‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 5 sur 146 · NAVARRE · texte numérisé non relu

NAVARRE

l3i4- Louis X , surnommé Hutîn ♦ né le 4 octobre 1289 (1 ) t succéda, le 29 novembre 1^14, à Philippe le Bel , son père. 11 e'tait déjà roi de Navarre depuis l*an i5o4, époque de la mort de Jeanne, sa mère, héritière de ce royaume , et s'était fait sacrer , l'an rôo?, à Pampehinc. Louis avait épousé , Tan i5o5 , 1VJai\guekite, fille de Robert II, duc de Bourgogne. La conduite de celte princesse ne fut rien moins que régulière. A vant été' convaincue, comme on l'a dit, d'un commerce criminel avec Pilippe d'Aunai , elle fut renferme'c, en 1 5 f 4 * au Château» Gaillard , et, au mois d'août de l'an née suivante , élranglte avec une serviette. Louis ôla , vers le même tems , la dignité' de chancelier à Pierre de Latiili , évèquc de Senlis , accuse de divers crimes , dont il se purgea ne'aumoins au concile de Sentis en 1 5 1 8. Engucrrand ùe Marigni , administrateur des (iuances , fut aussi destitue de son emploi ; mais on ne s'en tint pas là à sou égard; Charles de Valois , oncle du roi , l'accusa de péculat , et vint à bout de Je faire condamner à être pendu. L'arrêt fut exécuté , suivant le Miroir hisiorial, la veille du Sain! -Sacrement , 21 juin 1 5 1 5 , aux fourches patibulaires de Montfaucon , qu'En^ guerrand avait fait élever. H est peu d'auteurs , anciens et modernes, qui ne justifient la mémoire de ce ministre. Le roi , qui n'avait acquiescé que par faiblesse à sa condamnation,, ne larda pas d'en reconnaître l'injustice et de travailler à la re'parer autant qu'il fut en son pouvoir. Charles , son oncle , imita cet exemple dans les derniers moments de sa vie.(Vovc£ les comtes de Falots) La même année l5i5, Louis, par ses lettres du 17 mai, données à Vincennes , ordonne une enquête des privilèges des nobles et des communes, pour appaiscr le soulèvement qu'avaient excité Tannée précédente les impositions que Philippe le Bel avait mises sur les uns et sur les autres dans toute rétendue de son royaume. Le 5 juillet suivant , pour remédier à P épuisement des finances, Louis donne des lettres d'affranchissement à tous les serfs de ses domaines, moyennant une rescomptnsation des émolumens , dit-il , tjui desdites servitudes pooient venir à nouz et ttoz successeurs. Les seigneurs, avides d'argent , mirent en vente, à son exemple, la liberté de leurs serfs. Mais

Selon un compte de l'abbaye <lc S. Dcnij en France, commençant a ïa Malchine 1089, et finissant a pareil jour de i'annec suivante. Il porte: nuntio qui attuiit rumores primogeniii régis XVI. L. 1*.

la flhisère était si grande alors par le dérangement des saisons , que les peuples ne s'empressèrent pas à profiter de l'espèce de grâce qui leur était offerte. Louis» dans les mêmes vues, imagina un autre expédient. Son père avait banni les Juifs. Le 28 du même mois de juillet , il donna un édit pour les rappeler et leur permettre de rester en France l'espace de douze ans, moyennant une somme considérable dont il était convenu avec eux. Trois jours après , il épousa Clémeuce , fille de Charles- Martel , roi de Hongrie , avec laquelle il fut sacré , le 3 août suivant , à Reims. ( fflnngii Contin.) Louis cependant, malgré le fléau qui désolait la France , faisait des préparatifs pour aller dompter les Flamands nouvellement révoltés. Il part à la fin du même mois à la tête d'une armée florissante qu'il conduit droit à Marqueté , alors assiégée par les rebelles. À son approche , ils fuient et vont se renfermer dans Courtrai, où bientôt ils sont investis et vivement pressés. Mais ies pluies qui tombaient sans discontinuer, obligèrent en peu de jours les Français , qu'elles innondaient dans leur camp, de lever honteusement le siège. Pressés d'ailleurs parla disette de vivres, ils reprirent, comme ils purent , la route, de France par des chemins rompus , laissant dans la bouc teurs bagages dont ils brûlèrent même une partie. Quoique cette expédition n'eût point réussi , les Flamands obligèrent leur comte de faire savais avec le roi de France , effrayés pàr la menace qu'il faisait de revenir Tété suivant. Il atteignit à peine cette saison , étant mort de pleurésie l'an i3i6, le 5 juin , suivant Bernard de la Guionic , ou le 8 selon D. Vaissète.

