BRANCHE COLLATÉRALE DES FALOIS
PHILIPPE VI, dit DE VALOIS.
i328. Philippe VI, né l'an 1293, premier roi de la branche collatérale des Valois , né de Charles , comte de Valois , 5* fils du roi Philippe le Hardi , fut , d'abord après la mort de Charles IV , son cousin, déclaré régent du royaume, en attendant les couches de la reine, à l'exclusion d'Edouard III, roi d'Angleterre, Edouard prétendait à cet honneur, comme neveu du roi défunt, étant petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle , sœur du roi Charhs IV. Au bout.de deux mois, la reine étant accouchée , le premier avril , d'une fille qui fut nommée Blanche , Philippe monta eur le trône, et fut reconnu roi parles états, sans nulle opposition. Le 29 mai suivant, il fut sacre à Reims avec la reine sen épouse, par l'archevêque Guillaume de Trie. Cette cérémonie , tant clic causa d'allégresse, fut suivie d'une fetc qui dura
TîES ROIS DE FRANCE. 53
l5 jonrs. Philippe ne demeura point oisif sur le trône. Environ doux mois après y être monte*, il va faire la guerre aux Flamands révoltes contre Louis, leur comte, son parent, et remporte sur eux , le a3 ou le 24 août, non snns avoir couru risque d'être pris, une grande victoire à Cassel. ( Voy . les comtes de Flandre. )
L'an 1329, le roi d'Angleterre, sommé de venir rendre hommage de la Guicnnc à Philippe , s'acquitte de ce devoir , après quelques déhis , le 6 juin , dans l'église cathédrale d'Amiens , au milieu d'une pompe qui humiliait autant le vassal qu'elle élevait le suzerain. Les rois de Bohême , de Navarre et de Majorque honorèrent cet acte de leur présence , avec les ducs de . Bourgogne , de Bourbon , de Lorraine , les comtes de Flandre f d'AIençon , de Beaumont-le-Roger , les grands officiers de la çouronne , et un grand nombre de prélats, tous debout, à côté d'un superbe trône , où le roi de France était assis , vêtu d'une longue robe de velours violet , semée de fleurs de lis d'or, couronu^d'un diadème enrichi de pierreries et tenant en main un sceptre d'or. Edouard y parut aussi avec un nombreux cortège , vêtu d'une longue robe de velours cramoisi , sémée de léopards d'or , ayant la couronne en tête, Pépée au côté, et les éperons dorés. Mai» lorsqu'il se fut approché du trône, le grand- chambellan lui commanda d'ôter sa couronne, son épée et ses éperons , et de se mettre à genoux devant le roi sur un carreau qu'on lui avait préparé. 11 obéit non sans dépit. Puis le même officier lui dit: Sire , vous devenez , comme duc de Guienne, homme-lige du roi monseigneur nui ci est , et luy promettez foy et loyauté porter» Edouard incidenta sur le terme ligtf, prétendant qu'il ne devait que l'hommage simple. Il demanda du tems ponr consulter làdessus ses archives , avec promesse d'envoyer ses lettres scellées de son grand sceau , qui expliqueraient quelle sorte d'hommage il devait. On y consentit. Alors Philippe baisa en la bouche ledit roi d'Angleterre , dont il tenoit les mains entre les siennes. Ainsi finit cette superbe cérémonie, qui mit la rage dans le cœur d'Edouard, et lui fit jurer une haine implacable contre le prince qui le traitait avec tant de hauteur.
Les entreprises journalières des juges ecclésiastiques sur la puissance temporelle, irritaient de plus en plus les officiers royaux. Philippe de Valois , sur les plaintes de ceux-ci , convoqua, îa même année i3?9, au mois de décembre, une grande assemblée pour entendre les parties et fixer en connaissance de cause les limites des deux juridictions. Le chevalier Pierre deCugnères, faisant la fonction d'avocat-géuéral , parla pour la défense de l'autorité séculière. Pierre Roger, nommé à l'archevêché de Rouen , et depuis pape, sous lç nom de Clément VI , secondé par Bcr-
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trand , evcque d'Autun, soutint l'autorité du clergé. Rien ne fui décide' sur le fond de cette dispute , parce qu'on raisonua de pari et d'autre sur de faux principes ; mais il en résulta la forme d'appel comme d'abus, nommée alors la voie de recours au prince.
