‹ L'Art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 8 sur 146 · VI · texte numérisé non relu

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5o CHROTïOT.OGIE HISTORTQTTE

matmes à minuit. Celui de l'église de Paris fut oblige' de le reprendre par un arrêt du parlement de i35g.

Les monnaies , sous ce règne , subirent aussi de grandes variations j et comme le taux de l'argent est le pouls de l'état, il faut dire que la France fut alors dans une espèce de fièvre continue, qui dérangea beaucoup sa constitution. Les choses en vinrent au point «pic le roi fut oblige de payer ce qu'il achetait pour sa maison, avec une monnaie de cuivre qui avait au milieu un petit clou d'argent. Cependant , chose étonnante, le luxe ne lut jamais pousse plus loin que dans ce tems là parmi les grands.

L'établissement de la cour des aides a pour e'poque la captivité' de ce prince. Elle fut composée depersonues notables , élues par Jes états généraux, afin d'imposer l'aide nécessaire pour la rançon du roi et les autres nécessités du royaume. Après la mort de ces premiers élus > le roi en subrogea d'autres, auxquels fut attribuée uuc juridiction coutentieusc ; moyennant quoi ils furcut créé* olliciers du roi en titre de cour des généraux des aides,

CHARLES .V, dit LE SAGE.

i564- Charles V, fils aîné du roi Jean , duc de Normandie , et premier dauphin de France , néà Vincenncs, le 21 jauvier i55y ( M. S. ) , succéda , le 8 avril i364 , à son père, et fut sacré le 19 mai suivant, fête de la Trinité , à Reims. Trois jours auparavant ( le jeudi 16 du même mois ) , Bertrand du Gucsclin avait défait , à Cocherel , sur la rivière d'Eure , entre Evreux et "Vcrnon , les Anglais et les IN'avarrois, commandés par le captai de Buch, Jean de Grailli , qui fut fait prisonnier. C'était une capture que du Gucsclin avait promise à Charles, pour est rennes, dit Froissard , de su noble roj auté. Mais ce grand capitaine est fait prisonnier , le 29 septembre suivant, à la bataille d* Aurai , par Jean Chaudos , le plus grand homme de guerre que les Anglais eussent alors. La Frauce, l'année suivante, commence à respirer, par le traité de Guéraude , conclu, le 12 avril, avec Jean de AJontfort, pour le duché de Bretagne, qui lui fut abandonné après 25 ans de guerre ( Voyez les ducs de Bretagne.). La paixayant été fuite vers lemêmetems avec le roi de Navarre, il ne restait plus, pour rétablir le calme dans l'intérieur du royaume , qu'à se défaire des grandes compagnies , dont le marquis de Montferrat avait déjà transporté une partie au-delà des Alpes. Du Guescliu , remis en liberté moyeunant une rançon de cent mille livres que Chaudos exigea , délivra la France du reste de ces bandits , en les emmenant avec lui au service de Fleuri de Transtaniarc , qui disputait le trône de Castille à

DES ROIS DE FRANCE. 5>r

Pierre le Cruel. Le prince de Galles appuyait ce dernier. Epuisé* par les secours qu'il lui avait fournis , il accabla d'impôts lcspcuplcs d'Aquitaine , pour rétablir ses iinauces. Plusieurs seigneurs , prélats , chapitres et communautés de Gascogne et de Guienne , portent leurs plaintes de ces exactions an roi de France. Charles, par ses lettres du a5 janvier i3(»7 (V. S. ) , fait ajourner , par un chevalier et le juge criminel de Toulouse , le prince de Galles à la cour des pairs , pour y rendre raison de sa conduite. L'acte d'ajournement est daté du a5 janvier i3G8. ( V. S. ). Le prince répond à ceux qui le lui signifient : Nous irons volontiers à Paris , puisque mandé nous est du Rojr de France ; mais ce sera le bacinet en tête, et soixante mille hommes en ma compagnie.. Cette réponse , à laquelle on devait s'attendre , est le signal de la guerre. On prend les armes de part et d'autre. Au mois de niai suivant t Charles envoie déclarer la guerre en forme au roi d'Angleterre. Un simple valet da l'hôtel lut chargé d'aller porter ce défi ; et l'on en usa de la sorte , parce que le prince de Galles avait fait emprisonner les deux personnes caractérisées qui lui avaient signifié sou ajournement. (Le Songe du Verger, Juvénal des Ursius, et quelques autres, disent même qu'il les fit mourir. ) Jamais menace, au reste , ne fut suivie d'un si prompt effet. A peine le messager est-il de retour, que le comte de Saint-Pol et le sire de Chatillon, entrent à main armée dans le Ponthicu. Abbcville, dont ils s'approchent, leur ouvre aussitôt ses portes. Ils font prisonniers les Anglais qui s'y trouvent, ainsi que Louvan, gouverneur du Ponthieu pour Edouard. Saint-Valeri se rend en même tems. ).a plupart des autres places se soumirent d'elles-mêmes. La forteresse de Pont-de-Remi , fut presque la seule qui soutint un <iêge : elle fut emportée d'assaut; et la réduction du Ponthicu se ht avec une célérité qui ne donna pas aux ennemis le tems de se reconnaître. Dans l'Aquitaine , les armes françaises faisaient des progrès également rapides , sous la conduite du duc d'Anjou, gouverneur du Languedoc. Une partie du Querci, du Rouergue, du Limosin , secoua volontairement le joug des Anglais. Montauban et plusieurs autres villes, après quelque résistance , furent obligés de se rendre aux Français. Le duc de Lancastre cependant fait une descente à Calais , et ravage la Picardie. Le duc do Bourgogne, envoyé contre lui, se contente de l'observer et de le tenir en échec. Il etit souhaité , aussi bien que son armée , d'en venir à une bataille '9 mais son impétuosité naturelle était retenue par les ordres du roi , son frère , qui voulait apprendre aux Français à vaincre sans combattre. L'an i3yo, du Guesclin, rappelé d'Espagne , va joindre l'armée du duc d'Anjou. La présence de ce capitaine , déjà si renommé par ses exploits ,

remplit les troupes «l'une confiance qu'elles n'avaient point encore éprouvée. Tout plie de gre' ou de force sous les armes françaises. Le duc de Berri se rend maître de Limoges , moins à la ve'rite' par sa valeur, que par la bonne volonté' de l'éveque et des bourgeois ; mais la place est bientôt reprise par le prince de Galles , qui exerce une cruelle vengeance sur ses malheureux habitants. Ce fut sa dernière expédition. Il c'tait malade alors, et il retourna en Angleterre, où il ne fit plus que languir. Robert Ruolles , à la tète de trente-cinq mille Auglais , faisait dans le même tems de grands dégâts en de ça de la Seine. Anrès avoir ravagé la Pinrdicet la Champaguc, il était venu ju6qu aux portes de Paris , d'où il dirigea sa route vers le Maine. Le roi fait revenir du Guesclin, et lui remet en main, le 2 octobre, IVpîe de connétable, qu'il s'excuse de recevoir, en disant : « Il m est ve'rite que je suis un pauvre homme, et de si basse venue » eu l'office de connétable , qui est si grand et si noble , qu'il r convient qui bien le veut exercer et s'en acquilter , qu'il » commande et exploite moult avant, et plus sur les grands que >» sur les petits^ Or vcez-ci messeigneurs vos frères , vos neveux » et vos cousins , qui auront charges de gens d'armes en ost » et chevauchées; et comment oserai-jc commander sur eux? » Lors répondit le roi , cl dit : Messire Bertrand , ne vous » excusez point* par cette voye ; car je n'ai ni frère, cousin , » ne neveu , ne comte , ne baron en mon royaume , qui n'o- » beis.se à vous , et se nul en esloit au contraire, il me courroud ceroit. » ( Froissard , vol. I, ch. 29. ) Après cette re'ponse , il se rend , et le roi l'envoie à la poursuite de Knolics. Du Guesclin atteint une partie de sou armée à Pont-Valiam , et la tnillc en pièces; il marche ensuite vers les autres quai tiers des ennemis, qu'il enlève avec le même bonheur. Ce fut dans cette expédition qu'il fit , à Pontorson , le 28 octobre , une alliance , ou fraternité d'armes, avec son compatriote Olivier Clisson , l'ennemi le plus implacable des Anglais. La fortune ne fut pas plus favorable sur mer à cenx-ci que sur terre. L'an 1371 , le 2a et le 23 juin , la flotte castillane , sous la conduite de Boccanégra , bat leur (lotte commandée parle comte de Pcmbrock, à la hauteur de la Rochelle j elle la poursuit jusqu'à la vue de Bordeaux, où elle fait échouer une partie de ses vaisseaux, et coule l'autre à fond : Pembrock, avec grand nombre desisiens, est pris et emmené prisonnier en Castilie. Cet échec > dit Mézerai , fut la ruine entière du parti anglais. L'an 1^72, du Guesclin ayant sous ses ordres le duc de Bourgogne , le comte d'Alençon, et l'élite de la noblesse française, passe la^ Loire à la tête d'une armée de plus de trois mille lances. Malgré la bravoure et l'expérience du captai de Buch , qui avait recouvre sa liberté par la