On ne voit pas la raison pourquoi ce prince fut surnomma' Hutin, qui veut dire mutin en vieux langage. Loin d'avoir ce défaut , il en eut de tout contraires , étant volage , inappliqué , et facile à gouverner. 11 avait de bonnes intentions; et comme parle un auteur du lems , il éloit volentif ', mais riétoit pas bien attentif en ce qu'au royaume il j al loi t. Il laissa de sa première femme une fille nommée Jeanne , née le 28 janvier 1 5i 1 , qui fut reine de Navarre du chef de son père, etépousa Philippe, comte d'Evreux. Clémence , sa deuxième femme , était enceinte lorsqu'il mourut. La douleur qu'elle eut de la perte de son époux, nuisit beaucoup à sa grossesse.

Les diplômes de Louis X sont datés du lieu , du jour, du mois et de l'année. On ne voit ni signature , ni monogramme dans ses lettres. Son sceau , comme chez les anciens rois de Perse , tenait lieu de l'un et de l'autre. C'est sur le sceau de ce prince qu'on aperçoit , pour la première fois , une main de justice depuis Hugues Capet.

Le marc d'or sous ce règne fut remis à vingt-huit livres , et le marc d'argent à cinquante-quatre sols.

JEAN I

i5i6. Jfan I, fils de Louis X et de Clémence, naît le i5 novembre 1 5 1 6 , et meurt le 1 9 du même mois. C'est sans raison , dit le P. Daniel , que quelques-uns ne le mettent point au nombre tles rois de France. Il acquit ce titre en naissant, et il le porte en quelques pièces du trésor des chartes» Lst reine , sa mère, mourut le 1 5 octobre i328.

PHILIPPE V, dit LE LONG.

i5i6. Philippe V, surnomme* le Lono à cause de sa taille, comlc de Poitiers , deuxième fils de Philippe le Bel , ne l'au 1294, était à Lyon pour presser l'élection d'un pape, lorsqu'il apprit la mort du roi Louis , son frère. 6'ètant rendu vers la mijuillet à Paris , il y tint , dans son palais , une assemblée des douze pairs et d'autres seigneurs , dans laquelle il fut déclare regent du royaume de Navarre ; et quant à la France , -dit Viguicr , les barons ordonnèrent que si la reine accouchait d'un fils, elle serait gouvernée par Philippe le Lqp§ , jusqu'à ce que la jeune prince eût atteint Vdge de vingt-quatre ans ; ( d'autres disent dix-huit ans, et une ancienne chronique française seulement quatorze ans) mais que si la reine accouchait d'une fille, Philippe le Long jouirait du trône sur le champ. Le prince que Cle'mcncc mit au monde étant mort cinq jours après , Philippe alla se faire couronnner à Reims avec sa femme le 6 janvier 1 3 1 y ( N. S. ). On vit M ah au t , comtesse d'Artois , faire les fonction? de pair à cette cérémonie, et soutenir en cette qualité la couronne avec les autres pairs. Deux princes du sang , Charles , comte de la Marche , et Eudes IV, duc de Bourgogne, affectè rent de ne s'y point trouver. Ils s'e'taicnt l'un et l'autre oppose'* , par des ressentiments personnels , à l'élévation de Philippe ,

{retendant que Jeanne , fille de Louis Hulin , était l'héritière égilime de la couronne de France. Philippe, à son retour, assemble à ce sujet, le 2 février, les trois ordres de l'état. D'une voix unanime ils déclarèrent solennellement que les lois et la coutume , inviolablement observées parmi' les Français , excluaient les Jilles de la couronne» Pendant son règne Philippe fut presque tonjours occupé de projets et de préparatifs de guerre contre la Flandre qui ne tenait aucun des traites ; mais il n'en re'sulta aucune expédition considérable.