Depuis le règne de Philippe le Bel, Robert d'Artois, comte de Beaunionl-le-Roger, ne cessait de réclamer le comté d'Artois comme un bien oui devait lui revenir parle droit de sa naissance. Débouté de sa demande par divers jugements , il revint è la charge, sous le règne de Philippe de Valois dont il était beaufrère, se flattant, qu'à la faveur de celte affinité, il obtiendrait infiiillibîen^ent gain de cause. Il se trompa daus son atlente. Philippe ayaut assemblé les pairs, Robert fut convaincu à ce tribunal d'avoir fabriqué ('e faux litres pour soutenir sa prétention , et en conséquence, par l'arrêt qui intervint, il fut banni du royaume avec confiscation de ses biens- Le comte, désespéré de cette condamnation, se retira en Brabnnt, et de là en Angleterre, où, dans la suite, il devint le fléau de sa pairie. ( Voy. les comtes d'Artois. )
Le goût des croisades , malgré la longue et fâcheuse expérience qu'on ayail faite de leur danger et de leur inutilité, n'était pas encore alors absolument passé. L'an i536, Philippe de Valois, s'étant rendu avec les rois de Bohême et de Navarre et grand nombre de seigneurs , à la cour d'Avignon , poury saluer le pape Benoit XII , et le dissuader de retourner à Rome , se laissa engager avec sa çompagme à prendre la croix des mains de ce pontife , pour aller au secours de la Terre-Sainte. A son retour , il ramasse de grandes sommes, an moyen des décimes que Benoit lui avait accordées ,
Eour remplir cet engagement pris avec trop de légèreté. Mais r içntôt une nouvelle guerre , à laquelle il aurait dû s'attendre , l'obligea d'oublier la Palestine , et d'employer toutes ses forces y la défense de ses états. « Nous entrous, dit M. Bossuet à l'ocm casion de cette guerre et de ses suites, dans les tems les plus » périlleux de la monarchie , où la France pensa être renversée v par les Anglais , qu'elle avait presque toujours battus jusque- » là ; maintenant nous allons les voir forcer nos places , ravager » et envahir nos provinces, défaire plusieurs armées royales, tuer >» nos chefs les plus vail laids , prendre numie des rois prisonniers n et enfin faire couronner un de leurs rois dans Paris même. En- » suite tout d'un coup , par une espèce de miracle , nous » les verrons chassés et renfermés dans leur ile, ayant à peine » pu conserver une seule place dans toute la France. » Philippe et Edouard , qui avaient depuis long-lems des sujets de plainte l'un, coutre l'autre , en vinrent celte aunée à une rupturç ouverte. Les actes d'hostilité commencèrent à la fois en Guienne et en Flan d ; c ,
ét la guerre continua les années suivantes par mer ét pàr lèrrè , avec différents succès. L'an 1^9, Edouard, par le couseil dé Jacques d'Artevelle, chef des rebelles de Flandre , prend le titre de roi de France, pour engager les Flamands dans son parti. « Voilà , dit M- de Saint-Foix , l'époque de ta jonction des fleurs » de lis et dés léopards dans les armoiries d'Angleterre. » Edouard fait le siège de Cambrai , qu'il est oblige de lever. Le 24 juin de l'anne'e suivante, il est vainqueur de notre flotte qui était de 1 20 gros vaisseaux , vis-à-vis de l'Ecluse , après deux jours de combat, par la mésintelligence de nos deux amiraux, Kiéretet Bahtichet , qui les portait à se contrarier sans