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traité de Nimègue semblait avoir assure' la tranquillité de l'Europe. Mais Louvois , ministre de la guerre, dont la paix diminuait le crédit, jetle tout-à-coup l'alaime parmi les princes d'Allemagne, par l'érection qu'il fil de deux chambres , l'une à Mets» l'autre à Brisach , pour réunir à la couronne les fiefs démembres des trois Evêchés et de l'Alsace. Ceux que les jugements émanés de ces deux tribunaux dépouillèrent des terres dont ils étaient en jouissance paisible, firent en vain retentir leurs plaintes; ou n'en procéda pas avec moins de rigueur à l'exécution. Le roi , dans le même teins , rentlit contre les Calvinistes deux édits qui réveillèrent le zèle des missionnaires pour leur conversion. Mais les insultes que res ministres èvange'liques essuyèrent en diverses rencontres, déterminèrent la cour à leur prêter main-forte : c'est ce qu'on a nommé la Dragonadc.
Le canal de Languedoc , commencé, l'an 1664, sous la direction de M. Riquet , fut enfin achevé et devint navigable le 19 mai 1681. Les corsaires de Tripoli ayant fait plusieurs insultes à nos vaisseaux, M. du Quesne les poursuivit, avec une escadre de six vaisseaux , jusque dans le port de Chio , où ils s'étaient retirés. Le gouverneur de la place ayant refusé de les faire sortir du port , du Quesne les y foudroie le a5 juillet. Cette affaire fit grand bruit à la Porte , et le divan était d'avis de faire massacrer en représailles tous les Français établis en Turquie. Mais la prudence et la fermeté dcGuillerague, notre ambassadeur à Constantin nople appaisèrent le grand-seigneur et son. visir. Du Quesne va bombarder ensuite , le a3 juillet , Alger, dont une partie est réduite en cendres. Le 5o septembre , Strasbourg , surpris paç les troupes françaises, se soumet au roi, et le reconnaît pour son souverain , par capitulation signée de M. de Louvois et du baron de Montclar, commandant en Alsace. Cette ville se gouvernait
Î>ar ses lois , et l'on prétend que nous ne fîmes que prévenir 'empereur qui voulait, dit-on, s'en emparer. Le roi y fait son entrée le 25 octobre. Le 9 novembre, ouverture de l'assemblée céucrale du clergé , convoquée par le roi à l'occasion des brouil- Ferics survenues entre ce orince et le pape Innocent XI , touchant l'édit de 1673 pour l extension de la régale.
L'assemblée du clergé continue en 1G62 , et signe , le 5 février , l'acte de consentement à l'extension de la régale aux églises qui en étaient exemptes ; mais le roi en modère l'usage. Le 1 5 avril, bref du pape, qui casse et annuité tout ce que rassemblée avait fait touchant la régale. M. Bossuet, évêque de Meaux , dresse quatre articles sur la puissance ecclésiastique , qui sont unanimement approuvés , le 19 mars,, par tous les membres de l'assemblée , puis confirmés par un édit du nièma
mois. Ces quatre articles portent en substance , i° qae le pape n'a aucune autorité sur le temporel des rois ; a0 que le concile général est au-dessus du pape ; 3° que l'usage de la puissance apostolique doit être réglé par les canons , sauf les libertés de l'église gallicane ; 4° clue ^es décisions du pape ne sont irréforroables qu'autant qu'elles sont acceptées par 1 église. Le 6 août, naissance de M. le duc de Bourgogne, fils de M. le dauphin. Le 5o du même mois, le roi fait bombarder Alger par M. du Quesne, pour venger les cruautés que les Algériens exerçaient envers les captifs français. Cette année , M. de Ville , liégeois , donne le dessin de la célèbre machine de Marli, et en commence l'exécution.
La vengeance du roi sur Alger n'étant point encore satisfaite , cette ville est de nouveau bombardée le 26 et le 27 juin 1 683 , ardu Quesne. Le désespoir des Algériens, à ce second bombarcment , fut tel , qu'ils attachèrent aux bouches de leurs canons les esclaves français , et envoyèrent leurs membres épars à la (lotte ennemie (1) Mais réduits enfin à demander la paix, ils consentirent , pour préliminaire , de renvoyer sans rançon tous les chrétiens français et autres qu'ils tenaient dans les fers. Six cents captifs délivrés par là , allèrent en différentes contrées, et même chez nos ennemis , publier la bienfaisance de Louis XIV. En Flandre, le 6 août, M. d'Humières se rend maître des ville et citadelle deCourtrai, en représailles des actes d'hostilité commis par le gouverneur des Pays - Bas espagnols. Le 5o juillet, Mame-Thêiiese d'Autriche , épouse de Louis le Grand, meurt âgée de qnaraute-cinq ans. Le roi la regretta sincèrement, et dit : Tai perdu une femme admirable , qui ne ma jamais donné cT autre chagrin que celui de sa mort. Le royaume fit encore une grande perte , le 6 septembre , par la mort de Jean- Baptiste Colbert,âgé de soixante-quatre ans, l'un des plus grands ministres que la France ait eus. Marine , commerce , manufactures , beaux-arts , sciences , tout , hormis peut-être l'agriculture, fut animé par ses soins , et tout fut porté à ce degré de perfection qui a rendu le règne de Louis XlV le plus beau de la monarchie française. Croirait - on néanmoins que le peuple lut
(1) Noire consul foi do nombre de ces infortunées victimes de la rage des Algériens. M. de Choiseol, alors leur prisonnier; allait subir le même sort. Un algérien , qui avait clé pris autrefois par le chevalier de Thcri , sur le bord duquel éiait M. de Choisenl, se ressouvenant du bon traitement que celui-ci lui avait fait , demanda sa grâce, et, ne pouvant l'obtenir , il embrassa étroitement ce seigneur, en disant an canoonier: Jtre; puisque je ne peux le sauver* f aurai du moins la consolation de mourir avec lui. Le uey, prête 01 à ce te •cène, fnt attendri ei fil grâce au prisonnier.
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assez aveugle et assez ingrat pour vouloir déterrer à Saint- Eustache le corps de cet homme , à qui l'antiquité païenne aurait dresse' des autels ?Leao novembre , Louis , comte de Verftiandois , amiral de France , fiU natnret du roi cl de Louise* Françoise de la Baume de la Vallière , né le 2 octobre 1667 f meurt à Courtrai, et, par ordre du roi , est enterré à la cathédrale d'Arras (1). Le 19 décembre, naissance de Philippe , duc d'Anjou, deuxième fils de M. le dauphin , et depuis roi d'Espagne.
Le roi , prétendant avoir reçu des Génois divers sujets de meoonteutemeut , envoie contre eux , Tan 1684 , une escadre commandée par le sieur du Q-iesue , qui bombarde Gênes au mois de mai. Dans les Pays-Bas , Luxembourg f iuvesti le 28 avril par le maréchal de Luxembourg, se rend le 4 juin, après vingteix jours de tranchée ouverte : le roi couvrait le siège. Le 20 , le maréchal de Créqui oblige la ville de Trêves à raser ses fortifications. Le 4 juillet, un ambassadeur d'Alger demande pardon au roi des hostilités que les Algériens avaient commises contre les Français ; sa majesté approuve le traité de paix quo M. de Tourville avait conclu , le 23 avril, avec le divan. Le 16 août , trêve de vingt ans entre l'empire et la France , signée 4 Ratisbonnc. Les muses pleurèrent celte année la mort du So>» phocle français , Pierre Corneille , arrivée le 17 février.
Les Génois* accablés du poids de la puissance de Louis XIV» obtiennent la paix , l'an io35 , par un traité du 12 février , en exécution duquel le doge vient à Paris , accompagné de quatre sénateurs , et fait ses soumissions au roi le 1 5 mai. Stuppa , nouvellement fait colonel du régiment des Gardes- Suisses, sollicite auprès du rot les appointements des ofteiers suisses , qui , do puis long-tems , n'avaient point été payés. * Sire, dit Louvois 9 si votre majesté avait tout C argent qu'elle et ses prédécesseurs ont donné aux Suisses , on pourrait paver d'argent une chaus~ sée de Paris à Râle. Cela pourrait être, répondit Stuppa ; mais aussi si votre majesté avait tout le sang que les Suisses ont
{1) On a prétendu dans ces derniers lems que ce prince n'était pas mort alors», qu'on lui avait Mibciiiuc un autre cadavre» et Qu'il rtiii ce prisonnier au manque de fer , ou plutôt de velours , qui mourut à la Bastille le 19 tic novembre l^o3 , et fut enterre à S. Paul *ou* le nom «le Marchiali , après avoir été renferme , i° «lant la citadelle de Pigoerol , ?° dans celle des îles Sainte Marguerite, d'où il fut transféré l'an 1698* La raison qu'on apporte de l'emprisonnement de ce prince c*t un soufflet qu'il avait donné, diuon, au dauphin; mai* ce souilla n'est appuyé d'aucune preuve, et l'homme au manque de fer , sur («•quel on formé d'autres conjectures, sera toujours vraisemblablement un prouvai* insoluble.