des rois de francet. 53

paix faîte avec le roi de Navarre , et remplaçait le prince de Galles, les villes d'Aquitaine , pour la plupart, ou se rendirent d'elles-mêmes , ou ne firent qu'une faible résistance j celle de Poitiers fut du nombre des premières ; le château soutint un siVge, et fut emporté d'assaut. Mais ce qui valut la conquête d'une province, le captai fut pris devant Soubise, par Yvaio , issu des anciens princes de Galles , et amené' à Paris. Le roi le lit enfermer dans la tour du Temple, et refusa constamment de le rendre. Il mourut cinq ans après dans sa prison. La réduction de Soubise fut suivie de celle de Saint-Jean-d'Angcli d*Angoulêinc , de Taillebourg et de Saintes. La Rochelle , dont le port était bloqué par la flotte castillane , avec laquelle , par le moyen d'Yvain de Galles , elle était d'intelligence , surprit elle-même , le 8 septembre , la citadelle qui la commandait , et rentra de plein gré sous la domination de la France. Il n'en fut pas do même de Tliouars , où les seignenrs poitevins , attachés a l'Angleterre , s'étaient renfermés. Il fallut en faire le siège. La garnison , près de succomber , promit de se rendre , si dans la Saint-Michel prochaine ( on était alors au mois de juin ) , il ne venait point de secours. Le roi d'Angleterre , instruit de la situation des assiégés , monte sur une flotte pour venir les dégager. Mais les vents contraires l'empêchant d'aborder sur les côtes de France , il est obligé de s'en retourner. Le terme expiré , Tliouars exécute la capitulation, et ouvre ses portes aux assiégeants.

Le roi Charles V fit vers le même tems un voyage en Bourgogne , dont les historiens ne parlent point. Etant venu à Cluni , sur la bonne renommée de ce monastère, il fait expédier sur les lieux des lettres datées du 5 janvier iïj i , ( V. S. ) par lesquelles il déclare qu'ayant considéré testât desdiz Religieux avecques gratis diligence et advis, il a veu et trouvé véritablement In renommée est re vraie , et les faiz surmonter la renommée. En conséquence, Nous, dit-il , en l'honneur et révérence de la sainte Trinité 9 etc. voulons d'ores enavant es ire frère et fils desdîz Religieux et de ladicte Abbaye , et dès maintenant nous y tenons et à toujours mais nous et les nos très protecteurs , défendeurs etaideursaVyceux Religieux et abbaye, tant en chief comme en membres. ( Archives de Cluni. )

Les affaires des Anglais en France allaient toujours en dépérissant. L'an 073, le connétable, après s'être rendu maître de presque tout ce qui leur restait de forteresses en Poitou, passe en Bretagne. Chassés de toutes parts les Anglais trouvaientencorc dans ce pays un asile par la faveur du duc qui leur était dévoué. Mais a l'approche de l'armée française, toutes les villes se soumirent,

excepte, ditNicolle Gilles, Brest , Aurai et Dervaî. Du Guesclin e'tait occupé au siège de Brest lorsqu'il fut rappelé' de Bretagne pour aller s'opposer au duc de Lancastre, qui venait de débarquer, le 20 juillet, avec 3o,ooo hommes à Calais. Le conne'table rencontre cette armée auprès de Troycs ' il la suit en la harcelant sans cesse jusqu'en Guierme , et la maltraite si fort , qu'en arrivant à Bordeaux elle se trouve re'duite à 6,000 hommes.

Les papes avaient souvent travaille', mais sans succès, à la réconciliation des deux couronnes. Grégoire XI fut un peu plus favorablement écoute'. L'an i375, à sa prière, il y eut une trêve conclue à Bruges le 17 juin, pour un an et trois jours, par les plénipotentiaires de France et d'Angleterre. Lps auteurs varient sur l'époque précise de cette trêve. Mais ils s'accordent tous à dire qu'elle fut prolongée jusqu'en 1377. Elle venait d'expirer,, lorsqu'Edouard 111 mourut le 21 ou a3 juin de cette année. Charles V ne négligea point une circonstance aussi favorable à la France. Il avait toute prête une flotte composée de trente-cinq vaisseaux de ligne , et aune infinité d'autres bâtiments. 11 la fit partir incontinent pour l'Angleterre, sous les ordres de l'amiral Jean de Vienne, neveu du brave défenseur de Calais. Elle fit sa descente dans le comté de Kent quatre jours après la mort d'Edouard , surprit et brûla la ville de Rye ; puis s'élant remise en mer, elle côtoya l'ile et y répandit la désolation. Froissard prétend que les Français n étaient pas encore informés de la mort d'Edouard; mais ils savaient du moins qu'il était hors d'état d'agir. Dans le même tems le duc de Bourgogne s'avançait, à la tète d'une armée, sur les froutières de PicaHie. D'uu autre coté le duc d'Anjou , accompagné du connétable , porta ses armes en Guieune. Elles y firent des progrès si rapides , que dans le cours de trois mois elles réduisirent cent trente-quatre villes ou places fortifiées. ( 11 faut se souvenir que tout alors élail forteresses ou villes fermées.) La plus considérable de ces conquêtes fut celle de Bergerac, qui soutint quinze jours de siège. Thomas Fellcton , gouverneur ae Bordeaux , étant accouru pour le faire lever, fut battu et fait prisonnier. Enfin Olivier Clisson , envoyé dans la Bretagne avec une autre armée ( c'était la 5e ), soumit tout ce duché, à l'exception de Brest qui demeura investi par les Français.

L.an 1378 ( N. S. ) l'empereur Charles IV vient à Paris avec sou fils Venccslas, roi des Romains, pour voirie roi , son neveu, et accomplir un vœu de pèlerinage à St. Maur des Fossés. Le roi le reçoit avec de grands honneurs. La première entrevue de ces deux princes se fit le 4 janvier , près la Chapelle , entre St. Denis et Paris. A leur assemblée, dit une ancienne chronique,

l'empereur osta aumusse et chaperon tous jus ; et le roi osta son chapel tani seulement. L'empereur reprit la route d'Allemagne le 16 du même mois, laissant à Paris son chancelier, avec ordre de présenter au dauphin des lettres de vicaire-général de l'empire dans le royaume d'Arles , qu'il .avait fait expédier secrètement pour ce prince durant son se'jour , et qui furent reçues avec action de grâces. On voit par là que ce qu'on appelait le royaume d'Arles était encore regarde comme mouvant de l'empire. Peu de tems après le de'part de l'empereur , on découvrit l'horrible projet du roi de Navarre, qui voulait faire empoisonner le roi de France. Jacques de Rue , chargé d'exécuter ce régicide, fut arrêté, convaincu, et puni de mort le 21 juin de la même annéje. Le duc de Bourgogne cl le connétable furent envoyés en même tems pour se saisir des places qui appartenaient au roi de Navarre eu Normandie. Cherbourg, défendue par les Anglais à qui ce prince l'avoit cédée , fut la seule place qu'ils ne purent emporter. Dans ces entrefaites on vit éclater le grand schisme d'Occident, qui, d'antipape en antipape, fut prolongé, l'espace de quarante ans avec des scandales infinis. Le roi Charles Y , après la délibération unanime d'une nombreuse assemblée tenue à Vincennes, donna, le 16 du mois de novembre 1378, une déclaration par laquelle il adhérait au pape Clément VU, contre Urbain VI, son compétiteur. L'université fut plus lente à se déterminer : elle n'embrassa l'obédience de Clément que sur la fin de i3B2. ( du Boulai. )

Dans le tems que Charles embrassa l'obédience de Clément VIT, l'Angleterre , par antipathie pour la France , se déclara pour Urbain VI. Le duc de Bretaguc , réfugié depuis quatre ans dans ce royaume, ne manqua pas de suivre cet exemple. Ce fut un nouveau grief du roi de France contre lui. Charles, résolu de pousser à bout ce vassal obstiné dans sa révolte, convoque, au mois de décembre 078, l'assemblée des pairs; et par l'arrêt, qu'il fit dresser en sa présence, confisque à son profit le duché de Bretagne. Du Guesclin , euvoyé sur les lieux pour mettre à exécution ce jugement , se comporte avec la modération qui convenait envers ses compatriotes. ( Voy. les ducs de Bretagne ) Bureau de la Rivière , habile courtisan , jette a celte occasion des soupçons dans l'esprit du roi sur le connétable, comme s'il eût favorisé le duc de Bretagne. Charles écrit a du Guesclin une lettre de reproches , à laquelle ce héros fut si sensible, qu'il renvoya l'épée de connétable. Le roi ne tarda pas à reconnaître son erreur; les ducs d'Anjou et de Bourbon étant venus de sa part trouver du Guesclin , l'engagèrent, après miel que résistance, à revenir à la cour. Charles , l'au i3Ôo , le chargea d'une expédition dans les provinces