L'an i3i8(N.i>.), Philippe donna des lettres royaux du

janvier, portant confirmation de celles que Louis Ha lin avait données pour l'affranchissement des serfs de ses domaines. A ous considérant , y est-il dit , que nostre royaume est dit et nommé le royaume des Francs , et veuillnns que la chose en vérité soit accordante au nom , et que la condition des gens amende de nous , en la venue de notre nouvel gouvernement...» Ordonnons que généralement par tout nostre royaume , de tout comme il puet appartenir à nous et à nos successeurs , telcs séfrvitutis soient remanées à franchise à tous ceux qui de orine, ou ancienneté , ou de nouvel par mariage , ou par résidence dus lieux du la serve condition , sont incheus ou pourroient in+> chéir en lieu de servitutes , et diverses conditions , franchises soient données o (à) bonnes et convenablês conditions.

Les Albigeois , les Vaudois , les Bc'gards , appelés aussi Fratricelles et Apostolique?; , furent vivement poursuivis sons ce règne par les inquisiteurs en Languedoc. On en brûla plusieurs dans l'année i5it)«;t suivantes. On sévit avec la même rigueur en i5n contre les ladres ou lépreux , et les Juifs , accuses d'avoir conspire ensemble pour empoisonner les Français. Il se forma contre ces misérables , sous prc'texte de venger la nation , des compagnies de pastoureaux , qui commirent de grands dégâts eu différentes provinces, et furent enfin dissipes aux environs do Carcassonne.

L'an i5ao, dit une chronique manuscrite , Henri Tapperel , de Picardie f prévost de Paris , tenoit ung prisonnier riche homme coupable de mort. Le jour vint qu'on devoit pendre ce riche homme ; mais le prévost fut corrompu par argent qu'on lui donna , et print ung poure homme en Chastelet , auquel il tmposa le nom du riche homme , et le Jit pendre au lieu du riche homme. Et pour ce que ce cas fut sceu , le Prévost fut pendu { au mois d'août de la même année)» Philippe , le 2 mai précèdent, avait terminé la guerre de Flandre par un traité qui le maintenait dans la possession des villes d'Orchies , Lille et Douai.

L'an ô?.2 (N. S. ) Philippe meurt la nuit du. 2 au 3 janvier, d'une fièvre quarte , dont il avait langui plusieurs mois , à l'Age d'environ vingt-huit ans , après en avoir régné cinq moins cinq jours. Par son testament, fait le 26 août 1321 , il avait assigné certaines sommes d'argent pour être distribuées aux voisins de ses forêts , en compensation des dommages à eux faits parles bêtes rousses et noires ( du Tillet). Ce prince avait formé le projet d'établir l'unité de monnaie , de poids et de mesure dans tout le royaume ; mais il y rencontra des difficultés que la courte durée de son règne ne lui permit pas de surmonter. Il avait

épousé, en janvier i5oy, Jeannk, fille d'Ollon IV, comte c!e Bourgogne, et de Mahaut, comtesse d'Artois. Elle fut accusée d'adultère comme Marguerite , sa belle-sœur. Mais Philippe , moins emporte' et plus humain que Louis X , se contenta de la reléguer à Dourdan , d'où après un an il la fit revenir. Us vécurent depuis en bonne intelligence. Jeanne fut mère de Louis, mort enfant, et de quatre filles, Jeanne, comtesse de Bourgogne et d'Artois, et femme d'Eudes IV, duc de Bourgogne ; Marguerite , mariée à Louis de Créci, comte de Flandre ; Isabelle, femme de Guigues VIII, dauphin de Viennois; et Blanche , religieuse de Longchamp. La reine Jeanne mourut à Royc le 21 janvier iS?.*). Elle est fondatrice du collège de Bourgogne à Paris; mais celte fondation nfcut lieu que trois ans après sa mort. L'hôpital de Saint- Jacques de Paris lui doit aussi son établissement , qui fut fait au mois de janvier i520 (N. S. ).

Philippe-le-Long datait de l'année , du jour du mois , et du lieu, en ajoutant , lorsqu'il était à propos > la formule devant Pâques.

