VIII
De l'Ere des Sé'eucidcs ou des Grecs, autrement dite l'Ere
d'Alexandre.
On trouve chez les Grecs deux époques', qui ont pris leur dénomination d'Alexandre Ic-Giand. La première, date dclaxnoit
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de ce prince , et de l'inauguration de son successeur Philippe Aridée ; double événement qui concourt avec Pan 3^4 avant J. C. Il ne paraît pas qu'elle ait eu grand cours ; mais il se rencontre néanmoins des écrivains qui en ont fait usage. Non desuht , dit D. Montfaucon , ( Palœogr. L. I , ch. 5 ) qui annos mimèrent à morte Alexandri et ah initio regni Philippi Aridœi. En effet , Censorin , par exemple , entre les dates multipliées qu'il emploie pour marquer le tems où il écrivait son livre de Die JVaftz/j, nomme le consulat d'Ulpius et de Pontien avec Tan 56a de Philippe , dont les années , dit-il , se comptent depuis la mort d'Alexandre (i). Or , le consulat d'Ulpius, ou de Pius , et de Pontianus, tombe en Tan 238 de J. C. Otez cette somme de 562 , il reste 324 ans ; ce qui exprime l'intervalle de la mort d'Alexandre et de l'Incarnation du Verbe. C'est la même ère, comme le prouve M. Assemani dans ses Actes des Martyrs, t. II ; qu'a suivie l'auteur syrien des Actes de sàintc Théodore , en donnant pour époque du martyre de cette sainte une sixième férié du mois de septembre de l'an 64a, En effet , la soustraction de 324 » feit e à ce nombre , donne l'an 3i8 de J. C. qui est le tems le plus bas et le seul, toutes circonstances pesées, auquel on puisse rapporter cet événement.
(i) 11 est à propos de rapporter ici en entier le texte de Censorin. Secundùm quant rationem , dit-il , ch. 3i , hic annus t eu jus velut index et titulus quidam est Ulpii et Pont i an i consulalus t ai olympiade primé milieu m us est , et quarlus decimus , ex diebus duntaxal wstnis quibus Agon olympicus celcbrabalur ; à Borna autem condita nongentesimus nonagesi mus primus , .*/ quidem ex Palilibus , undc urbis anni numerantur ; eorum vero annorum , quibus Julianis nom en est , ducentesimus oc toge— si mus tertius ; sed ex die kalendis januarii , undè Julius Ceesar anni à se constuti fecit principium. At eorum qui vacantur anni Augustarum , ducentesimus sexagesimus quint us , perinde ex kalendis januarii , quamois ex anfe diem decimum sextum kalendis februarii imperatar Catsar divi filins sententia L. Munatii Plane i à senatu ceterisqae ciribus Au gu s tus appcllatus est , se VII et M. Vipsanio Agrippa III. Coss. Sed AUgyptii , çuod , biennio ante, in potes tatem ditionemque Pop. Rom. pcnerunl, habent hune Augustorum annum ducentesimum sexagesimum septimum. Nam y ut à nostris > ita ab jEgyptiis, quidam anni in litteras rclati sunt, ut quos Nabonassari nominant , quod à primo imperii ejus anno consuegunt , quorum his nongentesimus octogesimus sextus est. Item Philippi , qui ab excessu Alexandri Magni numerantur, et ad Hune usque perdue ti\ annos quingentos sezaginta duos consummant. Sed horum initia semper à primo die mensis ejus sumuntur cui apud jEgyptios nomen est Thoth , quique hoc anno ( c'est de Tannée vague des Egyptiens qu'il parle ) , fuit ante diem septimum kalendas Julias ; cùm, abhinc annos centum, imperatore Antonino jPio II et Brutiio Présente Coss. % Borna iidem die s fuerint ante diem XII kat. Aug., quo tempore solct canicula in ACgypto facere exorlum.
Nous n'avons point fait usage de cette période dans notre Ta- .ble chronologique, parce qu'elle n'a point été assez accréditée pour mériter d'y trouver place-; mais en6n il fallait en parler ici pour empêcner qu'on ne la confondît avec la suivante.
La seconde ère , qui porte quelquefois , mais improprement , le nom d'Alexandre , fut appelée plus communément , et à plus juste titre , l'ère des Séleucidcs , ou des Grecs. On la nommait aussi l'ère des syro- macédoniens. Son commencement se prend de l'an de Home 442 , 12 ans après la mort d'Alexandre , et 3i 1 ans 4 mois pleins avant J. C. : époque des premières conquêtes de Séleucus Nicator , dans cette partie de l'Orient, qui forma depuis le vaste empire de Syrie. Les années qu'elle emploie , ainsi que la précédente , au moins depuis l'Incarnation , sont des années, juliennes , composées de mois romains , auxquels on a donné des noms syriens. Elle eut cours, non-seulement dans la monarchie des Séleucides ; mais'chez presque tous les peuples du Levant , et s'est même perpétuée jusqu'à nos jours. Cependant tous ceux qui l'adoptèrent ne la datèrent pas du même mois , ni du même jour. Les grecs de Syriè la taisaient commencer au premier du mois gorpiaeus macédonien , Jiloul syrien , qui répond à notre mois de septembre ; et c'est encore , dit-on , l'usage des catholiques de Syrie. Les autres syriens la prenaient du 1 d'hyperbérétœus macédonien , tisri 1 syrien , qui correspond à notre mois d'octobre ; en quoi ils sont encore à présent suivis par les Nestoriens et les Jacobites du Levant.