56 CHKOKOLOGIE HISTORIQUE

méridionales où les Anglais se montraient encore. Ce grand capitaine tombe malade devant le château de Randan , en Gévaudan, qu'il assiégeait , et meurt le i3 juillet, à Page de soixante-six ans, peu de moments après avoir reçu les clefs de la place ( Daniel, N. Ed. ). Son corps, par ordre du roi , fut porté à S. Denis pour y être rais à cote' du tombeau que ce prince s'était fait élever à lui même (*). En disant adieu aux vieux capitaines qui l'avaient suivi depuis quarante ans : iV'owbliez pas , leur dit-il, ce que je vous ai répété mille fois , qu'en quelque pays que vous fassiez la guerre , les gens */Vglise, les femmes , les enfants et le menu peuple ne sont point vos ennemis. On dit que sa coutume était, avant d'aller au combat , de manger trois soupes au vin en l'honneur de la Trinité. Nous lisons la même chose des anciens preux daus le roman de Pcrceval. Du Guesclin ne laissa qu'un fils naturel, quoiqu'il eût été marié deux fois. Le roi Charles ne lui surve'cut que deux mois. Ce prince mourut au château de Beauté sur- Marne le \6 septembre i38o, des suites du poison que le roi de Navarre lui avait donné vingt ans auparavant. Jl était dans la quarante-quatrième année de son âge , et la dix-septième de son règne. Son inhumation fut retardée jusqu'au 4 octobre , psr l'absence de ses frères , et du duc de Bourbon , son beau-frère, qu'on crut devoir attendre pour cette cérémonie. Le corps, pendant cet intervalle, resta huit jours en dépôt dans Tabbave de S. Antoinc-des-Champs. Par son testament, il avait ordonné qu'il fût inhumé auprès de sa mère , dans la chapelle qu'il avait fondée , et qu'à ses pieds serait mis Bureau de la Rivière, son chambellan , lorsqu'il serait décédé. Charles avait épousé, le 8 août i35o , Jeannb, fille de Pierre I, duc de Bourbon. Cette princesse , que son époux appelait le soleil de son royaume , et qui mérita ce titre par les qualités du corps, de l'esprit et du cœur, mourut en couches le 0 février 1578. ( N. S.) Elle fut mère de neuf enfants, dont trois survécurent à leur père, savoir Charles , qui suit; Louis duc d'Orléans , tice de la branche royale de ce nom, et de celle qui, commençant a François I*% a pris le nom de Valois, ou d'Orléans-Valois; et Catherine , dont la naissance causa la mort de sa mère. Jean de Berrî ,

(1) Cependant on voit dans lYglise des Dominicains du Pui un tombenn sur lequel est représente un chevalier armé de son épée, de son casque et de «a entrasse , avec celle légende gravée autour de ce monument : Cy oist Hono-

RABLL HOMME ET VAILLANT MfsSIRE BfBTAAND ClaiKLIK, COMTE DR LoS- OUBVILLB , JADIS CONNETABLE DE FRANC fi , QU I TRÉPASSA l'aN M CCC lïXX ,

LE xiv jour de juillet. Ce sont apparemment les cnir.ûllc» de du Gimcliu, ou gotique autre moindre partie de son corps que ce tombeau renferme.

DES ROIS DE FRANCE* 5j

cTmite de Monlpensier , épousa Catherine, (jpii mourut au mois d'octobre i38J3. (Charles V acquit par sa pie'lë sincère , et par sou habileté' d ms le gouvernement , le surnom de Sage, que la postérité lui a donne'. En montant sur le trône , il avait trouve les affaires du royaume presque désespérées ; il les releva ar sa prudence , cl les mit dans un état de prospérité qui l l'admiration de l'Europe. Sans sortir de son cabinet , it reprit sur les Anglais tous les pays que ses prédécesseurs avaient perdus à la tête desarméeslcs plus nombreuses. Edouard III, ce fier et redoutable ennemi de la France , disait avec étonnement en voyant les progrès de Charles, qu'il n'y eut onc fxoy qui si peu s'arma s t , et qui tant lui donnas t d1 'affaires. Malgré les guerres continuelles qu'il eut à soutenir, il laissa • dit-on , dans ses coffres à sa mort, douze mille e'eus d'or.

Ce fut ce prince qui fixa à quatorze ans commencés, la majorité' de nos rois , par son ordonnance dressée à Vincennes , dans le mois d'août i5y4> et enregistrée au parlement le 2i> mai de l'année suivante.

Charles V aimait les lettres et les protégeait. La bibliothèque royale lui doit sou origine ; il l'enrichit de neuf cents volumes. Nicolas Oresme , graud-maitre du collège de Navarre, et ensuite évêqnc de Lisicux , traduisit par ses ordres la Bible eu français. Charles la lisait en entier tous les ans. Raoul de Presles, maître de* requêtes de l'hôtel, fut aussi charge' par ce prince, de la traduction française des vingt-deux livres de la Cité de Dieu de Saint- Augustin ; travail pour lequel il lui fut adjuge' quatre mille francs d'or par chacun an. Ce fut ce prince qui ht construire la forteresse de la Bastille, dout Hugues Aubriot , prévôt de Taris , natif de Dijon , posa la première pierre, le 22 avril i3to, et qui fut achevée eu i38a. Ce fut aussi sous non règne que le même prévôt construisit, ou plutôt augmenta le petit Châtclet, réédilia le grand pont, aujourd'hui le pont au Change, que les débordements de la Seine avaient ruiné , et inventa les premiers égoùts souterrains , pour débarrasser la capitale des immondices et des eaux inutiles. Ce magistrat , qui alliait à l'amour du bien public , des mœurs, corrompues, fut enfermé , au commencement du règne suivant, comme juif et hérétique , pour avoir réprimé des étudiants de l'université, qui se livraient aux plus grands excès. Riais les Parisiens, dans une révolte qui s'éleva peu de tems après , l'ayant tiré de prison pour le mettre à leur tète , il profita de la faveur du sort pour se retirer secrètement , et ne reparut plus dans la capitale.

Charles V, malgré sou bon esprit, avait le faible de croire à VI. S

56 CHRONOLOGIE HISTOMQCE

l'astrologie. 77 eut en grande recommandation , dit un ancien auteur, /es astrologiens, et se gouverna par eux ; et spécialement moine Gên ais Chrétien , grand et profond astrologien^ en faveur duquel il fonda , Van iSto' , un collège d'astronomie et de médecine à Paris. C'est le collège dit maître Servais.

Ce monarque, à qui l'on a donne le nom si bien me'rité de S*gc, avait néanmoins un fou attitré' pour le divertir. Tous ses successeurs en ont eu depuis jusqu'à Louis XIV, qui bientôt se dégoûta de ce ridicule officier.

Charles V", tantôt exprime, tantôt supprime le jour du mois dans les dates de ses diplômes. Le règlement qu'il fit touchant le domaine dclphinal, est signe? de sa propre main : ses autres actes sont ordinairement signés par des secrétaires. Pendant la prison du roi Jean , les sceaux de France e'taient en Angleterre. Charles , dans cet espace de tems , se servit d'abord du sceau du Chàtclet , tant qu'il ne fut que lieutenant du roi, et ensuite du grand sceau de Normandie , lorsqu'il eut pris le titre de régent. ( N. 7'r. de Diplom. )

Sous Charles V, on imagina les habits mi-partis , semblables à ceux de nos bedeaux. A. la réception de l'empereur Charles IV, le prévôt des marchands, les echevins, et les plus notables bourgeois de Paris , étaient vêtus de robes mi-parties de blanc et de violet j deux couleurs partageaient également les robes des officiers de la maison du roi. Les maitres-d'hôtel portaient velours îude et tanné; les huissiers , camocas bleu et rouge; les panetiers, echansous et valets tranchants, satin blanc et tauué ; les valctsde-chambre , gris-blancct noir, etc. Le roi était vêtu par-dessous son manteau royal , d'une côte-hardie d'écarlate vermeille, dont la forme ressemblait assez aux fourreaux des enfants. Cet habillement était commun aux hommes et aux femmes, et avait une queue traînante plus ou moins, suivant la qualité des personnes. Ce fut aussi sous ce règne que les nobles des deux sexes commencèrent à porter les armoiries de leur maison , brodées sur leurs habits. Ajoutons, avec une ancienne chronique manuscrite, que en ce loms, la coutume des hommes estoil qu'ils s1 armoient de éiaimes à camnil à une pointe ague et à un gros orson sur les espaules , et chascuu avoit sa hache attachée à sa ceinture*

Charles V accorda , par édit de 1 371 , la noblesse à tous les bourgeois de Paris ; ce qui fut confirmé par Charles VI, Louis XI, l'rançois 1er, et Henri 11. Mais Henri III restreignit ce privilège en 1577 , aux seuls prévôt et échevins.