DES ROIS DE FRANCE. SqS
répanda pour le service de la France , on pourrait faire un Jleuve de sang de Paris jusqu'à Bdle. Le roi , frappé de cette réponse, fait payer les Suisses. Le 22 juin , le maréchal désirées bombarae Tripoli , et oblige les corsaires à demander le paix ; ils l'oblienuent, en rendant les vaisseaux qu'ils avaient
Îris , et plus de deux cents esclaves chrétiens. Les corsaires de unis se soumettent aux mêmes conditions , le 3o août. Le 22 octobre , édit portant révocation de l'édit de Nantes , donné par Henri IV, Tan i5q8, eu faveur du Calvinisme. Le chancelier le Tellier le signa dans sou ht , où il était malade à la mort , en disant le ÏS'unc dimittis. Christine, reine de Suède, ne pensait pas de même. Ecrivant de Home sur ce sujet au chevalier Ter- Ion : Je considère , disait-elle , la France comme un pauvre malade à qui ion a coupé bras et jambes , pour le guérir ttun mal qu'un peu de patierwe et de douceur aurait entièrement dissipé. Bien des catholiques éclairés et judicieux étaient de cet avis. Ce qu'il y a de certain , c'est que la révocation de l'édit de Nantes nous a privés d'uu grand nombre de commerçants et d artisans, qui ont transporté chez l'étranger nos richesses et notre industrie.
Les princes protestants , en recevant ces fugitifs dans leurs e'iats*, adoptèrent leur ressentiment. Celui qui montra le plus de zèle pour les venger, fut Guillaume , priuce d'Orange. Mais il employa d'autres prétextes que celui de la religion pour attirer dans son parti les Catholiques. Par ses intrigues, l'empereur, les rois d'Espagne et de Suède , les électeurs de Saxe et de Bavière , les cercles de Suabc et de Franconie, auxquels se joignirent dans Ja suite les électeurs palatin et de Brandebourg , et le duc de Savoie, signent , le 9 juillet tGSG , la fameuse ligue d'Aasbourg. L'objet principal de cette alliance était de maintenir et de faire observer , dans toute leur étendue, les traités de Munster, de Nimègue et de Ratisbonue. On couvrit l'assemblée d'Àusbourg du prétexte de la guerre contre les Turcs ; mais la France ne
Ï>ril point le change. En août , trois mandarins , envoyés par e roi de Siam , font leur entrée à Paris. M. le duc de Berri, troisième fils du dauphin , vient au monde le 5o août. Le roi tombe dangereusement malade , ce qui cause une consternation générale dans le royaume. Le 1 1 décembre, le prince de Coudé couronne une vie héroïque, par une mort très chrétienne, à l'âge de soixante-cinq ans. En mourant, il dit ces paroles remarquables à ses enfants : Songez que vous nù serez de grands hommes qu'autant que vous serez fidèles à Dieu et au roi. E*al à Turenne dans l'art militaire , il différait de lui dans la manière décommander. « Condé , dit SainUEvrcinout , donnait toujours » ses ordres à se» lieutenants par écrit , et leur imposait la loi
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n de les suivre. Turcnne disait au* siens ce qu'il convenait » de faire , et s'en rapportait à leur prudence. Il est arrivé de » là que l'un de ces deux grands capitaines a eu beaucoup » d'illustres élèves , et que l'autre n'en a point forme , ou n'en » a formé que peu. » Une autre différence entre eux , est que Je premier ménageait le sang des soldas autant que le second en «'tait prodigue. Cette année est remarquable encore par rétablissement de la maison de Saint-Cyr, pour l'éducation de deux cent cinquante demoiselles.
Les franchises dont jouissaient à Rome les hôtels des ambassadeurs des différentes couronnes , dérobaient souvent les malfaiteurs à la sévérité des lois. InuocentXl, pontife vertueux , ferme et zélé pour le bon ordre , abolit ces privilèges abusifs , l'an 1687 , par une bulle portant menace d'excommunication contre tous ceux qui refuseraient de s'y conformer. La fierté de Louis XIV fut blessée de cette réforme. M. d'Estrées, notre ambassadeur à Rome , étant mort peu de tems après , le marquis de Lavardin fut envoyé pour le remplacer , avec ordre de maintenir les franchises dont ses prédécesseurs avaient joui. Il fit son entrée dans Rome, le 16 novembre , avec un nombreux cortège , et notifia , en prenant possession de son palais , les ordres dont il était chargé. Innocent , en conséquence r refusa de l'admettre à son audience , comme ayant encouru l'excommunication. L'ambassadeur , pour le braver , affecte , le jour de Noël , de communier dans l'église de Saint-Louis, qui fut interdite le lendemain. La cour de Louis XIV habitait alors le chAteau superbe de Versailles , qu'il venait d'achever : ce n'était au-
Ï>aravaut qu'une maison de chasse dont Louis XIII avait acquis e local.
La nouvelle de ce qui se passait à Rome étant arrivée en France, le procureur-général du parlement appelle comme d'abus, le 22 janvier 1688, de la bulle du pape au sujet des franchises. Le 7 octobre suivant, le roi se saisit du comtat d'Avignon. Il prend, dans le même tems, ses précautions contre la ligue d'Ausbourg, et envoie des troupes au-delà du Rhin. M. de Boufflcrs soumet Kayserslautern le 20 septembre, et s'empare ensuite de Crcûtznach et d'Oppeuheim. Ou se saisit d'Hailbron le i5 octobre , d'Heidelberg et de Mayencc le 25. Philisbourg ouvre ses portes le 29 à M. le dauphin, après 19 jours de tranchée (1) ; Mauheîin est pris le 1 1 novembre , Frankendal le 18 -t
(1) A l'occasion île cette conqnilie le duc de Moniausier, gouverneur «la dauphin, Ini écrivit: «. Monseigneur, je oe voit* fai« point de compliment » rar la pri* de Philisbourg ; vous arics une bonne armée, dm bombes , <1»
DES ROIS DE TrUISCE» 2g5
Neustadt, Spire , Trêves , Worms se rendent aussi. Le 3 décembre , le roi déclare la guerre à la Hollande , pour avoir favorisé le prince d'Orange qui avait fait une invasion en Angleterre le 1.5 novembre! à la tête de quinze mille hommes. Sur mer, le 1 juillet , le maréchal d'Estrées jette plus de dix mille bombes dans Alger, et coule à fond cinq vaisseaux des Algériens , pour punir ces corsaires de leurs nouvelles pirateries.
La France a e'té de tout tems l'asile des princes malheureux. L'an i(>89» le 7 janvier, Jacques II, roi d'Angleterre! chasse' de ses états parle prince d'Orange, et trahi par ses sujets , arrive à Saint-Germnin-en-Laye. (La reine, sa femme, «t le prince de Galles y étaient arrivés la veille). Louis XIV le reçoit en roi, Jui cède sa maison de Saint-Germain , Py entretient avec magnificence, et emploie ses finances* et ses troupes pour le rétablir. 11 lui donne une flotte, commandée par M. Cabaret, sur laquelle ii passe , au mois de mars , en Irlande , que le comte de Tirconel contenait dans Pobéissance. Louis, en le quittant, lui dit : Le meilleur souhait que je puisse vous faire , c'est de ne jamais vous revoir. Ce souhait ne fut pas accompli. Au commencement de mai, le comte de Château -Renaud conduit en Irlande un grand convoi de vivres, de munitions, et un secours de trois mille hommes j il fait heureusement son débarquement , bat , le 1 a mai , la flotte anglaise , prend à son retour sept vaisseaux hollandais , richement chargés , et arrive à Brest le i8m-ji , n'ayant employé que dix ou douze jours à cette expédition. Le 25 juin , le roi déclare la guerre aux Anglais rebelles. En Allemagne , la diète de Ratisbonne déclore ennemis de l'empire la France et le cardinal Fustcmberg , qui disputait l'archevêché de Cologne au m prince de Bavière, appuyé par l'empereur. Au mois de février, tes généraux français , en vertu d'un ordre du roi , signifient à tous les habitants du Palatinat qu'il faut quitter leurs demeures , et qu'on va les détruire par le fer et par les flammes. L'ordre lut exécuté à la rigueur. C'était un ministre , dont la politique avait endurci Pâme, qui Pavait suggéré au roi pour faire, disait-il, une barrière entre la France et ses ennemis. L'Europe eut horreur de cette exécution. Louis , revenu de la surprise qui lui avait été faite, ne la pardonna point à celui, qui en était l'auteur. Les confédérés d'Ausbourg comprirent alors qu'ils ne pouvaient plus rester dans l'inaction. Ils se mettent en mouvement , et ou-
9» canon et Vauban. Je ne vous en fais point aussi sur ce que vous èles brare; x» c'est une vertu héréditaire dans votre maison : mais je me réjouis avec vous * de ce que vous êtes libéral , généreux , humain, et taisant valoir les service* m de ceux g^ui font bien».
