‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 7 sur 146 · VI. G · texte numérisé non relu

VI. G

Enfin , on voit sous ce règne le premier arrêt qui déclare Ul régale ouverte aux bénéfices d'un prélat français promu au cardinalat. 11 fut rendu , le 17 février 1 538 (V. S. ), à l'occasion de Pierre Roger, archevêque de Rouen, (depuis le pape ClémentVl), que le pape Eugène IV avait nommé cardinal le 19 décembre

5 recèdent. On supposait alors que les cardinaux étant obligés e résider à Rome, pour y desservir leurs titres, ne pouvaient en même tems posséder ailleurs un autre bénéfice qui demandât leur présence. Depuis ce tema les prélats élevés au cardinalat ont obtenu dispense du Saint Siège pour posséder en coin men de leurs évêchés ; mais nos rois ont toujours exigé d'eux un nouveau serment de fidélité.

JEAN II, dit LE BON.

i55o. Jean II, duc de Normandie, né, le 26 avril i5ig, au château du Guc-de-Maulni , près du Mans , succéda, le 22 août i35o, au roi Philippe de Yalois , son père, et fut sacré à Reims le 26 septembre suivant. Les hostilités continuèrent entre la France et l'Angleterre, malgré la trêve conclue sous le règne précédent. Jean signala le commencement de son règne par un trait de despotisme plus digne d'un empereur Turc que dun roi' de France. Le 16 novembre i55o, il fit arrêter le connétable Raoul, comte d'Eu et de Guines, soupçonné de trahison ; et la nuit du 19, il lui fit trancher la tête devant l'hôtel de Nesle , sans forme de procès. La charge de connétable fut donnée à Charles d'Espagne, connu sousle nom de la Cçrda. ( Voyez les comtes de Guines )

L'an i35i , Jean institua la chevalerie de l'Etoile, pour l'opposer à celle de la Jarretière qu'Edouard III venait d établir eu Angleterre. La cérémonie s'en fit au mois d'octobre à Saint- Oucn, entre Paris et Saint-Denis. Cette institution d'un ordre particulier de chevaliers séculiers, et non d'une simple confrérie, comme le prétend un moderne , est la première dont notre histoire fasse mention. Elle a servi de modèle dans la suite aux établissements de même espèce; et cependant l'ordre de l'étoile fut avili dès son origine , parce qu'il ne distingua personne , le monarque ayant créé d'abord cinq cents chevaliers. On était d'ailleurs dans un tems peu propre à donner des fêtes. La famine était si grande que le seticr de bled se vendait huit livres parisis , ce qui revient à ciuquante livres de notre monnaie actuelle. N"os armes n'avaient aucun succès contre les Anglais. Cetle même aimée , ils se rendirent maîtres dé Guines au mois de septembre ; par la trahison de Beaucourroy, lieutenant de la place, qui expia ce crime par une mort honteuse. Aimeri de Pavic ,

commandant de Calais , qui avait séduit Beancourroy, voulut surprendre , l'année suivante , Saint - Orner , où' commandait Charni. Il est pris lui-même dans une embuscade , et Charni le fait écarteler. Le roi d'Angleterre n'avait pas ainsi traite Charni, comme on l'a vu, lorsqu'ayant engage', Tan 1348, ce même Aimeri à lui livrer Calais, il fut surpris au moment où il allait s'emparer de la place. Edouard lui ayant pardonné généreusement, Charni, par reconnaissance , devait user envers Aimeri de la même générosité.

