'Allemagne , et se conclut sur le plan que le roi avait proposé aux alliés : ainsi ce monarque en fut l'arbitre, et leur fit la loi j ce qui dès lors lui fit donner le surnom de Grand. Le a4 a°ût , mort du cardiual de Retz à Paris, où il était revenu en 1661 > après avoir donné sa démission de Parchevêche', dans la forme que la cour souhaitait. Heureux s'il expia dans sa longue retraite l'abus énorme qu'il avait fait do ses grands talents pour exciter des troubles et bouleverser l'état !

Les empoisonnements étant devenus fréquents en France , le roi établit à Paris un tribunal en janvier 1680 pour en rechercher les auteurs. Plusieurs personnes du premier rang furent inquiétées à ce sujet. Le dauphin étant daus sa viugtième année, épousa, le 7 mars, à Châlous-sur-Marne . Anne-Marie-Chris-* tiue- Victoire , fille de Ferdinand-Marie, électeur de Bavière. Le

(1) C'est a lort que Dînai cura liisloricns ont avancé que le prince d'Orange é*tnit instruit du traite de piix loisqn'il attaqua M. de Luxembourg. ( VoY. la preuve du contraire dans \± uouullc idiiiou du If. Daniel, T. XVI , p. 170. )

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