vrcnt la campagne par le siège deRt) scrwer!,doiit ils s'emparent le 28 juin. Le 26 août, le marquis de Boufflers emporte d'assant Kochcim, sur U Moselle. Le 8 septembre, le marquis d'CJxelles, après sept semaines de tranchée ouverte, reud , par capitulation, Mayence au prince Charles de Lorraine, faute de poudre et de mousquets. Les écrivains allemands conviennent qu'ils ont fait peu de sie'ges ptus meurtriers. Les assièges faisaient quelquefois deux ou trois sorties eu un jour, à deux heures l'une de l'autre. Daus une seule il resta oeuf cents impériaux sur le carreau. Le roi , voyant d'Uxellcs à sou retour honteux de reparaître devant lui : marquis > lui dit-il , vous avei défendu ta place en homme de cœur y et vous avez capitulé ea homme d'esprit. Le baron d'Asfeld, après avoir défendu Bonu, pendant quatre-vingt-dixsept jours , avec une valeur extraordinaire, fit , le \i octobre, une capitulation honorable avec l'électeur de Brandebourg. D'Asfeld méritait les mêmes éloges que d'Uxclles. Mais il ne jouit pas long-Unis de sa gloire. Blessé mortellement au dernier assaut que donna le duc de Bavière avec ses seules troupes , il alla mourir à Aix-la-Chapelle dans le mois suivaut , à 1 âge de trente-cinq ans. Eu Flandre , le 27 août , le maréchal d'Huinières s'élaut opiniâtre à vouloir forcer un détachement des ennemis dans Vafcourt, perd environ douze cents hommes , et est obligé de se retirer.
La campagne de i6gp fut une des plus fécondes pour nous en heureux succès. Sur mer, le 10 juillet, le comte de Tourvillo défait les flottes d'Angleterre et de Hollande , et se rend maître de la mer. Au mois daoùt suivant, il fait uue descente à Tingmouth , et brûle plusieurs vaisseaux ennemis. Les Anglais attaquent, au mois d'octobre * Québec, dans le Canada, et se ' retirent après avoir perdu beaucoup de monde. Ils réussissent mieux à l'île Saint-Christophe , et enlèvent aux Français , dans le mois de décembre, la partie qu'ils y possédaient. Dans les Pays-Bas , le maréchal de Luxembourg, aymt passé la Sambre le 3o juin, attaque les ennemis, commandés par le prince de Waldeck , le premier juillet , et remporte sur eux une pleine victoire à Fleurus, près de Charleroi. Plus de six mille hommes des ennemis restent sur le champ de bataille, et un plus grand nombre est fait prisonnier. « Cette bataille, heureusement ga- » gnéc, dit le marquis de la Fare, a été la source de tous les » autres bons succès que la France a eus pendant que dura cette v guerre, a Le fils du marquis de V il J arc eaux fut dn nombre des officiers français qui tombèrent entre les nui us des ennemis* Nouvellement créé chevalier du Saint-Esprit , il montre , à ceux qui l'ont pris, le cordon de son ordre , dans l'eipérance d'un
meilleur traitement. Les soldats se le disputent, et , ne pouvant s'accorder, ils le massacrent. En Italie , M. de Câlinât force l'armée du duc de Savoie, dans un poste très-avantageux, et la défait entièrement à StaHardc , près de Saluces, le îb* août. Le premier fruit de cette victoire fut la prise de Saluces, le 19 j plusieurs villes du Piémont se soumettent ensuite. Le 12 novembre , Mi de Catinat force les retranchements des ennemis du cote de Suze, s'empare du fort de Jalcasse , et se rend maître de Suze et de la citadelle. Ce fut néanmoins après une campagne si glorieuse , que Louvois , irrite de sa modération, lui écrivit ces paroles , que son maître ne lui avait sûrement pas dictées , et que nous laissons au lecteur le soin de qualifier : Quoique vous ajez fort mal servi le roi celte campagne , sa majesté veut bien vous conserver votre gratification ordinaire. Tandis que ce géne'ral triomphe dans le Piémont, M. de Saint-Ruth étend nos conquêtes par la réduction de la Savoie. ÏVIadame la dauphine meurt, le 20 avril, des suites des couches du duc du Berri. Se sentant proche de sa fin, elle se fit apporter cet enfant, et lui dit en le baisant: Cest de bon cœur , quoique tu me coûtes bien cher. Le roi voulut la voir expirer , et dit e l'évêque de Meaux , qui lui conseillait de se retirer : // est bon que je voie comment meurent mes pareils. Cette princesse fut moins regrettée qu'elle ne le méritait. Elle avait de l'esprit , aimait les arts , s'y connaissait et les protégeait. Elle avait surtont la répartie très-heureuse. Louis XIV, lui disant un jour: J^ous ne t$i aviez pas dit, madame , que la duchesse de Toscane , -votre sœur y était extrêmement belle. Puis-je me ressouvenir , répondit-elle, que ma sœur avait toute la beauté de la famille , tandis que j'en ai tout le bonheur? Mais le goût qu'elle marquait pour la vie retirée, déplut et refroidit les cœurs à son égard. Le roi d'Auglctcrrc ayant perdu, le n juillet, la bataille de la Boy ne, en Irlande, est obligé dé repasser en France.
L'an 1(191 , M. de Catinat prend, le 21 mars, Villefranche ' avec son château, les forts de Montalban et de Sant-Ospitio , Nice et son château, le 2 avril , Vcillane le 3o mai, Carmagnole le q juin ( les ennemis la reprirent ), et finit la campagne par la prise de Montmélian , qui se rend le 21 décembre , après trente trois jours de tranchée, et plus d'un an de blocus. Un lieutenantgénéral , chargé du siège de Coni , l'ayant levé par trop de précipitation , est arrêté et enfermé dans la citadelle de Pignerol. Vans les Pays-Bas , le roi vient en personne faire le siège de Mous, qui se rend le 9 avril. Ce fut a ce siège que le roi àonna le rang de colonels aux capitaines des gardes françaises et des gardes suisses. Le 18 septembre, M. de Luxembourg gagne ,
contre le prince de Waldeck, le combat de Leuze , où vingt-huit escadrons de la maison du roi et de la gendarmerie, défirent soixante-quinze escadrons de l'armée ennemie. En Irlande , M. de Saint- Ruth, lieutenant-général des troupes de France, ayant été' tué , le 22 juillet, à la bataille de Kilcounel , sa mort entraine la perte de la bataille et de toute l'Irlande , pour le roi Jacques. M. de Château Renaud passe en Irlande avec une escadre , et ramène , au mois de décembre , tous les Français , seize mille hommes de troupes irlandaises, et plusieurs familles fidèles à leur prince, qui aiment mieux quitter leur patrie que de reconnaitre un usurpateur.
M. de Louvois, ministre secrétaire-d'état au département de la guerre, meurt subitement, le 16 juillet 1691 , à L'âge de cinquante et un ans. Il contribua , par sou habileté, â rendre le roi terrible à ses ennemis ; mais l'humanité souffrit plus d'une fois des moyens qu'il employa pour le faire triompher. Du reste on le regarde , avec raison , comme le restaurateur de la discipline militaire. C'est à lui que les troupes doivent les uniformes qui distinguent les régiments , les étapes qui leur fournissent la subsistance dans leurs marches , les magasins qui préviennent la disette dans les camps , et l'Hôtel des Invalides , où le soldat vétéran trouve , dans un honnête entretien , la récompense de ses services. Le marquis de Barbczieux , son fils , le remplça. Aussi livré à ses plaisirs que son père l'était au travail , il ne tarda pas à mécontenter le roi par sa négligence.
