‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 9 sur 102 · IL · texte numérisé non relu

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Des années de Jésus-Christ. Quand on a commencé h s*en servir en Occident, et combien cet usage a varié.

L'ère de Jésus -Christ , ou de l'Incarnation , est proprement l'ire des Latins. Les Grecs et les Orientaux n en ont presque

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point fait usage dans leurs actes publics (i). Ils avaient, et ont encore aujourd'hui pour leurs dates authentiques , d'autres époques dont nous donnerôns ci-après le détail. C'est donc par rapport à l'Occident , et spécialement par rapport à la France t que nous allons traiter des années de Jésus-Christ.

Nous n'examinerons point ici quelle est la véritable ânnée de la naissance du Sauveur. Nous ferons voir dans la chronologie historique dd Nouveau Testament que , suivant les plus habiles chronologistes , elle est arrivée cinq ans plutôt qu'on ne la met. Un moderne (2), dont nous respectons les lumières, soutient même qu'il faut avancer de huit ans cette époque. Il ne s'agit point ici de discuter ces différentes opinions , parce que nous ne donnons point notre Table chronologique pour rectifier les idées des auteurs , mais pour apprendre à compter comme eux f afin de les entendre , lorsque nous lisons leurs écrits. Or , ici anciens , du moins la plupart , comptaient les années de Jésus- Christ de même que nous les comptons 9 selon notre ère vul— aire, qui nous fait compte^ cette année 1818, au lieu que nous evrions compter 1823, si n<Jus suivions le sentiment des chronologistes dont nous avons parlé.

L'usage de compter les années par celles de Jésus - Cbrist n'a été introduit en Italie qu'au sixième siècle, par Denis le Petit , et qu'au septième en France (3) , où il ne s'est même bien établi que vers le huitième , sous les rois Pépin et Charle* magne. Nous avons trois conciles *, celui de Germanie, assemblé

(1) Nous disons dam leurs actes publics; car dans leurs actes privé» ils ont souvent employé l'ère de l'Incarnation, en la joignant toutefois, pour l'ordinaire , à d'autres époques qui leur étaient particulières. Les Grecs l'ont peut-être connue avant les Latins; mais les autre» peuples d'Orient eu ont fait usage beaucoup plus tard que ces derniers. M. Assemani prétend {JBièl. Orient, tom. 1 er ., p. 289) que les Syrien» n'ont commencé à s'en servir qu'après le dixième siècle.

(2) Le P. Magnan, Minime, Problema de anno Nativil. Chrisii , jRomœ, 1772 : problème fortement combattu par M. Rondet dans le Journal ecclés. de 1775.

(3) Dans la première édition , le commencement de cette manière de dater était fixé, pour la France , au milieu du huitième siècle. Mais outre qu'elle se rencontre dans Grégoire de Tours, qui confond, a la vérité, l'ère de l'Incarnation avec celle de la Passion, on>Ia voit manifestement exprimée dans quelques chartes privées du septième siècle; et rien n'empêche de croire qu'elle s'introduisit parmi nous presqu'en même tems qu'en Angleterre, où elle fut apportée par saint Augustin, apôtre de cette île. Cependant il faut convenir que l'usage de dater par les années de l'Incarnation /ne devint ordinaire dans le» diplômes, royaux que depuis le* règne de Hugues Çanet.

l'an 742, celui de Liptines, ou Lestines, tenu en 743, et celui dé Soissons , célébré l'an 744 1 qui sont datés des années de l'Incarnation. Depuis ce tems-là , et sur-lout depuis Charlemagne, nos historiens ont coutume de dater les faits qu'ils rapportent, par les années de Jésus-Christ ; mais ils ne s'accordent pas tous dans le commencement de Tannée.

Divers commencements de l 1 année chez les Latins.

Nous trouvons huit manières différentes de commencer Tannée chez les Latins. Les uns la commençaient avec le mois de mars , comme les premiers Homains , sous Romulus ; les autres avec le mois de janvier , comme nous la commençons aujourd'hui , et comme les Romains l'ont commencée depuis ÎSuina. Plusieurs la commençaient sept jours plutôt que nous, et donnaient pour le premier jour de l'année le 25 décembre , qui est celui de la naissance du Sauveur. D'autres remontaient jusqu'au 25 mars, jour de sa conception, ou de son incarnation dans le sein de la Vierge, communément appelé le jour de l'Annonciation. En remontant ainsi, ils commençaient Vannée neuf mois et sept jours avant nous. Il y en avait d'autres qui, prenant aussi le 25 mars pour le premier de l'année , différaient dans leur manière de compter d'un an plein , de ceux dont nous venons de parler. Ceux-là devançaient le commencement de l'année de neuf mois et sepr jours, et comptaient, par exemple, Tan 1000 dès le 2S mars de notre année 99g : ceux-ci , au contraire , la retardaient de trois mois moins sept jours , et comptaient encore jusqu'au 24 mars inclusivement, l'an 999, lorsque nous comptons Tan 1000 , selon notre manière de commencer l'année avec le mois de janvier, parce qu'ils ne la commençaient qu'au 25 mars suivant. D'autres commençaient l'année à Pâques, et en avançaient ou reculaient le premier jour , selon que celui de Pâques tombait : ceux-ci , comme les précédents , commençaient aussi l'année environ trois mois après nous ; tantôt un peu plus, tantôt un peu moins, selon que Pâques tombait en mars, ou en avril. 11 y en a enfin, mais peu, qui paraissent avoir commencé l'année un an entier avant nous , en datant , par exemple , dès le mois de janvier, comme nous le verrons plus bas, l'an onze cent trois , lorsque nous ne comptons aue Tan onze cent deux. Voilà les divers commencements de Tannée de l'Incarnation que nous avons remarqués dans les anciens : il faut en rapporter les preuves, au moins en abrégé.

. Nous ne nous étendrons point , pour prouver aue Grégoire de Tours et d'autres écrivains des sixième eV septième siècles , ont quelquefois commencé Tannée avec le mois de mars. Le

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P. Mabillon l'a démontré dans sa Diplomatique, L. 2, c. 23 , n. 4« Nous trouvons encore le même usage au huitième siècle, dans un» statut du concile de Vern , tenu en France l'an ySS f par lequel il est ordonné i ut bis in anno synodus fiai : prima synodus mense primo , çuod est kalendis martiis. Voilà le mois de mars, et même les calendes, ou le premier jour de ce mois, bien clairement marqués pour le premier de Tannée (i). U est assez indifférent à notre sujet d'examiner de quelle sorte d'année parle ce concile , si c'est de l'année solaire , ou de l'année lunaire. Nous savons qu«j>n a souvent distingué ces deux sortes d'années , et que souvent on leur a aussi donné différents com- . mencements. Cette, distinction \ très-bien fondée , peut servir à lever plusieurs difficultés ; mais pour le présent, elle nous importe peu. Nous ne cherchons qu'à prouver un commencement de Tannée avec le mois de mars, qui puisse servir à vérifier certaines dates. Pour faire cette vérification , il n'est pas nécessaire de savoir (me la date , qui fait la difficulté , soit la date d'une année, suivant le cours du soleil, ou la date d'une année, suivant le cours de la lune : il suffit que ce soit une date qui a pu être employée, et qui se trouve vraie, selon l'un, ou l'autre cours , que les anciens suivaient , peut-être assez indifféremment , comme oh le voit par Grégoire de Tours , qui , quelquefois, commence Tannée avec le mois de mars , et quelquefois, avec le mois de janvier. En commençant Tannée avec le mois de mars, il appelle le mois de juillet le cinquième mois , mensem quintum , au livre IV des Miracles de saint Martin ,

(i). Cet usage des Français» de commencer J'année au i er » mars, tirait son origine d'Allemagne. On voit en effet dans les lois allemandes ^jue très h al end œ martiis sont employées pour .marquer trois années. Ne in malto pub/iS, est-il dit, litre 17, sect^ 5 de ces lois, transaciis , tribus kalendis martiis poslhac ancitla m a ne a t in perpétua m. Le décret de Thassillon, duc de Bavière , au huitième siècle , dit la même chose , chap. il, sert. xn. Ce mallum publicum était lVsembiée générale de la nation, qui s'appelait autrement le Champ de Mars , Campus Martis % parce qu'elle s'ouvrait avec ce mois, et par conséquent avec Tannée. Mais en y55 , suivant les Annales Pétaviennes , on la transporta au I er . de mai) ce qui la fit nommer alors le Champ de Mai : Venft Thasilo ad Marti s Campum , et mutaverunt Marti s Campum in mense maio. Mais il ne paraît pas que ce changement ait entraîné celui du contingence» ment de Tannée. Cependant on voit , par unè lettre du pape Zacharie à * saint Boniface / archevêque de Mayénce , que dans ce même siècle, et du vivant de ce même Thassillon , Tannée commençait au I er . janvier en Allemagne : Ubi , dit-il t Germant halcndas januarias et. brumam ritu Paganorum colère t et alifuid ffon faccre propter nopum annumprohiteniur.

ch. 4- En la commençant avec le mois <jp janvier, il donne le nom de cinquième mois au mois de mai, dans le ch. 35 du même livre. , .

Nous ne trouvons qu'un seul exemple d'un commencement d'année, fixé au 18 mars. C'est dans la lettré du clergé, de Liège au clergé de Trêves , sur la différence des Quatre-Tems , de dijferenfia Quatuor-Temporum , publiée par D. IVfcirtenne , p. 2C)5 du I er . tome de ses Anecdotes. Elle fut écrite au commencement du XII*. siècle, et Sigebert de Gemblours, qui en est l'auteur, y atteste que ce siècle avaifreommencé au 18 mars. DTense martio , dit-il, secundàm posilionem Gentiiium mediato primus dies seculi prœfigitur in XflII ejusdem mensis , qui est xf kal. apiilis. Sigebert parle sans doute ici du commencement de Tannée astronomique, qui s'ouvre avec le printems, et non de l'année civile des pays de Liège et de Trêves. Car on ne voit point d'acte de ces contrées , qui suppose Tannée commencée au 18 mars.

A l'égard du commencement de Tannée, fixé au a5 décembre, ou au 25 mars, rien n'est plus clair que ce que nous lisons dans les statuts des églises de Cahors , de Kodez et de Tulle, dressés en 1289, et imprimés au IV e . tome des Anecdotes de D. Martenne et de 0. Durand. On y voit celte remarque , n. 29 , col. 764 : Nota quod numerus lunaris ( c'est le nombre d'Or) et littera Dominicalis mutantur annuatim in festo Circumcisionis ; anni vero Incarnationis domîni mutantur in terra ista in feslo Annunciationis Beatœ Mariœ, et in quibusdam regionibus in festo Nativitatis Domîni. Voilà deux commencements de Tannée de l'Incarnation bien marqués, le jour de Noël, ou le 25 décembre dans certaines provinces de France, et le jour de l'Annonciation , ou le 25 mars, en d'autres. Mais ce jour de l'Annonciation précède-t-il de neuf mois et sep^ jours, ou suit-il de trois mois moins sept jours notre commencement de l'année avec le mois de janvier ? Cesl ce qui est encore décidé au même nombre , par les paroles suivantes : lia quod in festo Circumcisionis Domini, ubi mutatur numerus lunaris , incipias quoad hoc computare numerum annorum Domini y qui erit in festo Annuntiationis proximè tune sequenti. Ces paroles ne sont point équivoques ; elles démontrent clairement que le jour de l'Annonciation , regardé comme le premier de Tannée de Nolre-Sei- . gneur*Jésus-Christ dans les provinces de Quercy, de Koucrgue et du Bas-Limosin en 1289, était le *5 de mars, qui suit le mois de janvier, avec lequel nous commençons aujourd'hui Tannée, et qu'ainsi, dans ces provinces., on la commençait trois mois moins sept jours après nous 1 .

11 faut maintenant prouver que le jour de l'Annonciation ,

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3uî précède de neuf mois celui de la naissance du Sauveur , et e neuf mois sept jours le commencement de notre année julienne avec le mois de janvier , a été aussi regardé comme le premier de Tannée de l'Incarnation. La chose est certaine par rapport à l'Italie. Tous les savants conviennent que Denis le Petit y avait établi cet usage, en introduisant la manière de compter par les années de Notre-Seigneur. On sait aussi que les Pisans ont suivi, jusqu'en 174^1 le même usage dafls leurs dates , fondés originairement sur ce motif, qu'il est plus naturel de mettre le jour de la conception du Sauveur avant celui de sa naissance, que de placer celui de sa naissance avant celui de sa conception, comme faisaient ceux qui commençaient Tannée au jour de Noël. Dans la Chronologie des Papes , nous ferons remarquer ceux d'entre ces pontifes qui ont employé dans leurs bulles cette manière de dater, nommée aujourd'hui le calcul Pisan. 11 ne s'agit donc plus que de montrer cet usage établi en France ; car pour l'Espagne , l'Angleterre et l'Allemagne , il est constant qu'elles ne l'ont jamais connu. Au reste, quelque probable qu'il soit que d'Italie il soit passé chez nous , comme tant d'autres semblables qui nous sont venus de Borne , nous ne croyons point ici pouvoir nous contenter de probabilités : nous demandons des preuves qui soient propres à la France, et tirées de nos anciens monuments, lin voici plusieurs que nos rois mêmes nous fournissent.

