‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 11 sur 102 · IX · texte numérisé non relu

IX

De l'Ère Césaréenne d'Antioche.

L'ère césaréenne d'Antioche est un monument qu'érigea la \ille d'Antioche à Jules-César, non en reconnaissance de l'autonomie qu'il lui avait accordée , comme quelques-uns le prétendent , mais en mémoire de la victoire qu'il remporta dans la plaine de Pharsale, l'an de Rome 706, avant J. C. 4$, le 9 du mois sextilis , depuis nommé le mois d'août. Les Syriens commencèrent à compter cette période de l'automne, ou de leur premier tisri de cette année ; mais les Grecs la faisaient remonter a leur mois gorpiaeus de l'année précédente yo5 de Rome , 49 e » avant J. C. Le P. Pagi , sur l'an 67 de J. C, n°. 3o , remarque, que les Antiochéens , dans l'espace de 3o ans . se servirent de trois ères, la pompéienne, celle d'Auguste et la césaréenne. En yoici la preuve , tirée de M. l'abbé Bellei , dans son Neuvième

Supplément, aux Dissertations du cardinal Noris sur les époque* syro -macédoniennes. Nous avons deux médailles frappées eu Syrie sous le gouvernement de Mucien, avec la date de Tari 1 17 d'Antioche , Eni MOVKIANOV ANTIOXEÛN ETvf ZIP dont Tune présente la tête 4e Galba, et l'autre celle d'Otton. Galba fut tué le iS janvier de l'an 822 de Rome, 69 e . de J. C. ; Otton , son successeur, périt le i5 avril de la même année, et par conséquent dans le cours de Tannée syrienne, qui avait commencé à l'automne de Pan 821 de Rome. Or, cette année syrienne était, suivant les deux médailles , la 117 e . ZIF, de Père d'Antioche. Donc la première année de cette ère avait commencé à l'automne de Tan 705 de Home , 49 ans avant l'Incarnation. La conséquence résulte évidemment de ce calcul.

Mais, d'un autre dUé, différents actes syriens, publiés par MM. Assemani , font foi que l'ère d'Antioche ne commença qu'à l'année 706 de Rome , 48 e . avant Jésus - Christ. Par exemple , on lit à la fin des actes de Saint - Siméon Stylite , que ce livre des Triomphes du Bh. Siméon , fut achevé un mercredi (feria IV,) 7 du mois nisan (avril) de Van 52 1 de l'ère d'Antioche* Or, c'était le 17 avril de l'an 1227 de Rome, 474 de Jésus-Christ, dans lequel la lettre dominicale était F, et le 17 avril tombait au mercredi de la Semaine-Sainte. Ainsi l'année 52 1 de l'ère d'Antioche , avait commencé à l'automne de l'an 1226 de Rome, et conséquemment la première de cette même ère avait précédé de quarante-huit ans l'ère chrétienne.

II est fait mention, dans la Bibliothèque orientale des mêmes auteurs, d'un tremblement de terre , qui renversa une partie de la ville d'Antioche, un dimanche, i4 du mois gorpixeus (septembre), de l'an 5o6 de l'ère d'Antioche, 770 de l'ère des Grecs. Ces caractères ne peuvent convenir qu'à l'an 1211 de Rome, 458 de Jésus-Christ, où le 1 4 septembre arriva réellement un dimanche. De 1211 ôtez 5o5 , reste 706 , qui est l'an de Rome, auquel ce témoignage fait répondre le commencement de l'ère d'Antioche.

Cette même ville fut encore affligée par les secousses violentes d'un autre tremblement de terre, un mercredi, 20 du second tisri (novembre) , l'an 576 de l'ère d'Antioche. Or , en consultant notre Table chronologique et notre Calendrier solaire perpétuel , nous trouvons que cette année syrienne concourt avec l'an 528 de Jésus^Christ (1 281 de Rome), dans lequel le 29 novembre fut effectivement un mercredi. De là , si Ton remonte au commencement de l'ère d'Antioche , on verra qu'elle prit naissance dans l'automne de l'an 70G de Rome t quarante-huit ans commencés avant Jésus-Christ.