L'an 169?,, première institution de la milice des hussards en France. Le bâtard de Cornberg , allemand, qui en fut nommé colonel , se comporta si mal , que l'année suivante il fut mis à la liastille, d'où il ne sortit qu'à la paix de Riswick. On le conduisit de là sur la frontière , avec ordre de quitter le royaume, et défense d'y rentrer. Le roi fait en personne Je siège de Namur ; la ville se rend le 5 juin , après nuit jours de tranchée , le château après 22 , à la vue du prince d'Orange et du duc de Bavière , qui étaient venus au secours, à la tute de cent mille hommes. Cohorn , qui avait fortifié la place , défendait son ouvrage contre Vauban, son rival, oui l'attaquait. Le 2 août, le roi quitte la campagne et reprend la route de Versailles. Ce départ précipité lui fait manquer l'occasion d'acquérir un nouveau dégré de gloire. Le lendemain , en effet , le maréchal de Luxembourg bat , à Steinkerque , le prince d'Orange , qui , sur un faux avis qu'il lui avait fait donner, s'était flatté de le surprendre. La victoire sembla d'abord se déclarer pour les ennemis î mais l'habileté du général français et la valeur de ses troupes la firent bientôt revenir sous leurs drapeaux. « Nous
» poussâmes les ennemis , dit M. de Barwick , qui était à cette » bataille , un grand quart de lieue, jusques bors du bois , avec » un prodigieux carnage. Notre troupe dorée, compose'c de » M. le duc d'Orl éans, de MM. les ducs de Bourbon, prince j> de Conti, duc de Vendôme, grand-prieur, et nombre d'au- » très, fut pendant toute l'action avec M. de Luxembourg, » exposée au plus grand feu. » Les ennemis du maréchal voulurent diminuer, auprès du roi, la gloire de cette journée, en répétant sans cesse qu'il s'était laissé surprendre, ce qui était faux , puisqu'il avait fait ses dispositions long-tcms avant l'ennemi. Eh ! qu aurait-il fait de plus , s'il n avait pas été surpris, répondit le monarque? Du côté des Alpes , M. de Catinat , avec une armée fort inférieure à celle du duc de Savoie , déconcerte tous les projets de ce prince, qui, ayant tourné vers le Dauphiné, entre dans Embrun le 17 août, et dans Gap, puis se retire , après avoir brûlé cette dernière place , et quelques villages des environs. En Allemagne, le maréchal de Lorges remporte deux avantages considérables ; le premier , à Spirebach , aux environs de Strasbourg , au commencement de septembre y le deuxième, le 17 de ce mois, près de Fortzheim , dont il venait de s'emparer ; ce fut là qu'il battit le duc administrateur de Wurtemberg, le fit prisonnier., et lui enleva toute sa vaisselle d'argent. Sur mer , le 29 mai , M. de Tourville , attaqué par la flotte ennemie, composée de quatre-vingt-dix vaisseaux , n'en avant que quarante-quatre , se bat avec avantage , et fait une belle retraite \ mais la marée lui avant manqué, il perd quatorze vaisseaux , qui sont brûlés ou coulés bas à Cherbourg et à la Hogue (1).
Nous prévînmes les ennemis par notre diligence dans les Pays-Bas en 1693. M. de Boufflers emporte, le 6 janvier , en quinze heures de tranchée ouverte , Fûmes , qui était détendue par une garnisou de plus de trois mille anglais et hollandais. Le ?9 juillet , le duc de Luxembourg fut victorieux à la sanglante journée de Nerwinde, près de la Guete , à quelques lieues de Bruxelles; le prince d'Orange y laissa près de douze mille liommes sur le champ de bataille. Cette victoire , qui chancela long-tems , coûta plus de sept mille hommes à la France : c'est
(1) Une médaille, précédemment frappée a l'honneur dn roi , portait cette itisciiptiou fastueuse: imperilm pelagi. Les Hollandais, aprè« la victoire de la Hogne, en firent frapper une nuire à leur tour, qù Ton voyait Neptune irrite, poursuivant les vais»eanx français, avec cette légende tirée de Virgile:
Maturate fuoam, nnoiQUE haec oicitb v*viro,
non ILLI IMPfifULM PtLAOl. ..
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à celle occasion qu'on dit qu'il fallait chanter plus de Dè profutuiis que de V V? Deum. Le 11 octobre, Charleroi se rend aux Français. En Allemagne , le 8 janvier, les Français lèvent le siège de Rhinfeld. Le 21 mai, le maréchal de Lorges empone Hcidelberg l'épée à la main , et le château deux jours après ; il y eut là beaucoup de cruautés commises , et les tombeaux 'des électeurs palatins ne furent pas respectés. Le 5 juin , le maréchal canonne le camp du prince de Bade ; le 8, il J'attaque, et est repoussé : il entre ensuite dans le Wurtemberg» M. le dauphin étant venu joindre l'armée du maréchal , s'approche du camp des Allemands sur le Necker à Hailbron , et 11c peut les engager à un combat. En Italie , le duc de Savoie bombarde Pignerol depuis le 25 septembre jusqu'au premier octobre, et se retire avec précipitation, sur la nouvelle que 1V1. de Catinat vient à lui. Ce général ne tarde pas à se montrer ; il arrive le 3 octobre à îa Marsaille , près de Pignerol , où l'armée du duc était campée , et le lendemain il la taille en pièces; près de huit mille hommes restent sur le champ de bataille, trente-quatre pièces de canon , cent dix tant drapeaux qu'étendards . et beaucoup de prisonniers de distinction , allemands , espagnols et italiens , demeurent au pouvoir du vainqueur. Le duc de Vendôme et son frère , le grand-prieur , eurent grande part au gain de la bataille. Le fruit de cette victoire fut la désolation du territoire de Turin , qui avait été précédée de l'incendie de la Vénerie, en représailles des ravages commis dans le Dauphiné. Sur mer, les Anglais font une tentative, le 5 avril, sur la Martinique, et se retirent avec perte. Le 17 juin , M. de Tourville attaque la flotte des Anglais et des Hollandais , qui venaient de Smyrne sous l'escorte de vingt vaisseaux de guerre : il leur enlève deux vaisseaux de guerre , vingt-sept vaisseaux marchands , et en fait périr plus de soixante; ce qui fait pour les ennemis une perte Je vingt millions. Les Anglais voulant se venger des Malouins, qui les désolaient sur mer, entreprennent de détruire Saint-Malo ; ils se servirent pour cela d'une machine infernale , qui n'eut d'autre effet, lorsqu'ils la firent jouer sur la fin de novembre, que de casser les vitres des maisons , et d'enlever les tuiles et les ardoises. ( L'inventeur et directeur de cette machine était un réfugié français, nommé Fournier. ) Cette année le roi fait , le 27 mars , une création de sept maréchaux de France, MM. de Choiseul , Villeroi , Joyeuse , Tourville, Noailles , Boufllers et Catinat. Le 10 mai , il institue l'ordre militaire de Saint-Louis- Mort dc^mademoiselle de Montpensier, Anne-Marie-Louisc , fille unique de Gaston , duc d'Orléans , le 5 avril , à l'âge de soixante-six ans. Après avoir passé le comincuccmeut de sa vie dans les plaisirs et les
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intrigues , le milieu dans les amours et les chagrins , elle en passa la fiu dans la retraite et la pieté'.
M. le dauphin fit la campagne des Pays-Bas en 1694» ayant sous ses ordres le maréchal de Luxembourg. Le projet du princo d'Orange était de s'emparer du pont d'Espicrres , pour entrer en France. Se voyant arrête' par le dauphin , il assiège Hui , qu il prend par capitulation, le 28 septembre. La plus glorieuse campague de cette année, est celle de Catalogne : le mare'chal de Noailles passe le Teck à la vue des Espagnols , qui c'taient retranches sur le bord de cette rivière , et les défait à platecouture , le 27 mai ; cinq mille hommes restent sur le champ de bataille , et plus de trois mille sont faits prisonniers. Par une suite de cette victoire , qui ne coûta aux Français que cinq cents hommes , la ville de Palamos est emportée l'épée à la main , le 7 juin, la citadelle se rend à discrétion le 10 ; Gironne ne résiste que cinq jours, et capitule le 29; la ville d'Ostalric ouvre d'elle-même ses portes j le château , défendu par sept retranchements , et situé sur un roc presque inaccessible , est emporté d'assaut le 20 juillet ; Castclfolit se soumet le 8 septembre. Sur mer, les Anglais font une tentative sur le port de Brest , où ils échouent le 18 juin, avec perte de près de deux mille hommes, du nombre desquels fut le général Talmach, qui avait fait la descente. Le 19 du même mois, le fameux Jean Bart , n'ayant que six vaisseaux et deux flûtes , attaque, à la hauteur du Texel , huit vaisseaux de guerre hollandais , qui emmenaient un convoi de blé de cent voiles qu'ils avaient enlevé aux Français ; il prend trois vaisseaux ennemis , et délivre tout le convoi , qu'il fait entrer dans nos ports. Le 22 juillet , les Anglais bombardent Dieppe, et le Havre de Grâce, le 26 : cette place souffrit peu, mais la première fut presque entièrement consumée par les bombes- Le 21 septembre, ils bombardent Dunkerque, mais sans succès. Le 8 août, l'illustre Antoine Arnaud, docteur de Sorbonne , l'une des grandes lumières de son siècle, meurt à Bruxelles : Scientiarum optimorumque institutorum omnium fax , dit, en partant de lui le célèbre Gravina. Il n'avait rien de relevé dans la figure , et lorsqu'après la paix de Clément IX, il fut présenté à Louis XIV, ce monarque ne put s'empêcher de dire : Êh quoi! c'est là le grand Arnaud! On en disait autant de Socrate et d'Agésilas.