Le marc d'or, sous le règne de Charles V , était à soixantetrois livres dix-sept sous six deniers , et celui d'argeut à cinq

livres seize sons; d'où il suit que la somme de dix mille livresque ce prince avait assignée pour la dot de chacune de ses filles , revenait environ à quatre-vingt-dix mille livres de notre monnaie.

CHARLES VI , dit LE BIEN-AIMÉ.

i38o. Charles VI, ne' le 3 décembre i56*8 , succéda , le \G septembre i58o , à Charles V, son père. Les premiers jours de son règne furent agités par les contestations de ses trois oncles , le duc d'Anjou, le duc de Berri et le duc de Bourgogne, qui se disputaient la régence. Pour les accorder, il fut conclu, dans une assemblée des grand» du royaume , tenue le a octobre, que le jeune prince serait émancipe et déclaré majeur , quoi qu'il n'eût que douze ans , à condition qu'il gouvernerait le royaume par l'ovis et le conseil de ses oncles. Le due d'Anjou , qui s'était déjà emparé de la régence , s'en démit alors. Le i,r novembre suivant , Charles arrive à Reims, où il est sacré le 4 par l'archevêque Richard Picqne, surnommé aussi de Besançon. Au festin qni suivit la cérémonie , les grands-barons servirent les plats , montez , dit Froissard , sur haux destriers ( chevaux ) tous couves et parez de drap d'or. Le cardinal de la Grange , principal ministre du feu roi, fut alors congédié. Ce prélat, bénédictin de profession , puis évêque d'Amiens , avait indisposé contre lui , sous le règne précédent , l'héritier de la couronne, par le peu de ménagement qu'il avait eu pour |ui. On rapporte qu'à la mort de son père , ce prince avait dit à Pierre de Savoisi , son chambellan : Dieu merci, nous voilà délivrés de la tyrannie de ce Capelan. Les peuples lui imputaient aussi les impôts considérables que Charles V avait mis sur eux , et l'accusaient d'en avoir diverti la meilleure partie à son profit. Ce qui est certain , c'est qu'il se retira , chargé de richesses et de la haine publique , à la cour pontificale d'Avignon. Le duc d'Anjou , qui prit eu main le maniement des finances après lui , fit bientôt oublier les vices de son administration. Non content d'avoir pillé le trésor royal à la mort du roi son frère , il ne s'occupa qu'à verser les deniers publics dans ses coffres , pour se mettre eu état d'aller prendre possession du royaume de Naples , que la reine Jeanne Ir* lui avait légué par son testament du 25 juin i38o. Ce prince , en effet, se rendit en Italie , l'an 1382, avec des trésors immenses , pour faire valoir ses prétentions; mais il échoua dans son entreprise , et mourut pauvre à Biselia , près deBari le 20 septembre i384. Avant son départ, il avait fait , le i5 janvier de l'an i38i , la paix du duc de Bretagne avec la France, à des conditions avantageuses pour cette couronne. On doit aussi lui savoir gré de l'édit ou de la déclaration du

60 CHRONOLOGIE HISTOMQrE

5 avril i38i , qui abolit l'usage ancien où l'on e'iait cle confisquer les biens des Juifs , quand ils embrassaient la religion chrétienne. Le prétexte sur lequel on appuyait celte coutume bizarre , était que la liberté qu'acquérait le juif en se convertissant, dépouillait son seigneur de la propriété qu'il avait auparavant de sa personne. 11 arrivait de là que ces juifs convertis, se voyant dénués de tout, ei réduits à la mendicité, retournaient au Judaïsme. Philippe le Bel, avant Charles VI, avait senti cette conséquence dangereuse, et tâché de la détruire dans le principe , par son édit du 4 avril i3o2 j mais la force de l'usage avait prévalu.

Charles ♦ dans l'âge des amusements , ne respirait que les combats. L'an i38vi , le comte de Flandre , chassé par les Gantois , ayant imploré le secours de la France, le jeune monarque saisit avec empressement celte occasion de signaler sa valeur. Il part sur la fin d'octobre avec les ducs ses oncles, suivi d'une florissante armée, conduite par Olivier Clisson , qu'il avait nommé connétable, suivant les dernières volontés du roi , son père. Bataille de Rosebecq , entre Deinse et ILiricbek, gagnée par les Français , le 27 novembre (un jeudi ) , sur les rebelles, dont vingt-cinq mille ( d'autres disent quarante mille ) , restèrent sur la place avec Philippe d'Artevelle , leur chef. Boucicaut, depuis maréchal de France, combattit à cette journée , étant encore fort jeune. Un chevalier flamand , qui abattait à coups de sabre tout ce qui se rencontrait devant lui , le voyant approcher la hache levée , lui décharge un coup , dont il la fait tomber de ses mains, en lui disant, d'un ton de mépris : Enfant , vas tetler ; et ne daignant pas achever , il tourne d'un autre côté. Boucicaut , outré de dépit , tire son épée et la lui passe au travers du corps ( Voy. Lotiis , comte de Flandre. ). Pendant l'absence de Charles , les Parisiens se soulevèrent à l'occasion du rétablissement des impôts ; c'était la troisième révolte de ce peuple, sous le nouveau règue , pour le même sujet. Elle fut appelée des Maillotins , à cause des maillets que les séditieux étaient ailes prendre, les uns disent à l'Hôtel-de- Ville, les autres à l'Arsenal, pour assommer les fermiers des aides et des gabelles, briser leurs bureaux, enfoncer les portes des prisons, etc. Charles, étant revenu triomphant dans sa capitale , le 10 janvier i58a ( V. S. ) , tire une vengeance éclatante de ces révoltés. Mais des innocents furent confondus avec les coupables, qu'il fit exécuter à mort. Du nombre des premiers, fut l'avocat du roi, Jcau Dcsmarcls, magistrat respectable , dont tout le crime était d'avoir encouru , par son intégrité , la haine des ducs de Berri et de Bourgogne. Arrivé au lieu du supplice , on le pressa de demander pardon au roi. Maître Jean , lui disait-on , criez merci au Roi,.

DES ROIS DE FRANCE* 6l

cfin qiiil vous pardonne. A quoi il répondit : Tai servi au Roi Philippe son grand ayeul, eu Roi Jean et au Roi Charles son père , bien et loyaument ; et otuzques ces trois ne me sçurent que demander : et aussi ne feroit ceslui , s'il avoit âge et connoissance d'homme. A Dieu seul vèuil crier merci. Cette exécution tira les larmes des yeux de tous les assistants. La cour n'eu demeura pas là. Le 27 du même mois de janvier , le roi, par un édit , abolit l'échevinage de Paris , et supprima la charge de prévôt des marchands , dont les fonctions furent re'unies à colles du prévôt de Paris, qui, le même jour, alla prendre possession de l'Hôlel-de-Ville. Le châtiment des Parisiens fit rentrer dans le devoir les villes de province qui avaient suivi leur exemple.

La victoire qne Charles avait remportée sur les Flamands , n'avait pas changé les dispositions séditieuses des Gantois. Etant informé qu'ils avaient appelé les Anglais , et les avaieut aidés à s'emparer de plusieurs places de Flandre, il assemble une nouvelle armée pour retourner en ce pays. Mais avant que de le suivre , la noblesse , qu'il avait convoquée , obtint de lui que les procédures intentées contre elle , seraient suspendues pendant le cours de la campagne : premier exemple de ce qu'on nomme Lettres d'Etat. Nos rois n'en ont jamais accordé depuis de si amples. ( Daniel. ) Les croisés, au reste , sous la protection des papes , avaient joui de quelque privilège à peu près semblable. Tous les préparatifs étant faits avec une diligence incroyable , le roi se met en marche , le 5 août i385 , à la tête de deux cent mille hommes , accompagné du duc de Bourgogne , qui devait, comme héritier présomptif de la Flandre , recueillir tout le fruit de cette expédition. Elle fut heureuse ; les Anghis , commandés par l'évêque de Norwich , furent obligés d'évacuer la Flandre ; et les rebelles, contraints de rentrer sous l'obéissance de leur comte. Après avoir ainsi pacifié le pays , Charles en sortit le 22 septembre, et revint triomphant à Paris. ( Meyer. ) Ou pensa pour lors à le marier, et son choix se fixa sur Isabelle, fille d'Eiieuue, duc de Bavière-Ingolstad , qu'il épousa , le 17 juillet i5ti5, dans la cathédrale d'Amicus.