L'an i354 (N. S. ) le connétable la Ccrdatest assassiné dans son lit à Laigle le 6 janvier , par ordre de Charles , dit le Mauvais, roi de Navarre, jaloux de son crédit avec tous les grands, et personnellement irrité contre ]ui pour avoir obtenu à son préjudice le coin lé d'Angoulême , sur lequel il avait hypothèque. Le roi, beau-père du coupable, est obligé de pardonner ce meurtre dans l'impuissance où il est de le punir. Mais cette grâce, accordée à la nécessité, ne réconcilia pas ces deux princes. (Voyez les comtes d'Evreux et les rois de Navarre)

L'an i555 (N. S. ), le soir du mardi-gras, les Anglais surprennent par escalade le château de Nantes ; mais la nuit même il est repris par Gui de Rochefort , qui fait hacher en pièces les Anglais, pour avoir violé la trêve. Au mois d'octobre suivant , le prince de Galles , ayant débarqué à Bordeaux , se met à la tête de ses troupes , et ravage tout le pays , jusqu'aux portes de Toulouse , tandis que le roi , son père , après avoir débarqué a Calais , fait les mêmes dégâts en Picardie et en Artois. Les ressources pour soutenir le poids de la guerre étant épuisées , le roi Jean convoque les étals- généraux pour obtenir des subsides. Avant que de rien entamer , on y régla que nulle proposition ne serait admise sans le concours des trois ordres ; ce qui donna au tiers-état la même autorité à peu près qu'avaient les comniuues en Angleterre ; l'assemblée fut paisible , et le monarque en confirma les délibérations par son ordonnance du 28 décembre , qui en renferme le résultat. On y ordonna la levée de trente mille lances ou hommes d'armes , dont chacun devait avoir quatre combattants à ses ordres } on y réduisit toutes les impositions à deux , l'une sur les gabelles , l'autre de huit deniers pour livre sur tout ce qui serait vendu , à l'exception des héritages seulement. On y réforma aussi plusieurs abus, entre autres celui de la pourvoirie , qui consistait en ce que les officiers du roi prenaient sur le peuple , pour le service de sa majesté , vivres , charrettes et chevaux , sans rien payer; l'ordre des juridictions y fut- réglé, le service militaire fixé, la tyrannie de la chasse et de la pêche reprimée, le commerce encouragé.

44 CHRONOLOGIE tllSTORIQCE

Le monarque avait suspendu jusqu'alors la vengeance d'une conjuration que le roi de Navarre avait forme'e pour le faire enfermer et mettre à sa place le dauphin , qu'il avait fait entrer dans ses vues. Le jeune prince ayant bientôt reconnu sa faute, et ayant découvert secrètement le complot au roi , son père, tous deux se concertèrent pour tendre un piège à son auteur et à ses complices, et voici comme ils réussirent- L'an i55b , le dauphin, apprenant que le roi de Navarre doit donner un grand repas , le 5 avril ,dans le château de Rouen , s'y rend comme furtivement avec un petit nombre de ses partisans. Le roi , son père , vient après lui , accompagne' de cent hommes d'armes , par une route détournée , et nuitamment. Il entre subitement dans le château , comme on se mettait à table , et lançant un regard terrible sur la compagnie, défend que personne ne remue sous peine de mort. Alors s'approchant du roi de Navarre , il le saisit luimême , cl fait arrêter les antres. Cinq d'entre eux , dont le plus remarquable était le comte d'Harcourt, sont décapites en sa présence , le même jour , dans le champ qu'on nommait alors du •pardon. Le roi de Navarre , et deux de ses complices sont amenés au chàtelet de Paris , d'où le premier est ensuite envoyé au château d'Arleux en Cambrésis.