cesse dans toutes leurs manœuvres- Eaouard ternit cette victoire en faisant pendre Bahuchct au mât de son vaisseau. Il nè fut pas égalemcné heureux sur terre. Ayant débarqué sur les cotes de Flandre avec une armée de i5o,ooo hommes, il en donna le tiers à Rober£ d'Artois, qui pénétra jusqu'à S. Orner, et ravagea la frontière pendant près d'un mois. Mais Eudes IV, duc de Bourgogne, étant venu , avec Philippe, son fils , et le comte d'Armagnac à la rencontre de Robert, 1 attaqua le 26 juillet, le battit, et le poursuivit jusqu'à Mont-Cassel. Edouard cependant de son coté faisait le siège de Tournai, avec des efforts impuissants. Dans son désespoir, il envoya , le 22 juillet* un cartel au roi de France qu'il qualifiait seulement Philippe de Valois , pour lui offrir de vider leur querelle , ou par le duel , ou par lé combat de cent hommes choisis dans chacune des armées , ou par une bataille générale. Philippe réponditpar ses lettres du 5o juillet que les lois féodales ne permettaient point à un vassal de provoquer son suzerain ; au'Êdouard lui avant fait hommage-lige, comme au légitime roi de France , il lui devait l'obéissance , telle qu'on la doit à son droicturicr seigneur , qu'au surplus il espérait triompher de sa révolte, et le chasser du royaume qu'il voulait lui enlever. Tello est en substance la réponse du roi , trop amplifiée par le P. Daniel, aux dépens de la vérité. On s'attendait de part et d'autre à une bataille. On s'y préparait, et divers seigneurs des deux partis accouraient pour y prendre part. Jeanne de Valois, mère du comte de Hainaut, sœur de r*nilippe , et belle-mère d'Edouard , sortit alors du couvent de FontenelleS , où elle s'était retirée, vint trouver Ie3 deux princes , et ménagea une trêve entr'eux, depuis le 10 septembre i34o, jusqu'à la S. Jean de l'année suivante. Le terme expiré , la guerre recommence. La Bretagne en devient le théâtre. Ce duché était alors disputé entre Charles de Blois que Philippe protégeait, et Jean de Monlfort appuyé par Edouard. L'an 1342 , Robcri d'Artois s'empare de Vannes , qui est bientôt repris par les Bretons. Ce général est blessé à mort en se défendant, et va expirer en Angleterre. Edouard vint lui-même pour
venger sa mort, et u'y réussit pas. Il assiège Vannes , Nantes et Rennes , et échoue devant ces trois places, dont il est oblige' de lever le siège. Nouvelle (rêve conclue eu février i345(N. S. )par Ja médiation des légats du S. Siège. La même année, Gcofïroi de Harcourt ayant pris querelle avec le maréchal de Briqucbcc au sujet d'un mariage , ils s'oublieut l'un et l'autre au point de mettre l'épée à la main devant le roi. Les duels au reste n'étaient pas alors ce qu'ils sont à présent , puisque uos rois les honoraient quelquefois de leur présence. Sa majcslé fait citer les parties au parlement , pour re'gler leur différent. GeoflVoi refuse d'y comparaître , ët voulant se faire justice par les armes, il assiège u/i château de l'évêque de Baveux, frère du maréchal. Le rapnarque indigné donne un arrêt a S. Christophe de Ilalate dans Ta forêt de Sculis le 19 juillet , par lequel GeoflVoi , après quatre défauts , est banni, et ses biens confisqués. Il sort du royaume, et embrasse le parti du roi d'Angleterre, «jui le fait maréchal de ses armées.