Ce prince fît, en 1 5 1 7 , à Loris en Gâtinais , une ordonnance pour son hôtel , à laquelle il fit une creiifi ou addition le 10 juillet 1019. « Premièrement , y est-il dit , en l'hostel le roy n'aura que » six chambres seulement : c'est-à-savoir le chancelier , le con- » fesseur, le aumosnier , les chapelains, les inaistres de l'hôtel , » et la chambre aux deniers; et seront ces six chambres héber- » gées par les fourriers du roy.... Item le roy aura trois charci- » bcllans : c'est-à-savoir monseigneur Adam Hcrout , monsexv gneur Robert de' Bonnes-Mars et le Borgne de Ceriz ; et pren- » dra ledit monseigneur Adam quatre prouvendes d'avoine , fer j) et clou ,. et cinq sols de gaîges par jour pour foin et les gaiges

» de ses varlels , mangera en sa chambre , et les autres en

1» salle, et sera servi le sire de la viande de la bouche , et n'en » aura qu'un ou deux au plus à court.... Item le roi aura toujours » à court quatre varlels de chambre , et non plus , le barbier ,

» l'espicicr, le tailleur , et ung autre mangeant à court

» Item une guette , un cordouanier, qui mangeront à court, et » prendront chascun une prouvende d'avoine , et dix deniers j> de gaiges pour leurs varlets , qui ne mangeront pas à court.... » Item six sommeillers de l' h os tel le roy , qui auront sa chambre, »• ses armures et ses joyaux, mangeront en salle, et auront chas- » cun cent sols pour robbes et quarante sols pour cîi au (Turcs....

» Notaires suivant le roy , ung Secrétaire et deux autres le

»» confesseur le roy mangera en sa chambre , et aura livraison >» pour soy el son compagnon et sa gent : c'est à savoir potaige « et deux paires de mets , et au jour qu'il jeûnera , des harencs

» âvec le potaigc et deux souldées de pain ; et an jonr qu'il ne

» jeûnera , trois souldées de pain , et pour lui toujours deux pains

» de bouche , el aura sept quartes dfi vin le jour , et aura quatre

j» chevaux qui seront eu Pescurie... le auraosnier sera toujours à

r court, et doit manger à l'huis de la salle , et sera servi au jour

» de chair d'une pièce de bouilli , et une de rosti , et au jour de

» poisson aussi , sans rien doubler Physiciens , dont il y aura

» ung à court Hussiers d'armes , trois dont il y aura tou-

» jours ung à court , et mangera en salle, et aura les gaigea

» de cinq sols trois deniers. Les sergents d'armes mangeront à

» court six qui y seront etc. ( Marte une Thes Anec. T. I , col.

CHARLES IV , dît LE BEL.

i322. Cn arles IV, comte de la Marche , troisième fils de Philippe le Bel , succe'da le trois janvier i3?.2 , (N. S. ) à Philippe le Long , son frère , dans les royaumes de France et de Navarre , et fut sacre le vingt-un février suivant à Reims. Au commencement du règne pre'cédent , il s'était mis à ta tète du parti formé en faveur de la princesse Jeanne , fille du roi Louis Hutin , pour la succession à la couronne. Mais , après la décision solennelle du deux fe'vrier i3i7 , il se soumit au roi , son frère, et l'événement lui prouva depuis qu'en cela il avait fait aussi bien pour son intérêt personnel , que pour celui de l'état. Parvenu au trône , son premier soin fut la recherche des financiers , nommés alors lombards , parce qu'ils étaient veuus presque tous d'Italie pour piller la France. On confisqua leurs biens , et ou les renvoya dans leurs pays aussi pauvres qu'ils en étaient veuus. La réforme des monnaies , fort altérées sous les règnes précédents , fut un autre objet de l'attention de Charles. Mais bientôt il les affaiblit par le conseil de gens pernicieux ; d'où il résulta des maux infinis. 11 envoya, dans le même tems , des commissaires intègres dans les provinces pour châtier les mauvais juges et réprimer par des exemples effrayants les entreprises de la noblesse qui s'emparait impunément du bien des particuliers. Jourdain de Plie , seigneur de Casaubon , el neveu , par sa femme, du pape Jean XXII , était l'un des barous de Gascogne , dont les déportements étaient le plus digne d'animadversion. Fier de son "alliance .il se signalait par des atrocités eu tout genre. Charles , après lui avoir pardouné plusieurs fois, à la prière du pape , le livra enfin au parlement , qui le condamna , Pan 1 323 , à être attaché à la queue d'un cheval , puis à être pendu : l'arrêt fut exécuté la veille de la Trinité. Le lendemain de l'exécution, le curé de Saint Merri écrivit en latin } au pape, la lettre sui-