Les Anglais cependant , sous la conduite du prince de Galles , s'avançaient toujours en Aquitaine et avaient de'jà pénétré ètons le Berri. Le roi Jean quitte la Normandie, et passe la Loire , pour s'opposer à leurs progrès. A la nouvelle de sa marche, ils retournent sur leurs pas en diligence , et notre armée enfin les atteint à Maupcrtuis , à deux lieues de Poitiers. Là se trouvant serrés de manière que toute retraite leur était coupée , ils prirent le parti de se retrancher. Le poste qu'ils choisirent était avautageux ; mais leur perte n'en était pas moins inévitable par le défaut da vivres. Déjà le prince de Galles offrait d'abandonner les conquêtes qu'il avait faites en cette campagne , et de relâcher tous les prisonniers , avec promesse pour lui et les siens 'de ne porter de sept ans les armes contre la France. Il était naturel de rejeter ses offres , et d'exiger qu'il se rendit prisonnier avec son armée. Mais au lieu d'attendre que la faim les y contraignit, ce qui devait arriver sous trois jours , le malheur de la France voulut que le roi se détermina pour une bataille. Elle se livra le 19 septembre i^56; ce fut une répétition de celle de Créci. Douze mille Anglais , ayant l'avantage du terrein , et commandés par un olief expérimenté , triomphent d'une armée de quarante mille Fran** çais , combattant .sans ordre , et dans des défilés , où la supériorité du nombre devenait un obstacle même à la victoire. La principale noblesse de France périt dans l'action , ou fut fait*

prisonnière. Le roi Jean tomba lui-même , avec Philippe , son fils , entre les mains du vainqueur , qui les fît conduire à Bordeaux, puis, au mois d'avril de l'année suivante, à Londres. Dans la consternation où ce fatal e'vènement jeta la France, presque toutes nQS provinces demeurèrent ouvertes aux Anglais, aux Navarrois, et a des troupes de brigands, appelés Routiers , qui les désolèrent. Le dauphin e'chappa heureusement du combat j on prétend que ce fut par la fuite , et qu'il en donna l'exemple le premier. Que cela soit ou non , de son salut dépendait celui de la France. S'étant rendu à Paris , il prend en maiu les rênes du gouvernement, sous le nom de lieutenant du royaume; c'était celui que , par un pressentiment de l'avenir , lui avait donné le roi , son père, quelque tems avant la bataille de Poitiers. Le 17 octobre , il convoque les états- généraux de la langue d'oil , ou de la France septentrionale ; mais il les sépare au bout de huit jours, sans qu'ils eussent pris aucune resolution, et cela parce que les factieux y dominaient, et que leurs demandes tendaient à anéantir sou autorité. Marcel, prévôt des marchands, excite à cette occasion une sédition dans Paris , et oblige le dauphin à faire une nouvelle convocation des états. Ils s'assem* blent le 5 février 1 557» destituent les principaux magistrats, nomment un conseil de régence, et établissent des ofliciers pour la levée des deniers. Le 23 mars, le roi Jean cociclut à Bordeaux une trêve avec l'Angleterre pour deux ans. Elle ne rétablit pas le calme dans la France , la sédition continuait toujours à Paris ; elle redoubla vetffb fin de Tannée, à l'arrivée du roi de Navarre qui s'était échappé de sa prison le 8 novembre, ou iiui, selon d'autres, avait été délivré, de l'ordre du dauphin, àla/Iemmdc des états assemblés. Marcel lève alors l'étendard de la révolle , et donne aux séditieux, pour les distinguer, un chaperon imparti de verd et de rouge ; les rues sont barrées par des ch/unes qui leur servent de retranchements , invention singulière, Jout Pusage était ignoré avant ce terns. Paris devint alors un théâVi e d'horreur et de carnage. Plusieurs assassins poursuivis , trouvent des sauve-gardes aux pieds des autels ; quelques-uns toutefois' n'y restent point à l'abri de la justice. Au mois de janvier i558 , Perrin Mace, bourgeois de Paris, assassine dans les rues eu plein jour, Jean Baillet , trésorier du dauphin , et se sauve dans l'é-