L'an 1 544 , en janvier , Philippe , dans un tournois qu'il célèbre à Paris, fait arrêter Olivier Clisson , père de celui qui devint connétable, avec dix autres gentilshommes Bretons, sur des preuves d'intelligences secrètes avec l'Angleterre; et quelques jours après, il fait décapiter le premier aux halles, sans forme de procès. Les autres subissent le même supplice le 39 novembre suivant. Mais entre ces deux exécutions , il s'en fit , ie a5 avril , une semblable de trois chevaliers uormands au même lieu , parce qu'ils avoient entrejn ins , dit une chronique manuscrite ( bibliot. de S. Germain , n° 56*7 , ) , à faire duc fie Normandie Messire Godefioide Harecourt, et duquel duché ledit Gode/roi avait fait hommage au roi d'Angleterre, si comme on disait. GeofTroi de MMesiroit, l'un de ces trois chevaliers, avait un frère, Henri, qui , s'étant sauvé en Angleterre à la mort de Clisson , et eyant eu l'imprudence de revenir quelque tems après en Bretagne , y fut pris et amené aux prisons du Temple. Mais comme il était clerc , il fut rendu à la justice de l'évêque de Paris , par la ■ sentence duquel, dit la même chronique, il fut mis en un tomberel sur un ais de trains en cote sans chaperon , enferré par le col , piés et mains , et fut 7tn's par trois fois en Veschrlc en parvis JVostre- Dame , et ass*:z lost après mourut en obliète. Depuis fut mis mort oudtet parvis , et après porté à la porte du palais , si que chacun le peut veoir. Ces supplices irritent Edouard , qui ar-là se croit personnellement offensé. Il rompt la trêve , an 1 , par le conseil de GeoflVoi d'Harcourt. Henri de Lancaslrc, comte de Derbi, débarque à Rayonne, au mois de juin i545, avec un gros corps de troupes, prend Bergerac, s'empare d'Angoulêinc ef de quelques autres places. Le duc de Normandie envoyé contre lui, l'oblige de se réfugier à Bordeaux.
Les places enlevées par les Anglais sont reprises. Notre armée forme le siège d'Aiguillon au confluent du Lot cl de la Garonne. Il fiit long; et il duraft encore lorsqu'Edouard fit lui - même uno descente en Normandie au mois de juillet 1 54G. La province se trouvant, comme il l'avait prc'vu, dégarnie de troupes, il ne rencontra presque de résistance que dans la ville de Caen , dont il se rendit mailre après un combat dans lequel il fil prisonuier le comte d'Eu, connétable Je Frauce, et le comte de Tancarvillc. De là il s'avance en conquérant jusqu'aux, portes de Paris, sortant partout le fer et le feu. Du haut des tours de Notre-Dame , les Parviens voient Poissi, S. Germain-eu-Laye ♦ Nanlerre, S. Cloud, Bourg-la -Reine , en proie aux flammes. Mais aussitôt qu'Edouard apprend que Philippe a rassemble' assez de troupes pour paraître eu campagne, il se retire de la plaine de Poissi , où il e'tait campe', et marche vers Bcauvais, dont il surprend les fau- ' bourgs , et où ses troupes brûlent à son insu l'abbaye de S. Lucien. Edouard en fut si indigné , qu'il fit pendre le soldat qui le premier y avait mis le feu. Mais s'étant mis en devoir de prendre la ville, il est vigoureusement repousse'. Semblable e'chec a Pe'quigui et à Pont-de-Rénii , où il tente le passage de la Somme. 11 la passe enfin au gué de Blanquctaquc , par la trahison ou la lâcheté de Godemar du Fay, qui s'enfuit à son approche. Le 26 août, un samedi, Philippe, qui poursuivait Edouard à grandes journées , l'atteint à Créci dans le Ponthieu , où. il avait posé son camp. Entraîné par son frère le comte d'A.lençon , qui conduisait l'avant-garde , il engage incontinent le combat contre l'avis des plus sages de nos chefs , qui lui conseillaient de remettre la partie au lendemain. L'événement fut tel qu'ils l'avaient prévu. Edouard , avec 5o mille hommes reposés et bien aguerris, défait totalement une armée de près ac cent mille Français , la plupart sans discipline, épuisés d'ailleurs par les fatigues d'une longue marche , et qui ce jour-là même avaient fait six. lieues par un soleil ardent, suivi d'une grosse pluie. Il périt en celte funeste journée 25 à 5o mille hommes de l'armée française : car nul nés toit prins à rançon nV< merci , dit Froissard , et ainsi Vavojrent ordonné les Anglois entre eux. Parmi ces morts on compte le roi de Bohême , lé comte d'AIençon , le duc de Lorraine , les comtes de Flandre, de Blois , de S. Pol , Lou.s d'iïarcourt, frère deGeolFroi, et grand nombre de gentilshommes. Philippe fut du nombre , mais le dernier, des fuyards , après avoir reçu deux blessures, Tune au col, l'autre à la cuisse. Il était cucore sur le champ de bataille , lorsqu'il vit paraître et tomber à ses pieds, la corde au cou, le perfide GeoflVoi d'Harcourt, à qui la vue du cadavre de Louis, son frère, avait inspiré les plus vifs remorJ*. Ce spectacle fut unu consolation pour le roi dans soa