Dans le Cartulaire de Saint-Maur-des-Fossés, il y a une charte du roi Robert, qui est ainsi datée : Data ni kaiend. no- Mmltris, indict. XII, anno XII, régnante Roberto rege.... amio Incarnai Verbimillesimo. La première année du règne du roi Robert avec Hugues Capet , son père, est l'an o/tti; ainsi la douzième année de ce roi répond à l'an 999 de l'Incarnation , selon notre manière présente de compter. L'indiction XII marque aussi l'année 999. Pourquoi donc le notaire qui a écrit cette charte, lie— t-il la douzième année du roi Robert, et l'indiction XU avec Tan mil de l'incarnation , si ce n'est parce qu'il commence celle-ci le a5 mars , neuf mois et sept jours avant nous? C'est pour la même raison qu'une aharle originale du même roi , pour Tabbaye de Saint- Pierre de Châlons-sur-Marnc , est ainsi datée : Actum Parisius anno Domimcœ Incarnationis if XX m I , régnante Roberto rege XL. lit une autre encore pour Tabbaye de Coulombs , rapportée par Du Chêne , parmi les preuves de l'histoire de la maison de Montmorenci , p. i4» dont voici la date : Actum publicè Parisius anno IncarnaH Verbî MXXVIiî , régnante Roberto refie XL. Si le chancelier, ou le notaire qui a écrit ces deux chartes, n'avait point commencé Tannée neuf mois et sept jours avant nous, il aurait mis Tan xu du roi

Robert , puisque l'an XL ne répond qu'à l'année MXXVin , se-* Ion notre manière de commencer aujourd'hui l'année avec le mois de janvier, neuf mois et sept jours après l'Annonciation (i). Le calcul d'Helgaud, dans la vie du roi Robert, est conforme à celui des actes que nous venons de citer. Cet historien dit expressément que Robert est mort , anno gui est Incarnation^ millesimus tricesimus secundus. Il aurait dit , tricesimus primus , s'il n'avait point commencé l'année neuf mois et sept jours avant nous; ]puisqu'en effet, le roi Robert est mort le 20 juillet de l'an io3i , comme Helgaud le prouve lui-même par ces paroles : Obdonmivit auUm in Domino XIII kal. augusti, lucescente aurora dieitertiœ Sabbati, c'est-à-dire le mardi qui concourait avec le xm des calendes du mois d'août, ou le 20 juillet en io3i : concours qui ne se rencontrait point en io32. Voilà le vrai moyen d'accorder Helgaud avec lui-même , et avec la vérité de l'histoire. Ce même' moyen peut servir à concilier plusieurs autres contradictions apparentes, qui ne viennent que de notre ignorance , ou de notre peu d'attention à la manière de compter des anciens. •

Ces preuves ne laissent rien à désirer pour le règne du roi Robert. Ajoutons-en , pour le règne suivant , une qui peut être portée jusqu'à la dernière évidence. Nous la tirerons d'une chajte originale du roi Henri I er ., par laquelle il érige en abbaye le monastère de la Chaise -Dieu, en Auvergne. En voici la date : Actum Vitriaco palatio publiée »... mense septembri , luna XI , indiciione v, ab Incamalione Oominimi/lesimoquinquagesimo secundo.... rcgni Henrici eicesimo primo , XII calendas octobris.W est évident que celui qui a écrit cette charte , commence l'année le 2 5 mars, neuf mois et sept jours avant nous , si les dates ne conviennent point à l'an 10S2, et qu'elles conviennent toutes à Tan io5i. Or , il est aisé» de démontrer que toutes ces dates cadrent parfaitement avec l'an io5i, et point du tout avec l'an io52. En effet , le 1 2 des calendes d'octobre, qui est le jour que la charte a été donnée , marque le 20 septembre. C'était le onzième de la lune en io5i , puisque cette année-là le premier jour de la lune

(1) Néanmoins, cet usage n'a pas été constamment suivi dans les diplômes de Robert. Nous avons la preuve du contraire dans une charte de ce prince, rapportée au tome XI du Spirilège , p: 29a, laquelle finit par ces mots : Acta sunt hœc anno pene finito decimo post millesimum , indict. 9 , epacta XIV , mense februario , feria secundo , luna XX , sub imper/o Robert i clan s si mi régis Francigenœ s eu A qui ta— nie/. Ce lundi, 20 de la lune, tombe au 26 février de l'an 1011. Par conséquent, le rédacteur de cet acte commençait l'année trois mois; «près nous, soit au 25 mars, soit à. Pâmies,

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était le io septembre, comme on peut le voir dans notre Calendrier lunaire. Cette date de la lune ne peut absolument s allier avec le ao septembre de Tan io5a. Il en est de même de l'année vingt-unième du règne de Henri: cette vingt-unième année, au mois de septembre, ne répond point à Tan 10&2 , mais à Fan io5i , attendu que ce prince a commencé de régner le 20 juillet io3i. Quant à i'inoiction v, elle s'accorde aussi très- Lien avec l'an 10S1 , en la commençant avec le mois de septembre , comme on faisait quelquefois en France , ainsi que nous le dirons à l'article des Indictions.

Ce raisonnement nous paraît décisif. Nous pourrions en faire un semblable , à-peu-près , sur une charte de l'église de Vabres, rapportée parmi les preuves du I er . tome, du nouveau G allia Christiana , pag. 57 et 58,. Cette charte est ainsi datée: Facta donalio hac anno Incarnatioms Dominicœ MLXII , indic— ttone XI pridie idus ;WV, /// feria , epactâ XXVI, luna XIX. Toutes ces dates sont bien, et toutes, excepté la première, marquent l'année i#6i. On accorde la première date mlxii avec les autres , en commençant l'année neuf mois et sept jours avant nous. Les éditeurs oui n'ont point connu la 'manière de faire usage de toutes ces 'iatesQ ont rapporté cette charte à l'a rr 1062. En conséquence, ils ont cru qu'il y avait faute à l'indiction $ et qu'au lieu de XIV , il fallait XV. Tous nos critiques seront exposés à de pareils anachronismes , tant qu'ils ne feront attention qu'aux années de Jésus-Christ et aux indictions, sans examiner les autres notes chronologiques.

11 nous reste à examiner une charte , où le P. Mabillon a cru voir l'usage de commencer l'année le 25 mars , neuf mois et sept jours avant nous , bien établi dans l'église de Reims sur la fin du i4'« siècle : c'est dans sa Diplomatique , L. 11 , chap. 23 , n. 7. La date de cette charte , qui est de Gui , abbé de Saint- Basle , à trois lieues de Reims , est ainsi parquée : Datum et actum in monasterio nostro Sancti Basoli sub anno Domini , secundum cursum ecclesiœ Remensis , MCCCXC , décima tertia die mensis

junii, ponliûcatus domini Clementis Tapœ VII anno XII. Cette

date , dit le P. Mabillon , marque l'an i38o, , qui était , au mois de juin, la 12 e . année de Clément VII , élu en 1378 ; d'où il conclut qu'il est probable qu'à la fin du i4 e . siècle l'on suivait, dans l'église de Reims, le calcul Pisan. Cette remarque serait bien fondée, si l'élection de Clément Vil avait précédé le x3 juin de l'an 1378; mais comme ce pape n'a été élu que \t 2 1 sep- . tembre de ladite année 1378, le raisonnement du P. Mabillon croule par son fondement. Cela est visible, puisqu'en commençant les années du pontificat de Clément VII par ce 2 i e . de septembre , jour de son élection , la 12*. année de ce pape courait

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encore au mois rîe juin de Tan i3qo. Nous ne relèverions point ici la méprise d'un savant aussi respectable que D. Mabillon , si dans la date qu'il rapporte nous ne trouvions rien qui fût pro-

Fre à confirmer ce que nous avons dit d'un commencement de année , antérieur de neuf mois et sept jours à celui de la nôtre* Mais que signifient ces paroles, Sccundùm cursum ecclesirz Remensis, qui tombent nécessairement sur anno Domim MCCCXC? Ne marquent-elles pas clairement que sur la fin du siècle il y avait des églises où Ton suivait une manière de compter le» années du Sauveur , suivant laquelle il n'aurait pas fallu compter alors Tan i3i)o? Si cela est , il paraît hors de doute que cette autre manière de compter était celle de commencer Tannée au a5 mars, neuf mois et sept jours avant nous.

La conjecture , sur l'usage de la métropole de Reims , de commencer l'année au jour de l'Annonciation , neuf mois et sept jours avant nous, se trouve confirmée par cette date du concile dcSoissons, t. XIII, du P. Labbe, col. i4o3: Dafum Suessione r anno Dornini tfCCCCLri , indictione Urtia , mensis julii die veneris undecima , pontificaiûs sanctissimi in Christo Patris et Domim uostH , dornini Calixii divina Providen$ja Papœ tertii anno primo. Ce pâ|>e fut élu le 8 avril t455. La iftéme année était findiction ni, et le 1 1 juillet un vendredi. Tout ce que nous avons dit , et tout ce qui nous reste à dire des divers commencements de Tannée en France, appuie ce raisonnement.

Un usage très- commun sous la troisième race de nos rois ? était de ne commencer Tannée qu'à Pâques, environ trois .mois après nous. Parmi une multitude d'exemples que nous pourrions citer , nous en rapporterons un très-remarquable , tiré de l'avertissement de dom Vaisselte , sur le IV e » tome de son histoire de Languedoc. On y voit aue le roi Jean, pendant le séjour qu'il fit à la cour pontificale d'Avignon , y donna deux chartes. Tune et l'autre cm .363, suivant notre manière présente de compter. La première est datée de Villeneuve , près d'Avignon, le vendredi sainf , 3i mars, de l'an i362, en commençant Tannée à Pâques : la seconde , qui est du jour suivant de la même année , est datée de Villeneuve , près d'Avignon , le samedi-saint de Pd(fues , après la bénéd ction du cierge , le premier avril de l 'an .36$. Celte attention de marquer , après la bénédiction du cierge pascal , qui anciennement se faisait la nuit du samedi au dimanche , nous indique , pour ainsi dire, le premier instant de la nouvelle année. Elle commençait avec ou immédiatement après cette cérémonie'(i). Nous ne devons pas oublier ici Tins-

(i) Dans quelques endroits, on commençait Tannée après la bénédiction des Fonts. On voit un contrat passé à Be'thune, en Artois , le 5

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crîption qu'on attachait anciennement au cierge pascal : elle marquait l'année de Jésus-Christ, l'indiction et les aulres notes chronologiques oui convenaient a l'année courante , comme le prouve D. Mabillon , par quelques exemples. ( Diplomate l. a t ch. n3, n. 8.) C'est très- probablement de cette inscription , tjue venait l'usage de commencer l'année à Pâques.

On ne peut marquer précisément le toms où cet usage a commencé de s'établir en France (i) ; mais nous savons qu'il a duré jusqu'à l'édit de Charles IX, donné au mois île janvier i5ti3 (v. st.), dont le trente-neuvième article ordonne de dater les actes publics et particuliers en commençant l'année au premier janvier; cèqui fut confirmé, le 4 août suivant, par la déclaration tle ce prince, donnée à Koussillon, en Dauphmé (2). Ce n'r.st

avril i539, après les Fonts bénis, (tferc. de Fr. 1736, juin % p. m.) De cet usage de commencer Tannée à Pâques, ou à la veille de Pâques, il arrivait quelquefois qu'on avait deux mois d'avril presque complets dans !a même année Par exemple, l'année 1^47 ayant commencé au x ct . avril ijourd* P;»«juc>), et fini à Pâques suivant, qui tombait le 20 avril ; il y eut . par conséquent . dans cette année un mois d'avril complet , et 1rs deux tiers d'un autre mois d'avril. On a plusieurs charte%, datées du mois d'avril de cette année, dans lesquelles il n'y a rien qui marque si elles sont données dans le premier ou second de ces ■deux mois-, en sorte qu'on ne peut deviner à laquelle des deux années i347 ou l'i+tt elles appartiennent.

(1) On trouve des vestiges de cet usage dès le sixième siècle, du moins pour l'année ec< ésiaslique. Le concile de Tours, tenu en 567, marquant ( can. 10 ) la distribution de l'Office divin pendant le cours de l'année, termine cet e distribution à Pâques.

(a) Cet e loi ne fut adoptée, par le pa lement de Paris, qu'en i567. I/année précédfiitr n'eut que huit mois dix-se^t jours, depuis le 1 4 avril jusqu'au 3i décembre L'église de Beauvais fut encore plus tardive; car elle ne commença à se conformer à I ordonnance de Roussillon qu'en ^iSSo tes pays voisins de la France firent, à son exemple, les uns plutôt, les autres plus tard, la même réforme dans leur calendrier.

En Franche-Comté . des que ''édit de Charles IX, pour ftxer au 1 er . janvier le commencement de Tannée, y parut, les Etats de la province s'adre sèrent au parlement de Dôle , et en obtinrent, l'an i56T>, un règlement provisionnel conforme à cet édit ; ce qui fut confirme, l'an t par une déclaration de Philippe^L ( Chevalier, Histoire de Poligni y tom. 1 er , pag. i58. ) Cette même année 1675, le duc de Réq*icsens , gouverneur des Pays-Bas, ordonna, par un placard du 16 juin, que l'année commencerait au I er . janvier. En 1576, Philippe ÏI . roi d'Espagne, rendit un édit, le 3i juillet, qui ordonnait la même chose pour le Comté de Bourgogne Les Etats de Hollande avaient établi, long-tcms auparavant, cette manière de supputer le tcrai; et nous voyons que des t53a ils travaillaient à l'introduire. ( Histoire des Provinces-Unies , tom, V, p. 38i.) En Lorraine, le duc

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que depuis cette loi , que nous trouvons de l'uniformité dans nos dates de France. Pour les tems antérieurs , rien n'est plus nécessaire que de bien se souvenir de tous ces divers commencements de l'année , dont nous venons de parler, et d'un autre encore dont nous parlerons dans un tnoment , et qui est d'un an entier avant le nôtre. Sans cette attention , il n'est pas possible d'accorder une infinité de dates , qui sont très-exactes et très-vraies , et Ton est continuellement exposé à trouver de la contradiction où il n'y en a point. Il faut avoir la même attention en. lisant les annales, ou les chroniques. On croit y apercevoir des contradictions sans nombre. Une chronique rapporte un fait , par exemple , à l'an 1000 ; un autre rapporte le même fait à l'an 999. On décide, sans hésiter, que c'est une faute dans l'une ou l'autre de ces deux chroniques. Cette faute, cependant, n'est pas toujours réelle ; quelquefois elle n'est qu'apparente : elle disparaîtrait, si l'on était attentif aux divers commencements de l'année. On ne saurait donc les avoir trop présents à l'esprit , en lisant les chartes , les annales , ou les chroniques. 11 y a même une remarque à faire sur les annales, ou les chroniques en particulier. Quelquefois il arrive que dans une même chronique le commencement de l'année n'est pas le même partout. Cela vient de ce que la plupart de ceux qui les ont écrites , n'étaient que des compilateurs, ou des copistes de plusieurs aufcurs réunis dans un même ouvrage : ils y ont mis , sans discernement , les années telles qu'ils les ont trouvées dans ces différents auteurs , dont les uns commençaient

Charles III établit le même usage, par un édit du 1S novembre i57Q. Auparavant, dit D. Calmet , il n'y avait rien de fixe dans le pays; les uns commençant Tannée à Noël , les autres à l'Annonciation , les autres à Pâques.