La France perdit, le 4 janvier de l'an 1695, le maréchal de Luxembourg , le plus grand général qu'il y eût alors en Europe. Sa mort fut le terme des grands succès de Louis XIV ( Voy. les barons et ducs de Montmorenci ). Dans les Pays-Bas \ le roi fait faire de nouvelles lignes entre la Lys et l'Escaut. M. de
Montai prend Dixmude en vingt-six heures, le 28 juin, et Deins« le 29. M. de Villeroi surprend , le 1 4 juillet , le prince de Vaudemont , qui fait une belle retraite , n'ayant perdu que deux régiments de son arrière-garde. Le 4 août , Namur se rend au prince d'Orange qui avait investi celte place le 1 juillet. Le maréchal de Boufïlers défend le château jusqu'au 2 septembre, et fait une capitulation honorable j mais le prince d'Orange U viole , et fait arrêter ce général. Surpris d'un proce'dé si injuste, Bou/ïïers en demande la raison , on lui re'pond que c'est par représailles de la garnison de Dixmude et de celle de Dcinse , quo les Français ont retenues maigre' les capitulations. Si cela est, dit Bouflers, c'est magarnisonqu'ondoit arr-cter, et non pas moi. Monsieur, lui répliqua-t-on , on vous estime vous seul plus que dix mille hommes. Pendant le siège de Namur , M de Villeroi bombarde Bruxelles vers la mi- août , par ordre du roi , sur le refus que font les alliés de cesser de bombarder nos villes maritmes. En Italie , le 11 juillet , le marquis de Crénan rend Cazal au duc de Savoie, à condition que les fortification seront rasées , et que la place , ainsi démantelée , sera remise au duc de Mantouc. E/i Catalogne 1 M. de Vendôme fait lever le siège de Palamos au marquis de Caslanaga le 25 août. Sur mer, les Anglais jettent le 1 5 et le 16 juillet, neuf cents bombes dans S. Malo , et brûlent dix ou douze maisons : ils font avancer contre le fort de la Couchée deux machines infernales qui ne produisent aucun effet. Ils bombardent Dunkerque et Calais au mois d'août : la première place n'en reçut aucun dommage , et la seconde en souffrit peu. Le 10 septembre , une flotte anglaise, richement chargée , venant des Indes orientales, sous l'escorte de deux vaisseaux de guerre , est enlevée par le marquis de Ncsinond. Affaires ecclésiastiques Les ouvrages de madame Guyon sur la vie mystique ayant été remis, en 1604, à M. Bossuet , évèquede Mcaux, pour les examiner, ce prélat, après huit mois de conférences tenues sur ce sujet avec M. de ISoaillcs, alors évèquc de Châ lons-sur-Mame , et M. Trouson, supérieur- général de 8. Sulpice , arrête trente-quatre articles qui sont signés à Issi , le 10 mars >(>q5 , par les examinateurs et par l'abbé de Féuélon , depuis archevêque de Cambrai , qui s'était d'abord montré favorable à Mine Guyon. Au mois d'avril, édit touchant la juridiction contentieuse des ecclésiastiques , enregistré à la çrand-chambre le 14 mai suivant. Le iq août , Antoine de Noailles, évêque de Châlons, est nommé à l'archevêché de Paris , vacant par la mort de M. de Harlai , arrivée le 6 du même mois.
L'année 1696 ne fournit aucun événement bien considérable: tout se passa àe part et d'autre en expéditions de peu de couié-
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3«ence. En Italie , le comte de Tessé détache de la ligue le ne de Savoie qui fait sa paix avec la France le 4 juillet; elle ne fut publiée que le 10 septembre. Un des articles du traité fut le mariage de la princesse Marie- Adélaïde , sa fille aînée, avec M. le duc de Bourgogne. La princesse part pour la France , et est reçue par le roi , le 5 novembre , à JYlontargis. Tous les efforts des Anglais , avec une armée navale de près de cent vaisseaux , se terinmeut au bombardement de Calais et à celui du fort S. Martin dans PUe de Klié ; Pun et l'autre sans beaucoup de succès. Le 28 juillet , mort de M. de Colbert de Croissi , ministre et secrétaire d'état , Pun des plus habiles négociateurs de son tems. Il trompait les ministres étraugers avec lesquels il traitait, en s'étudiant à ue leur dire que la vérité. M. de Torci, son fils , lui succéda.
Des exploits de terre et de mer signalèrent la valeur française en 1697. Oans les Pars- Ras , M. de Catinat prend , le 5 juin , la vilîe d'Ath en quatorze jours de tranchée. Dans la Catalogne, M. de Vendôme assiège Barcelonne , et oblige le prince de Darmstadt à rendre celle place par capitulation le 10 août , après cinquante-deux jours ue tranchée. Sur mer , M. du Guai— Trouin enlève, le 25 avril, la flotte hollandaise venant de Bilbao. ]VÏ. de Pointis prend , le 5 mai, sur les Espagnols , dans P Amérique méridionale , Carthagène dont il fait rasér toutes les fortifications j il part , le 28, avec une prise de plus de 10 millions , pour revenir en France , et arrive, le 29 août, au port de Brest. Le 20 du même mois , le marquis deNesmond se rend maître de trois vaisseaux anglais , qui venaient des lies richement chargés. Enfin après une si longue et si cruelle guerre , la paix est conclue à Riswick, préside la Haye , le 20 septembre, par la médiation de Charles XII, roi de Suède , entre la France, l'Espagne , l'Angleterre et la Hollande. L'empereur fait son traité particulier le 3o octobre. Le duc de Lorraine , par ce traité , rentre dans ses états. Le 7 décembre, la cérémonie du mariage de M. le duc de Bourgogne, âgé de quatorze ans , avec la princesse de Savoie , qui en avait douze , se célèbre à Versailles.
La France , après la paix de Riswick , afin de tenir toujours en respect ses ennemis , ne jugea point à propos de désarmer. Le roi , pour occuper ses troupes , ordonne, l an 161)8 , un des plus beaux camps qu'on eût jamais vus, près de Compiègne, et s'y rend sur la fin du mois d'août. Le prince d'Orange , dans le même tems , à l'insu de Louis XIV" , et pour traverser les vues d'ambition qu'il lui supposait , s'occupe d'un projet de partage des états du roi d'Espagne , qui est agréé par la plupart des puissance», et signé à la Haye le 1 1 du mois d'octobre. Mais
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la mort du prince électoral de Bavière , arrive'e le 6 février de Tan 1699, dérangea ce projet, suivant lequel ce priuce devait avoir , pour sa portion , la couronne d'Espagne. Au mois de septembre , le roi fait bâtir en Alsace le Neuf-Brisach , chefd'œuvre d'architecture militaire. Jean Racine , l'émule du grand Corneille , termine ses jours à Paris le 22 avril , dans la cinquante-neuvième année de son âge. Il avait renoncé aux muscs profanes dès 1 âge de trente-huit ans , et voulut être enterré à Fort-Roval , où il avait été élevé.
L'an 1700 , en terminant le 17' siècle, donna ouverture à une révolution qui changea presque entièrement la face d'une grande partie de l'Europe. Philippe, duc d'Anjou, deuxième tils de M. le dauphin , est institué héritier de toute la monarchie d'Espagne, le 2 octobre , par le testament de Charles II , qui meurt le 1 novembre suivant. Louis XIV accepte , le 6 , le testament pour son petit-fils , qui est salué roi d'Espagne par toute la cour . et par l'ambassadeur d'Espagne, et proclamé , le 24 , a Madrid. Le roi, son aïeul, en lui annonçant cette uouvclle , monjils , lui dit il , il ti'jr a plus de Pj renies. Il part le 4 décembre , accompagué du duc de liourgoçnc et du duc de Bcrri , qui , Pavant conduit jusqu'aux frontières d'Espagne, reprennent la route de Frauce. Au mois de décembre , le roi donne des lettrespatentes par lcrqucllcs il conserve au roi d'Espagne et à ses descendants le droit de succéder à la couronne de France: ces lettres furent enregistrées le 5 février .suivant au parlement. Le 26 octobre, mort de dom Jean-Armand Bouûllier de Rancé , abbé et réformateur de la Trappe. Cette illustre réforme , où l'on a fait revivre le premier institut de Cîteaux dans toute sa • rigueur , fut commencée en 1G64 , et se soutint , pendant plus d'un siècle , avec la même ferveur.