Différentes villes de Syrie , comme il parait par les médailles et autres anciens monuments, avaient encore leur manière particulière de la commencer. A Tyr, on la comptait du 19 octotobre ; à Gaza , du 28 du même mois ; à Damas, de l'équinoxfr du printems.
Les Juifs , depuis qu'ils furent assujettis à la domination des rois de Syrie , adoptèrent aussi l'ère des Séleucides. Ils la nommèrent Tarik D/lnarnaim , ou ère des contrats , parce qu'ils en faisaient usage dans leurs marchés* et autres actes civils. L'équi— noxe d'automne était le point d'où ils la faisaient partir. Il y a environ 3oo ans , dit-on , qu'ils ont quitté ce calcul pour en suivre un autre , dont ils se servent encore de nos jours (1).
Les Arabes, chez qui l'ère des Séleucides est encore en usage,
(1) Les Juifs se servent présentement d'une ère du monde, qui commence 3761 ans avant l'ère chrétienne. Quelques-uns prétendent qu'elle est en usage parmi eux dès Tan io4o , tems auquel , chassés de l'Orient , ils se jetterent dans les différents pays de l'Occident. Nous parlerons ailleurs plus amplement de cette ère.
la font commencer, les uns, comme Alfragan, au premier de septembre , les autres, comme Albategnius , au premier d'octobre..
Outre ces différences du jour initial de l'ère des Séleucides t on en remarque une aussi pour Tannée même où elle a commencé. Nous venons de voir que les Syriens, les Juifs et les Arabes en mettaient l'époque 3u ans , ou dans la 3 12 e . année avant J. C. Mais il est prouvé par divers monuments que les peuples de la Babylonie, et quelques autres, la retardaient d'une année, et la faisaient précéder, non de 3n ans pleins, mais de oio seulement , l'époque de l'ère chrétienne (1). Tel est encore , à ce qu'on assure , l'usage des catholiques de Syrie.
Il faut avoir égard , en lisant les anciens monuments, à toutes ces différences , et souvent on ne pourra les bien saisir , qu'en combinant la date de l'ère dont il s'agit avec les autres caractères chronologiques qui l'accompagnent. Car, il ne faut point donner pour règles générales , que tel peuple faisait remonter l'ère des Séleucides à l'an 3i2 avant J. C. et tel autre la plaçait un an plus tard ; que les Grecs commençaient leur année au premier septembre , et les Syriens au mois d'octobre. Ces règles , comme on l'a vu , sont sujettes à trop d'exceptions. En voici un nouvel exemple, entre plusieurs autres. L'auteur, syrien de la Chronique d Edesse , publiée par M. Assemani , dans le tome l° r . de sa Bibliothèque Orientale , place la mort de S. Siméon Stylite, en l'an des Grecs 771, un mercredi a septembre. Cosme , au contraire , syrien pareillement , historfen du même saint , et son contemporain , rapporte cet événement à l'an 770 , sous les mêmes férié et quantième de septembre ; ce qui revient de part et d'autre à l'an de J. C. 459, où le 2 septembre tombait effectivement un mercredi. Ainsi de deux choses l'une : ou l'auteur de la Chronique d'Edesse fixait l'époque de l'ère des Séleucides à l'an 3i2 , et Cosme à l'an 3n avant J. C. , ou tous les deux la rapportant au même point ( 3i2 avant J. C. ) » le premier commençait l'année avec le mois de septembre , et le second avec le mois d'octobre ; ce qui est égal pour l'exemple cité. "
Dans notre Table chronologique, pour nous conformera toutes celles qui ont paru jusqu'à présent, nous faisons concourir l'an
(1) Abulfhé*da suivait cet usage , comme il parait par l'époque qu'ilmarque pour la naissance du faux prophète Mahomet ; époque dont les caractères sont le 10 du 3 e . mois, férié 2 e . de Tan 881 des Grecs ; ce qui ne peut se rapporter qu'au 10 novembre de Tan 5?o de Je'sus- Christ," comme on peut le voir par notre Table chronologique et notre calendrier E, qui est celui de cette année.
3i3 des Grecs avec la première année de l'Incarnation ; mais cette année 3i3 commence à l'automne de la première année de l'Incarnation , et ainsi des années suivantes. A l'égard de cette ère syrienne, qui commence 3io ans seulement avant notre ère vulgaire , et qu'un savant académicien ( M. Gibert ) prétend, être proprement l'ère syro-macédonienne , elle sera' facile à trouver , en reculant d'une année , c'est-à-dire, en comptant seulement Tannée 3i3 à l'automne de l'an 2 de J. C. et de même pour la suite.
Il nous reste à donner les noms grecs et syriens de chaque mois , avec ceux des mois romains qui leur correspondent.
Mois Syriens,
Eloul.
Tisri 1.
Tisri H.
Canun 1.
Canun 11.
Sabat.
Adar.
Nisan.
Jiar.
Haziran.
Tamus.
Ab.
Mois Grecs.
Gorpiaeus.
Hyperbérétœus.
Dius.
Apellseus.
Audynseus.
Peritius.
Dystrus.
Xanticus.
Artemisius.
Daesius.
Panémus.
Lous.
Mois Romains.
Septembre.
Octobre.
Novembre.
Décembre.
Janvier.
Février.
Mars.
Avril.*
Mai.
Juin.
Juillet.