Quoiqu'il n'y ait pas eu de loi expresse, en Allemagne, pour commencer l'année au I er . janvier, il paraît que cet usage y était presque universellement établi avant qu'il le fût en France. Nous serions portés à croire que ce fut 1* empereur Maximilien I er . qui introduisit ce' style dans la chancellerie impériale. En effet, l'acte par lequel il ratifia le fameux traité de Cambrai, conclu le 10 décembre i5o8, est daté de Malines, le 26» décembre de la même année ; et afin qu'on ne soupçonne pas qu'il commençait l'année à Pâques, ou au 25 mars, nous donnons la date du traite de ligue héréditaire, par lui fait entre les maisons d'Autriche et de Bourgogne d'une part, et les Cantons Suisses de l'autre. Elle porte : Faict à Jiade, en Urgou (Argow) , le vendredi septième jour de février. Van , après la Nativité de notre seigneur Jésus* Christ , courant 1 5 1 1 , de notre régne des Romains le 25 , et de celui de Hongrie le 20. Or, le 7 février tombait réellement un vendredi, en. i5n , commencé au i er . janvier.

DES CHARTES KT DES CHRÔînQtÎE$.

l'année , comme nous faisons aujourd'hui , les autres plutôt * ou plus tard que nous. Les Annales de Metz et celles de Moissac , que D. Bouquet a fait réimprimer dans son 5 e . tome des Historiens de France , nous fournissent une preuve bien sen- "sible de ce que nous disons ici» Tout le monde sait que Charlemagne a été couronné empereur le 25 décembre , ou le jour de Noël , de Tan 800, selon notre manière présente de corn-* mencer Tannée, et que cet empereur est mort le 28 janvier de Tan 814. Cependant les deux annalistes, que nous venons de citer, rapportent le couronnement de Charlemagne à Tan 801 9 et sa mort à Tan 81 3. Cqmment les accorder avec nous? Rien de plus facile ; en distinguant les différents commencements de Tannée que nos deux compilateurs ont suivis, et probablement copiés d'après les auteurs originaux. Ils ont rapporté le couronnement de Charlemagne à Tan 801 , au lieu de le rapporter à Tan 800, en commençant Tannée le 25 décembre, jour de Noël * ils ont rapporté sa mort, arrivée le 28 janvier, à Tan 8i3, au lieu de la rapporter à Tan 81 4, en ne commençant Tannée qu'avec le mois de mars , ou plutôt le 26 du même mois , peutêtre même à Pâques seulement. Voilà deux commencements de Tannée bien marqués dans les mêmes annales , compilées sans doute de divers auteurs ; ce qui a donné lieu au savant éditeur de faire la même observation que nous faisons ici , et d'ajouter

Sue ce que nous voyons dans les annales de Metz et de Moissac f oit se dire de la plupart des chroniques de ce tems-la et des siècles suivants.

Si dans une même chronique il se rencontre divers commencements de Tannée , que devons - nous penser de diverses chroniques , comparées les unes avec les autres P N'y trouverons- 1 nous pas toutes les variations, à cet égard, que nous avons remar^ quées , et que, par la suite, nous remarquerons encore dans nos chartes? Cela est certain , et Gervais de Cantorberi va nous en fournir la preuve. Cet auteur vivait au commencement du treizième siècle , dans le tems que les chroniques se multipliaient à T infini. Ecoutons ce qu'il nous dit : Inter ipsos etiam chrotricœ scriptores (ce sont les termes de Tavant-propos de sa chronique) nonnulla dissentio est» Nam citm omnium unica et preteipua sit mtentio annos Domîni eorumque contineniias supputation veraci enarrare , ipsos Domini annos diversis modis et terminis numerant, sicque in qjplesiam Dei muitam mendaciorum confusioncm ùvlicunt. Qui" dam enim annos Domini incipiunt computare ab Tnnuntiatione f alii à Nativitaee, quidam à Circumcisione , quidam oerà à Pas— sione* Ajoutons à celte énumération de Gervais , ce que nous avons prouvé plus haut : Quidam à Martio , quidam tandem à Paschate. Voici maintenant les réflexions qu'il tait sur ces divers

l8 DISSERTATION SUR LES DATES

commencements de l'année de l'Incarnation. Cui ergo , dît-il , istorum magis credendum est? Annus solaris, secundùm Romaporum traditionem et ecciesiœ Dei consuetudinem , à kalendis januarii suntit initium : in dieôus nataiis Domini, hoc est, in fine decembris sortitur finem. Quomodo ergo ulriusque fiera poierit esse computatio ,* cù/n aller in pri/icipio, aller in fine anni solaris,annos incipiat Incarnationis ? Lterque etiam annis Domini unum eumdemque tilulum apponit, cùm dicit, arwo ab Incarna tione tanto vel tanto jacta suntUla et Ma. His aliisque sirniliims ex çausis in eccleùa Dei orta est non modica dissenlio.

Après un témoignage si clair et si précis , d'un témoin oculaire, on doit regarder comme suffisamment prouvée la confusion qu'avaient jetée dans les chroniques les différents usages de commencer Tannée. Mais le texte de Gervais dit encore plus qu'il ne semble d'abord exprimer. En l'examinant de près, nous croyons en effet y trouver un nouveau commencement de l'année , dont nous avons dit ci-devant deux mots sans le prouver. C'est sur ces paroles que nous nous fondons : Annus solaris , secundùm Romanorum traditionem et ecciesiœ Dei consuetudinem , à kalendis januarii sumit initium : in dlebus natàlis Domini, hoc est, in fine decembris, sortitur finem. Quomodo ergo utriusque fiera poteril esse computatio , cùm aller in principio , aller in fine anni solaris armos incipiat Incarnationis ? 11 ne paraît pas qu'on puisse entendre ces paroles de ceux qui commençaient l'an née le a5 décembre, jour de la naissance du Sauveur, et de ceux qui la commençaient, sept jours plus tard, avec le mois de janvier. Une différence de sept jours n'était pas capable de causer la confusion dont se plaint le moine Gervais, lorsqu'il nous dit : Quomodo ergo , etc., Cette façon de parler ne marque-t-elle pas clairement deux choses : i°. qu'il y avait, en ces tem<-là, des auteurs qui commençaient l'année avec le mois de janvier, et cela un an moins sept

{'ours avant ceux qui la commençaient à Noël ; 2°. que les uns et es autres, malgré la différence d'un an, marquaient, dans leurs chroniques, ces deux années par la même année de l'Incarnation. Si tel est le vrai sens des paroles de Gervais, comme il ne paraît pas qu'on puisse en douter, nous sommes en état de répondre à une difficulté proposée aux savants par le P. Mabillon , dans sa Diplomatique, 1. a , ch. a5 , n. q. Elfe roule , cette difficulté, sur deux bulles de Pascal II, qui fut consacré pape le i4 août de l'an i 099. Lyjremière est datée du 1 4 février 1 1 o3 ; la secofjle , dont le P. Mabillon avait l'original sous les y«ux, est du a3 mars de la même année : l'une et l'autre , comme on le voit, avant le *5 mars. Les autres dates de ces bulles sont l'indiction % et la 3 e . année du pontificat de Pascal II. Ces deux dernières dates marquent l'année 1 102, tandis que les deux bulles énoncentl'an no3 t

.comme on vient de ie dire, et cela avant le a5 mars. Comment résoudre cette difficulté? C'est en disant que le chancelier , qui a dressé , ou écrit ces deux bulles, commençait Tannée de l'Incarnation un an plein avant nous, et qu'ainsi il comptait i io3 , lorsque nous comptons uoa. Cette réponse est fondée sur les paroles de Gervais, qui viennent d'être rapporLées ; et l'interprétation que nous leur avons donnée se trouve confirmée par les deux bulles de Pascal.

Au reste, ce commencement de l'année de l'Incarnation, antérieur d'un an au nôtre, ne doit point étonner, dans un tems où 'chaque auteur semble avoir eu la liberté de commencer l'année quand il voulait. On a vu plus haut, qu'il y en avait qui la commençaient le jour de l'Annonciation , neuf mois et sept jours avant nous. Cette manière de commencer l'année de l'Incarnation n'empêchait pas»ceuxqui la suivaient de regarder ie i e, .de janvier comme le premier jour de Tannée solaire, suivant l'usage des Romains, très-connu et très-commun en Occident (1). Delà il est arrivé , tout naturellement , que , pour ne pas s'éloigner de cet usage, certains auteurs ont commencé, dès le mois de janvier, à dater lour* récite par Tanuée telle, ou telle de TJncarnation, quoiqu'ils sussent oien que cette année telle, ou telle t ne devait commencer que le a5 mars suivant. Il en est de ces auteurs comme de ceux qui dataient par les années de nos Rois, et sans faire attention ni au mois , m au jour précis qu'ils avaient commencé de régner, dès le mois de janvier suivant, dataient leurs récits de la seconde année de ces princes, quoiqu'ils n'ignorassent point que leur règne ne commençait qu'un certain nombre de mois après celui de janvier. En traitant de la chronologie de nos Rois , nous rapporterons plus d'une preuve de ce que nous avançons ici (2). 11 nous suffit, pour le présent, d'avoir

(1) Des lettres de grâce données l'an î^SS , et conservées au Trésor des Chartes , sont datées , le premier jour de janvier, qu 'on appelle communément le premier jour de Van. L'usage était en ces tems-là , comme à présent , de donner des étrennes au » er . janvier.

(a) Frëdégaire et son continuateur commencent Tannée au i«r. mars ( y oyez Pagî, ad an. 7 36, n. 1 , 11 ). Cet usage n'était point particulier aux auteurs français. On le remarque dans plusieurs diplômes des empereurs d'Allemagne. Le Mire en rapporte un de l'empereur Otton l« r . {Notit. Eccl. Belg. c. 6a), daté du aa janvier 966 , la trenteunième année de son règne. Or, ce prince n'étant parvenu au trône qu'au commencement de Juillet 936, le aa janvier 966» il n'était encore que dans la trentième et non la trente-unième année de son règne. * Mais Otton, ou son chancelier, comptait les années incomplettes comme les années complet tes, c'est-à-dire, qu'il regardait l'an o,3t* comme si le règne d'Otton eût commence au premier jour de cette.

20 DISSERTATION SUIl LES DATES

prouvé un commencement de Tannée de l'Incarnation, anté~* rieur d'un an au nôtre d'aujourd'hui , et d'avoir rendu raison ,

année, et complaît par conséquent les sept derniers mois de cette année comme une année complette du règne de ce Prince. Il se trouve quantité d'exemples de cette manière de supputer les années des règnes - dans d'autres diplômes de ce Prince , dans ceux de Henri , son père , dans ceux d'Otton H, son fils, de Henri II, de Conrad 11, de Henri III, de Lothaire II , qu'on peut voir dans le premier tome de la Chronique de Gotwich. On doit même faire remonter cet usage bien plus haut que les rois de France et les empereurs d'Allemagne. Le cardinal Noris, dans sa lettre sur une médaille d'Hérode Antipas, remarque , d'après Kepler et le P. Pétau, que les Juifs comptaient les annéesde leurs souverains du mois de Nisan , qui précédait l'avènement de ces Princes au trône } de sorte qu'ils comptaient une deuxième année au i cr . de Nisan suivant, quelque peu de tems qu'ils eussent régné auparavant : il le prouve par un passage de Josephc, qui ne souffre point de difficulté. Le Talmud est également formel là-dessus : Prima dies Nisan y y est-il dit, est no fus annus Regum. Annus ilh est à qua nu me rare et supputare incipiebant annos Regum sacrum in contractibus , chirographis et publias omnibus instruments et diplomatibus , qui ad annos et menses Régis regnantis componebantur. Mais on voit aussi, par le même livre et par d'autres monuments , comme Samuel Petit le prouve, que les Juifs comptaient les années des empereurs et des autres princes étrangers, du mois Tisri qui avait précédé leur avènement, quand même il ne se serait écoulé que quelques mois, et même un seul jour. C'est à l'aide de ces principes qu'on peut expliquer les dates • d'années des princes juifs, qui se trouvent sur les médailles de Phi«* lippe le Tétrarque, d'Hérode, roi de Calcide, d'Hérode Antipas, d'Agrippa I er . et d'Agrippa le jeune.

Les Égyptiens, dit M. l'abbe Belle! , qui nous sert ici de guide, suivaient aussi l'usage particulier de compter une nouvelle année de lègne au Thoth , ou premier jour de leur année civile ( sg août ) ; en sorte qu'ils comptaient une seconde année au Thoth, qui ouvrait une année nouvelle , quand le Prince n'aurait régné que peu de jours auparavant.

Le P. Pagi {ad an. 63, n. 3) a observé que, sans cette méthode, on ne peut expliquer la date d'une seconde année de Galba, ni la cinquième année d'Elag&bale, gravées sur des médailles égyptiennes. C'est par la même méthode que le baron de la Baslie explique la huitième année , H , de l'empereur Probus , sur des médailles frappées en Egypte.

Le cardinal Nows a prouvé que les habitants d'Antioche et de Lao— dicée, en Syrie , comptaient de même une nouvelle année de règne au commencement de leur année civile. A mense à quo an nu m ordiebantur\ mumerarunt; quod et de annis imper ii Julii Csesaris Antiochenses ac Laodicenses fecisse in volumine de annis Syro-Maccdonum demonstraci.

Tel était aussi l'usage de la ville de Tyr.Trajan fut adopté par Nerva, -créé César, et revêtu de la puissance tribunitienne , le 18 septembre <|e l'an 0,7 de Jésus-Christ. Le 19 du mois d'octobre suivant, premier

DES CHARTES ET DES CHRONIQUES. Il

autant que cela se peut, d'un usage peu connu et fort éloigné de notre tems.