L'année 1701 fut le commencement d'une nouvelle et longue guerre où nous eûmes pour ennemis presque tous les potentats de l'Europe. L'empereur Léopold mécontent de voir uu prince de France sur le trône d'Espagne , se déclare le premier contre le testament de Charles II , et fait passer en Italie uue armée de 5oooo hommes , commandée par le prince Eugène (1) ; bientôt l'Europe se trouve plongée dans une nouvelle guerre , par
(1) Francois-Engènc de Savoie, fils d'Eugène-Maurice de Savoie, comte tic Sois&ontt, cou nu d'abord sou* le nom d'abbé de Cariguan , quitta l'état ecclésiastique auquel il avait été voué, sur le refus que le roi lui fit d'une abbaye ajam pri* ensuite le parti' des armes, il demanda un régiment qui Jni fût portillon. cm refn é par le conseil de Louvois. Piqué de se voir méprisé a ce point , il alla servir eu Allemagne contre les Turcs , avec les princes de Conu,
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Us intrigues de l'empereur qui en£»eje 1*s Anglais , gfmvemés jjar leur roi Guillaume III , prince d'Orange , et les Hollandais» à seconder ses vues. Ces trois puissances s'unissent ensemble contre la France et l'Espagne par un traité appelé /a grande alliance , qui est signé à la Haye le 7 septembre. Le roi de Portugal s'allie arec la France et l'Espagne. Le duc de Bavière , true Charles II avait nommé gouverneur des Pays-Bas , épouse les intérêts de Philippe V , et fait entrer des trôupes françaises dans les places de son gouvernement , où il y avait garnison hollandaise. Le duc de Savoie , dont la deimième fille <£pousa le roi d'Espagne le 1 1 septembre , offre aux deux couronnes sa ersonne et «es troupes. La guerre commence en Italie. Le 9 rillet , combat de Carpi sur t'Adige , où le prince Eugène de avôie met en fuite quelques régiments français , commandes, par M. de S. Frémond. Le maréchal de Câlinât , général de l'armée des deux couronnes , reçoit successivemeut plusieurs petits échecs qu'il ne peut attribuer à là seule hâbileté du prince Eugène. Il soupçonne le duc de Savoie de s'entendre avec l'ennemi , et fait part de ses soupçons à la cour. Ou les rejette » et le maréchal de Villeroi est nommé pour le relever. En remettant le commandement à ce rival , M. de Calmât entreprend de lui donner des conseils que sa sagesse et son amour patriotique lui dictent. Le nouveau général les reçoit avec une ironie méprisante. Le terni de la prudence , dit-il , est passé ; et je ne me piijue pas d'être circonspect. II ne tarda pas à le prouver. Le 1 septembre , combat de Chiari, près de l'Oliglio , engagé par le duc de Savoie et M. de Villeroi , contre l'avis de M. de Câlinât. Ce grand homme eut la générosité de combattre à cette action dout il avait prédit la funeste issue , et fut du nombre des blessés. Nous V perdîmes 2000 hommes, et il fallut battre la retraite (1). Retour de Catiuat en France. Le soldat , dont il était adoré , regretta long-tems le père la Pensée : c'était ainsi qu'on le nommait. Le 16 septembre, Jacques II « roi d'Angleterre , meurt à S* Germain-cn-Laye , âgé de soixante-huit ans : le roi reconnaît , contre l'avis de son conseil, Jacques III, fils
disgraciés comme lui , et Rattacha an service de IVraperenr, qui rendit plus de justice a ton m cri te en lui donnant on régiment de dragon» Louis XiV, apprenant <piMI ne devait point revenir , qné vont en semble! dit-il a se» courtisans, n'tti-je pat fait nne grande pttuï L'événement rai fit voir cfo* il avait dit mieux ou il ne pensait.
(1) Catinat, après nne charge infructueuse, raHiaît encore les rronpes* tin
officier lui dit : Oà vouUz-\'ous nue «ont allions ; à la mort F II est vrai, ftipoud Catinat, lu mort est devant nous; mais la hontt est derrière.
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tic ce prince , pour roi d'Angleterre. Philippe , duc d'Orléans ; frère du roi, meurt, le 9 juin, à l'âge de soixante et un ans. Ce prince cessa d'avoir le commandement des arme'es depuis qu'il eut gagne , en 1677 , la bataille de Cassel , et précise'ment parce qu'il l'avait gagm e , si Ton en croit les ennemis domestiques de Louis XI V. Les officiers le regrettèrent j « car il e'iait, » dit le marquis de la Fare , naturellement intrépide et affable » sans bassesse ; il aimait l'ordre , était capable d'arrangement » et de suivre un bon conseil. Il avait assez de défauts, ajoute- * » t-il , pour qu'on soit obligé en conscience de rendre justice a j> ses bonnes qualités ». Au mois de décembre, edit portant que la ville de Paris sera divisée en vingt quartiers. On n'en comptait que quatre au dixième siècle , et huit sous le règne de Philippe Auguste ; on y en ajouta huit autres sous Charles V et Charles Vl, et un sous Henri 111 , qui. fit le dix-septième. (Jaillot).
La campagne d'Italie s'ouvrit, Tan 1702 , par un stratagème du gênerai des Impériaux assez bien concerté. Le prince Eugène , ayant fait entrer trois cents hommes dans Crémouc , par un égoût, surprend cette place le premier février, et enlève le maréchal de Villeroi qui s'était vanté de lui faire danser le ngothn , ainsi qu'aux deux princes de Commerci et de Vaudemont pendant le carnaval de Venise : mais les officiers et les soldats de la garnison dont la plupart étaient eu chemise, avant couru aux armes, taillent en pièces près de deux mille Impériaux, et chassent le reste de la ville. Les Hollandais déclarent la guerre à la France et à l'Espagne le 8 mai. Anne Stuart, fille du roi Jacques II , reconnue reine d'Angleterre aussitôt après la mort du prince d'Orange , arrivée le 19 mars, la déclare le i5 du même mois; enfin l'ein-
Sereur la déclare le 5 juillet. Le roi d'Espagne , étant passé ans le royaume de Naplcs , se met à la tète de l'armée. Le 26 juillet , le duc de Vendôme, détaché par le roi pour attaquer Aunibal Visconti, campé à Santa-Villoria, défait ce général : après avoir emporté quelques places , et obligé le duc de Modène de livrer sa capitale, il fait lever, le premier août, le blocus que le prince Eugène avait mis devant Mauloue , dont le duc avait reçu garnison française. Le i5 du même mois , le grince Eugène attaque inopinément Tannée des deux couronnes a Luzzara ; celle journée , également meurtcière de pari et d'autre, valut le champ de bataille , non au général de l'empereur, mais au duc de Vendôme, commandant sous les ordres de Philippe V (1). Le 9 Septembre, Guastalla se rend à ce
(1) Un officier espagnol , dc'pcchc à Versailles pour y porter U uouvcllc de
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monarque après six jours de tranche'e ouverte. Dans les Pays- Bas le duc de Bourgogne bat, le 10 juin, la cavalerie ennemie près de Niraègue. Les alliés se rendent maîtres de Venlo, dans la Gueldrc , le 25 septembre, de Ruremonde le 7 octobre, de la citadelle de Liège le 23. En Allemagne, le i5 juin, Kavserwert se reud , par une capitulation honorable aux allie's qui avaient employé à ce siège cinquante-neuf jours de tranebée, et perdu plus de sept mille hommes. Le S "septembre , le duc de Bavière débute par la surprise d'Ulm, capitale ce Suabe , et s'empare de quelques autres places. Le 10, Landau . «pie le prince de Bade assiégeait depuis plusieurs mois, se rend au roi des Romains. Le marquis de villars , détaché par M. de Catinat, ayant passe' le Rhin à la vue dos Impériaux , et pris Neubourg, gagne , par un mouvement habile, le 14 octobre, la bataille de Fridlingen sur le prince de Bade j les soldats le
Îiroclament maréchal de France sur le champ de bataille , et e roi, quinze jours après, confirme le titre que la voix de l'armée lui avait donné. Le comte de Tallard prend Trêves le 25 octobre , la ville et le château de Traerback le 6 nov« nibre. Le 3o octobre , Frédéric de Brandebourg lève le sie'ge de Rhinberg défendu par le marquis de G ramont, pour l'élerjeur de Cologne, alors allié de la France. Le 3 décembre, les Français entrent dans Nanci , pour empêcher les Impériaux de pénétrer dans la Lorraine. Sur mer, les flottes d'Angleterre et de Hollande font une entreprise sur Cadix au mois de septembre , et sont obligés de se retirer , avec perte de près de 2,000 hommes. Le 22 octobre , la Hotte d'Espagne, revenue des Indes, richement chargée , est attaquée dans le port de Vigo par les alliés qui prennent cinq vaisseaux de* guerre , et autant de galions. Les capitaines des vaisseaux et des galions brûlent , par ordre de M. de Château-Renaud , sept vaisseaux avec quinze galions, et font échouer quatre vaisseaux, quatre galions et quatre frégates, après en avoir retiré les équipages. Le célèbre Jean Bart, que son mérite seul éleva au grade de chef d'escadre , n'existait plus alors, une pleurésie l'avait enlevé, le 2 avril 1702, à l'âge de cinquante-deux ans. Il fut inhumé dans la grande église de Dunkerque, sa patrie. A la guerre que nous avions avec une partie de l'Europe , se joignirent cette année des troubles intestins excités parmi les Huguenots
celle bataille, fil éclater de rire la durhcs<e de Bourgogne p*r la manière cmiiarraisée dont il fil au roi »<>n récit. L'a\aut fiai, il >c tourne ver* la duchciae et lui dit gravement : Crorei-vn is , madame , qu'il est aussi aise de raconter une bataille qu'à ir/. de y tadorne de la gagnet ?
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des Cévenncs , à l'occasion des rôles de la capitatton dans les* quels ils se prétendaient lésés. Animés par des faux propliètes et par de fausses prophétesses , ils firent main-basse sur les receveurs des deniers publics et sur les gens d'église. Point d'impôts ; liberté de conscience : telle était la devise qu'ils mirent sur leurs étendards.