malheur. Il pardonna sans peine aux coupables. Lors chevaucha tant le roi , dit encore Froissard, au il atriva au chatelde PArbroie,,.. Le roi dit au châtelain: ouvrez, outrez y c'est V infortuné roi de France (i). Le lendemain de la bataille, si Ton eu croit le même historien , les Français , en diffère nies rencontres , perdirent encore plus de monde que le jour même. Après cette grande victoire , Edouard alla Taire le siège de Calais , où commandait Jean de Vienne. Prévoyant bien que ce brave homme ferait une longue résistance, il fit bâtir, dit Froissa rd , et ordonner entre la ville, la rivière et le pont de Calais, hostcls , maisons , et icelles charpenter de gros mes riens; siestoient assises par rues , et les fit couvrir de chaume et degenest; et avoit en cette ville du roi d'Angleterre toutes choses nécessaires à un ost , et plus encore place pour tenir marché le mercredi et le samedi, et là estoient merceries , boucheries , halles de drap , de pain, et de toutes choses nécessaires, et venoient d'Angleterre et de Flandre ; et recouvroit-on pour son argent son aisément de tout. La durée de ce siège fut d'un au presque entier. A la tin , le manque total de vivres obligea le commandant à demander à capituler. Edouard exige pour condition que six des notables de Calais lui soient remis , en chemise et la corde au cou , pour être exécutés à mort (a). Eustache de S. Pierre, et cinq autres Calaisiens se dévouent d'eux-mêmes pour la patrie , et viennent présenter leurs têtes au vainqueur. Le bourreau était déjà mandé
Ï>our l'exécution , lorsque la reine d'Angleterre obtint leur grâce à bree de prières et de larmes, liusfache dans la suite devint l'homme de confiance et le pensionnaire d'Edouard : cette faveur a fait une tache à sa mémoire. Edouard entra dans Calais , le 4 août, de l'an i547- Les habitants de celte ville ayant été contraints de s'expatrier, le roi Philippe de Valois rendit, le 8 septembre , une ordonnance portant que les forfaitures qui lui <écheoiraient dans son royaume leur seraient distribuées , à quoi il ajouta la concession de tous les bénéfices (séculiers) qui vaquaient ou vaqueraient à sa nomiuation , avec pouvoir de le* vendre ou de les faire exercer par d'autres. Il y en eut 5o , dit D. Vaissète , qui furent nommés pour posséder les omets vacants de la sénéchaussée de Carcassonne. Peu s'en fallut uéan-
fi) Telle est la leçon du manuscrit de Berne. Non* U jugeons préfcraljfc k celle de l'imprimé , qui porte : Ltort chevuuclut tant te roi # qu'il arrhvt nu
chdttau de ta Broyé le roi dit au Châtelain'. Ouvrez, ouvrez, c'est la
fortune de la France.
(i) Ceci est une fable réfutée par M. dcBrequigni , dans le T. XXXVII des nu-moires de l'académie de belles lettres. Ou peut voir aussi M. Le^csquc , dam l'histoire des cinq premiers rois Valois , T. I , pp. 5 1 7 cl 5a5.
DES IlOIS DE FRANCE* 09
moins que Calais ne retournât l'annc'c suivante à la France par la trahison du gouverneur italien , Aimeri de Pavie, qu'Edouard y avait mis. Ce monarque instruit qu'il devait livrer la place aux Français moyennant 20 mille e'eus que Charni , gouverneur de S. Orner, lui avait promis, le fait venir, et, après lui avoir reprochë sa perfidie , lui promet le pardon , à condition qu'il l'aidera à tromper l'ennemi. Les Français s'approchent de la place avec sécurité : on reçoit leur argent. Mais à l'instant le roi d'Angleterre fond sur eux, et en tue ou prend le plus graud nombre. Un chevalier, nommé Ribaumont, après l'avoir renversé deux fois de cheval sans le connaître, est obligé de lui rendre les* armes. Edouard, loin de le punir, le combla d'éloges dans un repas qu'il dopna aux prisonniers , lui fit présent d'un cordon de perles pour mettre* à son chapeau, et le tcuvoya sans lui demander de rançon.