Ainsi , pour conclure avec le célèbre académicien qui nous»

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$ert de guide ici, des dates qui se trouveraient les mêmes sur les médailles et dans les actes publiés par MAL Assémani, différeraient d'une année entr'elles.

La raison de cette différence, que personne, avant M. Bellei, n'avait, pu deviner, est que les Syriens adoptèrent, un an plus tard que les Grecs, l'ère césareenne. Cette explication si simple est mise , par notre auteur, dans un point d'évidence auquel on ne peut se refuse n ^

Dans notre 1 able chronologique , on trouvera cett^fere sous ces deux époques différentes, En la prenant suivant les médailles, la quarante-ncuvièmannéee de cette ère commence à l'automne qui précéda immédiatement la première année de l'ère chrétienne : en la prenant selon les actes, le commencement de cette même année quarante-neuf, tombe dans l'automne de la première année de Jésus-Christ. Evagre, dans son Histoire Ecclésiastique', fait usage de l'ère césaréenne d'Antioche. Le patriarche Nicé-* phore, dans sa Chronographic , parle d'une autre ère d'Antioche , qu'il fait commencer avec l'empire d'Auguste. C'est la même que l'ère actiaque, dont nous traiterons dans la deuxième partie de cette Dissertation.

De l'Ère d'Espagnè.

Auguste ayant achevé , l'an 7i5 de Rome, trente-neuvième avant notre ère vulgaire , la conquête de l'Espagne , cet événement donna naissance à une ère nouvelle , fondée sur le calendrier julien s laquelle commença au i er . janvier de l'année suivante. Elle eut lieu , non^seulement dans l'Espagne , mais aussi dans l'Afrique (i), et dans nos provinces méridionales de France qui furent soumises aux Visigoths (2) : mais depuis le neuvième siècle, elle n'était pas seule dans la date de 1 année , et on lui jot* gnait assez communément celle de l'Incarnatioo. L'usa'ge de l'ère d'Espagne fut aboli dans la Catalogne, l'an 1 180 , en vertu d'un canon du concile de Tarragone , tenu cette année , par lequel il était ordonné de se servir de l'ère de l'Incarnation. On fit un semblable règlement dans le royaume d'Aragon, en i35o ; dans celui de Valence, en i358 ; dans celui de Castille, en i3o,3; et enfin en Portugal, l'an 1422, ou, selon d'autres , en i4i5. Dans notre Table chronologique, nous faisons concourir l'an trente-

(1) La plupart des conciles de Carthage sont datés de l'ère d'Espagne, (a) Le concile d'Arles, célébré l'an *l3 de Jésus-Christ f porte la date de l'ère (d'Espagne) 85i .

5o DISSERTATION SUR LES DATES

neuf de cette période avec Tan premier de Jésus-Christ, tous deux commencent au i er . janvier, parce aue l'ère d'Espagne devance , de trente-huit ans pleins , l'ère chrétienne.

Mais il paraît qu'en Portugal , depuis rétablissement de cette monarchie, on n employa point d'autre ère dans les dates, que celle de l'Incarnation , qu'on désignait simplement par le nom absolu d'Ère. C'est ainsi qu'on doit entendre la date d'un diplôme pJT lequel Alphonse lienriquès , deuxième roi de Portugal , en metiant sa personne et son royaume sous la protection de Notre-Dame de Clairvaux, assure, à cette maison, une rente annuelle et perpétuelle de 5o morabotins d'or lin : Facta r.arta , y est-il dit , in ecclesia lamecensi , quarto kal. maii, œrâ mcxliii. (Arch. de Clairvaux.) Si cette date devait s'entendre de l'ère d'Espagne , elle se rapporterait à l'an 1 1 o5 de l'ère chrétienne , et précéderait , par conséquent , de dix ans , la fondation ^ ûe Clairvaux qui est de Tan 1 1 15.

De l'Ere de Dioctétien , ou des Martyrs.