Malgré quelques revers , nous soutînmes avec gloire les efforts des alliés durant le cours de Tannée 1 705. En Allemagne , le marquis de Gramont rend, le q février, par une capitulation honorable , la ville de Rhinberg. Le 25 . les ennemis lèvent le siège de Traerback. Le maréchal de Villars, ayant passé le Rhin , et chassé les alliés de plusieurs postes , assiège le fort de Kell qu'il prend le 9 mars. Le 1 1 , l'électeur de Bavière défait les Impériaux près de Passa w , taille en pièces trois mille hommes, fait grand nombre de prisonniers , enlève toute l'artillerie et le bagage , prend Burgleufeldt le a8 , et s'empare de Ratisbonne le 8 avril. Le i5 mai, Bonu est rcndn« au duc de Marlborouglt. Le duc de Bavière inarche vers le Tyrol, force la ville et le château de Custeim le 18 juin, prend le 26 Iuspruck , capitale du pays, et s'empare de plusieurs places. Il était pré» d'exécuter une grande entreprise , lorsque la nouvelle de la défection du duc de Savoie qui s'était déclaré pour - l'empereur , l'oblige de revenir sur ses pas. Le 3o juillet , M. de Légall défait, près de Munderkingen , un détachement de l'armée impériale ; le duc de Brunswick* Lunebourg qui la commandait , est tué dans le combat, avec 1,400 cavaliers. Le 7 septembre , le duc de Bourgogne force Brisach à se rendre en treize jours de tranchée. L'empereur, surpris d'une si prompte capitulation , nomme des juges pour foire le procès au comte d'Arco, chargé de défendre la place , et au célèbre ingénieur Marsigli cm'il avait sous ses ordres. La sentence condamna le premier a perdre la tète , le second à être dépouillé de ses honneurs et dignités avec la rupture de son épee. Le public n'applaudit pas à co jugement cruel. On le regarda assez généralement comme l'effet de la politique du conseil impérial qui voulait sauver l'honneur du prince de Bade, commandant en chef. Louis XI V, ayant depuis rencontré Marsigli sans épée, lui donna la sienne pour marque de son estime. Le 20 du même mois de septembre, le duc de Bavière et le maréchal de Villars battent, à Hochstedt, près de Donawert, l'armée impériale, commandée par le comte de Styrum : près de 4000 hommes restent sur le champ de bataille du côté des ennemis «.outre 45©o prisonniers ; il y en>
eut seulement 200 du côté des Français (1). Le i5 novembre » ■
(1) I* duo do ttaritox* o'aTM pas voulu d'abord cwuUauie, duaui qu'il
DES E0I8 DE «AN CE* 3og
M. de Tallard gagne la bataille de Spire «or le prince de Hease- Cassel , général de* Impériaux , qui perd plus de 9000 hommes , * tant tués que prisonniers ; tout son canon , vingt-huit drapeaux , et trente-trois étendards. Le général victorieux écrivit du champ de bataille au roi : Sire , votre armée a pris plus a* étendards et de drapeaux, qu'elle n'a perdu de simples soldats. Le lendemain la ville de Landau , devant laquelle la tranchée était ouverte depuis le 18 octobre, se rend aux Français. Le 14 décembre, Ausbourg est pris par le duc de Bavière. Dans les Pays* Bas , le 10 mat , M. de Villeroi se rend maître deToogres. Hui f le 26 juin , ouvre ses portes au duc de Marlborough. Le 3o , le maréchal de Boufflers et le marquis de I3edmar livrent bataille près d'Ekéren, dans le Rrabant, au baron d'Opdara, général des alliés. 11 ne parait nullement par les circonstances , quoi qu'en dise un historien , que c'est aux alliés qu'est dd le gain dè la bataille. Le 27 septembre , Limbourg tombe an pouvoir des ennemis. Le 17 décembre , ils s'emparent de Gueldre , après un bombardement et uu blocus de quatorze mois. En Italie, Bersello se rend au duc de Vendôme le 27 juillet. Le 19 août, il désarme , par ordre du roi , les troupes du duc de Savoie. Le a5 octobre, il surprend à San-Sébastiano i5oo cavaliers, conduits parVisconti, dont il n'échappe que 5oo. Sur mer, les Anglais font , le 1 5 mai une descente à la Guadeloupe , et sont repoussés. Le sa , le marquis de Coëtlogon , ayaut cinq vaisseaux de guerre , en attaque cinq qui escortaient une flotte anglaise et hollandaise, s'empare de quatre et coule le cinquième a fond. Les Anglais font , Sur les côtes de Bretagne , diverses tentatives , où ils échouent. Dans l'intérieur de la France, le roi fait, le 14 janvier , dix maréchaux de France. Les troubles des Cévennes continuent. Le maréchal de Moutrevel , envoyé contre les rebelles de ce pays , nommés Cam isards , emploie inutilement la force et la rigueur des châtiments pour les réduire ; il avait affaire à des fanatiques que les supplices ne faisaient qu'irriter. On abolit généralement celte année l'usage des piques dans notre infanterie pour y substituer la baïonnette au bout du fusil. Ce changement n'a pas réuni les suffrages de tous les maîtres daus l'art militaire, le maréchal de Saxe regrettait les piques. (Saint-Foix. )
Ce fut eu 1704» que les ennemis de la France commencèrent à prendre sur elle uuc supériorité marquée, mais non pas telle néanmoins qu'elle n'ait été souvent réprimée. JXu côté d$
ventait cond'rer avec ses généraux et avec ses ministre». C'est mol, lui dit VtMar» , qui suis votre générai et voire ministre. Vous Jkutrii d'autre consett que mji quand il s'ogit dû donner bataille!
5l6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
V Italie , cette même année la campagne que nous fîmes eut d'heureux succès. Le duc de la Feuillade e'tant entré , au mois de janvier, sOr les terres du duc de Savoie , s'empare de tout ce qu'il possédait en de-çà des Alpes. Les alliés envoyèrent en vain au duc un secours considérable , sous la conduite du général Staremberg. M. de Vendôme, s'étant mis à ses trousses, défait et prend en trois occasions près de quatre mille hommes, et enlève environ mille chariots. Le 11 juin, le duc de la Feuillade prend la ville et le château de Suze : le 24 juillet , le duc de Vendôme se rend maître de Verje;l , où près de six mille hommes sont faits prisonniers de guerre : le château d'Yvrée éprouve le même sort le 5o septembre. Èn Allemagne , • le duc de Bavière prend Passaw le 9 janvier. Le i3 août , se donne la fameuse bataille d'Hochstedt, dans les mêmes plaines où nous avions été vainqueurs Tannée précédente. Mais la différence des chefs fît le sort différent des deux actions. Le duc de Bavière et MM. de Tallard et de Marsin , nos généraux , avaient en téte le prince Eugène et le duc de Marlborough. M. de Marsin, à la tête de notre aile gauche , eut d'abord un avantage considérable sur l'aile droite des ennemis ; mais ceux-ci, ayant passé un marais qu'on croyait impraticable, fondent sur l'aile droite, commandée par M. de Tallard, pénètrent jusqu'au centre , et enfoncent la cavalerie , ce qui causa la déroute de l'armée : M. de Tallard reçut une blessure et fut pris, comme il allait retirer vingt-sept bataillons et quatre régiments de dragons qui étaient dans le village de Blenheim. Ce corps , se trouvant enveloppé , fut contraint de se rendre. Le duc de Bavière et M. de Marsin se retirèrent en assez bon ordre. Quatorze mille prisonniers des nôtres (1) , outre environ douze mille morts, tout le canon , une quantité prodigieuse de drapeaux et d'étendards , douze cents officiers et le général , qui tombèrent au pouvoir des vainqueurs , signalèrent cette journée , qui changea entièrement la face des affaires (2). Nous perdimes quatre-vingts lieues de pays , et des bords du Danube , il nous fallut revenir sur le Rhin. Les ennemis s'emparent de Landau , le 36 novembre , après soixante-sept jours de siège , et le 29 , de Traerback, qui soutint plus de deux mois de tranchée ou-
(0 Parmi ces prisonniers , Marlborotigh reconnut nn soldat qu'il avait remarque pendant l'action , et Ini dit : Si ton maître avait beaucoup de soldais comme loi, il serait invincible. — Ce ne sont point des soLlats comme moi qui lui manquent, repondit ce brave homme i mais ce sont des généraux
(a) Villars ayant appris dans les Cévennes les dispoiidoos faites par not fc'uûraux , avait prédit que nous serions battus.