L'Angleterre était toujours en état de guerre avec la France. L'an i58o , Charles, résolu d'aller attaquer les Anglais dans leur ile , fait équiper la Hotte la plus considérable que nous eussions eue dans nos ports depuis Chartemagne. Elle était composée de douze cent quatre-vingt-sept vaisseaux ; et il y en avait assez , dit FroUsard , j*oi*r faire un pont de Calais à Douvres. Charles se rend a l'Incluse, d'où celte flotte devait partir, dans le des- #cin de se mettre à la tète de cette expédition : mais l'entreprise

fut rompue par les re la r déments affectes du duc de Berri , qui se fit attendre jusqu'au 14 septembre, tems auquel la mer n'était plus tenable. L'affaire fut remise au priutems de Tannée suivante ; mais pendant l'hiver une partie de la flotte fut brûlée , et l'autre enlevée par les Anglais.

Le célèbre édit de saint Louis , qui proscrivait le duel judidiciaire , était alors presque entièrement oublié , même dans les domaines du roi. Le 22 décembre i386, le parlement ordonna , par son arrêt , un de ces combats , qui fut exécuté sous les murs de Saint-Martin dos-C hamps à Paris-, le roi présent avec sa cour , entre le chevalier Jean Carougc, et Jacques le Gris, écuyer, et favori de Pierre II, comte d'Alençon. La femme du premier accusait le second d'être veuu chez elle, pendant que son mari était à la Terre-Sainte , et de lui avoir fait violence , ce qu'il niait, et ce qu'elle ne pouvait prouver par témoins. Carougc, dans le combat , reçut d'abord une blessure à la cuisse; mais la colère dont il était animé redoublant son courage et sa force , il rcuverse son adversaire, et lui plonge son épée dans le corps. Le vaincu fut réputé coupable, suivant le préjugé du tems, et son corps en conséquence, livré au bourreau, fut traîné sur la claie. Cependant il était innocent; et quelque tems après un criminel, près d'être exécuté pour d'autres crimes , avoua qu'il avait commis celui dont le Gris avait été injustement accusé.

L'an i588, à la demande de Jean de Folleville prévôt de Paris, le roi distrait de cette charge celle de prévôt des marchands, qu'il confère à Jean Juvenal des Ursins , père de l'historien du même nom, qui devint archevêque de Reims. L'hôtel-de- ville fut en même tems rendu à la juridiction municipale , et le nouveau prévôt des marchands vint s'y loger.

L'an i38<), après une trêve conclue pour trois ans avec l'Angleterre, Charles fait célébrer à Saint-Denis , le 4 mai, un service solennel pour le connétable du Gucsclin. Quatre chevaux de l'écurie du roi, richement enharnachés, furent présentés à l'offrande par quatre princes. L'évêque d'Auxerre officiant monta en chaire après l'offerloirc , et fit un discours pathétique à la louange du défunt. C'est la première oraison funèbre , à ce qu'on prétend , qui fut prononcée en France. On se trompe : Gilbert , évoque d'Evreux, avait prononcé celle de Guillaume le Conquérant, en 1087, aux funérailles de ce prince, suivant Ordéric Vital. IVlais aucune jusqu'ici n'a peut-être fait plus d'effet que celle de du Gucsclin , si l'on s'en rapporte à ce récit d'un poète du tems :

Les piincts fondirent en larme* , De* mots que l'evcsque monstroi t ; Car il tlisoit : Pleurez , gens d'armes ,

Bertrand qui trestous tous ni moi t.

On doit regretter les faits d'armes

Qu'il parfit au terns qu'il *i?oit.

Diex ayt pilié sur toutes ames

De la sienne, car bonne estoit.

Le 90 juin de la même année , suivant Froissard , ou plutôt le 22 août, selon deux registres du parlement, autre pompe d'un goure tout difîc'rent. Ce fut l'entrée solennelle de la reine Isabelle a Paris. Celte fête, Tune des plus brillantes qu'on cul encore vues , mais exécutée dans le goût peu délicat du siècle , se trouve amplement détaillée dans les chroniques de Froissard.

En Languedoc , dont le duc de Berri était gouverneur , et dans quelques autres parties de la France méridionale, l'administration était si corrompue, qu'elle souleva les peuples et excita des plaintes qui furent portées au pied du trône. Le rot jugeant qu'il était de son devoir d'y faire droit , part en grand cortège le 2 septembre 1589 , dix jours après la fête dont ou vient de parler , pour les aller vérifier sur les lieux. Il salue le pape Clément Vil le 5o novembre , en passant par Avignon # y assiste le lendemain au sacre de Louis II , roi de Naples, et en part le \ décembre, après avoir obtenu de sa sainteté la nomination des évèchés de Chartres et d'Auxerre, avec celle de sept cent cinquante autres bénéfices à son choix ; c'est une ébauche du concordat. Arrivé à Bézicrs, il y fait instruire le procès de Je»u Bétisac, secrétaire du duc de Berri. Convaincu de concussions et d'impiétés par son propre aveu , Bétisac fut brûlé vif le 22 décembre, sous les yeux du monarque. Le comte de Foix, que Charles alla visiter ensuite , reconnut cet honneur parla plus somptueuse réception, {Voyez Gaston-Phœbus , comte de Foix.) De retour à Paris, au mois d'avril 1390 , le roi ôta le gouvernement du Languedoc au duc, son oncle, pour ses malversations; mais trois ans après , il le lui rendit.

Charles VI était sincèrement aimé de son peuple. Il dut s'en apercevoir aux réjouissances extraordinaires qu'occasionna sa convalescence en 1292, après une maladie ou l'on avait couru risque de le perdre. Elles furent malheureusement troublées par un événement qui eut les suites les plus funestes et pour le monarque et pour l'état. Le t3 juin, le connétable Cltsson, sortant du bal à minuit) fut attaqué , dans la rue Culture Saiutc-Cathe-

64 CHRONOLOGIE ttlSTOtVIQUE

rme à Paris, par des assnssins, à la tête desquels était Pierre ée Craon, seigneur puissant et débauché.Quoiquc !aissépourmort,ses blessures ne se trouvèrent pas dangereuses. Le roi, irrité de cet attentat, en redemande l'auteur au duc de Bretagne, chez lequel il s'était, dit-on, retiré. Le duc ayant déclaré qu'il ignorait la retraite du coupable, Charles, sur celte réponse qu'il prit pour une défaite, se détermine à porter la guerre en Bretagne. Il part dans le mois de juillet pour le Mans, où était le rendezvous des troupes ; et en étant sorti le 5 août à leur tête , il dirige sa route vers le but de son expédition. Mais comme il traversait une forêt le même jour, un homme mal vêtu et de fort mauvaise mine parait tout-à-coup, prend la bride du cheval du roi, et l'arrête en disant : noble roi , ne passe pas outre , retourne sur tes pas, tu es trahi. Cette étrange aventure, jointe à la grande chaleur du jour, fait une telle impression sur le roi , qu'il tombe en frénésie , tire son épéc , et biessc quelques-uns de sa suite. On le saisit avec peine , et on le ramène au Mans sur une cîutrrette à bœufs. De là on le transporte au château de Creil-sur- Oise, toujours avec la même aliénation d'esprit. On fit des vœux par tout le royaume pour le rétablissement de la sauté du monarque; et à la fin un médecin de Laon , nommé Guillaume Harseli , vint à bout de le guérir. Mais ce ne fut qu'une guérison passagère , et Charles eut dans la suite des rechutes fréquentes , ce qui plongea la France dans des- malheurs infinis. Dès les premiers accès du ma!, les ducs de Berri et de Bourgogne prirent eu main les rênes de l'état. Leur premier soin fut de destituer les an* ciens ministres, et d'y substituer leurs créatures. Clisson, qu'ils hais* saient souverainement , s'enfuit en Brelaguc. Ou lui fit sou procès , et par arrêt il fut dépouillé de la charge de connétable, qui fut donnée, le 19 novembre 1092, à Philippe d'Artois , cooite d'Eu , gendre du duc de Berri.