Les Anglais, daus le mêmetems, continuaient à faire de grands progrès au-delà de la Loire. Sur la fin de septembre , Philippe et Edouard, par les soins du pape Clément VI , conviennent d'une trêve de 9 mois: 00 la prorogea ensuite jusqu'à la Pentecôte i35o, puis jusqu'au i avril i55i ; mais elle fut mal observée. Tous les fléaux désolaient alors 1% terre. Une peste, la plus terrible dont l'histoire ail conservé la mémoire, fit, dit-ou, le tour du globe, çt s'arrêta plu» particulièrement sur l'Angleterre et la France, où la guerre favorisait ses ravages. La famine l'avait précédée et la auivit. Les historiens racontent des circonstances de ce fléau qui tiennent du merveilleux, et qu'ils rendent néanmoins croyables par l'uniformité de leurs témoignages, telles que cette vapeur de feu qui consuma plus de 200 lieues de terrein , dévora les arbres , et jusqu'aux pierres ; telles que cette fourmilière de serpenteaux et cVautrcj insectes venimeux, dont l'air était sensiblement infecté $ telles infin que celte contagion si rapide qui se communiquait par la seule vue (Gaillard.). « Toutefois c'est une chose étrange, i> dit Mézeray , que ni le fléau de la guerre, ni celui de la peste, >» ne corrigèrent point notre nation. Les danses, les pompes, » les jeux et les tournois continuaient toujours ; les Français dan- » çaient, pour ainsi dire, sur le corps de leurs parents. Us » semblaient témoigner de la réjouissance de l'embrasement de » leurs maisons, et de la mort de lcars amis ». Il faut convenir cependant que ces désastres réveillèrent la piété dans plusieurs p ers ondes ; mais en même tems ils donnèrent naissance a la secte fanatique des flagellants.
La peste avait emporté , le 12 décembre i349 (chronique de Saint-Denis) la reine Jeanne, fille de Robert II, duc de Bourgogne, première femme de Philippe, qui lui avait donné sa
4o CHIIONOLOGIE HISTORIQUE
main au mois de juillet i3i5. L'an 1349 (V. S.) ce prince épouse en secondes noces, le 29 janvier, Blanche, fille de Philippe d'Evreux , roi de Navarre* Cette même année est encore mémorable par deux importantes acquisitions que le roi Ht. La première est celle du Dauphiné , que le dauphin Humbert céda à la France, par traité du 5o mars , sous la conditiou que celui des enfants de France qui en jouirait , prendrait le nom de Dauphin avec les armes du Daupbiné, écartelées de celles de France , et cjue ce pays ne pourrait jamais être incorporé au royaume, qu'en cas que l'Empire^ et la France fussent réunis sous le même chef (Voyez les Dauphins de Viennois). Depuis ce tems les fils aines de France ont porté le titre de Dauphin. La seconde acquisition est celle de la seigneurie de Monipcllier , que D. Jaiine , roi de Majorque, vendit à la France , par contrat fait à Ville-Neuve d'Avignon, le 18 avril, pour cent viugt mille écus d'or.