Ce qui vient d'être dit, sur les divers commencements de Tannée qui se rencontrent dans nos chartes et nos chroniques, fait voir quelle attention il faut arfporter à la lecture de ces anciens monuments. Sans cela, on serait continuellement exposé à s'y méprendre, et d'autant plus facilement , que ceux qui commençaient l'année diversement n'en avertissent point , comme le moine Gervais vient de nous l'apprendre. Ils datent tous de Tannée de l'Incarnation , sans dire qu'ils la commencent le a5 mars t neuf mois et sept jours avant nous, ou trois mois moins sept jours après nous, ni s'ils la commencent avec le mois de janvier de Tannée qui précède la nôtre, ou avec le même mois comme nous , ou avec le mois de mars, à Pâques ou à Noël. Combien ne faut il pas d'attention et de discernement pour ne point prendre le change sur des dates si embarrassantes et si embrouillées? • Quelle témérité, d'en juger précipitamment, comme si elles ne renfermaient aucune difficulté! Ces dates ne s'accordent pas avec notre calcul '; donc elles sont fausses , et les chartes ou les chroniques qui les renferment, de nulle autorité. Ainsi raisonnent ordinairement les demi-savants, qui osent prononcer sur des choses qu'ils n'entendent point (i).

jour de Tannée civile de Tyr, les habitants comptèrent la deuxième année B du règne de ce prince, et le 19 octobre de l'an 1 16 ils comptèrent la vingt— unième année K A. Sans l'application de cet u&ase , oa ne pourrait concilier les monuments avec la durée du règne deTrajan, qui ne fut pas de 20 ans complets.

Ajoutons encore l'usage particulier de la ville de Scieur ie, près des bouches de l'Oronte. Nous avons vu, dit M. Bellei , dans le cabinet de J'abbé de Rothelin, un beau médaillon, frappé par les habitants de cette ville, en l'honneur de Galba, la deuxième année de son règne, £Tov2 NEov IHPov' B. Galba n'avait régné que 9 mois et i3 jours, à compter même du 3 avril de l'an 68, jour auquel il fut proclame Auguste en Espagne, du vivant de Néron, ou 7 mois 7 jours, si l'on compte de Ja mort de Néron, vers le 1a juin de la même année 68. 11 fut tué à Home, le iS janvier 69. Les habitants deSéleucie comptèrent donc une deuxième année du règne de ce prince au commencement de leur année civile, à l'automne qui suivit son avènement au trône

(1) Indépendamment de tout ce qui vient d'être dit, nous allons rassembler ici. par manière de supplément, tous les divers commencements d'année que nous avons remarqués dans les différentes parties de l'Occident.

L'usage de commencer l'année à Noê'l, a long-teras régné en Allemagne , où on le voit établi dès le dixième siècle. VVippon , dans la vie de Conrad le Salique, dit : Inchoante anno Natieitatis Chnstt rex fhQnradus in ipsa regia cieitaie Natale m Domini celcùrarit. L'historien

ai DISSERTATION SUR LES DATES

Mais* ce n'est pas seulement sur les années de l'Incarnation qu'il est aisé de se tromper ; on peut également prendre le change

Brunon, moine du diocèse de Mersbourg, termine ainsi l'histoire de la guerre de Saxe , qu'il écrivait vers la tin du onzième siècle : Anno 108a (1081) in natali S. Stephani Protomartyris , Hermannus à Sigefrido Mo— guntime sedis Archiepiscopo in Regem venerabititer est unetus. L'annaliste saxon, qui a conduit son histoire jusqu'en ii3a, commence chaque anne'e de ses annales en cette manière : L'Empereur a célébré la fête de Noël en cette ville , puis V Epiphanie, ensuite la Purification en tel autre fieu. Néanmoins, cet usage ne fut pas universel en Allemagne. A Cologne, l'année commençait à Pâques. 11 est vrai qu'un concile , tenu Van i3io en cette ville, ordonna (can. a3. ) que l'aimée.commencerait désormais à Noël, suivant Vusage de l'église romaine i mais cela n'eut lieu que pour le style ecclésiastique , et Ton continua de commencer Tannée civile à Pâques, ce qu'on appelait le style de la cour. L'université de Cologne avait son style particulier, qui était <?e commencer l'année au a5 mars , et le P. Hartzeim assure qu'elle le conservait « encore en i4a8. On suivait le même style au comté de la Mark, selon Haltaus

A Mayence, jusqu'au quinzième siècle. le jour de Noël faisait Tonverrure de l'année. Mais, dans la suite, l'usage s'est insensiblement établi de la commencer au i er . janvier. C'est ce que nous a fait l'honneur de nous écrire . le 9 janvier 1783, monseigneur Wurdtwein, évèque suffragant et vicaire-général de l'archevêché de Mayence , éditeur d'un recueil important en 12 volumes, qui a pour titre : Subsidia Diplomaties. Nous croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs un extrait de sa lettre : De variation e Styli in Ec cl es ta Moguntina circa initium anni sollicite quarenti tibi paucis respondeo , quod spéciale ediclum circa varium anni principium , numquam emanaverit ; sed eu m an/tus olim à Nativitate ae périt ', deinceps, à seeculo nempe XV 9 . ptr contrariant observantiam sensim sine sensu introductum cum anno civil i à prima 1 anuarii gênerait' tir incetptus fuerit. lnsubsidiis Diplom*Pre/at.T. X % XI et XII, quant plurima e riant Diplomaia , qua data sunt juxta stylum scribendi in diocesi Moguntina ; secundum stylum Trevirensem ; juxta stylum Colonicnsem , aut suè formula consimili. His addidi usum Eccles/arum Uhelensis, Belgii , It alite. Conclusiones exinde deduci p os sunt perutiles , et régula? vix non cerlee statut.

On a déjà remarqué ci-dessus (p. 10), que Sigebert, en donnant le 18 mars pour le jour initial du douzième siècle, ou de l'an 1 101 , n'a vraisemblablement entendu que l'année astronomique , et non l'année civile. Mais Haltaus se trompe certainement en disant que le 19 de ce même mois servit de commencement à l'année civile, jusques vers Tan 1387 , et fit alors place au premier de janvier pour le même usage. Ce jour initial est une fiction , qui n'a de fondement dans aucun autre écrivain , ni dans aucun acte. Il est constant . au contraire , que l'usage de . l'église de Licge^ dès le commencement du treizième siècle , et même w auparavant , était de faire commencer l'année au samedi-saint après la bénédiction du cierge pascal : Attendendum , dit Hocsem , chanoine de liège au quatorzième siècle, dans la Vie de l'évèque Henri de Gueldre,

DES CHARTES ET DES CHRONIQUES.* s3

sur les années de la Passion. Nous trouvons plusieurs chartes , où les années de la Passion du Sauveur sont ajoutées à celles de

ch. I t qued à iempore eu/as memoria non existit , annorum Natipitatis Domini cumulatio , sire cujusliket anni succrescentis initium in cerco consocrato Paschali hactenus U£P' n h t a & u l* consuet>it f et ai itla horm annus Dominicas inchoabat. Mais cela fut changé , Tan i334> «uivant le même auteur ( liv. a , de Episc. Leod. ) , par une ordonnance de 1 evéque Adolphe , qui substitua , pour ce jour initial , la fête de Noël à celle de Pâques.

A Trêves, on plaça , vers le même tenu, le commencement de l'année au a5 mars. Mais présentement, et depui* long-tems, dit Brouver, écrivain du dix-septieme siècle {Annal. Treeir., I. 18, p. a58) , Tannée commence à Trêves au premier janvier. Cependant , ajoute-t-il . l'usage des notaires, et des autres écrivains publics, est toujours de prendre, dans leurs actes , le a5 mars pour le premier jour de Tan. Mais cet usage a été depuis aboli , sous le gouvernement de l'électeur Gaspar Wanderleyen , qui monta sur le siège de Trêves en i65a , et mourut en 1676-

A Strasbourg, on conserve un calendrier du onzième siècle, où l'année commence à la Circoncision. Mais on ne p«ut pas inférer de-là que -tel fût le jour initial de Tanné** rîvîle. Voici la preuve du contraire, tirée d upe charte de l'évèque Wernaire, ou Werchaire, donnée au commencement du même siècle, et conservée aux Archives de i'évêché de Strasbourg. Adam , ^>orte la date, anno Incarnationis Domini car millesimo çuin/o, indictione secundd t epactà çigesimd sextâ , concurrente sexto. Ces trois derniers caractères chroniques ne conviennent qu'à J année 1004. commencée au i« r . janvier ; d'où il faut conclure que la charte fut expédiée , entre Noël de cette année, jour auquel Wejpairé faisait commencer l'année, et le 1 er . janvier suivant, auquel il attachait le commencement de l'ind'tction, de l'épacte et du concurrent. On peut apporter d'autres preuves enrore plus anciennes du commencement de l'année fixé à Noël dans TA Isa ce. Un ancien calendrier de la iia du huitième siècle, publié par M. l'abbé Grandidier, à la fin du premier volume de son histoire de l'église de Strasbourg, e| qui parait avoir appartenu à quelque abbaye de ce diocèse, commence par ces mots : Jm Christi nomine , incipit Martyrolorium : Vlli kai. januarii Natiritas Domini . etc. Un rituel, presque aussi ancien, de l'abbaye de Neuvillers, débute ainsi : Ordo in Matipitate Domini.

Enfin, pour terminer ce qui concerne l'Allemagne sur cette matière, nous remarquerons que le style de la cour impériale était, dès le commencement du seizième siècle , d'ouvrir l'année < ar le premier jour de janvier. Nous en avons la preuve dans le fameux traité de Cambrai conclu entre le pape Jules II , l'empereur Maximilicn et le roi Louis XII, contre les Vénitiens. On sait qu'il fut signé, le 10 décembre l5o8, par les plénipotentiaires de l'Empereur. Or la ratification qu'en fit ce monarque à Matines . le a6 du même mois , est également datée de Tan i5o8. {Becueii des Traités de paix , etc. Amsterdam , 1700, tom. II , p. 37.) Maximilieu ne commençait donc pas l'année à Noël. Et afin qu'on ne dise pas qu'étant alors dans les Pays-Bas il se conforma peut-être dans cet acte au style local, qui était de commencer l'année à

e4 DISSERTATION SVR fcES DATES

l'Incarnation. M. du Cangeen rapporte trois exemples dans" son Glossaire , au mot Annus. Pour accorder ces deux dates , lune

Pâques , nous donnerons la date au traité de ligue héréditaire fait par le même monarque entre les maisons d'Autriche et de Bourgogne , et les Cantons suisses, Elle porte : Faut à +11 a de , en Urgou ( Argow ) le çendredi , septième jour de février , / an, après la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, quinze cent unze, de notre règne des Romains le a5, ei de celui de Hongrie le 20. Or, le 7 février tombait réellement un vendredi l'an i5n , commencé au I er . janvier. Ce n'était donc ni à Noël , ni à Pâques , que Maximilien commençait Tannée ; mais c'était au premier janvier.

lin Hongrie, Tannée commençait à Noël, ou au i er . janvier, comme le prouvent les dates employées par les écrivains de ce pays.

En Danemarck , suivant Olaiis Wormius , on commençait autre-* fois Tannée tantôt à Noël , tantôt à la Circoncision , tantôt au 1a août, fête de Saint-Tiburce. H y a, dans la Bibliothèque de Strasbourg, un très-ancien Calendrier runique ou danois, qui fixe le commencement de Tannée à la Circoncision.

En Suisse , dans les quatorzième et quinzième siècles , on commençait Tannée au i er . janvier, à Texc«ptum Ju diocèse t\& Lausanne et du pays de Vaud , où , depuis le concile de Bâle , on prit le a5 mars pour le jour initial de Tannée.

A Milan , dans les treizième , quatorzième et quinzième siècles * Tannée s'ouvrait par le jour de Noè'l. Une charte citée par du Cange T est ainsi datée : Anno à Nativitate Domini 1877, indict, 1 , secundùm cursum et consuetudinem civitatis Mediolani, a« Dccembris , etc Nous rapporterons d'autres preuves de cet usage , sur les ducs de Milan.

Home, et la plupart des villes d'Italie , suivaient le même style. Mais à Florence , dès le dixième siècle , le commencement de Tannée était fixé au 25 mars, trois mois moins sept jours après celui que nous comptons à présent pour le premier de Tan ; c'est ce qu'on nomme le d al cul ou V ère de Florence. Quelques villes adoptèrent ce style, que plusieurs papes, jusqu'à. Clément XI II inclusivement, ont suivi dans leurs bulles, comme on le fera voir à leurs articles. Les Florentins ne Tont quitté que dans ces derniers tems , en vertu d'un décret de l'empereur François, donné Tan 17^» en sa qualité de grand-duc de Toscane, par lequel il fut ordonné que Tannée 1750, et les suivantes, commenceraient au i«. janvier dans toute la Toscane. Voici ce décret tel qu'on le voit gravé en cuivre sur le grand pont de Florence , Imp. Cas. Franciscus , plus, f*>lix y Aug.y Lotharingie , Barri et Magnus Etruria Dux, bono Reip. natus , Custos libertatis , Amplificator pacis , concordia Vindex^ steculi Reslilufor, humanat salutis epocham annosque ab Tuscia> populis diverso stylo computari solilos, ad o muent confusionem et discernendat arlalis difficultatem amoliendam , unà eàdemque formâ y et commuaibtts auspiciisab univers is lege laid XII kal. decembris anno MDCCXLVI III, inchoari ita jussit ut non quemadmodum , pratter Romani Imperrî morem , hactenus servatum fuerat, sed certente anno MDCCL ♦ ac dein— ceps in perpetuum kalenda januaritt , quee novum annum aperiunt céleris gentibus , unanimi etiam Tuscorum in consignandis temporibus consens

DES CHARTES ET DES CHRONIQUES." a5

avec l'autre , \\ ne suffit pas de savoir comment nos anciens . comptaient les années de l'Incarnation ; il faut encore savoir com-

sione ceMrarentur. Le calcul Pisan, qui précède d'une année entière celui de Florence , a été en usage non-seulement à Pise , mais a sLucques , à Sienne \ à Lodi ; plusieurs papes s'y sont conformés dans les dates de leurs bulles, et plusieurs empereurs d'Occident, dès le neuvième siècle , dans celles de leurs diplômes.

A Venise, quoique Tannée civile et ordinaire commence au 1 er . janvier, comme parmi nous, cependant de tems immémorial , l'année légale , celle qu'on suit dans les actes, s'ouvre au i« r . mars; et cet mage y est encore suivi, comme nous l'ont assuré MM. Soranto et Olivien , successivement secrétaire» de l'ambassade de Venise à la cour de France, «t M. Bartoli, vénitién de naissance, antiquaire du rof de Sardaigne , et membre de l'académie des Belles-Lettres de Paris.