DES 1V0IS DE FRANCE. 5lï
verte. D'Avrigni met la prise de Landau, le a3 novembre , et celle de Traerback , le 1 8 décembre. En Espagne, l'archiduc Charles, ayant pris le titre de roi d'Espagne , se rend à Lisbonne , le 9 mars, sur une flotte d'Angleterre. Le roi de Portugal, imitant le duc de Savoie, avait abandonné la France pour se joindre à ses ennemis. Philippe V fait cependant de grands progrès en Espagne. Mais le 4 août, l'importante place de Gibraltar, qu'on avait négligée au point de n'y laisser que cent nommes de garnison , tombe au pouvoir des Anglais , qui avaient à leur tétc le prince de Darmstadt et l'amiral Rook. Le 24 , Rook , enorgueilli de ce succès , attaque la flotte française , commandée par le comte de Toulouse , et se retire , laissant aux Français l'honneur de la bataille. "f*e maréchal de Villars, envoyé dans les Cévenncs pour remédier aux desordres, réussit par adresse et par force à les faire cesser. Cavalier, l'un des chef* des rebelles, fait sa paix , et quitte le pays : Rolland, autre chef, eM tué d'un coup de fusil par un dragon. Ravenet, qui restait encore à ta tête de trois cents camisards , ayant été défait, implore la clémence du roi, et obtient un passe-port pour Genève , où plusieurs autres chefs subalternes se retirent avec leurs troupes ; ainsi la tranquillité panit entièrement rétablie. Le feu néanmoins couvait sous la cendre , et s'étant ranimé l'année suivante, il fallut encore envoyer M. de Barwick pour l'étouffer. Le 12 avril, mort du ^rand Bossuet, évèque de lYleaux, la lumière et la gloire de l'église de France. Le i5 mai, mort du P. Bourdalouc, jésuite, le plus célèbre prédicateur de son teins , et que nul peut-être depuis n'a surpassé. Le 25 juin, naissance de M. le duc de Bretague , fils du duc de Bourgogne.
Le roi, l'an 1705, ayant destiné M. dé Villars pour commander sur la Moselle, envoie M. de Barwick en Languedoc pour le remplacer. Barwick déclare , en arrivant , qu'il ne vient ni comme persécuteur , ni comme missionnaire , mais dans la résolution de rendre justice également à tout le monde, de protéger tous ceux qui se comporteront en fidèles sujets du roi , et de punir, avec la dernière rigueur , ceux qui oseraient y contrevenir. Le fanatisme indomptable des rebelles et les horreurs auxquelles ils se portèrent le contraignirent d'en venir à ce dernier parti, a Je sais, dit-il dans ses Mémoires, qu'en beaucoup de » pays l'ou a voulu noircir tout ce que nous avous fiit , M. de » Basviile, intendant, et moi , contre ces gens -là. Mais je puis » protester en homme d'honneur qu'il n'y a sortes de crimes » dont les Camisards ne fussent coupables. Ils joignaient à la » révolte , aux sacrilèges, aux meurtres , aux vols , et aux débor- » déments , des cruautés inouies , jusqu'à faire griller des prê- » très, éventrer des femmes grosses et rôtir des enfants. »
3l2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
En Italie, le grand-prieur de France enlève , le 2 février , tous les quartiers des ennemis le long du lac de Garde et de l'Adige. Le 7 mars , le duc de la Feuillade prend d'assaut Villefranche , s'empare du château te 3 avril, ensuite de Monlalban, de Nica le 9; Vérue , assiégée par le duc de Vendôme , dès le 22 octobre de l'année précédente, se rend le 1 o avril, La Mirandole est prise ii discrétion , le 1 1 mai , par M. de Lapara , ingénieur et lieutenant-général , après vingt -deux jours cte tranchée. Le 16 août * le duc de Vendôme défait le prince Eugène à la journée de Cassano, où les Français et les Espagnols achètent le champ de bataille par des ruisseaux de sang. Le 23 octobre , il se rend maître de Soncino. En Allemagne , l'empereur Léopold meurt le % mai j Joseph , son fils lui succède* M. de Villars , avec une armée fort inférieure à celle de ^larlborough , arrête les projets des alliés , qui ne menaçaient de rien moins que d'emporter Thionville, de s'emparer des trois Evéchés , et de pénétrer jusqu'en Champagne avec cent mille hommes. Le maréchal prend même plusieurs petits châteaux , et nettoie , le 4 juillet , les lignes de Weissembourg. En Espagne , le baron de Poinlis » chef d escadre , chargé d'attaquer Gibraltar avec treize vaisseaux , tandis que le maréchal de Tessé l'assiège parterre, est battu , le 21 mars, par l'amiral Leake. Une partie de ses vaisseaux fut dissipée par la tempête , une autre prise à l'abordage, après une résistance admirable , et le reste alla échouer sur les côtes d'Espagne. Le 23 avril, le siège de Gibraltar est levé. L'archiduc prend * )e 9 octobre, Barcelonne. Le 16 , le maréchal de Tessé oblige lé marquis dé Las-Minas à lever le siège de Badajoz. Sur Mer , le 5i octobre, là flotte anglaise , escortée par trois vaisseaux de guerre, est enlevée par le sieur de Bar , tandis que le chevalier de Saint-Paul attaque ét force les vaisseaux de l'escorte; mais ce brave chevalier perd la vie dans le combat. Le i3 avril , M • le duc de Bretagne meurt à Versailles. ,
D'heureux événements, par où s'ouvrit pour nous l'année 1706 , furent entièrement effacés par les malheurs qui suivirent. En Italie , le 4 janvier , la ville et la citadelle de Nice , défendues parle marquis de Carail, se rendirent à M. de Barwicl après vingt-six jours de siège. Le marquis, suivant d'Avrigni , aurait fait une plus longue défense , si la garnison , forte de plus de neuf cents hommes, ne l'eût forcé de capituler en menaçaut de déserter* M. de Banfrick se contente de dire « que le marquis de » Carail, ne jugeant pas à propos de s'exposer à être emporté, fit » battre la chamade ». La place fut rasée, et tout le comté de Nice te soumit (Mém. T. î , p. 398). Au mois suivant. M. de Barwicl fut fait maréchal de France , et reçut ordre en même tems de
DES 1101S DE FRANCE» 5 l3
passer en Espagne pour y cominaodcr notre armée contre le l'oitu^al. Le duc de Vendôme , qui le remplaça eu Italie , taille en pièces , le ig avril, l'arme'e des ennemis à Calcinato , mais bientôt après il fut rappelé d'Italie pour aller commander daus le* Pays-Bas. Le i5 mai, M. de la Feuillade, son successeur, investit Turin avec une armée de soixante mille hommes , et la nuit du 5 au 4 juin il ouvre la tranchée. Le 7 septembre , le duc de Savoie et le prince Eugène battent l'année des Français , commandée par M. le duc d'Orléans et le maréchal de Marsin , et l'ont lever le siège de Turin ; le maréchal de Mars in , blessé mortellement à la cuisse dans l'action, .fut fait prisonnier, et le duc d'Orléans y reçut une blessure considérable au bras , qui l'obligea de se retirer pour aller se faire panser. Ce fut pendant son absence que l'on perdit la bataille. Ce prince avait été d'avis qu'on allât à i'ennemi , au lieu de l'attendre dans uos lignes , où nous étions trop resserrés; et c'était Tuiiique pàrli qu'il y eût à prendre. Mais les ordres de la cour , dont était chargé le maréchal y étant contraires, il fallut les suivre. Cent quarante pièces de canon , les provisions, le bagage, la caisse militaire, tout resta au pouvoir de Tenucmi. ISous ne perdîmes à la vérité qnc deux mille hommes ; mais la consternation fut telle , qu'au lieu de se retirer sous Casai pour couvrir le Milaucz , ou regagna Piguerol , faute irréparable qui nous Ht perdre en peu de ieras le Milauez, le Mantouan, le Piémont, et enfin le royaume de Naplcs. Le comte de Médavi - Graucei était alors dans la IVIautouan avec un corps de troupes 4 il battit, le 9 septembre, à Casliglipne , les Impériaux , commandés par le langrave de Hesse , depuis roi de Suède : mais il ne remporta qu'une victoire inutile , quoique complète. Dans les Pays-Bas , la cam-
Sagne est également funeste pour les Français. Le 23 mai , jour c Ja Pentecôte , l'électeur de Bavière et le maréchal de Villeroi , sont bal tus à Raniillies , sur la Méhaigne par le duc de Marlborough , et le duc de Wurtemberg , qu'ils avaient provoqués Ce fut une déroute totale. L'action ne dura qu'une demi-heure , et nous y perdîmes environ quatre mille hommes j mais notre perte fut beaucoup plus grande dans la retraite qui se fit daus le plus grand désordre (1). Les vainqueurs devinrent les maîtres du Brabaut , et de la plupart des villes qui avaient appartenu aux Espagnols , telles que Bruxelles , Louvain , Bruges , Gand ,
(1) Quelqu'un consola ni ta nwcchilc tic Yilldoi, »ur la perte île cette feuille, lui di*ah que gràrc à Dru le marccha.1 et le duc île Vi: terni *p pjrnienl bien. C'vstusscc pour moi , rr'uoutlil-cUc , te nés l pas assez pour