L'an )35o, Philippe, après avoir prorogé pour trois ans la trêve avec l'Angleterre r tombe malade à Nogent-le-Roi , près de Chartres ; et peu de jours après y meurt le 22 août, et non le 28, comme le porte son épitaphe . dans la cinquante-septième année de son âge, et la vingt-troisième de son règne, laissant sa seconde femme enceinte, levait eu de sa première femme cinq fils et une fille, Jean qî**suit, et Philippe , duc d'Orléans, avec trois autres , morts jeunes , et Marie, femme de Jean de Brabaut, duc de Limbourg. Blanche, deuxième femme de Philippe , termina ses jours le 5 octobre 1398 , n'ayant eu de son mariage qu'une fille née posthume , de même nom qu'elle , morte en bas âge. Ses qualités respectables lui méritèrent le surnom de la Belle Sagesse. Le corps de Philippe de Valois fut porté à Saint-Denis , ses entrailles aux Dominicains de Saint- Jacques , et son cœur aux Chartreux de ftourg-Fontaipc en Valoi». « Philippe de Valois , dit Mézerai , n'eut aucun b#nheur » que la victoire de Cassel. Car, comme si la fortune se fut tou- » jours préparée pour traverser ses desseins, elle semblait ren- » dre imprenables les moindres places qu'il assiégeait , et affai- >» blir ses meilleures villes.... Sa vertu ni son grand courage ne 1» lui servaient de rien. Les mêmes capitaines qui s'étaient signa- » lés en prenant les armes contre lui , cessaient de combattre » quand il était question de le défendre. Ses desseins les plus 9 cachés étaient découverts dès leur naissance ; ceux de son » ennemi ne lui paraissaient que quand ils étaient exécutés. Phiv lippe voulait combattre , mais ses gens ne le voulaient pas ; et » si ce prince ne le voulait pas, ses troupes donnaient la bataille » à contre-tems. Enfin , par mer et par terre , par soi et par ses » lieutenants, ce monarque trouva toujours la fortune coutrairc;
DES ROIS DE fi\aisce. 4l
i» trahi misérablement par la plupart des siens , et peu ainié des » autres». .
Philippe de Valois omet quelquefois le jour du mois dans ses diplômes. On a de ses lettres qui finissent aiusi : Par le roi à la relation de son grant conseil où vous étiez y d'autres dans lesquelles on lit, ad relationem domini ou ad relationem veslram. Ces mots, ou vous étiez , s'adressent au chancelier -, et ceux-ci ad relationem vestram , ad relationem domini, témoignent que ces lettres ont été rendues stfr le rapport du chancelier.
C'est à Philippe de Valois qu'on rapporte l'établissement des greniers à sel et de la gabelle; les uns le placent en ï33i , les autres en i342. Philippe le Bel avait de'jà mis une imposition sur le sel en 1286 , et Philippe le Long l'avait augmentée par son édit du 25 février i 3 18; mais Philippe de Valois fut le premier qui força les peuples , tn i344 » a prendre le sel dans ses greniers; ce qui le ht appeler le roi de la loi sali que , par Edouard , qu'il appelait par représailles le marchand de laines, parce que par le commerce des laines, il entretenait l'amitié des Flamands.
• Les Français ne connaissaient pas encore, ou du moins connaissaient peu l'usage du canon en 1346. Les Anglais, à la bataille de Cre'ci , si l'on en croit Villani , en firent jouer six pièces, qui causèrent plus de peur par la nouveauté*, qu'elles ne firent effectivement de mal. La poudre , inventée vers l'an i3oo , suivant la plus commune opinion , était encore alors bien informe , et le canon n'était composé que de planches de cuivre assemblées en rond , et lices avec des cercles de fer. Leur forme conique s'évasait depuis la culasse jusqu'à la bouche. Ce mot canon vient de Tltalien canonè augmentatif de canne , à. cause que le canon est long comme une canne.
Les Français étaieutbien éloignés alors de se servir d'un pareil instrument a la guerre, eux qui regardaient comme indigne d'eux l'usage de l'arbalète, introduit dès la fin du douzième siècle en Angleterre. Avec cette arme perfide, disaient-ils, un poltron peut tuer sans risque le plus vaillant homme. Nous ne voulons vaincre qu'avec nos épées et nos lances. Les archers anglais mettaient cependant le désordre dans nos lignes pardes grêlés de traits qu'ils décochaient avec autant d'adresse que de force. Il iallut donc employer contre eux les mêmes armes. Mais on aima mieux soudoyer des étrangers habiles à les manier , quoique d'ailleurs presque toujours mauvais soldats , que de s'en servir soi-même.
Philippe de Valois est le premier roi de France qui ait employé deux anges pour support de ses armes.