La santé du roi commençait à se rétablir, et Ton espérait bientôt le revoir à la tête des affaires. Mais, l'an i5o3, le 3i janvier, il retombe malheureusement en démence , à l'occasion d'une mascarade où il courut risque d'être brûlé. Ce prince , déguisé en sauvage, avec quatre autres seigneurs qu'il tenait enchaînés avec lui, et vêtu comme eux d'une robe de toile sur laquelle étaient attachées des éloupes avec de la poix- résine , s'était rendu au bal en cet équipage. Comme il arrivait, le duc d'Orléans approche un flambeau de l'un de ces sauvages. Le feu prit à l'habit et se communiqua aux autres masques , qui ne purent se séparer à cause de leurs chaînes. La duchesse de Berri eut la présence d'esprit d'envelopper le roi dans la queue de sa robe et d'étouffer le feu. Ce prince lut le seul qui échappa. Mais sa tête

fut démontée de cet accident. On prétend que ce fut alors que Ton inventa, pour l'amuser, le jeu de cartes , ou , selon d'autres , qu'on le renouvela : quelques-uns mettent néanmoins cette invention sous Charles VII. Le roi fait cette année et la suivante divers pèlerinages pour obtenir du ciel quelque remède à son mal. L'état déplorable du monarque n'empêche pas dix jeunes seigneurs attachés à la cour de publier, pour le i5 septembre i5g3, le fameux tournoi , connu sous le nom du Pas de Sandricourt , parce que ce Ait près de ce château , voisin de Pontoise , que le pas d'armes fut iudiqué. L'aftlueuce des braves et des dames qui s'y rendirent fut grande , et tous furent somptueusement régalés par Louis de Hédouville , seigneur du château , que cette fête militaire ruina entièrement. (Voyez-en la description, Lecture des livres français , part. 2 , pp. 5t — 4° }•

L'an 1^94» édit du 17 septembre, qui bannit de France les Juifs a perpétuité. C'est ici le dernier exil de cette nation malheureuse, août elle n'a jamais pu obtenir la révocation.

L'an i395 , traité signé le 9 mars entre les cours d'Angleterre et de France , par lequel on convient d'une trêve jusqu'à la Saint- Michel 1426. Les ministres anglais épousent le même jour, au nom du roi Richard II, leur maître, Isabelle, fille du roi de France.

L'an 1596, la république de Gênes, agitée par des factions intestines, prend le parti de se donner à la France. Les conditions auxquelles elle se soumettait à cette couronne , furent signées à Gènes le 25 octobre par les commissaires de Charles VI. Le 27 novembre suivant , le doge Antoine Adorne quitte en leur présence les ornements du dogat , et reçoit d'eux, au nom du roi , le titre de gouverneur de Gênes. ( M. de Bréquigni , Révolutions de Gènes. ) La France perdit celle même année la fleur de sa noblesse à la journée de Nicopoli, en Hongrie , où le sultan Bajazet I battit l'armée des Chrétiens le 28 septembre. Dix mille hommes d'armes avaient suivi le comte de Ne vers, fils du duc de Bourgogne , dans cette expédition. Tous, après avoir (ait des prodiges de valeur, restèrent morts sur le champ de bataille , à l'exception de trois cents qui furent amenés prisonniers aux pieds du vainqueur. Mais Bajazet les fit égorger eu sa présence, et n'en réserva que vingt- cinq des plus qualifiés , dans l'espérance d'une forte rançon. L'amiral Jean de Vienne , neveu de celui gui défendit Calais en 1346, fut du nombre de ceux qui périrent les armes à la main. Le connétable d'Eu , qui avait engagé témérairement l'action, mourut dans les fers. (For. Bajaret I , Sigismond I , roi de Hongrie , et Philippe le Hardi , duc de Bourgogne»)

vi. *

66 CHHONOLOCIE HISTORIQUE

Jusqu'à Charles VI, on avait refusé dans le parlement de Paris, et d ns plusieurs autres, des confesseurs aux criminels condamnes à mort. Le roi , compatissant au sort de ces malheureux , rendit, le .12 février iSojfN.fc. ), une ordonnance par laquelle il leur accordait cette grâce., dont les cordcliers furent les ministres gages pour cet effet , suivant Mézerai.

Malgré la trêve qui subsistait entre les couronnes de France et d'Angleterre , l'antipathie, ou l'émulation, si Ton veut, des deux nations , ne laissait guère échapper l'occasion de se produire. Rien n'était plus commun que les combats particuliers de français et d'anglais. L'an 1402, sept français, Jlarbazan à leur tète, et sept anglais , s'étanl donné un défi , convinrent d'uu lieu, entre Montcndre et Blave , pour le champ de bataille , et la victoire se déclara pour les premiers. Un anneau d'or garni d'uu diamant, fut le prix de chacun des vainqueurs , comme ou ~n e'tait convenu.

L'an 1 4o5 , les brouillcrics des maisons d'Orléans et de Bourgogne commencent à éclater. Jean , depuis surnommé Sat s peur y chef de la dernière depuis la mort du duc Philippe le lïardi , son père , arrivée l'an 1404 . prend place au conseil, et . blâme hautement l'administration du duc d'Orléans , qui gouvernait l'état avec la reine pendant ia maladie du roi. Le 5i août de la même année , il marie sa fille Marguerite au d >uphin Louis j ce qui lui donne un nouveau degré d'importance. L'an i4<»5 , la maladie dii roi empire au point de lui faire méconnaître tous ceux qu; l'environnent, et de le rendre en quelque sorte inéconuaiss?A»ic lui-même à toute sa cour. Cet accès dura cinq mois et f,ius , durant lesquels ( on frémit en le rapportant ) il resta sans se coucher , sans changer de vêlements , ni même de liage , et sans q»i^ sa femme et le duc d'Orléans , combles de s»: s bienfaits, et jouissant de tout eu son nom, fissent la moindre attention à un si affreux état. Les Parisiens , indignés des profusions énormes et des liaisons scandaleuses de celte princesse et du duc , sou beau-frère , se déclarent hautement pour le duc de bourgogne, arrivé nouvellement des Pays-Bas avec un corps de troupes. Effrayés du ton d'autorité qu'il pretxl dans cette capilale , la reine et le duc d'Orléans se retirent à Melon , au mois de juillet; mais pour avoir en main des otages

f)réciçux , ils chargent Louis de Bavière, frère de la reine, de cur amener le dauphin et la dauphine. Le duc de Bourgogne , averti de l'enlèvement , redouble de diligence , atteint é Juvisi le dauphin, son gendre, et, l'ayant tiré des maius du ravisseur, le ramène à Paris. On arme des deux côtés , et tout se dispose à une guerre civile. Les ducs de Benï et de Bourbon, oncles

des deux princes ennemis, sVnfremcth ut pour les réconrilier. Ils y réussissent en apparence; mais la haine subsista t«i;»if»nrs dan* le cœur du duc de Bour»o!»ne , cl ne s*t;t«*i r^ni t tjn? d ris le sang de sou rival. L'an 1 407 , il fait assassiner le duc d'Orléans , la nuit du 25 au 24 novembre, comrnf il sortait d'auprès de la reine, logée alors à l'hotcl Barbette. La duchesse d'Orléans , à l i nouvelle du meurtre de son époux , arrive de Blois, où elle demeurait , et demande justice au roi de cet attentat. Le duc de Bourgogne qui , peu de jours après l'avoir commis , s'était retire' de peur eu Flandre, revient plein de confiance à Paris, où le peuple le reçoit avec des transports de joie , en criant AW, comme on faisait à l'entrée du roi. Alors, loin de desavouer son crime, il eu fait gloire. Le docteur Jean Petit, cordelicr suivant les modernes , prêtre séculier selon Jean Ju-> vénal des Ursins , parle pour sa défense dans une audience puni, epic (|ui lui est accordée le 8 mars i<4o«S. Jamais apologie ne fui plus impudente et plus scandaleuse. L'orateur, après avoir accusé le duc d'Orléans des crimes les plus atroces, conclut, par celle horrible maxime, qit il est permis dd tuer les princes qu'on croit être ty rans. Nouvelle audience du 1 1 septembre suivant, où Thomas , abbe* de Cerisi , et non Philippe de Vil- Ictte , abbé de Saint- Denis , comme on croit communément, justifie la mémoire du duc d'Orléa^ , par ordre de la duchesse, sa veuve , et répond aux accusations de Jean Petit. Le duc dç Bourgogne est déclaré , par le jugement, qui intervient , ennemi du roi et de l'état. Ce prince était alors occupé à réduire les Liégeois. Vainqueur de ce peuple , il revient triomphant à Paris. A son approche le roi cl la reine se retirent à Tours, et îo laissent maître de la capitale. Peu de jours après son arrivée , il y fut témoin et promoteur f le 18 mai ) d'un convoi funèbre, dont la pompe bizarre fut le triomphe de l'université'. Guillaume de Tignonville , prévôt de Paris , avait fait pendre , le a(> octobre de l'année précédente, deux clercs étudiants , convaincus d'homicide et de vol sur les grands chemins. L'université, Soutenue de Pevôquc de Paris et du duc de Bourgogne, ennemi de Tignonville ,. réclama ses privilèges , et cessa m\s leçons jusqu'à ce qu'on lui eut donné satisfaction Eîie l'obtint aussi ample qu'elle aurait pu l'espérer dans une meilleure cause. Le prévôt, non-seulement fut dépouillé de sa charge , dont le duc ni pourvoir Pierre des Essarls ; on l'obligea mcin** , dit Guagniu, de se transporter aux fourches pa'»!>uJaircs . où les deux criminels étaient exposés , de les baiser à la bouche . de les dépendre de ses propres mains , et de les escorter jusqu'aux Malhurins , où ils furent transportés daus un chariot de deuil , conduit par le bourreau, revêtu d'uu surplis. Mais il y a lieu de douter que

l'université ait obtenu une satisfaction si humiliante pour un des premiers magistrats de la capitale. Ce qui est certain , c est que les deux pendus furent enterrés honorablement , comme

Sorte leur épitaphe , et que Tignonville fut dans la suite honoré e la charge de premier président de la chambre des comptes : magistrature éminente, à laquelle il ne serait point vraisemblablement parvenu , s'il eût subi la flétrissure dont on vient de parler.