Il parait que l'on commençait l'année de même au I er . mars à Bénévent,dansle clonzième siècle ; caPFalcon, citoyen de cette ville, qui écrivait sa Chronique vers l'an Ii4> » prend toujours le mois de février pour le dernier de l'année.

En Aragon , il fut réglé, l'an i35o, par ordonnance du r«i Pierre, expédiée à Perpignan, le 16 décembre , que l'on commencerait l'année à Noël , et que l'on omettrait les calendes , les nones et les ides , dans la date du jour. (Du Cange, Gloss. tom. 1 er . , col. ) Auparavant, c'était le a5 mars, trois mois moins sent jours après nous, qui tenait lieu du premier jour de l'an.

On publia la même loi en Castille l'an i383, aux cortès ou états tenus à Ségovie ; Ojt dans le Portugal , le roi Jean I". rendit une semblable ordonnance en i4ao. Cet usage subsistait encore au seizième «iècle, comme on le voit par la date du fameux traité conclu entre l'empereur Charles-Quint et le roi François 1 er . Ainsy faict ', porte-telle , ttaietc et conclu en la pille de Madrid , au diocèse de Toledo . le dimanche , quatorzième jour du mois de janvier i5ao, pris à la Nativité Je Notre Seigneur, selon le style d'Espagne. ( Voy. la préface de D. Grégorio Mayans, sur les Œuvres chronologiques du marquis de Mondeja, publiées à Valence , en 1 744- ) Dans le même siècle , à peu près vers le Tnème tems que Charles IX rendit en France la fameuse ordonnance de ïloussillon , l'usage s'établit en Espagne , mais sans qu'il y ait eu aucune loi expresse à ce sujet, de commencer Tannée , comme en France , au x« r . janvier.

En Russie, suivant le prince Michel Schtscherbatovr {Histoire de Russie), l'année russe, dans le onsième siècle, commençait au printems. Mais dans la suite, la Russie adopta le calendrier grec.

En Sicile, l'usage était, depuis l'invasion des Normands, de commencer l'année au a5 mars. On lui donna ensuite, dans le seizième siècle, pour jour initial le I er . janvier. Mais Rocco Pirro, qui écrivait, un peu avant le milieu du dix-septième siècle , témoigne que, de son tems, quoique ce style fût suivi par le peuple et même par les magistrats, cependant les notaires continuaient de prendre dans leurs actes le a5 mars pour le premier de l'an. (No fit. Ecclesi» Panocm, ad

a 6 DISSERTATION ST7R LES DATES

ment ils comptaient celles de la Passion , ou à quelle année <$â l'âge de Notr*-Seigneur ils ont rapporté sa mort. Les uns ont

En Chypre , le commencement de l'année se prenait aussi du jour de Noël. Du Cange le prouve par une charte ainsi datée : Annota Nativitate Domini 1378, indicé. / , scptimo martii ', secundum cursum regni Cypri.

En Angleterre, on troure des vestiges de cet usage dès le septième siècle; et il s'y maintenait encore au treizième. Gervais de Cantorberi , qui vivait alors, et dont on a vu les plaintes sur les dissensions des coin» putistes de son tems, dans ia manière de commencer l'année, témoigne cependant que presque tous les écrivains de «a nation qui l'avaient précédé , s'étaient accordés à placer l'ouverture de l'année au jour de Noël, par la raison qtfe ce jour est comme le terme où le soleil finit sa course et la recommence : Hue ut astimo , dit-il , raiione inducti sunt omnes fere qui anle me scrfpserant , ut à Natal i Domini anni suèsequentis sumerent initium. Cependant il parait que dis le douzième siècle , l'usage de l'église anglicane était de commencer Tannée au a5 mars; et c'est pour cette raison . sans doute t qu'Edmer, qui écrivait vers le milieu de ce siècle, afrpelle les Quatre^-Tems qui suivent la Pentecôte, le jeûne du quatrième mois. Ce style passa dans le civil au Quatorzième siècle*. Dans les actes de Rymer (tom. V, p. 101), on lit un diplôme d'Edouard III, par lequel il engage sa couronne à Baudouin , archevêque de Trêves, daté en celte manière : Datai» anno Domini 1 338 secundkm slylum eteon». seetudinem ceclesiaanglicanaetprovincimTrevirensis^ diepenultimo mensit seplembris. On a vu plus haut, qu'à Trêves l'année commençait alors au a5 mars. Cet usage a persévéré en Angleterre jusqu'à la réception du calendrier réformé. Le commencement de l'année fut alors fixé au janvier. Au reste . il faut distinguer trois sortes d'années , chez les An* glais ; savoir Tannée historique , Tannée légale , et Tannée liturgique. L'année historique commence, depuis long-tems, en Angleterre au janvier ; Tannée légale , c'est-à-niire celle qu'on suivait daus les actes publies, commençait à Noël, comme nous l'avons dit, jusqu'à la fin du treisième siècle, puis au 2S mars; quant à Tannée»liturgique, elle commence au premier dimanche de TAvent.

Dans les Pays-Bas , quelques provinces , telles que la Gueldre et la Frise , faisaient partir le commencement de Tannée du jour de Noè'l ; ie même usage régna dans la .province d'Utrecht, depuis Tan i333; mais auparavant on y commençait Tannée à l'Annonciation. (Mabil. de re Diplom. p. a38 et p. 3io.) A Delft, à Dordrecht , et dans le Brabant, elle commençait au vendredi-saint. En Hollande , en Flandre, et dans le Hainaut . elle était fixée au jour de Pâques ; et c'est le style que les notaires suivaient dans leurs actes. Mais pour éviter toute 'confusion . ils étaient obligés d'ajouter à leurs dates , lorsqu'elles pré*cédaiënt Pâques , ces mots : selon le stfle de la cour, ou bien apani Pâques , ou more gallicane Le traité passé à Bruxelles, entre Tempe^ Teur Maximilien et notre roi Louis XII , est daté du 8 février i5o8. Stylo eu fiât Cameracensis , cè qui revient à Tan i5og , la ligue de Cambrai , conclue le 10 décembre 1S08, étant antérieure à ce traité, (Pontari, I/ist, 6V/r. p. 63g,)

DES CHARTES ET DES CBnONIQt'ES. 37

eru qu'il était mort à '62. ans , les autres à 33, et d'autres enfin a :-î4- C'est ce que dit expressément Gervais de Cantorberi, dihs

Ce dernier style était aussi celui de la cour de Savoie.

A l'égard de la France, des le tenis de Charlemagne , l'usage était de commencer l'année à Noël. Cet usage s'y maintint presque universellement pendant le neuvième siècle. Nous disons presque universellement , car il y a des exception . On voit, en effet, que, dans quelques endroits de la France, on commençait l'année à Pâques dès le milieu du neuvième ftiècfej tin voici la preuve. Daus le carluiaire de l'abbaye de Saint-lii-rtin, dressé par Folmar, on voit une charte dont la date est ainsi exprimée : Aciura Aria ( Aire, en Artois) monasterio % Vl.kal. apri/. an no Incarnations DCCCLV1 , et èissexttlt ', asçensu J \ indicl. 1F, ac embol. SabÙato an te médium XL, an no XV U régnante Karolo cumfratrc H/udoiHiro aç nepotc Hlohari: Cette date . rapportée à l'année 850 , suivant notre manière de compter, est pleine de contradictions. Fàque*, en àob, tombait au 39 mars, et le b fie* calendes d'avril, ou 27 mars, tombait par conséquent un vendredi. De plus, l'an 85b, la di\sepiieme année du rég ie de Charles-le-Cbauve ne commença qu'au *o juin, Louis-le-Débonnaire, son perc, ét;.nt mort ce jour-îà en 840. Mais tout se concilie en rapportant cette date à l'année 85?. En effet, Pâques tombant , cette année , le 18 avril , le 27 mars était le samedi de la troisième semaine de Carême ; et le lendemain, quatrième dimanche de Carême, était précisément le milieu de la Quadragé*ime proprement die. La dix-septieme année de Charles-le-Cbauve courait alors iusnu au ao juu. -, et l'itidiclion IV, commencée a Pâques 856, n était pas encore finie II est vrai que l'année 85 7 n'était point bissextile j mais l'année 856 Tétait, et par conséquent la portion de l'anuçe suivante, sur laquelle elle s'éte udait , était censée l'être aussi. Il laut en dire autant de l'année lunaire emholismique, qui était réellement cette même année 856, ayant a pour nombre d'or, mais qui n'était censée finir, comme la solaire, qu'à Pà/jues 85 7 Enfin l'expression ascensul nous parait marquer le régulier, qui était 1. Il est doue mu; que, des lo neuvième siècle, il y avait des lieux où l'année «ouvrait a Pâques. Cependant il faut avouer que les exemples en sout rare*. Alai> dans la suite, comme on le voit dans le corps de cette Dissertation, il n'y eul plus rien de constant. Les uns prirent le a5 décembre, les autres le a5 mars, et le plus grand nombre le jour ou la veille de Pâques, pour le jour initial de I année. Voici néanmoins quelques observations ladessus, qui pourront être utiles à ceu* qui consulte ut les anciens monuments de notre histoire. La coutume, presque invariable de nos rois, dans leu. s diplômes, depuis la fin onzième siècle , et celle du parlement de Paris, depuis qu'il fut rendu sédentaire, jusqu à 1 edit qm fixa le commencement de l'année au 1". pnvier , fut de la eomiMcncei a Pâques, ou plutôi aU samedi-sainl. après la bénédiction du cierge

l'année à Pâques, ou au a5 mais, on ajoutait Ordinairement a la date» selon h style de France > ou more gallicauo*

*8 ÎHSSERTATIÔN SClt LES DATES

Tavant-propos de sa Chronique , où il se plaint encore de tfAiê diversité de sentiments , qu'il dit, avec raison, être une nou-

. ■ i ■ i ■ - — - , ■ i m i i ■ ■ ii ■ ■ i. i m

Dans la province ecclésiastique de Reims, au treizième siècle, l'année Commençait à l* Annonciation , selon les actes du concile de tfctms , tenu en 1235, sous le toi saint Louis. Notandum , y est-il dit» quod more gallicano mufatar annms in Annmntiatione Dominée*. (Martèn. Thes. Anec. , tom. IV, col. toa.) Cet usage a subsisté dans la ville de Montdidier, jusqu'au seizième siècle. Des lettres du prévôt royal» conservées dans les archives du prieuré de cette ville , sont datées du 8 avril i44* ' Incarnation renouvelée. Dans les registres «les délibéra» lion de l'échevinage : Le a5 mars , incarnation renouvelée avant Pâques* Deux actes de vente, passés audit échevinage , l'un ie a, l'autre le 9 avril x 5a8 , portent expressément : Date renomvettée en nostre échevinage échevinage ie jour de l'Annonciation de Hostre-Dame ^dernier passé avant Pasçues.

Au diocèse de Soissons , on commençait l'année dans le douzième siècle, à la Nativité, comme on le voit par la date suivante d'une charte de Goslen , éyèque de Soissons : Actum est kalendis martii anno Dont in. Incam. MCXXXV % à proxime prœteriio Natali inchoante et proximo Pascha declarando ( Arch. de l'église de Soissons.)

A Amiens, an contraire, dans le même tems, l'année commençait la veille de Pâques, après le cierge béni. Dans un registre de François Martin, notaire royal en cette -ville, on voit deux obligations à la suite l'une de l'autre, dont la première fest datée dm samedi 5 avril 1^49, veille de Pasques , avant le cierge béni i la seconde du même jour, 5 avril i55o , avant Pasques, après le cierge béni.

A Péronne, même époque delà nouvelle année, au quinzième siècle. Un registre capitulaire de la collégiale de Saint— Fursi, renferme deux actes, dont l'un commence par Sabbato in vigilia Pascha» , t^aprilis ,1487» post cerci benedictionem ; l'autre par Sabbato i» vigilia Pas due , anno xljtfo , die çuinfa apritis , post cerei benedictionem.

En plusieurs endroits de Picardie, on datait néanmoins du I er . janvier, après ie milieu du treizième siècle. Une charte du seigneur de Vignaconrt, de l'an I2?4» porte : Au mois de janvier, le lendemain dm premier jour de Tan. Les chroniques de Froissa rt ont été rédigées suivant le même style. Enfin il est peu de provinces qui aient plus varié, pour le commencement de l'année, que la Picardie; en sorte qu'il est presque impossible de dire précisément quelle fut l'époque de l'année la plus généralement suivie. (D. Grenier, Historiographe de Picardie.)

« En Languedoc, dit M. Ménard (sYist. de Nismes, Pré/. ) , et dans •» les autres provinces méridionales, l'année commençait au 2S mars »; mais ce ne fut pas sans de grandes exceptions. D. Vaissète prouve que, ■dans le Languedoc, aux onzième . douzième et treizième siècles, Tannée commençait plus ordinairement à Pâques; mais qu'il n'y avait rien de stable là-dessus. Nous pouvons ajouter que, même au seizième siècle , 'avant l'édit de Roussillon, l'usage du parlement de Toulouse était 'encore de commencer l'année à Pâques : témoin la date de l'enregistre* ment des lettres du roi Henri II , pour le rétablissement du connétable dç M ont m ©rend dans le gouvernement de. Languedoc Donné, portent

velle occasion d'erreur. Pour ne point s'y méprendre, il faut continuellement se rappeler ces trois différentes opinions , tou-

ces lettres , à Saint-Germain- en-Laye , le douzième Jour du mois d avril Van de grâce MDXLVI1 , de nostre règne le /. Et ensuite : Publiées et regislrées.... à T oigne en parlement le vingt-deux janvier MDXLytl {Hist. de Long. tom. V, pr. p. 107, col a.) Témoin encore une lettre mi même parlement au roi Charles IX , dont la date est ainsi marquée : Escrit à

Tolose en vostre parlement le douze avril MDLXtlI après J*asques.

(16id , p. 146, n. LXXX.) A Narbonne, et dans le pays de Foix. l'usage était de prendre le jour de Noël pour le premier de Tan. Parmi les preuves de la même Histoire, tom. III, pr. col. 187, on voit une charte de Raymond-Roger, comte de Foix, datée mense martio, die domi'nicâ, idiius ejusdem mensis , anno ai Incam. D. MCXCVIII. Or, les ides , ou le i5 mars, tombaient un dimanche en 1198, selon notre manière de compter. Le roi Louis VII étant à Maguelone, y confirma les privilèges de cette église, par un diplôme daté du mercredi des Cendres, 9 février n55 ; par où l'on voit , dit encore D. Yaissette , que le notaire commençait Tannée à Noël.