Slise de Saint-Jacques de la Boucherie , qui jouissait du droit 'asyle. 11 n'y trouve point la sûreté qu'il espérait. Robert de Clermont, maréchal de Normandie , va , par ordre du dauphin, l'arracher de ce lieu privilégié, et le fait pendre sur-le-champ. Celte exécution irrite l'évêque de Paris, Jean de Mculcnt , qui cric à l'impiété sur ce qu'on a violé les immunités ecclésiastiques. Il fait détacher du gibet le corps du malfaiteur et le fait enterrer

nvcc cérémonie, lo 26 janvier, dans l'église où il avait été* pris» Sa mort ne tarda pas d'être vengée. Au mois suivant , Marcel étant entré, avec une escorte, dans la chambre du dauphin % logé à l'hôtel de Saint-Paul, fait assassiner aux yeux de ce prince le incrae Robert de Clcrmont, dont on vient de parler , et Jean de Conflans , maréchal de Champagne. L'£vêque de Paris défendit d'enterrer le premier eu terre sainte, parce qu'il avait, disait-il , encouru l'excommunication par l'enlèvement du criminel Macé.

Le dauphin , craignant pour sa vie , soit de Paris. Mais les désordres n'étaient pas moindres dans les provinces que dans la capitale. En Picardie, une multitude de paysans s'étant assemblée, avait formé une espèce de confédération appelée la Jaquerie. Leur dessein était d'exterminer la noblesse pour se venger des mauvais traitements qu'ils en avaient reçus. Ils égorgeaient tous les gentilshommes qui tombaient entre leurs mains , outrageaient leurs femmes, et pillaient leurs maisons. Les Anglais , les Navarrois , couraient le royaume , et laissaient partout des traces funestes de leur passage.

Le dauphin était cependant arrivé au terme de sa minorité, fixé alors a l'âge de 21 ans. Ayant assemblé les états à Compiègne le 14 mers, il s*y fait déclarer majeur et reconnaître régent de France, titre que le roi, sou père, lui avait donné avant de partir pour l'Angleterre en lui confirmant celui de lieutenant du royaume, mm dont il n'avait pu faire usage Avant sa majorité. Tout change alors de face. L'autorité, méconnue ou méprisée jusque-là dans celui qui ne l'exerçait que comme lieutenant-général du royaume , reprend ses 'droits dans le même prince , revêtu d'un titre que les peuples sont plus disposés à respecter, parce cni'il touche de plus près à celui de souverain. Le régent s approche de Paris , d'où le roi de Navarre avait été obligé de sortir à son tour, et l'investit. Marcel, voyant les Parisiens disposes à le recevoir, et redoutant sa vengeance, fait le complot de livrer , le premier août, Paris aux Anglais et au roi de Navarre x et de mettre ce dernier sur le trône de France. Jean Maillprd et Pépin des Essarts, instruits de la trahison, se mettent en devoir de la prévenir; ils arrêtent Marcel à la porte saint Antoine, la nuit du 3i juillet, comme il allait l'ouvrir aux Navarrois , lui reprochent sa perfidie , et le massacrent avec les gens de sa suite. Le lendemain, on fait main-basse sur ses complices. Robert le Cocq , éveque de Laon , l'un de leurs chefs , et l'homme le plus dangereux après'Marcel , eut le bonheur d'échapper par la fuite. Les Parisiens , délivrés de leurs tyrans, font une députalion au dauphin, pour l'engager à revenir. Il part de Charcnton,

fct rentre dans Paris le 4 août. Le roi de Navarre, détermine* à venger la mort de Marcel , s'unit aux Anglais et déclare la guerre en forme au régent; mais il ne peut l'empêcher de reprendre plusieurs villes.