Charles de Savoisi , gentilhomme bourguignon , grand trésorier de France , et premier chambellan du roi, avait éprouvé 9 quatre ans auparavant, des effets plus certains du crédit énorme et de la vengeance de l'université. Pour une querelle entre des écoliers et ses pages , qu'il avait soutenus, il fut banni du royaume , excommunié publiquement , et son hôtel démoli , à l'exception des galeries , qui furent conservées à cause de la beau'é des peintures. On l'obligea même à fonder cinq chapelles à la nomination du recteur; sa maison ne rat rebâtie qu'en i5o8. Pans sa disgrâce , il arma cinq galères à ses dépens , et fit des courses sur tes côtes d'Afrique , d'où il revint couvert de gloire et chargé de butin. A son retour il employa les prisonniers qu'il avait faits , à bâtir le château de Seigrelai , dans l'Auxerrois. Ce seigneur mourut en 1420. {Paradin, hist. de Bourg. )

Le duc de Bourgogne , âétesté à la cour autant qu'il était chéri du peuple , sentait bien que la politique exigeait de lui , pour obtenir du roi sa grâce , quelque réconciliation avec la maison d'Orléans. La cour, instruite de ses dispositions à la pnx , se rendit , Tan 1409 ( N. S. ) , à Chartres , et la, dans l'église cathédrale , le 9 mars , en présence du roi , de la reine et de tous les grands qui les environnaient, le duc fit une espèce de satisfaction aux enfants du prince qu'il avait fait assassiner. Avant affermi par là son pouvoir , il le déploya contre un favori du roi et de la fortune, que nul autre que lui n'eût osé attaquer. Jean de Montagu f c'était son nom), surintendant des finances et pr;uid- maître de la maison du roi, égalait par so£ luxe et sa magnificence, les maisons des princes, et semblait les provoquer par son arrogance. Le duc de Bourgogne , après s'être assuré du consentement des princes les plus accrédités , le fit arrêter, le 7 octobre, par le prévôt de Paris , Pierre des Essarts , et dix jours après le fit décapiter aux halles , par sentence d'une coramissionétablie pour le juger (1). Le roi, qui était

(1) Montngu fui conduit an supplice d.m« nne charetic, vêtu d'une lioupcbnrie mipariie de ronge cl de blanc, le* éperons dores aux lalons. Le corps et la tôle, «pres

malade pour lors, se plaignit amèrement de celte exécution, lorsqu'il fut revenu en santé.

La France , dans le mois précédent , avait essuyé un revers Ûchcux par le soulèvement des Génois , qui , profitant de l'absence du maréchal de Boucicaut , qn'elle leur avait donne pour gouverneur , chassèrent tons les Français établis chez eux , et nommèrent le marquis de Montferrat capitaine-général de la république. ( Voy. Gêner.)

La hauteur du duc de Bourgogne et le despotisme qu'il exerçait dans toutes les parties du gouvernement , ne tardèrent pas à irriter les autres princes contre lui. L'an i4'° » ^es «ucs de Berri et de Bourbon , s'étant retirés de la cour , se rendent a Gicn ; où les ducs d'Orléans et de Bretagne , et les comtes d Alençon , de Clermont et d'Armagnac , viennent les joindre. Là ils font ensemble , le i5 avril, un traité contre le duc de Bourgogne*. Ce prince , informé de l'orage qui le menace , prend ses mesures pour le détourner. On arme des deux côtés. Toutes les villes du royaume se partagent entre les princes coufédérés et le duc. Les premiers se nommaient les Orléanais , ou les Armagnacs , à cause du comte d'Armagnac , leur chef, beau-père du jeune duc d'Orléans. On les nommait aussi les Bandés , parce qu'ils portaient blancs le chaperon et la baude qui étaient la marque de leur faction. On appelait Bourguignons, ceux du parti du duc de Bourgogne, et leur chaperon était pers ( bleu ) avec la croix rouge de Saint-André. La capitale se trouve

l'exécution, furent portés h Mnntfancon pour y rester exposes. Les Célcstins de Marcouoi , dont ce ministre avait fondé le couvent . signalèrent alors leiir reconnaissance envers lui. Pour être en état de poursuivre la réhabilitation de sa mémoire , ils vendirent doux images d'or massif , ornées de. perles et de pierres fines. Ayant enfin obtenu, par arrêt de l'an i$» » , la permission d enlever le cadavre , ils l'inhumèrent dans leur ég!Uc son» un tombeau qu on y voit encore aujourd'hui (1788 . Dans le siècle suivant, le Roi François Ier, a la vue do ce monument, plaignit le sort de Montagu qu'il soupçonnait avoir été injus-

1 quelqu'un par jngement émané d'une comnnsMon.

Monslrelct (T. I, p. îq), dit que Montagu était né 'Ie matlrc

Girard de Montagn et qu'il était gsnlilhnmme par sa mère D ou l on conclut, ainsi que du chan. i3odes élabUssattenU de S. £ouf*,et du chap. 45 des coude Baovaisis par Beaununoir , que la noblesse «le par les mères avait Itca

à Paris comme dans plusieurs provincesdu royaume On peut consulter la-dessu» l'art. 108 de la coutume d'Artois, celle de S. Michel etct et l'on verra que la noblesse de par les mères y est établie et autorisée; ce qui prouve que ce ne lue pas d'abord an. privilège particulier la Champagne , comme Pnhou et d autrea écrivains te le tout imagine.

dc'chirc'e par les d< ux factions. Après quelque? hostilité** re'ct— proques , les princes et le duc, parla médiation de la cour-t font sur la fin de t'annc'c un accommodement plâtre' au château de Bicétre. Ou reprit les armes de part cl d'autre l'année suivante. Le comte de Saint-Pol , nommé gouverneur de Paris r à la demande des Parisiens , n'oublia rien pour les mettre dans les int rets du duc de Bourgogne. Il y réussit après avoir sa<*né les bouchers , dont il forma un corps de cinq cents hommes , sous le nom de milice rnyafe. Trois fils de 1*1111 des principaux d'entre eux, nomme le Goix , en furent les capitaine*. Cette troupe s'accrut de tous ceux qui cherchaient à se défaire de leurs ennemis personnels. Pour dévouer un homme à la mort , il suffisait de l'appeler armagnac. Les débiteurs de mauvaise foi donnaient ce nom à leurs créanciers, et les vindicatifs à ceux q'ii les avaient ofll-nse's. Paris devint alors un théâtre d horreurs, où les vols, les meurtres , les sacrilèges, se commirent impunément. Cette fureur e'pide'miquc se communiqua dans les provinces ; bientôt il n'y eut plus de sûreté' dans le royaume. Les princes attaches tous au duc d'Orléans , ayant réuni leurs force*, dévastent la Picardie , et de-là marchant vers la Seine , ils s'emparent de Saint-Cloud , et tienut ni comme bloquée la capitale. Le duc de Bourgogne, retitéen Flandre, vole au secours dos Parisiens avec une armée, dans laquelle se trouvent huit cents hommes d'armes anglais, commandes par le comte d'Arondcl. Il entre dans la ville, dont il force l'ennemi à s'é|oigner. Le comte d'Armagnac se dédommage de cet échec sur Saint- Denis , d'où il fait enlever le trésor que la reine avait mis «ft dépôt dans l'abbaye. Mais ses troupes sont délogées de Saint- Cloud sur la fui de l'automne 141 ». Jty'autrcs avantages remporle's sur les Orlc'anais par les Bourguignons , dc'lermiucut plusieurs seigneurs et plusieurs villes a quitter le parti des premiers pour passer dans celui des seconds. Lei princes alors ne rougissent pas de recourir an mi d'Angleterre , l'ennemi naturel de la France , pour en obtenir du secours , à l'exemple du duc de Bourgogne. Mais ils vont plus loin >quc lui. Car, moyennant la promesse que fait l'anglais , de leur fournir un corps de troupes , i!s s'engagent à le remettre en possession des terres qui lui avaient été cédées par le traite de Brétigui, et de se reconnaître dès-lors ses vassaux, pour les fiefs qu'ils possèdent en Aquitaine. Les négociateurs de ces ignominieuses conventions arrête'cs sur la fin de mai 1112, furent un religieux de Saint-Denis et un anguslin, nomme Jacques le Grand, que les princes avaient mies à Londres. La cour de France, instruite de l'objet de leur mission avant qu'il fût rempli, déclare les princes ennemis de l'état. Le roi marche aussitôt contre eux, et vient les assiéger