ÔO CHRONOLOCIE HISTORIQUE

vante : Très -Saint- Père , dès que je sens que le mari de votre' nièce allait être exécuté , f assemblai mon chapitre , et je représentai qu'il convenait de profiler de celte occasion , pour vou% marquer notre très-respectueux attachement , et notre profonde vénération. A peine votre neveu était pendu , qu'avec grand luminaire , nous allâmes le prendre à la potence , et nous le fîmes porter dans notre église , oit nous V avons enterré honorablement et gratis. Saint-Père , nous continuons de vous demander votre sainte et paternelle bénédiction. J. Thomas Cjievecier. On doit moins faire attention à la simplicité ridicule de cette lettre, tirée des manuscrits de Fontameu ( vol. 67. ) , qu'à la juste sévérité du roi. La protection ne sauvait point les criminels , sous le règne dë Charles le Bel ; « car les grands » exemples , disait-il , sont les plus nécessaires. » La même année, il fait sommer Edouard II, roi d'Angleterre , de venir lui rendre hommage en la ville d'Amiens , entre la Chandeleur et Pâques prochain ( i324- V Edouard , effrayé de cette sommation , envoie, dans le mois de novembre, des ambassadeurs en France, pour demander un plus long délai. Ils étaient charges eu même tems de faire des représentations sur les entreprises des Français dans l'Agénois et la Saintonge. Charles, en effet, depuis son avènement au trône, avait fait continuer quelques procédures commencées dès le règne de Louis Hutin, pour mettre en sa main divers territoires enclavés dans ces provinces. De ce nombre était Je prieuré de Saint-Sacerdos ou Sardos , dépendant de l'abbaye de Sarlat, laquelle ne relevant du roi d'Angleterre ni dans îe rjicf, ni dans les membres, avait donné son temporel en pariage au roi de France. Tandis qu'on négocie, Charles apprend que les Anglais sont venus piller et brûler la Bastide du prieuré, et qu'ils ont poussé l'insulte jusqu'à faire pendre son procureur à côté du poteau où il avait fait ériger les armes de France. Charles fait citer les coupables de cet attentat au parlement de Toulouse. Plus de quarante seigneurs d'entre eux viennent demander grâce; les autres sont condamnés par contumace au bannissement, avec confiscation de leurs bièns. En conséquence, îe roi défend d'obéir à Raoul Basset , .sénéchal de Guicnne, qui avait présidé à l'exécution de son procureur, et ordonne la saisie du château de Montpezat, dont le seigneur avait recèle les effets emportés dans le pillage. Le grand-maître des arbalétriers , chargé de cette commission , est arrêté par ki sénéchal dfe Guiennc , qui , l'ayant d'abord voulu mettre à mate mort, mieux conseillé le renvoie , après en avoir tiré une grosse rançon. Outre de cet affront , Charles mande au sénéchal de Périgord d'assembler des troupes pour entrer en Guiennc. Elles devaient se mettre en marche dans l'octave de la Pentecôte. Les ambas-