Dans le diocèse de Limoges , on substitua , Tan i3oi , le a5 mars au jour de Pâques, pour le premier jour de Tan; et cet usage dura jusqu'à l'édit de i564 Dans des fragments de l'histoire d'Aquitaine, recueillis par D. Etiennot. on trouve cette remarque : Nota, quod data litlerarum contractuum solebat mutari quolibet anno in festo Paschœ in diecesi Lemovicensi. Sed magister Pet rus Fabri Cancellarius et custos sigilli Lemovicensis institut t y quod data mulareùtr quflibel anno in festo Annuntiationis B. Maria ; et prima mulatio fuit anno Domini 1 3o 1 . Dans les minutes du quatorzième et du quinzième siècles, les notaires limosins avaient l'attention d'insérer au a5 mars , hic mutatur datum.

Dans le Poitou , la Guienne , la Normandie et l'Anjou , l'usage fut de commencer Tannée légale à Noël , depuis que ces provinces furent tombées sous la puissance des Anglais , et tant qu'elles y restèrent. En voici un exemple importanftpour le Poitou. Otton de Brunswick, comte de Poitou , et ensuite empereur, IV e . du nom , donna , dans le lieu de Benaon, en Poitou, une charte, datée du 29 décembre 1198* dans laquelle il ne prend que le titre de comte de Poitou. Il n'était donc pas encore parvenu à l'empire. Cependant il est certain . par tous les historiens allemands, qu'il fut couronné le jour de la Pentecôte 1198 , à Aix-la-Chapelle. Voilà une contradiction apparente qui ne peut se lever qu'en disant que Tannée 1198, marquée dans la charte donnée à Benaon . avait commencé à Noël, et par conséquent que le 29 décembre , dont elle èst datée , appartient à Tan 1197, selon notre manière de compter. Mais avant que le comté de Poitou eût passé sous la domination anglaise , Tannée y commençait ordinairement à Pâques , comme on le voit par la chronique de Maillezais.

En Dauphiné, l'usage le plus ordinaire jusque vers la fin du treizième siècle , étaiH de commencer Tannée au a5 mars : mais dans le quatorzième siècle , elle commençait plus ordinairement à Noël; et c'est ce quTon nommait le style delphinai. On suivait le même calcul pom* juridiction. (Valbonnai*.)

chant l'aimée de la Passion , et ne jamais oublier ce qui vient d'en être dit , d'après le moine Gervais. On doit encore y ajou-

En Provence , il n'y eut point d'uniformité pour le commencement de Tannée dans les onzième, douzième et treizième siècles. Les uns le plaçaient à Noè'l ou au I er . janvier , les autres auM*5 mars ou bien à Fà(]ucs.*T,a préface du second volume, de la nouvelle Histoire de Pro-r ' vence fournit des exemples de l'un et de l'autre usages pour ces trots siècles. Nous ne pouvons» dire, si Ton fut constant à cet égard, dans les siècles suivants. Mais nous voyons, qu'au quinzième , le concile d* Ai#t tenu Tan 1409 , pour envoyer des députés à celui de Pise , est daté du aa janvier, indiction II : or, Tindiction II ne cadre- avec le mois de janvier 1409. que dans notre manière de compter, ou en commençant Tannée à Noè'l.

Dè3 le teins du roi Gontran, si l'on en croit M. le Beuf (Hisé* é'Aux. tome II, page aa. ) , c'est -a- dire dans le sixième siècle, » pour s'éloigner de l'usage des Païens, on avait quitté, en quelque » chose , à Auxerre , la coutume de commencer l'année au mois de » janvier, selon l'ancienne manière des Romains; et on avait établi » l'usage de la commencer a Pâques. Mais il restait , ajoute-t-il , » encore assez de vestiges r même dans l'usage ecclésiastique , de là » coutume d'appeller.le mois de janvier le premier de tous les mots ; » et dans le monde on en distinguait les calendes par des. étrennes » qu'on se donnait mutuellement. »

Parlant du comté de Bourgogne : « J'ai reconnu , dit M. Chevalier { Hist. de Poligni , tora. 1, p. 1^ ) , que Tannée commençait parmi » nous , comme à Rome , en Italie et en Allemagne, dès fa Nativité » de Notre-Seigneur, et non comme en France, où Tannée commençait » seulement à Pâques. Ce n'est que par succession d'années, et depuis que » le pays fut soumis à des princes français, que le style de France y fut » introduit. » Ceci ne cadre pas tout-a-fait avec le texte qu'on a cité plus haut du même auteur.

Un compte de Mahaud d'Artois, comtesse de Bourgogne, rendu en Artois , pour recette faite au baillage d'Aval , pu comté de Bourgogne v porte, que Pâques fleuri était le 11 avril en i3o4> t\ finit à Pasçues çum ii militaire commença i3o5. Ainsi on trouve dans les arrêts du parlement de Franche-Comté : 8 avril avant Pas que iSyS; 28 mars i544* Pasçues ; 16 avril i545 , après Pasçues ; ao avril i563, après Pasçues»

A Besançon. Tannée commençait à l'Annonciation dans les tribunaux civils; et à Tofficialité, du moins pendant le quinzième siècle, à la Circoncision. Ces différences, comme on Ta dit ci-dessus , déterminèrent les états de la province à demander au parlement, que le commencement de Tannée fût fixé au I er . janvier; et cela fut ordonné par arrêt du ao décembre 1 5y4 > suivi, le 3i juillet 1S75, d'un édit de Philippe II , roi d'Espagne , du 9 janvier 1S76, qui ordonnait la même chose. {Cette note vient de M. Droz , conseiller au parlement de Besançon , ei sécrétait e de V académie de la même ville. ) 4

A Montbelliard , les uns commençaient Tannée au I er . janvier, et les autres au a5 mars. r ,

En Lorraine « il naissait tous les jours , dit D. Calmât , des difficultés*

DES CHARTES ET • DES CHRONIQUES. 3t

tir Une remarque importante, savoir, que Tannée de la Passion est quelquefois confondue avec celle de l'Incarnation. Nous en avons urfe preuve bien sensible dans une charte de Thibaud I, comte de Champagne, que D. Mabillon a fait imprimer sur l'original au VI«. livre de sa Diplomatique. Voici la date de celte pièce : Data Vidus januarii, indictione rt , anno à Passion* Domini MLXXX11I , regni autem Philippi XXIII ', scripta manu Ingelrani Carnotensis ccclesiœ Decaniet Cancellarii. On ne peut supposer qu'Ingelran se soit trompé dans cette charte, en écrivant sans y penser à Passione ^ au lieu de ab Incarnatione ; car il n'est pas le seul de son tems qui ait écrit de la sorte. Nous avons un auteur du rarme siècle, qui, dans son premier livre des Miracles de S. Aile, abbé de Rebais, prend aussi le mot de Passion pour celui à? Incarnation. Voici les paroles de cet écrivain ( Acta 5*9. hentd., sert. 1 1, p. 3a6) ; Rolerto, apud Merovingiam, auœ aUo nomine dicitur Francia , tenente jus regium , post mille à Passione bomini Qolumina annorum , ipso millenarii impleti anno , e te. Ce texte dit bien expressément que Robert, roi de France, régnait Tan mil depuis la Passion, post mille à Passione Domini oolumina annorum , ipso millenarii impied anno : or, le roi Robert ne régnait point l'an mil de la Passion , proprement dite , puisqu'il est mort en io3i , et que Tan mil de la Passion, proprement dite, de quelque manière qu'on le compte , ne peut répondre à aucune année du roi Robert, mais seulement aux années io3a, io33, io34; ainsi l'année de la Passion, dans le passage dont il s'agit, se prend pour celle de l'Incarnation, comme dans la charte du comte Thibaud.

Un autre nom qu'on a encore donné a l'année de l'Incarnation, est celui de l'an de Grâce, Annus graù'àsl Le premier exemple que nous ayons remarqué de cet usage , si commun dans les derniers tems , est de l'an 1 1 3a. Il se rencontre dans une charte

» à cause de l'incertitude et variété du milliaire et du commencement » de l'année ; les uns la commençant au jour de Noël, a5 décembre ? » les antres à l'Annonciation de Nolrc.-Dame , a5 mars ; les autres au » jour de Pâques communiant. Pour obvier aux inconvénients de cette » variété de dates, et pour introduire une parfaite uniformité dans 1rs » actes judiciaires et instruments publics, le duc Charles , par son édit » du i5 novembre 1S79. ordonna qu'à l'avenir, en tous actes, registres, » comptes . instruments , contrats , ordonnances , édits , missives , et » généralement en toute&écritures publiques et privées, le milliaire de » l'année commencerait au premier jour de janvier suivant . que l'on »» dirait i58o ; et défense à tous juges, greffiers et autres personnes, » de dater autremerit. » \Hist. de Lorraine, l.3a,it°. 114.) Nous avons déjà ci-dessus rapporté du même auteur un autre texte qui dit plus succinctement et moins clairement la même chose.

DISSERTATION SUft LES DATES

de Hugues , seigneur de Château-Neuf, imprimée au tome IV du Spicilège, pag. atii. Gervais dé Cantorberi, qui vivait au commencement du treizième siècle, a suivi cet usage* dans sa chronique, qu'il commence ainsi : Anno igilur graiiœ secundùm Dionysium MC, secundùm Evangelium oerà MCXXlt , suscepit Henrieus primus monarchiam tottus Angliœ, etc. Voilà Tan de Grâce bien marqué pour celui de l'Incarnation. Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans ce début de la chronique de Gervais , c'est la distinction que cet auteur met entre les années de l'Incarnation, selon Denis-le-Petit , et les mômes années selon l'Évangile. Il suppose donc que Denis , en comptant les années de Jésus-Christ, s'est trompé, et que , selon la vérité de l'Évangile, il faut ajouter vingt-deux ans complets à son calcul , pour trouver la véritable année de l'Incarnation. Marianus Scotus, qui mourut sur la fin du onzième siècle, et quelques autres chroniqueurs, mais en petit nombre, du suivant, ont fait la même supposition. On la trouve aussi dans un rescrit du pape Urbain II, pour l'Abbaye de Saint-Mihel , imprimé dans la Diplomatique de D. Mabillon, pag. 590. Voici la date de ce diplôme : Data Laterani, vil kaiend. apni , anno ab Incarnatione Domini\ secundùm Dionysium, millesimo nonagesimo octaoo : secundùm verà certiorem Evangelii prubationem, millesimo ceniesimo XXI, indkt. n y epacta XV, concurrente iV. Le pape Urbain et le moine Gervais s'accordent , comme on le voit, sur ce qu'ils disent du calcul de Denis-le-Petit, qui n'est point distingué du notre ; mais il y a une année de différence entre leur manière de compter les années, qu'ils appellent , selon la vérité de l'évangile. Suivant la chronique de Gervais, pour trouver la véritable année de l'incarnation, il ne faut ajouter que vingt-deux ans à notre ère chrétienne, ou au calcul de Denis-le- Petit ; suivant la date du rescrit d'Urbain II , il faut en ajouter vingt-trois. Marianus Scotus dit, comme Gervais, qu'il ne faut en ajouter que vingt-deux. Florent Bravonius, moine de Vorchestre , adopte le même sentiment dans sa chronique , composée au commencement du douzième siècle. 11 range les faits historiques , qu'il rapporte, sous les deux ères, celle de l'Evangile, qu'il exexprime par ces deux lettres S. B. , c'est-à-dire secundùm coangelium , et l'ère de Denis-le-Petit , qu'il désigne par les lettres S. D , qui signifient secuùdum Dionysium. Par exemple, il placé un voyage de Guillaume II , duc de Normandie , en Angleterre, sous 1 an io5i de l'ère introduite par Denis-le-Petit, et sbusl'an 1073 de l'ère évangélique; par où l'on v<tft, qu'il fait marcher la

Èremière de ces deux époques vingt- deux ans avant la seconde, ^'autres , tels qu'Hélinand , moine de Froimont , écrivain de la fin du douzième siècle, n'anticipaient que de vingt-un ans l'ère de Denis-le : Petit. Hoc anno x dit-il sur l'an 079 , complentur mMU

bES CHARTES ËT DES C&ftONlQttfcS. 33

t»mi à nativi/ate Christi secunàùm oeritatem EoangeKi, qui secundhm çyclum Dionysii anno ab hitic oicesimo primo finiuntur. Nous ne rapporterons point ici les raisons sur lesquelles ces «uteurs appuyaient cette distinction des années de Jésus-Christ , selon Denis-ie- Petit > et des mêmes années selon l'Evangile. On peut les voir dans l'ouvrage du P. Pétau, De Doctrina temporum 9 liv. xii, chap. 5. Parlons maintenant d'une autre date plus usitée, polir marquer l'année de l'Incarnation.

C'est l'année de la Trabéat^on, Annus Traheationis Christi, qui se trouve dans plusieurs chartes du onzième siècle. M. du Cange* dans son Glossaire, l'explique par Annus quo CJwistus trahi af- Jixus est, l'année que J. C. a été attaché à la croix. Mais ce savant homme s'est mépris en donnant cette explication. On l'a rectifiée *dans la nouvelle édition de ce Glossaire, au mot Traheatio , où l'on a démontré qu? Annus Trabeationis est la même chose qu Annus Incarnait 'onis. Dans la multitude des chartes qu'on a citées à ce sujet , se trouve le décret d'élection de Borel i évèq^ue de Roda , en Catalogne, rapporté au deuxième tome des Capitulaires de Baluze, col. 63o. Il commence ainsi : Anno Traheationis 1). N. J. C. millesimo XVII, JErà millesimâ quinquage simâ quintà, indictione XV, concurrente /, epactâ XX. Toutes ces dates conviennent à l'année 1017 de l'Incarnation , de même que celle-ci , qui est à la fin du décret : Anno XX/ régnante /toberto Rege. 11 n'est donc pas douteux qu* Annus Trabeationis ef Annus Incarnationis ne soient la même chose. La source de l'erreur de M. du Cange est dans le mot Trabs, dont il faisait dériver Trabeatio , au lieu qu'il vient de Trabea , sorte de robe, à l'usage des anciens rois ; et dont les Païens ornaient les statues de leurs faux dieux. S. Fulgence, dans un sermon , prononcé le jour de S, Etienne, dont la fête , comme personne ne l'ignore, se célèbre le lendemain de Noël , dit : Heri Rex noster Trabeâ *carnis indutus, etr. Il est très-probable que le mot Trabeatio à été tiré de ce passage de S. Fulgence, par les notaires qui l'entendaient lire aux leçons des matines le jour de S. Etienne. Du moins il est certain que Trabeatio et Trabea carnis marquent l'Incarnation du Verbe ; et c'est tout ce qu'il est nécessaire dé savoir pour n'y pas être trompé.