le 10 juin, dans Bourges , où ils s'étaient renfermés. L'attaque fut vive, et la défense vigoureuse. Mais la contagion s' ë ta ut mise dans l'armée du roi , la paix se lit par l'entremise du dauphin , et fui signée à Auxcrre le i5 juillet, dans une entrevue des ducs de Bourgogne, d'Orléaus , de Berri et de Bourbon. On vit alors les deux premiers se promener par la ville, montés sur un même cheval. Mais le» habits de deuil que le duc d'Orléans affectait de porter encore, ne démentaient que trop ces vaines apparences de réconcilia! ion. Le monarque luimême et sou conseil firent si peu de fonds sur cette paix, qu'ils en différèrent de deux mois la publication. Elle fut enfin publiée, avec défense, sur peine de vie, d'appeler personne armagnac ou bourguignon. Ce qu'on avait prévu ne tarda pas d'arriver. Le duc de Bourgogne, persuadé que les princes n'avaient point changé de dispositions à son égard , continua de fomenter 1rs troubles. L»'au i/|i5, le 21 avril, ses partisans excitent tout à coup une nouvelle sédition dans Paris. Le boucher Simon Cabcchc , devenu le chef des séditieux , qu'on appela depuis Cahochiens , et Jean de Troycs, chirurgien, étaient à leur tète. Ils marchent droit à l'hôtel du dauphin, d'où ils enlèvent le duc de Bar et plusieurs officiers du dauphin , qui furent conduits prisonniers , d'abord à l'hôtel d'Artois , appartenant au duc de Bourgogne , et de-là à la tour du Louvre. Le dauphin lui-même resta prisonnier dès ce moment à son hôtel, et n'eut plus la liberté d'en sortir. On imagine de donner aux confédérés un chaperon blanc pour signe de ralliement, et de Tro\es a l'insolence d'en présenter et d'eu faire accepter un au roi. Tous ceux qui n'ont pas cette marque de confédération , deviennent les objets de la fureur des séditieux. Etant revenus le 20 mai à l'hôtel du dauphin , ils eu tirent Louis de Bavière, frère de la reine , qu'ils enferment au Louvre ; ils se saisissent ensuite de plusieurs autres seigneurs, et même des dames les plus qualifiées de la courj et, les avant traînés à la conciergerie, ils demandent qu'on instruise leur procès. L'av ocat du roi, Ju- .venal des Lrsins , est du nombre de prisonniers ; on destitue le chancelier Arnaud de Corbie , et le duc de Berri est obligé de se cacher. Les exécutions commencent alors. La plus remarquable fut celle de Pierre des Essarts , prévôt de Paris , grand- bouteiller de Frauce , et gouverneur-général des nuances, le même qui avait l'ait faire l'exécution du surintendant Montagu. Le dauphin ci le dnc de Bourgogne lui avaient confié la garde de la Bastille. Investi dans cette place par les séditieux , dont il voulait réprimer les mouvements , il se rendit au duc de Bourgogne , qui le fit conduire au Chàtelet. Le 1 juillet il fut tiré de cette prison, et ti -aine sur une claie jusqu'aux balles, où il fut décapité. Deux ans

auparavant, le duc de Brabant , frère du duc de Bourgogne , lui avait prédit ce malheur. Mon ami , lui avait-il dit , Montagu a été vingt-deux ans à se faire pendre ; mais au train dont tu jr vas , cela ne sera pas si long. Antoine , son frère , chambellan du roi , n'échappa qu'avec peine au supplice , et fît criçer en action de grâces la statue colossale de saint Christophe , qu'on voyait à Notre-Dame de Paris. Ce monument atteste encore plus la frayeur dont il avait e'té saisi , que sa reconnaissance envers le ciel. Le roi, la reine et le dauphin étaient cependant retenus comme prisonniers dans l'hôtel de Saint-Pol , où les chefs de la sédition venaient chaque jour braver l'héritier du trône, et l'accabler de réprimandes et de reproches. (Il les méritait par la vie dissolue qu'il menait à l'exemple de sa mère , et ses dépenses superflues qui absorbaient les revenus de l'état ; mais ce o'était pas des à hommes de néant à les lui faire). Les ducs d'Orléans et de Bourbon, craignant pour la vie de ce prince, s'ils entreprenaient de le délivrer par la force , demandent une conférence au duc de Bourgogne ; elle se tient à Pontoise. La

Eaix y est de nouveau signée le 5i juillet i4i5 , et rendue pulique à Paris le 5 août suivant , après qu'on eut délivré les seigneurs enfermés au Louvre. Les principaux factieux , attaqués par le dauphin à la tête de trente mille parisiens , s'éloignèrent de la capitale. Mais il y resta toujours un levain de discorde , que le duc do Bourgogne eut soin d'entretenir. L'an 141 4 , ce prince s'approche de Paris à la tète de deux mille hommes d'armes. Le roi donne i le 10 février, une déclaration contre lui, l'oblige ensuite , à force ouverte , de se retirer , le poursuit en Picardie, et le réduit à demander la paix, qui lui fut accordée au commencement de septembre, au camp devant Arras, que le roi tenait assiégé depuis six semaines. Ce fut à ce siège qu on fît usage, pour la première fois , des arquebuses, que Ton nommait alors canons à main. Les gros canons étaient inventés long-tems auparavant. (Daniel.)

L'an i4t5 fut Tépoque de la plus grande révolution que la monarchie française eût éprouvée depuis son établissement. Henri V, roi d'Angleterre, profitant des troubles de la France, envoie demander au roi Charles VI les provinces qui avaient été cédées à l'Angleterre par le traité de Bréligni , et la princesse Catherine, fille de ce monarque, pour son épouse , avec un million d'écus d'or en dot. Telle était la détresse où se trouvait la France, qu'au lieu de rejeter une telle demande avec le mépris qu'elle méritait, on nomma des commissaires pour entrer eu négociation avec ceux d'Angleterre. Les conférences «'étant ouvertes , le i3 mars, à Paris, oa en vint jusqu'à offrir

DES ROrS D£ FRANCE.

aux Anglais dix de nos provinces méridionales, avec six cent nulle écus pour la dot de Madame Catherine. La providence ne permit pas que ces offres , qu'un français ne peut lire sans fre'mir d'indignation , fussent accepte'es. On se sépara sans rien conclure , mais non sans dessein du côte' de la France de renouer, les négociations. On envoya effectivement différentes ambassades à la cour de Londres pour ce sujet. Nous remarquerons celle [ui estait composée de l'archevêque de Bourges , de Pc'vèque

Anglais, y

positions , qui furent rejetées de la part de Henri V. Ce Monarque osa prendre, dans la réponse qu'il fit faire, les titres de roi de France et d'Angleterre , ne donnant à Charles VI que celui de serénissime prince de France, son parent. Ce fut alors que toute l'ambition de Henri se montra à découvert. Résolu de la satisfaire, il rompt la trêve, et descend avec cinquante mille hommes, le 21 août, à trois lieues d'Harflcur dont il commence aussitôt le siège. Les habitants se défendirent pendant trente-six jours , avec toute la valeur possible , et ne se rendirent, le 22 septembre suivant,' qu'après avoir perdu toute espérance d'être secourus. Quelques-uns disent que la place fut emportée d'assaut, puis livrée au pillage, et tous ses habitauts passes au fil de l'épée. Henri ne comptant point faire cette année de nouvelles entreprises , ( le mauvais état de son armée ne le permettait pas ) tache de gagner Calais , pour se rembarquer; mais l'armée française commandée par le conuétable d'Albret , l'arrête sur la route , et l'oblige d'en venir malgré lui à une bataille. Elle se donna le 25 octobre , près d'Aziucourt , dans le comté de S. Pol. Les Français y combattirent avec la même précipitation et le même désordre qu'à Créci et à Poitiers , et y eurent le même sort. Un. officier gallois, nomme' David Gaut, que le roi d'Angleterre avait envoyé' pour reconnaître l'armée française , et observer la disposition, l'avait prédit. Henri lui demandant à combien d'hommes à peu près il croyait que cette armée put monter : Sire, lui répondit froidement ce capitaine , je ne me suis pas trop amusé à les compter ; tout ce que j'ai cru voir en général 9 cest que, quand nous en aurons tué beaucoup, et fait beaucoup de prisonniers , la déroute sera encore très-forte : prédiction qui s'accomplit à la lettre. Près de dix mille Français , dont il y avait plus de huit mille gentilshommes , restèrent morts sur le champ de bataille. Le connétable , les ducs d'Alcnçon, de Bar et Brabaut , le comte de Nevers , Louis de

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