Les compagnies, nommées les Brigants , continuent leurs ravages dans les provinces : ce nom leur venait d'une sorte d'épéc appelée brigantine, dont ils se servaient. A Éustache d'Aubericourt, l'un de leurs chefs , le dauphin oppose Brocard de Féncstrange, capitaine d'aventuriers lorrains, qui, l'ayant défait et blessé dangereusement dans un combat, le fit prisonnier, et dissipa son parti. Cependant la paix se négociait à Londres entre les rois de France et d'Angleterre, et fut eufin conclue à des conditions au6si dures pour le monarque prisonnier que honteuses pour sa nation. En voici le précis. Le roi Jean cédait en toute souveraineté au roi d'Angleterre, i° le Poitou, y compris la terre de Belleville et le fief de Thouars , la Saintonge, l'Agénois, le Périgord, le Limosin, le Querci, la ville et le pays de Tarbcs, l'Angoumois, le Rouergue; 2° la ville de Montreuil et ses dépendances; 3° le Ponlhicu; 4° Calais et les seigneuries de Merle , San gâte , Cologne , Valk , Oye et leurs dépendances ; 5° le comté de Guines; 6° les îles adjacentes aux pays susnommés; 7* le roi de France s'obligeait à payer au roi d'Angleterre , à divers termes, la somme de trois millions d'écus d'or. (Martennc AmpU coll. T. I, par. I. col. 186.) Ce traité ayant été apporté on France par le duc de Bourbon, les états assemblés ic 29 mai 1359, refusent de le ratifier. Edouard, piqué de ce refus, fait enfermer le roi Jean et son fils dans la tour de Londres, passe la mer, et débarque à Calais le 28 octobre, avec une armée de près de cent raille hommes. Il parcourt diverses contrées , le fer et la torche à la main, sans pouvoir néanmoins faire aucune conquête. Arrivé devant Paris , après avoir échoué contre Reims» il fait une tentative sur cette ville , dont les habitants l'obligent à se retirer. Enfin la paix est conclue par les plénipotentiaires des deux couronnes, le 8 mai i36o, à Brétigni, près de Chartres. L' Angleterre y gagne l'ancien duché d'Aquitaine, pour le posséder en toute suzeraineté, avec le Ponthieu, et la ville de Calais. Le régent confirma deux jours après le traité à Paris. Le roi Jean, délivré de prison, débarque le 8 juillet à Calais, où, le 24 octobre, il ratine le même traité. Remis le lendemain en pleine liberté, il arrive à Paris le i3 décembre. On veut lui persuader que les engagements contractés en prison n'obligent à rien. Il rejette cette frauduleuse défaite : Quand la bonne foi , dit-il, et la vérité auraient disparu de la terre , elles devraient se retrouver dans la bouche et le cœur des rois. Cette paix ne délivra pas la France des fléaux qui la ravageaient. Les troupes

anglaises , après avoir évacué les places qu'elles occupaient, se formèrent, en différents corps, auxquels on donna les noms de Grandes Compagnies, de Malandt ins , de Tard- venus» N'ayant d'autres ressources pour subsister que le pillage , ils l'exercèrent avec encore plus de férocité qu'ils ii'avaitnt fait

Î)endant la guerre. Une partie de ces bandits étant descendus le ong du Rhône, 'surprirent le pont S. Esprit et menaçaient Avignon. Le pape fit publier une croisade contre eux , et le roi , de son côté, fit monter à cbcval sa noblesse au nombre* de dis mille homtnes , sous la conduite de Jacques de Bourbon , comte de la Marche. L'armée française les ayant rencontrés près de Briguais, à trois lieues au-dessous de Lyon, fut mise en doroute , plusieurs seigneurs restèrent sur la place, et le général et son fils y furent blessés mortellement. Ce funeste échec est du vendredi après Pâques (2 avril i56i.). « Telle était, dit » le P. Daniel , la destinée du prince régnant de voir chaque » année de son règne marquée par quelque insigne malheur » . Fiers de leurs victoires , les Tard-venus se croyaient en état de tout entreprendre et s'y disposaient. Heureusement le marquis de Montferrat, appelé par le pape, les engagea de passer en Italie; mais avant leur départ , ils obligèrent le S. Père de leur donner l'absolution de leurs forfaits (V«y. le pape Innocent VI.). Ce fut durant ces troubles qu'on vit un nommé Jean Gouge, natif de Sens, porter l'audace jusqu'à se faire proclamer roi de France. 11 assemble des troupes, et nomme, pour sou lieulenant-géàiéral, Jean de Vernai , gentilhomme anglais, banni du pays pour crimes. Apres avoir fait le dégât vers le Rhôue, l'un et l'autre furent pris; mais on ne trouve nulle part ce qu'ils deviurcut (Daniel.).