La dernière remarque que nous ferons sdr la manière de dater par les années de l'Incarnation , sera sur l'omission d'un nombre de ces années pour en abréger la. date, sur- tout quand elle est répétée. Dans l'Histoire des évêques d'Àuxcrre, nous trouvons que l'évêque Ardouin fut transféré sur ce siège , in principio anni millesimi trecentesimi quinquagesimi in Nativitafe Domùu ; et douze Ueaes après , qu'il passa delà à l'évêché de Maguelonne, aujourd'hui de Montpellier j anno quinquaçesimo tertio Curiœ Romance^

( c'est-à-dire en commençant l'année à Noël ) more autem Ga/iîcanOy (qui était de commencer Tannée à Pâques) anno yuinquagesimo secundo , in festo Purificationis B> Mariœ. L'historien a omis deux fois celte date, anno millesimo trecenicsimo. 11 est vrai qu'elle est facile à suppléer , parce qu'elle se trouve à la tête du récit. Mais on voit de semblables omissions dans des dates qui ne sont pas répétées, ou qui n'ont point été précédées de dates entières. La première édition de Martial, i/i-4% est ainsi datée : Impressum Ferraria^die secundâ Julii MLXXI pour mcccclxxi. (.Maittaire ). De même la première édition de Guillaume de Paris est datée de l'an mlv , au lieu de Tan mdlv. La lettre d'Erasme , qui est à la tête des Œuvres de S. Cyprien , est datée de Tan mxix , pour MDXix (i). 11 y a des dates où l'on ne voit que l'année du siècle courant , par exemple , àxi pour mccccxxi , xxxiv pour mccccxxxiv. On lit dans un manuscrit de l'imitation , appartenant a l'abbaye de Molk , qu'il a été achevé die Kiliani 34, c'est-à-dire le jour de S. Kilien (8 juillet). i434? et dans un autre , anno 21 , ce qui signifie 1421. D. Mabillon ( Dipl. 1. 2 , ch. a3, n. 17 ) , et d'autres remarquent que dans les chartes même , il se trouve des exemples de semblables omissions. Telle est la date d'une charte d'Espagne: Mrâ discurrente LXI1, c'est-à-dire de l'ère ( d'Espagne) DCCCLXU , sous le règne du roi Alfonsç; ce qui revient à Tan de Jésus- Christ 8^4- J- es éditeurs du Glossaire de du Gange citent un acte daté seulement de Van de notre Seigneur soixante-quatre , quoiqu'il soit certainement de Tan i364- Dans le registre A, du parlement de Paris, fol. i , recto , le privilège accordé par Charles V aux écoliers de l'Université , porte la date de Van trois cent soixante et six ; ce qui veut dire fan i366. Mais en voici une autre d'une espèce encore plus singulière. Au bas de l'épitaphe gravée sur la tombe de Marguerite de Lévi , dame de Marli , enterrée à \ Port-Royal des Champs, on lisait, avant la destruction de ce célèbre monastère : Anno m. c. bis ; lx|bis ; y. semel; i. bis. pour dire l'an 1327. ( NécroL de P. R. p. i55 ).

(1) Une autre observation, qu'il est à propos de faire ici sur la date qui se lit à la fin des anciens livres imprimés , c'est qu'elle n'est pas toujours celle de l'impression, mais quelquefois celle de la composition de l'ouvrage. Car les premiers imprimeurs avaient coutume de copier, ainsi que les copistes à la main, tout ce qu'ils trouvaient dans les manuscrits. Ainsi quand on lit à la fin de l'édition de Johannes de Tambaco , DE Cobsolatiokb Théologie , que ce traité a été achevé l'an i366, cela doit s entendre de la composition, et non de l'impression. ( D. Légipont, Dis sert. P&ihhgiço^BibUogruphicm , pp. ao,-3i. )

De l'Ere Julienne , ou de Jules- César.

L'ère julienne, qui précède de 45 ans notre ère vulgaire , a

Sour époque la réformation du calendrier romain , faite par ules-Cesar. Depuis Numa, le dérangement de Tannée était parvenu, par degrés, au point que les mois d 1 hiver tombaient en automne; ceux du nrintems en hiver; et ainsi des autres. Pour remédier à ce désordre, Jules- César, avec le secours de Sosigène , fameux astronome, ordonna, i*. que Tannée de Rome t 707 serait composée de 1 5 mois , faisant ensemble la somme de 445 jours ; ( c est ce qu'on nomma f année de confusion ) ; 2°. que, pour la suite, Tannée serait composée de 365 jours, auxquels on ajouterait tous les quatre ans , après le 6 des calendes de mars , ou 24 février, un jour de plus; ce qui fit nommer cette année Bissextile, par la raison qu'on doublait alors le 6 des calendes de mars. L'année 708 de Home (1) fut la première qui procéda , suivant cette réformation, et cette année fut bissextile. Mais après la mort de César , la forme qu'il avait donnée à Tannée fut mal entendue par ceux qui étaient chargés de la direction du calendrier romain. Au lieu d'intercaler dans la cinquième année sculenftnt, ils intercalèrent dans la quatrième ; en sorte que dans les 0*7 premières années qui s'écoulèrent depuis la reformation , il y eut douze intercalations au lieu de neuf ; et qu'ainsi Tannée de Roa|g recula de trois jours sur Tannée julienne. Au bout de ces trente-sept ans on s'aperçut de cette différence. Pour y remédier, et retrancher les trois jours que Tannée julienne avait de trop, Auguste ordonna qu'on omettrait les trois premières intercalations à faire dans les années suivantes , c'est-â-dire en 4i , 45 , 49 •> tl e l' ere julienne ; et pap cette omission , l'égalité ayant été rétablie au mois dé* février 4$ , le premier mars romain de cette année recommença avec le premier mars julien.

(1) La première année julienne commence , le i« r . janvier de Tan 708. depuis la fondation de Home, et noijpas a* la 709 e . année de cette époque , laquelle ne commença que le aj. avril de la première année julienne, 45 an* avant l'ère vulgaire. Cette première année du calendrier julien était composée de 366 jours^V est-à-dire qu'elle fut bissextile ; mais, au lieu de faire ensuite KuitercaUitton aux années 5, 9, i3 , 17, ai , a5 , ag, 33 et 37, dep^nr la réforme , les pontife* ta firent aux 4 e - , 7 e . « io«. , i3«.. 16 e ., 22 e . , a5«. , 28 e . , 3i e . , 34 e . c|37 c . années 1 ne laissant que deux années communes entre chaque bissextile ; ce qai produisit un excès de trois jours, résultant de trois intercalations. de trop dans le cours des 37 premHh$s années juliennes.

Pour avoir Tannée julienne qui répond à une année chrétienne proposée , il faut ajouter le nombre 45 à Tannée chrétienne dont il s'agit.

Des Indictions,

Les indictions sont une révolution de quinze années, qu'on recommence toujours par l'unité, lorsque le nombre de quinze est fini, fclles se comptent séparément, comme tous les autres cycles, à l'exception des olympiades, (i) On ne sait ni l'origine de cette période, ni quand, ni pourquoi elle fut établie. 11 est certain qu'on ne peut la faire remonter plus haut que le tems de l'emperêur Constantin (2), ni descendre plus bas que celui de Constance. Les premiers exemples qu'on en trouve dans le Code Théodosien , sont du régne de ce dernier, mort en 3»>i (3). Dans ces premiers tems , il n'est pas aisé de fixer les années pour les indictions, parce que tous les auteurs ne leur assignent pas la même époque. Quelques-uns mettent la première indiction en 3i2 , le plus grand nombre en 3i3, d'autres en 3i4, et il s'en trouve enfin qui la placent en 3i5. Dans notre Table chronologique nous suivons l'opinion la plus commune , en faisant partir l'indiction de l'an 3xo , et comptant 1 à cette année , 2 à lSui-

(1) C'est la règle générale et l'usage commun. CependaM on voft qu'au douzième siècle tous les actes du chapitre de l'abbaye de Corbie sont datés d'indictions, dont les révolutions sont supputées collectivement, comme celles des olympiades. Nous n'ep citerons qu'un seul exemple, tiré d'un acte capitujaire, de l'an 11 72, dont voici les dates : Actum etperactum ♦ anno Incarnait Verbi AICLXXJJ , domini vero papte Aleiïandri iertii anno XI II , domini au^em Ludovici régis nostri unçtionis anno XXXV .... Indictionis LXXJX . anno V, XV II h al. mai/', vigiliâ Pascliœ , in corùeinsi capitulo x B. Pelri apos/oli. Au lieu de compter l'indiction V, en 11 72, on suppute toutes les indictions révolues depuis la première année de Jésus-Christ. Or , en 1 172 ans , sont comprises soixante-dix-huit révolutions, avec cinq années; ce qui ne revient qu'à Tan cinq de la soixante-dix-njeuvième indiction. {Nouveau Tr.de Diplom. tom. IV, p. 679 )

(2) En la prenant pour une révolution de qui eue années Car l'indiction, çomme impôt annuel, se trouve énoncée dans une loi de Dioctétien et de Maximien , publiée l'an 286, où il est dit que « l'indiction » n'impose aucune taxe personnelle , parce qu'elle ne regarde que les y fonds : Indictiones non personis , sed rébus indici soient. »

(3) Saint Athaiiase est le premier auteur ecclésiastique qui ait em r ployé la date de l'indiction. Ce fut Victorius qui l'introduisit dans les paulei, avec son cycle pascal , l'an 4^7. fille y retarde de trois années^

▼ante et ainsi de suite , jusqu'en 3a8 , qu'on recommence la même opération.

On distingue communément trois sortes d'indictions ; la première est celle de Constant inople : elle commence avec le mois de septembre. Les empereurs grecs s'en servaient , et on Ta aussi connue en France , comme on peut le voir au mot indictio dans la nouvelle édition du Glossaire de du Cange. Nous avons nous-mêmes rapporté plus haut (pag. 12), la date d'une charte du roi Henri I , où l'induction se prend du premier de septembre. Plusieurs diplômes de nos rois offrent le même commencement.

La seconde sorte d'indiction, plus commune parmi-nous et en Angleterre, est l'impériale, ou constantinienne , parce qu'on en attribue l'établissement à Constantin. On la nomme aussi césaréenne, à cause de l'usage qu'en ont fait les empereurs d'Occident. Son commencement est fixé au 24 septembre. On peut voir les preuves de cette indiction dans le Glossaire qui vient d'être cité. Elles sont claires et en bon nombre.

La troisième sorte d'indiction commençait au a5 décembre , ou au i er . janvier, selon que l'un ou l'autre de ces deux jours était pris pour le premier de l'année. Les papes , sur-tout depuis Grégoire VII , l'ont souvent employée dans leurs bulles ; c'est la raison pour laquelle on la nomme romaine ou pontificale. Elle n'a pas été inconnue en France ; on en trouve des vestiges dans nos anciens écrivains , et dans les diplômes des empereurs carlovingiens. C'était même presque la seule qu'on suivit en Dauphiné, • dans le quatorzième siècle.

Outre ces*trois manières de commencer l'indiction, il s'en trouve une quatrième dans les registres du parlement de Paris. Celle-ci prend l'indiction du mois d'octobre. Au n°. xxxv de la liasse d'accords du parlement, de la Saint-Martin i44^ on v0lt une transaction, entre l'évêque et le chapitre de Clermont,' datée du 9 et du i3 décembre 1446 ? Indictione décima^ sumpta mense octobri.

Dans le nouveau Traité de Diplomatique ( t. V , pag. a38 , n°. 1 ) , on observe que le pape Grégoire VU introduisit une nouvelle sorte d'indiction , qu'il faisait commencer au 25 mars. On prétend de plus ( ibid , pag. 266 , n°. 3 ) apercevoir une sixième espèce d'indiction , dont on place le commencement à Pâques. Cette opinion est appuyée sur les dates de deux privilèges du pape Innocent 11. Le premier porte : Datum apud Campilium -B- /// non. martii , indict. xr, Incarn..Dom. anno n38 f pontif. verà D. Inn. PP. anno 9. Le second finit ainsi : Datum Laicraniy kal. maii, indict. /, Incam. Dom. 1 138, pontij. vefb D. Inn' PP. anno 9. Il est certain que l'indiction xv, selon les ^ cinq manières de la commencer, rapportées ci dessus , appar- '

tient à l'an n3y. Est-ce une nouvelle espèce d'indicticm employée ilans ces deux.bulles ? est ce plutôt une faute du chance* lier C'est ce que nous n'osons décider.

Au reste, les méprises sur la date de l'indiction ne seraient point particulières au pape Innocent II. JVI. Baluzeet D. Mabil— Ion remarquent que , pendant toute la durée de Tan 1207 > dixième du pontificat d'Innocent 111 , le chancelier de ce pape met constamment dans les bulles la neuvième indicti&n pour la dixième. L'erreur, ajoute-t -on , ne fut pas renfermée seulement dans les originaux , elle pasSa dans le registre même de ce pape. Cependant , ce mécompte ne porte aucun préjudice à l'authenticité des pièces où il se rencontre. En général , tous les savants conviennent qu'il y a un grand nombre d'actes sincères , dont Findiction est fautive, ou très-embarassante. En voici une, par exemple, qui est peut-être unique; du moins nous ne l'avons rencontrée qu'une seule fois dans la quantité innombrable de chartes qui nous ont passé sous les yeux. Elle se rencontre dans la date «le la charte de fondation de l'église de Saint-Denis de Vergi, au diocèse d'Autun ; charte que nous avons lue dans le Cartulaire de cette église, conservé à la Bibliothèque du Roi , sous le n°. 5529. A. Ego Gibuinus scripsi et subscripsi , atque datavi quinto nouas martii, arino ab Incarn. Dont. N. «7. C. millesimo oicesima tertio t indictione vicesimâ primâ , régnante Roberto Rege , ad jussionem Odom's canceliarii. La véritable indiction qui concourait , suivant l'usage ordinaire, avec le 3 mars de Van 102S de l'Incarnation, était Hndiction VI. Pourquoi donc marque-t-on* ici l'indiction XXI , qui est un nombre auquel cette période ne peut être portée, puisque la révolution s'en fait dans t'espace de quinze ans? C'est que le notaire a jugé à propos de doubler celte période , en lui donnant un cours de trente années, xv et vi en ♦effet font XXI.