DES ROIS DE FRANCE. 5l

sadetirs d'Edouard obtiennent une suspension d'armes , en consentant et promettant même de concourir à la saisie du château dcMontpczat, à la punition des coupables qui étaient arrêtés , et à la poursuite de ceux qui e'taicnt en fuite. Mais Edouard les ayaut désavoués , le roi de France (ait partir Charles, comte de Valois, son oncle, avec une arrne'e pour se saisir de la Guicnnc , où il entre le 5 août. En moins de sept semaines , ce prince se rend maître d'une grande partie de l'Agcuois et de la Guiennc. Le comte de Kent t en capitulant pour la Re'ole , le ai sej^mbre , conclut un armistice jusqu'au 21 avril suivant , durant lequel espace de tems chacun gardera ses possessions. Edouard refuse de ratifier ce traite'; il en propose un autre qui est rejeté, et il emploie, mais en vain, la médiation du pape , pour le faire accepter. Enfin , après bien des négociations inutiles , la guerre étant sur le point de recommeuccr , Isabelle, femme d'Edouard , et sœur de Charles le Bel, passe en France , pour concilier les deux couronnes; elle y réussit par un traite de paix, qui fut signé le 3i mai i3:>5. Le 14 septembre de la même année, le prince héréditaire d'Angleterre, fils d'Isabelle, qui était venu (a joindre , rend au roi hommage de la Guienue et du Ponthieu , que sou père lui avait cédés. Ce fut alors que Charles accorda la main-levée de la Guicnnc , qui avait été saisie et gouvernée par ses officiers , depuis le traité de paix , suivant une de ses clauses. La nouvelle paix fut bientôt suivie d'une nouvelle rupture de la France avec l'Angleterre. La reine Isabelle différait son retour en Angleterre , malgré les ordres pressants que le roi, son époux, lui cuvoyait de le hâter. Charles, trompé par les prétextes que lui alléguait sa sœur , favorisait son retardement. Irrité de cette connivence , Edouard déclare la guerre au roi de France. Les hostilités recommencent en Guiennc avec plus dc.furcur que jamais. A la fin, Charles , gagné par l'or des ministres ahglai», par les prières d'Edouard , et par les sollicitations du pape , fait dire à sa sœur de se retirer. Elle part, Tan 1D26, après avoir assisté le jour de la Pentecôte au couronnement de la reine Jeanne, et passe dans les Pays-Bas. La. paix entre les deux couronnes ne fut point rétablie par là. Celte même année Ô26, plusieurs bâtards, de la principale noblesse de Gascogne, ayant pris les armes , attaquent , de concert avec les Auglais , les châteaux et villes du domaine de la France. Ce fui l'occasion d'une guerre , appelée la guerre des bâtards. Alfonse d'Espagne, attaché à la France, eut ordre de passer eu Languedoc , et le roi y envoya ensuite le maréchal de Briquebec , qui tailla en pièces les bâtards et les Anglais.

L'an 1027, Charles le Bel tombe malade la veille de Noël II meurt à Vinccnnes le 1 février suivant, à l'âge de 34 ans. Son

5a CHRONOLOGIE HISTORIQUE

corps fut inhumé à S. Denis. Charles. avait épousé, i°, avant l'an i3o7 , Blanche, 2« fille d'Olton IV, comte de Bourgogne, qu'il fit enfermer vers i5i5, pour crime d'adultère , un château- Gaillard d'Andeli , et dont il se fit séparer pour cause de parente f par sentence du pape, rendue le 19 mai i522. Blanche mourut religieuse à Maiihuissou , en i5aG. Charles épousa , 20, le 21 septembre i322, Maiue , fille de l'empereur Henri VU , décédée au mois de février i324 (N. S.) à Issoudun t des suites d'une faussecouche , en revenant de Toulouse avec son époux , et enterrée aux Jacobines de Montargis; 5°, le 5 juillet i32k suivant une chronique du tems , Jeanne , fille de Louis de Franc? , comte d'Evreux, dont il eut Jeanne , morte en enfance, Marie , décédée sans alliance le G octobre i54 1 , et Blanche , née après la mort de son père le 1 avril et mariée le 18 janvier i5 j5 (N S. ) à

Philippe de France , duc d'Orléans , qui la perdit le *3 février suivant. La mère de ces filles mourut à Bric-Comte-Robert le 4 mars 1571 , ( N. S. ) et fut enterrée à S. Denis.

Charles le Bel omet souvent dans ses diplômes la date du jour. De son tems, et peut-être auparavant, la coiffure des femmes était en pain de sucre , d'une hauteur extraordinaire, chargée de dentelles qui flottaient en l'air. Cette mode a duré en France près de 200 ans. Les sortilèges et les maléfices furent très-communs sous le règne de ce prince; ce qui donna beaucoup d'exercice à l'inquisition (Montfaucon. ). Ce fut sous le règne de ce prince que commença l'usage de faire payer au roi par les roturiers une finance pour les fiefs qu'ils acquéraient.

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