L'élévation de Dioclétien à l'empire ne fut pas seulement l'époque de la réforme que les Alexandrins firent , comme nous l'avons dit ci-dessus (pag. 4°)* a l'ère du monde qu'ils avaient adoptée ; elle le fut encore d'une ère nouvelle, qu'ils imaginèrent , et à laquelle ils donnèrent le nom de ce prince. Celle-ci changea dans la suite de dénomination , et fut appelée Yère des Martyrs , afin de perpétuer le souvenir de la cruelle persécution que Dioclétien excita contre les Chrétiens. Pour tien entendre cette période, et la faire cadrer parfaitement avec notre ère de l'Incarnation , il faut savoir quelle était la différence du calendrier égyptien et du nôtre.

Avant la réformation du calendrier romain , faite par Jules- César , l'année des Egyptiens était composée de douze mois , chacun de trente jours, à la fin desquels on ajoutait cinq jours, nommés par cette raison épagomènes , pour faire le nombre de trois cent soixante-cinq. Mais , comme il restait au bout de chaque année environ six heures qu'on négligeait, il arrivait de là que, tous les quatre ans, chaque mois rétrogradait d'un jour, de manière que, dans l'espace de 1461 ans, après avoir parcouru , l'un après l'autre, toutes les saisons, ils se retrouvaient au même point où ils étaient au commencement , avec la difîéreuce d'une année entière sur le total. Le remède que les astronomes d'Alexandrie imaginèrent à cet inconvénient , fut d'ajouter tous les quatre ans un sixième épagomène t

DES CHARTES ET DES CHRONIQUES. 5i

comme Jules -César avait ajouté, dans le même intervalle, un vingt - neuvième jour au mois de février. Par ce moyen , ils rendirent leur année fixe , de vague qu'elle était , et lui donnèrent toute la consistance et la régularité de Tannée julienne (i). Le 29 du mois d'août de celle-ci , fut le terme auquel ils firent répondre lé premier jour de leur année commune , et le jour suivant commença leur année intercalaire. Sur quoi , il est à remarquer, d'après le P. Pétau, que cette année intercalaire ne concourt pas avec Tannée bissextile des Romains, mais la précède immédiatement ; de manière que c'est sur ce calendrier, airtsi reformé , que pose l'ère de Dioclétien , dont le commencement répond au 29 (M.Rivaz dit le 27) août de notre année chrétienne 284 , première du règne de ce prince. Mais la dénomination d'ère des Martyrs qu'elle porte aussi , semblerait devoir, la faire reculer jusqu'en 3o3 , époque de Tédit sanglant que cet empereur donna contre les Chrétiens. Cependant l'usage contraire a prévalu jusqu'à nos jours, où l'on voit encore cette période usitée parmi les Cophtes et les Ethiopiens. En la substituant, dans notre Table chronologique, à l'ère d'Alexandrie, nous avons eu soin d'en marquer les années intercalaires d'un astérisque *, pour empêcher de les confondre avec celles du calendrier romain.

Voici une table qui représente la correspondance du calendrier égyptien et du nôtre , avec les noms que les Egyptiens et les Etn iopiens (2) donnent respectivement à leurs mois.

(1) Cette réforme , ordonnée par un de'cret du se'nal de Rome , Pan 16 de l'ère julienne, 3o e . avant Jésus-Christ, n'eut son effet que cinq *ans après , et seulement à Alexandrie. Le res^e de l'Egypte continua long-tems depuis de suivre l'année vague.

(a) Les Ethiopiens nomment les années de l'ère des Martyrs , les années de grâce. Ils ne comptent pas néanmoins, par une suite continue,, depuis Uan 284 de Jésus - Christ ; mais ils se servent d'une période de 53a ans, à la fin de laquelle ils recommencent par l'unité, ils suivent aussi , pour l'ère mondaine , -le calcul de Jules Africain , et anticipent *ur nous l'ère chrétienne de huit ans. (Ludolphe, i. 3 , ch. 6, $. 97.)

( Voyez la Table ci-aprte* X

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