Une^dernière remarque à faire , est que la première année de chaque" cycle de l'indiction s'appelle indiction I , et ainsi de suite jusqu'à la XV e . En remontant de l'an3i2,*on trouve que la première année de l'ère chrétienne aurait été la IV e . indiction, si cette manière de compter les tems eût été alors en usage : d où il s'ensuit que, pour trouver l'indiction de quelque année .que ce soit depuis J. C. , il faut ajouter le nombre de 3 au nombre donné, et divisant la somme par i5 , s'il ne reste rien , cette année sera Findiction XV e . ; s'il reste un nombre, ce nombre donnera l'indictiqn que l'on cherche. Ainsi , l'indiction XV e . est celle de l'an 1782 , parce qu'en ajoutant 3 à 1782 , et divisant lû tout par i5 y il ne reste absolument rien.

De r Ère mondaine d'Alexandrie , et, à cette occasion , des plus anciens calculs chronologiques , commençant à la Création au Monde.

Quoique les premiers chrétiens n'eussent pas d'autres manières de dater que celles qui avaient cours parmi les Gentils, cependant on vit de bonne- heure les plus habiles d'entr'eux s'appliquer à régler la chronologie sur les années de la création du monde. Les Juifs leur en avaient donné l'exemple : mais les supputations des uns et des autres , quoique toutes appuyées sur le texte des Septante , n'étaient rien moins qu'uniformes. N*>us ne rapporterons que celles qui eurent le plus de cours , ou qui acquirent le plus de célébrité par la réputation de leurs auteurs.

Pour commencer par l'historien Josephe , il compte depuis Adam jusqu'à la ruine du second temple, c'est-à-dire , jusqu'à la 70 e . année de l'ère chrétienne , 4^33 ans ; d'où il résulte que , dans son calcul, cette ère a pour époque l'an du monde 4ib3. Clément d'Alexandrie attribue aux juifs hellénistes de son tems une autre manière de supputer , suivant laquelle il fait cSncourir la mort de l'empereur Commode avec l'an du monde 58 16\ Or, il assigne lui-même cet événement à l'an de J. C. if)4« C'est donc un espace de 5624 ans que ce calcul met entre la »* création du monde et l'Incarnation. Théophile d'Antioche donne un peu moins d'étendue à l'intervalle de ces deux époques : car il rapporte ( L. 1 , ad Autolycum ) la mort de l'empereur Marc-Aurèle à l'an du monde 5695 : événement que nous plaçons en l'an 180 de l'ère. chrétienne. Jules Africain, qui acheva sa Chronique, comme il le dit lui-même, sous le consulat de Gratus et de Seleucus , c'est-à-dire , Tan de J. C. 221 , retranche encore i5 années du calcul précédent ; et pour faire un compte rond , il assigne la naissance de J. C. à l'an du monde 5499 t et fait concourir la première année de l'Incarnation avec l'an 55oo. La supputation d'Eusèbe de Césarée varie dans les différents exemplaires manuscrits de sa Chronique : mais la leçon la plus autorisée place en l'an du monde 5199 la naissance du Sauveur. C'est l'époque que plusieurs écrivains du moyen âge ont préférée , et qu'on a jugé à propos de suivre jusqu'à nos jours dans le Martyrologe romain.

Nul <}e ces calculs , si l'on excepte celui de Jules Africain , ne paraît avoir fait loi dans aucune église , ni dans aucuiî pays. Les Alexandrins adoptèrent ce dernier j et c'est ce qu'on nomme Tère

Dissertation sur les datés

d'Alexandrie. Mais pour ia bien entendre , il est important de faire quelques observations qui , pour avoir échappé à d'habile* chronologistes modernes , ont été cause de bien des tortures qu'ijs ont données en pure perte à leur esprit , pour accorder ce calcul avec lui-même.

La première chose à remarquer , est que Jules Africain avançait l'époque de l'Incarnation de trois années sur notre ère chrétienne vulgaire. Car, au lieu de la faire concourir, comme nous^avec la première année de la 195 e . olympiade, il la faisait correspondre à la seconde de l'olympiade 194 ; en sorte que , dans son calcul, l'année 55o3 du monde, quatrième de Jésus-Christ, selon lui , répond à la première de notre ère vulgaire de l'Incarnation.

Cette différence s'accrut encore ( et c'est notre seconde observation ) par le retranchement que l'on fit de dix Années au calcul de Jules Africain ; ce qui arriva au commencement de l'empire de Dioclétien. Car, au lieu de compter l'an du monde 5787 à l'an de J. C. 287 , selon eux , on ne compta plus que 5777 pour la première de ces deux périodes , et 277 pour la seconde. Nous en avons la preuve dans Théophane , dont la Chronographie , appuyée sur 1ère d'Alexandrie , réunit ces deux dernières époques à la tête de l'empire de Dioclétien , par où elle débuter Le P. Pagi conjecture , avec beaucoup de vraisemblance f que cette réforme se fit à l'occasion du cycle de 19 ans , inventé dans co tems-là par Anatolius , évêque df'Hiéraple. Les Alexandrins , dit-il , voulant que ce cycle commençât une nouvelle révolution avec l'empire de Dioclétien , prirent le parti d'abréger de dix années la durée du monde ; parce qu'en effet la division de 5777 par 19 ne donne qu'une unité au-delà du quotient. Voilà donc présentement une différence de 7 ans entre nous et les Alexandrins , pour la supputation des années de l'fcre chrétienne. Car auparavant ils nous devançaient , à cet égard , de trois ans ; et sans le retranchement, dont on vient de parler, la première année de Dioclétien , qui est pour nous la 284 e - de l'Incarnation, serait pour eux, ainsi qu'on Ta dit , la 287 e . Mais, au moyen des dix années qu'ils ont supprimées , elle n'est plus que la 277 e . Ainsi , au lieu d'anticiper sur nous, comme auparavant , de trois années l'époque de l'Incarnation , ils la reculent maintenant de sept années après nous. Tel est le vrai dénouement de ces difficultés qui ont embarrassé tant de chronologistes dans la lecture des anciens écrivains , comme saint Maxime et Théophane , qui font profession de suivre l'ère d'Alexandrie, i^uand le premier , par exemple , dans son Traité du Coin put , ch. 32 , fak correspondre la 01 e . année de l'empire d'Heraclius à la 633 e . de J. C. , au lieu de le texer d'erreur , il ne faut que

Des chartes et des chroniques. 41.

Suppléer la différence du calcul qu'il suit d'avec le nôtre , et nous, serons d'accord avec lui* Or. 7 ajouté à*33 donne 40 ; et ce fut effectivement vers la fin de 64o , selon notre manière de compter, que commença la 3 i e . année d'Héraclius. De même , lorsque Théophane rapporte, à l'an de J. C. 356, l'avènement de Jovien au trône de l'Empire, l'addition de sept années , dont il retarde l'Incarnation , le ramènera au même point que nous i c'est-à-dire , à l'an 363 ; époque , suivant notre calcul , de l'inauguration de ce prince. Néanmoins il faut convenir que ce chro-

qu'il fixe à l'an de J. C. 3i6 le concile de Nicée , que nous plaçons en 3a5 ; qu'il range sous l'an 483 le commencement de l'empire de Zénon, que nous rapportons à l'an 491. Maisl'indiction qu'il a soin de marquer sert à rectifier son calcul. On trouve encore moins de consistance dans Georges le Syncelle , dont Théophane est le continuateur. Chez lui , Dioclétien monta sur le trône en l'an de J. C. 279 ; et les dates des régnes précédents sont tellement embrouillées, qu'il mêle souveni # le ciel avec la terre , suivant l'expression du P. Pétau. Suidas, qui paraît avoir aussi adopté la supputation de Jules Africain , serait encore plus confus , si l'on pouvait s'en rapporter au texte de son Lexique , tel qu'on le voit dans les meilleures éditions. Mais ce texte est visiblement altéré à l'article d'Adam, où il marque les plus cé-

qui

drie avec le plus d'exactitude. On prétend qu'elle est encore en usage de» nos jours parmi les Cophtes , ou chrétiens d'Egypte. Ce qui est certain , c'est qu'elle continuait d'avoir cours parmi eux au i5 e . siècle. Nous en avons la preuve dans la lettre de leur patriarche Jean XI , écrite au pape Eugène IV , vers la fin du concile de Florence , laquelle se trouve à la fin des actes de ce concile. Elle est ainsi datée : Cahirœ y XII*. septembres, sexto millenario nongentcsimo quadragesimo , secundàm Grœcos ; secundùm Jacobitas , millesimo centesùno quinquagesimo septimo , à tempore Martyrum, à computationc Incarnationis Domini, MCDXL. On voit ici que l'ère mondaine , qu'on appelle des Grecs , n'est pas celle de ConstantinopleJ, tnais celle d'Alexandrie, proprement dite, sans la réforme qu'on y fit , l'an de J. C. 284 ; et de plus , que les Cophtes s'accordaient alors avec nous pour l'ère de Jésus- Christ.

De l'Ère mondaine d'Andoche.

La réforme que les Alexandrins avaient faite au calcul chro* nologique de Jules Africain , ne fut pas la seule qu'il subit. Pa-> nodoie , moine égyptien , qui florissait vers la fin du 4 e . siècle, entreprit de le remanier , et son travail produisit une ère nouvelle , qu'on prétend avoir été en usage dans l'église d'Antioche. La manière dont il s'y prit est également ingénieuse et simple. Ce fut de reculer de dix ans la création du monde , et de trois, l'époque de l'Incarnation ; de sorte que, comptant S490 ans jusqu'à la seconde année de la 134 e * olympiade, il faisait concourir la première de l'Incarnation avec la quatrième de la ig4 e . olympiade, et la première de l'olympiade suivante, en commençant , à la manière des Orientaux , l'année en automne. Par-là , son année du monde 5490 répondait à l'an 55oo des Alexandrins , qui était pour eux la première de l'Incarnation; son année 54qi à leur année 55oi , et son année S492 à leur année 55o2 , quatrième, selon eux , et première, suivant lui, de l'ère chrétienne. Ainsi , plus de différence pour les années du monde entre Panodore et les Alexandrins , depuis le retranchement que ceux-ci firent de dix années dans leur ère, au commencement du règne de Dioclétien ; mais toujours la m$me différence pour l'époque de l'Incarnation, qu'il retardait , comme nous , de trois années après ces derniers ; ce qui fait voir que le P. Pétau s'est trompé, lorsqu'il a prétendu que l'ère de Panodore rentrait dans celle d'Alexandrie pour la supputation des années de l'Incarnation , et ne s'en éloignait que pour les années de la Création. C'est précisément le contraire, et par cette raison, dans notre Table chronologique, depuis l'an 284 , nous n'avons plus fait qu'une seule colonne de Fère d'Alexandrie et de l'ère mondaine d'Antioche. Nous avons donné à cette colonne le titre d'ère d'Alexandrie , parce que les Alexandrins paraissent avoir fait plus d'usage de ce calcul que les Syriens (1). On voit me*me que ceux d'Antioche'adoptèrent dans la suite, et tout au moins dans le commencement du cinquième siècle ,

(1) Si M. Renaudot avait fait attention à la différence de l'ère mondaine «dont il s'agit ici , d'avec celle de CP. qu'il suit , il n'aurait point accusé de méprise ( Hist. Patriarch. Alexand. p. , ) , le diacre Mahoud. historien des patriarches jacobites d'Alexandrie , pour avoir lié l'an 788 des Martyrs avec l'an du monde 6564. (V. notre Table chronologique.)

l'ère de Constantinople, dont nous parlerons au paragraphe suivant. C'est sur l'ère de Panodore que le P. Pagi a fondé sa période gréco-romaine , qu'il avait imaginée pour la substituer à Ja période julienne de Scaliger. On peut voir dans l'Apparat de cet habile critique , les avantages qu'il prétend résulter de son système pour la* chronologie : système qui toutefois n'a point pris faveur parmi les savants.

De l 'Ère de Constantinople.

L'ère de Constantinople, ainsi que celle d'Alexandrie, commence à la création du monde. Dans cette période , la première année de l'Incarnation tombe en 55oo,, et répond , comme dans notre ère vuleaire, à la dernière de la 194 e * olympiade , et à la première de l'olympiade suivante. L'église grecque , encore même aujourd'hui, n'en connaît point d autre. Les Moscovites , qui l'avaient reçue des Grecs avec le Christianisme , l'ont de même conservée jusqu'au règne de Pierre-le-Grand. On distingue dans l'ère de Constantinople deux sortes d'années, la civile et l'ecclésiastique. La première s'ouvre avec le mois de septembre ; la seconde a commencé, tantôt au 2.1 mars , tantôt au premier avril. Mais , de savoir si le i cr . septembre a toujours élé le jour initial de l'année à CP. et dans son ressort, même avant la séparation des deux empires d'Orient et d'Occident , c'est ce que nous ne voudrions pas absolument décider. En soutenant l'affirmative , il faudra dire qu'il y avait alors à CP. deuxsorles d'années civiles, la romaine ou consulaire commençant au premier janvier comme à Rome , et la grecque qui s'ouvrait au premier de septembre.

L'ère mondaine, dont nous parlons, était en usage à CP. avant le milieu du septième siècle, comme on le voit par le Traité du Comput de S. Maxime , qui fut composé l'an 641. Les actes du sixième concile général , terminé 1 an 681 de notre ère vulgaire , sont datés de l'an du monde 6189. Retranchez de cette somme 66*1 , restera celle de 55o8, qui forme l'ère de CP. Dans la suite , on voit tous les actes publics de l'empire grec, daUi de la même ère.

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