La dignité de chancelier ne donnait point encore la noblesse. On conserve à la chambre des comptes de Paris des lettres du mois d'octobre i354 » par lesquelles le roi Jean anoblit Pierre de la Forêt , chancelier de France.

L'an i364, le roi voyant que le duc d'Anjou, son fils, s'en était revenu furtivement à Paris, de Londres où il était prisonnier , au mépris de sa parole d'honneur, il passe lui-même au mois de janvier en Angleicrre, pour effacer cette tache imprimée au nom français et au sang royal , résolu d'y rester jusqu'à ce que l'entière exécution du traité de Brétigni eût rendu la liberté aux otages. C'est la seule raison plausible de toutes celles qu'on a données de ce voyage, qui a causé tant d'étonnemeut. Il tombe malade à Londres , peu de tems après son arrivée , et meurt le 8 avril, âgé de 45 aus moins 18 jours, dans la 14e année de son règne, le jour moine que Bertrand du Gues-

eKn se rend maître de Mantes. Son corps fat rapporte en France, et inhume à S. Denis le 7 mai suivant, après avoir e'te' porlé de Paris en celte église , suivant la coutume , par les officiers du parlement. Ce prince avait peu de qualités vraiment royales , et presque toutes celles qui fout le parfait honnête homme. On prétend que le malheur de la bataille de Maupertuis avait opère' un grand changement en bien dans son caractère, dont l'impétuosité', dit-on , l'emportait souvent au-delà des bornes de la mode'ration et même quelquefois de la justice. Mais la nécessite' des conjonctures où il se trouva, doit lui servir d'excuse pour les actes de sévérité qu'il exerça, sans observer les formalités de la justice, contre des coupables puissants , dont il eut été dangereux pour * l'état de différer la punition. On doit lui pardonner également sa précipitation inconsidérée dans les opérations militaires. C'était alors le défaut commun de la chevalerie française. Les taches que cti imperfections ont répandues sur sa vie, n'ont pas empêche' ses contemporains de lui déférer le titre de Bon , que la postérité a consacré par son suffrage. Il avait épousé i° dans le mois de mai i5Î2 , Bonne , fille de Jean de Luxembourg , roi de Bohême , décédée le 11 septembre 1 349 » * Maubuisson , où elle est inhumée, 2° le 19 février i35o , Jeanne , fille de Guillaume XII , comte d'Auvergne , morte sans enfants , le 29 septembre i56o. Il laissa du premier lit Charles qui suit; Louis, tige de la 2me branche d'Anjou ; Jean , duc de Berri; Philippe, dit le Hardi, duc de Bourgogne ; Jeanne , mariée à Charles le Mauvais , roi de Navarre ; Marie, femme de Robert I, duc de Bar; et Isabelle, femme de JeanGaléas Visconti, duc de Milan ( Voy. Edouard 111, roi d* Angleterre.)

Le roi Jean II omet quelquefois le jour du mois dans ses dates. Il supprime aussi quelquefois le millième et le centième de l'ère chrétienne, et l'année de son règne. C'est sous ce prince qu'on rencontre le premier acte d'homologation. Etant sur le point d'être emmené prisonnier en Angleterre , après la bataille de Poitiers, il institua, comme on l'a dit, son lieutenant et régent du royaume, eu son absence, Charles, son fils aîné, par lettrespatentes, au bas desquelles on lit, dans le registre du parlement marqué C et D , Lecla et prceseniata in camerd parlamenti , 3 mnrtii ann. 1 556.

L'an i56r , le roi Jean , par un édit de la fin de novembre , unit à la couronne les duchés de Bourgogne et de Normandie, ainsi que les comtes de Toulouse et de Champagne.

Ce fut sous ce règne , et pendant les ravages que les Anglais firent en France, que l'usagcy cessa, dans les chapitres; de chanter

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